Truffer, Jean (1746-1828), professeur, du collège d’Harcourt au lycée Charlemagne

Helléniste et latiniste, Jean [Baptiste] Truffer assume pendant plus de cinquante ans une fonction d'enseignant. Au collège d'Harcourt, dont il a été tout d'abord un brillant élève. Puis, ayant donné des garanties de civisme, sur les questions religieuses, professeur à l'École centrale de la rue Saint-Antoine à Paris. Et enfin, en restant dans la place, professeur d'humanités à Charlemagne, tout d'abord lycée puis collège royal.

ÉTUDES AU COLLÈGE D'HARCOURT.
Originaire de Coutances [Normandie], Jean [Baptiste] Truffer remporte plusieurs fois des prix, au cours de sa scolarité à Paris, au Collège d'Harcourt. Celui-ci est fondé à la fin du XIII ème siècle [1280], et destiné initialement à des étudiants originaires de Normandie [comprenant les diocèses de Coutances, de Bayeux, d'Évreux et de Rouen]. 
En septembre 1762, alors qu'il est élève de quatrième, Jean Truffer est un des six élèves à obtenir un accessit pour le thème latin, dans un concours où s'affrontent des élèves du collège des Grassins, du collège d'Harcourt, du collège Mazarin, du collège du Plessis.
En 1763, Jean Truffer, en classe de troisième, obtient le premier prix pour la version latine.
En septembre 1766, élève de rhétorique, dans la classe des Vétérans, il obtient le prix d'honneur du Concours général, qu'il reçoit des mains de René Nicolas de Maupéou, Chancelier de France. 
PROFESSEUR DE SECONDE AU COLLÈGE D'HARCOURT.
Devenu professeur et prieur au collège d'Harcourt, Jean Truffer est en poste jusqu'à la suppression du collège en 1793.
Il figure sur la liste des professeurs, établie au moment de la fermeture du collège. [Nicolas François] Charles Daireaux [1759-1836], ancien professeur de rhétorique, en est le principal [1791-1793], en remplacement de Pierre Duval [1730-1797], ancien proviseur et principal du collège ; Charles Daireaux et Jacques Th. Lécrivain, sous-principal. Pierre Coutures y est professeur de philosophie ; Pierre Guéroult, professeur de rhétorique ; Jean Truffer, professeur de seconde ; Jean Marin Leseigneur [ou encore Le Seigneur], ancien professeur professeur de seconde à Lisieux [1760], professeur de troisième et en même temps procureur ; Gisles Vasse, professeur de quatrième ; Bernardin Gardin, professeur de cinquième ; Jean Baptiste Lhermitte, professeur de sixième. Ambroise Lefebure est bibliothécaire.
1791. LETTRE DE TRUFFER À UN CURÉ DE SES AMIS. 
En 1791, Jean Truffer est l'auteur d'une Lettre de M. Truffert [sic], professeur au collège d'Harcourt, à un Curé de ses amis, sur la constitution civile du Clergé, et notamment sur l'obéissance aveugle, principe de la résistance de plusieurs [Paris : chez Leclere, Libraire, rue St ; Martin, n° 254. In-8, 15 p, 1791].
Réédité en 1989, par microfiche, dans la collection Les Archives de la Révolution française, Pergamon Press. Numérisé.
Puis est l'un des enseignants de l'École centrale de la rue [Saint] Antoine, dans l'ancienne maison professe des Jésuites, l'une des trois Écoles centrales du département de la Seine : École centrale de la rue Antoine [futur Charlemagne] ; École centrale du Panthéon [futur Henri-IV] ; École centrale des Quatre-Nations [emplacement actuel de l'Institut de France].  
1797. ÉCOLE CENTRALE DE LA RUE ANTOINE.
Professeur de Langues anciennes, à l'École centrale de la rue Antoine du département de la Seine, pour les élèves de la seconde année ; alors que l'enseignement de première année des Langues anciennes est confié à Pierre Mathias Charbonnet [1733-1815], et l'enseignement de troisième année à François Sabathier [1735-1807].
Jean Truffer assure son enseignement de Langues anciennes à partir du 1er brumaire an VI [22 octobre 1797], date de l'ouverture effective, jusqu'au 24 fructidor an XI* [10 septembre 1803], date de la fermeture définitive de l'École.
1805. PROFESSEUR AU LYCÉE CHARLEMAGNE.
Dès 1805, alors que Pierre Claude Bernard* Guéroult [1744-1821], dit Guéroult l'aîné, ancien professeur de rhétorique à Harcourt, est proviseur [19 août 1804 à septembre 1809], et Jacques Christophe Valmont de Bomare [1731-1807] censeur des études [19 août 1804 au 25 août 1807], Jean Truffer est au lycée Charlemagne professeur de Langues anciennes pour la première classe, Urbain Domergue [1745-1810] pour la seconde classe. Carré [qui deviendra ultérieurement professeur de seconde] est suppléant pour ces deux classes.
En empruntant la nomenclature qui nous est aujourd'hui familière, on peut dire à peu de choses près, qu'en 1805 pour l'enseignement littéraire, la classe de sixième et de cinquième est confiée à Joseph Victor Leclerc [1789-1865], futur professeur d'Éloquence latine à la Faculté des Lettres de Paris et doyen de la Faculté [1832-1865]. La quatrième est confiée à Duhamel ; la troisième est confiée au poète et auteur dramatique François Andrieux [1759-1833]. La seconde est confiée à Truffer ; la première est confiée à Urbain Domergue. 
L'enseignement de Belles-Lettres, qui correspond aussi à peu près à la seconde et à la première est assuré par Pierre Mathias Charbonnet [1733-1815], pour la Poésie ; par le poète et écrivain de Saint-Ange [1747-1810], pour l'Éloquence. L'auteur dramatique Jean Louis Laya [1761-1833] est suppléant.
1808. HARANGUES DE CICÉRON CONTRE VERRÈS INTITULÉES DES STATUES ET DES SUPPLICES.
Jean Truffer fait paraître en 1808, le texte latin et la traduction page contre page, en deux volumes : °Harangues de Cicéron contre Verrès, intitulées Des Statues et des Supplices. Traduction nouvelle, avec des notes grammaticales, historiques et critiques, par M. Truffer, ancien professeur de l'Université, puis des Écoles centrales de Paris, et professeur actuel au Lycée Charlemagne [A Paris : chez Charles Barrois, place du Carrousel, Firmin Didot, rue de Thionville, Le Normant, rue des Prêtres Saint-Germain-l'Auxerrois. In-8, I-X, 381+455 pp., 1808]. Préface. Errata du premier et du deuxième volume.
L'ouvrage comporte une dédicace imprimée : « A son Altesse sérénissime Monseigneur le Prince de Benevent, Vice-grand Électeur de l'Empire, Grand-Chambellan, etc., etc., ».
L'ouvrage fait, en 1810, l'objet d'un compte-rendu favorable  du Spectateur français du XIX ème siècle.
Cette première édition est numérisée par Google Books. 
Réédition des deux volumes, en 1825, comme seconde édition : Harangues de Cicéron contre Verrès, intitulées Des Statues et des Supplices. Seconde édition, contenant un grand nombre d'additions ou notes nouvelles, de corrections, de changemens, par M. Truffer, ancien professeur de l'Université, puis des Écoles centrales de Paris, et professeur titulaire actuel au Lycée Charlemagne [A Paris : Delalain, rue des Mathurins-St-Jacques ; Brunot Labbe, quai des Augustins n° 23 ; Dentu, Palais-Royal, derrière le Théâtre-Français ; Maire Nyon, quai Conti. In-8, 374+450 pp., 1825]. L'ouvrage comporte une dédicace imprimée : « À Monseigneur le Prince duc de Talleyrand, Grand-Chambellan, pair de France, etc. ». Préface [IX-XX]. Sujet et distribution des Verrines [XXI-XXVII]. Notice historique [448-450].
Cette seconde édition est numérisée par BNF Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63674872
L'ouvrage fait l'objet, dans la rubrique « livres français » d'un compte-rendu favorable dans le volume 27 de la Revue encyclopédique.
Jean Truffer avait publié, en 1824, dans cette même revue un Mémoire intitulé : Résumé sommaire de la République de Cicéron [Volume 23, page 299 sq.]. Ce texte fait l'objet d'un tiré à part : Politique générale. Résumé sommaire des principes de Cicéron sur la meilleure forme de gouvernement [Paris : imprimerie de Rignoux. In-8, 5 p., s. d.].
1810-1827. PROFESSEUR DANS LA CLASSE DES HUMANITÉS À CHARLEMAGNE.
Vers 1810, à la suite d'un nouveau règlement qui introduit la philosophie comme couronnement des études secondaires, et qui change la nomenclature des enseignements, Jean Truffer devient l'un des deux professeurs « d'Humanités ».
Alors que Nicolas François Charles Daireaux [1759-1836] est le troisième proviseur [4 janvier 1811-24 août 1815], après Pierre Claude Bernard* Guéroult [1744-1821], puis Pierre Crouzet [1753-1811] ; et Jean Baptiste Targe [1740-1817], qui vient du lycée Bonaparte [Condorcet], le censeur des études [25 août 1807-10 octobre 1815], l'enseignement littéraire se structure alors de la façon suivante : deux années de Grammaire, autrement dit à peu près, classe de cinquième, avec Joseph Victor Leclerc [1789-1865] comme professeur titulaire et Laurent comme «agrégé» ; et classe de quatrième, avec Duhamel  comme professeur titulaire et Lassus comme «agrégé». Puis deux années d'Humanités, classe de troisième avec François Andrieux [1759-1833] comme professeur titulaire et Robert comme suppléant, et classe de seconde avec Jean Truffer comme professeur titulaire et Carré comme suppléant.
Enfin, une année de Rhétorique [classe de première], avec deux enseignants : Augustin L'Étendard [écrit aussi Létendard], ancien clerc tonsuré et professeur de troisième au collège Montaigu, futur inspecteur de l'académie de Paris [1820-1833] et Abel François Villemain [1790-1870], futur second titulaire, en 1815, de la chaire d’Éloquence française à la Faculté des Lettres de Paris [du 13 novembre 1815 au 7 mai 1852].
Le tout complété par une année de Philosophie assurée par Charles Millon [1754-1839], futur premier titulaire, en 1814, de la chaire de la Philosophie ancienne, à la Faculté des Lettres de Paris.
L'ENSEIGNEMENT DE SECONDE AU COLLÈGE ROYAL DE CHARLEMAGNE.
Jean Truffer est en poste comme professeur de seconde, avec Carré comme suppléant, jusqu'en 1827, année de son décès.
En 1828, les deux professeurs qui le remplacent sont Louis Antoine Vendel-Heyl [1791-1854], futur professeur de rhétorique à Louis-le-Grand, et Étienne Gros [1797-1856], professeur agrégé du collège royal de Charlemagne.
AUTRE PUBLICATION CONCERNANT TRUFFER.
La Bibliothèque Nationale de France dispose d'un factum, rédigé, en 1781, par Duval et dirigé contre Jean Truffer : Mémoire pour le sieur Duval, recteur de l'Université de Paris, proviseur et principal du collège d'Harcourt [contre le sieur Truffer professeur au même collège [Paris : Knapen et fils . In-4, 1781].
Le sujet en est la question de l'administration et des revenus du collège.