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Paul Dupont, Chronologie de l'histoire de l'imprimerie, 1853

Tableau chronologique des principaux faits qui se rattachent à l'histoire de l'imprimerie depuis son origine jusqu'à nos jours.

NOTE : Nous avons ajouté quelques remarques ou commentaires entres crochets [...].

XVe | XVIe | XVIIe | XVIIIe siècle | XIXe.

1702. De Lespine (Jean-Baptiste-Alexandre) est nommé imprimeur du roi ; se démet le 10 mars 1741 ; meurt le 28 octobre 1761, Il était cousin du célèbre poëte Santeul et fut juge consul et quartinier ou chef de la milice bourgeoise de son quartier. Son fils, Charles-Jean-Baptiste, est aussi imprimeur-libraire. En 1718, il se rend à la cour de Pologne pour présenter au roi Frédéric-Auguste l'Histoire générale d'Allemagne (11 vol. in-4°), par Joseph Barre, chanoine de Sainte- Geneviève et chancelier de l'Université de Paris, histoire dont ce monarque avait accepté la dédicace. De Lespine avait épousé la fille de Desprez (Guillaume II), imprimeur. Attaché ensuite à la maison de la Dauphine, mère de Louis XVI, il est chargé par cette princesse de la direction d'une imprimerie qu'elle avait dans le château de Versailles, et où elle imprime elle-même un petit ouvrage de piété en 1758.

1704. Vincent (Jacques) vient du Mans s'établir à Paris où il est reçu imprimeur-libraire; est élu syndic en 1744, et meurt en 1760, à l'âge de 89 ans. Il a imprimé une foule de bons ouvrages.
- Barbou (Jean-Joseph), venu de Limoges où sa famille exerce encore l'imprimerie et la librairie, est reçu libraire à Paris. Il meurt en 1752.

1707. Rondet (Laurent) est reçu imprimeur. Il harangue en latin et en très- bons termes, comme adjoint en charge, le recteur de l'Université, qui s'était rendu le 9 mars 1726 à la chambre syndicale, pour recevoir le serment des libraires et imprimeurs. - Son fils Laurent-Étienne Rondet est connu par de savants ouvrages pour la rédaction et la révision des livres liturgiques.

1710. Collombat (Jacques), libraire, est reçu imprimeur et devient imprimeur du cabinet du roi. Sous sa direction, Louis XV enfant imprime au palais des Tuileries, en 1718, un petit volume in-8° intitulé : Cours des principaux fleuves et rivières de l'Europe, composé et imprimé par Louis XV, roy de France et de Navarre. - La veuve de Collombat conserve le titre d'imprimeur du cabinet du roi (l744). - Se démet en faveur de son fils Jacques-François, mort en 1751. - Jacqueline Tarlé, veuve de ce dernier , lui succède et meurt en 1752, laissant orphelin et mineur Jean-Jacques-Estienne Collombat, qui exerce sous l'inspection de la chambre syndicale. Il se retire en 1753.

1711. SAINT-PETERSBOURG (Russie). Pierre-le-Grand, fondateur de cette capitale, y établit une imprimerie.
- ALEP en Syrie (Empire ottoman). On y imprime les Homélies de saint Athanase, en arabe.
- Marchand (Prosper), libraire à Paris depuis 1698, s'établit en Hollande pour y professer librement le protestantisme. Il est auteur d'un Dictionnaire historique et d'une Histoire de l'imprimerie, La Haye, 1710, in-4°, à laquelle Mercier de Saint-Léger a fait un supplément, Paris, 1775, in-4°.
- Gabriel Martin, libraire à Paris, publie, sous le titre de Bibliotheca bultelliana, le catalogue de la bibliothèque de Bulleau, en 2 vol. in- 12, avec une préface dans laquelle il expose son système de classification bibliographique, que, du reste, il devait presque entièrement à Prosper Marchand qui l'avait déjà pratiqué en 1706, et qui plus tard en imagina un second; mais Gabriel Martin préféra le premier et le suivit dans les nombreux catalogues (148) qu'il rédigea. Cette méthode a été adoptée par les libraires de Paris.
- Coignard (Jean-Baptiste III) est reçu libraire à Paris ; est nommé en 1717 imprimeur du roi, puis imprimeur de l'Académie française et syndic de la communauté en 1751. Il meurt en 1768, après avoit fait des dispositions en faveur des ouvriers imprimeurs de Paris. Il avait amassé une grande fortune et fonda un prix d'éloquence latine pour les maîtres ès arts en 1747.
- (14 novembre). François Didot, apprenti d'André Pralard, est reçu libraire. Le 13 juillet 1753, il devient syndic de la chambre. Le 11 août suivant, il fait recevoir libraires ses deux fils, François-Ambroise et Pierre-François. En 1754, il est reçu imprimeur. - François Didot est le chef de cette illustre famille d'imprimeurs qui reproduit à notre époque l'érudition, la patience et le travail ingénieux des Estienne au XVIe siècle.

1718. Thiboust (Claude-Louis), maîtres ès arts, libraire et imprimeur de l'Universilé, comme ses ancêtres, graveur-fondeur de caractères dès 1694, fait paraître un poëme Typographiae excellentia, qu'il présente an roi Louis XV. Son fils (Claude- Charles), aussi imprimeur de l'Université (1751), traduit en prose française le poëme latin de son père, et dresse la liste des libraires et imprimeurs reçus du 1er avril 1689 au ler janvier 1718 (au nombre de 409).

1720. Coustelier (Ant.-Urbain), dont la famille exerce la librairie depuis 1651, est reçu imprimeur. - Son fils, nommé aussi Antoine-Urbain, mort en 1763, suit la même carrière.-Tous les deux ont donné de belles éditions d'auteurs latins.
- Jean-Baptiste Osmont est reçu libraire. Il est auteur du Dictionnaire typographique des livres rares, 1768, 2 vol. in-8°.

1723. Barbou (Joseph), frère puîné de Jean-Joseph, est reçu imprimeur; il était libraire depuis 1717. Il meurt en 1737; sa veuve continue d'exercer l'imprimerie jusqu'en 1750, qu'elle cède son fonds à J.-G. Barbou neveu.

1721. Lottin (Philippe-Nicolas) est reçu imprimeur. Il laissa deux fils dont l'un (Augustin-Martin) fut imprimeur, et l'autre (Antoine-Prosper) libraire.

1727. CONSTANTINOPLE (Turquie). Le sultan Achmet III autorise l'établissement d'une imprimerie turque sous la direction d'Ibrahim Basmadgi. Auparavant l'usage de la typographie était interdit aux musulmans; mais, depuis le commencement du XVIe siècles, les juifs avaient des imprimeries hébraïques à Constantinople. Il y a même aujourd'hui une imprimerie française.

1728. Lemercier (Pierre-Gilles), à Paris, est nommé imprimeur ordinaire de la ville. C'est le dernier de cette ancienne famille qui exerça l'imprimerie. Sa veuve lui succéda et mourut en 1786. Une de leurs filles avait épousé le comte de Messimy.

1730. Fournier jeune (Pierre-Simon) se distingue dans la gravure et la fonte des caractères. Il publie une table des proportions des lettres ; un Manuel typographique et autres ouvrages sur l'imprimerie.

l734. Barrois (Jacques-Marie) est reçu libraire. Bibliographe distingué, il rédige plusieurs catalogues estimés, notamment celui de Falconnet, 1763, 2 vol. in-8°. Il était gendre de François Didot, et mourut en 1769.
- Plusieurs imprimeurs et libraires de Paris, Hérissant. Didot, Nyon, Barrois et autres, fondent, pour la publication des livres d'église à l'usage du diocèse, une association qui subsiste encore.

l734. Jore (Claude-François), imprimeur à Rouen, est destitué de sa maîtrise par arrêt du conseil (7 septembre 1734), pour avoir imprimé les Lettres philosophiques de Voltaire.

1735. Charles Méquignon est reçu libraire à Paris. Sa famille exerce encore aujourdhui cette profession.
- VERRET, en Touraine. Le duc d'Aiguillon fit imprimer dans ce château un recueil de pièces impies et obscènes tiré à petit nombre, et dont un exemplaire s'est vendu 580 fr. à la vente de Méon.
- Gabriel Valleyre, imprimeur-libraire à Paris, exécute l'impression d'un Calendrier par un procédé stéréotypique; mais cette tentative n'a pas de résultats satisfaisants.

1738. Simon (Claude-François) est reçu imprimeur à Paris, profession que son père avait exercée ; il devient imprimeur de la reine, du prince de Condé, de l'archevêque de Paris et de la faculté de théologie; est nommé chevalier de l'ordre du Christ et membre de l'académie des Arcades de Rome. Il rédige les Mémoires de Duguai-Trouin, travail pour lequel Louis XV lui décerne une médaille d'or en 1710 - imprime la Bible hébraïque du P. Houbigant (1753, 1, vol. in-fol.), et laisse inédit un traité complet de l'imprimerie.

1739. Guillaume Ged, orfévre à Édimbourg en Écosse, publie une édition de Salluste, imprimée en planches solides; cet essai de stéréotypie, encore bien imparfait, n'est pas continué.

1740. Le troisième jubilé séculaire de l'invention de l'imprimerie est célébré en Allemagne, à Paris, à Londres, à Harlem en Hollande. - Plusieurs ouvrages sur l'origine de l'art typographique sont publiés à cette occasion, entre autres l'Histoire de l'imprimerie de Prosper Marchand, à La Baye.
Desprez (Guillaume II), reçu imprimeur à Paris dès 1708, est nommé imprimeur du roi; se démet en 17 43. -Son fils, Guillaume-Nicolas, lui succède et devient imprimeur du clergé en 1747.

1741 (6 juin). Un arrêt du conseil du roi enjoint aux imprimeurs et libraires de ne faire aucun apprenti de leur profession pendant l'espace de dix années. - Des mesures semblables avaient déjà été prises à diverses époques dans le but de maintenir la prospérité de l'imprimerie et de la librairie en ne multipliant pas trop le nombre de ceux qui les exercent.

1744. Charles Saillant, libraire instruit, est élu syndic.
- Tilliard (Nicolas-Martin) es[ reçu libraire. Il rédige plusieurs catalogues estimés.
- Saugrain (Claude-Marin), libraire à Paris en 1702 et auteur de plusieurs ouvrages, publie le Code de la librairie et imprimerie de Paris, imprimé aux frais de la communauté. -Un autre Saugrain, d'abord libraire, fut ensuite garde de la bibliothèque du comte dArtois et mourut, en 1806, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal. -11 existe un tableau généalogique de cette famille, une des plus anciennes qui aient exercé la librairie en France.

1746. Le Breton (André-François), petit-fils de Laurent d'Houry, est reçu imprimeur. Il avait le titre d'imprimeur ordinaire du roi. C'est lui qui imprima l'Encyclopédie in-fol. de Diderot. Effrayé des hardiesses du rédacteur, l'imprimeur, qui avait déjà éprouvé des difficultés pour la publication de l'ouvrage, crut devoir faire aux épreuves des derniers volumes quelques modifications atténuantes. Lorsque, après le tirage, Diderot en eut connaissance, il entra en fureur et il écrivit à Le Breton un lettre foudroyante. C'est Brulé, prote de Le Breton, qui rédigea l'article Imprimerie pour cette Encyclopédie.
Lottin (Augustin-Martin), fils de Philippe-Nicolas, est reçu imprimeur à Paris. Plus tard il est nommé imprimeur du dauphin, de la ville et du roi (1775). Il est auteur de divers ouvrages et pendant plusieurs années, il a publié l'Almanach des centenaires, dont la collection forme 12 vol. in-24 ; il a traduit, en 1785, la Plainte de la typographie, Artis typographiae querimonia, de Henri Estienne, avec le texte en regard et une généalogie des Estienne. Il a donné aussi le Catalogue chronologique des libraires et imprimeurs de Paris depuis 1470 jusqu'en 1789. Il est mort en 1793. -Son frère puîné, Antoine-Prosper Lottin, reçu libraire en 1758, se retire du commerce en 1782. Il est aussi auteur de plusieurs ouvrages.

1748. Delaguette (François) est reçu imprimeur. Sa famille exerce encore aujourd'hui. Avilly, près de Senlis (France). Le père Houbigant, oratorien, y avait établi une presse avec laquelle il imprime lui-mème un Psautier en hébreu, tiré à cent exemplaires et portant l'indication de Lugduni Batavorum (Leyde). Il publia encore par ce moyen quelques autres ouvrages.

1749. Griffiths, homme de lettres el libraire à Londres, né en 1720, mort en 1803, fonde dès 1749 le Montly-Review (Revue mensuelle), un des premiers recueils littéraires de ce genre qui aient paru en Angleterre, et dont la publication s'est toujours continuée depuis cette époque.
- Pierre-Alexandre Le Prieur est reçu imprimeur à Paris; devient imprimeur ordinaire du roi; se démet en 1773 ; est nommé secrétaire du roi en 1785.
- Knapen (André-François) est reçu imprimeur, et devient imprimeur de la cour des aides. En 1783, il s'associe son fils, Achille-Maximin-Philogone, qui continue d'exercer, même pendant les années les plus agitées de la Révolution.

1750. Delatour (Louis-François) est reçu imprimeur. Sa famille exerçait depuis 1606.
- Barbou (Joseph-Gérard), reçu libraire en 1716, succède comme imprimeur à la veuve de Joseph Barbou, son oncle. Il continue la jolie collection des auteurs latins commencée par Coustellier.

1752. Guérin (Hippolyte-Louis), d'abord libraire comme son père (Louis), est reçu imprimeur. Les éditions qu'il a publiées ou imprimées sont très-correctes.
Bernard (Jean-Frédéric), libraire hollandais, meurt à Amsterdam. Il a été éditeur et collaborateur d'un ouvrage important : Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, avec des gravures exécutées par B. Picart, 2 vol. in-fol. On en a fait plusieurs réimpressions à Paris.
Mariette (Pierre-Jean), imprimeur-libraire à Paris, est nommé, secrétaire du roi, contrôleur général en la grande chancellerie de France, associé honoraire de l'académie royale de peinture el de sculpture et de l'académie de Florence. Il est auteur d'un Traité des pierres gravées, 2 vol. in-fol., ouvrage intéressant et très-estimé.

1753. De Bure (Guillaume-François) est reçu libraire à Paris. Il est auteur de la Bibliographie instructive, ou traité de la connaissance des livres rares et singtillers, 1763, 7 vol. in-8°.

1754. Emmanuel Breitkopf, imprimeur, graveur et fondeur à Leipsick, imprime la musique en caractères mobiles; il grava et fondit aussi des caractères chinois mobiles, procédé pour lequel il reçut des félicitations de la cotir de Rome et tic l'académie des inscriptions et belles-lettres de Paris.

1751. Jombert (Charles-Antoine), savant imprimeur-libraire à Paris, auteur de plusieurs ouvrages sur l'architecture et le dessin, est nommé imprimeur-libraire du roi pour l'art militaire, le génie, l'artillerie et la marine ; se démet en 1760. - Son fils (Claude-Antoine) et son petit- fils (Louis-Alexandre) portent le même titre. Ce dernier était gendre de François-Ambroise Didot.

1757. François-Ambroise Didot est reçu imprimeur, par suite de la démission de François Didot, son père. Il est l'inventeur de la presse à un seul coup, et devient habile fondeur de caractères, Ses belles éditions, dites du Dauphin, jouissent encore d'une juste célébrité.

1758. Michel Lambert est reçu imprimeur.

1759. De Bure (Guillaume II) , cousin de Guillaume-François, est reçu libraire, et devient libraire de la bibliothèque du roi et de l'académie des sciences. Il rédige la première partie du Catalogue de la Vallière, 1783, 2 vol. in-8°. - Le libraire Nyon, son parent, rédige la seconde partie.
- PESTH [Budapest](Hongrie). Eitzenberger y fonde la première imprimerie.

1762. Charles-Joseph Panckoucke, fils d'un libraire de Lille et apprenti d'André-François Le Breton, à Paris, est reçu libraire, et devient imprimeur vers 1774. - En 1780, il commence à imprimer l'Encyclopédie méthodique, vaste et colossal recueil de tous les progrès accomplis et tentés par l'esprit humain, et, dont l'impression, continuée malgré la Révolution et les grands. événements qui la suivent, n'est terminée que depuis quelques, années.

1763 (1er janvier). Despilly (Jean-Baptiste), libraire, publie le premier journal de la librairie, sous le titre de Catalogue des: livres nouveaux.

1764. Delalain (Nicolas-Augustin) est reçu libraire. Sa famille continue d'exercer cette profession.
Le Clerc (Charles-Guillaume), libraire, est nommé archiviste de la chambre syndicale.

1764. Louis-Antoine-Prosper-Herissant, jeune médecin, fils de Jean-Thomas Herissant, libraire à Paris, publie ut, poëme latin, sur l'imprimerie : Typographiae carmen.
L'année suivante un auteur nommé Gillet fait paraître un Poëme français, intitulé l'Imprimerie, traduit en grande partie de celui d'Herissant et de celui de Thiboust, mais qui n'en a pas l'élégance.

1766. Le dauphin (depuis Louis XVI) imprime à Versailles les Maximes morales et politiques tirées de Télémaque. Ce prince avait été instruit dans l'art typographique par Augustin-Martin Lottin, son imprimeur.
- Jacques Lacombe, avocat, est reçu libraire. Il est auteur d'un grand nombre d'ouvrages historiques et de plusieurs parties importantes de l'Encyclopédie méthodique. Il mourut en 1801. Le célèbre musicien Grétry était son gendre.

1768. Jean-Baptiste Bodoni, fils d'un imprimeur de Saluces en Piémont et attaché alors à l'imprimerie de la Propagande à Rome, est appelé à Parme pour diriger l'imprimerie ducale. Il y fonde aussi une imprimerie particulière qui, pendant près d'un demi-siècle, jouit d'une renommée universelle.

1770. Marie-Scholastique Wite, veuve de Michel-Antoine David, libraire, meurt ; bienfaitrice des veuves de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris.

1771. Christian VII, roi de Danemark, décrète la liberté de la presse dans ses Etats, et reçoit à cette occasion une épître congratulatoire de Voltaire; mais cette mesure est restreinte en 1790.

1772. Cailleau (André-Charles), littérateur et poëte, libraire depuis 1765, est reçu imprimeur à Paris.

1773. Jean-Georges-Antoine Stoupe est reçu imprimeur.

1774. Guenard de Monville, est reçu imprimeur et devient, en 1788, imprimeur de l'Académie française.

1775. Barletti de Saint-Paul, ancien secrétaire du protectorat de France en cour de Rome, reçoit de Louis XVI une gratification de 20,000 francs pour avoir inventé un nouveau système typographique consistant à graver et à fondre plusieurs groupes de lettres en une seule pièce. Mais ce procédé ne présente pas les avantages que promettait l'auteur.

1776. PEKING (Chine). Une imprimerie en types mobiles les est établie dans le palais impérial par l'empereur Khienlong.

1778. Valade (Jacques-Fr.), de Toulouse, est reçu imprimeur de Paris. Il obtient le titre de libraire du roi de Suède, et ce monarque le gratifie d'une médaille d'or.
- CHANTELOUP. Le duc de Choiseul avait établi dans son château une presse qui lui servit à imprimer ses Mémoires.

1779. KEHL, petite ville d'Allemagne sur le Rhin en face de Strasbourg. Beaumarchais y fonda un établissement typographique d'où sortirent deux éditions des oeuvres de Voltaire, l'une en 70 vol. in-8°, l'autre en 92 vol. in-12 (1785-89); elles furent imprimées avec les beaux caractères de Baskerville que Beaumarchais avait achetés des héritiers de ce célèbre typographe anglais ; l'entreprise coûta trois millions.
- Charles Desaint neveu, libraire, est reçu imprimeur à Paris.

1780 (30 mars). Pierre-François Didot, deuxième fils de François, est reçu imprimeur; est nommé imprimeur de Monsieur, frère du roi; crée la papeterie d'Essonne, se distingue par de grandes et belles éditions. - Une de ses filles épouse Bernardin de Saint-Pierre. - Ses trois fils, Henri Didot, Didot Saint-Léger et Didot jeune suivent avec succès la carrière typographique.

1781. BELOEIL, près de Tournay (Belgique). Le prince Charles de Ligne avait établi, dans cet antique château de sa famille, une imprimerie dont la première production est un opuscule intitulé : Coup d'oeil sur Beloeil. La bibliothèque du même château renferme, entre autres manuscrits précieux, le fameux livre de la passion de J.-C., dont les caractères et les figures sont découpés à jour et qu'on appelle le Livre unique, quoiqu'il en existe d'autres du même genre.
- Louis-François Prault est reçu imprimeur à Paris. Il est nommé imprimeur du roi en 1788, titre qu'avaient déjà obtenu plusieurs membres de sa famille.

1782. Baudouin (François-Jean), neveu de Michel Lambert, est reçu imprimeur à Paris. C'est le même qui fut plus tard imprimeur de l'assemblée nationale.
- Passy, près de Paris. Benjamin Franklin y avait établi sa demeure pendant son séjour en France, et avait monté dans sa maison une petite imprimerie. En 1780, étant allé visiter l'imprimerie de François-Ambroise Didot, il saisit le barreau d'une presse et imprime plusieurs feuilles avec une dextérité qui surprend les ouvriers. " Ne vous étonnez pas, Messieurs, leur dit-il, c'est mon ancien métier. " Il confie son petit-fils Williams Temple à Didot, pour qu'il lui apprenne les principes de la typographie.

1784. Pierres (Philippe-Denis), imprimeur du roi, présente à Louis XVI une presse de son invention, dont le monarque fait l'essai en tirant lui- même plusieurs feuilles; en 1787 il est chargé de monter une imprimerie à Versailles pour le service de l'assemblée des notables, et l'année suivante un arrêt du conseil l'autorise à former lui-même un établissement dans cette ville. Il était aussi imprimeur du collége de France, de la société, royale de médecine, des états de Bourgogne et de diverses administrations. La révolution lui fit perdre tous ces avantages. Pierres était un typographe très-instruit; l'académie des sciences le pria, en 1774, de rédiger l'article Imprimerie pour la collection des arts et métiers; il rassembla beaucoup de matériaux, s'occupa longtemps de ce travail, mais les circonstances ne lui permirent pas de l'achever. Le roi de Pologne, qui lui avait demandé le plan d'une bibliothèque publique, le gratifia, en 1782, d'une médaille d'or. Sur l'invitation de Franklin il s'occupa aussi du polytypage. En 1802, il sollicita la place de directeur de l'imprimerie du Gouvernement, mais elle fut donnée à Marcel. Pierres mourut à Dijon en 1808. - Jean-Roch Lottin de Saint-Germain, parent de ceux que nous avons mentionnés plus haut, est reçu imprimeur à Paris. Après la révolution il devint imprimeur de la préfecture de police. - Son fils lui succéda dans cette place, dont le titulaire actuel, depuis 1816, est M. Boucquin.

1785. Carrez, imprimeur à Toul, fait un nouvel essai d'impression stéréotypique.
- Ibarra (Joachim), imprimeur de la chambre du roi d'Espagne, meurt à Madrid. Il a porté la perfection de son art à un point jusque-là inconnu dans ce pays, comme on en peut juger par les belles éditions sorties de ses presses. C'est lui qui, le premier, a fait connaître le moyen de lisser le papier imprimé pour en faire disparaître les plis et lui donner un coup
d'oeil plus agréable.

1786. Jacques-Gabriel Clousier, imprimeur ordinaire du roi, est nommé directeur de l'imprimerie créée à Paris pour les enfants aveugles par les soins de Valentin Haüy.
- Hoffmann (François-Ignace-Joseph), ancien bailli de Benfeld, en Alsace, et son fils, François-Antoine-Romain-Joseph, sont reçus à la chambre syndicale de Paris imprimeurs polytypes, en vertu d'un arrêt du conseil du 5 décembre 1785. - Cette imprimerie est supprimée le 1er novembre 1787.

1787. Gessner (Salomon), célèbre poëte, graveur et libraire, meurt à Zurich en Suisse. Il dessinait et gravait lui-même les planches qui accompagnaient les éditions de ses poésies.
- Nyon (Marie-Jean-Luc), dont la famille exerce la librairie depuis 1580, est reçu libraire. Il rédige plusieurs catalogues importants, notamment la seconde partie du catalogue de la Vallière, 1784, 6 vol. in-8°. - Guillaume de Bure, son parent, avait rédigé la première partie.

1788. Quillau (Jacques-François), libraire, ouvre le premier, rue Christine, un cabinet littéraire où se rassemblent les lecteurs, idée bien accueillie par le public.

1789. Pierre Didot, fils aîné de François-Ambroise, est nommé imprimeur et succède à son père. Littérateur distingué, il veille avec un soin extrême à la correction de ses épreuves.
- Firmin Didot, frère de Pierre, succède à son père pour la fonderie de caractères, qu'il avait déjà enrichie, lui-même, de types plus élégants et plus parfaits que tous ceux qui existaient alors. Habile graveur et fondeur de caractères, il se distingue également comme imprimeur, libraire et fabricant de papier.
- Charles Crapelet, prote et correcteur chez Stoupe, lui succède comme imprimeur, et à cette époque où l'abolition des règlements de l'imprimerie allait amener la décadence de l'art, il reste, avec les Didot et quelques autres, un des soutiens de la typographie française. On lui doit de belles éditions dit Télémaque (1796), des oeuvres de Boileau (1798). C'est lui qui imprima, en 1803, les Annales de l'imprimerie des Alde, par Renouard (1re édition).
- Hugues Barbou succède comme imprimeur à son oncle Joseph- Gérard, qui se retire du commerce.
- (28 avril). La manufacture de papiers peints de Réveillon, faubourg Saint-Antoine est saccagée dans une des premières émeutes de la révolution.

1789. Louis XVI, par sa déclaration du 23 juin, consacre la liberté de la presse. Elle est maintenue, avec plus ou moins de restrictions, par toutes les constitutions postérieures.
- (1er octobre). Les députés du corps de la librairie et de l'imprimerie de Paris font à l'Assemblée nationale l'offre patriotique d'une somme de 20,000 livres. Knapen père, syndic, était à la tête de la députation.
- Baudouin est nommé imprimeur de l'Assemblée nationale qui siégeait alors à Versailles. Il la suit à Paris après les journées des 5 et 6 octobre, et son établissement prend le titre d'imprimerie nationale.
- La création des assignats est décrétée par l'Assemblée nationale le 19 décembre. Cette fabrication occupe un grand nombre d'ouvriers et d'artistes, pour la papeterie, la gravure, la stéréotypie et la typographie.

1790. Louis XVI vient au secours d'une société de librairie en lui avançant la somme de 150,000 francs et en engageant, pour la cautionner d'une autre somme de 1,050,000 francs, les fonds de sa liste civile.

1791 (16 mars). Derbaix, imprimeur à Douai et officier de la garde nationale, est saisi par le peuple dans une émeute, traîné dans les rues et pendu à un réverbère de la place de cette ville.
- L'Assemblée nationale supprime les maîtrises, les jurandes et toutes les corporations professionnelles. Tout individu, en payant patente, peut se faire imprimeur ou libraire.
- (29 juillet). Pavie, imprimeur à Angers, fait hommage à l'Assemblée nationale d'une géographie de la France, d'après la nouvelle division en 83 départements. L'Assemblée nationale l'accueille avec applaudissements. En 1793, il fut traduit au tribunal révolutionnaire et condamné pour avoir imprimé, en cédant aux menaces, les proclamations de l'armée vendéenne.

1792. Après le 10 août, Marat fait enlever, au nom de la commune de Paris, pour l'impression de ses pamphlets révolutionnaires, quatre presses de l'ancienne imprimerie royale du Louvre, malgré les réclamations du directeur, Anisson-Duperon.

1794. Momoro, imprimeur à Paris, est décapité avec Hébert,
rédacteur du Père Duchesne, et autres révolutionnaires dont il partageait les opinions. Il est auteur d'un Traité élémentaire de l'imprimerie.

1794. Anisson-Duperon, directeur de l'imprimerie royale, meurt sur l'échafaud révolutionnaire. Il avait publié un Mémoire sur l'impression en lettres, suivi de la description d'une nouvelle presse, 1785. Beaucoup d'autres imprimeurs subissent le même sort à cette sanglante époque.

1795. MONREFUGE près de Vienne (Autriche). C'est dans cette maison de campagne que le prince Charles de Ligne, à qui elle appartenait, fit imprimer ses Mélanges politiques et littéraires, de 1795 à 1811, 34 vol. in-12. Pierre-François Didot meurt à Paris. - Son neveu, Firmin Didot, imprime les Tables des logarithmes de Callet par un procédé stéréotypique qu'il porte bientôt à un éminent degré de perfection.

1796. Herhan invente un procédé de stéréotypie qui diffère entièrement de celui de Firmin Didot, et qui consiste dans l'emploi de matrices creuses en cuivre.
- (31 janvier). Didot jeune, troisième fils de Pierre-François, fait hommage au corps législatif d'une magnifique édition du Contrat social de J.-J. Rousseau, sortie de ses presses.

1798. Charles-Joseph Panckoucke, éditeur de l'Encyclopédie méthodique et du Mercure de France, fondateur du Moniteur, imprimeur instruit et auteur de plusieurs ouvrages, meurt à Paris.- Son fils, Charles-Louis-Fleury Panckoucke, lui succède.
- (Septembre, jours complémentaires de l'an VI). Première exposition de l'industrie française au Champ-de-Mars, organisée par les soins de François de Neufchâteau, ministre de l'intérieur. - Pierre Didot y obtient une des douze médailles d'or pour sa belle édition de Virgile, dont les caractères avaient été gravés par son frère Firmin, qui lui-même présente à l'exposition de belles éditions stéréotypes imprimées par son procédé chez Pierre Didot.
- LE CAIRE (Égypte). Bonaparte y établit une imprimerie qui ne subsiste que pendant l'occupation de ce pays par les Français. Elle était dirigée par Marcel, nommé plus tard directeur de l'imprimerie impériale à Paris.

1800. DAMPIERRE, près de Paris. Il y avait dans le château appartenant au duc de Luynes une imprimerie où fut tiré, à un très-petit nombre d'exemplaires, un volume intitulé : Recueil de pièces de poésie détachées à l'usage de quelques amis habitant la campagne, imprimé par madame Montmorency-Albert-Luynes; à Dampierre, an VIII, in-4°.
- Haas (Guillaume), graveur de caractères, meurt à Bâle. Il est le premier en Allemagne et en Suisse qui ait gravé avec succès des caractères français dans le goût de Baskerville. Il inventa une nouvelle presse d'imprimerie, dont il a publié la description en Allemagne et en France en 1790. On lui doit les ouvrages suivants: La Composition systématique des filets et interlignes ; l'Art d'imprimer les cartes géographiques avec des caractères mobiles, appelé par M. Pleuschen Typométrie (Bâle, 1778, in-4°) ; Carte du canton de Bâle : c'est le premier essai typométrique fait en grand Carte de la Sicile et autres.
- Aloys Senefelder, qui venait d'inventer à Munich la lithographie, obtient du roi de Bavière un privilége exclusif pour l'exercice de son procédé pendant quinze ans.


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