{"id":89,"date":"2009-10-19T16:06:48","date_gmt":"2009-10-19T16:06:48","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-10-19T16:06:48","modified_gmt":"2009-10-19T16:06:48","slug":"La-mort-du-philosophe-Victor-Cousin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/Victor-cousin\/La-mort-du-philosophe-Victor-Cousin.html","title":{"rendered":"La mort du philosophe Victor Cousin"},"content":{"rendered":"<em>Le philosophe Victor Cousin [1792-1867] meurt le 14 janvier 1867, &agrave; Cannes. Il meurt dans son sommeil vers cinq heures du matin, d&rsquo;une apoplexie, dont la crise a commenc&eacute; la veille. Il aurait eu soixante quinze ans, le 28 novembre 1867. Son ami, Jules Barth&eacute;lemy Saint-Hilaire [1805-1895] qui est aupr&egrave;s de lui, rapporte ses derniers moments.<\/em><!--more--><!--StartFragment-->  <!--StartFragment-->  <p>LA SOURCE DU TEXTE.<\/p>  <p>C&rsquo;est, presque trente ans plus tard, dans la Pr&eacute;face d&rsquo;un livre consacr&eacute; &agrave; son ami Victor Cousin que Jules Barth&eacute;lemy-Saint Hilaire raconte de mani&egrave;re d&eacute;taill&eacute;e les derniers moments du philosophe&nbsp;: M. Victor Cousin, sa vie et sa correspondance. [Paris : Hachette, 3 volumes, 704+657+542 pp., in-8, 1895. Comporte une Table des mati&egrave;res tr&egrave;s d&eacute;taill&eacute;e, sous forme d&#39;index des notions et des noms]. <\/p>    <p>LE TEXTE.<\/p>  <!--EndFragment-->   <p>Les jours s&#39;&eacute;coulaient ainsi, r&eacute;guliers &nbsp;et tranquilles : et il semblait que notre hiver devait suivre le m&ecirc;me cours, travail et repos sous un climat d&eacute;licieux. Mais un matin, le 7 ou 8 janvier 1867, Morin, accourant dans ma chambre, me pria de monter &agrave; l&#39;instant chez M. Cousin. Il venait d&#39;&ecirc;tre saisi tout d&#39;un coup d&#39;une agitation excessive : il balbutiait, ne pouvant presque pas parler. C&#39;&eacute;tait au milieu d&#39;une lecture qu&#39;il avait &eacute;t&eacute; surpris. Je le trouvai en effet fort p&acirc;le et fort &eacute;mu : &quot;Vous &#8230; le &#8230; voyez bien, me dit-il, je &#8230; ne &#8230; puis &#8230; plus parler. Je ne sais pas ce que j&#39;ai : je n&#39;en puis plus : je ne sais pas ce que j&#39;ai. Vous le voyez, vous le voyez bien.&quot; Les premiers mots m&#39;avaient fort alarm&eacute; : l&#39;articulation en avait &eacute;t&eacute; fort p&eacute;nible, entrecoup&eacute;e de sanglots qui trahissaient un violent effort. Les derniers mots prononc&eacute;s au contraire avec volubilit&eacute;, et tr&egrave;s distinctement, calm&egrave;rent un peu mes craintes, et je rassurai M. Cousin : &#8211; &quot;Oui, lui dis-je, votre voix &eacute;tait tout &agrave; l&#39;heure entrecoup&eacute;e : elle ne l&#39;est plus du tout, et votre parole est parfaitement nette. Ce n&#39;est rien ; c&#39;est un &eacute;blouissement, par suite de fatigue ; reposez-vous &nbsp;; et ce sera bient&ocirc;t pass&eacute;.&quot;<br \/><br \/>  <\/p>  <p>Ce sympt&ocirc;me &eacute;tait tr&egrave;s significatif ; et comme je connaissais le temp&eacute;rament de M. Cousin presque autant que le mien, je lui proposai des pilules d&#39;alo&egrave;s, que j&#39;avais apport&eacute;es. Elles lui eussent fait du bien sans doute : mais il les refusa, parce que l&#39;alo&egrave;s, dont il avait fait usage quelquefois, lui avait toujours caus&eacute; une congestion &agrave; la t&ecirc;te. La crise &eacute;tait finie ; mais de peur qu&#39;elle ne se renouvel&acirc;t, je fis pr&eacute;venir M. le docteur Buttura. M. Cousin l&#39;avait consult&eacute; assez souvent, et le regardait comme un ami. M. Buttura vint en effet le lendemain, feignant d&#39;entrer, en passant devant la villa, pour savoir des nouvelles de ceux qui l&#39;habitaient. Dans un tr&egrave;s court entretien, il recommanda &agrave; M. Cousin de se purger. Si ce conseil e&ucirc;t &eacute;t&eacute; mis &agrave; ex&eacute;cution, une pr&eacute;cieuse existence e&ucirc;t peut-&ecirc;tre &eacute;t&eacute; prolong&eacute;e de quelques ann&eacute;es.&nbsp; <\/p>  <p>Le mal semblait si bien conjur&eacute; que, deux ou trois jours apr&egrave;s, M. Cousin put accepter de d&icirc;ner en ville, chez un de nos amis, au golfe Jouan. Le repas avait &eacute;t&eacute; fort gai : nous &eacute;tions rentr&eacute;s d&#39;assez bonne heure : et rien ne pr&eacute;sageait quelque nouvel accident. N&eacute;anmoins, je remarquai, dans la journ&eacute;e suivante, que M. Cousin &eacute;tait excessivement nerveux. Il se pr&eacute;occupait outre mesure d&#39;une plantation de quelques fleurs devant la maisonnette. Je n&#39;attachai pas d&#39;importance &agrave; cette impatience d&eacute;mesur&eacute;e : et deux journ&eacute;es s&#39;&eacute;coul&egrave;rent encore sans alarme. Mais le 13 janvier (1867), M. Cousin, qui n&#39;avait pu fermer l&#39;oeil de la nuit, avait r&eacute;pondu &agrave; son valet de chambre, entr&eacute; &agrave; 7 heures, qu&#39;il ne se l&egrave;verait qu&#39;&agrave; 8. Accabl&eacute; comme il l&#39;&eacute;tait par l&#39;insomnie, il ne se leva qu&#39;&agrave; 9 heures : et il se mit &agrave; corriger quelques pages du livre qu&#39;il imprimait &agrave; cette &eacute;poque. Notre d&eacute;jeuner, qui devait avoir lieu &agrave; midi, fut retard&eacute; jusqu&#39;&agrave; 1 heure et demie. En se mettant &agrave; table, M. Cousin se plaignit de n&#39;avoir pas pu dormir un instant et de tomber de sommeil. Mais il avait &agrave; peine pris quelques aliments que sa t&ecirc;te s&#39;affaissa sur sa poitrine, et il me dit : &quot;Je n&#39;en puis plus d&#39;envie de dormir : je n&#39;ai pas ferm&eacute; l&#39;oeil : j&#39;ai besoin de dormir. &#8211; Dormez quelques instants sur votre chaise, lui dis-je, et quand vous serez un peu remis, vous regagnerez votre lit.&quot; Je me pla&ccedil;ai derri&egrave;re lui pour le soutenir sur sa chaise : et il me dit : &quot;Oui, c&#39;est cela : c&#39;est bien comme &ccedil;a.&quot; Je le soutint, dix minutes ou un quart d&#39;heure de mani&egrave;re &agrave; ce qu&#39;il p&ucirc;t sommeiller : et pour qu&#39;il f&ucirc;t &agrave; l&#39;aise et qu&#39;il dorm&icirc;t, Morin, sa femme et moi, nous m&icirc;mes M. Cousin sur un canap&eacute;, qui rempla&ccedil;ait provisoirement le lit. Je disposai un oreiller sous sa t&ecirc;te, qu&#39;il ne pouvait relever. Il s&#39;aper&ccedil;ut du soin que je prenais : et il me serra doucement la main. C&#39;&eacute;tait un remerciement, et le dernier signe de connaissance qu&#39;il donna.&nbsp; <\/p>  <p>Cependant il y avait pr&egrave;s d&#39;une heure que nous &eacute;tions dans les angoisses quand je songeai &agrave; envoyer chercher le m&eacute;decin : il pleuvait &agrave; torrents. Morin courut chez le Dr Buttura ; mais le docteur &eacute;tait &agrave; Nice, o&ugrave; il avait &eacute;t&eacute; appel&eacute; en consultation : et ne rentrait que par le train de quatre heures. Quant au Dr Maure, il &eacute;tait &agrave; Saint-C&eacute;saire, depuis deux jours ; je lui exp&eacute;diai une d&eacute;p&ecirc;che : mais c&#39;&eacute;tait &agrave; six lieues de Cannes, et il ne p&ucirc;t arriver qu&#39;&agrave; minuit. Quand M. Buttura revint de Nice, avec deux de ses confr&egrave;res qui l&#39;accompagnaient, ces Messieurs trouv&egrave;rent M. Cousin toujours sans connaissance. Il &eacute;tait tr&egrave;s difficile de recourir &agrave; aucun m&eacute;dicament drastique, parce que l&#39;estomac du malade &eacute;tait encore charg&eacute; des aliments du d&eacute;jeuner. Ces Messieurs prescrivirent quelques rem&egrave;des ext&eacute;rieurs ; et ils constat&egrave;rent une apoplexie s&eacute;reuse, qui ne laissait aucun espoir. Nous transport&acirc;mes M; Cousin sur son lit : il respirait &agrave; grand&#39;peine : et il perdait ses forces, sans sortir un instant de sa l&eacute;thargie.&nbsp; <\/p>  <p>Cependant M. M&eacute;rim&eacute;e &eacute;tait accouru d&egrave;s que j&#39;avais pu le faire pr&eacute;venir : et il demanda si, au milieu de notre affliction, nous savions quelles &eacute;taient les intentions de M. Cousin pour ses derniers moments. M. Cousin ne s&#39;&eacute;tait jamais ouvert &agrave; personne sur ce d&eacute;licat sujet. Morin et Mme Hyacinthe n&#39;avaient re&ccedil;u aucune confidence de leur ma&icirc;tre ; je n&#39;en avait pas re&ccedil;u plus qu&#39;eux. Dans l&#39;&eacute;tat de prostration absolu o&ugrave; &eacute;tait notre ami, on ne pouvait lui rien demander. M. l&#39;abb&eacute; Blampignon, qui &eacute;tait li&eacute; avec M. Cousin, &eacute;tant alors survenu et voulant proc&eacute;der &agrave; quelques c&eacute;r&eacute;monies de son minist&egrave;re, je l&#39;en d&eacute;tournai, parce que le malade ne pouvait y prendre aucune part. S&#39;il recouvrait quelques instants sa connaissance, il pourrait lui-m&ecirc;me exprimer ce qu&#39;il d&eacute;sirerait : et sa volont&eacute; serait faite sur-le-champ. Vers minuit, arriva le docteur Maure. M. Cousin respirait encore : mais l&#39;agonie commen&ccedil;ait : et elle finissait &agrave; 5 heures et quelques minutes du matin. A cet instant, M. Cousin expirait entre mes mains &raquo;.<\/p>  <!--EndFragment-->   ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Le philosophe Victor Cousin [1792-1867] meurt le 14 janvier 1867, &agrave; Cannes. Il meurt dans son sommeil vers cinq heures du matin, d&rsquo;une apoplexie, dont la crise a commenc&eacute; la veille. Il aurait eu soixante quinze ans, le 28 novembre 1867. Son ami, Jules Barth&eacute;lemy Saint-Hilaire [1805-1895] qui est aupr&egrave;s de lui, rapporte ses derniers moments.<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-89","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-Victor-cousin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}