{"id":80,"date":"2009-05-23T10:30:43","date_gmt":"2009-05-23T10:30:43","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-05-23T10:30:43","modified_gmt":"2009-05-23T10:30:43","slug":"Lettre-ouverte-de-Pierre-Leroux-a-l-Academie-des-Sciences-morales-1842","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Lettre-ouverte-de-Pierre-Leroux-a-l-Academie-des-Sciences-morales-1842.html","title":{"rendered":"Lettre ouverte de Pierre Leroux \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences morales, 1842"},"content":{"rendered":"Le 30 d&eacute;cembre 1842, Pierre Leroux [1797-1871], &nbsp;publie une lettre ouverte &agrave; la prestigieuse Acad&eacute;mie des Sciences morales et politiques, recr&eacute;&eacute;e par le roi Louis-Philippe en octobre 1832. Ce texte attaque nomm&eacute;ment le philosophe Victor Cousin [1792-1867], alors au fa&icirc;te de sa c&eacute;l&eacute;brit&eacute;, l&rsquo;accusant encore une fois de la &laquo;Mutilation d&#39;un &eacute;crit posthume de Th&eacute;odore Jouffroy&raquo;.    <!--more--><!--StartFragment-->  <p style=\"margin-left: 87pt; line-height: 200%\" class=\"MsoNormal\"><!--StartFragment-->  <\/p><p>Elle s&rsquo;est exerc&eacute;e, affirme-t-il, &agrave; l&rsquo;occasion de la publication des : Nouveaux m&eacute;langes philosophiques, [de] Th&eacute;odore Jouffroy, Membre de l&#39;Institut, Professeur de philosophie &agrave; la Facult&eacute; des Lettres. Pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s d&rsquo;une notice et publi&eacute;s par Ph. Damiron (juin 1842). [Paris : Joubert, in-12, XLVIII-454 p., 1842].<\/p>  <p>Avant d&rsquo;en faire un livre, Pierre Leroux a fait para&icirc;tre De la Mutilation d&#39;un &eacute;crit posthume de Th. Jouffroy, comme articles dans La Revue ind&eacute;pendante, du mardi 1er novembre, et du dimanche 25 d&eacute;cembre 1842. La lettre ouverte compl&egrave;te les pr&eacute;c&eacute;dentes attaques de Pierre Leroux contre l&rsquo;&eacute;clectisme de V. Cousin.<\/p>  <p>Bien que les Nouveaux m&eacute;langes philosophiques soient &eacute;dit&eacute;es par Philibert Damiron [1794-1862], Pierre Leroux affirme que c&rsquo;est V. Cousin lui-m&ecirc;me qui a impos&eacute; une dizaine de modifications [suppressions et substitutions de texte] au texte m&ecirc;me de T. Jouffroy intitul&eacute; De l&rsquo;organisation des sciences philosophiques. <br \/><\/p><p>&laquo; A Messieurs les Membres de l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques.<\/p>  <p>&#8232;Messieurs,<\/p>  <p>Un des membres de votre Acad&eacute;mie, M. Victor Cousin, vient de faire grand bruit de la mutilation exerc&eacute;e sur le manuscrit de Pascal par Port-Royal. &#8232;Il m&#39;est d&eacute;montr&eacute; et il vous le sera, comme &agrave; moi, si vous jetez les yeux sur les pi&egrave;ces rassembl&eacute;es dans ce petit volume, que M. Cousin, en m&ecirc;me temps qu&#39;il s&#39;occupait de cette restitution d&#39;un &eacute;crivain mort depuis deux si&egrave;cles, mutilait ou faisait mutiler les manuscrits d&#39;un penseur &eacute;minent qui appartient &agrave; notre &eacute;poque, et qui vous appartient sp&eacute;cialement, Messieurs, puisqu&#39;il fut un des membres les plus illustres de votre Compagnie. Ce qui importe, suivant moi, plus que l&#39;histoire, c&#39;est la vie ; et ce qui importe dans l&#39;histoire, c&#39;est moins de savoir o&ugrave; en &eacute;tait l&#39;esprit humain au dix-septi&egrave;me si&egrave;cle, que de savoir o&ugrave; il en est aujourd&#39;hui. Sous ce rapport, la vraie pens&eacute;e de Th&eacute;odore Jouffroy, qui occupait un des premiers rangs parmi les penseurs de notre &eacute;poque, me para&icirc;t plus importante &agrave; constater que la pens&eacute;e de Pascal. &#8232;Qui ne conna&icirc;t la pens&eacute;e de Pascal ? Deux si&egrave;cles nous s&eacute;parent de lui. Restituer ses moindres expressions, comme vient de le faire M. Cousin, est un soin d&#39;arch&eacute;ologue qui a son utilit&eacute;, sans doute, mais une utilit&eacute; tr&egrave;s-secondaire. En sommes-nous &agrave; Pascal, quand le Dix-Huiti&egrave;me Si&egrave;cle a coul&eacute; depuis ? Le Dix-Huiti&egrave;me Si&egrave;cle est l&#39;Oc&eacute;an dont Pascal fut une des sources, mais qui a laiss&eacute; ses sources bien loin derri&egrave;re lui. Que m&#39;importe la pens&eacute;e de Pascal, quand, apr&egrave;s Pascal, sont venus Montesquieu, J.-J. Rousseau, Voltaire, Diderot, Buffon, Helv&eacute;tius, d&#39;Holbach, Fr&eacute;ret, Boulanger, et tant d&#39;autres ! Que m&#39;importe la pens&eacute;e de Pascal, quand, apr&egrave;s le Dix-Septi&egrave;me et le Dix-Huiti&egrave;me Si&egrave;cle, est venue la R&eacute;volution Fran&ccedil;aise, c&#39;est-&agrave;-dire la nation de nos p&egrave;res, manifestant par des actes sa croyance philosophique ! Sont-ce donc les morts qui ont la certitude ? En ce cas, Pascal est un mort bien moderne, et le soin qu&#39;on prend de retrouver jusqu&#39;aux moindres lin&eacute;aments de son style est un soin bien futile. &#8232;Mais non, ce ne sont pas les morts qui ont la certitude, et, comme le dit le Psalmiste, Non mortui landabunt te, Domine, neque omnes qui descendunt in inferum, sed qui vivunt. Ce sont les vivants qui ont la certitude. Ceux donc qui repr&eacute;sentent v&eacute;ritablement la vie id&eacute;ale la plus voisine de nous m&eacute;ritent, au moins autant que les morts plus &eacute;loign&eacute;s, qu&#39;on conserve et qu&#39;on v&eacute;rifie leur pens&eacute;e. Jouffroy est, &agrave; quelques &eacute;gards, le Pascal de notre &eacute;poque. il est mort, comme je l&#39;ai dit, au bout du sillon ouvert par Montaigne. Montaigne est au commencement de ce sillon du doute, Pascal au milieu, et lui &agrave; la fin. &#8232;Et ce qui me touche, c&#39;est moins ce commencement et ce milieu, d&#39;ailleurs bien connus, que cette fin marqu&eacute;e par Jouffroy, puisque c&#39;est de l&agrave;, et non du commencement ou du milieu, que nous, les vivants, nous avons &agrave; porter plus loin la vie que l&#39;Humanit&eacute; ant&eacute;rieure nous a transmise pour que nous la transmettions &agrave; notre tour, agrandie, &agrave; nos descendants. &#8232;Et quasi cursores vita&iuml; lampada tradunt. &#8232;Cela &eacute;tant, souffrirez-vous donc, Messieurs, que tandis que l&#39;on se fait honneur de restaurer, dans les plus petits d&eacute;tails, un manuscrit de deux si&egrave;cles, dont tout l&#39;essentiel est non-seulement connu, mais pass&eacute; dans l&#39;esprit humain, on ensevelisse dans l&#39;oubli des oeuvres qu&#39;il est n&eacute;cessaire &agrave; l&#39;esprit humain de conna&icirc;tre ? &#8232;Je ne vous dis pas, Messieurs, qu&#39;il est de votre devoir et qu&#39;il serait de votre honneur d&#39;informer sur le fait des mutilations av&eacute;r&eacute;es d&#39;un des &eacute;crits de Jouffroy, publi&eacute; derni&egrave;rement. Certes, un jugement port&eacute; par vous sur cette affaire conviendrait de tous points &agrave; votre Compagnie. N&#39;&ecirc;tes-vous pas, en effet, l&#39;Acad&eacute;mie des Sciences morales, et quel plus grand outrage &agrave; la moralit&eacute; humaine que celui qui a &eacute;t&eacute; commis ? Qui pourrait d&#39;ailleurs vous arr&ecirc;ter dans votre enqu&ecirc;te ? Le mort, qui est ici l&#39;offens&eacute;, &eacute;tait l&#39;honneur de votre corps ; l&#39;&eacute;diteur, qui s&#39;accuse lui-m&ecirc;me et se repent, est aussi de votre corps ; enfin, le chef d&#39;&eacute;cole qui, &agrave; nos yeux, est l&#39;auteur du d&eacute;lit, et qui s&#39;abrite sous ses hautes fonctions politiques pour ne pas se d&eacute;fendre, et m&ecirc;me (ce qui est insens&eacute;) pour accuser ceux qui &agrave; bon droit l&#39;accusent, fait &eacute;galement partie de votre corps. En outre, il a lui-m&ecirc;me ouvert la voie de cette enqu&ecirc;te, puisqu&#39;il a fl&eacute;tri dans Port-Royal l&#39;acte dont il s&#39;est rendu coupable. Qui pourrait donc vous arr&ecirc;ter si, dans votre sagesse, il vous convenait d&#39;informer ? Mais, en supposant qu&#39;il vous convienne mieux de couvrir ce qui s&#39;est fait d&#39;un voile d&#39;oubli, pouvez-vous abandonner au hasard, sans en prendre aucun souci, les manuscrits de votre ancien coll&egrave;gue ? Or il est &eacute;vident que si ces manuscrits n&#39;exercent pas votre sollicitude, apr&egrave;s le d&eacute;lit des mutilations qui viennent d&#39;&ecirc;tre exerc&eacute;es sur quelques-uns, ils sont d&eacute;sormais perdus, et ne verront jamais la lumi&egrave;re. Il est constat&eacute;, par la Notice que M. Damiron a plac&eacute;e en t&ecirc;te des Nouveaux M&eacute;langes de Jouffroy, que Jouffroy a laiss&eacute; en mourant de tr&egrave;s-nombreux papiers. Dans une note de sa main, qui en est en partie le catalogue, on compte soixante-neuf num&eacute;ros ; et dans cette liste ne sont pas compris nombre de morceaux, de fragments, de r&eacute;dactions d&#39;&eacute;l&egrave;ves ou de st&eacute;nographes qu&#39;il avait cependant recueillis et mis en ordre avec soin. Je viens donc, comme en a le droit tout membre de la Nation, puisque vous &ecirc;tes un corps constitu&eacute; dans la Nation et par elle, je viens vous demander de veiller &agrave; ce que ces manuscrits ne soient pas an&eacute;antis. &#8232;Qu&#39;une commission, nomm&eacute;e par vous, prenne connaissance de ces manuscrits, en rel&egrave;ve l&#39;&eacute;tat et le contenu, et en d&eacute;termine, dans un Rapport, le sujet et l&#39;importance. &#8232;L&#39;opinion publique verrait, Messieurs, avec satisfaction, ce soin religieux qui viendrait, comme une purification, apr&egrave;s un grand scandale &raquo;.<\/p>  <p>&nbsp;<\/p>  <!--EndFragment-->   <p>&nbsp;<\/p>  <!--EndFragment-->   ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 30 d&eacute;cembre 1842, Pierre Leroux [1797-1871], &nbsp;publie une lettre ouverte &agrave; la prestigieuse Acad&eacute;mie des Sciences morales et politiques, recr&eacute;&eacute;e par le roi Louis-Philippe en octobre 1832. Ce texte attaque nomm&eacute;ment le philosophe Victor Cousin [1792-1867], alors au fa&icirc;te de sa c&eacute;l&eacute;brit&eacute;, l&rsquo;accusant encore une fois de la &laquo;Mutilation d&#39;un &eacute;crit posthume de Th&eacute;odore Jouffroy&raquo;.    <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-80","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philo-du-xixe-en-france-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=80"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/80\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=80"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=80"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=80"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}