{"id":79,"date":"2009-05-21T09:39:36","date_gmt":"2009-05-21T09:39:36","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-05-21T09:39:36","modified_gmt":"2009-05-21T09:39:36","slug":"Charles-Renouard-Eloge-funebre-de-Victor-Cousin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/Victor-cousin\/Charles-Renouard-Eloge-funebre-de-Victor-Cousin.html","title":{"rendered":"Charles Renouard : \u00c9loge fun\u00e8bre de Victor Cousin"},"content":{"rendered":"<!--StartFragment-->      <p>Le 14 janvier 1867, &agrave; Cannes, vers cinq heures du matin, Victor Cousin [1792-1867], dans son sommeil, meurt d&rsquo;une apoplexie, dont la crise a d&eacute;but&eacute; la veille. Il est &acirc;g&eacute; de soixante-quatorze ans&nbsp;: il aurait eu soixante-quinze ans, le 28 novembre 1867. De nombreux &eacute;loges mortuaires sont prononc&eacute;s. D&rsquo;une part le 19 janvier &agrave; l&rsquo;annonce de son d&eacute;c&egrave;s&nbsp;; d&rsquo;autre part &agrave; ses fun&eacute;railles le 24 janvier avec les discours de Sylvestre de Sacy, d&rsquo;Esquirou de Parieu, d&rsquo;Henri Patin. Mais les &eacute;loges c&eacute;l&eacute;brant la m&eacute;moire de Victor Cousin sont bien plus nombreux, et ils se prolongent jusqu&rsquo;en 1868.<\/p>  <!--EndFragment-->   <!--more--><!--StartFragment-->  <p>Le discours de Charles Renouard [1794-1878], conseiller honoraire &agrave; la Cour de cassation, en janvier 1868, est un discours d&rsquo;usage. Il est prononc&eacute; au moment de l&rsquo;installation de Renouard comme pr&eacute;sident de l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques pour l&rsquo;ann&eacute;e 1868, charg&eacute; &agrave; ce titre de prononcer l&rsquo;&eacute;loge des membres de la soci&eacute;t&eacute;, disparus au cours de l&rsquo;ann&eacute;e 1867, &agrave; savoir le philosophe Victor Cousin [1792-1867], pair de France de 1832 &agrave; 1848, &nbsp;et l&rsquo;homme politique et ancien ministre Charles Marie Tanneguy Duch&acirc;tel [1803-1867]. <\/p>  <p>L&rsquo;ancien avocat Charles Renouard a &eacute;t&eacute; &eacute;l&egrave;ve de l&rsquo;&Eacute;cole normale dont il a suivi la scolarit&eacute; en 1811-1812 et en 1812-1813. Il a pu y conna&icirc;tre Victor Cousin nomm&eacute; &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole en octobre 1810,&nbsp; Charles Loyson [1791-1819] et &Eacute;pagom&egrave;ne Viguier [1793-1867] tous deux anciens &eacute;l&egrave;ves de l&rsquo;&Eacute;cole normale [1811] ; Th&eacute;odore Jouffroy [1796-1842] et Jean Philibert Damiron [1794-1862] tous deux anciens &eacute;l&egrave;ves de l&rsquo;&Eacute;cole normale [1813], et tous deux membres de la section de philosophie de l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques. <\/p>  <p>Il cite &eacute;galement les professeurs de philosophie de l&rsquo;&eacute;poque&nbsp;: Pierre Laromigui&egrave;re [1756-1837], professeur titulaire de la chaire de Philosophie &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris [1809-1837] d&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;Universit&eacute;&nbsp;; l&rsquo;hell&eacute;niste Fran&ccedil;ois Thurot [1768-1832], suppl&eacute;ant puis professeur-adjoint de Pierre Laromigui&egrave;re&nbsp;; Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845], professeur titulaire de la chaire d&rsquo;Histoire de la philosophie moderne, dont V. Cousin sera le suppl&eacute;ant en 1815.<\/p>  <p>Dans ce texte, Charles Renouard fait aussi r&eacute;f&eacute;rence au prix triennal de philosophie, cr&eacute;&eacute; par l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques en 1865, &agrave; l&rsquo;initiative de V. Cousin, prix Victor Cousin, destin&eacute; &agrave; r&eacute;compenser un M&eacute;moire portant sur l&rsquo;histoire de la philosophie ancienne.<\/p>  <p>&nbsp;<\/p>  <p>&laquo; [&hellip;] L&rsquo;ann&eacute;e 1867 restera une date douloureuse dans l&rsquo;histoire de notre Acad&eacute;mie&nbsp;; car elle a &eacute;t&eacute; marqu&eacute;e par la perte de Cousin et de Duch&acirc;tel. Quoique d&eacute;j&agrave; on vous ait si bien parl&eacute; d&rsquo;eux, permettez-moi de vous en entretenir &agrave; mon tour, et de m&ecirc;ler &agrave; l&rsquo;hommage qui leur est d&ucirc; quelques souvenirs d&rsquo;amiti&eacute;.<\/p>  <p>Le nom de Victor Cousin demeurera une des illustrations de notre si&egrave;cle. Il a &eacute;t&eacute; un de ces nobles esprits dont la place, si &eacute;lev&eacute;e qu&rsquo;elle ait pu &ecirc;tre durant leur vie, se marque encore mieux apr&egrave;s qu&rsquo;elle a re&ccedil;u le sceau de la mort. Les contemporains ne sont compl&egrave;tement aptes &agrave; mesurer la grandeur qui les surpasse. Dans la familiarit&eacute; d&rsquo;un commerce quotidien avec les hommes sup&eacute;rieurs, on s&rsquo;aper&ccedil;oit trop ais&eacute;ment qu&rsquo;on a de commun avec eux le fond des id&eacute;es courantes, et ces menus d&eacute;tails de la vie, ces imperfections, ces bonnes inspirations aussi, sur lesquels il s&rsquo;en faut d&rsquo;assez peu que nous ne nous ressemblions presque tous.&nbsp; Le temps efface ces similitudes, pour ne laisser en saillie les traits dominants. <\/p>  <p>Ceux d&#39;entre vous &agrave; qui une longue vie est r&eacute;serv&eacute;e entendront plus d&#39;une fois nos petits-enfants devenus hommes leur dire avec une curiosit&eacute; admirative : vous avez connu Victor Cousin ; et, parmi les noms que nous v&eacute;n&eacute;rons, le sien ne sera pas seul ainsi prononc&eacute;.&nbsp; <\/p>  <p>Nous tous qui sommes ici, nous avons appris, par l&#39;exp&eacute;rience de nos communications avec lui, combien il &eacute;tait facile &agrave; conna&icirc;tre ; et nous ne risquerons pas de nous tromper quand nous porterons t&eacute;moignage de sa puissance de raison et des larges aspirations de son &acirc;me. Je reste un de ceux qui, d&egrave;s les luttes de nos concours de coll&egrave;ges, l&#39;acceptaient comme un des princes de la jeunesse et pr&eacute;sageaient sa future domination des esprits. Je l&#39;ai vu &agrave; l&#39;&eacute;cole normale, &agrave; une &eacute;poque de crise pour la philosophie, dans une de ces phases o&ugrave; s&#39;agite et se marque le perp&eacute;tuel antagonisme de ses deux tendances. Il s&#39;agissait alors d&#39;opter entre les doctrines expirantes du XVIIIe si&egrave;cle et le franc retour au spiritualisme et &agrave; ses cons&eacute;quences. C&#39;&eacute;tait le moment o&ugrave;, dans nos cours publics, l&#39;aimable et persuasif Laromigui&egrave;re d&eacute;fendait, avec son admirable bonhomie, relev&eacute;e par tant de malice et de gr&acirc;ce, et au prix, il est vrai, de plus d&#39;une concession, les th&eacute;ories encore r&eacute;gnantes, que soutenaient avec lui et moyennant aussi des restrictions et r&eacute;serves, les doctes et sobres enseignements du timide et fier Thurot ; tandis que, dans le camp oppos&eacute;, le bon sens, si puissamment arm&eacute;, de Royer-Collard, pressait et multipliait ses graves et &eacute;loquentes attaques. J&#39;ai vu Cousin &agrave; l&#39;instant o&ugrave; il prenait parti sur ces hautes questions, et les d&eacute;battait, pour ne nommer que des morts, et quelques morts seulement, avec Loyson, avec le modeste Viguier, tendrement attach&eacute; &agrave; Cousin, et dont la perte r&eacute;cente est un des deuils de cette ann&eacute;e, puis avec des hommes plus jeunes, dont la m&eacute;moire est ch&egrave;re &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie, Jouffroy, Damiron.&nbsp; <\/p>  <p>D&#39;autres ont dit, d&#39;autres diront, bien plus compl&egrave;tement que moi, comment les limites de la sage philosophie &eacute;cossaise, objet, apr&egrave;s Port-Royal, de la pr&eacute;dilection de Royer-Collard, &eacute;taient trop &eacute;troites pour l&#39;&acirc;me ardente de Cousin, et avec quelle libert&eacute; de jugement, quelle hauteur de pens&eacute;e, il se lan&ccedil;a dans la discussion des probl&egrave;mes soulev&eacute;s par l&#39;&eacute;cole allemande dans les origines de la philosophie fran&ccedil;aise, dans Platon et l&#39;antiquit&eacute;, dans la proclamation de l&#39;&eacute;clectisme, doctrine, ou plut&ocirc;t m&eacute;thode, souvent incomprise et faussement d&eacute;finie, et qui, &eacute;minemment tol&eacute;rante et juste, se donne pour mission de d&eacute;m&ecirc;ler et de signaler, m&ecirc;me dans les syst&egrave;mes que l&#39;on r&eacute;prouve, et dont on se porte hautement l&#39;adversaire, les v&eacute;rit&eacute;s qui s&#39;y trouvent engag&eacute;es, et sans la pr&eacute;sence et le passeport desquelles l&#39;erreur n&#39;aurait jamais obtenu assez de cr&eacute;dit pour valoir la peine d&#39;&ecirc;tre combattue.&nbsp; <\/p>  <p>Personne ne parlera de Cousin sans insister, avant tout, sur les admirables travaux par lesquels il a &eacute;clair&eacute; l&#39;histoire de la philosophie, et sur ceux qu&#39;il a sugg&eacute;r&eacute;s ou conseill&eacute;s &agrave; ses habiles disciples en les appelant &agrave; parcourir cette large voie.&nbsp; <\/p>  <p>Dans cette chaire de la Sorbonne qui a &eacute;t&eacute;, pour lui et pour d&#39;autres, un lieu de gloire, ceux qui l&#39;ont entendu peuvent se rappeler que sa parole, quelquefois un peu obscure et envelopp&eacute;e au d&eacute;but, s&#39;&eacute;clairait et, ce qui est plus notable, se calmait en s&#39;&eacute;chauffant, puis partait en &eacute;clats d&#39;&eacute;loquence. Il me semble que ce souvenir de plus d&#39;une de ses le&ccedil;ons offre comme une image et un symbole de l&#39;histoire de son talent d&#39;&eacute;crire. D&egrave;s ses premi&egrave;res oeuvres, une rare &eacute;l&eacute;gance s&#39;unissait &agrave; une gravit&eacute; magistrale et &agrave; une verve entra&icirc;nante : car il a toujours respect&eacute; et pris&eacute; tr&egrave;s-haut les belles formes du langage ; mais des obscurit&eacute;s, des germanismes, des &agrave;-peu-pr&egrave;s nuisaient parfois &agrave; la manifestation de sa pens&eacute;e, et la critique pr&eacute;tendait qu&#39;il &eacute;tait de difficile lecture. Plus il a parl&eacute; et &eacute;crit, plus la clart&eacute; et la simplicit&eacute; sont venues ; sa pers&eacute;v&eacute;rante poursuite de l&#39;expression vraie et naturelle a &eacute;t&eacute; r&eacute;compens&eacute;e. Il avait de bonne heure quitt&eacute;, comme il le disait lui-m&ecirc;me, Rousseau pour Pascal ; chaque jour augmentait l&#39;intimit&eacute; de son commerce avec les premi&egrave;res parties du XVIIe si&egrave;cle ; et il est devenu, de progr&egrave;s en progr&egrave;s, un des grands &eacute;crivains, un des grands artistes, qui honorent le plus la litt&eacute;rature fran&ccedil;aise&nbsp; <\/p>  <p>Chacun sait combien il aimait &agrave; vivre en pleine atmosph&egrave;re du XVIIe si&egrave;cle ; comme il se plaisait dans ses salons ; comme il se passionnait pour ses h&eacute;ros, et surtout pour ses h&eacute;ro&iuml;nes. Leurs entretiens le reposaient de travaux plus aust&egrave;res ; et ses d&eacute;lassements nous ont valu des chefs-d&#39;oeuvre. <\/p>  <p>Je m&#39;arr&ecirc;te, quand j&#39;aurais encore tant &agrave; dire si je voulais entrer dans la vie publique de M. Cousin ; ou vous parler de l&#39;impulsion qu&#39;il a donn&eacute;e aux &eacute;tudes philosophiques et &agrave; la propagation de l&#39;instruction ; ou vous entretenir de sa g&eacute;n&eacute;reuse &eacute;loquence &agrave; la tribune de la Chambre des pairs. Je crains d&#39;avoir trop oubli&eacute; que je comptais seulement vous adresser quelques mots.&nbsp; <\/p>  <p>Disons, en terminant, que la vie acad&eacute;mique de notre illustre Confr&egrave;re a &eacute;t&eacute;, vous le savez tous, active et f&eacute;conde. Assidu &agrave; nos s&eacute;ances, il aimait &agrave; prendre la parole sur nos lectures, et apportait un soin particulier dans le choix de nos sujets de prix. Sa vivacit&eacute; de conception, l&#39;&eacute;tendue de sa science, l&#39;irr&eacute;sistible attrait de sa conversation famili&egrave;re, son improvisation toujours pr&ecirc;te, le faisaient se plaire dans nos discussions qu&#39;il animait si bien. Permettez-moi de dire que cet exemple est bon &agrave; suivre ; et que nous aurions tort de trop nous abstenir des observations qui donnent de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t et de la vie &agrave; nos travaux.&nbsp; <\/p>  <p>M. Cousin a voulu rester toujours pr&eacute;sent au milieu de nous et de nos successeurs par le prix qu&#39;il a fond&eacute; et dont il vous a fait juges. C&#39;est un titre de plus &agrave; notre reconnaissance. La dur&eacute;e de sa m&eacute;moire n&#39;en avait pas besoin pour ne jamais p&eacute;rir dans notre Acad&eacute;mie. &raquo;&nbsp;<\/p>  <!--EndFragment-->   ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><!--StartFragment-->      <\/p>\n<p>Le 14 janvier 1867, &agrave; Cannes, vers cinq heures du matin, Victor Cousin [1792-1867], dans son sommeil, meurt d&rsquo;une apoplexie, dont la crise a d&eacute;but&eacute; la veille. Il est &acirc;g&eacute; de soixante-quatorze ans&nbsp;: il aurait eu soixante-quinze ans, le 28 novembre 1867. De nombreux &eacute;loges mortuaires sont prononc&eacute;s. D&rsquo;une part le 19 janvier &agrave; l&rsquo;annonce de son d&eacute;c&egrave;s&nbsp;; d&rsquo;autre part &agrave; ses fun&eacute;railles le 24 janvier avec les discours de Sylvestre de Sacy, d&rsquo;Esquirou de Parieu, d&rsquo;Henri Patin. Mais les &eacute;loges c&eacute;l&eacute;brant la m&eacute;moire de Victor Cousin sont bien plus nombreux, et ils se prolongent jusqu&rsquo;en 1868.<\/p>\n<p>  <!--EndFragment-->   <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-79","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-Victor-cousin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=79"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/79\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=79"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=79"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=79"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}