{"id":75,"date":"2009-05-14T09:51:27","date_gmt":"2009-05-14T07:51:27","guid":{"rendered":""},"modified":"2020-09-15T20:55:30","modified_gmt":"2020-09-15T18:55:30","slug":"la-mort-de-caton-dutique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philosophie\/la-mort-de-caton-dutique.html","title":{"rendered":"La mort de Caton d\u2019Utique"},"content":{"rendered":"L&rsquo;historien grec Appien, dit Appien d&rsquo;Alexandrie [vers 90-160] est l&rsquo;auteur d&rsquo;une Histoire des guerres civiles de la R&eacute;publique romaine. Dans le livre II de cet ouvrage, il d&eacute;crit la mort volontaire de Marcus Porcius Cato Uticencis, Caton d&rsquo;Utique [95-46 av. J.-C.], arri&egrave;re petit-fils de Caton l&rsquo;ancien. L&rsquo;&eacute;v&egrave;nement se situe en avril 46 av. J.-C., dans le cadre de la guerre civile entre C&eacute;sar et Pomp&eacute;e.<!--more--><!--StartFragment-->  <p>Caton s&rsquo;&eacute;tait rang&eacute; du c&ocirc;t&eacute; de Pomp&eacute;e. Apr&egrave;s la d&eacute;faite des troupes de Pomp&eacute;e &agrave; Pharsale en Thessalie, en ao&ucirc;t 48 av. JC&nbsp;; l&rsquo;assassinat de Pomp&eacute;e par les hommes du pharaon Ptol&eacute;m&eacute;e XIII&nbsp;; et enfin la d&eacute;faite des restes de l&rsquo;arm&eacute;e de Pomp&eacute;e &agrave; Thapsus en Tunisie, Caton a trouv&eacute; refuge &agrave; Utique, dans l&rsquo;actuelle Tunisie. Mais, ne voulant pas survivre &agrave; l&rsquo;effacement de la libert&eacute;, il d&eacute;cide de se donner la mort.<br \/> Les philosophes sto&iuml;ciens feront de Caton l&rsquo;exemple le plus authentique du Sage.<\/p><p>C&rsquo;est en 1808, que le magistrat Jean Isaac Combes-Dounous [1758-1820], &eacute;lu au Conseil des Cinq-Cents [1797-1799], puis repr&eacute;sentant du Lot au Corps l&eacute;gislatif [1799-1804], fait para&icirc;tre une traduction, du grec en fran&ccedil;ais, de l&rsquo;Histoire des guerres civiles de l&rsquo;historien Appien [n&eacute; vers 90 ap. J. C.&nbsp;; mort vers 160] ]&nbsp;: Histoire des guerres civiles de la R&eacute;publique romaine, traduite du texte grec d&#39;Appien d&#39;Alexandrie par J.-J. Combes-Dounous. [Paris : de l&#39;Imprimerie des fr&egrave;res Mame. 3 volumes in-8, 120+475+494 pages. 1808]. R&eacute;&eacute;dit&eacute; en 1993 [Paris : Les Belles lettres, collection La Roue &agrave; livres. In-8].<\/p>  <p>Le texte est d&eacute;compos&eacute; en paragraphes, chacun d&rsquo;une trentaine de lignes.<\/p>    <p>98. Comme la nouvelle de ces &eacute;v&eacute;nements [la d&eacute;faite de Thapsus] parvint &agrave; Utique trois jours apr&egrave;s tout au plus, et que C&eacute;sar s&#39;&eacute;tait sans d&eacute;lai mis en marche pour Utique, une fuite g&eacute;n&eacute;rale commen&ccedil;a. Et Caton ne chercha &agrave; retenir personne : il donna m&ecirc;me des navires aux aristocrates qui lui en demand&egrave;rent ; mais personnellement, il demeura, de pied ferme, et quand les habitants d&#39;Utique lui promirent de demander gr&acirc;ce pour lui avant de le faire pour eux-m&ecirc;mes, il r&eacute;pondit en souriant qu&#39;il n&#39;aurait pas besoin qu&#39;on interc&eacute;d&acirc;t en sa faveur aupr&egrave;s de C&eacute;sar, et que C&eacute;sar aussi le savait parfaitement. Puis il fit poser les scell&eacute;s sur toutes les caisses publiques, et confia les documents concernant chacune d&#39;elles aux autorit&eacute;s d&#39;Utique ; le soir, il prit son bain, puis son d&icirc;ner, qu&#39;il mangea assis, comme il le faisait depuis le meurtre de Pomp&eacute;e. Et, sans rien changer &agrave; ses habitudes, sans consommer ni plus, ni moins, il s&#39;entretint avec les convives de ceux qui avaient pris la mer, demanda des informations sur le vent, pour savoir s&#39;ils ne l&#39;avaient pas contraire, et sur la distance &agrave; parcourir, pour savoir s&#39;ils seraient assez loin avant l&#39;arriv&eacute;e de C&eacute;sar au d&eacute;but de la matin&eacute;e. Puis, m&ecirc;me en allant se coucher, il ne modifia en rien ses habitudes, si ce n&#39;est qu&#39;il &eacute;treignit son fils avec plus de tendresse. Mais comme il ne trouvait pas son poignard &agrave; sa place habituelle pr&egrave;s de son lit, il se mit &agrave; crier qu&#39;il &eacute;tait livr&eacute; &agrave; ses ennemis par ses domestiques : de quoi se servirait-il, disait-il, en cas d&#39;attaque, s&#39;ils survenaient pendant la nuit ? Comme on le suppliait de ne rien entreprendre contre lui-m&ecirc;me, mais d&#39;aller se reposer sans poignard, il ajouta, de fa&ccedil;on encore plus convaincante : &laquo; Ne m&#39;est-il donc pas possible, si je le d&eacute;sire, de m&#39;&eacute;touffer avec mes v&ecirc;tements, de me casser la t&ecirc;te contre le mur, de me pr&eacute;cipiter pour me briser le cou ou de retenir ma respiration pour en finir ? &raquo; D&#39;autres arguments du m&ecirc;me ordre amen&egrave;rent ses amis &agrave; lui remettre son poignard. Quand celui-ci fut &agrave; sa place, il demanda le trait&eacute; de Platon sur l&#39;&acirc;me [le Ph&eacute;don] et se mit &agrave; lire.<\/p>  <p>99. Quand il eut termin&eacute; le dialogue de Platon, comprenant que ceux qui se tenaient &agrave; sa porte &eacute;taient endormis, il se frappa au-dessous du sternum : ses entrailles tomb&egrave;rent et il laissa entendre quelque g&eacute;missement qui fit accourir ceux qui se tenaient &agrave; sa porte ; les m&eacute;decins remirent en place les entrailles, qui &eacute;taient intactes, cousirent la blessure et la band&egrave;rent. Quand il eut repris connaissance, il se remit &agrave; jouer son r&ocirc;le : il se reprochait, en son for int&eacute;rieur, la faiblesse de sa blessure, mais exprimait sa gratitude &agrave; ceux qui l&#39;avaient sauv&eacute; et d&eacute;clarant qu&#39;il n&#39;avait besoin que de dormir. On s&#39;en alla donc en emportant le poignard et, comme il semblait calm&eacute;, on ferma les portes. Lui, apr&egrave;s leur avoir fait croire qu&#39;il dormait, d&eacute;chira de ses mains en silence les bandages, d&eacute;fit les sutures de sa blessure, puis, comme une b&ecirc;te sauvage, &eacute;largit l&#39;ouverture de son ventre avec ses ongles, y plongea ses doigts et en arracha les entrailles jusqu&#39;&agrave; ce qu&#39;il mour&ucirc;t, &acirc;g&eacute; d&#39;environ cinquante ans, reconnu pour l&#39;homme le plus fermement attach&eacute; &agrave; sa conviction une fois qu&#39;il avait tranch&eacute;, et d&eacute;finissant ce qui &eacute;tait juste, convenable ou bien, non d&#39;apr&egrave;s l&#39;usage, mais d&#39;apr&egrave;s des consid&eacute;rations de haute morale. Il avait, par exemple, &eacute;pous&eacute; Marcia, la fille de Philippus, au sortir de l&#39;adolescence, lui vouait la plus grande affection et avait eu d&#39;elle des enfants : il la c&eacute;da n&eacute;anmoins &agrave; Hortensius, un de ses amis, qui d&eacute;sirait des enfants mais dont l&#39;&eacute;pouse &eacute;tait st&eacute;rile ; et quand elle lui en eut donn&eacute; un, Caton la reprit chez lui, comme s&#39;il l&#39;avait pr&ecirc;t&eacute;e.&#8232;Tel &eacute;tait donc Caton, et les habitants d&#39;Utique lui firent de brillantes fun&eacute;railles. <\/p>  <p>&nbsp;<\/p>  <!--EndFragment-->   ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;historien grec Appien, dit Appien d&rsquo;Alexandrie [vers 90-160] est l&rsquo;auteur d&rsquo;une Histoire des guerres civiles de la R&eacute;publique romaine. Dans le livre II de cet ouvrage, il d&eacute;crit la mort volontaire de Marcus Porcius Cato Uticencis, Caton d&rsquo;Utique [95-46 av. 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