{"id":71,"date":"2009-05-04T15:26:04","date_gmt":"2009-05-04T15:26:04","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-05-04T15:26:04","modified_gmt":"2009-05-04T15:26:04","slug":"Joseph-Joubert-un-portrait-romantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Joseph-Joubert-un-portrait-romantique.html","title":{"rendered":"Joseph Joubert : un portrait romantique"},"content":{"rendered":"<!--StartFragment-->  <p>On doit au critique litt&eacute;raire Andr&eacute; Beaunier [1869-1925], dans son ouvrage La Jeunesse de Joubert [Paris : Librairie acad&eacute;mique Perrin, 1918] la recomposition d&rsquo;un portrait romantique de Joseph Joubert [1754-1824] m&eacute;langeant l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance suppos&eacute;e de l&rsquo;homme de salon du XVIII&egrave; si&egrave;cle, et le go&ucirc;t de la solitude, de la r&ecirc;verie et des m&eacute;ditations g&eacute;n&eacute;ralement attribu&eacute; aux romantiques du d&eacute;but du XIX&egrave; si&egrave;cle.<\/p>    <!--EndFragment-->   <!--more--><!--StartFragment-->  <p>Il ne faut pourtant pas oublier que Joubert fut aussi un homme d&rsquo;action. &Agrave; cinquante quatre ans, alors que Louis Marcellin de Fontanes [1757-1821] vient d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;sign&eacute; par Napol&eacute;on comme Grand-Ma&icirc;tre de l&rsquo;Universit&eacute; [de 1808 &agrave; 1815], Joseph Joubert est nomm&eacute; par d&eacute;cret imp&eacute;rial du 21 septembre 1808, l&rsquo;un des treize Inspecteurs g&eacute;n&eacute;raux de l&rsquo;Universit&eacute;.<\/p><p>&laquo; Le corps dont M. Joubert &laquo; ne s&rsquo;arrangeait qu&rsquo;&agrave; peu pr&egrave;s &raquo; &eacute;tait mince, ch&eacute;tif et haut de cinq pieds six pouces. <\/p>  <p>De petite sant&eacute;, M. Joubert prenait soin de sa tranquillit&eacute;, de sa s&eacute;curit&eacute;, de son silence. Il aimait la causerie ; et, plus encore, la r&ecirc;verie. Parfois, il se taisait et fermait les yeux, afin de laisser son esprit se calmer. Il &eacute;tait sensible, tr&egrave;s vite alarm&eacute;, nerveux, extr&ecirc;mement chim&eacute;rique. Mais il &eacute;tait aussi fort raisonnable et voulait que sa raison f&ucirc;t ma&icirc;tresse de son &eacute;moi. Pour cela, il avait d&rsquo;ing&eacute;nieux strat&eacute;g&egrave;mes, qui occupaient une grande partie de son loisir continu. De mouvement, et f&ucirc;t-ce pour &eacute;crire, il avouait de la paresse ; mais sa t&ecirc;te ne cessait pas de travailler : elle inventait de beaux et malins syst&egrave;mes de m&eacute;ditation, qui l&rsquo;agitaient. Et il vivait dans un trouble perp&eacute;tuel. Seulement, il pr&eacute;tendait qu&rsquo;on n&rsquo;e&ucirc;t point &agrave; s&rsquo;en apercevoir. Il m&eacute;ditait &agrave; part lui, secr&egrave;tement, et ne montrait qu&rsquo;une figure avenante, plaisante, douce, par&eacute;e de cette bonhomie qui, &agrave; ses yeux, &eacute;tait une vertu excellente. <\/p>  <p>Il avait peur du froid : l&agrave;-dessus, on le voyait pusillanime. La cravate blanche &agrave; maints tours et le col &agrave; pointes droites qui l&rsquo;engoncent, dans son portrait, ne lui suffisent pas : il a encore, &agrave; la nuque et sur les &eacute;paules, un gros cache-nez de laine qui retombe en torsade et couvre son &eacute;troite poitrine. Pauvre de cheveux, il arborait, &agrave; la seule pens&eacute;e d&rsquo;un rhume, un luxe de bonnets dont Mme de Beaumont s&rsquo;&eacute;gayait ; et bient&ocirc;t, il porta perruque. D&rsquo;ailleurs, ses pr&eacute;cautions ne nuisaient pas &agrave; la juste &eacute;l&eacute;gance de son costume. Il veillait &agrave; ses dehors et ne choisissait pas avec plus de frivolit&eacute; le nankin brun de ses redingotes que ses houppelandes, bas de laine, pantoufles et manches ouat&eacute;es. L&rsquo;hiver, il se cachait les mains dans un manchon. Il tenait qu&rsquo;on doit &ecirc;tre bien mis, consid&eacute;rant que les hommes assortissent presque toujours leurs mani&egrave;res &agrave; leur habit. <\/p>  <p>Ses mani&egrave;res &agrave; lui furent constamment aimables et c&eacute;r&eacute;monieuses, avec de l&rsquo;enjouement. <\/p>  <p>Il demeurait volontiers &agrave; la maison ; mais il se promenait aussi, la canne &agrave; la main, vers la fin du jour, s&rsquo;il &eacute;tait &agrave; la campagne : il aimait le coucher du soleil sur les coteaux de Villeneuve. Sans faire de bruit, songeant tout seul, il regardait le monde apparent s&rsquo;&eacute;vanouir dans la p&eacute;nombre et il construisait, pour l&rsquo;usage de sa pens&eacute;e, le monde id&eacute;al : c&rsquo;est le monde r&eacute;el. S&rsquo;il &eacute;tait &agrave; Paris, il rendait quelques visites ; et il allait voir des dames, pour lesquelles il &eacute;prouvait un respectueux amour. Il ne m&eacute;prisait pas le sentiment, bien que la dialectique lui f&ucirc;t ch&egrave;re. <\/p>  <p>Vieillissant, plus fr&ecirc;le et de moins en moins curieux, il passait la plupart de ses journ&eacute;es dans son lit ; et il avait &agrave; port&eacute;e son crayon, ses carnets. Il recevait, assis, les jambes &eacute;tendues, habill&eacute; d&rsquo;&rdquo;un petit gilet fait pour l&rsquo;attitude&rdquo; et coiff&eacute; d&rsquo;un bonnet &ldquo;avec un beau ruban&rdquo;. C&rsquo;est ainsi que le vit Madame Victorine de Chastenay &raquo;.<\/p>  <!--EndFragment-->   ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><!--StartFragment-->  <\/p>\n<p>On doit au critique litt&eacute;raire Andr&eacute; Beaunier [1869-1925], dans son ouvrage La Jeunesse de Joubert [Paris : Librairie acad&eacute;mique Perrin, 1918] la recomposition d&rsquo;un portrait romantique de Joseph Joubert [1754-1824] m&eacute;langeant l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance suppos&eacute;e de l&rsquo;homme de salon du XVIII&egrave; si&egrave;cle, et le go&ucirc;t de la solitude, de la r&ecirc;verie et des m&eacute;ditations g&eacute;n&eacute;ralement attribu&eacute; aux romantiques du d&eacute;but du XIX&egrave; si&egrave;cle.<\/p>\n<p>    <!--EndFragment-->   <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-71","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philo-du-xixe-en-france-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=71"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/71\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=71"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=71"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=71"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}