{"id":70,"date":"2009-04-11T16:57:54","date_gmt":"2009-04-11T16:57:54","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-04-11T16:57:54","modified_gmt":"2009-04-11T16:57:54","slug":"La-mort-d-Immanuel-Kant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/La-mort-d-Immanuel-Kant.html","title":{"rendered":"La mort d&rsquo;Immanuel Kant"},"content":{"rendered":"<em>Victor Cousin publie en f&eacute;vrier-mars 1830, dans le journal Le Globe, sous forme de feuilleton, le texte &laquo; Kant dans les derni&egrave;res ann&eacute;es de sa vie &raquo;. Il y rapporte les t&eacute;moignages qui rendent compte de la mort d&#39;Immanuel Kant [1724-1804] survenue le 12 f&eacute;vrier 1804.<br \/><\/em> <div><em>L&#39;article sera r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 1843 dans les Fragments litt&eacute;raires [Paris : Didier. In-8, 516 p., 1843] ; dans Fragments et souvenirs [Paris : Didier. In-8, 534 p., 1857], puis dans Fragments philosophiques pour servir &agrave; l&#39;histoire de la philosophie. Philosophie contemporaine [Paris : Didier. In-8, 403 p., 1866].<\/em><\/div> <div><em>Apr&egrave;s la f&ecirc;te c&eacute;l&eacute;br&eacute;e en honneur de son soixante-dix-neuvi&egrave;me anniversaire, le 22 avril 1803, la sant&eacute; de Kant, d&eacute;j&agrave; fragile, s&#39;aggrave progressivement. Il tombe manifestement malade en octobre 1803. Il perd la vue, a du mal &agrave; parler, il s&#39;amaigrit consid&eacute;rablement, n&#39;a plus la force de se tenir debout. V. Cousin fournit un calendrier pr&eacute;cis.<\/em><\/div> <!--more--><strong>        <\/strong><div>&laquo; [Le 6 f&eacute;vrier 1804], ses regards devinrent fixes ; il ne dit plus un mot ; seulement quand on parlait de sciences, il donnait encore quelques signes qu&#39;il &eacute;tait l&agrave;. [&#8230;].<\/div><div>&laquo; Le 7 f&eacute;vrier, dit M. Hasse, nous f&ucirc;mes invit&eacute;s chez lui pour la derni&egrave;re fois. &Agrave; peine l&#39;avait-on port&eacute; &agrave; table, et avait-il &laquo; pris une cuiller&eacute;e de soupe, qu&#39;il demanda &agrave; &ecirc;tre report&eacute; dans son lit. Quand on le d&eacute;shabilla, nous v&icirc;mes que ce &laquo;n&#39;&eacute;tait plus qu&#39;un squelette, et son corps &eacute;puis&eacute; s&#39;affaissa dans le lit comme dans un tombeau. Nous rest&acirc;mes &agrave; table, &laquo;nous entretenant de lui avec M. Wasianski. Il le remarqua, et pronon&ccedil;a tr&egrave;s distinctement le mot &eacute;tat, &eacute;tat (<em>zustand, &laquo;zustand<\/em>). Nous lui d&icirc;mes : Vous entendez, monsieur le professeur, que nous parlons de vous. Oui, justement (<em>ja ganz &laquo;recht<\/em>), dit-il encore, et ce fut le dernier mot que j&#39;entendis de sa bouche ; ce fut la derni&egrave;re fois que je le vis. Il ne se &laquo;releva plus.<\/div><div>Le 9 il ne r&eacute;pondit plus aux questions qu&#39;on lui fit. Le 10 au matin, M. Wasianski, lui ayant demand&eacute; s&#39;il le reconnaissait, il r&eacute;pondit oui, lui tendit la main, et le caressa sur la joue. Le 11 au soir, &nbsp;ses yeux &eacute;taient &eacute;teints et son visage calme. &laquo;Je lui demandai, dit M. Wasianski, s&#39;il me reconnaissait. Il ne me r&eacute;pondit point ; mais il me tendit les l&egrave;vres comme pour m&#39;embrasser. Une profonde &eacute;motion me saisit. Je ne sache pas qu&#39;il ait jamais embrass&eacute; aucun de ses amis, du moins je ne l&#39;ai jamais vu embrasser personne. Une fois seulement, quelques semaines avant sa mort, il embrassa sa soeur et moi, mais sans para&icirc;tre savoir ce qu&#39;il faisait. Je regardai le mouvement de ses l&egrave;vres comme l&#39;adieu de l&#39;amiti&eacute;, et ce fut le dernier signe de connaissance qu&#39;il donna. Tous les sympt&ocirc;mes d&#39;une mort prochaine paraissaient. Je voulus assister &agrave; sa mort comme j&#39;avais assist&eacute; &agrave; une grande partie de sa vie, et je restai pr&egrave;s de son lit, la derni&egrave;re nuit. Vers une heure du matin, il revint un peu &agrave; lui, et quand je lui pr&eacute;sentai &agrave; boire, il put approcher sa bouche du verre ; et comme il n&#39;avait pas la force de garder la boisson, il la tint ferm&eacute;e avec sa main jusqu&#39;&agrave; ce que tout f&ucirc;t aval&eacute;, et il me dit encore intelligiblement : C&#39;est bon. Ce fut son dernier mot. Bient&ocirc;t les extr&eacute;mit&eacute;s devinrent froides et le pouls intermittent. Le 12 f&eacute;vrier, &agrave; quatre heures du matin, le pouls n&#39;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; plus sensible ni aux mains, ni aux pieds, ni au cou. &Agrave; dix heures son visage changea visiblement : l&#39;oeil &eacute;tait fixe et &eacute;teint, et la p&acirc;leur de la mort d&eacute;colora son visage et ses l&egrave;vres. Vers onze heures le moment fatal approcha. Sa soeur &eacute;tait debout au pied de son lit, son neveu au chevet, moi &agrave; genoux pr&egrave;s de lui, essayant de surprendre encore quelque &eacute;tincelle de vie dans ses yeux. Je fis appeler son domestique pour qu&#39;il p&ucirc;t &ecirc;tre t&eacute;moin de la mort de son bon ma&icirc;tre. Un de ses meilleurs amis, que j&#39;avais fait avertir, arriva. La respiration devint de plus en plus faible : on apercevait &agrave; peine un souffle l&eacute;ger sur ses l&egrave;vres, et sa mort fut une cessation de la vie et non pas une crise. &Agrave; onze heures Kant avait cess&eacute; de vivre.&raquo;<\/div><div>La mort bien constat&eacute;e, on lui rasa la t&ecirc;te, et M. le professeur Knorr se chargea de prendre son masque, et m&ecirc;me la forme enti&egrave;re de la t&ecirc;te pour la collection du docteur Gall.<\/div><br \/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Victor Cousin publie en f&eacute;vrier-mars 1830, dans le journal Le Globe, sous forme de feuilleton, le texte &laquo; Kant dans les derni&egrave;res ann&eacute;es de sa vie &raquo;. Il y rapporte les t&eacute;moignages qui rendent compte de la mort d&#39;Immanuel Kant [1724-1804] survenue le 12 f&eacute;vrier 1804.<br \/><\/em> <\/p>\n<div><em>L&#39;article sera r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 1843 dans les Fragments litt&eacute;raires [Paris : Didier. In-8, 516 p., 1843] ; dans Fragments et souvenirs [Paris : Didier. In-8, 534 p., 1857], puis dans Fragments philosophiques pour servir &agrave; l&#39;histoire de la philosophie. Philosophie contemporaine [Paris : Didier. In-8, 403 p., 1866].<\/em><\/div>\n<div><em>Apr&egrave;s la f&ecirc;te c&eacute;l&eacute;br&eacute;e en honneur de son soixante-dix-neuvi&egrave;me anniversaire, le 22 avril 1803, la sant&eacute; de Kant, d&eacute;j&agrave; fragile, s&#39;aggrave progressivement. Il tombe manifestement malade en octobre 1803. Il perd la vue, a du mal &agrave; parler, il s&#39;amaigrit consid&eacute;rablement, n&#39;a plus la force de se tenir debout. V. 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