{"id":67,"date":"2009-04-06T11:16:42","date_gmt":"2009-04-06T11:16:42","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-04-06T11:16:42","modified_gmt":"2009-04-06T11:16:42","slug":"La-mort-du-philosophe-et-moraliste-Ernest-Bersot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/La-mort-du-philosophe-et-moraliste-Ernest-Bersot.html","title":{"rendered":"La mort du philosophe et moraliste Ernest Bersot"},"content":{"rendered":"<p><em>Ernest Bersot [1816-1880], meurt le 1er f&eacute;vrier 1880, dans ses appartements de l&rsquo;&Eacute;cole normale sup&eacute;rieure dont il est le directeur, depuis 1871. En 1865 s&rsquo;est d&eacute;clar&eacute; un cancer au visage. Et dans les premiers mois de de 1879, ce dernier poursuivant ses ravages, perfore la joue, envahit les gencives et les nerfs des os maxillaires. Dans une souffrance sans tr&ecirc;ve, Ernest Bersot sait que la fin est proche. Paul Reclus [1847-1914], son m&eacute;decin t&eacute;moigne des derniers moments. <\/em><\/p><!--more--><p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\">&ldquo;Puis il s&rsquo;occupa de ses oeuvres : &ldquo;J&rsquo;&eacute;crivais &agrave; Scherer le mot de Voltaire : On n&rsquo;arrive pas &agrave; la post&eacute;rit&eacute; avec un lourd bagage. Voltaire pouvait se permettre quatre-vingts volumes. J&rsquo;ai peur que deux ne soient trop pour moi. Cependant, pour me survivre encore quelques ann&eacute;es, j&rsquo;ai pens&eacute; que de mes livres on pourrait tirer deux petits volumes : l&rsquo;un aurait trait aux questions d&rsquo;enseignement, et l&rsquo;autre, qu&rsquo;on intitulerait &ldquo;un moraliste&rdquo;, serait un recueil de mes meilleurs articles. M. Scherer les choisirait : je le charge de ce soin et je prie dans ma lettre M. D&eacute;lerot et vous de l&rsquo;assister dans cette t&acirc;che.&rdquo; <\/p><p>&ldquo;Ce jour-l&agrave;, contre son habitude, il me parla peu de ses &eacute;l&egrave;ves : &ldquo;Je puis mourir tranquille, je sais du ministre que le choix de mon successeur sera bon.&rdquo;<\/p><p>&ldquo;On vint l&rsquo;avertir que le diner &eacute;tait servi. Nous nous rend&icirc;mes dans la salle &agrave; manger, mais il n&rsquo;avait pas faim et demanda qu&rsquo;on lui port&acirc;t pour la nuit un bouillon dans sa chambre. Apr&egrave;s quelques minutes d&rsquo;une conversation tout intime, o&ugrave; il fut question de sa ni&egrave;ce, de sa soeur et des amis qui l&rsquo;avaient visit&eacute; dans sa r&eacute;clusion des six derniers mois, je me levai pour partir ; je voulais revenir dans la soir&eacute;e. &ldquo;C&rsquo;est inutile, demain seulement vers midi ; je me sens d&eacute;j&agrave; beaucoup mieux.&rdquo; Je le quittai, du reste, sans appr&eacute;hension imm&eacute;diate : j&rsquo;avais trouv&eacute; sa voix un peu alt&eacute;r&eacute;e et sa respiration plus p&eacute;nible, mais son entrain paraissait si naturel et sa causerie si facile que je ne pouvais croire &agrave; l&rsquo;imminence du danger. Sa famille arriva et lui tint compagnie jusqu&rsquo;&agrave; pr&egrave;s de dix heures. Elle le trouva plus gai que d&rsquo;habitude ; il voulait leur laisser un souvenir paisible et doux. Au d&eacute;part, il ne leur donna ni un serrement de main, ni un baiser de plus. <\/p><p>&ldquo;Je n&rsquo;&eacute;tais pas sans inqui&eacute;tude, et le matin, vers sept heures, lorsque le jour se levait &agrave; peine, j&rsquo;arrivais &agrave; l&rsquo;&eacute;cole avec M. Mini&egrave;re. La crise avait &eacute;clat&eacute; pendant la nuit, plus violente et plus prompte que je ne l&rsquo;avais suppos&eacute;. Le larynx, &agrave; peu pr&egrave;s obstru&eacute;, laissait &agrave; peine passer un peu d&rsquo;air et notre pauvre ami luttait contre l&rsquo;asphyxie : il ne r&eacute;pondit pas &agrave; notre appel : il avait d&eacute;j&agrave; perdu connaissance. J&rsquo;envoyai imm&eacute;diatement chercher M. Broca. &ndash; J&rsquo;avais bien promis d&rsquo;&eacute;loigner les amis et les proches, mais non le m&eacute;decin ; d&rsquo;ailleurs, dans cette grave conjoncture, je voulais l&rsquo;avis de mon ma&icirc;tre. En moins d&rsquo;une heure il &eacute;tait l&agrave; et toute id&eacute;e d&rsquo;intervention fut rejet&eacute;e d&rsquo;un commun accord. Les l&eacute;sions du c&ocirc;t&eacute; du pharynx &eacute;taient telles que la trach&eacute;otomie aurait prolong&eacute; de quelques jours tout au plus, non l&rsquo;existence, mais l&rsquo;agonie de M. Bersot. <\/p><p>&ldquo;M. Broca nous quitta : son h&ocirc;pital le r&eacute;clamait. Il devait revenir vers une heure. Nous nous ass&icirc;mes au pied du lit, d&eacute;sol&eacute;s de notre impuissance ; du moins notre ami n&rsquo;avait plus le sentiment de la douleur et ce fut notre consolation. Que l&rsquo;aspect de cette chambre &eacute;tait triste ! Dans les vastes appartements de l&rsquo;&eacute;cole M. Bersot avait choisi une petite chambre adoss&eacute;e &agrave; son cabinet : il y avait fait installer les meubles t&eacute;moins de sa pauvret&eacute; &agrave; Versailles : une commode, un secr&eacute;taire, un lit sans rideaux. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il couchait depuis neuf ans et que maintenant il allait mourir. Les sympt&ocirc;mes &eacute;taient stationnaires ; toujours le m&ecirc;me &eacute;touffement, la m&ecirc;me inspiration sifflante ; nous le regardions en silence, tandis que non loin de nous s&rsquo;agitaient des &eacute;l&egrave;ves, des amis, qui ne se doutaient pas de ce deuil prochain et vivaient confiants dans le mieux apparent de la veille. La demeure de la famille qui, le soir, l&rsquo;avait laiss&eacute; si calme, est &agrave; quelques pas seulement : je faillis violer ma promesse et les faire tous appeler, mais le spectacle &eacute;tait trop navrant, et nous pens&acirc;mes qu&rsquo;il valait mieux rester seuls &agrave; en ressentir la tristesse. Vers midi, la respiration se ralentit ; &agrave; une heure,&nbsp; on percevait &agrave; peine sous le doigt la l&eacute;g&egrave;re ondulation de son pouls ; elle disparut bient&ocirc;t ; la figure jusqu&rsquo;alors un peu rouge, devint d&rsquo;une blancheur de cire ; le coeur avait cess&eacute; de battre.&rdquo;<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>Cit&eacute; dans Un Moraliste. &Eacute;tudes et pens&eacute;es d&rsquo;Ernest Bersot, pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es d&rsquo;une notice biographique par Edmond Scherer. Avec une photographie de M. Bersot [Paris&nbsp;: Librairie Hachette et Cie. 79 boulevard saint-Germain. In-8, LXXXVIII-382 p., 1882]. Page LXXXIV sq.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>&Eacute;L&Eacute;MENTS BIOGRAPHIQUES.<\/p><p>[1816-1880]. N&eacute; le 22 ao&ucirc;t 1816, &agrave; Surg&egrave;res [Charente-Inf&eacute;rieure, aujourd&rsquo;hui Charente-Maritime] ; mort le 1er f&eacute;vrier 1880, &agrave; Paris.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>&Eacute;tudes au lyc&eacute;e de Bordeaux.<\/p><p>1836. &Eacute;cole normale.<\/p><p>Ancien &eacute;l&egrave;ve de l&#39;&Eacute;cole normale [1836]. La promotion est compos&eacute;e de Jacques Michel Adert ; Ernest Bersot ; Auguste Daunas ; Charles Delatour ; Charles Delzons ; Hilaire Garsonnet ; Guiselin ; Louis Lacroix ; Victor LouisPierre Olivaint ; Jean Peyrot ; Victor Pitard ; Portelette ; Alfred Rouvray ; Charles Hippolyte Verdi&egrave;re ; Charles Z&eacute;vort. Modeste ; <\/p><p>&nbsp;<\/p><p>1839. Agr&eacute;gation de philosophie.<\/p><p>Agr&eacute;gation de philosophie en 1839. Cette ann&eacute;e, sous la pr&eacute;sidence de V. Cousin, il y a un seul re&ccedil;u &agrave; l&rsquo;agr&eacute;gation de philosophie&nbsp;: Ernest Bersot. S&rsquo;&eacute;taient pr&eacute;sent&eacute;s la m&ecirc;me ann&eacute;e, mais ne sont pas re&ccedil;us&nbsp;: Claude Auguste Daunas [1814-&nbsp;?], &eacute;l&egrave;ve sortant de l&rsquo;&Eacute;cole normale, qui sera re&ccedil;u en 1840&nbsp;; Anthelme Gunet [qui avait d&eacute;j&agrave; &eacute;chou&eacute; en 1838] et qui sera re&ccedil;u en 1841 ; Charles Jourdain [1817-1886], qui sera re&ccedil;u en 1840 ; Auguste Walras [1801-1866], qui sera re&ccedil;u en 1840.<\/p><p>&Eacute;taient membres du jury, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de V. Cousin&nbsp;: Jean Jacques S&eacute;verin de Cardaillac [1766-1845], inspecteur de l&rsquo;Acad&eacute;mie de Paris&nbsp;; Jean Philibert Damiron [1856-1863], professeur &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris, Jules Barth&eacute;lemy Saint-Hilaire [1805-1895], professeur de philosophie ancienne au coll&egrave;ge de France&nbsp;; Nicolas Bouillet [1798-1864], professeur de philosophie au coll&egrave;ge Henri IV <\/p><p>&nbsp;<\/p><p>1843. Doctorat &egrave;s-lettres.<\/p><p>Doctorat &egrave;s-lettres avec une th&egrave;se : Doctrine de saint Augustin sur la libert&eacute; et la Providence [Paris, ao&ucirc;t 1843]. Ce livre est pr&eacute;sent&eacute; en hommage &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques, par V. Cousin, dans la s&eacute;ance du 26 ao&ucirc;t 1843. La th&egrave;se latine porte sur la doctrine d&rsquo;Anaxagore&nbsp;: De Controversis quibusdam Anaxagoroe doctrinis [In-8, 37 p., 1843].<\/p><p>Ma&icirc;tre d&rsquo;&eacute;tudes au coll&egrave;ge de Bordeaux [1833-1836]. Professeur de philosophie au coll&egrave;ge de Rennes [1839]. Agr&eacute;g&eacute; suppl&eacute;ant &agrave; Paris, devient en 1840, le secr&eacute;taire particulier de V. Cousin, alors ministre de l&rsquo;Instruction publique. Professeur de philosophie au coll&egrave;ge de Bordeaux [1841]. <\/p><p>D&egrave;s qu&rsquo;il est docteur, malgr&eacute; son souhait de rester &agrave; Bordeaux, o&ugrave; il est en butte &agrave; la r&eacute;action cl&eacute;ricale, est nomm&eacute; professeur suppl&eacute;ant &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Dijon [1843-1844]. Professeur de philosophie au coll&egrave;ge de Versailles [1845-1852]. Il refuse de pr&ecirc;ter serment au Second Empire.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>1859. Critique philosophique et litt&eacute;raire au Journal des D&eacute;bats.<\/p><p>Le refus de serment le contraint &agrave; d&eacute;missionner. Ernest Bersot collabore &agrave; diff&eacute;rents journaux et vit de cours particuliers. Saint Marc Girardin [1801-1873], pour lequel il pr&eacute;facera un ouvrage sur Jean-Jacques Rousseau [Jean-Jacques Rousseau. Sa vie et ses ouvrages. Paris&nbsp;: Charpentier. 2 volumes 1875], lui confie la rubrique litt&eacute;raire et philosophique du Journal des D&eacute;bats [1859].<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>1866. &Eacute;lection &agrave; l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques.<\/p><p>Alors critique philosophique et litt&eacute;raire au Journal des D&eacute;bats, Ernest Bersot est &eacute;lu le 23 juin 1866, comme membre titulaire &agrave; l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 3], en remplacement de l&rsquo;ancien ambassadeur Gustave de Beaumont [1802-1866], d&eacute;c&eacute;d&eacute; le 30 mars 1866.<\/p><p>Sur 31 votants Ernest Bersot obtient 30 suffrages, 1 billet blanc. Constant Martha [1820-1895] plac&eacute; en deuxi&egrave;me rang n&#39;obtient pas un seul suffrage. <\/p><p>Constant Martha [1820-1895] sera &eacute;lu, le 1er juin 1872, &agrave; l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 1], en remplacement d&rsquo;Augustin Cochin [1823-1872], d&eacute;c&eacute;d&eacute; le 15 mars 1872.<\/p><p>Cette &eacute;lection d&rsquo;E. Bersot, dans la section de morale, fait suite &agrave; plusieurs essais infructueux aupr&egrave;s de la section de philosophie, notamment en 1864. E. Bersot s&rsquo;&eacute;tait aussi pr&eacute;sent&eacute;&nbsp; sans succ&egrave;s dans la section de morale, face &agrave; Augustin Cochin [1823-1872], le 11 f&eacute;vrier 1865. <\/p><p>Apr&egrave;s sa mort le 1er f&eacute;vrier 1880lor Ernest Bersot , alors&nbsp; directeur de l&rsquo;&Eacute;cole normale sup&eacute;rieure, est remplac&eacute; par&nbsp;le professeur de philosophie &Eacute;mile Beaussire [1824-1889], &eacute;lu le 22 mai 1880.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>1871-1880. Directeur de l&rsquo;&Eacute;cole normale.<\/p><p>Alors que Jules Simon [1814-1896] est ministre de l&rsquo;Instruction publique, des cultes et des beaux-arts [4 septembre 1870-18 mai 1873], Ernest Bersot est nomm&eacute; en octobre 1871, directeur de l&rsquo;&Eacute;cole normale sup&eacute;rieure, o&ugrave; il succ&egrave;de &agrave; l&rsquo;Inspecteur g&eacute;n&eacute;ral Francisque Bouillier [1813-1899] .<\/p><p>Apr&egrave;s son d&eacute;c&egrave;s, est remplac&eacute; par l&rsquo;historien Numa Denis Fustel de Coulanges [1830-1889], nomm&eacute; le 17 f&eacute;vrier 1880 et qui restera en fonction jusqu&rsquo;&agrave; octobre 1883.&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Ernest Bersot [1816-1880], meurt le 1er f&eacute;vrier 1880, dans ses appartements de l&rsquo;&Eacute;cole normale sup&eacute;rieure dont il est le directeur, depuis 1871. En 1865 s&rsquo;est d&eacute;clar&eacute; un cancer au visage. Et dans les premiers mois de de 1879, ce dernier poursuivant ses ravages, perfore la joue, envahit les gencives et les nerfs des os maxillaires. Dans une souffrance sans tr&ecirc;ve, Ernest Bersot sait que la fin est proche. 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