{"id":54,"date":"2009-01-14T15:23:09","date_gmt":"2009-01-14T15:23:09","guid":{"rendered":""},"modified":"2009-01-14T15:23:09","modified_gmt":"2009-01-14T15:23:09","slug":"Cousin-Portrait-de-Hegel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/Victor-cousin\/Cousin-Portrait-de-Hegel.html","title":{"rendered":"Victor Cousin, Portrait de Hegel"},"content":{"rendered":"<em>Au cours de son premier voyage en Allemagne, effectu&eacute; de fin juillet &agrave; mi-novembre 1817, V. Cousin rencontre le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831] &agrave; Heidelberg &laquo; sans le chercher et comme par hasard &raquo;.<br \/>Quinze ans plus tard, en 1833, dans la Pr&eacute;face de la deuxi&egrave;me &eacute;dition de ses Fragments philosophiques, alors que Hegel est mort depuis deux ans, Victor Cousin [1792-1867] trace un portrait du philosophe allemand, avec lequel il &eacute;tait rest&eacute; en contact toute sa vie.<br \/><br \/><\/em><!--more-->&laquo; J&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; dit [&hellip;] comment je traversai la philosophie de Kant. Celle de Fichte ne pouvait m&rsquo;arr&ecirc;ter long-temps, et &agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 1817 j&rsquo;avais laiss&eacute; derri&egrave;re moi la premi&egrave;re &eacute;cole allemande. C&rsquo;est alors que je fis une course en Allemagne. Je puis dire qu&rsquo;&agrave; cette &eacute;poque de ma vie, j&rsquo;&eacute;tais pr&eacute;cis&eacute;ment dans l&rsquo;&eacute;tat o&ugrave; s&rsquo;&eacute;tait trouv&eacute;e l&rsquo;Allemagne elle-m&ecirc;me au commencement du dix-neuvi&egrave;me si&egrave;cle, apr&egrave;s Kant et Fichte, et &agrave; l&rsquo;apparition de la philosophie de la nature. Ma m&eacute;thode, ma direction, ma psychologie, mes vues g&eacute;n&eacute;rales &eacute;taient arr&ecirc;t&eacute;es, et elles me conduisaient &agrave; la philosophie de la nature. Je ne vis qu&rsquo;elle en Allemagne. [&hellip;] Je ne fus vivement frapp&eacute; que de la nouvelle philosophie. Elle agitait encore et partageait l&rsquo;Allemagne comme aux jours de sa nouveaut&eacute;. Le grand nom de Schelling retentissait dans toutes les &eacute;coles&nbsp;; ici c&eacute;l&eacute;br&eacute;, l&agrave; presque maudit, partout excitant cet int&eacute;r&ecirc;t passionn&eacute;, ce concert d&rsquo;ardens &eacute;loges et d&rsquo;attaques violentes que nous appelons la gloire. Je ne vis pas Schelling cette fois&nbsp;; mais &agrave; sa place je rencontrai, sans le chercher et comme par hasard, Hegel &agrave; Heidelberg [note 1]. Je commen&ccedil;ai par lui, et c&rsquo;est par lui aussi que j&rsquo;ai fini en Allemagne.<p>Il s&rsquo;en faut bien que Hegel f&ucirc;t alors l&rsquo;homme c&eacute;l&egrave;bre [note 2] que j&rsquo;ai depuis retrouv&eacute; &agrave; Berlin, fixant sur lui tous les regards, et &agrave; la t&ecirc;te d&rsquo;une &eacute;cole nombreuse et ardente. Hegel n&rsquo;avait encore d&rsquo;autre r&eacute;putation que celle d&rsquo;un disciple distingu&eacute; de Schelling. Il avait publi&eacute; des livres qu&rsquo;on avait peu lus&nbsp;; son enseignement commen&ccedil;ait &agrave; peine &agrave; se faire conna&icirc;tre davantage. L&nbsp;&lsquo;Encyclop&eacute;die des sciences philosophiques [note 3] paraissait en ce moment, et j&rsquo;en avais eu un des premiers exemplaires. C&rsquo;&eacute;tait un livre tout h&eacute;riss&eacute; de formules d&rsquo;une apparence assez scholastique, et &eacute;crit dans une langue tr&egrave;s-peu lucide, surtout pour moi. Hegel ne savait pas beaucoup plus le fran&ccedil;ais que je ne savais l&rsquo;allemand [note 4], et, enfonc&eacute; dans ses &eacute;tudes, mal s&ucirc;r encore de lui-m&ecirc;me et de sa renomm&eacute;e, il ne voyait presque personne, et, pour tout dire, il n&rsquo;&eacute;tait pas d&rsquo;une amabilit&eacute; extr&ecirc;me. Je ne puis comprendre comment un jeune homme obscur parvint &agrave; l&rsquo;int&eacute;resser&nbsp;; mais au bout d&rsquo;une heure il fut &agrave; moi comme je fus &agrave; lui, et jusqu&rsquo;au dernier moment notre amiti&eacute;, plus d&rsquo;une fois &eacute;prouv&eacute;e, ne s&rsquo;est pas d&eacute;mentie. D&egrave;s la premi&egrave;re conversation, je le devinai, je compris toute sa port&eacute;e, je me sentis en pr&eacute;sence d&rsquo;un homme sup&eacute;rieur&nbsp;; et quand d&rsquo;Heidelberg je continuai ma course en Allemagne, je l&rsquo;annon&ccedil;ai partout, je le proph&eacute;tisai en quelque sorte&nbsp;; et &agrave; mon retour en France, je dis &agrave; mes amis&nbsp;: Messieurs, j&rsquo;ai vu un homme de g&eacute;nie. L&rsquo;impression que m&rsquo;avait laiss&eacute; Hegel &eacute;tait profonde, mais confuse [note 5]. L&rsquo;ann&eacute;e suivante j&rsquo;allais chercher &agrave; Munich l&rsquo;auteur m&ecirc;me du syst&egrave;me. On ne peut pas se moins ressembler que le disciple et le ma&icirc;tre. Hegel laisse &agrave; peine tomber de rares et profondes paroles, quelque peu &eacute;nigmatiques&nbsp;; sa diction forte mais embarass&eacute;e, son visage immobile, son front couvert de nuages, semble l&rsquo;image de la pens&eacute;e qui se replie sur elle-m&ecirc;me. Schelling [note 6] est la pens&eacute;e qui se d&eacute;veloppe&nbsp;; son langage est, comme son regard, plein d&rsquo;&eacute;clat et de vie&nbsp;: il est naturellement &eacute;loquent. [&hellip;] &raquo;.[V. Cousin. Pr&eacute;face de la deuxi&egrave;me &eacute;dition des Fragments philosophiques. 1833] <\/p><p>&nbsp;<\/p><p>NOTES POUR L&rsquo;INTELLIGENCE DU TEXTE DE V. COUSIN.<\/p><p>NOTE 1. HEGEL &Agrave; HEIDELBERG.<\/p><p>Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831]. D&rsquo;abord privat-dozent, puis, gr&acirc;ce &agrave; la recommandation de Goethe, professeur extraordinaire, et enfin professeur ordinaire &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; d&rsquo;I&eacute;na [1801-1807] o&ugrave; il est l&rsquo;assistant de Friedrich von Schelling [1775-1854], dans la chaire laiss&eacute;e vacante par la d&eacute;mission de Johann Gottlieb Fichte [1762-1814]&nbsp;au centre de ce qu&rsquo;on a appel&eacute; &laquo; la querelle de l&rsquo;ath&eacute;isme &raquo;.<\/p><p>Puis demeure quelque temps &agrave; Bamberg [Franconie] entre mars 1807 et 1808 o&ugrave; il est l&rsquo;&eacute;diteur de la Bramberger Zeitung [Gazette de Bramberg], tout en gardant le titre de Professeur en cong&eacute; de l&rsquo;Universit&eacute; d&rsquo;I&eacute;na.<\/p><p>Ensuite, Hegel, gr&acirc;ce au soutien de son ami Friedrich Immanuel Niethammer [1766-1848] alors conseiller sup&eacute;rieur au Minist&egrave;re des &Eacute;coles et Cultes de Munich, est nomm&eacute; recteur, et enseignant de prop&eacute;deutique philosophique, du gymnasium [lyc&eacute;e] de Saint-Gilles &agrave; Nuremberg [Bavi&egrave;re] de novembre 1808 &agrave; 1816.<\/p><p>Alors qu&rsquo;on lui propose de choisir un poste entre les villes d&rsquo;Erlangen, Heidelberg et Berlin, Hegel, sous l&rsquo;amicale pression du philologue Georg Friedrich Creuzer [1771-1858], du professeur de th&eacute;ologie Carl Daub [1765-1836] et du juriste Anton Thibaut [1772-1840], tous ses amis, et enseignants &agrave; Heidelberg, choisit Heidelberg [Pays de Bade] o&ugrave; il se rend en octobre 1816. Il y reste deux ans&nbsp;: 1816-1817 et 1817-1818. <\/p><p>C&rsquo;est l&agrave; que le rencontre, pour la premi&egrave;re fois, en ao&ucirc;t 1817, V. Cousin parti de Paris pour un long p&eacute;riple en Allemagne&nbsp;: Marbourg, G&ouml;ttingue, Dresde, Leipzig, I&eacute;na, Weimar, Wurzbourg, Heidelberg &agrave; nouveau &agrave; la mi-novembre.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>NOTE 2. IL S&rsquo;EN FAUT BIEN QUE HEGEL F&Ucirc;T ALORS L&rsquo;HOMME C&Eacute;L&Egrave;BRE&hellip;<\/p><p>Contrairement &agrave; ce que dit V. Cousin, Hegel n&rsquo;est pas tout &agrave; fait un inconnu dans l&rsquo;univers philosophique de l&rsquo;Allemagne de 1817. <\/p><p>En juillet 1801 Hegel fait publier son &eacute;crit Differenz des Fichte&#39;schen und Schelling&#39;schen Systems der Philosophie [La diff&eacute;rence entre les syst&egrave;mes de Fichte et de Schelling], en m&ecirc;me temps qu&rsquo;il soutient sa th&egrave;se latine De orbitis planetarum, lui permettant d&rsquo;&ecirc;tre privat-dozent.<\/p><p>Tandis qu&rsquo;il est &agrave; I&eacute;na, il co-dirige avec Friedrich Wilhem Joseph Schelling [1775-1854] une gazette litt&eacute;raire le Kritisches Journal der Philosophie [Journal critique de Philosophie], dans lequel, respectant le principe de ne pas signer les contributions, il fait para&icirc;tre plusieurs textes dont Glauben und Wissen [Foi et Savoir-1801]&nbsp;; des Mani&egrave;res de traiter scientifiquement du droit naturel [1802-1803]. <\/p><p>Il donne des articles au Journal litt&eacute;raire d&rsquo;Erlangen, notamment sur Les Principes de la philosophie sp&eacute;culative de Friedrich Bouterwek [1766-1828]. <\/p><p>Fin mars 1807, Hegel avait publi&eacute; Ph&auml;nomenologie des Geistes [Ph&eacute;nom&eacute;nologie de l&rsquo;esprit], ouvrage de pr&egrave;s de sept cents pages, con&ccedil;u initialement comme premi&egrave;re partie d&rsquo;un livre qui se serait intitul&eacute; Syst&egrave;me de la science. A commenc&eacute; &agrave; travailler sur ce livre d&egrave;s 1805, en ach&egrave;ve la r&eacute;daction proprement dite fin 1806, puis r&eacute;dige une longue Pr&eacute;face.<\/p><p>En 1812, il avait fait para&icirc;tre Wissenschaft der Logik, Erster Band, Die objektive Logik&nbsp;; Erstes Buch, Die Lehre vom Sein&nbsp;; Zweites buch, Die Lehre vom Wesen [Science de la logique. Premier tome&nbsp;: La logique objective. Premier livre&nbsp;: La doctrine de l&rsquo;&Ecirc;tre, deuxi&egrave;me livre&nbsp;: la doctrine de l&rsquo;Essence].<\/p><p>En 1816, Wissenschaft der Logik, Zweiter Band, Die subjektive Logik oder Lehre vom Begriff [Science de la logique. Deuxi&egrave;me tome&nbsp;: La logique subjective, ou la doctrine du concept].<\/p><p>Il donne aux Heidelberger Jahrb&uuml;cher der Literatur, dont il est co-&eacute;diteur, et responsable des articles philologiques et philosophiques,un article sur Jacobi, ainsi qu&rsquo;un Compte-rendu des D&eacute;lib&eacute;rations des assembl&eacute;es du royaume de W&uuml;rttemberg.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>NOTE 3. L&rsquo;ENCYCLOP&Eacute;DIE DES SCIENCES PHILOSOPHIQUES.<\/p><p>L&rsquo; Encyklop&auml;die der philosophischen Wissenschaften vient en effet de para&icirc;tre en 1817. Comme l&rsquo;indique Hegel, dans la Pr&eacute;face de la premi&egrave;re &eacute;dition&nbsp;: &laquo; Le besoin de fournir &agrave; mes auditeurs un fil conducteur pour mes le&ccedil;ons de philosophie est la premi&egrave;re raison qui m&rsquo;invite &agrave; publier cette vue d&rsquo;ensemble sur toute l&rsquo;&eacute;tendue de la philosophie [&hellip;] &raquo;. Et il poursuit&nbsp;: &laquo; Le titre de cet ouvrage voudrait montrer &agrave; la fois l&rsquo;&eacute;tendue d&rsquo;un tout et le projet que nous avons de r&eacute;server les d&eacute;tails pour l&rsquo;enseignement oral &raquo;.<\/p><p>Compos&eacute; en trois grandes parties&nbsp;: La Science de la logique&nbsp;; Philosophie de la nature&nbsp;; Philosophie de l&rsquo;esprit, le texte se pr&eacute;sente sous forme d&rsquo;une s&eacute;rie de paragraphes [un peu plus de cinq cents dans la troisi&egrave;me &eacute;dition de 1830], abr&eacute;g&eacute;s quant &agrave; leur contenu, restreints quant &agrave; leur d&eacute;monstration.<\/p><p>L&rsquo;ouvrage doit &ecirc;tre envisag&eacute; seulement comme un manuel, dont le texte d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment concentr&eacute; sert d&rsquo;appui &agrave; l&rsquo;enseignement oral.<\/p><p>Dans un autre texte, publi&eacute; quelques ann&eacute;es plus tard en avril 1838, dans la Revue fran&ccedil;aise [tome 6, pages 215-238] intitul&eacute; &laquo; Souvenirs d&rsquo;Allemagne. Notes d&rsquo;un journal de voyage &raquo; V. Cousin apporte un &eacute;clairage suppl&eacute;mentaire&nbsp;:<\/p><p>&laquo; Lorsque je le quittai, il [Hegel] me donna pour me tenir lieu de lui-m&ecirc;me pendant mon voyage son Encyclop&eacute;die des sciences philosophiques. Cet ouvrage, qui depuis a fait tant de bruit, paraissait en ce moment, et je re&ccedil;us de la main de l&rsquo;auteur un des premiers exemplaires. Je me suis jet&eacute; dessus&nbsp;; mais il m&rsquo;a parfaitement r&eacute;sist&eacute;, et je n&rsquo;ai pas saisi grand chose &raquo;.<\/p><p>Beaucoup plus tard, dans son livre Victor Cousin et son &oelig;uvre. [Paris&nbsp;: Calmann-L&eacute;vy. 1885], Paul Janet [1823-1899] raconte, &eacute;voquant aussi Friedrich Wilhelm Carov&eacute; [1789-1852], juriste et philosophe allemand disciple de Hegel&nbsp;: &laquo; Hegel venait de publier son Encyclop&eacute;die ; Cousin essaya de la d&eacute;chiffrer &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;un des disciples du ma&icirc;tre, Carov&eacute;, avec qui il se promenait tous les matins dans l&rsquo;All&eacute;e des philosophes, le manuel de Hegel &agrave; la main, l&rsquo;un interrogeant, l&rsquo;autre r&eacute;pondant &raquo;.<\/p><p>&nbsp;<\/p><p>[note 4] HEGEL NE SAVAIT PAS BEAUCOUP PLUS LE FRAN&Ccedil;AIS&#8230;<\/p><p>Il y a une injustice certaine dans ce propos de V. Cousin. En t&eacute;moignent toutes les lettres de Hegel, toutes &eacute;crites en un fran&ccedil;ais parfait, adress&eacute;es &agrave; V. Cousin, depuis la lettre du 5 ao&ucirc;t 1818, jusqu&rsquo;&agrave; la lettre &eacute;crite de Berlin du 26 f&eacute;vrier 1830.<\/p><p>Henri Heine, dans De l&rsquo;Allemagne, publi&eacute; d&rsquo;abord en fran&ccedil;ais, en 1834, comme une s&eacute;rie d&rsquo;articles parus dans la Revue des Deux-Mondes, fait justice de ce propos et se moque, &agrave; ce sujet aussi, de V. Cousin&nbsp;: &laquo; Nous sommes &eacute;tonn&eacute; que M. Cousin ait pu se faire violence pour passer des nuits enti&egrave;res en conversation avec Hegel, auquel l&#39;auteur semble reprocher de n&#39;avoir gu&egrave;re entendu le fran&ccedil;ais. D&#39;abord ce reproche n&#39;est pas fran&ccedil;ais. Ensuite pourquoi M. Cousin n&#39;a-t-il pas suppl&eacute;&eacute; lui-m&ecirc;me &agrave; ce d&eacute;faut ? lui qui pr&eacute;tend en France si bien comprendre la langue allemande ; car M. Cousin est trop modeste pour avoir jamais eu cette pr&eacute;tention-l&agrave; en Allemagne, et si Hegel ne se f&ucirc;t pas donn&eacute; la peine de parler fran&ccedil;ais tant bien que mal, M. Cousin e&ucirc;t &eacute;t&eacute; r&eacute;duit &agrave; jouer le r&ocirc;le d&#39;un sourd-muet &raquo;. <\/p><p>NOTE 5. FRIEDRICH WILHELM JOSEPH &nbsp;SCHELLING.<\/p><p>Friedrich Wilhelm Joseph Schelling [1775-1854] quitte Heidelberg en septembre 1803 pour devenir professeur dans la nouvelle Universit&eacute; de W&uuml;rzburg [septembre 1803-avril 1806], permettant ainsi &agrave; Hegel de passer du statut de professeur extra-ordinaire &agrave; celui de professeur ordinaire.<\/p><p>Les relations entre Hegel et Schelling se distendent en raison de cet &eacute;loignement, mais aussi &agrave; la suite de la publication de la Ph&eacute;nom&eacute;nologie de l&rsquo;esprit.<\/p><p>V. Cousin per&ccedil;oit bien l&rsquo;opposition qui, au cours du temps, s&rsquo;amplifie entre Schelling et Hegel. Et Henri Heine, qui a &eacute;t&eacute; en son temps auditeur de Hegel &agrave; Berlin, lecteur de cette Pr&eacute;face &agrave; la seconde &eacute;dition des Fragments philosophiques&nbsp; pointe sans piti&eacute; l&rsquo;attitude ambigu&euml; de Cousin&nbsp;: &laquo; M. Cousin a visit&eacute; l&#39;Allemagne, et c&#39;est dans ses voyages d&#39;outre-Rhin qu&#39;il apprit &agrave; conna&icirc;tre et &agrave; estimer Schelling et Hegel, qu&#39;il appelle les deux chefs de la philosophie de notre si&egrave;cle, ses deux amis et ses deux ma&icirc;tres. M. Cousin appelle Hegel son ami, et quel est l&#39;homme qui ne trouverait pas son ami aimable! On serait presque tent&eacute; de croire que M. Cousin a fait semblant de d&eacute;daigner son ami Hegel, qui est mort, dans le dessein de s&#39;insinuer aupr&egrave;s de son autre ami Schelling, encore vivant. M. Cousin se montre d&#39;autant plus incapable d&#39;appr&eacute;cier le g&eacute;nie et le caract&egrave;re de Hegel, qu&#39;il cherche &agrave; le repr&eacute;senter sous un faux jour. M. Cousin s&#39;imagine-t-il que Schelling lui en saura gr&eacute; ? Au moyen de pareilles manigances, on peut se rendre un homme officieux, mais jamais ami. Enfin, que M. Cousin se d&eacute;sillusionne, et qu&#39;il sache une fois pour toutes, qu&#39;au milieu des philosophes allemands, il n&#39;est point parmi ses pairs. &raquo;.<\/p><p>Commentant l&rsquo;accueil fait &agrave; cette seconde Pr&eacute;face, V. Cousin &eacute;crit &agrave; Schelling, dans une lettre dat&eacute;e du 13 octobre 1833&nbsp;: &laquo; Il y a des gens &agrave; Berlin qui trouvent que j&rsquo;ai fait &agrave; Hegel une trop petite place, et &agrave; vous une trop grande. Mais je trouve par trop absurde de nier que vous soyez le ma&icirc;tre de l&rsquo;&Eacute;cole enti&egrave;re &raquo;.<\/p><p>La question de la comparaison que V. Cousin peut &ecirc;tre tent&eacute; de faire entre Hegel et Schelling r&eacute;apparait dans une lettre de V. Cousin &agrave; Schelling, en date du 28 septembre 1834, dans laquelle V. Cousin se plaint d&rsquo;un article paru dans le Jahrb&uuml;cher f&uuml;r Wissenschaftliche Kritik : &laquo;En m&ecirc;me temps que je recevais ce t&eacute;moignage d&rsquo;estime du premier philosophe de mon temps [Schelling], il m&rsquo;est arriv&eacute; un cahier du Jahrb&uuml;cher f&uuml;r Wissenschaftliche Kritik (ao&ucirc;t) dans lequel un M. Hinrichs me traite comme un de ses &eacute;coliers, et non content d&rsquo;attaquer mes travaux, ce qui est permis &agrave; tout le monde, sauf un peu de politesse, s&rsquo;en prend &agrave; mon caract&egrave;re, et m&rsquo;accuse, savez-vous de quoi&nbsp;? de m&rsquo;&ecirc;tre moqu&eacute; de M. Hegel, et de l&rsquo;avoir tourn&eacute; en ridicule, afin de vous plaire et de vous faire ma cour, bien inutilement, selon M. Hinrichs&nbsp;; car vous ne pouvez songer &agrave; accorder une noble amiti&eacute;, edle Freundschaft, &agrave; un homme comme moi. En v&eacute;rit&eacute;, ceci passe la permission &raquo;. <\/p><p>V. Cousin doit &agrave; Schelling d&rsquo;&ecirc;tre nomm&eacute; membre associ&eacute; &eacute;tranger de la classe de philosophie et de philologie de l&rsquo;Acad&eacute;mie royale des sciences de Munich, en juin 1830. Et c&rsquo;est par l&rsquo;entremise de V. Cousin que Friedrich vonSchelling est &eacute;lu en janvier 1834 correspondant de l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques, puis en mars 1835 associ&eacute; &eacute;tranger. <\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Au cours de son premier voyage en Allemagne, effectu&eacute; de fin juillet &agrave; mi-novembre 1817, V. Cousin rencontre le philosophe Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831] &agrave; Heidelberg &laquo; sans le chercher et comme par hasard &raquo;.<br \/>Quinze ans plus tard, en 1833, dans la Pr&eacute;face de la deuxi&egrave;me &eacute;dition de ses Fragments philosophiques, alors que Hegel est mort depuis deux ans, Victor Cousin [1792-1867] trace un portrait du philosophe allemand, avec lequel il &eacute;tait rest&eacute; en contact toute sa vie.<\/p>\n<p><\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-54","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-Victor-cousin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=54"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=54"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=54"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=54"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}