{"id":49,"date":"2008-12-26T22:23:44","date_gmt":"2008-12-26T22:23:44","guid":{"rendered":""},"modified":"2008-12-26T22:23:44","modified_gmt":"2008-12-26T22:23:44","slug":"Victor-Cousin-Avant-propos-des-Lecons-sur-la-philosophie-de-Kant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/Victor-cousin\/Victor-Cousin-Avant-propos-des-Lecons-sur-la-philosophie-de-Kant.html","title":{"rendered":"Victor Cousin : Avant-propos des Le\u00e7ons sur la philosophie de Kant."},"content":{"rendered":"En avril 1830, V. Cousin [1792-1867]&nbsp; &eacute;crit &agrave; son ami Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831], qu&rsquo;il a rencontr&eacute; &agrave; Heidelberg lors de son premier voyage en Allemagne, vers la fin de l&rsquo;&eacute;t&eacute; 1817, puis &agrave; nouveau en 1824 : <br \/><!--more--><p>&laquo; Je songe &agrave; entreprendre une traduction ou plut&ocirc;t une refonte de Kant. Tant que Kant ne sera pas connu, il n&rsquo;y aura rien de fait et l&rsquo;Allemagne n&rsquo;est pas pour la France. Le p&egrave;re connu au contraire, les enfants et les petits-enfants le seront bient&ocirc;t. Mais quelle entreprise ! Mon courage recule ! &#8211; Cependant une id&eacute;e me soutient, c&rsquo;est que Kant, une fois mis en Fran&ccedil;ais, et un peu d&eacute;barbouill&eacute;, pourrait se pr&eacute;senter &agrave; tout le monde et aller en Angleterre, en Italie, en Am&eacute;rique et dans l&rsquo;Inde. Mais je m&rsquo;arr&ecirc;te et vous demande votre avis sur cette id&eacute;e ! &raquo;.<br \/>Un peu plus de dix ans plus tard, en 1842, V. Cousin m&egrave;ne &agrave; bien ce projet en publiant les Le&ccedil;ons sur la philosophie de Kant par V. Cousin, tome premier. Paris : Librairie philosophique de Ladrange, in-8, VIII-387 p. [Table : pages 383-387], 1842.<br \/>L&rsquo;ouvrage publie, avec des remaniements, les huit le&ccedil;ons consacr&eacute;es en 1820, par V. Cousin &agrave; Kant.<br \/>Ces le&ccedil;ons sur La Philosophie de Kant sont r&eacute;&eacute;dit&eacute;s en 1844, avec la m&ecirc;me pagination, le m&ecirc;me Avant-Propos et le m&ecirc;me texte.<br \/>Puis r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 1857, comme troisi&egrave;me &eacute;dition, avec un autre Avant-Propos, sign&eacute; le 1er ao&ucirc;t 1857. Enfin r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 1864.<br \/>On trouvera ci-dessous le texte int&eacute;gral de l&rsquo;Avant-Propos qu&rsquo;il r&eacute;dige &agrave; cette occasion, sign&eacute; en date du mardi 15 f&eacute;vrier 1842. <br \/><\/p><p>&Agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e 1815, V. Cousin est choisi par Pierre Paul Royer-Collard pour le suppl&eacute;er dans le cours d&rsquo;Histoire de la philosophie moderne &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris. Comme il le raconte lui-m&ecirc;me [Pr&eacute;face de la deuxi&egrave;me &eacute;dition des Fragmens philosophiques. Juin 1833] : &laquo; Je cherchais des ma&icirc;tres nouveaux : apr&egrave;s la France et l&rsquo;&Eacute;cosse, mes yeux se port&egrave;rent naturellement vers l&rsquo;Allemagne. J&rsquo;appris donc l&rsquo;allemand, et me mis &agrave; d&eacute;chiffrer avec des peines infinies les principaux monuments de la philosophie de Kant sans autre secours que la barbare traduction latine de Born. Je v&eacute;cus ainsi deux ann&eacute;es enti&egrave;res, comme enseveli dans les souterrains de la psychologie kantienne &raquo;.D&egrave;s l&rsquo;ann&eacute;e 1817, il parle de Kant dans son enseignement, et &agrave; nouveau, beaucoup plus longuement, en 1820.<br \/>L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que V. Cousin porte &agrave; Kant para&icirc;t clairement dans les propos libres que permet une correspondance. Ainsi en novembre 1828 dans une lettre qu&rsquo;il adresse &agrave; Charles de Montalembert [1810-1870] parti en Su&egrave;de, V. Cousin &eacute;crit : &laquo; Non seulement je vous conseille de vous occuper de la philosophie de Kant, mais je vous conseille m&ecirc;me de n&rsquo;en gu&egrave;re sortir d&rsquo;ici &agrave; un an. C&rsquo;est une excellente salle d&rsquo;armes, o&ugrave; il faut travailler longtemps, ne f&ucirc;t-ce que comme exercice &raquo;. Charles de Montalembert travaillera plus tard, en mars 1830, avec V. Cousin sur une traduction de certains textes de Kant de la Critique de la raison pratique.<br \/><br \/>En f&eacute;vrier 1830, V. Cousin fait para&icirc;tre dans le journal Le Globe, un long article sur Kant dans les derni&egrave;res ann&eacute;es de sa vie.<br \/><br \/>Enfin, en novembre-d&eacute;cembre 1836, V. Cousin fait inscrire au concours de l&rsquo;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques l&rsquo; Examen critique de la philosophie allemande, en indiquant dans le programme : &laquo; 1. Faire conna&icirc;tre par des analyses &eacute;tendues les principaux syst&egrave;mes qui ont paru en Allemagne depuis Kant inclusivement jusqu&rsquo;&agrave; nos jours<br \/><br \/>2. S&rsquo;attacher surtout au syst&egrave;me de Kant, qui est le principe de tous les autres &raquo;.<br \/><br \/>&nbsp;<br \/><br \/>TEXTE DE L&rsquo;AVANT-PROPOS DE LA PHILOSOPHIE DE KANT. 1842.<br \/><br \/>&laquo; J&rsquo;avais pris pour sujet de mes le&ccedil;ons, dans les ann&eacute;es 1819 et 1820, l&rsquo;histoire de la philosophie morale en Europe au XVIII&deg; si&egrave;cle. Cette histoire devait comprendre les syst&egrave;mes moraux sortis de l&rsquo;&eacute;cole sensualiste, et les syst&egrave;mes oppos&eacute;s sortis de l&rsquo;&eacute;cole spiritualiste divis&eacute;e elle-m&ecirc;me en deux &eacute;coles diff&eacute;rentes qui en repr&eacute;sentent en quelque mani&egrave;re les deux degr&eacute;s, je veux dire la philosophie &eacute;cossaise et la philosophie de Kant. En 1819, j&rsquo;embrassai et terminai toute l&rsquo;&eacute;cole sensualiste ainsi que l&rsquo;&eacute;cole &eacute;cossaise : l&rsquo;ann&eacute;e 1820 fut consacr&eacute;e &agrave; la philosophie morale de Kant qui avait d&eacute;j&agrave; trouv&eacute; une place dans le cours de 1817, mais que je pus exposer alors avec des d&eacute;veloppements bien plus &eacute;tendus et avec une critique un peu plus avanc&eacute;e. M. Vacherot a publi&eacute; toutes les le&ccedil;ons de 1819 d&rsquo;apr&egrave;s les r&eacute;dactions qu&rsquo;en avaient faites les &eacute;l&egrave;ves de l&rsquo;Ecole normale. Il vient m&ecirc;me de mettre au jour les premi&egrave;res le&ccedil;ons de 1820 dans lesquelles, sur la demande de l&rsquo;auditoire, j&rsquo;avais rassembl&eacute; les id&eacute;es g&eacute;n&eacute;rales, les principes qui dominaient l&rsquo;enseignement historique de ces deux ann&eacute;es. Je me suis charg&eacute; de revoir moi-m&ecirc;me les autres le&ccedil;ons de l&rsquo;ann&eacute;e 1820 dont la mati&egrave;re &eacute;tait la philosophie morale de Kant ; et voici un premier volume qui contient le syst&egrave;me m&eacute;taphysique sans lequel la morale, destin&eacute;e &agrave; achever ou &agrave; r&eacute;parer ce syst&egrave;me, serait absolument inintelligible.<br \/><br \/>Ce volume est donc un examen de la m&eacute;taphysique kantienne, une critique de la Critique de la raison pure sp&eacute;culative. Ce grand ouvrage, qui est le point de d&eacute;part et le fondement de toute la philosophie allemande, est ici expos&eacute; avec l&rsquo;exactitude la plus rigoureuse et avec des d&eacute;veloppements qui embrassent tout ce qu&rsquo;il contient ou d&rsquo;important en soi ou qui ait exerc&eacute; quelque influence sur les syst&egrave;mes venus apr&egrave;s celui du philosophe de Koenigsberg. On a d&ucirc; respecter la langue technique du kantisme, tout en s&rsquo;effor&ccedil;ant de l&rsquo;&eacute;claircir. On a m&ecirc;me donn&eacute; des traductions des passages les plus importants pour faire mieux saisir la mani&egrave;re de ce grand penseur. Voil&agrave; pour l&rsquo;exposition ; nous la croyons assez fid&egrave;le pour tenir lieu de l&rsquo;ouvrage original qui, par ses longueurs et par ses obscurit&eacute;s, ne convient gu&egrave;re au lecteur fran&ccedil;ais, nous pourrions dire au lecteur europ&eacute;en. Pour la critique, nous esp&eacute;rons qu&rsquo;on la sentira toujours m&ecirc;l&eacute;e d&rsquo;un profond respect et d&rsquo;une admiration sinc&egrave;re pour un homme d&rsquo;un incontestable g&eacute;nie ; mais nous avouons que nous pr&eacute;f&eacute;rons encore le sens commun au g&eacute;nie et l&rsquo;esprit de tout le monde &agrave; celui d&rsquo;un homme quel qu&rsquo;il soit. On le sait : nous faisons profession de n&rsquo;avoir aucune opinion particuli&egrave;re en philosophie, et notre pr&eacute;tention est de nous tenir fermement dans la grande route o&ugrave; marche l&rsquo;humanit&eacute; tout enti&egrave;re, bien convaincus que tous les sentiers d&eacute;tourn&eacute;s o&ugrave; se laisse entra&icirc;ner le g&eacute;nie lui-m&ecirc;me n&rsquo;aboutissent qu&rsquo;&agrave; des pr&eacute;cipices. L&rsquo;originalit&eacute; de notre philosophie consiste pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; ne rechercher aucune originalit&eacute;. Le caract&egrave;re de la philosophie du XIX&deg; si&egrave;cle, nous le r&eacute;p&eacute;tons avec une conviction de jour en jour croissante, doit &ecirc;tre de n&rsquo;&eacute;pouser aucun syst&egrave;me, de savoir les comprendre tous, d&rsquo;y discerner la part de v&eacute;rit&eacute; qui les a fait na&icirc;tre et qui les soutient, et de reporter sans cesse ses regards de ces copies brillantes mais imparfaites sur leur immortel exemplaire, si ample &agrave; la fois et si harmonieux, &agrave; savoir la nature humaine.<br \/><br \/>Pour descendre &agrave; une consid&eacute;ration assez peu philosophique, nous ajouterons qu&rsquo;apr&egrave;s avoir lu cette critique de la Critique on n&rsquo;accusera plus la nouvelle &eacute;cole fran&ccedil;aise de manquer de nationalit&eacute; en philosohie.<br \/><br \/>Nous sommes pour le concert et non pour la division de toutes les forces europ&eacute;ennes dans la poursuite de la v&eacute;rit&eacute; ; mais si on veut mettre du patriotisme dans des choses qui int&eacute;ressent toute l&rsquo;humanit&eacute;, on verra qu&rsquo;ici la patrie de Descartes n&rsquo;a point &eacute;t&eacute; abaiss&eacute;e devant celle de Leibnitz.<br \/><br \/>Ce qui constitue la nouvelle philosophie fran&ccedil;aise, c&rsquo;est sa m&eacute;thode, cette grande m&eacute;thode de l&rsquo;observation appliqu&eacute;e &agrave; l&rsquo;&acirc;me humaine, c&rsquo;est-&agrave;-dire la m&eacute;thode psychologique, entrevue par Socrate et par Descartes, et que Kant s&rsquo;est en vain propos&eacute; de suivre. Avec cette m&eacute;thode il fait ais&eacute;ment justice des hypoth&egrave;ses les plus c&eacute;l&egrave;bres ; mais la peur bien l&eacute;gitime de l&rsquo;hypoth&egrave;se le pousse dans un exc&egrave;s contraire, vers cet autre &eacute;cueil de la philosophie, le scepticisme. Entre le scepticisme et l&rsquo;hypoth&egrave;se, est la conscience avec la souveraine &eacute;vidence des faits qui lui appartiennent, faits incontestables que nulle accusation d&rsquo;hypoth&egrave;se ne peut atteindre, et qui sont invincibles &agrave; tous les efforts du scepticisme. L&agrave; est la certitude primitive et permanente o&ugrave; l&rsquo;homme se repose naturellement, et o&ugrave; doit revenir le philosophe apr&egrave;s tous les circuits et souvent les &eacute;garements de la r&eacute;flexion. Qui rejette le t&eacute;moignage de la conscience, &eacute;branle, il est vrai, toute philosophie, mais en m&ecirc;me temps le scepticisme lui-m&ecirc;me. Car o&ugrave; est alors le droit de douter ? Douter, c&rsquo;est supposer au moins que l&rsquo;on doute, par cet unique motif qu&rsquo;on en a conscience ; et cette conscience, que le scepticisme ne peut pas ne pas reconna&icirc;tre pour s&rsquo;autoriser lui-m&ecirc;me, en l&rsquo;autorisant, le renverse. Or la conscience, lorsqu&rsquo;une &eacute;tude s&eacute;rieuse nous introduit dans ses profondeurs, peu &agrave; peu se d&eacute;clare &agrave; nous comme la raison devenue imm&eacute;diate &agrave; elle-m&ecirc;me, l&rsquo;universelle et &eacute;ternelle raison r&eacute;fl&eacute;chie dans ce point de l&rsquo;espace et du temps, nous apparaissant n&eacute;cessairement sous l&rsquo;angle &eacute;troit de notre personnalit&eacute; mais avec une perspective infinie, tombant sous l&rsquo;observation et la surpassant, tout ensemble relative et absolue, humaine et divine.<br \/><br \/>C&rsquo;est &agrave; la th&eacute;orie de la conscience qu&rsquo;il faut rappeler aujourd&rsquo;hui l&rsquo;&eacute;ternelle question de la certitude. C&rsquo;est sur ce ferme terrain que la nouvelle philosophie a jet&eacute; avec confiance ses fondements. Hors de l&agrave; il n&rsquo;y a qu&rsquo;hypoth&egrave;se et scepticisme, dans un cercle sans repos et sans fin. Les hypoth&egrave;ses brillantes de la fin du XVII&deg; si&egrave;cle ont engendr&eacute; peu &agrave; peu, dans leur d&eacute;cadence in&eacute;vitable, en Angleterre le scepticisme de Hume, en France celui de Voltaire, si on peut mettre Voltaire parmi les philosophes, et, en Allemagne celui de Kant qui, par un retour n&eacute;cessaire, a fray&eacute; la voie aux nouvelles hypoth&egrave;ses, lesquelles, bient&ocirc;t d&eacute;cri&eacute;es, pourraient amener, si on n&rsquo;y prend garde, ce scepticisme &eacute;nerv&eacute; et impuissant qu&rsquo;on appelle l&rsquo;indiff&eacute;rence.<br \/><br \/>Je souhaite d&rsquo;autres destin&eacute;es &agrave; la philosophie de mon pays. Apr&egrave;s tant d&rsquo;illustres naufrages, la sagesse lui commande de jeter l&rsquo;ancre dans la conscience. La pens&eacute;e, il faut bien qu&rsquo;on le sache, est un oc&eacute;an qui n&rsquo;a point de ports ; les syst&egrave;mes philosophiques sont condamn&eacute;s &agrave; de perp&eacute;tuelles vicissitudes ; mais dans ce mouvement sans terme, mais non pas sans loi, nous avons du moins une boussole, nous avons un ciel toujours visible pour diriger notre course. Cette boussole est la m&eacute;thode psychologique ; ce ciel est la raison manifest&eacute;e dans la conscience.<br \/><br \/>Je termine par o&ugrave; j&rsquo;aurais d&ucirc; commencer et &agrave; quoi j&rsquo;aurais pu me borner. Les r&eacute;dactions de l&rsquo;ann&eacute;e 1820, sur lesquelles j&rsquo;ai travaill&eacute;, sont l&rsquo;ouvrage les unes de M. Paravey, aujourd&rsquo;hui ma&icirc;tre des requ&ecirc;tes au conseil d&rsquo;&Eacute;tat, les autres d&rsquo;un jeune homme qui donnait de si belles esp&eacute;rances interrompues par une noble mort, M. Farcy, tu&eacute; devant les Tuileries, le 28 juillet 1830. Je me suis content&eacute; de corriger un peu ces r&eacute;dactions ; j&rsquo;ai ajout&eacute; la traduction de plusieurs morceaux de Kant, et j&rsquo;ai r&eacute;crit moi-m&ecirc;me presque toute la sixi&egrave;me le&ccedil;on, o&ugrave; je responds &agrave; la dialectique transcendentale, et la partie de la septi&egrave;me o&ugrave; j&rsquo;examine la mani&egrave;re dont Kant croit r&eacute;tablir en morale ce qu&rsquo;il a d&eacute;truit en m&eacute;taphysique. &raquo;<br \/><br \/>&nbsp;<br \/><br \/>V.C. Ce 15 f&eacute;vrier 1842.<br \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En avril 1830, V. 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