{"id":48,"date":"2008-12-16T18:59:03","date_gmt":"2008-12-16T18:59:03","guid":{"rendered":""},"modified":"2008-12-16T18:59:03","modified_gmt":"2008-12-16T18:59:03","slug":"Ernest-Renan-Paul-Janet-et-Victor-Cousin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Ernest-Renan-Paul-Janet-et-Victor-Cousin.html","title":{"rendered":"Ernest Renan, Paul Janet et Victor Cousin"},"content":{"rendered":"<em>En 1885, dix-huit ans apr&egrave;s la mort de V. Cousin [1792-1867], Paul Janet, qui depuis quelques ann&eacute;es est le titulaire de la chaire d&rsquo;Histoire de la philosophie&nbsp; &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris, fait para&icirc;tre : Victor Cousin et son oeuvre [Paris : Calmann L&eacute;vy. In-8, VIII-487 p., 1885]. Ernest Renan [1823-1892], alors membre de l&rsquo;Acad&eacute;mie des Inscriptions et belles-lettres, en assure un compte-rendu tr&egrave;s favorable.<\/em><!--more-->LA CARRI&Egrave;RE DE PAUL JANET [1823-1899].<br \/>N&eacute; la m&ecirc;me ann&eacute;e qu&rsquo;Ernest Renan, ancien &eacute;l&egrave;ve de l&#39;&Eacute;cole normale [1841], Paul Janet est re&ccedil;u premier &agrave; l&rsquo;agr&eacute;gation de philosophie en 1844, et devient docteur &egrave;s-lettres en ao&ucirc;t 1848, avec un Essai sur la dialectique de Platon, la th&egrave;se latine portant sur le philosophe anglais Ralph Cudworth [1617-1688].<br \/><br \/>Est successivement professeur de philosophie &agrave; Bourges, &agrave; Strasbourg, puis &agrave; Paris au lyc&eacute;e Louis le Grand.<br \/>En 1862 Paul Janet est le suppl&eacute;ant d&rsquo;Adolphe Garnier [1801-1864], dans la chaire de Philosophie [1862-1864], puis titulaire de la chaire d&rsquo;Histoire de la philosophie [18 juin 1864-11 novembre 1887]. Il deviendra titulaire de la chaire de Philosophie [11 novembre 1887] &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris, o&ugrave; il succ&egrave;dera &agrave; Elme Caro [1826-1887], d&eacute;c&eacute;d&eacute; le 13 juillet 1887.<br \/><br \/>Paul Janet est &eacute;lu, le 13 f&eacute;vrier 1864, &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques, dans la section de morale [fauteuil 6], en remplacement du m&eacute;decin hygi&eacute;niste Louis Villerm&eacute; [1782-1863], d&eacute;c&eacute;d&eacute; le 16 novembre 1863. <br \/>Par d&eacute;cision de l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques du 26 mai 1866, Paul Janet passera de la section de morale &agrave; la section de philosophie [fauteuil 7 nouvellement cr&eacute;&eacute;].<br \/><br \/>PAUL JANET ET V. COUSIN.<br \/>Paul Janet est le secr&eacute;taire de V. Cousin, en 1845-1846, lorsque ce dernier lui dicte le texte de la r&eacute;&eacute;dition du Cours de l&rsquo;histoire de la philosophie moderne, histoire des derniers syst&egrave;mes de la philosophie moderne sur les id&eacute;es du Vrai, du beau et du bien. [1846].<br \/>T&eacute;moignant de cette p&eacute;riode, Paul Janet &eacute;crit : &laquo; Je l&rsquo;&eacute;crivis sous sa dict&eacute;e, je le r&eacute;digeai d&rsquo;apr&egrave;s ses conversations. Ces conversations &eacute;taient d&rsquo;admirables le&ccedil;ons o&ugrave; il s&rsquo;abandonnait &agrave; toute sa verve, &agrave; toute son imagination [&#8230;] Je vois encore cet oeil &eacute;tincelant, j&rsquo;entends cette voix vibrante, ces accents passionn&eacute;s ; qu&rsquo;&eacute;tait-il besoin d&rsquo;une chaire ou d&rsquo;un public ? La nature servait de th&eacute;atre, et un seul auditeur suffisait pour enflammer l&rsquo;enthousiasme de l&rsquo;orateur. &raquo; <br \/><br \/>En janvier 1866, V. Cousin &eacute;tant encore vivant [il mourra l&rsquo;ann&eacute;e suivante, le 14 janvier 1867, &agrave; Cannes], Paul Janet publie dans la Revue des Deux Mondes [15 janvier 1866] un article sur l&rsquo;Histoire de la philosophie et l&rsquo;&eacute;clectisme. <br \/>V. Cousin l&rsquo;en remercie par un billet : &laquo; Je viens de lire la Revue et je vois que vous avez voulu me donner des &eacute;trennes. Mais sont-ce des &eacute;trennes, ou est-ce une oraison fun&egrave;bre que vous m&rsquo;envoyez par avancement d&rsquo;hoirie ? &raquo;.<br \/><br \/>Puis, au lendemain de sa mort, l&rsquo;article n&eacute;crologique qui para&icirc;t dans le num&eacute;ro du 1er f&eacute;vrier 1867 de la Revue des Deux-Mondes. <br \/>&laquo; M. Cousin devait donc dispara&icirc;tre &agrave; son tour, lui qu&rsquo;on e&ucirc;t pu croire vraiment immortel, tant il y avait en lui de s&egrave;ve et de virilit&eacute; ! Sa jeunesse&nbsp; in&eacute;puisable &eacute;tonnait et charmait ceux qui l&rsquo;approchaient ; un foyer toujours allum&eacute; animait cette organisation puissante. Au physique comme au moral, c&rsquo;&eacute;tait une nature de feu [&hellip;] &raquo;<br \/><br \/>En 1885, para&icirc;t l&rsquo;ouvrage &laquo; Victor Cousin et son oeuvre &raquo;, dont Ernest Renan assure le compte-rendu. <br \/>Le titre complet est : Paul Janet, de l&rsquo;Institut. Victor Cousin et son oeuvre. [Paris. Calmann L&eacute;vy &eacute;diteur. Ancienne maison Michel L&eacute;vy fr&egrave;res. 3 rue Auber. In-8, 487 p. 1885]. Contient en appendice l&rsquo;&eacute;tude ins&eacute;r&eacute;e dans la Revue des Deux-Mondes le 1er f&eacute;vrier 1867.<br \/><br \/>Enfin, Paul Janet assure, en 1886, une r&eacute;&eacute;dition du Vrai, du beau et du bien : Victor Cousin, Du Bien, &eacute;dition classique, avec une &eacute;tude sur Victor Cousin et des notes de Paul Janet. [Paris, Perrin. In-16, 240 p., 1886] L&rsquo;ouvrage de V. Cousin &eacute;tait paru initialement en 1853<br \/><br \/>COMPTE-RENDU DU LIVRE DE PAUL JANET, PAR ERNEST RENAN.<br \/>&laquo; Mon savant confr&egrave;re M. Janet vient de publier sous ce titre : Victor Cousin et son oeuvre, un volume plein de faits et de judicieuses remarques. M. Janet a trouv&eacute; que le moment &eacute;tait venu d&rsquo;exposer avec impartialit&eacute; l&rsquo;oeuvre de restauration philosophique tent&eacute;e par M. Cousin au commencement de ce si&egrave;cle. Il a rempli sa t&acirc;che en ami ; mais l&rsquo;amiti&eacute; ne l&rsquo;a point aveugl&eacute;. Le d&eacute;nigrement, apr&egrave;s tout, fait commettre autant d&rsquo;erreurs que la bienveillance. Un excellent principe en histoire litt&eacute;raire, c&rsquo;est de se d&eacute;fier de tous les t&eacute;moignages, mais en d&eacute;finitive de croire plut&ocirc;t les amis que les ennemis. <br \/>L&rsquo;oubli qui, en moins de vingt ans, a frapp&eacute; l&rsquo;oeuvre de M. Cousin, est quelque chose de singulier. Cet oubli est injuste ; &agrave; beaucoup d&rsquo;&eacute;gards, cependant, on se l&rsquo;explique. Il n&rsquo;est pas bon pour la philosophie de remporter de trop compl&egrave;tes victoires. La R&eacute;volution de 1830 fut plus funeste &agrave; M. Cousin que ne l&rsquo;avait &eacute;t&eacute; l&rsquo;esprit &eacute;troit de la Restauration. Libre, ou pour mieux dire oblig&eacute; de traduire en pratique ce qui n&rsquo;avait &eacute;t&eacute; jusque-l&agrave; pour lui que th&eacute;orie, il dut entrer dans l&rsquo;ordre des concessions et des compromis ; il devint un administrateur de la philosophie plut&ocirc;t qu&rsquo;un philosophe. Le d&eacute;sir tr&egrave;s sinc&egrave;re de fonder une philosophie enseignable dans les &eacute;coles et de remplacer les pitoyables manuels qui avaient r&eacute;gn&eacute; jusque-l&agrave;, abaissa son g&eacute;nie. Il tomba dans la chim&egrave;re d&rsquo;une philosophie d&rsquo;Etat, dans le r&ecirc;ve d&rsquo;un cat&eacute;chisme la&iuml;que, r&ecirc;ve impliquant une double pr&eacute;tention erron&eacute;e, la premi&egrave;re c&rsquo;est que les libres penseurs s&rsquo;en contenteraient, la seconde c&rsquo;est que les catholiques en seraient enchant&eacute;s. Or ni les libres penseurs ni les catholiques ne se pr&ecirc;t&egrave;rent au malentendu. M. Cousin en fut pour ses frais de complaisance. Son merveilleux talent ne l&rsquo;abandonna point ; mais, &agrave; le voir pendant pr&egrave;s de quarante ans observer un silence prudent sur les probl&egrave;mes qui constituent l&rsquo;essence m&ecirc;me de la philosophie, on se d&eacute;shabitua de l&rsquo;envisager&nbsp; comme un philosophe ; l&rsquo;&eacute;crivain exquis nuisit au penseur ; il sembla se contenter si facilement des solutions officielles qu&rsquo;on se prit &agrave; douter que la soif du vrai e&ucirc;t jamais &eacute;t&eacute; chez lui un besoin bien imp&eacute;rieux. <br \/>Et cependant telles &eacute;taient la complexit&eacute; et les ressources cach&eacute;es de sa riche nature que, tr&egrave;s r&eacute;ellement, avant le dogmatiste orthodoxe, il y avait eu chez lui un penseur. M. Janet excelle &agrave; le montrer ; c&rsquo;est ici le c&ocirc;t&eacute; neuf et finement observ&eacute; de son livre. Il y a eu deux phases dans la vie philosophique de M. Cousin. Le but supr&ecirc;me de l&rsquo;existence ne fut pas toujours pour lui de libeller en style correct des programmes appropri&eacute;s &agrave; l&rsquo;usage des lyc&eacute;es. Il y eu, &agrave; l&rsquo;origine de tout cela, un esprit singuli&egrave;rement ouvert aux bruits du dehors, un &eacute;loquent et profond interpr&egrave;te de toute ce qui s&rsquo;agitait dans la conscience europ&eacute;enne, un jeune enthousiaste, ivre &agrave; son jour d&rsquo;id&eacute;al et de haute sp&eacute;culation. Ses d&eacute;fauts alors sont ceux de son temps, &#8211; temps pr&eacute;occup&eacute; &agrave; l&rsquo;exc&egrave;s d&rsquo;&eacute;loquence, de po&eacute;sie, de succ&egrave;s mondains ; &#8211; ce sont surtout les d&eacute;fauts de ses ma&icirc;tres, les Allemands. L&rsquo;importance qu&rsquo;il attribue &agrave; l&rsquo;id&eacute;alisme subjectif est exag&eacute;r&eacute;e ; l&rsquo;attention qu&rsquo;il donne &agrave; la connaissance scientifique de l&rsquo;univers est insuffisante. Mais, &agrave; travers une foule de d&eacute;fauts, quel haut sentiment de l&rsquo;infini ! quelle vue juste du spontan&eacute; et de l&rsquo;inconscient ! quel accent religieux, inou&iuml; depuis Malebranche, quand il parle de la raison ! Que l&rsquo;on comprend bien les traces que gard&egrave;rent de ce premier enseignement des hommes tells que Jouffroy ! Je connus le cours de 1818, dans sa premi&egrave;re r&eacute;daction, celle de M. Adolphe Garnier, qui est la vraie, sous les ombrages d&rsquo;Issy vers 1842. L&rsquo;impression fut sur moi on ne peut plus profonde ; je savais par coeur ces phrases ail&eacute;es ; j&rsquo;en r&ecirc;vais. J&rsquo;ai la conscience que plusieurs des cadres de mon esprit viennent de l&agrave;, et voil&agrave; pourquoi, sans avoir jamais &eacute;t&eacute; de l&rsquo;&eacute;cole de M. Cousin j&rsquo;ai toujours eu pour lui le sentiment le plus respectueux et le plus d&eacute;f&eacute;rent. Il a &eacute;t&eacute; non un des p&egrave;res, mais un des excitateurs de ma pens&eacute;e. <br \/>M. Janet a donc eu raison de protester contre un genre d&rsquo;ingratitude auquel sont sujettes des g&eacute;n&eacute;rations qui jouissent, en entrant dans la vie, de la pleine libert&eacute;. Elles oublient ce qu&rsquo;il a fallu de courage pour soulever un monde d&rsquo;ignorance et de pr&eacute;jug&eacute;s ; elles traitent de faiblesse ce qui ne fut que prudence ; elles reprochent presque &agrave; Galil&eacute;e et &agrave; Descartes de n&rsquo;avoir pas cass&eacute; les vitres de l&rsquo;Inquisition et de la Sorbonne. La jeunesse de notre temps ne peut presque plus comprendre, en particulier, ce que furent les ann&eacute;es de r&eacute;action qui suivirent 1848, ann&eacute;es o&ugrave; les ennemis de l&rsquo;esprit humain r&eacute;gn&egrave;rent en ma&icirc;tres. J&rsquo;ai connu M. Cousin vers ce temps-l&agrave;. Certes l&rsquo;effet qu&rsquo;il produisit alors sur moi &eacute;tait bien moindre que celui que j&rsquo;&eacute;prouvai &agrave; Issy en recueillant l&rsquo;&eacute;cho lointain de sa premi&egrave;re parole. J&rsquo;&eacute;tais plus fait, moins susceptible d&rsquo;&ecirc;tre s&eacute;duit, et lui, il avait perdu la plus grande partie de ses s&eacute;ductions. Mais quel charme encore ! quelle gaiet&eacute; ! quel amour du travail ! quel respect de la langue et quelle conscience dans les recherches ! Je l&rsquo;ai aim&eacute; deux fois en quelque sorte, et celui que j&rsquo;allais saluer en Sorbonne n&rsquo;&eacute;tait pas tout &agrave; fait le m&ecirc;me que celui qui m&rsquo;avait troubl&eacute; et enchant&eacute; &agrave; Issy. Mais toujours il me parut bon, aimable, vivant exclusivement de la vie de l&rsquo;esprit, sinc&egrave;rement lib&eacute;ral. Deux classes de personnes seulement pouvaient se montrer pour lui s&eacute;v&egrave;res : d&rsquo;abord les disciples qu&rsquo;il avait enr&eacute;giment&eacute;s et qui s&rsquo;imaginaient, en &eacute;tant ingrates, reconqu&eacute;rir leur ind&eacute;pendance ; puis des esprits un peu lourds qui le prenaient tout &agrave; fait au s&eacute;rieux, et n&rsquo;admettaient pas le grain d&rsquo;ironie comme un de ses &eacute;l&eacute;ments essentiels.<br \/>En somme, Victor Cousin a &eacute;t&eacute; une des personnalit&eacute;s les plus attachantes du XIX&deg; si&egrave;cle. Je ne sais s&rsquo;il tiendra une grande place dans une histoire critique de la philosophie con&ccedil;ue sur le plan de Brucker ou de Tennemann ; mais, certainement, il remplira un curieux chapitre de l&rsquo;esprit fran&ccedil;ais &agrave; un de ses moments les plus brillants. C&rsquo;est un trait bien honorable pour le ma&icirc;tre &agrave; demi oubli&eacute; que le premier essai de r&eacute;action en sa faveur soit venu d&rsquo;un esprit aussi sinc&egrave;re, aussi ami de la v&eacute;rit&eacute; que l&rsquo;est M. Janet. Heureux celui qui vit encore assez, vingt ans apr&egrave;s sa mort, pour trouver un apologiste aussi habile et aussi convaincu ! &raquo;<br \/><br \/>Cet article d&rsquo;Ernest Renan est repris dans une des &eacute;ditions des Feuilles d&eacute;tach&eacute;es, faisant suite aux souvenirs d&rsquo;enfance et de jeunesse. [Paris : Calmann-L&eacute;vy. In-8]. C&rsquo;est un recueil de vingt-huit textes vari&eacute;s, de conf&eacute;rences, de discours et de compte-rendus d&rsquo;ouvrage. Le texte sur V. Cousin porte le num&eacute;ro 21. C&rsquo;est encore l&rsquo;occasion pour Ernest Renan de t&eacute;moigner de son admiration.<br \/>&nbsp;<br \/><br \/><br \/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>En 1885, dix-huit ans apr&egrave;s la mort de V. Cousin [1792-1867], Paul Janet, qui depuis quelques ann&eacute;es est le titulaire de la chaire d&rsquo;Histoire de la philosophie&nbsp; &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris, fait para&icirc;tre : Victor Cousin et son oeuvre [Paris : Calmann L&eacute;vy. In-8, VIII-487 p., 1885]. 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