{"id":47,"date":"2008-12-09T18:12:51","date_gmt":"2008-12-09T18:12:51","guid":{"rendered":""},"modified":"2008-12-09T18:12:51","modified_gmt":"2008-12-09T18:12:51","slug":"Le-professeur-Eugene-Lerminier-contre-leclectisme-de-Victor-Cousin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Le-professeur-Eugene-Lerminier-contre-leclectisme-de-Victor-Cousin.html","title":{"rendered":"Le professeur Eug\u00e8ne Lerminier contre l\u2019\u00e9clectisme de Victor Cousin."},"content":{"rendered":"En 1832, Eug&egrave;ne Lerminier [1803-1857], est professeur au coll&egrave;ge de France dans la chaire Histoire g&eacute;n&eacute;rale et philosophique des l&eacute;gislations compar&eacute;es, cr&eacute;&eacute;e &agrave; son intention, en mars 1831, par le ministre de l&rsquo;Instruction publique de l&rsquo;&eacute;poque Camille Bachasson, comte de Montalivet.<br \/><!--more--><p>Eug&egrave;ne Lerminier, qui, pour quelques ann&eacute;es encore, jouit &agrave; cette &eacute;poque d&rsquo;une grande notori&eacute;t&eacute;, fait para&icirc;tre, dans la Revue des Deux-Mondes, du 15 janvier 1832 jusqu&#39;au 1er d&eacute;cembre 1832, &agrave; raison d&#39;une fois par mois, sur un ton ironique, des Lettres philosophiques adress&eacute;es &agrave; un Berlinois. Onze lettres traitant de la Philosophie, de la Politique et de la Religion.<br \/>La livraison du 15 mars 1832 a pour titre : De l&#39;&Eacute;clectisme. M. Cousin. La lettre suppos&eacute;e est en date du 5 mars 1832.<br \/>Ces lettres sont reprises dans un ouvrage : *Lettres philosophiques adress&eacute;es &agrave; un Berlinois, par E. Lerminier, professeur de l&rsquo;histoire des l&eacute;gislations compar&eacute;es au coll&egrave;ge de France. [Paris : Paulin, libraire-&eacute;diteur, Place de la Bourse, in-8, 412 p., 1832].<br \/>L&rsquo;ouvrage a du succ&egrave;s, il est r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 1835 [Paris : Chamerot et A. Gobelet, in-8, XXIV-503 p., 1835].<br \/>La troisi&egrave;me lettre [pages 65-99] traite de l&#39;&eacute;clectisme.<br \/>On en trouvera ci-dessous le texte int&eacute;gral. <br \/><\/p><p>De l&#39;&Eacute;clectisme. M. Cousin<br \/><br \/>Paris, le 8 mars 1832.<br \/><br \/>Vous douteriez-vous, monsieur, que nous avons fait quelque scandale par la publicit&eacute; des lettres que je vous adresse ? On a voulu d&rsquo;abord savoir qui vous &ecirc;tes, quel &eacute;tait ce Berlinois qui avait nou&eacute; &agrave; Paris un commerce philosophique ; on a soup&ccedil;onn&eacute; que vous n&rsquo;&eacute;tiez autre que le c&eacute;l&egrave;bre professeur Gans avec lequel on me conna&icirc;t conformit&eacute; d&rsquo;&eacute;tudes, rapports de science et d&rsquo;amiti&eacute;. Mais cette conjecture s&rsquo;est &eacute;vanouie devant une d&eacute;claration de l&rsquo;auteur de l&rsquo;Histoire du droit de succession ; il a &eacute;crit &agrave; un de nos journaux que ce n&rsquo;&eacute;tait pas &agrave; lui que s&rsquo;adressaient mes &eacute;p&icirc;tres. Je recevais en m&ecirc;me temps de M. Gans une lettre pleine d&rsquo;&eacute;l&eacute;vation et de chaleur o&ugrave; il m&rsquo;expliquait qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas cess&eacute; un instant de comprendre et de ch&eacute;rir la France, en d&eacute;pit de ce qui avait pu s&rsquo;y passer depuis juillet, et me priait de trouver naturel qu&rsquo;il d&eacute;clar&acirc;t n&rsquo;&ecirc;tre pas le Berlinois qui recevait mes confidences philosophiques. Je viens de lui r&eacute;pondre pour le remercier et le f&eacute;liciter de n&rsquo;avoir jamais d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; de l&rsquo;avenir de la France. Pour vous, monsieur, on ne vous a pas encore d&eacute;couvert ; on ne sait pas dans quel camp vous chercher &agrave; Berlin : &ecirc;tes-vous disciple de Hegel ? Appartenez-vous &agrave; l&rsquo;&eacute;cole historique ? &Ecirc;tes-vous obscur ou c&eacute;l&egrave;bre ? Voil&agrave; qui est un secret que je vous garderai bien : j&rsquo;ai m&ecirc;me r&eacute;pondu &agrave; plusieurs qui s&rsquo;enqu&eacute;raient de votre nom qu&rsquo;il se pouvait que vous n&rsquo;eussiez d&rsquo;autre existence qu&rsquo;une imagination ; vivez donc en s&eacute;curit&eacute; compl&egrave;te ; vos r&eacute;ponses ne verront jamais le jour, et de notre correspondance je n&rsquo;abandonnerai au public que la moiti&eacute; dont il m&rsquo;est permis de disposer.<br \/><br \/>Mais moi, monsieur, qui me nomme, il para&icirc;t que sans le savoir je me suis expos&eacute; &agrave; certains dangers ; j&rsquo;avait cru que rien n&rsquo;&eacute;tait plus paisible et plus inoffensive qu&rsquo;une controverse philosophique ; je m&rsquo;imaginais qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait d&eacute;fendu &agrave; personne, pas m&ecirc;me &agrave; un professeur, de discuter les th&eacute;ories et les syst&egrave;mes ; mais on m&rsquo;a appris que la franchise de l&rsquo;examen auquel j&rsquo;ai soumis quelques opinions avait irrit&eacute; certaines puissances asez hautaines ;&nbsp; plusieurs de mes amis ont cru m&ecirc;me reconna&icirc;tre la trace de ce ressentiment dans des attaques fort mis&eacute;rables dirig&eacute;es contre la libert&eacute; de mon enseignement.<br \/><br \/>J&rsquo;attachais assez peu d&rsquo;importance &agrave; ces bruits et &agrave; ces conjectures, quand je vis un matin entrer chez moi un homme grave qui m&rsquo;honore de son amiti&eacute; et qui a toujours suivi avec une chaleureuse sollicitude les travaux de ma jeunesse. Qu&rsquo;avez-vous fait ? me dit-il, o&ugrave; vous &ecirc;tes-vous engag&eacute; ? Pourquoi publiez-vous les lettres que vous adressez &agrave; un Berlinois ? Pourquoi voulez-vous alt&eacute;rer le calme de vos &eacute;tudes par des controverses agit&eacute;es ? Pourquoi descendre de l&rsquo;inspection de l&rsquo;histoire &agrave; la pol&eacute;mique ? Savez-vous les embarras que vous s&eacute;merez autour de vous, les ennemis que vous vous susciterez ? A vos raisons on r&eacute;pondra par des men&eacute;es sourdes ; &agrave; vos objections par des intrigues ; &agrave; vos refutations quand elles seront pressantes par des calomnies ; si l&rsquo;&eacute;cole philosophique que vous attaquez perd le sceptre de l&rsquo;opinion, en revanche elle a les places et le cr&eacute;dit : craignez ses ressentimens ; ne compromettez pas votre situation ; suspendez votre pol&eacute;mique ; &eacute;crivez toujours &agrave; votre Berlinois, si tel est votre plaisir, mais ne publiez plus vos lettres.<br \/><br \/>J&rsquo;avais &eacute;cout&eacute; le digne homme avec int&eacute;r&ecirc;t et reconnaissance. Mon ami, lui dis-je apr&egrave;s quelque silence, je vous remercie, mais votre amiti&eacute; vous exag&egrave;re les p&eacute;rils o&ugrave; vous me croyez engag&eacute; : d&rsquo;abord je r&eacute;pugne &agrave; penser qu&rsquo;on r&eacute;ponde &agrave; des jo&ucirc;tes litt&eacute;raires par de basses pratiques ; j&rsquo;estime trop ceux dont je puis critiquer les opinions pour les soup&ccedil;onner d&rsquo;indignes vengeances ; d&rsquo;ailleurs il n&rsquo;est plus au pouvoir d&rsquo;aucune coterie, si ombrageuse, si col&eacute;rique et si compacte que vous puissiez vous la repr&eacute;senter, d&rsquo;accabler personne, pas m&ecirc;me l&rsquo;homme le plus obscur et le moins important : le public, c&rsquo;est-&agrave;-dire la v&eacute;ritable majorit&eacute;, pr&ecirc;te son appui &agrave; la sinc&eacute;rit&eacute; et au courage. Quant &agrave; votre conseil de me livrer sans partage aux laborieux plaisirs de la contemplation de l&rsquo;histoire et du pass&eacute;, croyez-vous, mon ami, que la science soit un meuble de biblioth&egrave;que et une curiosit&eacute; st&eacute;rile ? Vous l&rsquo;imaginez-vous comme une collection de choses rares, mirifiques, mais inutiles ? Son culte doit-il vous d&eacute;pouiller du souci du pr&eacute;sent, de la conscience de votre propre si&egrave;cle, et vous engourdir l&rsquo;&acirc;me d&rsquo;une indifference mortelle pour tout ce qui n&rsquo;a pas encore trouv&eacute; sa place dans le mus&eacute;e de l&rsquo;histoire ? Pour moi, j&rsquo;aime sans doute &agrave; rester suspendu longues heures au spectacle du pass&eacute;, mais je ne me bouche pas les oreilles pour ne pas entendre le bruissement de mon temps. Je me plais &agrave; retrouver les &eacute;motions et les pens&eacute;es qui ont pu monter au coeur de ceux qui furent avant nous ; mais je ne refuse pas de m&rsquo;associer aux affections et aux destin&eacute;es de mes contemporains. Si la science me para&icirc;t m&eacute;riter un d&eacute;vouement s&eacute;rieux et pers&eacute;v&eacute;rant, c&rsquo;est que je l&rsquo;estime solidaire de nos plus r&eacute;els int&eacute;r&ecirc;ts, c&rsquo;est que je la crois l&rsquo;active ouvri&egrave;re destin&eacute;e &agrave; rassembler et &agrave; trier les mat&eacute;riaux d&rsquo;un nouvel &eacute;difice ; elle s&rsquo;y emploiera de toute fa&ccedil;on ; elle ira remuer les premi&egrave;res couches de l&rsquo;histoire et de l&rsquo;esp&egrave;ce humaine ; elle regardera attentivement le temps couler, l&rsquo;espace se peupler, se d&eacute;garnir et se repeupler de races et de nations avec la diversit&eacute; de leur g&eacute;nie et de leur humeur ; elle cherchera les lois de la gravitation morale qui attire l&rsquo;humanit&eacute; ; puis, inh&eacute;rente au pr&eacute;sent, ardente &agrave; l&rsquo;&eacute;largir, si elle voit le sol encore encombr&eacute; de syst&egrave;mes transitoires et de th&eacute;ories &eacute;ph&eacute;m&egrave;res, elle n&rsquo;h&eacute;sitera pas &agrave; les combattre ; mais &eacute;rudition, philosophie, pol&eacute;mique, c&rsquo;est toujours la m&ecirc;me cause qu&rsquo;elle sert et qu&rsquo;elle embrasse : or elle est sacr&eacute;e cette cause, on peut la nommer &agrave; tous, amis ou ennemis : c&rsquo;est le d&eacute;veloppement de l&rsquo;intelligence et de la libert&eacute;.<br \/><br \/>Voil&agrave; &agrave; peu pr&egrave;s, monsieur, quelle fut ma r&eacute;ponse ; voil&agrave; pourquoi je continue non-seulement &agrave; vous &eacute;crire, mais &agrave; publier mes lettres. J&rsquo;avais d&rsquo;abord song&eacute; &agrave; vous parler d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent, et m&ecirc;me je vous l&rsquo;avais annonc&eacute;, des premiers essais tent&eacute;s depuis notre derni&egrave;re r&eacute;volution ; mais en y r&eacute;fl&eacute;chissant j&rsquo;ai cru n&rsquo;avoir pas encore assez approfondi la d&eacute;monstration que j&rsquo;avais entam&eacute;e sur l&rsquo;impuissance et l&rsquo;invalidit&eacute; de la philosophie qui a fleuri sous la restauration : c&rsquo;est donc de l&rsquo;&eacute;clectisme proprement dit que j&rsquo;ai dessein de vous entretenir aujourd&rsquo;hui.<br \/><br \/>Rien ne donne mieux l&rsquo;explication d&rsquo;un syst&egrave;me et d&rsquo;un mouvement philosophique que de pr&eacute;ciser exactement son origine et son point de d&eacute;part. Je comprends Descartes quand je le vois, apr&egrave;s avoir pass&eacute; des plaisirs &agrave; la r&eacute;clusion de l&rsquo;&eacute;tude, de la Hollande &agrave; l&rsquo;Allemagne, de la Boh&ecirc;me et de la Hongrie aux extr&eacute;mit&eacute;s de la Pologne, de la Suisse &agrave; l&rsquo;Italie, &agrave; Venise, &agrave; Rome, d&rsquo;une vie guerri&egrave;re &agrave; une solitude obstin&eacute;e, arracher de son esprit, avec douleur, le doute, le doute affreux qui le d&eacute;chirait, pour y &eacute;riger un dogmatisme cr&eacute;ateur. Kant me devient sensible par sa r&eacute;solution de tout tirer de lui-m&ecirc;me, et ce philosophe, aussi s&eacute;dentaire que son devancier avait &eacute;t&eacute; nomade, est clair et perceptible quand on reconna&icirc;t en lui le redresseur de l&rsquo;esprit humain contre l&rsquo;autorit&eacute; traditionnelle, tant de la scholastique que de la th&eacute;ologie. Or donc, &agrave; tout homme qui a pr&eacute;sent&eacute; un syst&egrave;me philosophique &agrave; son &eacute;poque, pour appr&eacute;cier ce qu&rsquo;il a fait, il faut demander d&rsquo;abord ce que, d&egrave;s le principe, il a voulu faire. Pourquoi vous &ecirc;tes-vous lev&eacute;, et que vouliez-vous dire ?<br \/><br \/>Quand M. Cousin monta dans la chaire de M. Royer-Collard, il y parut sans autre dessein que de developer l&rsquo;histoire des syst&egrave;mes philosophiques. Esprit litt&eacute;raire, il se tourna vers la litt&eacute;rature de la philosophie ; imagination mobile, il quittait facilement une belle th&eacute;orie pour une autre qu&rsquo;il trouvait plus belle encore : parole ardente, il faisait couler dans les &acirc;mes l&rsquo;intelligence et l&rsquo;enthousiasme de la science. Tel a &eacute;t&eacute; M. Cousin : c&rsquo;est son caract&egrave;re de n&rsquo;avoir jamais pu trouver et sentir la r&eacute;alit&eacute; philosophique lui-m&ecirc;me ; il la lui faut traduite, d&eacute;couverte, syst&eacute;matis&eacute;e ; alors il la comprend, l&rsquo;emprunte et l&rsquo;expose.<br \/><br \/>Je sens, monsieur, que nous arrivons ensemble &agrave; une conclusion in&eacute;vitable ; nous sommes oblig&eacute;s d&rsquo;induire que M. Cousin n&rsquo;est pas, &agrave; proprement parler, un philosophe ; je sais d&rsquo;ailleurs que c&rsquo;est depuis longtemps votre pens&eacute;e ; vous m&rsquo;avez m&ecirc;me dit qu&rsquo;en Allemagne on se prend &agrave; sourire si quelque Fran&ccedil;ais, fra&icirc;chement arriv&eacute;, parle de notre compatriote comme d&rsquo;un v&eacute;ritable m&eacute;taphysicien. Mais, monsieur, nous ne saurions cependant &eacute;conduire, par une premi&egrave;re fin de non-recevoir, quelque fond&eacute;e qu&rsquo;elle puisse vous para&icirc;tre, un homme aussi distingu&eacute; que le traducteur de Platon, d&rsquo;autant plus que lui-m&ecirc;me croit pouvoir pr&eacute;tendre &agrave; la qualit&eacute; que vous lui refusez dans votre pays, et qu&rsquo;il est juste d&rsquo;examiner les titres d&rsquo;un &eacute;crivain qui, je le crois, s&rsquo;est toujours abstenu des petites ruses du charlatanisme.<br \/><br \/>Mais d&rsquo;abord il faut mettre &agrave; part et en relief les services incontestables que M. Cousin a rendus &agrave; l&rsquo;histoire de la philosophie, et dont le m&eacute;rite sp&eacute;cial lui est acquis, alors m&ecirc;me que nous verrions le lien syst&eacute;matique dont il a voulu les coordonner se briser entre ses mains. Ainsi ses travaux r&eacute;els survivront tant &agrave; son &eacute;clectisme imit&eacute; qu&rsquo;&agrave; son id&eacute;alisme emprunt&eacute;. Il aura toujours le m&eacute;rite d&rsquo;avoir, en 1820, commenc&eacute; &agrave; publier des manuscrits in&eacute;dits de Proclus ; d&rsquo;avoir, en 1824, donn&eacute; une &eacute;dition de Descartes, en annon&ccedil;ant sur ce philosophe un travail consid&eacute;rable que le public et le libraire attendent encore ; enfin il sera toujours recommandable comme traducteur de Platon. On peut d&eacute;j&agrave; louer sans r&eacute;serve son &eacute;l&eacute;gance fid&egrave;le, sa patience souvent heureuse &agrave; renouveler les anciennes traductions, son intelligence philosophique &agrave; profiter des travaux contemporains d&rsquo;Ast et de Schleiermacher ; plus tard seulement il sera possible d&rsquo;appr&eacute;cier avec plus de profondeur l&rsquo;oeuvre de M. Cousin ; quand il l&rsquo;aura termin&eacute;e, quand il aura traduit les dialogues les plus profonds et les plus obscurs, quand il aura &eacute;crit sur Platon un travail de la m&ecirc;me nature que celui qu&rsquo;il a promis sur Descartes, la critique pourra lui assigner sa place comme philologue et comme historien de la philosophie. Sur ce premier point les hell&eacute;nistes sont seuls&nbsp; comp&eacute;tens ; je dis les v&eacute;ritables hell&eacute;nistes, car on ne m&eacute;rite pas ce nom pour entendre un peu de grec, et il faut le r&eacute;server aux Hase, aux&nbsp; Boissonnade et aux Letronne. Pour ce qui est de la mani&egrave;re de concevoir et de se repr&eacute;senter Platon, de discerner tout ce qu&rsquo;il a de cette Egypte que Champollion nous laisse &agrave; demi d&eacute;voil&eacute;e, il faut attendre que M. Cousin ait publi&eacute; son Essai sur Platon. Il a souvent vari&eacute; dans ses points de vue ; il est facile de remarquer des changemens et des progr&egrave;s depuis l&rsquo;argument du Ph&eacute;don jusqu&rsquo;&agrave; celui du second Alcibiade. Le traducteur a &eacute;t&eacute; d&rsquo;abord plus rapproch&eacute; de l&rsquo;id&eacute;alisme et du mysticisme ; enfin, r&eacute;cemment, il vient d&rsquo;entamer la partie politique de Platon, en proie aux pr&eacute;occupations exclusives de l&rsquo;&eacute;clectisme ; ce qui, &agrave; mon sens, l&rsquo;a fait errer dans l&rsquo;intelligence de la conception platonicienne, et lui a fait prendre dans les Lois une d&eacute;g&eacute;n&eacute;rescence pour une r&eacute;alisation fid&egrave;le ; mais chemin faisant M. Cousin pourra redresser ce que ses &eacute;tudes ult&eacute;rieures lui montreront d&rsquo;inexactitudes dans ses affirmations pr&eacute;c&eacute;dentes ; et quand il aura tout traduit, il sera ma&icirc;tre enfin de ses mat&eacute;riaux, de ses pens&eacute;es ; il pourra nous &eacute;riger la statue de Platon. Je dois aussi vous signaler, monsieur, parmi les titres historiques de M. Cousin, deux articles sur X&eacute;nophane et Z&eacute;non d&rsquo;El&eacute;e. Je vous citerai encore les douze premi&egrave;res le&ccedil;ons de son cours de 1829, o&ugrave; il a r&eacute;sum&eacute; l&rsquo;histoire de la philosophie depuis l&rsquo;Inde jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;entr&eacute;e du dix-huiti&egrave;me si&egrave;cle. Quand m&ecirc;me les indianistes trouveraient le point de d&eacute;part l&eacute;g&egrave;rement pos&eacute;, il n&rsquo;en resterait pas moins une revue pr&eacute;cieuse des hommes et des syst&egrave;mes.<br \/><br \/>&nbsp;<br \/><br \/>Maintenant, avant d&rsquo;arriver aux id&eacute;es m&ecirc;mes que M. Cousin a pr&eacute;sent&eacute;es au public comme un syst&egrave;me &agrave; lui propre, remettez-vous en esprit, monsieur, la mobilit&eacute; de son imagination. Le jeune professeur commen&ccedil;a sa carri&egrave;re par commenter avec verve l&rsquo;&eacute;cole &eacute;cossaise, dont M. Royer-Collard lui avait l&eacute;gu&eacute; l&rsquo;exploitation, Reid, Smith, Hutcheson, Fergusson, Dugald Stewart ; ensuite il passa &agrave; l&rsquo;Allemagne, saisit rapidement les principaux traits de la philosophie morale de Kant, et se fit kantiste : ce furent alors d&rsquo;&eacute;loquens d&eacute;veloppemens sur le sto&iuml;cisme, le devoir et la libert&eacute;. Pendant l&rsquo;ann&eacute;e 1819 &agrave; 1820, l&rsquo;enseignement de M. Cousin rallia la jeunesse, et semblait vouloir la pr&eacute;parer aux luttes de l&rsquo;opposition politique : aussi la contre-r&eacute;volution en arrivant au pouvoir ferma sa chaire et rel&eacute;gua le professeur dans la solitude de son cabinet. Alors il se tourna vers l&rsquo;&eacute;rudition, et se prit d&rsquo;enthousiasme pour l&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;Alexandrie, qu&rsquo;il personnifia tout enti&egrave;re dans un homme, dans Proclus. Cette secte philosophique, qui avait entrepris de lutter contre le christianisme et de le faire reculer, sembla &agrave; M. Cousin un glorieux symbole de philosophie et de libert&eacute; ; il en parlait en ces termes : &ldquo;Haec fuit scilicet &ldquo;ultima illa graecae philosophiae secta, quae iisdem fere quibus christiana religo temporibus nata, &ldquo;tamdiu magna cum laude stetit, quamdiu aliqua super in orbe fuit ingeniorum libertas, quartum vero &ldquo;jam circa saeculum, non mutata ratione, sed mutato domicilio, exsul ab Alexandria Athenas confugit &ldquo;&hellip;&rdquo; Cette &eacute;cole lui paraissait la plus riche et la plus importante de toutes celles de l&rsquo;antiquit&eacute; : &ldquo;Totius &ldquo;vero antiquitatis philosophicas doctrinas atque ingenia in se exprimit ;&rdquo; et il croyait son &eacute;tude utile non-seulement &agrave; l&rsquo;&eacute;rudition, mais aux progr&egrave;s m&ecirc;mes de la philosophie moderne. Plus tard, je trouve que M. Cousin n&rsquo;a plus mis si haut la sagesse alexandrine ; voici comment il la caract&eacute;risait en 1829 : &ldquo;Sans doute le projet avou&eacute; de l&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;Alexandrie est l&rsquo;&eacute;clectisme. Les Alexandrins ont voulu unir &ldquo;toutes choses, toutes les parties de la philosophie grecque entre elles : la philosophie et la religion, la &ldquo;Gr&egrave;ce et l&rsquo;Asie. On les a accus&eacute;s d&rsquo;avoir abouti au syncr&eacute;tisme, en d&rsquo;autres termes, d&rsquo;avoir laiss&eacute; &ldquo;d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer une noble tentative de conciliation en une confusion d&eacute;plorable. On aurait pu leur faire &ldquo;avec plus de raison le reproche contraire. Loin que l&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;Alexandrie tombe dans le vague et le &ldquo;d&eacute;sordre qu&rsquo;engendre souvent une impartialit&eacute; impuissante, elle a le caract&egrave;re d&eacute;cid&eacute; et brillant de &ldquo;&rdquo;toute &eacute;cole exclusive, et il y a si peu de syncr&eacute;tisme en elle qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas beaucoup d&rsquo;&eacute;clectisme, &ldquo;car ce qui la caract&eacute;rise est la domination d&rsquo;un point de vue &ldquo;particulier des choses et de la pens&eacute;e.&rdquo; Ainsi cette &eacute;cole que M. Cousin avait choisie d&rsquo;abord comme le mod&egrave;le de l&rsquo;&eacute;clectisme, &agrave; ses yeux n&rsquo;est presque plus &eacute;clectique ; il l&rsquo;accuse d&rsquo;un mysticisme exclusif, malm&egrave;ne assez rudement son ontologie, sa th&eacute;odic&eacute;e ; Proclus lui-m&ecirc;me, bien qu&rsquo;il reste toujours un esprit du premier ordre, n&rsquo;est plus ce soutien de la philosophie et de la libert&eacute; dont les efforts sont g&eacute;n&eacute;reux et l&eacute;gitimes ; le professeur de 1829 nous le montre finissant par des hymnes mystiques empreints d&rsquo;une &ldquo;profonde m&eacute;lancolie, o&ugrave; l&rsquo;on voit qu&rsquo;il &ldquo;d&eacute;sesp&egrave;re de la terre, l&rsquo;abandonne aux barbares et &agrave; la religion nouvelle, &ldquo;et se r&eacute;fugie un moment en esprit dans la v&eacute;n&eacute;rable antiquit&eacute;, avant de se perdre &agrave; jamais dans le &ldquo;sein de l&rsquo;unit&eacute; &eacute;ternelle, supr&ecirc;me objet de ses efforts et de ses pens&eacute;es.&rdquo; Et d&rsquo;o&ugrave; vient ce changement dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;&eacute;diteur de Proclus ? C&rsquo;est que de 1820 &agrave; 1829 bien des impressions diff&eacute;rentes l&rsquo;ont travers&eacute;. Apr&egrave;s avoir adh&eacute;r&eacute; exclusivement au rationalisme de Kant, apr&egrave;s avoir effleur&eacute; l&rsquo;id&eacute;alisme de Fichte, M. Cousin ne fut pas longtemps sans soup&ccedil;onner et sans reconna&icirc;tre que ces deux philosophies avait fait place &agrave; deux syst&egrave;mes nouveaux, dont les auteurs &eacute;taient MM. Schelling et Hegel ; de loin, soit par des correspondances, soit par des visites de voyageurs, il lui en arrivait quelque chose. En 1824, il entreprit un voyage en Allemagne, pendant lequel il fut enlev&eacute; &agrave; Dresde par la police prussienne et conduit &agrave; Berlin : on l&rsquo;avait soup&ccedil;onn&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre carbonaro et r&eacute;volutionnaire. Dans la capitale de la Prusse, vous le savez, monsieur, vos compatriotes environn&egrave;rent M. Cousin des t&eacute;moignages du plus noble int&eacute;r&ecirc;t ; on s&rsquo;entremit pour sa d&eacute;livrance ; tant qu&rsquo;il fut captif, on le visita dans sa prison tous les jours. Par un heureux hasard, notre voyageur put utiliser sa captivit&eacute;, car il entra dans un commerce journalier avec l&rsquo;&eacute;cole de M. Hegel ; M. Gans et M. Michelet de Berlin lui d&eacute;veloppaient, dans de longues conversations, le syst&egrave;me de leur ma&icirc;tre ; ils effa&ccedil;aient de son esprit le kantisme et quelques erremens de Fichte, pour y substituer les principes et les cons&eacute;quences d&rsquo;un r&eacute;alisme &eacute;clectique, optimiste, qui se targuait de tout expliquer, de tout comprendre et de tout accepter. M. Cousin sut tourner &agrave; cette philosophie avec sa promptitude ordinaire ; il saisit sur-le-champ combien le changement &eacute;tait capital : il ne sera plus un philosophe opposant, r&eacute;volutionnaire, inqui&eacute;tant pour les puissances, mais un sage dominant tous les partis, tous les syst&egrave;mes, et, par son in&eacute;puisable impartialit&eacute;, donnant des garanties au pouvoir le plus ombrageux. Aussi, monsieur, ses amis de Paris, qui ne pouvaient pas savoir les causes m&eacute;taphysiques qui avaient influenc&eacute; l&rsquo;h&ocirc;te de Berlin, eurent &agrave; s&rsquo;&eacute;tonner de quelques changemens, et un journal royaliste, le Drapeau blanc, &eacute;crivit que M. Cousin avait bien prouv&eacute; qu&rsquo;il ne professait en rien les doctrines des r&eacute;volutionnaires. Je crois, monsieur, que, depuis cette &eacute;poque, M. Cousin l&rsquo;a prouv&eacute; bien plus encore. Cependant le s&eacute;jour de notre professeur dans votre capitale devait porter ses fruits : en 1826, il publia une collection d&rsquo;articles ins&eacute;r&eacute;s dans le Journal des Savans et dans les Archives philosophiques, dont tous ne m&eacute;ritaient peut-&ecirc;tre pas les honneurs d&rsquo;une r&eacute;surrection, et qui au surplus &eacute;taient inf&eacute;rieurs &agrave; la pr&eacute;face m&ecirc;me qui les pr&eacute;c&eacute;dait. Dans la pr&eacute;face des Fragmens philosophiques, M. Cousin pr&eacute;senta son syst&egrave;me, qu&rsquo;il affirma avoir fa&ccedil;onn&eacute; d&egrave;s 1818. J&rsquo;aurais conjectur&eacute;, je l&rsquo;avoue, que le voyage de 1824 y avait&nbsp; contribu&eacute; en quelque chose, et que le rapport identique de l&rsquo;homme, de la nature et de Dieu, qui commence &agrave; y poindre, &eacute;tait une importation. La pr&eacute;face des Fragmens fut peu go&ucirc;t&eacute;e quand elle parut. Cette condensation d&rsquo;une m&eacute;taphysique imparfaite qui se cherchait elle-m&ecirc;me et n&rsquo;&eacute;tait pas ma&icirc;tresse de sa langue, &eacute;tonna sans instruire ; enfin, en 1828, M. Cousin, rendu &agrave; sa chaire, put s&rsquo;y d&eacute;ployer &agrave; l&rsquo;aise, et il eut le plaisir d&rsquo;y exciter la surprise et l&rsquo;admiration. Dans une introduction &eacute;loquente de treize le&ccedil;ons, il d&eacute;veloppa avec son imagination d&rsquo;artiste et son talent d&rsquo;orateur quelques principes du syst&egrave;me de Hegel qui semblaient sortir de sa t&ecirc;te et lui appartenir. Du haut d&rsquo;un dogmatisme dont seul alors il avait le secret, il inspecta l&rsquo;histoire, les philosophes, les grands hommes, la guerre et ses lois, la Providence et ses d&eacute;crets. Il professa la l&eacute;gitimit&eacute; d&rsquo;un optimisme universel, et pronon&ccedil;a, au nom de la philosophie, l&rsquo;absolution de l&rsquo;histoire. Je sais, monsieur, qu&rsquo;&agrave; Berlin vous ne partagiez pas l&rsquo;enthousiasme avec lequel nous avons accueilli ces le&ccedil;ons ; vous ne pouviez concevoir comment on importait ainsi une doctrine sans en nommer l&rsquo;auteur. M. Hegel plaisanta de ce proc&eacute;d&eacute; avec une indulgence un peu satirique, et vous-m&ecirc;me, monsieur, vous avez prononc&eacute; &agrave; ce sujet un mot fort dur, que j&rsquo;ai peine &agrave; &eacute;crire, le mot de plagiat. Je ne pense pas, monsieur, que sciemment M. Cousin ait voulu se parer de ce qui ne lui appartenait pas ; mais, emport&eacute; par son imagination, il a cru avoir con&ccedil;u lui m&ecirc;me ce qu&rsquo;on lui avait appris. Dans ses improvisations il oubliait ses emprunts, et c&rsquo;est de la meilleure foi du monde qu&rsquo;en amalgamant Kant et Hegel, il se persuada avoir cr&eacute;&eacute; quelque chose ; cependant le vol m&eacute;taphysique de M. Cousin, je veux dire son ascension, ne fut qu&rsquo;un ph&eacute;nom&egrave;ne passager : il redescendit vite sur la terre ; et, soit qu&rsquo;il e&ucirc;t &eacute;puis&eacute; en peu de temps son dogmatisme, soit qu&rsquo;il craign&icirc;t de n&rsquo;&ecirc;tre plus suivi dans ses excursions exotiques, il revint &agrave; l&rsquo;histoire, d&eacute;clara que la philosophie n&rsquo;&eacute;tait plus &agrave; faire, mais &eacute;tait faite ; qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que de la rassembler ; qu&rsquo;elle se partageait en quatre syst&egrave;mes principaux, le sensualisme, l&rsquo;id&eacute;alisme, le scepticisme et le mysticisme, et qu&rsquo;en d&eacute;gageant ce qu&rsquo;il y avait de vrai dans chacune de ces formes exclusives de la r&eacute;alit&eacute;, on retrouvait la r&eacute;alit&eacute; pure et compl&egrave;te. Voil&agrave; cette fois un &eacute;clectisme bien constitu&eacute;. Ainsi vous voyez, monsieur, que M. Cousin a &eacute;t&eacute; tour &agrave; tour &eacute;cossaise, kantiste, alexandrin, heg&eacute;lien, eclectique : il nous reste &agrave; chercher s&rsquo;il a jamais &eacute;t&eacute; et s&rsquo;il est philosophe.<br \/><br \/>Nous sommes ainsi ramen&eacute;s au point dont nous &eacute;tions partis. Quelle sera l&rsquo;id&eacute;e dont M. Cousin aura &eacute;largi la face, et sur laquelle il aura jet&eacute; la lumi&egrave;re ? La libert&eacute; ? Examinons. La th&eacute;orie du traducteur de Platon sur la libert&eacute; consiste tout enti&egrave;re dans le principe suivant : le moi est uniquement dans la libert&eacute;, il est la libert&eacute; m&ecirc;me ; l&rsquo;intelligence et la sensibilit&eacute; se rapportent bien au moi, mais elles ne le constituent pas ; la libert&eacute; seule constitue le moi. Cette opinion m&rsquo;avait d&rsquo;abord paru plausible ; mais, en y r&eacute;fl&eacute;chissant davantage, je l&rsquo;ai trouv&eacute;e l&eacute;g&egrave;re, inexacte, et tranchant lestement un des plus s&eacute;rieux myst&egrave;res de la psychologie. La personnalit&eacute; humaine est partout ; elle est aussi bien dans la sensation et dans la pens&eacute;e que dans la volont&eacute; ; le probl&egrave;me scientifique est pr&eacute;cis&eacute;ment de la suivre sous ces trois faces ; Spinosa n&rsquo;a-t-il pas cru reconna&icirc;tre au contraire l&rsquo;identit&eacute; de l&rsquo;intelligence et de la volont&eacute; ? Les physiologistes n&rsquo;ont-ils pas d&eacute;montr&eacute; l&rsquo;union &eacute;troite des excitations sensibles et des d&eacute;terminations volontaires ? Au surplus, cette affirmation a priori de M. Cousin n&rsquo;est qu&rsquo;une r&eacute;daction h&acirc;tive et brusqu&eacute;e des principes qu&rsquo;il empruntait au sto&iuml;cisme et &agrave; Fichte. <br \/><br \/>La th&eacute;orie de la raison sera, pour l&rsquo;&eacute;diteur de Proclus, un &eacute;cueil o&ugrave; il se brisera. Remarquez sa position : il est parti de la conscience individuelle, tant par conviction que par son apprentissage &agrave; l&rsquo;&eacute;cole de Kant et de Fichte, et il lui faut maintenant arriver &agrave; la raison impersonnelle, &agrave; l&rsquo;absolu. Quand vos compatriotes Schelling et Hegel &eacute;tablirent leur id&eacute;alisme, ils avaient fait table rase : ils avaient ni&eacute; Kant et Fichte, d&eacute;sireux qu&rsquo;ils &eacute;taient de les d&eacute;truire et de les supplanter. Kant avait d&eacute;clar&eacute; qu&rsquo;il &eacute;tait impossible &agrave; l&rsquo;homme d&rsquo;arriver &agrave; la connaissance de l&rsquo;absolu ; Fichte l&rsquo;avait identifi&eacute; dans la plus haute expression de l&rsquo;homme m&ecirc;me ; Schelling, rompant avant Kant et Fichte, fit de l&rsquo;absolu une intuition mystique ; Hegel, de son c&ocirc;t&eacute;, en fit une hypoth&egrave;se logique. Or, voici M. Cousin qui tombe dans l&rsquo;&eacute;trange illusion de vouloir accoupler des termes incompatibles : il croira pouvoir se servir de Kant comme d&rsquo;un point de d&eacute;part, de Fichte comme de la pr&eacute;cision m&ecirc;me du moi ; A Schelling, il empruntera la spontan&eacute;it&eacute;, &agrave; Hegel la r&eacute;flexion, et il annoncera avoir donn&eacute; une solution satisfaisante et nouvelle par la distinction de la raison spontan&eacute;e et de la raison r&eacute;fl&eacute;chie. Vous m&rsquo;avez dit souvent, monsieur, combien cette m&eacute;taphysique vous avait paru, &agrave; Berlin, t&eacute;m&eacute;raire et frivole ; ici, &agrave; Paris, elle a eu peu d&rsquo;inconv&eacute;niens, car personne ne l&rsquo;a comprise ; on a laiss&eacute; M. Cousin, sans le troubler, jouer avec les formules, avec le fini et&nbsp; l&rsquo;infini, le un et le multiple ; il a profess&eacute; sans objections la r&eacute;duction, fort importante selon lui, des cat&eacute;gories de Kant et d&rsquo;Aristote aux lois de causalit&eacute; et de substance : r&eacute;duction st&eacute;rile, affaire de mots. L&rsquo;&eacute;loquence du professeur lui obtenait du public gr&acirc;ce pour son ontologie.<br \/><br \/>&nbsp;<br \/><br \/>La sensibilit&eacute; n&rsquo;a &eacute;t&eacute; qu&rsquo;effleur&eacute;e par M. Cousin ; &eacute;tranger &agrave; la physiologie, il manquait de faits positifs, et s&rsquo;est born&eacute; &agrave; r&eacute;diger quelques conjectures de M. Maine de Biran.<br \/><br \/>&nbsp;<br \/><br \/>On m&rsquo;a demand&eacute; quelquefois si M. Cousin &eacute;tait panth&eacute;iste, j&rsquo;ai r&eacute;pondu que je l&rsquo;ignorais, et je crois qu&rsquo;il n&rsquo;en sait rien lui-m&ecirc;me. Quel est en effet le sens exact de cette phrase : &ldquo;Le dieu de la &ldquo;conscience n&rsquo;est pas un dieu abstrait, un roi solitaire rel&eacute;gu&eacute;, par-del&agrave; la cr&eacute;ation, sur le tr&ocirc;ne d&eacute;sert &ldquo;d&rsquo;une &eacute;ternit&eacute; silencieuse, et d&rsquo;une e","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1832, Eug&egrave;ne Lerminier [1803-1857], est professeur au coll&egrave;ge de France dans la chaire Histoire g&eacute;n&eacute;rale et philosophique des l&eacute;gislations compar&eacute;es, cr&eacute;&eacute;e &agrave; son intention, en mars 1831, par le ministre de l&rsquo;Instruction publique de l&rsquo;&eacute;poque Camille Bachasson, comte de Montalivet.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-47","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philo-du-xixe-en-france-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}