{"id":46,"date":"2008-12-03T19:21:31","date_gmt":"2008-12-03T19:21:31","guid":{"rendered":""},"modified":"2008-12-03T19:21:31","modified_gmt":"2008-12-03T19:21:31","slug":"Sainte-Beuve-et-lEcole-francaise-dAthenes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Sainte-Beuve-et-lEcole-francaise-dAthenes.html","title":{"rendered":"Sainte-Beuve et l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019Ath\u00e8nes"},"content":{"rendered":"<em>On trouvera ci-dessous deux textes de Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869], qui t&eacute;moignent de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que le critique porte, d&egrave;s 1841, &agrave; la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;cole fran&ccedil;aise d&rsquo;Ath&egrave;nes, qui verra officiellement le jour en 1846.<br \/><br \/><\/em><!--more--><p><em> Apr&egrave;s cette date, c&rsquo;est le professeur Joseph Daniel Guigniaut [1794-1876], ancien directeur de l&rsquo;&Eacute;cole normale [1830-1835], qui, par sa position &agrave; l&rsquo;Acad&eacute;mie des Inscriptions et belles-lettres, o&ugrave; il a &eacute;t&eacute; &eacute;lu en 1837, sera le plus ferme soutien de l&rsquo;&Eacute;cole.<\/em> <br \/><\/p><p>1. ARTICLE DE SAINTE-BEUVE DANS LE JOURNAL DES D&Eacute;BATS.<br \/>Dans la livraison de&nbsp; 25 ao&ucirc;t 1846, du Journal des D&eacute;bats, Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] fait para&icirc;tre un article sur le projet d&rsquo;une &Eacute;cole fran&ccedil;aise d&rsquo;Ath&egrave;nes. <br \/>L&rsquo;article para&icirc;t sans titre et sans signature.<br \/>Le &laquo; papier &raquo;, dont on trouve ci-apr&egrave;s le texte, est repris, six ans plus tard dans les Derniers portraits litt&eacute;raires [1852] ; puis dans les Portraits litt&eacute;raires [1864].<br \/>L&rsquo;ordonnance royale, prise par le roi Louis-Philippe, qui cr&eacute;e l&rsquo;&Eacute;cole fran&ccedil;aise d&rsquo;Ath&egrave;nes est du 13 septembre 1846.<br \/><br \/>&laquo; On a r&eacute;cemment parl&eacute; d&rsquo;un projet qui honorerait &agrave; la fois le gouvernement fran&ccedil;ais et le gouvernement grec : il s&rsquo;agirait d&rsquo;&eacute;tablir un lien r&eacute;gulier entre l&rsquo;Universit&eacute; de France et la patrie renaissante des Hell&egrave;nes, de mettre en rapport l&rsquo;&eacute;tude du grec en France avec cette &eacute;tude refleurie au sein m&ecirc;me de la Gr&egrave;ce, d&rsquo;instituer en un mot une sorte de concordat litt&eacute;raire entre notre pays latin et la terre d&rsquo;Ath&egrave;nes. Le ministre de l&rsquo;Instruction publique, &agrave; qui toutes les pens&eacute;es g&eacute;n&eacute;reuses conviennent si naturellement, n&rsquo;a pas n&eacute;glig&eacute; celle-ci entre tant d&rsquo;autres ; il a envoy&eacute; en Gr&egrave;ce un savant conseiller de l&rsquo;Universit&eacute;, M. Alexandre, pour aviser aux moyens d&rsquo;ex&eacute;cution ; les effets de cette mission ne se feront sans doute pas attendre. Nous ne dirons quelque chose ici que de l&rsquo;id&eacute;e elle-m&ecirc;me et des avantages qui en pourraient r&eacute;sulter, si elle est, comme nous l&rsquo;esp&eacute;rons, interpr&eacute;t&eacute;e dans sa vraie mesure et ex&eacute;cut&eacute;e conform&eacute;ment &agrave; l&rsquo;esprit. <br \/>Cette id&eacute;e d&rsquo;aller rechercher &agrave; sa source la connaissance, le go&ucirc;t et l&rsquo;inspiration la plus s&ucirc;re de l&rsquo;antiqui&eacute; grecque a d&ucirc; na&icirc;tre dans plusieurs esprits, du jour o&ugrave; le gouvernement de la Gr&egrave;ce offrait toutes les garanties de s&eacute;curit&eacute;, de civilisation renaissante et d&rsquo;avenir. Il y a quelques ann&eacute;es d&eacute;j&agrave; qu&rsquo;&agrave; Paris M. Coletti, alors ministre r&eacute;sident, M. Piscatory, non ministre encore, mais philhell&egrave;ne de tout temps, M. Eynard, si attach&eacute; aux destin&eacute;es du pays auquel son nom est ins&eacute;parablement li&eacute;, et quelques autres personnes encore s&rsquo;en entretenaient avec int&eacute;r&ecirc;t et comme d&rsquo;un voeu r&eacute;alisable. Deux ordres de consid&eacute;rations se pr&eacute;sentaient presque &agrave; la fois et venaient se combiner entre elles. <br \/>On va d&rsquo;ordinaire &eacute;tudier la peinture et l&rsquo;architecture en Italie, c&rsquo;est bien : la peinture y vit tout enti&egrave;re dans ses chefs-d&rsquo;oeuvre les plus &eacute;clatants et les plus accomplis ; l&rsquo;architecture y r&egrave;gne dans ses plus majestueux d&eacute;veloppements. Celle-ci pourtant n&rsquo;est pas l&agrave; &agrave; ce degr&eacute; de puret&eacute; et de simplicit&eacute; premi&egrave;re qui constitue la perfection classique ;&nbsp; cette perfection sans trace d&rsquo;effort et sans surcharge aucune, il faut la chercher sous le ciel d&rsquo;Ath&egrave;nes, dans la beaut&eacute; id&eacute;ale et l&eacute;g&egrave;re des temples, dans l&rsquo;admirable et discret accord des lignes monumentales avec les lignes naturelles du paysage et des horizons. En un mot, si Rome est justement le foyer tout trouv&eacute; d&rsquo;une &eacute;cole de peinture, le centre le plus naturel pour l&rsquo;architecture est Ath&egrave;nes. Ajoutez que de l&agrave; on serait mieux &agrave; port&eacute;e d&rsquo;explorer dans tous les rayons, depuis le fond du P&eacute;lopon&egrave;se jusqu&rsquo;aux plages d&rsquo;Ionie, ce sol vierge qui est bien loin, comme celui d&rsquo;Italie, d&rsquo;avoir tout rendu. <br \/>Quant &agrave; la langue, &agrave; la philologie, les consid&eacute;rations se pressent, elles concourent au m&ecirc;me point, elles viennent en quelque sorte aboutir au m&ecirc;me lieu comme &agrave; un centre tout d&eacute;sign&eacute; de lumi&egrave;re et de perfectionnement. Nous estimons trop l&rsquo;Universit&eacute; de France, nous avons une trop haute id&eacute;e des esprits sup&eacute;rieurs, des ma&icirc;tres illustres qu&rsquo;elle a produits et qu&rsquo;elle poss&egrave;de, et de ceux, plus jeunes, qui aspirent &agrave; les continuer, pour ne pas exprimer ici ce que nous croyons la v&eacute;rit&eacute; : l&rsquo;Universit&eacute; n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; sans pr&eacute;jug&eacute;s et sans pr&eacute;vention dans l&rsquo;&eacute;tude du grec ancien et &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la Gr&egrave;ce moderne. Les Grecs modernes y ont bien &eacute;t&eacute; de leur faute pour quelque chose. Ceux-ci en g&eacute;n&eacute;ral (le grand Coray &agrave; part), se sentant apr&egrave;s tout les fils de la vraie race, ont trop neglig&eacute; l&rsquo;&eacute;rudition proprement dite : ils se sont trop conduits comme les descendants d&rsquo;une grande famille ruin&eacute;e, mais qui, fiers de parler la langue de leur nourrice, la langue de leur maison, s&rsquo;y tiennent et n&eacute;gligent les autres sources d&rsquo;instruction et les autres moyens d&rsquo;&eacute;claircissement comme n&rsquo;&eacute;tant proprement qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;usage des &eacute;trangers. Les &eacute;rudits d&rsquo;autre part, ceux qui l&rsquo;&eacute;taient devenus uniquement par le labeur et par les livres, ont rendu aux Grecs modernes et &agrave; leurs pr&eacute;tentions exclusives la monnaie de leur d&eacute;dain, et le d&eacute;saccord s&rsquo;est maintenu. Un signe ext&eacute;rieur (et l&rsquo;empire des signes est grand) contribuait &agrave; l&rsquo;entretenir. La prononciation du grec telle qu&rsquo;elle &eacute;tait en vigueur dans l&rsquo;ancienne Universit&eacute;, et qu&rsquo;elle l&rsquo;est encore dans la n&ocirc;tre, paraissait aux Grecs modernes tout &agrave; fait barbare ; le fait est qu&rsquo;elle peut &ecirc;tre commode pour les dict&eacute;es de versions grecques que les professeurs font aux &eacute;coliers, mais elle ne saurait se donner raisonnablement pour l&rsquo;&eacute;cho fid&egrave;le de la plus harmonieuse des langues. L&rsquo;ancienne Universit&eacute; y tenait pourtant par principes ; lorsque des amateurs instruits, comme Guys dans ses Lettres sur la Gr&egrave;ce, protestaient contre cette routine pleine de cacophonie, les savants de profession, comme Larcher, s&rsquo;effor&ccedil;aient de montrer que ce n&rsquo;&eacute;tait pas routine, mais raison, et ils r&eacute;pondaient, sans se d&eacute;concerter, aux exemples tir&eacute;s de la tradition, qu&rsquo;apr&egrave;s la prise de Constantinople par les Turcs, les savants grecs qui s&rsquo;&eacute;taient r&eacute;fugi&eacute;s en Italie y avaient port&eacute; leur prononciation vicieuse. Voil&agrave; ce que nous nous permettons d&rsquo;appeler des pr&eacute;jug&eacute;s ; mais ce n&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;un d&eacute;tail, et le d&eacute;saccord qui se rapportait &agrave; la prononciation en couvrait d&rsquo;autres qui tenaient au fond des choses. <br \/>Il est temps que cette m&eacute;sintelligence cesse, ou plut&ocirc;t elle a d&eacute;j&agrave; cess&eacute; aupr&egrave;s des esprits &eacute;clair&eacute;s, et il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;un pas &agrave; faire pour r&eacute;gler l&rsquo;union. Et &agrave; qui donc devrait-on l&rsquo;introduction, la naturalisation de la langue grecque en Occident, sinon &agrave; ces savants des XIV&deg; et XV&deg; si&egrave;cles, aux Chrysoloras, aux Th&eacute;odore Gaza, aux Chalcondyle, aux Lascaris, &agrave; ceux enfin qui arrivaient tout pleins, comme d&rsquo;hier, des antiques tr&eacute;sors, qui les poss&eacute;daient par h&eacute;ritage et par usage, en vertu d&rsquo;une tradition bien prolong&eacute;e sans doute, mais ininterrompue ? L&rsquo;interruption litt&eacute;raire dans la Gr&egrave;ce moderne ne date que du XVsi&egrave;cle ; depuis lors la langue, en tombant &agrave; la merci du simple peuple, s&rsquo;est amoindrie, s&rsquo;est appauvrie, et a subi la loi des idiomes qui se d&eacute;composent ; elle a conserv&eacute; pourtant beaucoup de son vocabulaire, de ses tours et de son harmonie. Pour les gens du pays qui y reviennent par l&rsquo;&eacute;tude, il n&rsquo;est rien de plus naturel et de plus ais&eacute; que de ressaisir le sens et le g&eacute;nie de l&rsquo;ancienne langue. Dans une foule de cas, ils n&rsquo;ont qu&rsquo;&agrave; se ressouvenir, &agrave; faire acte d&rsquo;une analogie rapide ; ils n&rsquo;ont pas cess&eacute; en effet, m&ecirc;me dans ce fleuve diminu&eacute;, de tenir, si l&rsquo;on peut dire, le fil du courant. Pour bien savoir et bien sentir dans ses moindres nuances, pour bien articuler dans ses accents le grec ancien, il n&rsquo;est rien de tel encore que d&rsquo;&ecirc;tre grec moderne. Sans se croire tout &agrave; fait au temps o&ugrave; le savant Philelphe &eacute;pousait une femme grecque pour mettre la derni&egrave;re main &agrave; son &eacute;rudition et se polir &agrave; la langue jusque dans son m&eacute;nage, on peut se dire que, du moment que la Gr&egrave;ce rena&icirc;t aux doctes et s&eacute;rieuses &eacute;tudes de son pass&eacute;, elle est plus voisine que nous du but et infiniment plus pr&egrave;s de redevenir vivante. S&rsquo;il s&rsquo;agissait de bien entendre et de go&ucirc;ter l&rsquo;ancien fran&ccedil;ais de Villehardouin, dont je suppose qu&rsquo;on e&ucirc;t &eacute;t&eacute; s&eacute;par&eacute; par quelque grande catastrophe sociale et quelque conqu&ecirc;te, le plus s&ucirc;r serait encore d&rsquo;&ecirc;tre fran&ccedil;ais, et, un peu d&rsquo;&eacute;tude aidant, on se trouverait ais&eacute;ment en avance &agrave; cet effet sur le plus docte des Germains. <br \/>Il semble que le r&eacute;sultat indiqu&eacute; par ces consid&eacute;rations diverses, c&rsquo;est qu&rsquo;une Ecole fran&ccedil;aise, institu&eacute;e &agrave; Ath&egrave;nes pour un certain nombre de jeunes architectes et de jeunes philologues, concilierait &agrave; la fois les int&eacute;r&ecirc;ts de l&rsquo;art et ceux de l&rsquo;&eacute;rudition. Pourquoi, aux &eacute;l&egrave;ves qui se seraient signal&eacute;s dans les concours d&rsquo;architecture, ne joindrait-on pas quelques-uns des &eacute;l&egrave;ves sortant de l&rsquo;Ecole normale, qui auraient &eacute;galement m&eacute;rit&eacute; cette distinction, et qui se destineraient d&rsquo;une mani&egrave;re plus sp&eacute;ciale &agrave; l&rsquo;enseignement des lettres grecques en France ? Nous n&rsquo;avons pas &agrave; r&eacute;diger ici de projet, mais simplement &agrave; appeler l&rsquo;attention sur une id&eacute;e que l&rsquo;esprit &eacute;lev&eacute; de M. de Salvandy a &eacute;t&eacute; le premier &agrave; accueillir, &agrave; mettre en avant, et qui semblerait presque en voie d&rsquo;ex&eacute;cution, si l&rsquo;on en jugeait d&rsquo;apr&egrave;s les d&eacute;marches pr&eacute;liminaires. Nous dirions m&ecirc;me que nous aurions peur des projets trop r&eacute;dig&eacute;s &agrave; l&rsquo;avance, et qui anticiperaient sur l&rsquo;exp&eacute;rience par la th&eacute;orie : car notez que la th&eacute;orie ici, ce serait probablement la routine. Il y a l&agrave; quelque chose de bon, de grand peut-&ecirc;tre, d&rsquo;essentiellement f&eacute;cond &agrave; tenter. Dans notre si&egrave;cle positif, et avec nos habitudes, si excellentes d&rsquo;ailleurs, de bon ordre administratif et de contr&ocirc;le constitutionnel, on n&rsquo;est gu&egrave;re dispos&eacute; &agrave; rien essayer, &agrave; rien proposer qu&rsquo;apr&egrave;s des esp&egrave;ces de plans et de devis parfaitement rigoureux en apparence, et que la pratique ne laisse pas de d&eacute;jouer souvent.&nbsp; Les commissions de la Chambre aiment d&rsquo;avance, en chaque projet qui leur est d&eacute;f&eacute;r&eacute; et pour lequel on leur demande assistance, &agrave; voir des r&eacute;sultats nets, et, s&rsquo;il est possible, des produits ; on aime enfin &agrave; rentrer t&ocirc;t ou tard dans ses fonds. Rien de plus juste, et c&rsquo;est l&agrave; un des bienfaits, une des garanties habituelles du r&eacute;gime sous lequel nous vivons. Dans le cas pr&eacute;sent toutefois, il y a une pens&eacute;e sup&eacute;rieure qui doit dominer. Une telle &eacute;cole d&rsquo;art et de langue institu&eacute;e &agrave; Ath&egrave;nes serait avant tout un germe ; utile dans le pr&eacute;sent, elle le deviendrait surtout dans l&rsquo;avenir. L&rsquo;important serait bien moins d&rsquo;abord dans tel out tel r&egrave;glement de d&eacute;tail que dans l&rsquo;esprit qui animerait la fondation, et dans le choix de l&rsquo;homme appel&eacute; &agrave; la diriger sur les lieux, et qui devrait savoir l&rsquo;approprier, l&rsquo;&eacute;tendre, la modifier selon l&rsquo;exp&eacute;rience m&ecirc;me. On pourrait, ce semble, commencer simplement ne fonder qu&rsquo;un assez petit nombre de places d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves ; l&rsquo;essentiel serait &agrave; commencer, et de se confier pour le d&eacute;veloppement &agrave; une terre qui a toujours rendu au centuple ce qu&rsquo;on y a sem&eacute; de g&eacute;n&eacute;reux. <br \/>Qu&rsquo;on se figure cinq ou six jeunes gens d&rsquo;&eacute;lite sous la conduite d&rsquo;un ma&icirc;tre &agrave; la fois artiste et &eacute;rudit, sous une direction telle que M. Letronne ou M. Raoul-Rochette dans leur jeunesse l&rsquo;auraient pu si parfaitement donner : de pareilles conditions r&eacute;unies sont difficiles &agrave; rencontrer sans doute, elles ne sont pas introuvables pourtant dans les rangs rajeunis de l&rsquo;Universit&eacute; ou de l&rsquo;Institut. Chaque ann&eacute;e, apr&egrave;s les &eacute;tudes qui auraient pu se suivre sur place, il y aurait un voyage destin&eacute; &agrave; quelques explorations d&rsquo;art ou au commentaire vivant d&rsquo;un auteur ancien ; la moindre promenade aurait son objet. Les choeurs d&rsquo;Oedipe lus &agrave; Colone, et ceux d&rsquo;Ion &agrave; Delphes ; les odes de Pindare &eacute;tudi&eacute;es en pr&eacute;sence des lieux c&eacute;l&eacute;br&eacute;s ; un grand historien suivi pied &agrave; pied sur le th&eacute;&acirc;tre des guerres qu&rsquo;il raconte ; l&rsquo;Arcadie parcourue, X&eacute;nophon en main, &agrave; la suite d&rsquo;Epaminondas victorieux, ce seraient l&agrave; des &eacute;tudes parlantes qui r&eacute;soudraient, j&rsquo;en r&eacute;ponds, plus d&rsquo;une difficult&eacute; g&eacute;ographique ou autre, n&eacute;e dans le cabinet. Mais surtout on en rapporterait, avec la connaissance pr&eacute;cise, une intelligence anim&eacute;e, la vie et le charme qui se communiquent ensuite et qui sont le vrai flambeau des Lettres. Les inscriptions, chemin faisant, y trouveraient leur compte ; et bien d&rsquo;autres choses avec elles. <br \/>Si nous n&rsquo;avons pas &agrave; tracer ici de programme &agrave; une noble pens&eacute;e, nous ne pr&eacute;tendons pas non plus en pr&eacute;senter un id&eacute;al anticip&eacute; ; ce que nous voudrions, ce serait, en remerciant M. de Salvandy de son heureuse initiative, de l&rsquo;y encourager, si ce mot nous est permis, et de maintenir, pour peu qu&rsquo;il en f&ucirc;t besoin, l&rsquo;id&eacute;e premi&egrave;re dans sa libre et large voie d&rsquo;ex&eacute;cution : ce qui rapetisserait, ce qui r&eacute;duirait trop cette id&eacute;e, ce qui la ferait rentrer dans les routines ordinaires, en compromettrait par l&agrave; m&ecirc;me la f&eacute;condit&eacute; et en tuerait l&rsquo;avenir. Au reste, l&rsquo;envoy&eacute; du ministre est all&eacute;, et a vu de ses yeux ; il a d&ucirc; rapporter des impressions et sa parole comptera pour beaucoup, sans nul doute, dans une d&eacute;termination &agrave; ce point int&eacute;ressante pour le pays qu&rsquo;il poss&egrave;de si bien. Le nombre des personnes qui ont visit&eacute; la Gr&egrave;ce s&rsquo;accro&icirc;t chaque jour, et leur impression &agrave; toutes est que ce jeune Etat r&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute; est dans une veine croissante d&rsquo;activit&eacute; et de progr&egrave;s ; nul autre Etat n&rsquo;a eu plus &agrave; faire et n&rsquo;a plus fait en vingt-cinqs ans. Il n&rsquo;y a jamais eu, nous dissent de bons t&eacute;moins, tant de pass&eacute;, de pr&eacute;sent et d&rsquo;avenir dans un si petit espace. C&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il s&rsquo;agit de jeter avec un peu de confiance, et sans trop marchander, une id&eacute;e, une institution g&eacute;n&eacute;reuse. Qu&rsquo;en sortira-t-il ? Avec tant de bonnes conditions de pr&eacute;sence, nous verrons bien &raquo;. <br \/><br \/>2. LE ROLE DE SAINTE-BEUVE DANS LA CR&Eacute;ATION DE L&rsquo;&Eacute;COLE.<br \/>Sainte-Beuve [1804-1869] a r&eacute;dig&eacute; une Note sur l&rsquo;&Eacute;cole d&rsquo;Ath&egrave;nes, note qui dans son esprit aurait pu para&icirc;tre au moment de la r&eacute;&eacute;dition du tome XI des Causeries du lundi. Mais lors de cette r&eacute;&eacute;dition, en 1868, Sainte-Beuve &eacute;tant toujours vivant, ce sont des Portraits, et des Notes et pens&eacute;es qui prennent la place disponible.<br \/>Cette Note ne para&icirc;tra qu&rsquo;en mars 1881, par les soins de Charles Pierrot, en t&ecirc;te d&rsquo;un volume&nbsp; de Table g&eacute;n&eacute;rale et analytique, pour les Causeries du lundi, les Portraits de femmes, les Portraitslitt&eacute;raires.<br \/>Elle est reprise par Jean Bonnerot, dans sa Bibliographie de l&rsquo;oeuvre de Sainte-Beuve [Paris : L. Giraud-Badin. 3 volumes in-8, 1937], page 385-386.<br \/>L&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une &Eacute;cole garantissant la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise en Gr&egrave;ce na&icirc;t dans son esprit d&egrave;s 1841. C&rsquo;est en avril-mai 1845 qu&rsquo;a lieu, dans le salon de Mme d&rsquo;Arbouville, la conversation avec Narcisse de Salvandy [1795-1856], pour la deuxi&egrave;me fois ministre de l&rsquo;Instruction publique [f&eacute;vrier 1845-f&eacute;vrier 1848].<br \/><br \/>&laquo; La premi&egrave;re id&eacute;e de l&rsquo;Ecole d&rsquo;Ath&egrave;nes, de constituer une telle Ecole, est de moi. Elle m&rsquo;&eacute;tait venue d&egrave;s 1841 avec Pantasid&egrave;s (n&eacute; en Epire). Je sentis de quel avantage il &eacute;tait de se mettre en rapport, en communication avec le vrai courant de la langue, rest&eacute;e en partie vivante. Je parlai alors de cette id&eacute;e &agrave; M. Eynard, le philhell&egrave;ne, &agrave; M. Piscatori, ministre en Gr&egrave;ce. C&rsquo;&eacute;tait le moment o&ugrave; M. Villemain &eacute;tait au minist&egrave;re de l&rsquo;Instruction Publique. Cousin, &agrave; qui peu apr&egrave;s j&rsquo;en touchais un mot, me dit Chut ! comme qui aurait dit Attendons ! Mais il ne revint pas au pouvoir. Un jour Salvandy ayant remplac&eacute; M. Villemain, &#8211; un soir, &#8211; je causai chez Madame d&rsquo;Arbouville avec Madame Piscatori de cette id&eacute;e ath&eacute;nienne ; Salvandy, me voyant causer avec feu, me demanda ce que je disais ; &agrave; peine le lui eus-je expliqu&eacute;, qu&rsquo;il sourit sans rien r&eacute;pondre, me lan&ccedil;a un regard qui visait &agrave; la profondeur et alla &agrave; un autre endroit du salon. Quelques jours apr&egrave;s, l&rsquo;id&eacute;e &eacute;tait couv&eacute;e et &eacute;close. Il ne m&rsquo;en a jamais parl&eacute; depuis, m&ecirc;me lorsque j&rsquo;eus mis dans les D&eacute;bats un article pour le stimuler &agrave; ce sujet. Il aurait bien voulu que je crusse qu&rsquo;il avait d&eacute;j&agrave; cette pens&eacute;e de lui-m&ecirc;me. &ndash; Ce que je viens d&rsquo;&eacute;crire est la plus stricte exactitude &raquo;. <br \/><br \/><br \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>On trouvera ci-dessous deux textes de Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869], qui t&eacute;moignent de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que le critique porte, d&egrave;s 1841, &agrave; la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;cole fran&ccedil;aise d&rsquo;Ath&egrave;nes, qui verra officiellement le jour en 1846.<\/p>\n<p><\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-46","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philo-du-xixe-en-france-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}