{"id":421,"date":"2020-02-09T21:31:46","date_gmt":"2020-02-09T21:31:46","guid":{"rendered":"http:\/\/wordpress.localhost\/2020\/02\/09\/stendhal-beyle-sa-stele-et-son-tombeau\/"},"modified":"2020-10-03T21:07:25","modified_gmt":"2020-10-03T19:07:25","slug":"stendhal-beyle-sa-stele-et-son-tombeau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/divers\/varia\/stendhal-beyle-sa-stele-et-son-tombeau.html","title":{"rendered":"Stendhal, Beyle, sa st\u00e8le et son tombeau"},"content":{"rendered":"<p>A plusieurs reprises, et avec quelques variantes, Stendhal griffonne le  texte de l\u2019\u00e9pitaphe, qu\u2019il imagine convenir \u00e0 son tombeau. D\u00e9j\u00e0 en 1821  [il n\u2019a que trente-huit ans], il met en page ces mots r\u00e9dig\u00e9s en  italien&nbsp;: \u00ab Errico Beyle Milanese, Visse, Scrisse, Amo. Quest\u2019anima  adorava Cimaroza, Mozart, \u00e8 Shakespeare. Mori de anni il\u2026 18.. \u00bb. <\/p>\n\n\n<!--more-->\n\n\n<p>Et de pr\u00e9ciser\u00a0: \u00ab N\u2019ajouter aucun signe sale, aucun ornement plat, faire graver cette inscription en caract\u00e8res majuscules \u00bb. <br \/>\u00c0 peu de choses pr\u00e8s c\u2019est l\u2019inscription grav\u00e9e sur la pierre tombale du cimeti\u00e8re de Montmartre. Seuls, pour faire court, ont disparu les noms des auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1162\" src=\"http:\/\/pages.textesrares.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/01_stendhal-pano.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/01_stendhal-pano.jpg 800w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/01_stendhal-pano-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/01_stendhal-pano-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/01_stendhal-pano-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1163\" src=\"http:\/\/pages.textesrares.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/02_medaillon-david-d-angers.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/02_medaillon-david-d-angers.jpg 800w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/02_medaillon-david-d-angers-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/02_medaillon-david-d-angers-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/02_medaillon-david-d-angers-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1164\" src=\"http:\/\/pages.textesrares.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/03_plaque.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"591\" srcset=\"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/03_plaque.jpg 800w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/03_plaque-300x222.jpg 300w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/03_plaque-768x567.jpg 768w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/03_plaque-624x461.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 767px) 89vw, (max-width: 1000px) 54vw, (max-width: 1071px) 543px, 580px\" \/><\/p>\n<p>LA TOMBE D&rsquo;HENRI BEYLE AU CIMETI\u00c8RE DE MONTMARTRE.<br \/>Consul de France, Henri Beyle [23 janvier 1783, Grenoble-23 mars 1842, Paris], autrement dit Stendhal, de son nom de plume le plus connu, est inhum\u00e9 \u00e0 Paris, au cimeti\u00e8re de Montmartre, dans le XVIII\u00e8me arrondissement, le jeudi 24 mars 1842, vers midi. <br \/>Sa tombe, d\u00e9plac\u00e9e par rapport \u00e0 son emplacement d\u2019origine, est aujourd&rsquo;hui dans la trenti\u00e8me division, concession 21, au premier rang en bordure de l\u2019avenue de la Croix.<\/p>\n<p>Une tombe, parmi des centaines d&rsquo;autres, devant laquelle on peut passer sans la distinguer particuli\u00e8rement. Pas de tombeau surplombant, pas de monument imposant, pas de caveau \u00e9rig\u00e9 en forme de chapelle. Pas d&rsquo;anges larmoyants, pas de croix.<br \/>Le v\u0153u a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9\u00a0: pas d\u2019ornement plat, pas de signe sale.<br \/>Une pierre tombale \u00e0 deux pans et, debout, une simple st\u00e8le orn\u00e9e d&rsquo;un m\u00e9daillon. St\u00e8le portant, grav\u00e9 dans le marbre blanc, ce texte\u00a0: Arrigo Beyle\/ Milanese\/ Scrisse\/ Amo\/ Visse\/ Ann. LIX M. II\/ Mori Il XXIII marzo\/ MDCCXLII.<\/p>\n<p>Seul le grand m\u00e9daillon de bronze, oxyd\u00e9 par les ans, pourrait attirer l\u2019attention\u00a0: il repr\u00e9sente le profil gauche du visage de Stendhal, d\u2019apr\u00e8s un mod\u00e8le du statuaire Pierre Jean David d\u2019Angers [1788-1856] ex\u00e9cut\u00e9 en 1829. <br \/>Il s\u2019agit d\u2019un agrandissement ex\u00e9cut\u00e9 par Robert David d\u2019Angers, son fils [1833-1912], offert de mani\u00e8re toute gracieuse, \u00e0 l\u2019intention des Amis de Stendhal.<\/p>\n<p>LA ST\u00c8LE FUN\u00c9RAIRE.<br \/>Ainsi, sur la st\u00e8le en t\u00eate de la s\u00e9pulture, en lettres capitales, l&rsquo;\u00e9pitaphe est compos\u00e9e de ces simples mots en italien\u00a0: Arrigo Beyle\/ Milanese\/ Scrisse\/ Amo\/ Visse\/ Ann. LIX M. II\/ Mori Il XXIII marzo\/ MDCCXLII.<br \/>\u00c0 savoir\u00a0: Henri Beyle, Milanais, il \u00e9crivit, il aima. Il v\u00e9cut 59 ans 2 mois. Mort le 23 mars 1842.<\/p>\n<p>UNE INSCRIPTION IMAGIN\u00c9E DE LONGUE DATE.<br \/>Vingt-deux ans plus t\u00f4t, \u00e0 quelques variations pr\u00e8s, Stendhal a d\u00e9j\u00e0 imagin\u00e9 ce texte.<\/p>\n<p>Reportons-nous au chapitre VI des Souvenirs d&rsquo;\u00e9gotisme, autobiographie inachev\u00e9e, et publi\u00e9e, chez Charpentier, seulement en 1892 par l\u2019homme de lettres Casimir Stryienski [1853-1912]. <br \/>Dans cette autobiographie r\u00e9dig\u00e9e entre le 20 juin et le 4 juillet 1832, lors de son premier s\u00e9jour comme consul de France \u00e0 Civitavecchia, port des \u00c9tats pontificaux, sur la mer Tyrrh\u00e9nienne, Stendhal t\u00e9moigne de son souhait concernant l&rsquo;inscription \u00e0 porter sur sa st\u00e8le\u00a0: \u00ab Errico Beyle\/ Milanese\/ Visse, scrisse, am\u00d2\/ Qu&rsquo;est&rsquo;anima\/ adorava\/ Cimarosa, Mozart e Shakespeare. Mori di Anni&#8230; Il.. 18&#8230; \u00bb.<br \/>\u00c0 savoir\u00a0: Errico Beyle, Milanais. A v\u00e9cu, \u00e9crit, aim\u00e9. Cette \u00e2me adorait Cimarosa, Mozart et Shakespeare. Mort en 18&#8230;<\/p>\n<p>Stendhal est dans sa trente-septi\u00e8me ann\u00e9e, lorsque, dit-il, il pense \u00e0 ce texte : \u00ab A Milan, en 1820, j&rsquo;avais envie de mettre cela sur ma tombe. Je pensais chaque jour \u00e0 cette inscription, croyant bien que je n&rsquo;aurais de tranquillit\u00e9 que dans ma tombe. Je voulais une tablette de marbre de la forme d&rsquo;une carte \u00e0 jouer \u00bb.<br \/>Et compl\u00e8te\u00a0: \u00ab N&rsquo;ajouter aucun signe sale, aucun ornement plat, faire graver cette inscription en caract\u00e8res majuscules \u00bb.<br \/>Stendhal, sur une des feuilles du manuscrit de deux cent soixante-dix pages des Souvenirs d&rsquo;\u00e9gotisme [manuscrit conserv\u00e9 \u00e0 Biblioth\u00e8que municipale de Grenoble, Cote R300], dessine la disposition g\u00e9n\u00e9rale qu&rsquo;il entrevoit. Celle qui sera respect\u00e9e sur le monument que le promeneur voit de nos jours, lorsque fl\u00e2neur sans but pr\u00e9cis, il \u00e9gare ses pas dans le cimeti\u00e8re parisien de Montmartre.<br \/>Sans imaginer que Stendhal, reprend en partie \u00e0 son compte le \u00ab Veni, Scripsi, Vixi \u00bb que le compositeur Haydn avait fait inscrire sur sa tombe, inscription que Stendhal lui-m\u00eame rapporte dans son premier ouvrage, publi\u00e9e \u00e0 Milan\u00a0: \u00ab Lettres de Vienne en Autriche sur le c\u00e9l\u00e8bre compositeur Joseph Haydn \u00bb, paru en 1814, sous le pseudonyme de Louis Alexandre C\u00e9sar Bombet.<\/p>\n<p>VARIANTES ET VOEUX COMPL\u00c9MENTAIRES.<br \/>Dans un de ses testaments [l&rsquo;un des trente-sept, selon un d\u00e9compte fait par Victor del Litto], r\u00e9dig\u00e9 le 8 juin 1836, Stendhal reprend, avec quelques variations, ces informations\u00a0: \u00ab\u00a0Je d\u00e9sire \u00eatre transport\u00e9 directement et sans frais au cimeti\u00e8re. Je d\u00e9sire \u00eatre d\u00e9pos\u00e9 au cimeti\u00e8re d\u2019Andilly, pr\u00e8s Montmorency\u00a0; si M.\u00a0le cur\u00e9 d\u2019Andilly consent \u00e0 cet arrangement, on fera une aum\u00f4ne convenable. Sur ma tombe on mettra une pierre avec ces paroles et non d\u2019autres\u00a0:<br \/>Qui giace<br \/>Arrigo Beyle Milanese<br \/>Visse, Scrisse, Amo<br \/>1783-18&#8230;<br \/>\u00a0[Ici repose, etc.].<\/p>\n<p>Quelque mois apr\u00e8s, le 27 septembre 1836, Stendhal compl\u00e8te\u00a0: \u00ab Je l\u00e8gue le mobilier, les livres, la montre que j\u2019ai \u00e0 Paris et tout ce qui m\u2019est d\u00fb sur mes appointements (\u00e0 prendre chez M.\u00a0Flury-H\u00e9rard, n\u00b0\u00a0133) \u00e0 M.\u00a0Romain Colomb, qui sera ex\u00e9cuteur testamentaire et me fera enterrer au cimeti\u00e8re d\u2019Andilly (vall\u00e9e de Montmorency), et, si cela est trop cher, au cimeti\u00e8re de Montmartre\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>LES DERNIERS MOMENTS.<br \/>Apr\u00e8s un cong\u00e9 de trois ans, Henri Beyle reprend son poste de Consul de France \u00e0 Civitavecchia. Il y s\u00e9journe en titre, de juin 1839 \u00e0 octobre 1841. Ayant beaucoup grossi, fatigu\u00e9, malade, il subit le 15 mars 1841, une attaque d\u2019apoplexie qui constitue pour lui une grave alerte\u00a0: \u00ab Je me suis, dit-il, collet\u00e9 avec le n\u00e9ant \u00bb.<br \/>Un cong\u00e9 de maladie lui ayant \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 par Fran\u00e7ois Guizot, son ministre de tutelle, il est, apr\u00e8s un voyage ext\u00e9nuant, \u00e0 nouveau \u00e0 Paris en octobre 1841.<br \/>Il se loge tout d\u2019abord \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Empire, rue Neuve-Saint-Augustin [7-9 rue Daunou] puis, un peu plus tard, au 16 d\u00e9cembre, non loin de l\u00e0, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Nantes.<\/p>\n<p>Au soir tombant du mardi 22 mars 1842, terrass\u00e9 par une attaque d\u2019apoplexie, \u00e0 deux pas de la Place Vend\u00f4me, pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e de l\u2019H\u00f4tel du Minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res situ\u00e9 rue Neuve des Capucines, Stendhal s\u2019effondre rue Saint-Nicaise.<br \/>Son cousin, Romain Colomb, qui demeure non loin, rue Godot-de-Mauroy, le fait transporter \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Nantes, 78 rue Neuve-des-Petits-Champs [actuellement 22 rue Danielle Casanova] \u00e9tablissement que Stendhal avait finalement choisi pour son s\u00e9jour parisien.<br \/>Le docteur Auguste Th\u00e9ophile Weyland, qui habitait 7 rue Caumartin, est appel\u00e9 \u00e0 son chevet mais ne peut le secourir.<br \/>Sans avoir repris connaissance, Stendhal meurt \u00e0 deux heures du matin, le 23 mars 1842.<\/p>\n<p>LES OBS\u00c8QUES DE BEYLE.<br \/>Stendhal lui-m\u00eame avait indiqu\u00e9 qu\u2019il d\u00e9sirait \u00eatre enterr\u00e9 \u00ab au cimeti\u00e8re d\u2019Andilly (vall\u00e9e de Montmorency), et, si cela est trop cher, au cimeti\u00e8re de Montmartre\u2026\u00a0\u00bb. Finalement c\u2019est l\u2019emplacement de Paris qui est retenu par son ex\u00e9cuteur testamentaire Romain Coulomb [1784-1858], son cousin et confident.<\/p>\n<p>Le jeudi 24 mars, un service religieux est effectu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise de l\u2019Assomption, chapelle de l&rsquo;ancien couvent des Filles de l&rsquo;Assomption, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019angle de la rue de Saint-Honor\u00e9 et de la rue Cambon. C\u2019est cette \u00e9glise qui, en 1844, sera attribu\u00e9e \u00e0 la Mission polonaise.<\/p>\n<p>Puis le cercueil est conduit au cimeti\u00e8re de Montmartre. L\u2019inhumation a lieu apr\u00e8s midi, sur un emplacement, en pleine terre, situ\u00e9 dans la dix-huiti\u00e8me division. Le tombeau modeste est surmont\u00e9 d\u2019une urne portant les initiales H. B., tandis qu\u2019une plaque de marbre porte grav\u00e9e l\u2019inscription Arrigo Beyle\/ Milanese,\/ Scrisse, Visse,\/ Amo.\/ 1783-1842.<\/p>\n<p>L\u2019HOMMAGE INTIME DE PROSPER M\u00c9RIM\u00c9E.<br \/>On conna\u00eet l\u2019\u00e9trange opuscule de seize pages, publi\u00e9 par Prosper M\u00e9rim\u00e9e, en octobre 1850, huit ans plus tard, sans nom d\u2019auteur, sous le simple titre H. B.<\/p>\n<p>Ni \u00ab Tombeau \u00bb, trop pompeux, qui impliquerait sans doute la collaboration d\u2019autres auteurs, ni \u00ab Consolation \u00bb inappropri\u00e9e, et trop proche d\u2019une sensibilit\u00e9 larmoyante, si \u00e9loign\u00e9e et de Stendhal et de M\u00e9rim\u00e9e, cette plaquette imprim\u00e9e \u00e0 Paris, par la Typographie de Firmin Didot fr\u00e8res, au 56 de la rue Jacob, les imprimeurs de l\u2019Institut, vise, \u00e9crit l\u2019auteur, \u00e0 rapporter simplement des impressions et des souvenirs\u00a0: \u00ab Chaque fois j\u2019ai senti que nous avions manqu\u00e9 \u00e0 quelque chose, sinon envers le mort, du moins envers nous-m\u00eames. J\u2019\u00e9cris les pages suivantes pour suppl\u00e9er \u00e0 ce que nous ne f\u00eemes point aux fun\u00e9railles de Beyle. Je veux partager avec quelques-uns de ses amis mes impressions et mes souvenirs \u00bb.<br \/>Tirage confidentiel puisque limit\u00e9 \u00e0 vingt-cinq exemplaires, dont semble-t-il, M\u00e9rim\u00e9e distribue confidentiellement aux amis communs seulement dix-sept exemplaires, en br\u00fblant, dit-il, les autres&#8230;. Et en ajoutant \u00e0 chaque fois le libell\u00e9 entier des noms cit\u00e9s simplement, prudemment, par une initiale.<br \/>D\u00e8s lors, des copies manuscrites circulent. Puis, une \u00e9dition clandestine [ex\u00e9cut\u00e9e par Auguste Poulet-Malassis \u00e0 Alen\u00e7on] voit le jour en 1857, une autre [ex\u00e9cut\u00e9e par aussi par Poulet-Malassis, cette fois \u00e0 Bruxelles] en 1864, sans que ces publications aient re\u00e7ues l\u2019aval de M\u00e9rim\u00e9e.<\/p>\n<p>IL N\u2019Y E\u00dbT POINT DE DISCOURS.<br \/>Sur les obs\u00e8ques, M\u00e9rim\u00e9e indique seulement qu\u2019il n\u2019y e\u00fbt point de discours. <br \/>\u00ab Nous nous y trouv\u00e2mes, dit-il, trois et si mal pr\u00e9par\u00e9s que nous ignorions ses derni\u00e8res volont\u00e9s \u00bb. Et ces trois sont n\u00e9cessairement M\u00e9rim\u00e9e lui-m\u00eame, et Romain Colomb [1784-1858], son cousin, son confident et son ex\u00e9cuteur testamentaire. Quant au troisi\u00e8me il n\u2019est pas impossible que ce soit Ivan Sergeevi\u010d Tourgueniev, ami lui aussi et de Stendhal et de M\u00e9rim\u00e9e.<\/p>\n<p>1888. LA S\u00c9PULTURE DE STENDHAL \u00c0 L&rsquo;OMBRE DU VIADUC.<br \/>L&#8217;emplacement actuel de la tombe, dans la trenti\u00e8me division du cimeti\u00e8re de Montmartre, ne correspond donc pas \u00e0 l&#8217;emplacement initial dans la dix-huiti\u00e8me division qui perdure jusqu&rsquo;au 23 mars 1962.<\/p>\n<p>C&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1888, un viaduc m\u00e9tallique, dont la construction est commenc\u00e9e en 1887, vient enjamber le cimeti\u00e8re sur un peu plus de cent-cinquante m\u00e8tres, prolongeant ainsi la rue Caulaincourt. <br \/>Inaugur\u00e9e le 16 d\u00e9cembre 1888, et soutenu par six colonnes en fonte, imitant le style dorique, cette construction surplombe une s\u00e9rie de tombes plac\u00e9es dans la dix-septi\u00e8me et la dix-huiti\u00e8me division. La s\u00e9pulture de Stendhal se retrouve ainsi \u00e0 l&rsquo;ombre du viaduc.<\/p>\n<p>1892. UNE PREMI\u00c8RE RESTAURATION.<br \/>Le temps faisant son \u0153uvre, la tombe de Stendhal est peu \u00e0 peu abandonn\u00e9e et d\u00e9labr\u00e9e. \u00c0 tel point qu\u2019Auguste Ch\u00e9ramy [1840-1912], homme de lettres et collectionneur d\u2019art, futur \u00e9diteur avec Adolphe Paupe [1854-1917] de la Correspondance de Stendhal, estime vers 1890, qu\u2019il est temps de reconstruire ce modeste monument fun\u00e9raire. <br \/>Le professeur Casimir Stryiensky [1853-1912], qui vient d\u2019\u00e9diter pour la premi\u00e8re fois, la m\u00eame ann\u00e9e, en 1890, chez Charpentier, La Vie de Henri Brulard, est associ\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise.<br \/>Une petite souscription faite seulement parmi des amis, \u00ab sans faire de bruit ni de r\u00e9clame \u00bb, recueille plus de deux mille francs, aupr\u00e8s d\u2019une petite quarantaine de contributeurs, parmi lesquelles se distinguent quelques c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s\u00a0: Maurice Barr\u00e8s, Paul Bourget, Ludovic Hal\u00e9vy, Calman L\u00e9vy, Spoelberch de Lovenjoul, Henri Meilhac, Francisque Sarcey. <br \/>Cela d\u00e9bouche sur la c\u00e9r\u00e9monie du 19 juin 1892, c\u00e9l\u00e9brant Stendhal, relative \u00e0 l\u2019inauguration du Monument fun\u00e9raire d\u2019Henry Beyle. Les discours d\u2019usage, subtils et \u00e9mouvants, ont bien lieu. Avec un pronostic d\u2019Auguste Ch\u00e9ramy qu\u2019on peut rappeler\u00a0: \u00ab Ce monument \u00e9lev\u00e9 cinquante ans apr\u00e8s la mort d\u2019Henri Beyle, par ses amis de 1892, et o\u00f9 vous retrouverez l\u2019\u00e9pitaphe italienne qu\u2019il avait compos\u00e9e lui-m\u00eame, ce monument durera bien un demi-si\u00e8cle, et quand il aura subi d\u2019une fa\u00e7on trop marqu\u00e9e les atteintes du temps, il se retrouvera d\u2019autres stendhaliens pour recommencer ce que nous venons de faire aujourd\u2019hui \u00bb.<\/p>\n<p>1962. UN NOUVEL EMPLACEMENT.<br \/>Il est vrai que les stendhaliens de 1892 ne s\u2019\u00e9taient gu\u00e8re inqui\u00e9t\u00e9s du tout nouveau viaduc m\u00e9tallique prolongeant la rue Caulaincourt, enjambant le cimeti\u00e8re sur un peu plus de cent-cinquante m\u00e8tres et mettant ainsi, depuis presque quatre ans d\u00e9j\u00e0, le tombeau de leur h\u00e9ros \u00e0 l\u2019ombre.<\/p>\n<p>Mais, en 1962, les amis posthumes de Stendhal s\u2019\u00e9meuvent enfin de cet emplacement. Ils entreprennent sous l\u2019impulsion de l\u2019infatigable Victor Del Litto [1911-2004], directeur du Stendhal Club, de faire d\u00e9m\u00e9nager la s\u00e9pulture.<\/p>\n<p>Le d\u00e9placement a lieu le vendredi 23 mars 1962, date strictement anniversaire de la mort de Stendhal, survenue cent vingt ans plus t\u00f4t.<br \/>S\u00fbrement \u00e9mouvante, mais tr\u00e8s t\u00f4t dans la matin\u00e9e, la translation est d\u2019abord discr\u00e8te. Le magazine Lire, en 1996, retranscrit le t\u00e9moignage de Victor Del Litto\u00a0: \u00ab \u00c0 7 heures du matin [\u2026], nous \u00e9tions quatre, le conservateur du cimeti\u00e8re, le commissaire de police du XVIII\u00e8me arrondissement, ma femme et moi. Ce qui restait de Stendhal, le bas de la m\u00e2choire et un tibia, le tout recouvert d\u2019une poussi\u00e8re gris\u00e2tre, a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 dans une petite bo\u00eete et transport\u00e9 dans le nouvel emplacement \u00bb.<\/p>\n<p>Plus solennelle, la c\u00e9r\u00e9monie se poursuit, dans la matin\u00e9e, \u00e0 partir de 9 heures, avec une soixantaine de personnes, \u00e0 l\u2019appel de l\u2019Association des Amis de Stendhal, cr\u00e9\u00e9e en cette occasion\u00a0: et l\u2019apr\u00e8s-midi se prolonge, \u00e0 partir de 15 heures, par une s\u00e9ance d\u2019\u00e9tudes \u00e0 la Sorbonne, salle Liard, faisant l\u2019objet, comme il va de soi, d\u2019un Recueil des communications, publi\u00e9 chez Droz, et qu\u2019il est toujours possible, pour les amoureux fervents de Stendhal de consulter en biblioth\u00e8que.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A plusieurs reprises, et avec quelques variantes, Stendhal griffonne le  texte de l&rsquo;&eacute;pitaphe, qu&rsquo;il imagine convenir &agrave; son tombeau. 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