{"id":2068,"date":"2023-01-09T20:08:51","date_gmt":"2023-01-09T19:08:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/?p=2068"},"modified":"2023-01-09T20:11:43","modified_gmt":"2023-01-09T19:11:43","slug":"diogene-ou-les-flatteurs-comme-des-corbeaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philosophie\/diogene-ou-les-flatteurs-comme-des-corbeaux.html","title":{"rendered":"Diog\u00e8ne, ou les Flatteurs comme des Corbeaux"},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;illustration est parfaitement lisible. Pour le moins, l&rsquo;immense tonneau l&rsquo;indique sans ambigu\u00eft\u00e9 : le vieillard nu et barbu, avec un reste \u00e9pars de cheveux blanchis, et qui, bien que tout ensanglant\u00e9, se maintient debout, se prot\u00e9geant bras \u00e0 demi-lev\u00e9s de l&rsquo;attaque des oiseaux, c&rsquo;est bien l&rsquo;illustre philosophe. Comme le confirme la suscription, \u00e0 droite, tout en bas, dans une orthographe vieillie : Dyogenes.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/diogene.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2071\" srcset=\"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/diogene.jpeg 401w, https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/diogene-188x300.jpeg 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est donc une bonne id\u00e9e d&rsquo;avoir choisi la reproduction de ce tableau &#8211; faisant partie des collections du Mus\u00e9e Cond\u00e9, \u00e0 Chantilly &#8211; pour couverture d&rsquo;un recueil de &lt; Fragments et t\u00e9moignages > se rapportant aux Cyniques grecs, recueil compos\u00e9 par le philosophe qu\u00e9b\u00e9cois L\u00e9once Paquet [1932-2017], r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en France, en 1992, dans le Livre de Poche [collection Classiques de la philosophie, n\u00b0 4614].<br>D&rsquo;autant que le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 Diog\u00e8ne [texte proprement dit et notes] n&rsquo;occupe pas moins de soixante pages, soit environ le tiers du livre.<\/p>\n\n\n\n<p>DIOG\u00c8NE GR\u00c2CE \u00c0 DIOG\u00c8NE.<br>Les hasards des noms propres font que la source principale de notre connaissance de Diog\u00e8ne de Sinope [\u0394\u03b9\u03bf\u03b3\u03ad\u03bd\u03b7\u03c2 \u1f41 \u03a3\u03b9\u03bd\u03c9\u03c0\u03b5\u03cd], qui v\u00e9cut en 413-323 av. J.-C., se trouve dans un des chapitres [Livre VI. Les Philosophes cyniques] de l&rsquo;ouvrage du doxographe Diog\u00e8ne La\u00ebrce [\u0394\u03b9\u03bf\u03b3\u03ad\u03bd\u03b7\u03c2 \u039b\u03b1\u03ad\u03c1\u03c4\u03b9\u03bf\u03c2], r\u00e9dig\u00e9 en grec [\u03a6\u03b9\u03bb\u03bf\u03c3\u03cc\u03c6\u03c9\u03bd \u03b2\u03af\u03c9\u03bd \u03ba\u03b1\u1f76 \u03b4\u03bf\u03b3\u03bc\u03ac\u03c4\u03c9\u03bd \u03c3\u03c5\u03bd\u03b1\u03b3\u03c9\u03b3\u03ae], et traduit g\u00e9n\u00e9ralement en fran\u00e7ais sous le titre : Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, datant du troisi\u00e8me si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.<br>Pr\u00e8s de six cents ans d&rsquo;\u00e9cart entre la vie du philosophe, n\u00e9 \u00e0 Sinope dans un port de la mer Noire, qui v\u00e9cut \u00e0 Ath\u00e8nes et qui est mort \u00e0 Corinthe, et son biographe, n\u00e9 lui aussi hors la Gr\u00e8ce continentale, dans une colonie d&rsquo;Asie mineure, en Cilicie !<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;histoire du livre, on sait que le texte grec de Vies, doctines et sentences, est rapport\u00e9 dans des manuscrits [Naples. Biblioteca Nazionale, III.B.29] du XII \u00e8me ; [Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana (Laurentianus pluteus), plut. 69.13 ] du XIII \u00e8me si\u00e8cle ; du XIV \u00e8me si\u00e8cle [Paris, gr.&nbsp;1758, ff. 4r-203r ].<br>L&rsquo;\u00e9dition princeps, en grec, est celle de l&rsquo;imprimeur-libraire J\u00e9r\u00f4me Froben [B\u00e2le, 1533]. Une traduction latine voit le jour avec Ambrogio Traversari [Rome, c.1472]. Enfin une premi\u00e8re traduction fran\u00e7aise para\u00eet gr\u00e2ce \u00e0 Fran\u00e7ois de Fougerolles [Lyon, mars 1601].<\/p>\n\n\n\n<p>SANS LE BRIC \u00c0 BRAC HABITUEL.<br>On suivra ici, pas \u00e0 pas le texte en fran\u00e7ais, avec ses r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises. Diog\u00e8ne La\u00ebrce, \u00e9tant transcrit entre crochets D.L. avec le nombre indiqu\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9dition de L\u00e9once Paquet.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on revient \u00e0 cette couverture, malg\u00e9 tout un tant soit peu myst\u00e9rieuse, on constate qu&rsquo;un seul attribut est utlis\u00e9 : le tonneau [pithos]. \u00ab Il avait \u00e9crit \u00e0 quelqu&rsquo;un de lui trouver une maisonnette : comme ce dernier tardait \u00e0 le faire, Diog\u00e8ne \u00e9tablit sa demeure [\u00e0 Ath\u00e8nes] dans un tonneau pr\u00e8s du M\u00e9tr\u00f4on [le temple de la M\u00e9re des Dieux, \u1fec\u03ad\u03b1-\u039a\u03c5\u03d0\u03ad\u03bb\u03b7], comme lui-m\u00eame le raconte clairement dans ses lettres \u00bb [D.L., VI, 23].<br>En sachant d&rsquo;ailleurs que le &lt; tonneau &gt; est un anachronisme. Et qu&rsquo;il conviendrait mieux de traduire \u03c0\u03af\u03b8\u03bf\u03c2 par jarre.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pas de manteau [trib\u00f4n]. \u00ab Il fut le premier, d&rsquo;apr\u00e8s certains, \u00e0 doubler son manteau, car il devait aussi y dormir envelopp\u00e9 \u00bb [D.L., VI, 22].<br>Pas de besace [sakkos], avec un bout de corde pour courroie. \u00ab Il portait, en outre, une besace dans laquelle se trouvaient ses vivres \u00bb [D.L., VI, 22].<br>Pas de b\u00e2ton [rhabdos]. \u00ab Diog\u00e8ne s&rsquo;\u00e9cria un jour : &lt; Oh\u00e9 ! des hommes ! &gt; &#8211; des gens s&rsquo;assembl\u00e8rent aussit\u00f4t, mais il les repoussa de son b\u00e2ton en disant &lt; J&rsquo;ai demand\u00e9 des hommes, pas des d\u00e9chets &gt; \u00bb [D.L., VI, 31].<br>Pas de chien [kyn\u00f3s]. \u00ab Quel sorte de chien es-tu ? &gt; lui demandait-on. &lt; Quand j&rsquo;ai faim, dit-il, je suis un maltais ; repu, je suis un molosse &#8211; deux races dont la plupart des gens font l&rsquo;\u00e9loge mais qu&rsquo;ils n&rsquo;osent suivre \u00e0 la chasse de peur de l&rsquo;effort \u00bb [D.L., VI, 55]. Pas de lanterne [phan\u00f3s]. \u00ab En plein jour, lampe allum\u00e9e en main, il se promenait \u00e7a et l\u00e0 en disant &lt; Je cherche un homme &gt; \u00bb [D.L., VI, 40].<br>Pas d&#8217;empereur Alexandre \u00ab [Diog\u00e8ne] prenait le soleil au Cran\u00e9ion [gymnase situ\u00e9 aux portes de Corinthe]. Survint Alexandre qui lui dit, en se tenant debout devant lui &lt; Demande-moi ce que tu veux &gt; &lt; Arr\u00eate de me faire de l&rsquo;ombre &gt; r\u00e9pliqua Diog\u00e8ne \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>LE SURPLUS DES CORBEAUX ET DES BLESSURES.<br>Ici, dans le d\u00e9cor paisible d&rsquo;une campagne arbor\u00e9e toute proche de la cit\u00e9, et de son large fleuve, une douzaine de corbeaux sont en train d&rsquo;attaquer Diog\u00e8ne. Des blessures sanguignolantes sur le cr\u00e2ne, sur le torse et les bras donnent l&rsquo;id\u00e9e de la violence de l&rsquo;assaut.<br>L&rsquo;attitude de Diog\u00e8ne, totalement nu, si ce n&rsquo;est un simple p\u00e9rizonium, ne montrant aucune crainte, semble \u00eatre celle d&rsquo;un homme voulant seulement, mains ouvertes, sans se plaindre, porter devant tous t\u00e9moignage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l&rsquo;iconographie concernant Diog\u00e8ne cette repr\u00e9sentation est rare. Peut-\u00eatre m\u00eame est-elle unique.<br>Mais que faire pour que nous puissions entendre ce que, devant nos yeux, le tableau met en sc\u00e8ne ?<br>Il nous faut quitter l&rsquo;image et aller au texte. Non pas tant d\u00e9chiffrer ce qui est \u00e9crit, mais plut\u00f4t \u00e9couter avec des oreilles attentives, le texte lu \u00e0 haute voix, dans sa langue d&rsquo;origine, le grec, tel que le parlait dans une colonie lointaine Diog\u00e8ne le cynique, au IV \u00e8me si\u00e8cle av. J.-C., ou pour le moins, tel que le parlait aussi son historiographe Diog\u00e8ne La\u00ebrce, au troisi\u00e8me si\u00e8cle ap. J.-C.<\/p>\n\n\n\n<p>CORBEAUX ET JEUX DE MOTS.<br>On sait que les grecs, m\u00eame dans leurs textes philosophiques, sont friands de jeux de mots. Ceux qui, pimentant le texte, lui donnant de la profondeur, ou pointant une situation d\u00e9risoire, rel\u00e8vent soit d&rsquo;une approximation sonore, soit mieux encore ceux qui rel\u00e8vent de la simple, mais efficace, permutation de deux lettres. Les linguistes, reprenant le terme grec, parleraient entre eux de &lt; paronomase &gt;, pour cette figure de style consistant \u00e0 rapprocher dans une m\u00eame sentence des mots [des paronymes] comportant des sonorit\u00e9s semblables mais ayant des sens diff\u00e9rents. On songe au contrepet ou encore au bon calembour.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous faut donc rechercher, plus largement que dans Diog\u00e8ne seulement, mais mieux encore dans l&rsquo;ensemble du corpus cynique, la pr\u00e9sence de corbeaux, en gardant dans son oreille, le son du mot, en grec : \u00ab Corax \u00bb.<br>Corax, si proche de Colax. Juste une lettre \u00e0 permuter. On y est : on a maintenant, avec &lt; Colax &gt; le mot qui d\u00e9signe le flatteur. Le flatteur, que la morale cynique consid\u00e8re comme plus dangereux encore que le corbeau qui vient para\u00eet-il becqueter la chair des cadavres.<\/p>\n\n\n\n<p>ANTISTH\u00c8NE EST LE PREMIER \u00c0 RAPPROCHER FLATTEURS ET CORBEAUX.<br>C&rsquo;est l&rsquo;Ath\u00e9nien Antisth\u00e8ne [c.440-c.370 av J.-C.], disciple de Socrate, que l&rsquo;on consid\u00e8re comme le fondateur de l&rsquo;\u00c9cole cynique et du m\u00eame coup comme le ma\u00eetre de Diog\u00e8ne, qui lance la formule : il vaudrait mieux tomber en proie aux corbeaux [coraxas] que sous la griffe des flatteurs [colaxas]. Ceux-l\u00e0 [les corbeaux] s&rsquo;attaquent aux cadavres, ceux-ci [les flatteurs] d\u00e9vorent les vivants.<br>\u00ab \u039a\u03c1\u03b5\u1fd6\u03c4\u03c4\u03bf\u03bd \u1f14\u03bb\u03b5\u03b3\u03b5, \u03ba\u03b1\u03b8\u03ac \u03c6\u03b7\u03c3\u03b9\u03bd \u1f19\u03ba\u03ac\u03c4\u03c9\u03bd \u1f10\u03bd \u03c4\u03b1\u1fd6\u03c2 \u03a7\u03c1\u03b5\u03af\u03b1\u03b9\u03c2 \u03b5\u1f30\u03c2 \u03ba\u03cc\u03c1\u03b1\u03ba\u03b1\u03c2 \u1f22 \u03b5\u1f30\u03c2 \u03ba\u03cc\u03bb\u03b1\u03ba\u03b1\u03c2 \u1f10\u03bc\u03c0\u03b5\u03c3\u03b5\u1fd6\u03bd \u03bf\u1f31 \u03bc\u1f72\u03bd \u03b3\u1f70\u03c1 \u03bd\u03b5\u03ba\u03c1\u03bf\u03cd\u03c2, \u03bf\u1f31 \u03b4\u1f72 \u03b6\u1ff6\u03bd\u03c4\u03b1\u03c2 \u1f10\u03c3\u03b8\u03af\u03bf\u03c5\u03c3\u03b9\u03bd \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>CRAT\u00c8S D\u00c9NONCE AUSSI LES FLATTEURS.<br>Selon la tradition instaur\u00e9e par Diog\u00e8ne La\u00ebrce, historien tardif de la philosophie antique, l&rsquo;Ath\u00e9nien Crat\u00e8s [365-285 av. J.-C.], qui s&rsquo;affranchit de tous ses biens pour vivre dans la pauvret\u00e9 selon l&rsquo;exigence cynique, est un disciple de Diog\u00e8ne.<br>Ausi trouve-t&rsquo;on \u00e9galement, dans les textes qui lui sont attribu\u00e9s, une valorisation de la franchise, faisant de la v\u00e9rit\u00e9 la valeur supr\u00eame, valorisation allant de pair avec une d\u00e9nonciation de la flatterie, forme sociale du mensonge, apparent\u00e9 \u00e0 la fausset\u00e9.<br>Ainsi cette formule : \u00ab Ceux qui n&rsquo;ont pour amis que des flatteurs, sont aussi seuls dans le p\u00e9ril, que les brebis parmi les loups, parce qu&rsquo;ils ne les accompagnent que pour les manger \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>UNE GUIRLANDE SANS FIN.<br>Une fois enclanch\u00e9e, la d\u00e9nonciation de la flatterie n&rsquo;a de cesse. Il y a une kyrielle de noms d&rsquo;auteurs pouvant se mettre bout \u00e0 bout, chacun y allant de sa critique de cette esp\u00e8ce de fourberie. Reproche s&rsquo;exprimant aussi chez les grands moralistes et les penseurs.<br>Plutarque, au premier si\u00e8cle, dissertant longuement sur &lt; la mani\u00e8re de discerner un flatteur d&rsquo;avec un ami &gt;. En sachant combien Plutarque aura d&rsquo;influence dans le monde moderne des lettr\u00e9s, gr\u00e2ce notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9dition grecque des Oeuvres morales, par le moine byzantin Maxime Planude, et plus tardivement, dans la seconde moiti\u00e9 du XVI \u00e8me si\u00e8cle, gr\u00e2ce aux fameuses traductions de Jacques Amyot, en langue vulgaire.<br>Dante, au d\u00e9but du XIV \u00e8me si\u00e8cle, au chant XVIII de l&rsquo;Enfer. Ce qui donne naissance \u00e0 cette enluminure du manuscrit italien 2017 f 216, o\u00f9 l&rsquo;on voit l&rsquo;auteur v\u00eatu de bleu, avec son bonnet rouge, accompagn\u00e9 de Virgile, et se pin\u00e7ant le nez alors qu&rsquo;il est sur un pont surplombant le fleuve de merde o\u00f9, condamn\u00e9s, se noient flatteurs et flagorneurs.<br>Machiavel, au XVI \u00e8me si\u00e8cle, usant de sa dialectique au chapitre XXIII du Prince, pour expliquer &lt; comment on doit fuir les flatteurs dont les cours sont toujours remplies &gt;.<br>Ou encore, le dramaturge Ben Jonson, au d\u00e9but du XVII \u00e8me si\u00e8cle, qui entoure le rus\u00e9 Volpone de personnages perdant tout sens de l&rsquo;honneur pour s&#8217;emparer de son h\u00e9ritage d\u00e8s sa mort suppos\u00e9e prochaine : l&rsquo;avocat Voltore [le vautour] ; le vieux gentihomme Corbaccio [la corneille], pr\u00eat \u00e0 d\u00e9sh\u00e9riter son propre fils ; le marchand Corvino [le corbeau], pr\u00eat \u00e0 offrir son \u00e9pouse.<\/p>\n\n\n\n<p>UN \u00c9CHO LOINTAIN CHEZ ATH\u00c9N\u00c9E DE NAUCRATIS.<br>C&rsquo;est sans doute avec Ben Jonson, son fieff\u00e9 renard de Volpone et les noms attibu\u00e9s aux diff\u00e9rents personnages, que s&rsquo;exprime pour la derni\u00e8re fois le rapprochement entre le flatteur et le corbeau.<br>C&rsquo;est que l&rsquo;usage du grec ancien se perdant, le jeu de mots a fini par \u00eatre oubli\u00e9 : ni Plutarque, ni Dante, ni Machiavel n&rsquo;y font allusion. On ne le retrouvera plus que chez les compilateurs de bons mots et d&rsquo;apophtegmes, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui on ne lit plus gu\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est par ce biais que le jeu de mots reposant sur la ressemblance sonore de deux mots, \u00e0 une lettre pr\u00e8s [corax et colax] va pourtant continuer \u00e0 s&rsquo;entendre bien au del\u00e0 du IV \u00e8me si\u00e8cle avant J.-C., p\u00e9riode o\u00f9, venant pour l&rsquo;essentiel des colonies grecques de l&rsquo;Asie mineure, s&rsquo;\u00e9panouit \u00e0 Ath\u00e8nes la virulente doctrine cynique.<br>Et ce, gr\u00e2ce au rappel qu&rsquo;en fait Ath\u00e9n\u00e9e de Naucratis, dans le livre VI de son ouvrage le Banquet des sophistes [Deipnosophistes] extravagante compilation compos\u00e9e en grec \u00e0 Rome, \u00e0 la toute fin du II \u00e8me si\u00e8cle ap. J.-C., et traduite tardivement en fran\u00e7ais en 1680. Livre VI, o\u00f9 tout un long passage est consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9nonciation des parasites et des flatteurs.<br>\u00ab Diog\u00e8ne disait tr\u00e8s bien \u00e0 cet \u00e9gard qu&rsquo;il vaut mieux aller aux coraques qu&rsquo;au colaques qui d\u00e9vorent tout vifs les meilleurs citoyens \u00bb.<br>Avec en note du traducteur : \u00ab Je conserve ces mots grecs , dont l&rsquo;un signifie corbeau, l&rsquo;autre flatteur. L&rsquo;auteur veut dire que les corbeaux \u00e9dvorent les morts, tandis que les flatteurs d\u00e9vorent les vivants \u00bb. Il vaut mieux s&rsquo;exposer aux corbeaux plut\u00f4t qu&rsquo;aux flatteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>SITOGRAPHIE.<br>https:\/\/turquie-culture.fr\/pages\/histoire\/anecdotes-recits\/diogene-le-cynique-a-sinop.html<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00c9ONCE PAQUET.<br>L\u00e9once Paquet [1932-2017]. Pr\u00eatre catholique. Professeur de philosophie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 St-Paul \u00e0 Ottawa pendant vingt-et-un ans, puis au Scolasticat Yves Plumey \u00e0 Yaound\u00e9 au Cameroun pendant cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Publie en :<br>1975 : Les Cyniques grecs. Fragments et t\u00e9moignages [Ottawa. \u00c9ditions de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Ottawa. Collection Philosophica, n\u00b035. In-8. 1975].<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" start=\"1988\">\n<li>Nouvelle \u00e9dition revue, corrig\u00e9e et augment\u00e9e. In-8, 365 p., 1988] Table des mati\u00e8res. Bibliographie. Index des auteurs anciens. Index analytique.<\/li>\n\n\n\n<li>Deuxi\u00e8me tirage de la deuxi\u00e8me \u00e9dition.&nbsp;<\/li>\n\n\n\n<li>L&rsquo;\u00e9dition canadienne de 1990 est reprise par Le Livre de Poche, collection Classiques de la philosophie, sous le titre analogue : Les Cyniques grecs. Fragments et t\u00e9moignages. Avec un Avant-Propos de Marie Odile Goulet-Caz\u00e9. [Paris. In-8, 392 p., 1992].&nbsp;<br>Couverture illustr\u00e9e : Diog\u00e8ne attaqu\u00e9 par les oiseaux. \u00c9cole fran\u00e7aise, XV \u00e8me si\u00e8cle.<br>Le chapitre 2, pages 49-100, est consacr\u00e9 \u00e0 Diog\u00e8ne [Vie et \u0153uvres ; Autres t\u00e9moignages].<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour le moins, l&rsquo;immense tonneau l&rsquo;indique sans ambigu\u00eft\u00e9 : le vieillard nu et barbu, avec un reste \u00e9pars de cheveux blanchis, et qui, bien que tout ensanglant\u00e9, se maintient debout, se prot\u00e9geant bras \u00e0 demi-lev\u00e9s de l&rsquo;attaque des oiseaux, c&rsquo;est bien l&rsquo;illustre philosophe. 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