{"id":204,"date":"2012-01-25T18:36:14","date_gmt":"2012-01-25T18:36:14","guid":{"rendered":""},"modified":"2012-01-25T18:36:14","modified_gmt":"2012-01-25T18:36:14","slug":"Saint-Simon-Cousin-Jouffroy-la-rencontre-legendaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Saint-Simon-Cousin-Jouffroy-la-rencontre-legendaire.html","title":{"rendered":"Saint-Simon, Cousin, Jouffroy : la rencontre l\u00e9gendaire"},"content":{"rendered":"<div><em>Il y a peu de convergences entre le spiritualisme conservateur de Victor Cousin, soutien philosophique de l&rsquo;orl&eacute;anisme politique, et la pens&eacute;e de Saint-Simon, apologiste du r&egrave;gne de la production pour tous, qui ouvre la voie &agrave; une des conceptions possibles du socialisme.&nbsp;Aussi le dialogue improbable des deux penseurs peut-il &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme l&eacute;gendaire.<\/em><\/div><!--more--><div>L&rsquo;ANECDOTE DE LA RENCONTRE L&Eacute;GENDAIRE.<\/div><div>&lt; Son go&ucirc;t pr&eacute;coce [celui de Jouffroy] pour l&rsquo;histoire, pour la politique, son talent d&rsquo;&eacute;crivain l&rsquo;avaient fait recommander, tout jeune encore, &agrave; Saint-Simon, pour lui servir de secr&eacute;taire. Je ne sais par quelles circonstances Augustin Thierry lui fut pr&eacute;f&eacute;r&eacute;. Que serait-il arriv&eacute; si notre jeune philosophe f&ucirc;t devenu le collaborateur du c&eacute;l&egrave;bre socialiste ? Ses destin&eacute;es auraient peut-&ecirc;tre &eacute;t&eacute; diff&eacute;rentes, mais son bon sens et sa belle &acirc;me n&rsquo;auraient s&ucirc;rement pas souffert, et il n&rsquo;aurait jamais &eacute;t&eacute; aussi loin que son ma&icirc;tre en fait de bizarreries sp&eacute;culatives et pratiques. En voici une entre autres que je tiens de la bouche m&ecirc;me de ce disciple manqu&eacute; ; elle vaut la peine d&rsquo;&ecirc;tre rapport&eacute;e.<\/div><div>Un jour qu&rsquo;il se promenait au Jardin du Luxembourg avec Cousin, ils furent abord&eacute;s par ce messie du XIX&egrave;me si&egrave;cle qui, s&rsquo;adressant &agrave; Cousin en le prenant par le bouton de son habit, lui dit d&rsquo;un ton illumin&eacute; :&nbsp;<\/div><div>&#8211;<span style=\"white-space: pre\" class=\"Apple-tab-span\"><\/span>&laquo; Savez-vous mon cher Cousin, que je suis un second J&eacute;sus-Christ ?<\/div><div>&#8211;<span style=\"white-space: pre\" class=\"Apple-tab-span\"><\/span>Parbleu, je le crois bien ; et moi aussi &raquo; r&eacute;pliqua Cousin d&rsquo;un air s&eacute;rieux.<\/div><div>Saint-Simon tout stup&eacute;fait en voyant qu&rsquo;il pouvait y avoir plus d&rsquo;un second J&eacute;sus-Christ, ou qu&rsquo;on pouvait douter qu&rsquo;il le fut, quitta brusquement son interlocuteur sans plus mot dire &gt;.<\/div><div><br \/><\/div><div>LE T&Eacute;MOIGNAGE DE JOSEPH TISSOT.<\/div><div>C&rsquo;est Joseph Tissot [1801-1876], professeur de philosophie &agrave; la Facult&eacute; des Lettres de Dijon, comme charg&eacute; de cours [1836-1839], puis comme professeur titulaire [1839-1870], doyen de la Facult&eacute; [1868-1870], qui rapporte le premier cette anecdote.<\/div><div>&Eacute;crivain prolifique [soixante-six entr&eacute;es dans le catalogue de la Biblioth&egrave;que nationale de France], habitu&eacute; des concours propos&eacute;s par les soci&eacute;t&eacute;s savantes, c&rsquo;est en 1875, sur la fin de sa vie, que Joseph Tissot fait para&icirc;tre : Th. Jouffroy. Sa vie et ses &eacute;crits, par J. Tissot, professeur honoraire de la Facult&eacute; des lettres de Dijon, correspondant de l&rsquo;Institut, membre de l&rsquo;Acad&eacute;mie de Dijon, etc. [Paris : Librairie acad&eacute;mique. Didier et Cie, libraires-&eacute;diteurs, 35, quai des Augustins. In-8, 192 p., 1875].<\/div><div>Avec, sur la page de titre, une citation en latin des Pontiques d&rsquo;Ovide.<\/div><div>L&rsquo;ouvrage est imprim&eacute; &agrave; Dijon : imprimerie de Daranti&egrave;re. H&ocirc;tel du Parc.<\/div><div><br \/><\/div><div>JOSEPH TISSOT ET TH&Eacute;ODORE JOUFFROY.<\/div><div>L&rsquo;anecdote de cette rencontre &agrave; trois : Saint-Simon, Jouffroy, Cousin est la seule que rapporte Joseph Tissot dans son ouvrage sur Th&eacute;odore Jouffroy.<\/div><div>Mais il d&eacute;clare la tenir de Jouffroy lui-m&ecirc;me. Tissot l&rsquo;a connu, non pas comme beaucoup de personnes, dans le cours donn&eacute; dans l&rsquo;appartement de Jouffroy, entre 1823 et 1828, et auquel &nbsp;ont assist&eacute; Charles Tanneguy Duch&acirc;tel [1803-1867], futur conseiller d&rsquo;&Eacute;tat et ministre de l&rsquo;Int&eacute;rieur ; Ludovic Vitet [1802-1873], futur Inspecteur g&eacute;n&eacute;ral des monuments historiques de France ; le critique litt&eacute;raire Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] ; H&eacute;bert ; Jean Philibert Damiron [1794-1862], futur professeur d&#39;Histoire de la philosophie moderne &agrave; la Facult&eacute; des Lettres de Paris ; Eug&egrave;ne Lerminier [1803-1857], futur professeur d&rsquo;Histoire g&eacute;n&eacute;rale et philosophique des l&eacute;gislations compar&eacute;es au coll&egrave;ge de France ; &nbsp;Hippolyte Carnot [1801-1888], futur ministre de l&rsquo;Instruction publique et des cultes ; Eug&egrave;ne Burnouf [1801-1852], futur orientaliste ; etc.<\/div><div><br \/><\/div><div>Joseph Tissot, alors &acirc;g&eacute; de vingt-sept ans, et qui pr&eacute;pare son agr&eacute;gation de philosophie, obtenue en 1831, a suivi les cours de Th&eacute;odore Jouffroy, au d&eacute;but 1829, &agrave; la Facult&eacute; des Lettres de Paris, alors que ce dernier, en remplacement de Jean-Baptiste Maugras [1762-1830], est devenu le suppl&eacute;ant de Charles Millon [1754-1839], premier titulaire de la chaire d&rsquo;Histoire de la philosophie ancienne depuis 1814.<\/div><div><br \/><\/div><div>SELON GOUHIER, ANECDOTE VRAISEMBLABLE.<\/div><div>L&rsquo;historien de la philosophie Henri Gouhier [1898-1994], dans le troisi&egrave;me tome de La Jeunesse d&rsquo;Auguste Comte et la formation du positivisme, paru en 1941, [Paris : Librairie philosophique J. Vrin ] examine la vraisemblance de cette anecdote.<\/div><div>Ce tome trois de ce monumental ouvrage est consacr&eacute; aux relations entre Auguste Comte et Saint-Simon.&nbsp;<\/div><div><br \/><\/div><div>Henri Gouhier estime que Saint-Simon devient l&rsquo;ami de jeunes universitaires en 1813, ou m&ecirc;me &agrave; la fin de 1813, date qui lui para&icirc;t pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; 1812 [trop t&ocirc;t] et &agrave; 1814 [trop tard].<\/div><div>Il pense m&ecirc;me que Saint-Simon, alors &acirc;g&eacute; de cinquante-trois ans, a pu assister &lt; &agrave; quelques le&ccedil;ons dans la nouvelle &Eacute;cole normale&gt;, dont la premi&egrave;re promotion d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves, s&eacute;lectionn&eacute;e par des Inspecteurs g&eacute;n&eacute;raux, est entr&eacute;e en octobre 1810, pour suivre en pensionnaires une scolarit&eacute; de deux ans.&nbsp;<\/div><div>&lt; Ce serait assez conforme &agrave; ses habitudes. Rien n&rsquo;emp&ecirc;cherait &nbsp;de dire &nbsp;qu&rsquo;il rencontra Victor Cousin, r&eacute;p&eacute;titeur de grec depuis la rentr&eacute;e 1812, car une anecdote sans date, mais certainement post&eacute;rieure, les montre s&rsquo;entretenant sur un ton familier &gt; [Henri Gouhier. Page 77].<\/div><div>Et Henri Gouhier, en note, cite une partie du texte de Joseph Tissot.<\/div><div><br \/><\/div><div>SAINT-SIMON ET JOUFFROY.<\/div><div>Saint-Simon conna&icirc;t Th&eacute;odore Jouffroy. On sait qu&rsquo;en 1814, Claude Henri de Saint-Simon recherche un secr&eacute;taire, et que Th&eacute;odore Jouffroy [1796-1842], alors &eacute;l&egrave;ve &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole normale, lui a &eacute;t&eacute; recommand&eacute; pour remplir cette fonction.&nbsp;<\/div><div>Mais finalement c&rsquo;est Augustin Thierry [1795-1856], lui aussi ancien &eacute;l&egrave;ve de l&rsquo;Ecole normale [1811], qui est pr&eacute;f&eacute;r&eacute;, d&rsquo;autant qu&rsquo;il est libre de son temps, ayant achev&eacute; sa scolarit&eacute; et &eacute;tant de retour &agrave; Paris, apr&egrave;s avoir enseign&eacute; pendant un an &agrave; Compi&egrave;gne [1813-1814]. Alors qu&rsquo;en 1814, Th&eacute;odore Jouffroy n&rsquo;a pas achev&eacute; ses &eacute;tudes &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole normale.<\/div><div><br \/><\/div><div>AUTOUR DE 1817.<\/div><div>On peut raisonnablement retenir la date de 1817, pour cette rencontre &agrave; trois : Claude Henri de Saint-Simon, Victor Cousin, Th&eacute;odore Jouffroy.<\/div><div>Disons m&ecirc;me juin-juillet 1817. Plus tard, apr&egrave;s la fin de juillet 1817, la rencontre n&rsquo;est plus possible : Victor Cousin a quitt&eacute; la France pour un premier et long voyage en Allemagne, de fin juillet &agrave; mi-novembre.&nbsp;<\/div><div>Apr&egrave;s novembre, il fait trop froid pour se promener au Luxembourg ; tout au moins Victor Cousin serait d&eacute;crit avec sa houppelande, alors que Saint-Simon, dans l&rsquo;anecdote rapport&eacute;e par Joseph Tissot, peut saisir le bouton d&rsquo;un habit.<\/div><div><br \/><\/div><div>L&rsquo;&eacute;t&eacute; 1820, serait une date impossible. Cette fois c&rsquo;est Th&eacute;odore Jouffroy qui n&rsquo;est pas &agrave; Paris. On sait avec certitude que l&#39;&eacute;t&eacute; 1820 Paul Fran&ccedil;ois Dubois [1793-1874], qui a &eacute;t&eacute; le condisciple de Jouffroy &agrave; l&#39;&Eacute;cole normale, se rend aux Pontets pour le rencontrer. Ils partent ensemble voyager &agrave; pied vers la Suisse : Ferney, Coppet, Gen&egrave;ve, Lausanne, Yverdon, &nbsp;Neufch&acirc;tel&hellip;<\/div><div>Et que Victor Cousin s&rsquo;entretienne au Luxembourg avec Th&eacute;odore Jouffroy, en juin-juillet 1817, quoi de plus normal ! On conna&icirc;t Cousin comme un familier de ce jardin peu &eacute;loign&eacute; de son domicile de la rue d&rsquo;Enfer, infatigable marcheur, gesticulant et parlant d&rsquo;une voix forte. Et Th&eacute;odore Jouffroy, sa th&egrave;se de doctorat ayant &eacute;t&eacute; soutenue en ao&ucirc;t 1816, doit commencer un enseignement &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole normale o&ugrave; il est d&rsquo;abord nomm&eacute; r&eacute;p&eacute;titeur [1817-1818], puis sera, l&rsquo;ann&eacute;e suivante, charg&eacute; d&rsquo;une ma&icirc;trise de conf&eacute;rences pour la philosophie [1818-1822]. On imagine bien Victor Cousin donnant des conseils &agrave; son ancien &eacute;l&egrave;ve devenu, par ses soins, son coll&egrave;gue.<\/div><div>&nbsp;<\/div><div>ERIC FAUQUET ET LA REPRISE DE L&rsquo;ANECDOTE.<\/div><div>Pour introduire son intervention sur &lt; Cousin homo theologico-politicus &gt; prononc&eacute;e &agrave; la Journ&eacute;e d&rsquo;&eacute;tudes de Lyon, de novembre 1996, le professeur des Universit&eacute;s en langue et litt&eacute;rature fran&ccedil;aises, Eric Fauquet reprend l&rsquo;anecdote de Joseph Tissot, rapport&eacute;e en 1875, et transmise par Henri Gouhier en 1941.&nbsp;<\/div><div><br \/><\/div><div>Il utilise bien s&ucirc;r, pour introduire la citation, la formule litt&eacute;raire si bienveillante &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des intellectuels, ses pairs, qui sont toujours suppos&eacute;s savoir, tout savoir, ou presque : &lt; On conna&icirc;t l&rsquo;anecdote de la premi&egrave;re et derni&egrave;re rencontre &gt;&hellip;<\/div><div>Et Eric Fauquet commente plaisamment la situation : &lt; Sur ce ton et de cet air de s&eacute;rieux imperturbables que pouvait prendre entre tous les tons et tous les airs ce grand professeur [Cousin], ce mime &laquo;bergamasque &raquo; (disait Lamartine), faisant mentir l&rsquo;apophtegme qui dit que deux augures ne peuvent se regarder sans rire &raquo;.<\/div><div>[Cit&eacute; dans E. Fauquet. Cousin homo theologico-politicus : philologie, philosophie, histoire litt&eacute;raire. Paris : Ed. Kim&eacute;. In-8, 230 p., 1997].<\/div><div><br \/><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div><em>Il y a peu de convergences entre le spiritualisme conservateur de Victor Cousin, soutien philosophique de l&rsquo;orl&eacute;anisme politique, et la pens&eacute;e de Saint-Simon, apologiste du r&egrave;gne de la production pour tous, qui ouvre la voie &agrave; une des conceptions possibles du socialisme.&nbsp;Aussi le dialogue improbable des deux penseurs peut-il &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute; comme l&eacute;gendaire.<\/em><\/div>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-204","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philo-du-xixe-en-france-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=204"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}