{"id":1751,"date":"2020-11-30T19:36:11","date_gmt":"2020-11-30T18:36:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/?p=1751"},"modified":"2020-11-30T19:36:13","modified_gmt":"2020-11-30T18:36:13","slug":"custine-marquis-astolphe-de-1790-1857-autoportrait-romantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/divers\/varia\/custine-marquis-astolphe-de-1790-1857-autoportrait-romantique.html","title":{"rendered":"Custine, marquis Astolphe de, (1790\u20131857), autoportrait romantique."},"content":{"rendered":"\n<p>En 1925, le comte Albert de Lupp\u00e9 [1893-1970], tirant des archives de sa famille de larges extraits, \u00e9dite et publie des Lettres in\u00e9dites d\u2019Adolphe de Custine au marquis de La Grange. C\u2019est dans une de ces lettres, que le marquis Astolphe de Custine [1790\u20131857], militaire et diplomate, alors \u00e2g\u00e9 de vingt-huit ans, dresse de lui-m\u00eame un portrait complexe marqu\u00e9 par tous les traits d\u2019un romantisme tardif.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Impuissant \u00e0 mener \u00e0 bien l\u2019investigation psychologique de soi, l\u2019auteur, saisi par la violence des contradictions qui s\u2019affrontent en lui, \u00e9prouve un sentiment aigu d\u2019inach\u00e8vement. L\u2019unit\u00e9 primitive est perdue. La vie est un songe, l\u2019\u00eatre humain est une \u00e9nigme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Depuis que je suis au monde, mon \u00eatre est une \u00e9nigme qu\u2019aucun c\u0153ur n\u2019a devin\u00e9e, qu\u2019aucun esprit n\u2019a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, et que je puis expliquer moins que personne. Quelquefois, je me reproche de penser trop \u00e0 moi, et je me dis que tous les hommes seraient de m\u00eame, s\u2019ils s\u2019observaient autant ; mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cet abus de r\u00e9flexion que je ne puis \u00e9viter, et qui me caract\u00e9rise. Je vis comme un torrent, qui, au lieu de remplir son lit, creuse un ab\u00eeme \u00e0 sa source et s\u2019y pr\u00e9cipite en tourbillon. Je suis vou\u00e9 \u00e0 une tristesse inn\u00e9e, qui vient sans doute des contradictions de ma nature. Je suis violent et inactif, j\u2019ai l\u2019\u00e2me passionn\u00e9e et paresseuse ; avide de tout, je demeure indiff\u00e9rent \u00e0 tout, inactif \u00e0 regret, et, cependant, ennemi de tout effort. La vie pour moi n\u2019est qu\u2019un songe, et mes jours ne sont marqu\u00e9s que par la perte des illusions. Je me tire de cet \u00e9tat par un calme, par un aplomb qui ne sont qu\u2019apparents ; mais cette apparence m\u00eame m\u2019est utile, et mon \u00e2me s\u2019aide de ce qu\u2019on la croit pour devenir ce qu\u2019elle devrait \u00eatre. Je souffre plus que je puis dire de mon caract\u00e8re incomplet. Rien n\u2019est un, rien n\u2019est achev\u00e9, ni dans mon c\u0153ur, ni dans mon esprit ; et si vous me connaissiez \u00e0 fond, vous apercevriez partout des lacunes et des disparates. Mon \u00e2me ne conna\u00eet point sa force ; je n\u2019ai v\u00e9cu qu\u2019avec une partie de moi-m\u00eame. Le reste attend, pour \u00e9clore, un soleil plus propice \u2026 Mon plus grand mal, c\u2019est de n\u2019avoir jamais aim\u00e9 comme j\u2019\u00e9tais capable de le faire, comme je sens que je le suis encore. Indiff\u00e9rent sans froideur, je br\u00fble d\u2019un feu sans objet, qui me d\u00e9vore, faute d\u2019aliment. Si j\u2019avais pu me vouer uniquement au bonheur d\u2019un autre, vivre tout entier dans un \u00eatre ador\u00e9, m\u2019oublier, me perdre dans une vie plus c\u00e9leste, plus pure que la mienne, quelle qu\u2019en e\u00fbssent \u00e9t\u00e9 les suites, je serais moins malheureux. J\u2019aurais, du moins, employ\u00e9 toute mon \u00e2me ! ! Mais exister \u00e0 si peu de frais, quand on est si riche, et, cependant, se fatiguer, s\u2019user, mourir comme si l\u2019on avait d\u00e9pens\u00e9 sa vie, c\u2019est une esp\u00e8ce d\u2019avarice morale qui fait mon supplice. Tout sentiment, toute affection qui vient \u00e0 mon secours dans ce d\u00e9nuement, me para\u00eet un ange consolateur, une voix c\u00e9leste qui m\u2019exhorte \u00e0 la patience, au courage, en me rappelant mes droits \u00e9ternels au bonheur et \u00e0 la vie. J\u2019ai renonc\u00e9 depuis longtemps \u00e0 rencontrer l\u2019\u00eatre id\u00e9al qui pourrait m\u2019en faire jouir dans ce monde. D\u2019ailleurs, il ne m\u2019est peut-\u00eatre pas donn\u00e9 d\u2019\u00e9prouver sur la terre toute la puissance de mon \u00e2me ; et mes m\u00e9comptes ne viennent que de ce que j\u2019applique \u00e0 une sph\u00e8re born\u00e9e des facult\u00e9s pr\u00e9par\u00e9es pour l\u2019infini. Si l\u2019on n\u2019avait qu\u2019un but, qu\u2019un besoin ! Mais l\u2019unit\u00e9, source de toute vie, se subdivise, se multiplie en tant de branches, se prend en tant de d\u00e9tours dans ce monde, qu\u2019on l\u2019oublie, qu\u2019on la m\u00e9conna\u00eet, et qu\u2019on finit par la nier \u00bb.<br>Lettre du marquis Astolphe de Custine au marquis de La Grange en date du 27 juillet 1818.<br>Publi\u00e9e dans les Lettres in\u00e9dites d\u2019Adolphe de Custine au marquis de La Grange.<br>[Paris : Les Presses fran\u00e7aises, collection Biblioth\u00e8que romantique, n\u00b09. In-12, [IX]-XXXVI-163 p., 1925].<\/p>\n\n\n\n<p>SOURCE.<br>https:\/\/data.bnf.fr\/fr\/11898340\/astolphe_de_custine\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1925, le comte Albert de Lupp\u00e9 [1893-1970], tirant des archives de sa famille de larges extraits, \u00e9dite et publie des Lettres in\u00e9dites d\u2019Adolphe de Custine au marquis de La Grange. C\u2019est dans une de ces lettres, que le marquis Astolphe de Custine [1790\u20131857], militaire et diplomate, alors \u00e2g\u00e9 de vingt-huit ans, dresse de lui-m\u00eame un portrait complexe marqu\u00e9 par tous les traits d\u2019un romantisme tardif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[41],"tags":[],"class_list":["post-1751","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-varia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1751","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1751"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1751\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1752,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1751\/revisions\/1752"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1751"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1751"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1751"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}