{"id":148,"date":"2011-01-05T08:42:30","date_gmt":"2011-01-05T08:42:30","guid":{"rendered":""},"modified":"2011-01-05T08:42:30","modified_gmt":"2011-01-05T08:42:30","slug":"Pierre-Daunou-au-college-de-France-critique-de-Victor-Cousin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/Victor-cousin\/Pierre-Daunou-au-college-de-France-critique-de-Victor-Cousin.html","title":{"rendered":"Pierre Daunou, au coll\u00e8ge de France, critique de Victor Cousin"},"content":{"rendered":"<em>En mai 1828, le th&egrave;me de &laquo; la philosophie de l&#39;histoire &raquo; est &eacute;voqu&eacute; en France par le philosophe Victor Cousin [1792-1867], dans la chaire d&#39;Histoire de la philosophie moderne &agrave; la Facult&eacute; des Lettres de Paris. Mais cet enseignement, teint&eacute; d&#39;h&eacute;g&eacute;lianisme, est critiqu&eacute; par l&#39;historien Pierre Daunou [1761-1840] titulaire de la chaire d&#39;Histoire et morale au coll&egrave;ge de France [1819-1830].<\/em><!--more--><p>&nbsp;<\/p><p>VICTOR COUSIN RETROUVE SON ENSEIGNEMENT.<br \/>Suppl&eacute;ant de Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845] dans la chaire d&rsquo;Histoire de la philosophie moderne &agrave; la Facult&eacute; des Lettres de Paris, en d&eacute;cembre 1815, le jeune Victor Cousin, &agrave; peine &acirc;g&eacute; de vingt-huit ans, est &eacute;cart&eacute; de son enseignement &agrave; la rentr&eacute;e universitaire 1820-1821, et ceci pour plusieurs ann&eacute;es.<br \/>C&#39;est seulement en 1828, lorsque le minist&egrave;re de Jean-Baptiste Sylv&egrave;re Gaye, vicomte de Martignac [1778-1832] remplace le minist&egrave;re Vill&egrave;le et alors que le magistrat Henri de Vatimesnil [1789-1860], devient grand-Ma&icirc;tre de l&#39;Universit&eacute; [f&eacute;vrier 1828], que Victor Cousin retrouve son enseignement. <br \/>D&#39;enseignant suppl&eacute;ant, en d&eacute;cembre 1815, Victor Cousin devient professeur-adjoint, par arr&ecirc;t&eacute; du 5 mars 1828.<br \/>Les cours reprennent le jeudi 17 avril, et tous les jeudis suivants, pour treize s&eacute;ances, jusqu&#39;au 17 juillet 1828. <br \/><br \/>LE CONTENU DE L&#39;ENSEIGNEMENT DE V. COUSIN.<br \/>L&#39;enseignement de Victor Cousin, ind&eacute;pendamment d&#39;une &eacute;dition fascicule par fascicule, le&ccedil;on apr&egrave;s le&ccedil;on, fait l&#39;objet d&#39;un livre : <br \/>Cours de philosophie, par V. Cousin, professeur de philosophie &agrave; la Facult&eacute; des lettres de Paris. Introduction &agrave; l&rsquo;histoire de la philosophie. [Paris&nbsp;: Pichon et Didier, &eacute;diteurs, libraires-commissionnaires, successeurs de B&eacute;chet ain&eacute;, quai des Augustins, n&deg;47. In-8. Pagination multiple, cours par cours, pour les treize le&ccedil;ons. 1828]. <br \/>Comporte un Avis des &eacute;diteurs [pages V-VII] ; &nbsp;une Table analytique des mati&egrave;res contenues dans ce volume, pour les treize le&ccedil;ons [une erreur mat&eacute;rielle fait que la treizi&egrave;me le&ccedil;on est intitul&eacute;e douzi&egrave;me le&ccedil;on].<br \/><br \/>Cette &eacute;dition rassemble le texte des treize le&ccedil;ons&nbsp;: <br \/>Premi&egrave;re le&ccedil;on, jeudi 17 avril 1828 : Id&eacute;e de la philosophie, pages 3-32. <br \/>Deuxi&egrave;me le&ccedil;on, jeudi 24 avril 1828 : Perp&eacute;tuit&eacute; de la philosophie, pages 3-40. <br \/>Troisi&egrave;me le&ccedil;on : mardi 29 avril&nbsp;1828 : De l&rsquo;histoire de la philosophie, pages 3-32. <br \/>Quatri&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 8 mai 1828&nbsp;: De la m&eacute;thode psychologique dans l&rsquo;histoire, pages 3-40. <br \/>Cinqui&egrave;me le&ccedil;on : mercredi 21 mai 1828&nbsp;: Id&eacute;es fondamentales de l&rsquo;histoire, pages 3-43. <br \/>Sixi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 29 mai 1828&nbsp;: Des grandes &eacute;poques de l&rsquo;histoire, pages 3-40. <br \/>Septi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 5 juin 1828&nbsp;: Du plan de l&rsquo;histoire, pages 3-40. <br \/>Huiti&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 12 juin 1828&nbsp;: Du r&ocirc;le de la g&eacute;ographie dans l&rsquo;histoire, Pages 3-27.<br \/>Neuvi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 19 juin 1828&nbsp;: Des peuples, pages 3-47. <br \/>Dixi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 26 juin 1828&nbsp;: Les grands hommes, pages 3-40.<br \/>Onzi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 3 juillet 1828&nbsp;: Des historiens de l&rsquo;humanit&eacute;, pages 3-39. <br \/>Douzi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 10 juillet 1828&nbsp;: Des historiens de la philosophie, pages 3-48. <br \/>Treizi&egrave;me le&ccedil;on : jeudi 17 juillet 1828&nbsp;: De la philosophie du XIX &egrave;me si&egrave;cle, pages 3-47.<br \/><br \/>LA CRITIQUE DE PIERRE DAUNOU.<br \/>On voit que ce sont dans les le&ccedil;ons du 21 mai 1828 [Id&eacute;es fondamentales de l&rsquo;histoire] ; et les le&ccedil;ons suivantes, jusqu&#39;au 26 juin, que V. Cousin aborde le th&egrave;me de la philosophie de l&#39;histoire.<br \/>Mais au m&ecirc;me moment, l&#39;historien Pierre Daunou [1761-1840], ancien Garde g&eacute;n&eacute;ral des Archives, d&eacute;put&eacute; du Finist&egrave;re, titulaire de la chaire d&#39;Histoire et morale au coll&egrave;ge de France [1819-1830], une trentaine d&#39;ann&eacute;es plus &acirc;g&eacute;, consacre une de ses le&ccedil;ons &agrave; la critique des th&egrave;ses de Cousin. <br \/>On dispose comme t&eacute;moignage l&#39;article de compte-rendu paru dans le journal Le Lyc&eacute;e, premier tome au chapitre M&eacute;langes, pages 258-267.<br \/>Un assez long texte sign&eacute; F. N., intitul&eacute;: De la Philosophie de l&rsquo;histoire &laquo; &Agrave; propos des le&ccedil;ons de MM. Cousin et Daunou &raquo; traite, dans un &eacute;tat d&#39;esprit de conciliation tout &agrave; fait &eacute;clectique, de l&#39;opposition des points de vue des deux hommes.<br \/>On en trouvera ci-dessous le texte int&eacute;gral.<br \/><br \/>&Agrave; PROPOS DES LE&Ccedil;ONS DE MM. COUSIN ET DE DAUNOU.<br \/>&laquo; A propos des le&ccedil;ons de MM. Cousin et Daunou.<br \/>S&rsquo;il est une chose qui doive nous faire bien esp&eacute;rer de l&rsquo;avenir, c&rsquo;est le mouvement qui commence &agrave; se manifester dans l&rsquo;enseignement sup&eacute;rieur. Gr&acirc;ce au pouvoir, qui reste neutre autant qu&rsquo;il doit l&rsquo;&ecirc;tre, les opinions contraires descendent aujourd&rsquo;hui dans la lice, sans autre appui que la v&eacute;rit&eacute; qu&rsquo;elles contiennent ou le talent qui les professe. La physiologie est aux prises avec la psychologie, l&rsquo;id&eacute;alisme avec le sensualisme, l&rsquo;autorit&eacute; avec l&rsquo;esprit d&rsquo;examen ; et dans l&rsquo;histoire m&ecirc;me, dans le domaine des faits, plusieurs banni&egrave;res s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent, port&eacute;es par des chefs illustres. Il est des gens qui tremblent &agrave; la seule pens&eacute;e de cette m&ecirc;l&eacute;e intellectuelle o&ugrave; se trouve engag&eacute; ce que la France a de plus cher et de plus &eacute;clair&eacute;. La Quotidienne surtout n&rsquo;a pas assez de larmes pour d&eacute;plorer un tel malheur ; elle y voit la Tour de Babel ou la fin du monde. <br \/><br \/>[LA VERTU DE LA DISCUSSION].<br \/>Quant &agrave; nous, nous y voyons avec plaisir, d&rsquo;une part, une preuve de libert&eacute;, de l&rsquo;autre, l&rsquo;&eacute;tat naturel des choses et la marche ordinaire de l&rsquo;esprit humain. La v&eacute;rit&eacute;, comme tout le reste, ne s&rsquo;obtient que par le travail ; et le travail qui conduit &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, c&rsquo;est la discussion. Que la jeunesse, qui assiste &agrave; ces combats, se f&eacute;licite d&rsquo;&ecirc;tre n&eacute;e dans un temps o&ugrave; de pareilles luttes sont permises et n&rsquo;entra&icirc;nent aucun danger ; qu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve au niveau de ces discussions par de fortes et laborieuses &eacute;tudes ; qu&rsquo;elle cherche dans les cours, non pas un spectacle et un plaisir, mais un aliment pour la pens&eacute;e ; qu&rsquo;elle ne se pr&eacute;cipite vers aucun syst&egrave;me ; qu&rsquo;elle &eacute;coute, qu&rsquo;elle r&eacute;fl&eacute;chisse et qu&rsquo;elle attende : un jour peut-&ecirc;tre son r&ocirc;le, &agrave; elle, sera de faire sortir la v&eacute;rit&eacute; des d&eacute;bats qui nous divisent aujourd&rsquo;hui. <br \/><br \/>[L&#39;AFFRONTEMENT DES DEUX TEMP&Eacute;RAMENTS].<br \/>Parmi ces d&eacute;bats, l&rsquo;un de ceux qui excitent le plus la curiosit&eacute; publique est celui qui vient de s&rsquo;&eacute;lever, sur la th&eacute;orie de l&rsquo;histoire, entre deux professeurs de notre &eacute;poque, tous deux &eacute;galement recommandables, mais par des qualit&eacute;s oppos&eacute;es. L&rsquo;un, par la nature de ses &eacute;tudes et de ses go&ucirc;ts, est sans cesse port&eacute; vers les id&eacute;es g&eacute;n&eacute;rales et vit pour ainsi dire dans l&rsquo;abstraction ; l&rsquo;autre, par une cons&eacute;quence de sa position, comme par la pente de son esprit, se tient dans les faits et n&rsquo;en veut point sortir. Celui-ci, avec son imagination audacieuse et son incroyable besoin de savoir, rejette quelquefois l&rsquo;exp&eacute;rience, comme un instrument impuissant, et demande &agrave; une m&eacute;thode plus hardie des r&eacute;sultats plus &eacute;tendus ; celui-l&agrave;, essentiellement positif dans ses proc&eacute;d&eacute;s, n&rsquo;a foi que dans ce qu&rsquo;il a vu, et ne veut d&rsquo;autre base pour ce qu&rsquo;il sait qu&rsquo;une observation rigoureuse. <br \/><br \/>[LA JEUNESSE ARDENTE versus LA VIEILLESSE VIGOUREUSE].<br \/>A l&rsquo;un, &acirc;me ardente et enthousiaste, le champ de la science para&icirc;t sans limite, et il n&rsquo;est point de terre inconnue qu&rsquo;il n&rsquo;ait l&rsquo;ambition de conqu&eacute;rir ; &agrave; l&rsquo;autre, esprit prudent et r&eacute;serv&eacute;, il se pr&eacute;sente de toute part des obstacles insurmontables, et son &oelig;il n&rsquo;aspire point &agrave; voir au-del&agrave; d&rsquo;un modeste horizon. Le premier, vivement frapp&eacute; par les objets, trouve soudainement les mots n&eacute;cessaires pour les peindre, et anime d&rsquo;un souffle po&eacute;tique les id&eacute;es les plus abstraites ; le second doit au travail et &agrave; la r&eacute;flexion l&rsquo;heureux choix de ses mots, la d&eacute;duction savante de ses phrases ; il expose sa pens&eacute;e sans figures, sans mouvement oratoire, avec autant de calme qu&rsquo;il l&rsquo;a con&ccedil;ue. Enfin, pour compl&eacute;ter le contraste, l&rsquo;un, arr&ecirc;t&eacute; quelque temps par des circonstances f&acirc;cheuses, aborde aujourd&rsquo;hui une carri&egrave;re pleine d&rsquo;avenir, dans toute la force de la jeunesse et du talent, tandis que l&rsquo;autre jouit, dans une vieillesse encore vigoureuse, de l&rsquo;estime et de la reconnaissance due aux travaux pass&eacute;s. Ainsi tout diff&egrave;re entre ces deux hommes, &eacute;tudes, m&eacute;thodes, langage, position ; tout, hors la bonne foi, l&rsquo;amour de la v&eacute;rit&eacute; et la fermet&eacute; d&rsquo;un caract&egrave;re &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve des mauvais jours. C&rsquo;est l&agrave; ce que la jeunesse r&eacute;v&egrave;re en eux, plus encore que le savoir ; c&rsquo;est par l&agrave; qu&rsquo;en professant des doctrines oppos&eacute;es, ils ont droit tous deux &agrave; l&rsquo;attention et &agrave; la confiance publique. <br \/><br \/>[COUSIN ET L&#39;HISTOIRE PHILOSOPHIQUE DU GENRE HUMAIN]. <br \/>L&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re, M. Cousin, embrassant en peu de temps un immense sujet, a fait &agrave; grands traits l&rsquo;histoire philosophique du genre humain. Le professeur a laiss&eacute; de c&ocirc;t&eacute; les d&eacute;tails, pour s&rsquo;&eacute;lever &agrave; une th&eacute;orie universelle. Il a compos&eacute; une sorte d&rsquo;histoire id&eacute;ale, &eacute;ternelle, n&eacute;cessaire, o&ugrave; tournent, comme dans un cercle unique, les histoires r&eacute;elles et particuli&egrave;res de tous les si&egrave;cles et de toutes les nations. L&rsquo;histoire, a-t-il dit, n&rsquo;est que le d&eacute;veloppement de l&rsquo;humanit&eacute;. Or quels sont les &eacute;l&eacute;ments de l&rsquo;humanit&eacute; ? Il y en a cinq, et il ne peut y en avoir ni plus ni moins. Ce sont l&rsquo;industrie, les lois, les arts, la religion et la philosophie, ou, en d&rsquo;autres termes, l&rsquo;utile, le juste, le beau, le saint et le vrai. Mais dans ces cinq sph&egrave;res d&rsquo;activit&eacute;, dont tel est l&rsquo;ordre progressif, le genre humain a toujours en permanence les trois &eacute;l&eacute;ments fondamentaux de la conscience ou du sentiment int&eacute;rieur, qui sont l&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;infini, celle du fini, et celle du rapport de l&rsquo;infini au fini. Le fini embrasse le moi et le non moi, et comprend tout ce qui est ph&eacute;nom&egrave;ne, effet, chose contingente, relative et diverse. L&rsquo;infini est un, absolu, n&eacute;cessaire ; il renferme toutes les causes et toutes les substances. Quant au rapport de l&rsquo;infini au fini, M. Cousin n&rsquo;en a point, ce nous semble, expliqu&eacute; la nature : il s&rsquo;est content&eacute; d&rsquo;en constater l&rsquo;existence, croyant sans doute que, deux objets &eacute;tant connus, il en r&eacute;sulte n&eacute;cessairement la connaissance du rapport qui les unit. Ces trois id&eacute;es, continue M. Cousin, infini, fini, rapport de l&rsquo;infini au fini, sont les trois lois de la raison ; nul ne peut avoir une pens&eacute;e qui ne rentrer dans une de ces cat&eacute;gories ; et l&rsquo;homme seul agissant dans l&rsquo;histoire, l&rsquo;histoire ne peut contenir au fond que ces trois id&eacute;es. <br \/><br \/>[L&#39;ORIENT, LA GR&Egrave;CE, LE MONDE MODERNE].<br \/>On compte ainsi trois &eacute;poques, ni plus ni moins : l&rsquo;&eacute;poque de l&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;infini, celle de l&rsquo;id&eacute;e du fini, et celle de l&rsquo;id&eacute;e du rapport du fini &agrave; l&rsquo;infini. L&rsquo;&eacute;poque de l&rsquo;infini, c&rsquo;est l&rsquo;histoire, encore si peu connue, de l&rsquo;Orient : l&agrave;, rien ne marche, rien ne change ; tout est immobile, envelopp&eacute; ; point de h&eacute;ros ; l&rsquo;esp&egrave;ce humaine semble anonyme. L&rsquo;&eacute;poque du fini, c&rsquo;est l&rsquo;histoire de la Gr&egrave;ce et de Rome : l&agrave;, tout se remue, tout change, tout avance ; des physionomies individuelles se d&eacute;tachent de la foule ; les h&eacute;ros donnent leurs noms aux si&egrave;cles et aux pays. L&rsquo;&eacute;poque du rapport du fini &agrave; l&rsquo;infini, c&rsquo;est l&rsquo;histoire moderne : l&agrave; le professeur n&rsquo;a pas plus d&eacute;fini les faits qui expriment ce rapport qu&rsquo;il n&rsquo;avait d&eacute;fini le rapport lui-m&ecirc;me. Poussant son syst&egrave;me jusqu&rsquo;&agrave; la derni&egrave;re rigueur, il a cru voir dans la g&eacute;ographie physique, dans le th&eacute;&acirc;tre des histoires diverses, la division naturelle des trois &eacute;poques. <br \/><br \/>[LA G&Eacute;OGRAPHIE DE L&#39;HISTOIRE].<br \/>L&rsquo;id&eacute;e de l&rsquo;infini devait dominer sur les hauts plateaux de l&rsquo;Asie centrale. La M&eacute;diterran&eacute;e, les &icirc;les de l&rsquo;Archipel, les c&ocirc;tes si bien d&eacute;coup&eacute;es de la Gr&egrave;ce et de l&rsquo;Italie appelaient n&eacute;cessairement l&rsquo;id&eacute;e du fini, du mouvement, de la vari&eacute;t&eacute;. Enfin l&rsquo;id&eacute;e du rapport devait r&eacute;gner l&agrave; o&ugrave; il y a &agrave; la fois de hautes montagnes qui s&eacute;parent les peuples, des fleuves et des mers int&eacute;rieures qui les rapprochent, dans l&rsquo;Europe moderne. Ainsi, tout peuple repr&eacute;sente une id&eacute;e ; et cette id&eacute;e, il l&rsquo;exprime successivement par l&rsquo;industrie, par les lois, par les arts, par la religion et par la philosophie. Aussit&ocirc;t qu&rsquo;un peuple arrive dans l&rsquo;histoire, il vient r&eacute;aliser une id&eacute;e &agrave; laquelle il est vou&eacute;. Quand son id&eacute;e aura fait son temps, il dispara&icirc;tra, vaincu par un rival qui repr&eacute;sentera une autre id&eacute;e. De l&agrave; les guerres : elles sont n&eacute;cessaires et contribuent aux progr&egrave;s de la soci&eacute;t&eacute; ; en toute bataille, deux id&eacute;es sont en pr&eacute;sence, et l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement n&rsquo;est jamais que ce qu&rsquo;il doit &ecirc;tre pour le triomphe de la v&eacute;rit&eacute; et le plus grand bien du genre humain. L&agrave;, M. Cousin, tout en concevant la compassion qui s&rsquo;attache aux vaincus, tout en rendant lui-m&ecirc;me un &eacute;clatant hommage &agrave; la bonne foi du dernier Brutus, a proclam&eacute;, avec une &eacute;loquence po&eacute;tique et presque guerri&egrave;re, la l&eacute;gitimit&eacute; de la gloire et la moralit&eacute; du succ&egrave;s.<br \/><br \/>[DAUNOU AU COLL&Egrave;GE DE FRANCE]. <br \/>Voil&agrave; o&ugrave; en &eacute;taient les choses, quand, au commencement du mois dernier, M. Daunou est mont&eacute; en chaire au coll&egrave;ge de France. Il a cru devoir, en sa qualit&eacute; de professeur de morale et d&rsquo;histoire, dire sa pens&eacute;e sur le syst&egrave;me historique de M. Cousin. Il a r&eacute;fut&eacute; ce syst&egrave;me ; et sa r&eacute;futation, quelle qu&rsquo;en soit d&rsquo;ailleurs la valeur logique, est un mod&egrave;le de r&eacute;serve et d&rsquo;urbanit&eacute;. Apr&egrave;s avoir pass&eacute; rapidement en revue les philosophes qui ont ouvert la voie &agrave; M. Cousin, Wesseling, Vico, Kant, et quelques autres : &ldquo;Je me h&acirc;te, a-t-il dit, d&rsquo;arriver &agrave; l&rsquo;appr&eacute;ciation d&rsquo;un autre syst&egrave;me qui est digne de toute notre attention ; il appartient &agrave; la France ; il surpasse en profondeur tous ceux dont nous venons de parler ; et d&rsquo;ailleurs il a &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute; avec tant d&rsquo;&eacute;loquence que tous ceux m&ecirc;me qui ne peuvent l&rsquo;adopter lui doivent l&rsquo;hommage d&rsquo;un studieux examen &rdquo;.<br \/><br \/>[LES FAITS R&Eacute;SISTENT AUX PRINCIPES].<br \/>La premi&egrave;re critique de M. Daunou s&rsquo;adresse &agrave; ce rapport du fini &agrave; l&rsquo;infini dont M. Cousin a fait le troisi&egrave;me &eacute;l&eacute;ment fondamental de la conscience. Il se plaint que ce rapport n&rsquo;ait pas &eacute;t&eacute; d&eacute;fini avec pr&eacute;cision, et nous avouons que la critique nous para&icirc;t fond&eacute;e. M. Daunou reproche aussi &agrave; son adversaire de ne pas avoir d&eacute;montr&eacute; assez rigoureusement l&rsquo;application des principes aux faits r&eacute;els de l&rsquo;histoire. &ldquo; Les id&eacute;es de fini et d&rsquo;infini, a dit le professeur, s&rsquo;&eacute;l&egrave;vent &agrave; une telle distance des int&eacute;r&ecirc;ts particuliers et mat&eacute;riels qui arment deux peuples l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, qu&rsquo;il n&rsquo;e&ucirc;t pas &eacute;t&eacute; superflu de nous apprendre de quel c&ocirc;t&eacute; on se battait pour l&rsquo;une ou pour l&rsquo;autre au champ d&rsquo;Arbelles, de Mantin&eacute;e, de Pharsale, de Bouvines et d&rsquo;Azincourt. Quant &agrave; l&rsquo;id&eacute;e du rapport que les deux id&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes auraient entre elles, le r&ocirc;le qu&rsquo;une conception si abstraite, si d&eacute;li&eacute;e, si vaporeuse jouerait dans les batailles, dans les guerres, dans les conqu&ecirc;tes, serait une merveille plus inconcevable qu&rsquo;aucune de celles que les historiens racontent &rdquo;. Nous sommes encore ici de l&rsquo;avis de M. Daunou ; et, tout en reconnaissant que M. Cousin a &eacute;t&eacute; press&eacute; par le temps et r&eacute;duit peut-&ecirc;tre malgr&eacute; lui &agrave; ne poser que des principes, nous regrettons vivement que les exemples aient si souvent manqu&eacute;. Puisqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;histoire, les faits devaient &ecirc;tre interrog&eacute;s avec le plus de rigueur et de clart&eacute; possible. Plus la pens&eacute;e du professeur &eacute;tait neuve et hardie, plus elle devait s&rsquo;appuyer sur des exemples pr&eacute;cis. <br \/><br \/>[LA PLACE DU HASARD DANS L&#39;HISTOIRE].<br \/>L&rsquo;id&eacute;e dominante du syst&egrave;me de M. Cousin &eacute;tait la n&eacute;cessit&eacute; qui d&eacute;termine l&rsquo;ordre et la dur&eacute;e des diff&eacute;rentes &eacute;poques de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est l&agrave; ce que M. Daunou a combattu le plus fortement. &ldquo; Quoi qu&rsquo;on fasse, a-t-il dit, il restera toujours dans le tableau des causes et des effets un grand nombre de points inaccessibles aux pr&eacute;voyances et &agrave; la sagacit&eacute; des esprits les plus exerc&eacute;s. Le mot de hasard subsistera dans nos fastes, comme dans nos relations usuelles, exprimant partout et &agrave; chaque instant notre ignorance &hellip; L&rsquo;histoire se d&eacute;nature et se falsifie quand elle veut &ecirc;tre un tableau des n&eacute;cessit&eacute;s : elle n&rsquo;a pour &eacute;l&eacute;ments que des accidents et des choses mobiles &rdquo;.<br \/>Voil&agrave; bien, selon nous, le point o&ugrave; les deux professeurs se s&eacute;parent compl&egrave;tement. Selon l&rsquo;un, l&rsquo;histoire a toujours &eacute;t&eacute; ce qu&rsquo;elle devait &ecirc;tre ; selon l&rsquo;autre, elle pouvait &ecirc;tre toute autre chose que ce qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute;. L&rsquo;un ram&egrave;ne les faits &agrave; la n&eacute;cessit&eacute;, et ce mot explique tout ; l&rsquo;autre r&eacute;duit tout au hasard, et ce mot n&rsquo;explique rien. Ici nous exposerons nos doutes aux deux professeurs. <br \/><br \/>[N&Eacute;CESSIT&Eacute; ET HASARD ; SPONTAN&Eacute;IT&Eacute; ET LIBERT&Eacute;].<br \/>Que voit-on sans cesse dans l&rsquo;histoire ? la lutte des diff&eacute;rentes g&eacute;n&eacute;rations humaines entre elles et avec la nature. De l&agrave;, deux ordres de faits distincts : les faits mat&eacute;riels et les faits moraux. Dans l&rsquo;ordre mat&eacute;riel, il y a des n&eacute;cessit&eacute;s ; il y a aussi des hasards. Les lois de la nature physique sont n&eacute;cessaires ; leur action sur l&rsquo;homme est souvent accidentelle. Ainsi, par exemple, c&rsquo;&eacute;tait une n&eacute;cessit&eacute; qu&rsquo;en 1812, il f&icirc;t en Russie un hiver excessivement rigoureux ; c&rsquo;&eacute;tait un hasard qu&rsquo;une arm&eacute;e fran&ccedil;aise s&rsquo;y trouv&acirc;t pr&eacute;cis&eacute;ment au moment o&ugrave; le froid &eacute;tait le plus intense. Dans l&rsquo;ordre moral il y a spontan&eacute;it&eacute; et libert&eacute;. Ce sont l&agrave; les deux caract&egrave;res des actions de l&rsquo;homme consid&eacute;r&eacute; comme individu : les actions des peuples ne peuvent en avoir d&rsquo;autres, puisque les peuples ne sont autre chose que des collections d&rsquo;individus. Les actions spontan&eacute;es sont n&eacute;cessaires, les actions libres ne le sont pas. Il est facile de reconna&icirc;tre les unes et les autres dans l&rsquo;histoire. C&rsquo;est par un mouvement spontan&eacute;, et par cons&eacute;quent n&eacute;cessaire, que le peuple romain, indign&eacute; d&rsquo;avoir perdu dans C&eacute;sar un ma&icirc;tre qui &eacute;tait en m&ecirc;me temps son bienfaiteur, porte la flamme sous le toit des conjur&eacute;s ; c&rsquo;est par suite d&rsquo;une d&eacute;termination libre que Brutus et les siens, apr&egrave;s avoir d&eacute;lib&eacute;r&eacute; sur la justice et ce qu&rsquo;ils regardaient comme l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de la patrie, ont pris la r&eacute;solution de frapper celui qui avait vaincu l&rsquo;ancienne constitution. Les masses populaires agissent le plus souvent spontan&eacute;ment. Je n&rsquo;affirme cependant point qu&rsquo;on ne d&eacute;couvre jamais dans leurs d&eacute;terminations ni dans leur conduite quelques sympt&ocirc;mes de libert&eacute;. Dans les guerres civiles, par exemple, et dans les r&eacute;voltes, ne voit-on pas quelquefois la foule h&eacute;siter entre deux parties, et se demander vers lequel sa volont&eacute; doit incliner ? Dans les conseils, il y a encore des r&eacute;solutions spontan&eacute;es ; mais il y a plus de libert&eacute; que dans les masses, et le mot de d&eacute;lib&eacute;ration, dont&nbsp; on se sert pour d&eacute;signer leurs actes, indique que ce ne sont point en g&eacute;n&eacute;ral des actes fortuits ou spontan&eacute;s. Enfin, si des conseils nous arrivons &agrave; ces individus qui d&eacute;cident seuls du sort des peuples, et qui d&rsquo;un signe de t&ecirc;te font agir des milliers d&rsquo;hommes, nous trouvons encore des actions spontan&eacute;es, mais c&rsquo;est en eux surtout qu&rsquo;&eacute;clate la libert&eacute; humaine. C&eacute;sar &eacute;tait libre, selon nous, avant d&rsquo;avoir pass&eacute; le Rubicon. Le caract&egrave;re g&eacute;n&eacute;ral des actions spontan&eacute;es est d&rsquo;&ecirc;tre juste ; le premier mouvement des peuples, comme celui des individus, est ordinairement conforme &agrave; la raison, au droit. Le caract&egrave;re des actions libres est d&rsquo;&ecirc;tre, tant&ocirc;t raisonnables, tant&ocirc;t passionn&eacute;es ; comme libres, elles ne peuvent avoir un caract&egrave;re d&eacute;termin&eacute; d&rsquo;avance. <br \/><br \/>[NON : TOUT NE SE RAM&Egrave;NE PAS A LA N&Eacute;CESSIT&Eacute; ! ].<br \/>Cela pos&eacute;, ne pourrait-on pas demander &agrave; l&rsquo;auteur du premier syst&egrave;me comment il peut tout ramener &agrave; la n&eacute;cessit&eacute;. Ce mot explique bien ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;in&eacute;vitable dans les lois physiques, et dans certaines d&eacute;terminations populaires, qui, nous l&rsquo;avouons, forment la plus grande partie de l&rsquo;histoire ; mais explique-t-il &eacute;galement ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;accidentel dans l&rsquo;action des choses ext&eacute;rieures sur l&rsquo;homme, et surtout ces r&eacute;solutions importantes prises, en vertu de la libert&eacute; humaine, par un ou plusieurs individus ? Je sais bien que M. Cousin a distingu&eacute; les faits g&eacute;n&eacute;raux, qui appartiennent &agrave; l&rsquo;esp&egrave;ce, des faits particuliers qui n&rsquo;appartiennent qu&rsquo;aux individus ; dans son syst&egrave;me, les premiers seuls sont n&eacute;cessaires, les seconds, qu&rsquo;il a appel&eacute;s biographiques, sont accidentels. Mais, outre qu&rsquo;il n&rsquo;a pas suffisamment caract&eacute;ris&eacute; ces deux classes de faits, et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas assez montr&eacute; o&ugrave; les premiers finissent, o&ugrave; les seconds commencent, notre avis est que la libert&eacute; ne p&eacute;rit pas toujours dans ces actes g&eacute;n&eacute;raux d&rsquo;o&ugrave; d&eacute;pend le sort des empires. Si tout arrivait n&eacute;cessairement dans les &eacute;v&egrave;nements politiques, &agrave; quoi serviraient nos craintes, nos esp&eacute;rances, et surtout nos efforts dans les temps de r&eacute;volutions ? pourquoi s&rsquo;exciterait-on soi-m&ecirc;me &agrave; agir, &agrave; combattre, pour conqu&eacute;rir ou pour conserver ? pourquoi examinerait-on les choses et les hommes, afin de savoir quel est le parti le plus juste, et de lui pr&ecirc;ter sa force ? Il n&rsquo;y aurait plus qu&rsquo;&agrave; laisser marcher les &eacute;v&egrave;nements, &agrave; se condamner &agrave; une inertie absolue, &agrave; s&rsquo;abstenir de rien vouloir avec ardeur ou de rien faire avec &eacute;nergie, enfin &agrave; rester immobile jusqu&rsquo;&agrave; ce que l&rsquo;instinct v&icirc;nt vous pousser ou la n&eacute;cessit&eacute; vous trainer &agrave; sa suite. Il faudrait aussi renoncer &agrave; louer ou &agrave; bl&acirc;mer rien dans les actes publics de l&rsquo;humanit&eacute; : jamais un peuple n&rsquo;aurait eu tort ou raison en usurpant des droits d&rsquo;un autre ou en d&eacute;fendant les siens. L&rsquo;histoire alors ne serait plus un tribunal d&eacute;cernant, comme la conscience individuelle, le ch&acirc;timent au crime, la r&eacute;compense &agrave; la vertu : elle deviendrait un registre impassible, un optimisme universel admettant tout et jugeant tout bien ; ce serait le livre du destin retrouv&eacute;. <br \/><br \/>[NON : TOUT NE SE R&Eacute;DUIT PAS AU HASARD ! ].<br \/>D&rsquo;un autre c&ocirc;t&eacute;, est-il vrai, comme le soutient l&rsquo;adversaire de M. Cousin, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait rien d&rsquo;explicable dans les annales humaines ; qu&rsquo;il faille toujours se garder de chercher une id&eacute;e au fond des faits, et que toute tentative de syst&egrave;me historique soit imprudente et erron&eacute;e ? Dans ce qui s&rsquo;est pass&eacute; avant nous sur la terre, on peut faire la part du hasard comme celle de la n&eacute;cessit&eacute; ; mais faut-il tout imputer aux accidents, aux circonstances fortuites ? N&rsquo;y a-t-il aucune suite, aucune raison dans l&#39;histoire des peuples ? la volont&eacute; humaine n&rsquo;est-elle jamais qu&rsquo;un caprice, et le libre arbitre choisit-il toujours sans motif ? Le hasard a cause plus d&rsquo;une catastrophe dans l&rsquo;ordre des faits mat&eacute;riels ; mais a-t-il une aussi large part dans l&rsquo;ordre moral ? Est-ce le hasard qui a peu &agrave; peu civilis&eacute; les nations, et r&eacute;parti plus &eacute;galement le bonheur ? Sont-ce des incidents et des circonstances fortuites qui ont successivement substitu&eacute; l&rsquo;esclavage &agrave; l&rsquo;habitude de tuer ou de manger les prisonniers, le servage &agrave; la servitude, la domesticit&eacute; au servage ? Si la plus grande partie des choses humaines &eacute;tait ainsi livr&eacute;e aux vents, &agrave; quoi aboutiraient nos r&eacute;solutions et nos travaux ? M. Daunou reproche, comme nous, &agrave; M. Cousin de rendre inutile la force morale de l&rsquo;homme par une sorte de fatalisme ; mais n&rsquo;arrive-t-on pas au m&ecirc;me but en ne d&eacute;tr&ocirc;nant la n&eacute;cessit&eacute; que pour mettre le hasard &agrave; sa place ? Sans doute il faut agir, et agir sans repos dans cette vie, mais pourquoi ? parce que nous avons une destin&eacute;e &agrave; remplir, et qu&rsquo;il y a en nous quelque chose de vrai qui tant&ocirc;t nous pousse &agrave; notre insu, tant&ocirc;t nous oblige sans nous forcer. <br \/><br \/>[LA PHILOSOPHIE POUSSE ; L&#39;HISTOIRE RETIENT].<br \/>Nous ne nous flattons pas d&rsquo;avoir en quelques pages &eacute;puis&eacute; une aussi vaste question : il faudrait, pour le traiter &agrave; fond, entrer plus avant dans la critique des deux opinions, et surtout faire parler davantage les faits, qui sont la pierre de touche en pareille mati&egrave;re. Il nous a suffi d&rsquo;exposer franchement nos doutes et l&rsquo;impression que nous avons re&ccedil;ue des deux cours. Ce qu&rsquo;il nous reste &agrave; dire en finissant, c&rsquo;est que la tendance des deux opinions nous para&icirc;t &eacute;galement salutaire dans les circonstances actuelles. L&rsquo;une saisit vivement les esprits, leur imprime un mouvement nouveau, et les fortifie en sondant avec eux des probl&egrave;mes dont la solution importe au d&eacute;veloppement et au bonheur de la soci&eacute;t&eacute; ; l&rsquo;autre, dans sa r&eacute;serve qui touche au scepticisme, nous garantit d&rsquo;un enthousiasme irr&eacute;fl&eacute;chi, et en mettant tout en question, nous emp&ecirc;che d&rsquo;adopter trop vite un syst&egrave;me dont les formules ne sont pas arriv&eacute;es &agrave; leur dernier degr&eacute; de puret&eacute;. Le philosophe pousse en avant ; le professeur d&rsquo;histoire retient. Comme nous le disions en commen&ccedil;ant, il n&rsquo;y a pas l&agrave; mati&egrave;re &agrave; se plaindre ni &agrave; bl&acirc;mer ; il n&rsquo;y a qu&rsquo;&agrave; applaudir, &agrave; profiter. Aristote et Platon ont tous deux servi la science par des voies oppos&eacute;es &raquo;.<br \/><br \/>[Le Lyc&eacute;e. Tome premier, 1827-1828. Journal g&eacute;n&eacute;ral de l&rsquo;Instruction. R&eacute;dig&eacute; par une soci&eacute;t&eacute; de professeurs, d&rsquo;anciens &eacute;l&egrave;ves de l&rsquo;&Eacute;cole normale, de savans et de gens de lettres. Paris&nbsp;: Hachette]. <br \/><br \/> &copy; JJB 2010-12<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>En mai 1828, le th&egrave;me de &laquo; la philosophie de l&#39;histoire &raquo; est &eacute;voqu&eacute; en France par le philosophe Victor Cousin [1792-1867], dans la chaire d&#39;Histoire de la philosophie moderne &agrave; la Facult&eacute; des Lettres de Paris. 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