{"id":144,"date":"2010-12-13T12:05:23","date_gmt":"2010-12-13T12:05:23","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-12-13T12:05:23","modified_gmt":"2010-12-13T12:05:23","slug":"Guizot-et-le-retablissement-de-l-Academie-des-Sciences-morales-et-politiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/histoire\/Guizot-et-le-retablissement-de-l-Academie-des-Sciences-morales-et-politiques.html","title":{"rendered":"Guizot et le r\u00e9tablissement de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences morales et politiques"},"content":{"rendered":"<em>Le 26 octobre 1832, une ordonnance royale, sign&eacute;e Louis-Philippe, restaure la classe des Sciences morales et politiques, fond&eacute;e initialement en 1795 par la Convention, et supprim&eacute;e par Napol&eacute;on, premier consul, en 1803. Dans le troisi&egrave;me tome de ses M&eacute;moires pour servir &agrave; l&#39;histoire de mon temps [8 volumes, 1858-1867], Fran&ccedil;ois Guizot [1787-1874], qui contresigne cette ordonnance, rapporte le r&ocirc;le d&eacute;cisif qu&#39;il a jou&eacute; pour ce r&eacute;tablissement.<\/em><!--more--><p>[R&Eacute;TABLISSEMENT DE L&#39;ACAD&Eacute;MIE DES SCIENCES MORALES].<br \/>&quot; J&#39;entrai au minist&egrave;re de l&#39;instruction publique profond&eacute;ment convaincu que c&#39;est maintenant pour le gouvernement de la France, quelque nom qu&#39;il porte, un int&eacute;r&ecirc;t &eacute;minent de se montrer, non seulement exempt de toute crainte, mais bienveillant et protecteur pour les travaux de l&#39;esprit humain, aussi bien dans les sciences morales et politiques que dans les autres.<br \/>[&#8230;] Ce fut dans ces vues, et avec des esp&eacute;rances ainsi limit&eacute;es, que, peu de jours apr&egrave;s la formation du cabinet, je proposai au Roi le r&eacute;tablissement, dans l&#39;Institut, de la classe des sciences morales et politiques fond&eacute;e en 1795 par la convention, et supprim&eacute;e en 1803 par Napol&eacute;on, alors premier Consul. Nagu&egrave;re, au plus fort des orgies politiques et intellectuelles de 1848, le g&eacute;n&eacute;ral Cavaignac, alors chef du gouvernement r&eacute;publicain, demanda &agrave; cette Acad&eacute;mie de raffermir dans les esprits, par de petits ouvrages r&eacute;pandus avec profusion, les principes fondamentaux de l&#39;ordre social, le mariage, la famille, la propri&eacute;t&eacute;, le respect, le devoir. C&#39;&eacute;tait se faire, dans un bon dessein, une grande illusion sur la nature des travaux d&#39;une telle compagnie et sur la port&eacute;e de son action. Il n&#39;est pas donn&eacute; &agrave; la science de r&eacute;primer l&#39;anarchie dans les &acirc;mes, ni de ramener au bon sens et &agrave; la vertu les masses &eacute;gar&eacute;es ; il faut, &agrave; de telles &oelig;uvres, des puissances plus universelles et plus profondes ; il y faut Dieu et le malheur. C&#39;est dans les temps r&eacute;guliers que, par les justes satisfactions donn&eacute;es et la saine direction imprim&eacute;e aux esprits &eacute;lev&eacute;s et cultiv&eacute;s, les corporations savantes exercent, au profit du bon ordre intellectuel, une influence salutaire, et peuvent pr&ecirc;ter au pouvoir lui-m&ecirc;me, s&#39;il sait entretenir avec elles d&#39;intelligents rapports, un indirect, mais utile appui. C&#39;&eacute;tait l&agrave; le r&eacute;sultat que je me promettais de l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques ; rien de plus, mais rien de moins. Le Roi et le cabinet adopt&egrave;rent avec empressement ma proposition.<br \/><br \/>[OBJECTIONS].<br \/>Ce n&#39;est pas qu&#39;elle ne rencontr&acirc;t des objections graves et que d&#39;excellents esprits ne la re&ccedil;ussent avec peu de faveur. Dans mon propre parti et parmi les plus fermes soutiens de notre politique, plusieurs se m&eacute;fiaient grandement de la sp&eacute;culation philosophique, et doutaient que, m&ecirc;me anim&eacute;e des plus sages intentions, elle p&ucirc;t servir &agrave; raffermir l&#39;ordre et le pouvoir. D&#39;autres voyaient avec d&eacute;plaisir des hommes fameux dans les plus mauvais temps r&eacute;volutionnaires remis en honneur au nom de la science et en d&eacute;pit de leurs f&acirc;cheux souvenirs. La premi&egrave;re et in&eacute;vitable cons&eacute;quences de la mesure propos&eacute;e &eacute;tait en effet de rappeler, comme noyau de la nouvelle Acad&eacute;mie, les douze membres encore vivants de l&#39;ancienne classe des sciences morales et politiques ; deux d&#39;entre eux, l&#39;abb&eacute; Siey&egrave;s et M. Merlin de Douai, avaient vot&eacute; la mort de Louis XVI ; un troisi&egrave;me, M. Garat, &eacute;tait ministre de la justice &agrave; cette sanglante &eacute;poque, et avait lu au Roi son arr&ecirc;t ; presque tous appartenaient &agrave; l&#39;&eacute;cole sensualiste du XVIIIe si&egrave;cle et convenaient mal &agrave; la philosophie spiritualiste et &agrave; l&#39;esprit religieux. On s&#39;inqui&eacute;tait du retour de leur influence ; on regrettait que le gouvernement par&ucirc;t s&#39;en faire le patron.<br \/><br \/>[LETTRE DE REFUS DE ROYER-COLLARD].<br \/>J&#39;eus, de cette disposition d&#39;une portion du public, un t&eacute;moignage irr&eacute;cusable : M. Royer-Collard, absent au moment o&ugrave; l&#39;Acad&eacute;mie restaur&eacute;e se pr&eacute;parait &agrave; se compl&eacute;ter par l&#39;&eacute;lection de nouveaux membres, m&#39;&eacute;crivit : &quot;Si le public et les gens de lettres mettent beaucoup d&#39;int&eacute;r&ecirc;t &agrave; votre Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques, vous avez bien fait pour vous : mais comme elle ne serait pour moi qu&#39;une niaiserie, un r&eacute;chauff&eacute; de lieux communs, et qu&#39;elle s&#39;&eacute;l&egrave;ve d&#39;ailleurs sur des fondements conventionnels et r&eacute;volutionnaires, je ne me soucie nullement d&#39;y figurer. Je l&#39;ai &eacute;crit, il y a quelques jours, &agrave; Cousin. Ecartez donc mon nom.&quot; Selon son v&oelig;u, ce nom, qui &eacute;tait l&agrave; si naturellement appel&eacute;, n&#39;y fut pas m&ecirc;me prononc&eacute;.<br \/>M. Royer-Collard &eacute;tait parfaitement libre de ne consulter, dans cette circonstance, que ses go&ucirc;ts ou ses d&eacute;go&ucirc;ts personnels ; mais j&#39;aurais eu grand tort de me conduire par de tels mobiles : j&#39;avais, comme homme public, un double devoir &agrave; remplir ; l&#39;un, de r&eacute;tablir une institution scientifique que je jugeais bonne ; l&#39;autre, de placer cette institution en dehors des dissentiments et des ressentiments politiques, m&ecirc;me l&eacute;gitimes. Je n&#39;ignorais pas que des id&eacute;es philosophiques, qui n&#39;&eacute;taient point les miennes, dominaient dans cette classe de l&#39;Institut au moment de sa premi&egrave;re fondation et y repara&icirc;traient dans sa renaissance ; mais je ne craignais pas que, dans l&#39;enceinte que je leur rouvrais, ces id&eacute;es redevinssent puissantes ni redoutables ; et les inconv&eacute;nients de quelques mauvais souvenirs r&eacute;volutionnaires &eacute;taient, &agrave; mon avis, bien inf&eacute;rieurs aux avantages pr&eacute;sents et futurs de cette &eacute;clatante d&eacute;monstration de la confiance du pouvoir dans la libert&eacute; laborieuse et r&eacute;fl&eacute;chie de l&#39;esprit humain.<br \/><br \/>[COMMUNICATION AUX MEMBRES SURVIVANTS].<br \/>La mesure une fois r&eacute;solue, je n&#39;h&eacute;sitai pas plus sur le mode d&#39;ex&eacute;cution que sur le principe. J&#39;&eacute;tais bien d&eacute;cid&eacute; &agrave; ne faire faire par ordonnance du Roi aucune nomination acad&eacute;mique ; l&#39;&eacute;lection est de l&#39;essence des soci&eacute;t&eacute;s savantes ; on n&#39;y entre dignement que par le choix de ses pairs. Je me souvenais qu&#39;un vieux et fid&egrave;le royaliste, l&#39;abb&eacute; de Montesquiou, nomm&eacute; en 1816 membre de l&#39;Acad&eacute;mie fran&ccedil;aise par l&#39;ordonnance royale qui &eacute;carta de cette compagnie quelques-uns de ses membres, n&#39;avait jamais voulu y prendre s&eacute;ance, disant : &quot;Je ne suis pas acad&eacute;micien ; ce n&#39;est pas le Roi qui fait des acad&eacute;miciens.&quot; Je ne voulus pas m&ecirc;me faire rendre l&#39;ordonnance de r&eacute;tablissement sans en avoir concert&eacute; les dispositions et l&#39;ex&eacute;cution avec les membres encore vivants de l&#39;ancienne classe des sciences morales et politiques qui devaient y &ecirc;tre appel&eacute;s. Je n&#39;ai pas plus de go&ucirc;t aux formes qu&#39;aux maximes du pouvoir absolu ; je me sens &agrave; l&#39;aise et satisfait pour mon propre compte en t&eacute;moignant, aux hommes avec qui n&#39;ai &agrave; traiter, les &eacute;gards dus &agrave; des cr&eacute;atures intelligentes et libres. A part mon penchant personnel, le pouvoir a, dans la plupart des cas, bien plus d&#39;avantage &agrave; accepter de bonne gr&acirc;ce le travail de la d&eacute;lib&eacute;ration pr&eacute;alable et officieuse qu&#39;&agrave; affronter aveugl&eacute;ment les critiques en agissant seul et brusquement, selon sa seule science et fantaisie ; quand il proc&egrave;de ainsi, c&#39;est bien plus souvent par paresse et inhabilet&eacute; que par n&eacute;cessit&eacute; et prudence. D&eacute;cid&eacute; donc &agrave; communiquer aux anciens acad&eacute;miciens les bases de mon projet, je cherchai quel &eacute;tait, parmi eux, celui avec qui je pourrais le plus s&ucirc;rement m&#39;entendre, et qui aurait ensuite le plus d&#39;influence sur ses coll&egrave;gues. <br \/><br \/>[L&#39;ABB&Eacute; SIEY&Egrave;S].<br \/>De tous les survivants, l&#39;Abb&eacute; Siey&egrave;s &eacute;tait le plus c&eacute;l&egrave;bre. J&#39;allai lui faire une visite. J&#39;eus quelque peine &agrave; en &ecirc;tre re&ccedil;u, et je le trouvai dans un extr&ecirc;me affaiblissement d&#39;esprit et de m&eacute;moire. Un moment, dans notre courte entrevue, le nom de la classe des sciences morales et politiques parut le ranimer et lui inspirer quelque int&eacute;r&ecirc;t : lueur vacillante et qui s&#39;&eacute;vanouit rapidement. Je renon&ccedil;ai &agrave; toute intervention de sa part dans la petite n&eacute;gociation que je m&eacute;ditais. <br \/><br \/>[LE COMTE ROEDERER].<br \/>En parcourant les autres noms, le comte Roederer me parut le plus propre &agrave; en &ecirc;tre charg&eacute;. C&#39;&eacute;tait un homme d&#39;un esprit ouvert, flexible, sens&eacute;, lib&eacute;ral, lettr&eacute;, et, malgr&eacute; sa pr&eacute;occupation de bien des pr&eacute;jug&eacute;s de son temps, exempt de passion et d&#39;ent&ecirc;tement de parti dans la pratique des affaires. Il &eacute;tait dans sa terre de Matignon ; sur ma pri&egrave;re il vint sur-le-champ &agrave; Paris ; je lui communiquai mon projet et mes vues pour son ex&eacute;cution, en le priant de r&eacute;unir ses anciens coll&egrave;gues et de s&#39;en entretenir avec eux. Il s&#39;en chargea avec empressement, et le 24 octobre, je re&ccedil;us de lui cette lettre :<br \/><br \/>[L&#39;ACCORD DES ANCIENS MEMBRES].<br \/>&quot;Monsieur, j&#39;ai lu aux anciens membres de la classe des sciences morales de l&#39;Institut la lettre que vous m&#39;avez fait l&#39;honneur de m&#39;&eacute;crire ce matin.<br \/>Ils applaudissent au r&eacute;tablissement de cette classe.<br \/>Ils pensent que, sans la diviser en sections, quant &agrave; pr&eacute;sent, il convient de r&eacute;unir dans un article g&eacute;n&eacute;ral les attributions des sections, et d&#39;y ajouter la philosophie de l&#39;histoire (ou les m&eacute;thodes &agrave; suivre dans les compositions historiques pour qu&#39;elles soient, le plus qu&#39;il se pourra, profitables &agrave; la morale et &agrave; la politique).<br \/>Ils estiment que cette classe pourrait &ecirc;tre born&eacute;e &agrave; trente membres, et recevoir le titre d&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques.<br \/>Ils regardent comme une cons&eacute;quence de la r&eacute;int&eacute;gration de la classe celle de tous les membres qui en subsistent encore, et de plus celle de deux membres qui n&#39;&eacute;taient qu&#39;associ&eacute;s lors de la dissolution, mais qui ont re&ccedil;u depuis le caract&egrave;re &eacute;lectoral dans une des classes subsistantes.<br \/>Ils croient convenable d&#39;adjoindre quatre membres pour &eacute;lire les quinze autres qui feront le compl&eacute;ment de l&#39;acad&eacute;mie ; mais ils estiment que cette adjonction doit se faire par voie d&#39;&eacute;lection r&eacute;guli&egrave;re, et qu&#39;aucune &eacute;lection ne peut avoir de r&eacute;gularit&eacute; qu&#39;apr&egrave;s l&#39;&eacute;mission de l&#39;ordonnance de r&eacute;tablissement.<br \/>[LES &Eacute;LECTIONS EN TROIS TEMPS].<br \/>Ils croient que les &eacute;lections doivent &ecirc;tre faites en trois temps.<br \/>La premi&egrave;re, imm&eacute;diatement apr&egrave;s la publication de l&#39;ordonnance ; elle nommera les quatre adjoints.<br \/>Par la seconde, les quinze membres form&eacute;s par l&#39;adjonction aux onze anciens nommeront huit membres, ce qui fera vingt-trois.<br \/>La troisi&egrave;me sera faite par les vingt-trois, et nommera les sept membres compl&eacute;mentaires de la classe.<br \/>Voil&agrave;, monsieur, le r&eacute;sultat de notre longue d&eacute;lib&eacute;ration, o&ugrave; tous se sont montr&eacute;s bienveillants pour le projet.&quot;<br \/><br \/>[LA R&Eacute;TICENCE DE DAUNOU A L&#39;&Eacute;GARD DE COUSIN].<br \/>Il n&#39;y avait rien l&agrave; que de parfaitement conforme aux id&eacute;es que j&#39;avais communiqu&eacute;es &agrave; M. Roederer, et l&#39;ordonnance fut imm&eacute;diatement rendue. Mais quand on en vint &agrave; l&#39;ex&eacute;cution, et d&#39;abord &agrave; l&#39;&eacute;lection, par les anciens membres, des quatre adjoints qui devaient, de concert avec eux, compl&eacute;ter l&#39;Acad&eacute;mie, les rivalit&eacute;s, les susceptibilit&eacute;s et les m&eacute;fiances philosophiques apparurent. Les quatre adjoints devaient &ecirc;tre pris dans les autres classes de l&#39;Institut, et parmi les noms mis en avant pour ces choix se trouvait fort naturellement celui de M. Cousin. M. Daunou le repoussa, non pas, dit-il, qu&#39;il voul&ucirc;t l&#39;&eacute;carter absolument de l&#39;Acad&eacute;mie ; il trouvait convenable et m&ecirc;me n&eacute;cessaire que M. Cousin en dev&icirc;nt membre, mais il demandait qu&#39;il ne f&ucirc;t &eacute;lu que plus tard et quand l&#39;Acad&eacute;mie aurait &agrave; se compl&eacute;ter d&eacute;finitivement. Press&eacute; d&#39;objections et de questions, il r&eacute;pondit qu&#39;il ne voulait pas, en appelant M. Cousin parmi les autre premiers adjoints, lui donner sur les &eacute;lections suivantes une influence dont il pourrait abuser &quot;au profit de son parti doctrinal contre le n&ocirc;tre.&quot; Comme la discussion continuait, M. Daunou finit par dire qu&#39;il ne faisait point d&#39;objection &agrave; ce que le gouvernement nomm&acirc;t lui-m&ecirc;me d&#39;office les quatre adjoints dans l&#39;ordonnance de r&eacute;tablissement de l&#39;Acad&eacute;mie, et y compr&icirc;t M. Cousin ; ce ne serait l&agrave; que suivre les exemples du pass&eacute;, et personne n&#39;y trouverait &agrave; redire. M. Merlin se rangea &agrave; cet avis. Ces acad&eacute;miciens renon&ccedil;aient ainsi &agrave; leur droit d&#39;&eacute;lire eux-m&ecirc;mes leurs coll&egrave;gues et provoquaient le pouvoir &agrave; un acte de bon plaisir pour s&#39;&eacute;pargner l&#39;embarras d&#39;&eacute;carter ou le d&eacute;plaisir d&#39;admettre un candidat dont les doctrines philosophiques inqui&eacute;taient les leurs. Je d&eacute;clarai que je ne proposerais jamais au Roi de nommer lui-m&ecirc;me des acad&eacute;miciens, et que les anciens membres de l&#39;Acad&eacute;mie r&eacute;tablie &eacute;taient parfaitement libres d&#39;&eacute;lire les quatre premiers adjoints comme il leur conviendrait. L&#39;&eacute;lection eut lieu en effet ; je ne sais comment vota M. Daunou, mais M. Cousin fut l&#39;un des quatre &eacute;lus ; les seize membres ainsi r&eacute;unis se compl&eacute;t&egrave;rent par deux &eacute;lections successives qui appel&egrave;rent chacune sept nouveaux membres, et le 4 janvier 1833, M. Roederer ouvrit les s&eacute;ances de l&#39;Acad&eacute;mie d&eacute;finitivement constitu&eacute;e par un discours plein d&#39;une satisfaction joyeuse et d&#39;une esp&eacute;rance un peu vaniteuse dans l&#39;influence de la philosophie, caract&egrave;re pers&eacute;v&eacute;rant de la brillante et forte g&eacute;n&eacute;ration &agrave; laquelle il appartenait.<br \/><br \/>[ANECDOTE CONCERNANT TALLEYRAND].<br \/>J&#39;eus, deux ans plus tard, un piquant exemple de l&#39;&eacute;nergique et confiante activit&eacute; de ces derniers survivants de 1789, dans les plus simples comme dans les plus graves circonstances de la vie : je me trouvai un matin avec quelques personnes chez M. de Talleyrand venu en cong&eacute; de Londres &agrave; Paris : &quot;Messieurs, nous dit-il avec un sourire de contentement presque jeune que j&#39;ai vu quelquefois sur sa froide figure, je veux vous dire ce qui m&#39;est arriv&eacute; hier ; je suis all&eacute; &agrave; la Chambre des pairs ; nous n&#39;&eacute;tions que six dans la salle quand je suis entr&eacute; : M. de Montlosier, le Duc de Castries, M. Roederer, le comte Lemercier (j&#39;ai oubli&eacute; qui il nomma comme le cinqui&egrave;me) et moi ; nous &eacute;tions tous de l&#39;Assembl&eacute;e constituante et nous avions tous plus de quatre-vingts ans.&quot; Ces fermes vieillards se plaisaient &agrave; voir et &agrave; faire remarquer que partout ils arrivaient encore les premiers.<br \/><br \/>[LAKANAL OUBLI&Eacute; ET R&Eacute;TABLI].<br \/>Un autre vieillard, l&#39;un des d&eacute;bris d&#39;une autre c&eacute;l&egrave;bre Assembl&eacute;e, et qui probablement se croyait c&eacute;l&egrave;bre lui-m&ecirc;me par les grandes sc&egrave;nes et l&#39;acte terrible auxquels il avait pris part, M. Lakanal, membre de la Convention nationale et l&#39;un de ceux qui avaient vot&eacute; la mort de Louis XVI, avait &eacute;t&eacute; aussi membre de l&#39;ancienne classe des sciences morales et politiques. C&#39;&eacute;tait m&ecirc;me lui qui, en 1795, avait propos&eacute; et fait adopter dans la Convention le r&egrave;glement de fondation de l&#39;Institut et la liste des membres appel&eacute;s &agrave; en former le noyau. En 1832, quand il fut question du r&eacute;tablissement de l&#39;Acad&eacute;mie &agrave; laquelle il avait appartenu, personne, pas plus parmi ses anciens coll&egrave;gues que dans le public, ne se souvint de lui ; personne ne pensa &agrave; demander ce qu&#39;il &eacute;tait devenu. On le croyait mort, ou plut&ocirc;t on ne s&#39;enquit nullement de lui, tant il &eacute;tait oubli&eacute;. Il vivait pourtant ; il &eacute;tait cultivateur dans l&#39;un des Etats naissants des Etats-Unis d&#39;Am&eacute;rique, dans l&#39;Alabama, sur la derni&egrave;re limite, &agrave; cette &eacute;poque, entre la civilisation am&eacute;ricaine et les sauvages. Il apprit l&agrave; le r&eacute;tablissement de son Acad&eacute;mie et de ses anciens coll&egrave;gues ; il m&#39;&eacute;crivit pour r&eacute;clamer son droit &agrave; reprendre, parmi eux, sa place ; je transmis &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie son incontestable r&eacute;clamation ; la mort de M. Garat laissait, en ce moment, dans la section de morale, une place vacante ; M. Lakanal y fut admis, de droit et sans &eacute;lection. Quand il le sut, il h&eacute;sita &agrave; rentrer en France, et m&#39;&eacute;crivit, pour m&#39;offrir ses services aux Etats-Unis, une longue lettre, singulier m&eacute;lange d&#39;id&eacute;es justes et d&#39;id&eacute;es confuses, de prudence exp&eacute;rimentale et d&#39;&eacute;nergique fid&eacute;lit&eacute; &agrave; ses souvenirs r&eacute;volutionnaires. Je n&#39;employai point M. Lakanal ; il rentra en France, reprit son si&egrave;ge &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie, et mourut en 1845, obscur encore, quoique avec tous les honneurs d&#39;usage rendus aux acad&eacute;miciens.<br \/><br \/>[L&#39;UTILIT&Eacute; DE L&#39;ACAD&Eacute;MIE DES SCIENCES MORALES].<br \/>En activit&eacute; depuis vingt-sept ans, l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques a parfaitement expliqu&eacute; et pleinement justifi&eacute; elle-m&ecirc;me sa fondation. L&#39;esprit de parti politique ou d&#39;intol&eacute;rance philosophique n&#39;y a jamais domin&eacute; ; il a pu y appara&icirc;tre quelquefois ; c&#39;est le fait de la libert&eacute; ; il a toujours &eacute;t&eacute; contre balanc&eacute; et contenu ; c&#39;est le r&eacute;sultat du rapprochement habituel d&#39;hommes divers de situations et d&#39;opinions, mais unis par le go&ucirc;t et le respect communs de la science et de la v&eacute;rit&eacute;. Dans ses rapports soit avec le public, soit avec le pouvoir, l&#39;Acad&eacute;mie a constamment fait preuve d&#39;ind&eacute;pendance comme de mesure ; elle a, en toute occasion, fermement combattu le d&eacute;r&egrave;glement et hautement second&eacute; le mouvement r&eacute;gulier des esprits. Le compte rendu de ses s&eacute;ances et le recueil de ses m&eacute;moires attestent l&#39;activit&eacute; intellectuelle de ses membres. Par les concours qu&#39;elle a ouverts et les questions qu&#39;elle a propos&eacute;es, elle a suscit&eacute; hors de son sein beaucoup de travaux importants, plusieurs tr&egrave;s remarquables, sur la philosophie, l&#39;histoire, la l&eacute;gislation, l&#39;&eacute;conomie politique, toutes les belles et difficiles sciences auxquelles elle est consacr&eacute;e &quot;.<br \/><\/p><p>&copy; JJB 12-2010 <br \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Le 26 octobre 1832, une ordonnance royale, sign&eacute;e Louis-Philippe, restaure la classe des Sciences morales et politiques, fond&eacute;e initialement en 1795 par la Convention, et supprim&eacute;e par Napol&eacute;on, premier consul, en 1803. Dans le troisi&egrave;me tome de ses M&eacute;moires pour servir &agrave; l&#39;histoire de mon temps [8 volumes, 1858-1867], Fran&ccedil;ois Guizot [1787-1874], qui contresigne cette ordonnance, rapporte le r&ocirc;le d&eacute;cisif qu&#39;il a jou&eacute; pour ce r&eacute;tablissement.<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":["post-144","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/144","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=144"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/144\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=144"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}