{"id":143,"date":"2010-11-30T13:56:23","date_gmt":"2010-11-30T13:56:23","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-11-30T13:56:23","modified_gmt":"2010-11-30T13:56:23","slug":"Damiron-juge-le-Descartes-de-Francisque-Bouillier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Damiron-juge-le-Descartes-de-Francisque-Bouillier.html","title":{"rendered":"Damiron juge le Descartes de Francisque Bouillier"},"content":{"rendered":"<em>Le 3 et 10 avril 1841, l&rsquo;historien de la philosophie Jean Philibert Damiron [1764-1862], au nom de la section de Philosophie de l&rsquo;Acad&eacute;mie de Sciences morales et politiques, lit le Rapport concernant les manuscrits se rapportant au Concours de juin 1838 : Examen critique du cart&eacute;sianisme.<br \/>Il consacre une partie de son analyse au texte de Francisque Bouillier [1813-1899], qui sera, avec l&rsquo;essayiste Jean Bordas-Demoulin [1798-1859], l&rsquo;un des deux laur&eacute;ats. <\/em><!--more--><br \/><br \/>LE RAPPORT DE DAMIRON.<br \/>Le rapport de Jean Philibert Damiron est le fruit d&#39;un long travail qui analyse minutieusement les six m&eacute;moires remis au secr&eacute;tariat de l&#39;Acad&eacute;mie au 15 juin 1840, de mani&egrave;re &agrave; d&eacute;gager le ou les meilleurs textes, celui ou ceux qui seront susceptibles d&#39;une publication ult&eacute;rieure, et &agrave; le ou les proposer &agrave; l&#39;ensemble de l&#39;Acad&eacute;mie pour le prix [prix du Budget] de mille cinq-cents francs-or. <br \/>Le texte int&eacute;gral du rapport occupe pr&egrave;s de quatre-vingt pages, en format in-quarto, du tome IV, des M&eacute;moires de l&#39;Acad&eacute;mie royale des Sciences morales et politiques de l&#39;Institut de France [Paris : Typographie de Firmin Didot fr&egrave;res. Imprimeurs de l&#39;institut. Rue Jacob, n&deg; 56. 1844].<br \/>La partie du rapport consacr&eacute; au M&eacute;moire de Francisque Bouillier [M&eacute;moire N&deg; 5, qui porte en &eacute;pigraphe un jugement de Leibnitz sur Descartes] occupe les pages 203 &agrave; 220.<br \/>Nous publions ici, en entier, toute cette partie o&ugrave; Jean Philibert Damiron se fait le juge et le critique du Descartes de Francisque Bouillier, alors professeur de philosophie dans la toute r&eacute;cente Facult&eacute; des Lettres de Lyon r&eacute;tablie en 1838. <br \/><br \/>&quot; Nous parlerons d&#39;abord de celui qui porte le n&deg; 5, et qui a pour &eacute;pigraphe ce jugement de Leibnitz : &quot;La philosophie cart&eacute;sienne est comme l&#39;antichambre de la v&eacute;rit&eacute;.&quot; Il est en deux volumes in-4&deg; d&#39;environ 200 pages chacun, d&#39;&eacute;criture assez serr&eacute;e.<br \/><br \/>[L&#39;&eacute;tat de la philosophie avant Descartes].<br \/>Selon la marche tr&egrave;s-sagement trac&eacute;e par votre programme l&#39;auteur consid&egrave;re d&#39;abord l&#39;&eacute;tat de la philosophie avant Descartes, et, soit par la mani&egrave;re dont il expose en rapides mais suffisantes g&eacute;n&eacute;ralit&eacute;s, la nature et l&#39;origine de la philosophie scholastique, soit par l&#39;analyse plus d&eacute;velopp&eacute;e qu&#39;il donne &eacute;cole par &eacute;cole, en passant en revue les principaux ma&icirc;tres de chaque &eacute;cole, de la philosophie de la renaissance qui, sous l&#39;apparence de retour et d&#39;adh&eacute;sion aux anciens, pr&eacute;pare l&#39;av&egrave;nement de la philosophie moderne, il satisfait &eacute;galement bien aux conditions qu&#39;en ce point vous imposiez aux concurrents ; il a bien compris qu&#39;il ne devait pas traiter l&#39;histoire de ces deux &eacute;poques, comme s&#39;il avait &agrave; la retracer en elle-m&ecirc;me et pour elle-m&ecirc;me, mais seulement pour en tirer une juste et claire explication de l&#39;&eacute;poque qui leur succ&egrave;de ; il a &eacute;t&eacute; sobre de d&eacute;tails et sagement syst&eacute;matique.<br \/><br \/>[Bacon et Descartes].<br \/>Arriv&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;poque m&ecirc;me, qui doit le plus sp&eacute;cialement &ecirc;tre l&#39;objet de son examen, juste envers Bacon, auquel il fait, comme il convient, sa large part d&#39;influence dans ce grand renouvellement de la pens&eacute;e philosophique, l&#39;auteur peut l&#39;&ecirc;tre d&#39;autant mieux envers Descartes &agrave; son tour, auquel il fait par cons&eacute;quent sa part plus large encore. Bacon, en effet, n&#39;a gu&egrave;re agi, et cela encore par le pr&eacute;cepte beaucoup plus que par l&#39;exemple (l&#39;exemple ne vint pas de lui, mais des grands physiciens de son temps), que sur les sciences de la nature ; tandis que Descartes, outre cette action qu&#39;il exer&ccedil;a d&#39;ailleurs en g&eacute;om&egrave;tre de premier ordre, eut celle au plus haut point du m&eacute;taphysicien et du philosophe ; et, &agrave; ce double titre, il fut incontestablement le grand promoteur des id&eacute;es qui, de son si&egrave;cle jusqu&#39;au n&ocirc;tre, ont f&eacute;cond&eacute; tous les syst&egrave;mes. L&#39;auteur a donc eu raison de lui assigner ainsi sa place et de le regarder comme le vrai ma&icirc;tre de tous les libres penseurs des temps modernes.<br \/><br \/>[La biographie de Descartes fait partie de l&#39;histoire du cart&eacute;sianisme].<br \/>La biographie de Descartes, au moins pour une partie, devait entrer dans l&#39;histoire du cart&eacute;sianisme ; le Discours de la M&eacute;thode &eacute;tait sous ce rapport un mod&egrave;le tout indiqu&eacute;. Cependant plusieurs concurrents ont n&eacute;glig&eacute; ou omis ce soin. L&#39;auteur du m&eacute;moire n&deg; 5 n&#39;a pas m&eacute;rit&eacute; ce reproche : il a convenablement parl&eacute; de la destin&eacute;e de l&#39;homme qui a en effet &eacute;t&eacute; si d&eacute;vou&eacute; aux id&eacute;es et &agrave; la philosophie, que ce serait le mal conna&icirc;tre, et par suite le mal comprendre, que de ne pas savoir comment il a v&eacute;cu pour cette grande fin, pour cette pens&eacute;e de tous ses jours.<br \/><br \/>[Le Discours de la m&eacute;thode come axe de la doctrine].<br \/>De la biographie de Descartes l&#39;auteur passe naturellement &agrave; l&#39;analyse de sa doctrine, et, pour y mettre plus d&#39;unit&eacute;, au lieu d&#39;aller de trait&eacute; en trait&eacute;, c&#39;est-&agrave;-dire de la recommencer avec chaque trait&eacute;, il n&#39;en fait qu&#39;une pour tous, au moyen de l&#39;un d&#39;entre eux, le Discours de la M&eacute;thode, qu&#39;il prend comme texte de tous les autres, se servant de ceux-ci comme de commentaires de celui-l&agrave;. Le proc&eacute;d&eacute; &eacute;tait simple et s&ucirc;r, pour peu qu&#39;il f&ucirc;t bien suivi, et il l&#39;a &eacute;t&eacute;, nous devons le dire, habilement par l&#39;auteur.<br \/>Cependant peut-&ecirc;tre le choix du Discours de la M&eacute;thode, au premier abord tr&egrave;s-plausible, n&#39;est-il pas au fond le meilleur ? et, pour mieux entrer dans les sentiments et dans les vues de Descartes, qui s&#39;en explique &agrave; cet &eacute;gard et d&eacute;clare express&eacute;ment cette production insuffisante, valait-il mieux prendre &agrave; la place les M&eacute;ditations ou les Principes, et plut&ocirc;t encore les Principes ? Mais c&#39;&eacute;tait l&agrave; un inconv&eacute;nient facile &agrave; corriger et que corrige l&#39;auteur par le soin qu&#39;il met &agrave; rechercher, pour les rallier avec ordre au Discours de la M&eacute;thode, les divers &eacute;l&eacute;ments de philosophie r&eacute;pandus dans les autres ouvrages.<br \/>Cette exposition est donc bien faite, simple et large &agrave; la fois, elle a le m&eacute;rite de tout comprendre, sans vaine abondance ni redites ; elle est fid&egrave;le et compl&egrave;te ; cependant, peut-&ecirc;tre d&eacute;sirerait-on un peu plus de citations ou du moins d&#39;indications, et certaines explications un peu mieux pr&eacute;sent&eacute;es.<br \/><br \/>[L&#39;existence de Dieu et la conservation de notre &ecirc;tre].<br \/>Ainsi, par exemple, parmi les preuves de l&#39;existence de Dieu que propose Descartes, il y a celle qu&#39;il tire de la conservation de notre &ecirc;tre. L&#39;auteur ne l&#39;a pas oubli&eacute;e ; mais, en la rapportant, il n&#39;a pas assez insist&eacute; sur certains termes, qui ont ici leur importance et leur cons&eacute;quence, tels que ceux-ci : conserver est produire derechef. Apr&egrave;s ces expressions du ma&icirc;tre, il n&#39;est pas, en effet, &eacute;tonnant que les disciples, en les d&eacute;veloppant (on peut citer Clauberg, par exemple), en soient venus &agrave; dire que, conserv&eacute;s de la sorte, produits &agrave; chaque instant derechef, nous ne sommes que des actes ou des op&eacute;rations de Dieu, qui nous fait &ecirc;tre &agrave; ce titre comme nous faisons &ecirc;tre nos pens&eacute;es, nos affections et nos volont&eacute;s. Et de tels disciples &agrave; Spinoza la distance n&#39;est pas grande. Il importait donc de noter ce qui pouvait servir &agrave; expliquer un tel rapprochement.<br \/><br \/>[Dieu et la libert&eacute; d&#39;indiff&eacute;rence].<br \/>On ne voit pas non plus que l&#39;auteur ait suffisamment insist&eacute; sur cette esp&egrave;ce de libert&eacute; d&#39;indiff&eacute;rence que Descartes attribue &agrave; Dieu, et en vertu de laquelle il affirme qu&#39;il a pu faire que ce qui est vrai ne le f&ucirc;t pas, que ce qui est bien ne le f&ucirc;t pas, et donner ainsi, &agrave; l&#39;un et &agrave; l&#39;autre, un principe arbitraire.<br \/><br \/>[Les id&eacute;es inn&eacute;es dans les M&eacute;ditations].<br \/>On aurait pu demander aussi que sur la question des id&eacute;es inn&eacute;es il remarqu&acirc;t, pour en &eacute;claircir le sens d&#39;apr&egrave;s Descartes, outre les interpr&eacute;tations qu&#39;on en trouve dans la pol&eacute;mique et dans les lettres, le passage m&ecirc;me des M&eacute;ditations, dans lequel, pour la premi&egrave;re fois, elles se trouvent nomm&eacute;es, et o&ugrave; se lit l&#39;expression former, appliqu&eacute;e &agrave; ces id&eacute;es, laquelle &eacute;carte, d&egrave;s le principe, toute mani&egrave;re trop &eacute;troite d&#39;entendre cette inn&eacute;it&eacute;.<br \/>Il faut dire encore que dans cette analyse la partie physique et math&eacute;matique est moins approfondie et moins consid&eacute;rable que dans plusieurs autres m&eacute;moires, le n&deg; 4 et le n&deg; 2 en particulier.<br \/>Enfin, si plus tard il dit quelque chose soit sur les causes finales, soit sur les formes substantielles, ce n&#39;est pas avec assez de d&eacute;veloppement ni avec une appr&eacute;ciation suffisante de la valeur historique de ces deux questions, mi-partie religieuses, mi-partie philosophiques.<br \/>Du reste, toute cette exposition, &agrave; ce peu de chose pr&egrave;s, tr&egrave;s-satisfaisante, se termine elle-m&ecirc;me par un r&eacute;sum&eacute;, dans lequel l&#39;auteur d&eacute;gage avec pr&eacute;cision les principes g&eacute;n&eacute;raux de la philosophie de Descartes qui doivent avoir le plus d&#39;influence sur les syst&egrave;mes ult&eacute;rieurs.<br \/><br \/>[Le groupe des disciples de Descartes].<br \/>Du ma&icirc;tre il passe ensuite aux disciples, et d&#39;abord &agrave; ceux qui le suivent &agrave; peu pr&egrave;s sans dissidence ; et ici, sans r&eacute;p&eacute;ter ce qui a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; dit &agrave; propos d&#39;un autre m&eacute;moire, il faut cependant remarquer que s&#39;il y avait dans le cart&eacute;sianisme quelque chose aujourd&#39;hui d&#39;un peu neuf ou de moins connu &agrave; &eacute;tudier et &agrave; remettre en lumi&egrave;re, c&#39;&eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment ce groupe d&#39;hommes, d&#39;un ordre moins &eacute;lev&eacute;, mais encore dignes d&#39;attention, qui viennent en aide &agrave; Descartes, et servent avec z&egrave;le la m&ecirc;me cause philosophique.<br \/>Or, l&#39;auteur du m&eacute;moire ne s&#39;est gu&egrave;re occup&eacute; que de Clerselier, Rohault, Delaforge et Regis, et il en a dit peu de chose ; il s&#39;est, de plus, m&ecirc;l&eacute;, &agrave; ce qu&#39;il a dit, quelques inexactitudes de d&eacute;tail qu&#39;il aurait pu &eacute;viter, comme, par exemple, lorsqu&#39;il croit que le trait&eacute; de Delaforge a &eacute;t&eacute; &eacute;crit en latin, tandis qu&#39;il a &eacute;t&eacute; simplement traduit en cette langue ; et que cet auteur semble vouloir se couvrir du principe de l&#39;autorit&eacute;, tandis qu&#39;il y a &agrave; citer de lui des paroles d&#39;un sens tout oppos&eacute;. Il aurait aussi pu noter que Regis, sur certains points, n&#39;avait gu&egrave;re fait que suivre et presque copier Delaforge. Mais il ne parle pas de Clauberg, non plus que de Geulincx, qui ne sont cependant pas sans importance dans leur &eacute;cole, et qui ont m&ecirc;me de sensibles rapports avec Malebranche et Spinoza ; il ne dit rien de tous ces confesseurs, d&eacute;fenseurs et commentateurs, que Descartes eut d&#39;abord &agrave; peu pr&egrave;s comme un ancien, et qui, en France, et hors de France, et surtout en Hollande, servirent &agrave; r&eacute;pandre et &agrave; populariser la philosophie cart&eacute;sienne, et c&#39;est l&agrave; certes une omission.<br \/>Des purs et simples cart&eacute;siens, l&#39;auteur arrive naturellement &agrave; ceux qui le sont avec leur g&eacute;nie propre, leur ind&eacute;pendance et leur originalit&eacute;, et il commence par Spinoza.<br \/><br \/>[Spinoza vient de Descartes].<br \/>Spinoza, en effet, vient &eacute;videmment de Descartes ; et d&#39;abord c&#39;est de lui qu&#39;il apprend en quelque sorte &agrave; penser, &agrave; tenir peu de compte du pass&eacute; et de l&#39;histoire, et &agrave; suivre l&#39;&eacute;vidence comme seule r&egrave;gle de certitude ; il est plein, sous ce rapport, de l&#39;esprit de Descartes. Mais il en a plus que l&#39;esprit, il en a aussi certains principes, qu&#39;il a, il est vrai, entendus et d&eacute;velopp&eacute;s &agrave; sa mani&egrave;re, ce qui fait dire avec raison &agrave; Leibnitz du spinozisme, qu&#39;il est un cart&eacute;sianisme immod&eacute;r&eacute;, cartesianismus immoderatus. Pour ne nous arr&ecirc;ter qu&#39;au capital, c&#39;est de l&#39;id&eacute;e de sa substance g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e et syst&eacute;matis&eacute;e avec rigueur d&#39;apr&egrave;s Descartes, que Spinoza a tir&eacute; son unit&eacute; de substance, le double attribut de cette unit&eacute;, le double mode de cet attribut. Descartes, il est vrai, averti, soit par ses propres r&eacute;flexions, soit par certaines t&eacute;m&eacute;rit&eacute;s de d&eacute;duction de quelques-uns de ses disciples, s&#39;&eacute;tait h&acirc;t&eacute; d&#39;ajouter, en d&eacute;finissant, comme il le faisait, la substance en g&eacute;n&eacute;ral, qu&#39;il ne fallait pas prendre le mot au regard des cr&eacute;atures dans la m&ecirc;me acception qu&#39;un regard du cr&eacute;ateur ; et Regis, de son c&ocirc;t&eacute;, fid&egrave;le interpr&egrave;te de ces paroles, disait que si l&#39;&ecirc;tre cr&eacute;&eacute; n&#39;est pas une substance par soi, il est une substance en soi ; mais il n&#39;est pas moins vrai que ce principe pouvait &ecirc;tre entendu comme il le fut par Spinoza, et donner lieu &agrave; la doctrine qu&#39;il en d&eacute;duisit sans d&eacute;tour avec toute l&#39;inflexibilit&eacute; de sa logique de g&eacute;om&egrave;tre.<br \/>L&#39;auteur suit et marque habilement ce rapport essentiel de Spinoza &agrave; Descartes ; il en indique &eacute;galement d&#39;autres, moins importants et secondaires, mais qu&#39;il &eacute;tait bon de ne pas n&eacute;gliger.<br \/><br \/>[Ce qui s&eacute;pare Spinoza de Descartes]<br \/>Il a soin en m&ecirc;me temps de rappeler les diff&eacute;rences qui les distinguent et les s&eacute;parent ; et en tout, cette partie qui devait &ecirc;tre comme elle l&#39;est, fondamentale dans le m&eacute;moire est trait&eacute;e solidement et dans une tr&egrave;s-juste mesure. Elle est en particulier termin&eacute;e, sous forme de conclusion, par un morceau remarquable o&ugrave; il fait de plus en plus saisir cette &eacute;troite filiation de l&#39;auteur des M&eacute;ditations &agrave; celui de l&#39;Ethique. Il porte d&#39;ailleurs, dans cette appr&eacute;ciation, outre une sagacit&eacute; remarquable, un sentiment de sympathie et de juste r&eacute;habilitation pour la personne du pauvre juif, qui lui aussi, comme Descartes, mais &agrave; de plus dures conditions, d&eacute;voua sans partage &agrave; la philosophie sa douce et patiente &acirc;me ; sentiment auquel il peut d&#39;autant mieux se livrer sans scrupule, que dans son bon sens &eacute;clair&eacute;, s&#39;il est indulgent &agrave; l&#39;homme, il ne faiblit ni ne fl&eacute;chit devant les principes du syst&egrave;me, et que, s&#39;appuyant de Leibnitz, il les attaque et les combat avec force et fermet&eacute;.<br \/><br \/>[Malebranche vient aussi de Descartes].<br \/>Malebranche vient de Descartes &agrave; peu pr&egrave;s comme Spinoza ; seulement c&#39;est avec moins de cons&eacute;quence ; c&#39;est avec une r&eacute;serve de pens&eacute;e que lui imposent sa croyance et son z&egrave;le de pr&ecirc;tre, et qui ne pouvait retenir le fils &eacute;mancip&eacute;, ou plut&ocirc;t r&eacute;volt&eacute; et ind&eacute;pendant de la synagogue. L&#39;auteur a soin de le faire remarquer avant de donner l&#39;analyse des diff&eacute;rentes th&eacute;ories du syst&egrave;me de Malebranche, telles que celles de la Vision en Dieu, de l&#39;Existence du monde, de la Libert&eacute; et de la volont&eacute;, enfin des Causes occasionnelles ; et, apr&egrave;s les avoir expos&eacute;es, il rappelle encore ce point de vue qu&#39;il r&eacute;sume en ces termes : &quot;La diff&eacute;rence entre leurs doctrines (celles de Spinoza et de Malebranche) est peut-&ecirc;tre plus apparente que r&eacute;elle ; leurs principes sont les m&ecirc;mes : un peu plus ou un peu moins de logique, voil&agrave; tout ce qui les s&eacute;pare.&quot; Spinoza aurait pu prendre aussi pour devise philosophique ces paroles des Actes des ap&ocirc;tres, sur l&#39;autorit&eacute; desquelles s&#39;appuie souvent Malebranche : In ipso vivimus, movemur et sumus (p. 277) ; et qu&#39;il a prises, en effet, ou du moins l&#39;&eacute;quivalent, aurait pu ajouter l&#39;auteur ; car on sait que l&#39;&eacute;pigraphe du Tractus theologico-politicus est : Per hoc cognoscimus quod in Deo manemus, et Deus manet in nobis, et quod de spiritu suo dedit nobis. (Saint Jean, &eacute;p&icirc;t. 5, chap. 4, vers. 13.)<br \/><br \/>[Geulincx et Malebranche].<br \/>Et, puisque avec l&#39;int&eacute;r&ecirc;t qu&#39;inspire justement un travail si bien fait, dont on voudrait effacer ou r&eacute;parer les d&eacute;fauts, nous avons pris soin de noter toutes les taches qui s&#39;y rencontrent, il est &agrave; regretter, nous l&#39;avouerons, que, pour avoir n&eacute;glig&eacute; de parler de Geulincx, l&#39;auteur n&#39;ait pas montr&eacute; les rapports &eacute;vidents qui en plus d&#39;un point important le rapprochent de Malebranche ; car en lui aussi il y a des traces, et des traces assez sensibles, soit des Causes occasionnelles, soit m&ecirc;me de la Vision en Dieu : elles paraissent non douteuses dans sa Metaphysica vera, et surtout dans son Ethique ; c&#39;est le m&ecirc;me esprit chr&eacute;tien qui, mal temp&eacute;r&eacute; et d&eacute;tourn&eacute; de sa voie r&eacute;guli&egrave;re, incline imprudemment vers une sorte de mysticisme, dans lequel sont bien pr&egrave;s de se perdre et de p&eacute;rir la libert&eacute; et la personnalit&eacute; humaines.<br \/>Malgr&eacute; tout cependant, comme celui de Spinoza, ce morceau se distingue par une simplicit&eacute; et une s&ucirc;ret&eacute; de vues, par une intelligence des rapports qui se remarquent constamment dans la suite de ce m&eacute;moire.<br \/><br \/>[La filiation de Descartes &agrave; Locke].<br \/>De Descartes &agrave; Spinoza, ainsi qu&#39;&agrave; Malebranche, la filiation est sensible ; mais elle ne l&#39;est pas autant de Descartes &agrave; Locke lui-m&ecirc;me ; elle est d&#39;ailleurs moins profonde ; et la preuve, c&#39;est que si les deux premiers se s&eacute;parent de leur ma&icirc;tre, c&#39;est en poussant la suite de sa doctrine, comme dit Leibnitz, et non en le combattant, tandis que Locke, au contraire, l&#39;attaque, et se porte son adversaire. C&#39;&eacute;tait donc l&agrave; une relation &agrave; bien reconna&icirc;tre et &agrave; bien d&eacute;finir, et l&#39;auteur l&#39;a fait avec discernement et justesse ; et comme des deux faces sous lesquelles se pr&eacute;sente cette relation, la plus apparente et la plus vulgaire est celle de la diff&eacute;rence, il s&#39;est surtout attach&eacute; &agrave; celle de la ressemblance, guid&eacute; dans cette vue par D. Stewart, qu&#39;il a soin au reste de citer, et auquel il attribue le m&eacute;rite d&#39;avoir &eacute;t&eacute; un des premiers &agrave; consid&eacute;rer Locke sous ce rapport. Ce qui fait donc que, selon lui, Locke proc&egrave;de de Descartes, c&#39;est la m&eacute;thode, c&#39;est l&#39;esprit, c&#39;est le sens psychologique ; l&#39;auteur l&#39;explique et le d&eacute;montre par des textes, qui, en effet, ne laissent gu&egrave;re en eux-m&ecirc;mes de doute &agrave; cet &eacute;gard, et pourraient tout au plus, dans leur opposition &agrave; des textes diff&eacute;rents, donner lieu au reproche d&#39;incons&eacute;quence et de contradiction auquel Locke n&#39;a pas toujours &eacute;chapp&eacute;.<br \/><br \/>[Incons&eacute;quences et contradictions de Locke].<br \/>En voici quelques-uns :<br \/>&quot;Je ne m&#39;engagerai point, dit Locke, &agrave; consid&eacute;rer en physicien la nature de l&#39;&acirc;me, &agrave; voir quels mouvements doivent s&#39;exciter dans les esprits animaux, ou quels changements doivent arriver dans notre corps pour produire, &agrave; la faveur de nos organes, certaines sensations ou certaines id&eacute;es &hellip;&quot; Il dit encore, liv. 2, chap. XXIII, de l&#39;Essai : &quot;Voici, en peu de mots, &agrave; quoi se r&eacute;duit l&#39;id&eacute;e que nous avons du corps. La substance de l&#39;esprit nous est inconnue, et celle du corps nous l&#39;est tout autant. Nous avons des id&eacute;es claires et distinctes des deux premi&egrave;res qualit&eacute;s ou propri&eacute;t&eacute;s du corps, qui sont la coh&eacute;sion des parties solides et l&#39;impulsion. De m&ecirc;me nous connaissons dans l&#39;esprit deux premi&egrave;res qualit&eacute;s ou propri&eacute;t&eacute;s, dont nous avons des id&eacute;es claires et distinctes, savoir : la pens&eacute;e et la puissance d&#39;agir &hellip;&quot; Et plus loin, dans le m&ecirc;me chapitre : &quot;Nous avons autant de raison de nous contenter de l&#39;id&eacute;e d&#39;un &ecirc;tre immat&eacute;riel que de celle que nous avons du corps, et d&#39;&ecirc;tre &eacute;galement convaincus de l&#39;existence de tous les deux ; car il n&#39;y a pas plus de contradiction que la pens&eacute;e existe s&eacute;par&eacute;e et ind&eacute;pendante de la solidit&eacute;, qu&#39;il n&#39;y en a que la solidit&eacute; existe s&eacute;par&eacute;e et ind&eacute;pendante de la pens&eacute;e &hellip;&quot; Qu&#39;on rapproche, avec l&#39;auteur du m&eacute;moire, ces passages de passages analogues qu&#39;on trouve sans peine dans Descartes, et on se convaincra qu&#39;en effet la m&eacute;thode de l&#39;Essai sur l&#39;entendement humain est &agrave; peu pr&egrave;s celle des M&eacute;ditations.<br \/>Il est encore un autre rapprochement &agrave; faire entre ces deux philosophes : c&#39;est l&#39;id&eacute;e de l&#39;&acirc;me consid&eacute;r&eacute;e comme substance passive, ce qui fait dire &agrave; M. Maine de Biran que le sage Locke, en parlant de la substance d&#39;apr&egrave;s Descartes, abonde sans le vouloir dans le sens de Spinoza.<br \/>Or ces points suffisent certainement pour constater la filiation du p&egrave;re de la philosophie moderne &agrave; l&#39;homme qui, en la d&eacute;tournant du spiritualisme au sensualisme, ne l&#39;a pas moins, sous quelques rapports, fid&egrave;lement suivie dans la voie o&ugrave; d&#39;abord l&#39;avait plac&eacute;e Descartes, et l&#39;auteur du m&eacute;moire a sagement fait de dire, surtout avec les r&eacute;serves qu&#39;il y met justement, que l&#39;Essai sur l&#39;entendement humain, en raison de la popularit&eacute; dont il a joui, a peut-&ecirc;tre, apr&egrave;s les M&eacute;ditations, contribu&eacute;, plus que tout autre ouvrage, &agrave; r&eacute;pandre l&#39;esprit de la v&eacute;ritable m&eacute;thode psychologique.<br \/><br \/>[Leibnitz : un penseur selon Descartes].<br \/>Il explique Leibnitz comme il a expliqu&eacute; Locke, Malebranche et Spinoza ; c&#39;est aussi, &agrave; ses yeux, un penseur selon Descartes, mais non en tout ni pour tout, et qui l&#39;est d&#39;ailleurs comme le g&eacute;nie peut l&#39;&ecirc;tre &agrave; l&#39;&eacute;gard du g&eacute;nie. Leibnitz, de la haute position qu&#39;il prend dans l&#39;histoire, est &agrave; la fois le partisan et l&#39;adversaire de Descartes, l&#39;adversaire en un point, le partisan en l&#39;autre. Il voit dans Spinoza un cart&eacute;sianisme immod&eacute;r&eacute;, et il le mod&egrave;re, ou plut&ocirc;t, car c&#39;est la seule bonne mani&egrave;re de mod&eacute;rer un exc&egrave;s, il le combat dans son principe, dans l&#39;id&eacute;e de substance, et il lui oppose celle de force, de cause substantielle, &agrave; la pure passivit&eacute; il substitue l&#39;activit&eacute; ; &agrave; ces existences qui n&#39;en sont pas, qui ne sont que des modes d&#39;attributs, de pleines et enti&egrave;res existences, des ent&eacute;l&eacute;chies, des monades. Mais, d&#39;autre part, on dirait que s&#39;il voit dans Spinoza un cart&eacute;sianisme immod&eacute;r&eacute;, il voit dans Malebranche, au moins sous certains rapports, un cart&eacute;sianisme trop mod&eacute;r&eacute;, et il ne consent &agrave; accepter l&#39;hypoth&egrave;se de l&#39;assistance divine ou des causes occasionnelles, que pour la transformer hardiment en celle de l&#39;harmonie pr&eacute;&eacute;tablie. Il ne r&eacute;prime ainsi d&#39;une main la philosophie cart&eacute;sienne que pour lui l&acirc;cher la bride de l&#39;autre ; il ne la refr&egrave;ne en un sens que pour la pousser dans l&#39;autre, et malheureusement, dans ce double effort, il se contrarie et s&#39;entrave lui-m&ecirc;me ; il affaiblit, par l&#39;une de ces id&eacute;es, les heureux effets de l&#39;autre, et par l&#39;harmonie pr&eacute;&eacute;tablie porte coup aux monades.<br \/>Tel est en r&eacute;sum&eacute; le sentiment de l&#39;auteur au sujet de Leibnitz, sentiment juste en lui-m&ecirc;me, et auquel il ne manque, pour &ecirc;tre plus complet, que de s&#39;&ecirc;tre &eacute;tendu de la m&eacute;taphysique &agrave; la physique et aux math&eacute;matiques, et d&#39;y avoir suivi le lien qui, l&agrave; encore, unit Leibnitz &agrave; Descartes.<br \/><br \/>[La part prise au mouvement cart&eacute;sien, par d&#39;autres auteurs].<br \/>&nbsp;Il devient moins important de voir comment l&#39;auteur envisage et estime, pour la part qu&#39;ils ont prise au mouvement cart&eacute;sien, d&#39;autres esprits &eacute;galement &eacute;minents, mais moins sp&eacute;cialement philosophiques, Pascal, Bayle, Port-Royal, Bossuet, F&eacute;nelon, etc., etc. Nous nous bornerons &agrave; quelques remarques qui suffiront &agrave; cet &eacute;gard. Ainsi, il montre bien comment Bayle, d&#39;apr&egrave;s l&#39;esprit de scepticisme qui l&#39;anime constamment, affecte de soutenir ce qu&#39;il y a de moins plausible dans Descartes, comme le principe de la conservation, la th&eacute;orie de l&#39;assistance, l&#39;hypoth&egrave;se de l&#39;animal machine, pour en tirer ensuite des objections contre la libert&eacute; et la Providence (p. 332) ; comment la logique de Port-Royal se rattache et tient &eacute;troitement &agrave; la philosophie de Descartes ; il aurait peut-&ecirc;tre pu aller plus loin, et dire que Descartes lui-m&ecirc;me y avait coop&eacute;r&eacute;, ou du moins, pour certaines parties, avait express&eacute;ment &eacute;t&eacute; mis &agrave; contribution.<br \/>A ses observations tr&egrave;s-justes sur le Trait&eacute; de la connaissance de Dieu et de soi-m&ecirc;me de Bossuet, il aurait pu ajouter, pour plus amples informations, qu&#39;avec Bossuet, qui, en effet, termina l&#39;imitation par un ouvrage inimitable, il y eut plusieurs auteurs, tels que le P. Lami, Clauberg, et m&ecirc;me des hommes moins connus dans l&#39;histoire de la philosophie, l&#39;a&iuml;eul du chancelier S&eacute;guier, par exemple, qui firent chacun &agrave; leur mani&egrave;re leur Connaissance de Dieu et de soi-m&ecirc;me ; tant il est vrai, encore une fois, que Descartes, qui avait comme donn&eacute; le ton &agrave; ces sortes de trait&eacute;s dans ses M&eacute;ditations, fut d&#39;un exemple f&eacute;cond et puissant pour son si&egrave;cle. Enfin il remarque avec raison que combattre comme F&eacute;nelon le spinozisme par le cart&eacute;sianisme, ce n&#39;est pas bien choisir son terrain, ni se servir des meilleurs armes, et qu&#39;il lui manque sous ce rapport, comme &agrave; tous les disciples de Descartes, quelque principe plus vrai qui lui permette d&#39;&ecirc;tre un adversaire plus cons&eacute;quent et plus fort, et que le v&eacute;ritable adversaire &agrave; opposer &agrave; Spinoza, ce n&#39;est pas Descartes, mais Leibnitz.<br \/><br \/>[Les v&eacute;rit&eacute;s et les erreurs du cart&eacute;sianisme]. <br \/>Mais nous laissons ce morceau relatif &agrave; l&#39;Influence de la philosophie cart&eacute;sienne sur les grands &eacute;crivains du XVIIe si&egrave;cle, qui est encore philosophique, mais ne serait pas loin de devenir litt&eacute;raire, et qui d&#39;ailleurs en lui-m&ecirc;me est quelque peu incomplet, pour nous h&acirc;ter d&#39;arriver &agrave; celui qui d&eacute;termine le m&eacute;moire sous ce titre : De la part de v&eacute;rit&eacute; et d&#39;erreur contenue dans le cart&eacute;sianisme, et qui est ou du moins doit &ecirc;tre bien autrement philosophique.<br \/>L&#39;auteur y dit en r&eacute;sum&eacute;, &agrave; la suite d&#39;une discussion qui a pour but d&#39;amener et de justifier ses conclusions (p. 502), &quot;que l&#39;&eacute;vidence pos&eacute;e comme le signe unique et infaillible de la v&eacute;rit&eacute; et la souverainet&eacute; de la raison, que la distinction nette et profonde des ph&eacute;nom&egrave;nes de l&#39;esprit et des ph&eacute;nom&egrave;nes du corps, avec la vraie m&eacute;thode philosophique qui en est la cons&eacute;quence, et l&#39;existence d&#39;id&eacute;es autres que celles qui nous viennent des sens, telles sont les trois grandes v&eacute;rit&eacute;s que contient le cart&eacute;sianisme ; mais qu&#39;&agrave; c&ocirc;t&eacute; il renferme un plus grand nombre d&#39;erreurs, telles qu&#39;en m&eacute;taphysique la n&eacute;cessit&eacute; d&#39;&eacute;tablir la l&eacute;gitimit&eacute; du criterium de l&#39;&eacute;vidence par la d&eacute;monstration de l&#39;existence de Dieu, la d&eacute;monstration m&ecirc;me de cette existence, la n&eacute;gation de l&#39;&eacute;vidence du monde ext&eacute;rieur, la confusion de la volont&eacute; avec l&#39;intelligence, de la r&eacute;solution avec le jugement, l&#39;hypoth&egrave;se touchant les b&ecirc;tes, et enfin la plus capitale de toutes, le principe de la passivit&eacute; des substances cr&eacute;&eacute;es ; et, en physique, la th&eacute;orie des tourbillons, qui toutefois a pr&eacute;par&eacute; les grandes d&eacute;couvertes de Newton, et a &eacute;t&eacute; jug&eacute;e par d&#39;Alembert une des plus belles hypoth&egrave;ses que le g&eacute;nie de l&#39;homme ait jamais con&ccedil;ues, et enfin aussi, comme capitale, l&#39;explication physiologique du Trait&eacute; de l&#39;homme.&quot;<br \/>Tel est le compte que dresse l&#39;auteur des erreurs et des v&eacute;rit&eacute;s &agrave; reconna&icirc;tre dans Descartes. Ce compte est-il complet, et en lui-m&ecirc;me est-il exact ?<br \/><br \/>[Ce sur quoi Bouillier commet des omissions].<br \/>On peut d&#39;abord y remarquer certaines omissions ou pr&eacute;termissions, comme quand, par exemple, il ne discute pas, ou ne touche qu&#39;en passant la doctrine des id&eacute;es inn&eacute;es, celle des causes finales, celle des formes substantielles, celle du principe et de l&#39;origine des v&eacute;rit&eacute;s n&eacute;cessaires, et quelques autres points de m&eacute;taphysique qui se trouvent soit dans les &eacute;crits dogmatiques, soit dans les &eacute;crits pol&eacute;miques, soit dans les Lettres de Descartes. En physique il y a &eacute;galement plusieurs parties assez importantes qui ont &eacute;t&eacute; n&eacute;glig&eacute;es, ou trop sommairement appr&eacute;ci&eacute;es, comme, par exemple, les id&eacute;es des lois du mouvement, de l&#39;espace, du plein et des &eacute;l&eacute;ments ; et en g&eacute;n&eacute;ral sur ces mati&egrave;res, dans la critique comme dans l&#39;exposition, l&#39;auteur a &eacute;t&eacute; un peu court, surtout comparativement aux meilleurs de ses concurrents.<br \/><br \/>[Ce sur quoi Bouillier commet des erreurs d&#39;apr&eacute;ciation].<br \/>Mais il est un point sur lequel il n&#39;y a pas eu de sa part oubli ou absence de discussion, et qui nous para&icirc;t m&eacute;riter un autre genre de reproche, celui d&#39;inexacte appr&eacute;ciation ; c&#39;est le point relatif aux preuves de l&#39;existence de Dieu. De ces trois preuves il en est une, celle tir&eacute;e de la conservation ou de la cr&eacute;ation continu&eacute;e, que l&#39;auteur examine &agrave; peine, vraisemblablement parce qu&#39;il l&#39;admet ; or, m&ecirc;me en l&#39;admettant, il y avait &agrave; la juger et ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Le 3 et 10 avril 1841, l&rsquo;historien de la philosophie Jean Philibert Damiron [1764-1862], au nom de la section de Philosophie de l&rsquo;Acad&eacute;mie de Sciences morales et politiques, lit le Rapport concernant les manuscrits se rapportant au Concours de juin 1838 : Examen critique du cart&eacute;sianisme.<br \/>Il consacre une partie de son analyse au texte de Francisque Bouillier [1813-1899], qui sera, avec l&rsquo;essayiste Jean Bordas-Demoulin [1798-1859], l&rsquo;un des deux laur&eacute;ats. <\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[34],"tags":[],"class_list":["post-143","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philo-du-xixe-en-france-articles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=143"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/143\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=143"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=143"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}