{"id":117,"date":"2010-04-17T18:57:52","date_gmt":"2010-04-17T18:57:52","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-04-17T18:57:52","modified_gmt":"2010-04-17T18:57:52","slug":"Victor-Cousin-Henri-Perreyve-et-le-surnaturel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/Victor-cousin\/Victor-Cousin-Henri-Perreyve-et-le-surnaturel.html","title":{"rendered":"Victor Cousin, Henri Perreyve et le surnaturel"},"content":{"rendered":"Dans une lettre au R&eacute;v&eacute;rend P&egrave;re Lacordaire [1802-1861] directeur du coll&egrave;ge dominicain de Sor&egrave;ze, dont il est l&rsquo;ami intime, lettre en date du 17 ao&ucirc;t 1856,&nbsp; Henri Perreyve [1831-1865], ancien membre de l&rsquo;Oratoire de l&rsquo;Immacul&eacute;e conception de Paris, et qui sera bient&ocirc;t&nbsp; pr&ecirc;tre, t&eacute;moigne des sentiments de V. Cousin &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la question du surnaturel. Son &acirc;me, dit Perreyve, en parlant du chantre du spiritualisme, &laquo; semble admirablement sollicit&eacute;e par les d&eacute;sirs de la v&eacute;rit&eacute; religieuse &raquo;.<!--more--><p>Au R.P. Lacordaire. <\/p>  <p>Paris, 17 ao&ucirc;t 1856.&nbsp; <\/p>    <p>&laquo;<br \/> Mon bon P&egrave;re et ami,&nbsp; <\/p>      <p>J&#39;ai beaucoup &agrave; vous parler de M. Cousin que j&#39;ai vu plusieurs fois et m&ecirc;me intimement. Je retire tout d&#39;abord les jugements s&eacute;v&egrave;res que je portais sur lui avant de le conna&icirc;tre. Mon Dieu ! qu&#39;il faut donc prendre garde quand on touche aux &acirc;mes ! J&#39;ai &eacute;t&eacute; content de lui. Nous nous sommes trouv&eacute;s conna&icirc;tre et aimer les m&ecirc;mes personnes, ce qui suffit aux premi&egrave;res ouvertures. Je lui ai parl&eacute; de l&#39;occupation o&ugrave; vous &eacute;tiez de ses &eacute;crits, ce qui l&#39;a fort charm&eacute;. Mille protestations d&#39;estime, d&#39;amiti&eacute;, ont suivi pour vous, qui m&#39;ont tout de suite caress&eacute; le coeur &agrave; l&#39;endroit faible.&nbsp; <\/p>  <p>Nous avons souvent abord&eacute; les sujets de la philosophie et de la religion. Je lui ai dit un jour : &quot;Monsieur, il y a dans vos &eacute;crits et surtout dans ceux de vos disciples un sentiment qui nous afflige, c&#39;est la n&eacute;gation implicite dans l&#39;homme d&#39;un besoin surnaturel, la n&eacute;gation qu&#39;un secours surnaturel lui soit n&eacute;cessaire pour atteindre la perfection de ses destin&eacute;es.&quot; Il m&#39;a r&eacute;pondu : &quot;Je n&#39;ai jamais ni&eacute; l&#39;existence d&#39;un ordre surnaturel ; je l&#39;ai m&ecirc;me implicitement reconnu, puisque j&#39;ai distingu&eacute; constamment l&#39;ordre naturel de l&#39;ordre surnaturel. On n&#39;&eacute;tablit de distinction entre deux termes, qu&#39;&agrave; la condition de reconna&icirc;tre l&#39;existence de ces deux termes. &Eacute;tablir cette distinction n&#39;est pas une oeuvre rationaliste ; le vrai rationalisme consiste &agrave; confondre les deux ordres, &agrave; vouloir expliquer les faits de l&#39;ordre surnaturel par des raisons tir&eacute;es de l&#39;ordre naturel. Je n&#39;ai pas entrepris cette oeuvre et ne l&#39;ai jamais inspir&eacute;e. La n&eacute;cessit&eacute; de l&#39;ordre surnaturel n&#39;est pas moins &eacute;vidente que son existence ; on en rencontre la preuve &agrave; chaque pas. Voyez ces hommes (en ce moment passaient devant nous trois pauvres montagnards), ont-ils le temps de sonder les plis et les replis des questions philosophiques ? En ont-ils la force intellectuelle ? Non ; il leur faut donc pour atteindre la v&eacute;rit&eacute; un secours d&#39;en haut, il leur faut J&eacute;sus-Christ.&quot; &#8211; Je lui dis alors : &quot;Il me semble, monsieur, que nous avons autant qu&#39;eux besoin de J&eacute;sus-Christ ; car, r&eacute;duite &agrave; ses seules forces, devant les v&eacute;rit&eacute;s &eacute;ternelles, notre &acirc;me n&#39;est gu&egrave;re plus capable d&#39;y atteindre que la leur.&quot; Il m&#39;a r&eacute;pondu : &quot;Ah ! sans doute, monsieur, quand je vous montre ces pauvres montagnards, c&#39;est l&#39;homme que je vous montre, et l&#39;homme, c&#39;est nous. Un peu plus ou un peu moins de barbouillage n&#39;y fait rien. On a tort, monsieur, de m&#39;opposer toujours mes premiers &eacute;crits : quel est l&#39;homme qui ne change pas en vieillissant ? Pour moi, je marche tous les jours ; oui, je marche, ou plut&ocirc;t, ajouta-t-il en plaisantant et par allusion &agrave; une mont&eacute;e p&eacute;nible que nous gravissions alors, comme je me fais vieux, je me tra&icirc;ne.&quot; <\/p>  <p>Il m&#39;est trop impossible, mon bon P&egrave;re, de vous redire tout ce que j&#39;ai entendu d&#39;&eacute;tonnant et de consolant dans ces conversations. Il en r&eacute;sulte pour moi que cette &acirc;me est admirablement sollicit&eacute;e par les d&eacute;sirs de la v&eacute;rit&eacute; religieuse et qu&#39;elle c&egrave;de chaque jour davantage &agrave; cet attrait. Ce n&#39;est pas seulement &agrave; moi, eccl&eacute;siastique, c&#39;est aussi &agrave; des la&iuml;ques que M. Cousin parlait ainsi. M. de Lagren&eacute;, qui m&#39;a pr&eacute;sent&eacute; &agrave; lui, me disait qu&#39;il l&#39;entretenait sans cesse de ses pens&eacute;es religieuses. Il lui demandait un matin s&#39;il avait bien dormi : &quot;Non, r&eacute;pondit M. Cousin, j&#39;ai depuis quelque temps des insomnies. Savez-vous ce qui m&#39;emp&ecirc;che de dormir, mon cher ? C&#39;est le cat&eacute;chisme. &quot; Au demeurant, il ne manque jamais la messe et s&#39;y tient fort recueilli.&nbsp; <\/p>   <p>Voici les faits. Je suis maintenant fort tent&eacute;, mon bon P&egrave;re, d&#39;&eacute;crire ceci &agrave; Rome, o&ugrave; la cause de M. Cousin est pendante. Quelques personnes m&#39;y engagent ; mais ma seule appr&eacute;ciation serait, ce me semble, bien peu de chose. Qu&#39;en pensez-vous ? Veuillez ne consulter que l&#39;int&eacute;r&ecirc;t de cette &acirc;me et de la v&eacute;rit&eacute; ; je ferai ce qui vous para&icirc;tra sage. [&hellip;] &raquo;<\/p>    <p>Extrait de Lettres de l&rsquo;abb&eacute; Henri&nbsp; Perreyve, 1850-1865. [Paris&nbsp;: Charles Douniol. In-12, 470 p., 1872], page 239 sq.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans une lettre au R&eacute;v&eacute;rend P&egrave;re Lacordaire [1802-1861] directeur du coll&egrave;ge dominicain de Sor&egrave;ze, dont il est l&rsquo;ami intime, lettre en date du 17 ao&ucirc;t 1856,&nbsp; Henri Perreyve [1831-1865], ancien membre de l&rsquo;Oratoire de l&rsquo;Immacul&eacute;e conception de Paris, et qui sera bient&ocirc;t&nbsp; pr&ecirc;tre, t&eacute;moigne des sentiments de V. Cousin &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la question du surnaturel. Son &acirc;me, dit Perreyve, en parlant du chantre du spiritualisme, &laquo; semble admirablement sollicit&eacute;e par les d&eacute;sirs de la v&eacute;rit&eacute; religieuse &raquo;.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-117","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-Victor-cousin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/117","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=117"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/117\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=117"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=117"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=117"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}