{"id":103,"date":"2010-01-07T08:44:15","date_gmt":"2010-01-07T08:44:15","guid":{"rendered":""},"modified":"2010-01-07T08:44:15","modified_gmt":"2010-01-07T08:44:15","slug":"Amedee-Jacques-La-Philosophie-et-la-Liberte-de-penser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.textesrares.com\/pages\/philo-du-xixe-en-france-articles\/Amedee-Jacques-La-Philosophie-et-la-Liberte-de-penser.html","title":{"rendered":"Am\u00e9d\u00e9e Jacques : La Philosophie et la Libert\u00e9 de penser"},"content":{"rendered":"<em>Le 15 d&eacute;cembre 1847, para&icirc;t le premier num&eacute;ro de la revue La Libert&eacute; de penser, Revue philosophique et litt&eacute;raire, fond&eacute;e par Am&eacute;d&eacute;e Jacques. La revue para&icirc;t le 15 de chaque mois, et va fonctionner sur quarante-huit num&eacute;ros, jusqu&rsquo;au 21 novembre 1851, avec la collaboration initiale d&rsquo;Ernest Bersot [1816-1880], d&rsquo;&Eacute;mile Saisset [1814-1863], de Jules Simon [1814-1896]. On trouvera ici le texte int&eacute;gral de son &eacute;ditorial.<\/em><!--more--><p align=\"center\">{mosimage}&nbsp;<\/p><h3>Biographie d&#39;Am&eacute;d&eacute;e Jacques (1813-1865)<br \/><\/h3><p>&Eacute;tudes au lyc&eacute;e Bourbon [lyc&eacute;e Condorcet], ancien &eacute;l&egrave;ve de l&#39;&Eacute;cole normale [1832], agr&eacute;gation de philosophie [1835], doctorat &egrave;s-lettres avec une th&egrave;se sur Aristote consid&eacute;r&eacute; comme historien de la philosophie (Paris, 1837). Enseigne &agrave; Amiens et &agrave; Versailles, puis apr&egrave;s 1837, au coll&egrave;ge Louis le Grand et &agrave; l&#39;&Eacute;cole normale. Agr&eacute;g&eacute; d&#39;enseignement sup&eacute;rieur en philosophie en 1843.R&eacute;dige plusieurs articles pour la premi&egrave;re &eacute;dition du Dictionnaire des sciences philosophiques d&#39;Adolphe Franck (1844-1852). Contribue pour la partie &quot;psychologie&quot;, [avec Jules Simon et &Eacute;mile Saisset] &agrave; un Manuel de philosophie (Paris, 1846). R&eacute;dige diff&eacute;rentes pr&eacute;faces aux oeuvres de F&eacute;nelon, de Leibniz, de Samuel Clarke, dont il est l&#39;&eacute;diteur.<br \/>&nbsp;Intervient &agrave; l&#39;Acad&eacute;mie des sciences morales et politiques [M&eacute;moire sur le sens commun, 1847].<br \/>Fonde en d&eacute;cembre 1847 la revue La Libert&eacute; de penser o&ugrave; il exprime ses id&eacute;es lib&eacute;rales et d&eacute;mocratiques, qui lui font soutenir la R&eacute;volution de 1848. Mais y faisant une critique du premier enseignement religieux donn&eacute; aux enfants, il perd sa chaire, et un arr&ecirc;t&eacute; du Conseil sup&eacute;rieur de l&#39;instruction publique l&#39;interdit d&#39;enseignement. <br \/>Le coup d&#39;&Eacute;tat de Louis-Napol&eacute;on Bonaparte, 2 d&eacute;cembre 1851, lui fait quitter la France, tandis que sa revue est interdite. Gr&acirc;ce &agrave; Alexandre Humboldt [1769-1859], qui s&eacute;journe r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; Paris, est charg&eacute; d&#39;aller en Uruguay, &agrave; Montevideo, pour organiser un grand &eacute;tablissement d&#39;enseignement. Directeur du Coll&egrave;ge de San Miguel de Tucuman en Argentine (1858), se consacre &agrave; la r&eacute;novation du syst&egrave;me d&#39;enseignement, au plan r&eacute;gional et national. Devient, dans la capitale de l&#39;Argentine, le recteur du Coll&egrave;ge de Buenos-Aires (1861).<br \/>Apr&egrave;s sa mort [1865], sa notice est r&eacute;dig&eacute;e par Adolphe Franck, dans la seconde &eacute;dition du Dictionnaire des sciences philosophiques [1875].<br \/><br \/><\/p><h3>&Eacute;ditorial<\/h3><p>Nous inaugurons aujourd&#39;hui un recueil dont les destin&eacute;es seront sans doute modestes. Nous ne cherchons ni le succ&egrave;s ni l&#39;&eacute;clat. Nous ne voulons d&#39;influence que pour nos id&eacute;es. &nbsp;<br \/>Notre titre dit assez ce que nous sommes ; nous ne l&#39;avons choisi ni comme une menace, ni comme l&#39;annonce de grandes t&eacute;m&eacute;rit&eacute;s, mais parce qu&#39;&eacute;tant philosophes, il nous est doux de combattre sous le drapeau m&ecirc;me de la philosophie. &nbsp;<br \/>Nous savons que la philosophie n&#39;est pas tr&egrave;s-r&eacute;pandue en France ; mais c&#39;est pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu&#39;elle est peu r&eacute;pandue, et qu&#39;elle trouve difficilement acc&egrave;s dans la presse, qu&#39;il nous a paru n&eacute;cessaire de lui donner un organe. Notre premi&egrave;re id&eacute;e avait m&ecirc;me &eacute;t&eacute; de ne fonder qu&#39;un recueil de dissertations philosophiques, de bibliographie et d&#39;&eacute;rudition, qui e&ucirc;t diff&eacute;r&eacute; du Journal des savants par l&#39;&eacute;tendue de ses articles, le nombre de ses r&eacute;dacteurs et la pr&eacute;dominance de la philosophie. Ce plan nous plaisait surtout par sa simplicit&eacute;, par sa gravit&eacute; ; nous y trouvions l&#39;avantage d&#39;&eacute;tablir des relations plus &eacute;troites entre tous ceux qui, en France, ont le go&ucirc;t des lettres s&eacute;rieuses, et peut-&ecirc;tre de faire mieux conna&icirc;tre &agrave; l&#39;&eacute;tranger la direction et les progr&egrave;s de nos &eacute;coles philosophiques. C&#39;est encore l&agrave; aujourd&#39;hui le caract&egrave;re principal de notre Revue ; mais les circonstances sont telles qu&#39;il ne nous &eacute;tait pas permis de nous renfermer en commen&ccedil;ant dans ce r&ocirc;le purement scientifique. &nbsp;<br \/>La philosophie est calomni&eacute;e, elle doit se d&eacute;fendre ; elle est attaqu&eacute;e dans son principe, elle est tenue d&#39;en prouver la l&eacute;gitimit&eacute; et la force. &nbsp;<br \/>Autour de nous, les caract&egrave;res sont abaiss&eacute;s, la libert&eacute; est en p&eacute;ril. La philosophie a &eacute;videmment un r&ocirc;le social et politique &agrave; remplir. En venant nous d&eacute;vouer &agrave; cette t&acirc;che, sans illusion, sans folle ardeur, mais anim&eacute;s d&#39;une r&eacute;solution in&eacute;branlable, nous sentons en m&ecirc;me temps l&#39;orgueil d&#39;avoir une si grande cause &agrave; d&eacute;fendre, et le regret de ne lui apporter qu&#39;un obscur et insuffisant soutien. &nbsp;<br \/>Notre Revue contiendra des articles de pol&eacute;mique religieuse et philosophique, de philosophie proprement dite, de politique, d&#39;histoire, de critique litt&eacute;raire et de bibliographie. &nbsp;<br \/>Il est tr&egrave;s-&eacute;vident qu&#39;&agrave; nos yeux, et sans doute aux yeux des adversaires de la cause philosophique, les discussions religieuses formeront la partie capitale de notre publication. C&#39;est en ce moment la question qui pr&eacute;occupe tous les esprits et c&#39;est aussi celle qui nous touche de plus pr&egrave;s et sur laquelle nous devons &ecirc;tre le plus comp&eacute;tents. Il va sans dire que nous sommes les d&eacute;fenseurs de la souverainet&eacute; absolue de la raison, que tout ce qui porte ombrage &agrave; la libert&eacute; de penser est notre ennemi. Est-il un droit plus &eacute;videmment inh&eacute;rent &agrave; la nature humaine que le droit d&#39;exprimer librement sa pens&eacute;e sur Dieu, sur le monde, sur la soci&eacute;t&eacute;, sur l&#39;avenir de l&#39;homme en cette vie et apr&egrave;s la mort ? Est-il besoin d&#39;&eacute;crire dans les chartes un pareil droit, puisque ce n&#39;est apr&egrave;s tout que le droit m&ecirc;me de vivre ? Si Dieu a permis cette longue oppression de la conscience des peuples qui a fait couler tant de sang, ce sang a-t-il coul&eacute; en vain ? Cette terre de France o&ugrave; nous vivons est la patrie de la libert&eacute; ; c&#39;est ici que Descartes a fond&eacute; d&#39;un seul mot l&#39;ind&eacute;pendance de l&#39;esprit humain en proclamant la souverainet&eacute; de la raison. C&#39;est la France qui, deux si&egrave;cles apr&egrave;s Descartes, s&#39;identifiant avec la libert&eacute; apr&egrave;s l&#39;avoir pay&eacute;e de son sang, a donn&eacute; &agrave; l&#39;Europe et au monde entier, dans la D&eacute;claration des droits de l&#39;homme, la charte future de tous les peuples. &nbsp;<br \/>Cependant est-ce une illusion ? n&#39;y a-t-il pas aujourd&#39;hui en France, un demi-si&egrave;cle apr&egrave;s la r&eacute;volution, des obstacles &agrave; la libert&eacute; de penser ? Ne voyons-nous pas rena&icirc;tre l&#39;intol&eacute;rance religieuse au m&eacute;pris des lois, et une sorte d&#39;hypocrisie officielle se glisser peu &agrave; peu dans nos moeurs, comme pour rivaliser avec l&#39;esprit r&eacute;actionnaire de la restauration ? &nbsp;<br \/>La restauration &eacute;tait dans son droit en faisant la guerre &agrave; la libert&eacute; de penser. Elle avait rapport&eacute; de l&#39;exil le droit divin et la religion d&#39;Etat, et il n&#39;y a en effet que deux mani&egrave;res d&#39;&ecirc;tre roi : au nom de Dieu si les hommes sont des troupeaux que Dieu distribue &agrave; des races privil&eacute;gi&eacute;es ; au nom de la raison et de la libert&eacute;, si ce sont les citoyens qui se donnent un roi, pour assurer la libert&eacute; en la r&eacute;glant. &nbsp;<br \/>La derni&egrave;re r&eacute;volution, encore si pr&egrave;s de nous, au moins par les dates, a emport&eacute; ce qui restait de la la th&eacute;orie du droit divin et de la th&eacute;orie des religions d&#39;Etat. En revisant la Charte le lendemain de la r&eacute;volution, le l&eacute;gislateur abolit la religion d&#39;Etat, et du m&ecirc;me coup promit la libert&eacute; d&#39;enseignement. C&#39;&eacute;tait affranchir les &acirc;mes et de la tyrannie qui violente les consciences, et de la tyrannie qui les fausse. &nbsp;<br \/>Qu&#39;auraient dit les l&eacute;gislateurs de 1830, et le peuple arm&eacute; et vainqueur sous les yeux duquel ils votaient, s&#39;ils avaient pu pr&eacute;voir qu&#39;avant quinze ans &eacute;coul&eacute;s, on se servirait de la libert&eacute; d&#39;enseignement, source et condition de la libert&eacute; de penser, pour ramener sous une autre forme le r&eacute;gime des religions d&#39;Etat ? &nbsp;<br \/>Pour nous, partisans sinc&egrave;res de la libert&eacute; d&#39;enseignement parce que nous croyons la concurrence &agrave; la fois juste et utile, nous demandons que l&#39;Etat se souvienne qu&#39;en donnant la libert&eacute;, en abdiquant son monopole, il augmente &agrave; la fois ses droits et ses devoirs. &nbsp;<br \/>L&#39;&eacute;ducation et les croyances religieuses, qu&#39;elle viennent d&#39;une religion positive, ou de la religion naturelle, ou de la philosophie, sont les souveraines des moeurs. Donner des institutions politiques &agrave; une soci&eacute;t&eacute;, et livrer au hasard l&#39;&eacute;ducation et les croyances, c&#39;est r&eacute;glementer la chaos. Les esprits positifs, tout entiers &agrave; leur strat&eacute;gie, combinent les ressorts de la loi, produisent une unit&eacute; factice, et croient que le monde va marcher. Erreur ! La discorde, qui n&#39;est pas dans les lois, est dans toutes les &acirc;mes. &nbsp;<br \/>L&#39;Etat, dans l&#39;&eacute;ducation, a un double devoir. Il doit, par l&#39;Universit&eacute;, donner un enseignement normal, affranchi de la domination des familles, des caprices de l&#39;opinion et des hasards de la concurrence. Il doit, dans les &eacute;coles libres, r&eacute;primer le charlatanisme et l&#39;avidit&eacute;, et punir tout enseignement contraire &agrave; la morale et aux lois de l&#39;Etat. Le droit de punir implique le droit de surveiller. On invoque &agrave; grands cris le droit des p&egrave;res de famille ; il est sacr&eacute; ; celui de l&#39;Etat ne l&#39;est pas moins. Il s&#39;agit de faire &agrave; la fois des citoyens et des hommes. &nbsp;<br \/>Nous r&eacute;sumons en ces mots toute notre pens&eacute;e sur les rapports de la religion et de l&#39;Etat : la r&eacute;volution de 1830 a aboli, en droit et en fait, le principe des religions d&#39;Etat ; nous ne serons pas des&nbsp;&nbsp;&nbsp; factieux pour demander que la charte ne soit ni directement ni indirectement viol&eacute;e. &nbsp;<br \/>En m&ecirc;me temps, comme nous voulons &ecirc;tre bons logiciens, et aller au-devant de toute m&eacute;prise r&eacute;elle ou feinte, ajoutons que nous ne demandons pas la libert&eacute; pour nous seuls, et qu&#39;en tout, la libert&eacute; de ne pas croire, quand elle n&#39;a pas la libert&eacute; de croire pour corollaire, est &agrave; nos yeux la pire esp&egrave;ce d&#39;intol&eacute;rance. &nbsp;<br \/>Nous n&#39;avons pas &agrave; faire profession de foi philosophique. Cette Revue n&#39;est fond&eacute;e ni par une &eacute;cole, ni dans l&#39;int&eacute;r&ecirc;t d&#39;une &eacute;cole, mais pour d&eacute;fendre, faciliter et propager les &eacute;tudes philosophiques. Ma&icirc;tres ou disciples, chacun de nous pourra d&eacute;fendre ici librement l&#39;&eacute;cole &agrave; laquelle il appartient. Redouter une discussion loyale, c&#39;est avouer qu&#39;on d&eacute;sesp&egrave;re de sa cause. Cette libert&eacute;, n&eacute;cessaire surtout au moment o&ugrave; la philosophie a besoin de toutes ses forces, n&#39;&ocirc;tera rien &agrave; l&#39;unit&eacute; de ce recueil. Divis&eacute;s peut-&ecirc;tre sur des points de pure sp&eacute;culation, nous sommes d&#39;accord sur les r&eacute;sultats qui int&eacute;ressent l&#39;humanit&eacute;. Nous nous rencontrons tous dans les doctrines spiritualistes qui, gr&acirc;ce &agrave; Dieu, sont aujourd&#39;hui unanimement proclam&eacute;es par toute la philosophie fran&ccedil;aise : la souverainet&eacute; de la raison, la providence de Dieu, la libert&eacute;, l&#39;immortalit&eacute; de l&#39;&acirc;me, la morale du devoir ; et c&#39;est en ce moment notre plus douce pens&eacute;e, de sentir, qu&#39;attach&eacute;s de conviction et de coeur &agrave; cette noble cause, comme nous ne pouvons vivre et prosp&eacute;rer que par elle, il n&#39;est pas non plus un de nos succ&egrave;s qui ne doive lui revenir. &nbsp;<br \/>L&#39;histoire, les lettres et m&ecirc;me la politique ne sont pour nous que des accessoires, mais des accessoires qui profitent doublement &agrave; la philosophie par la force qu&#39;ils lui donnent, et par la force qu&#39;ils en re&ccedil;oivent. &nbsp;<br \/>L&#39;habitude de sp&eacute;culer sur les principes et de vivre avec des abstractions donne aux esprits de la subtilit&eacute; et de la vigueur ; mais n&#39;a-t-on pas &agrave; craindre, &agrave; force d&#39;habiter ce monde invisible, de se trouver d&eacute;pays&eacute; et inutile quand on retombe dans le monde r&eacute;el ? Descartes, Leibniz, sont de grands g&eacute;om&egrave;tres ; Malebranche m&ecirc;me, cet esprit r&ecirc;veur et charmant, qui fait adorer jusqu&#39;&agrave; ses chim&egrave;res, Malebranche a &eacute;tudi&eacute; la g&eacute;om&eacute;trie, comme pour avoir une ressemblance de plus avec Platon. Si Bacon, si Descartes ont ouvert une &egrave;re nouvelle &agrave; la philosophie, pense-t-on qu&#39;ils auraient eu sur les esprits cette influence souveraine, s&#39;ils n&#39;avaient appliqu&eacute; leurs principes aux sciences exactes, &agrave; l&#39;histoire naturelle, &agrave; la physique ? Aujourd&#39;hui chacun suffit &agrave; peine &agrave; sa t&acirc;che, et nous n&#39;avons plus nulle part le spectacle de cette activit&eacute; f&eacute;conde qu&#39;int&eacute;resse &eacute;galement toute application de la pens&eacute;e. Si tel est le r&eacute;sultat des progr&egrave;s continus de chaque science, il faut au moins, puisqu&#39;elles ne peuvent plus s&#39;unir et se fondre, qu&#39;elles s&#39;accoutument &agrave; vivre ensemble, &agrave; se pr&ecirc;ter un mutuel concours. D&#39;ailleurs la philosophie a son r&ocirc;le marqu&eacute; dans elle touche aux sciences, aux lettres, aux affaires : c&#39;est &agrave; elle qu&#39;il appartient de mettre en lumi&egrave;re les principes, de donner aux sciences des m&eacute;thodes, de contr&ocirc;ler leurs axiomes, de f&eacute;conder leurs r&eacute;sultats ; d&#39;arracher les arts &agrave; l&#39;empirisme, de leur rendre en quelque sorte leur &eacute;ternit&eacute;, en les mettant au-dessus des aberrations du go&ucirc;t et des caprices de l&#39;imagination ; de s&#39;&eacute;lever plus haut que ces tristes intrigues o&ugrave; la politique se perd, et de porter, au milieu de cette bataille des int&eacute;r&ecirc;ts et des passions, l&#39;image de la justice. Il ne suffit pas d&#39;&ecirc;tre la v&eacute;rit&eacute; pour mener les hommes, il faut que la v&eacute;rit&eacute; descende jusqu&#39;&agrave; eux. Nous nous plaignons que la philosophie n&#39;ait plus d&#39;influence ; la faute en est aux philosophes. Ils n&#39;ont pas &eacute;t&eacute; d&eacute;poss&eacute;d&eacute;s ; ils ont abdiqu&eacute;. &nbsp;<br \/>Nous ferons donc ici cette place &agrave; l&#39;histoire, aux lettres, &agrave; la politique. On y discutera peu les questions du jour, mais de temps en temps on en appellera avec fermet&eacute; aux principes. &nbsp;<br \/>Nous n&#39;appartenons express&eacute;ment &agrave; aucun parti politique ; nos sympathies sont pour l&#39;opposition de gauche en g&eacute;n&eacute;ral ; nous n&#39;&eacute;pousons aucune des fractions dans lesquelles elle se divise ; nous attendons tout du libre d&eacute;veloppement de la constitution, mais nous croyons qu&#39;il est plus que temps d&#39;entrer r&eacute;solument dans la voie des r&eacute;formes. <br \/>Nous n&#39;avons aucun dessein de nous m&ecirc;ler &agrave; la pol&eacute;mique ; nous choisirons &agrave; propos un sujet important, et nous le traiterons sans y m&ecirc;ler de personnalit&eacute;s, avec sinc&eacute;rit&eacute; et mod&eacute;ration. Quelques questions, telles que la r&eacute;forme &eacute;lectorale et parlementaire, la libert&eacute; d&#39;enseignement, la libert&eacute; de la presse, nous attireront de pr&eacute;f&eacute;rence, parce qu&#39;elles ont avec la philosophie un rapport plus intime et plus imm&eacute;diat. Nous nous rappelons que la philosophie a deux fois conquis la libert&eacute; pour le monde, et nous avons &agrave; coeur de montrer que la cause de la philosophie et la cause de la libert&eacute; sont ins&eacute;parables &agrave; jamais. Nous ne nous vantons pas, au surplus, d&#39;entrer dans les coulisses de la politique ; au contraire, nous sommes tous ou presque tous des hommes nouveaux ; nous n&#39;avons ni chefs, ni patrons, ni amis illustres, personne &agrave; m&eacute;nager, personne &agrave; craindre. Nous jugerons les &eacute;v&eacute;nements du dehors, avec moins de connaissance des d&eacute;tails, mais avec une franchise d&#39;impressions et de sentiments que rien ne viendra troubler. Les d&eacute;tails et les passions de la politique ne nous en cacheront pas les principes ; ce sera notre place &agrave; part. &nbsp;<br \/>Nous consacrerons environ une feuille par chaque livraison &agrave; la bibliographie. Notre bibliographie sera rigoureusement anonyme. Nous ne nous d&eacute;partirons du secret ni devant un remerc&icirc;ment ni devant une menace ; la camaraderie ne sera pour rien dans nos &eacute;loges ; rien ne d&eacute;sarmera la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; de nos critiques. &nbsp;<br \/>Il nous reste &agrave; dire &agrave; pr&eacute;sent un mot de nous-m&ecirc;mes. On ne manquera pas de supposer que nous sommes dirig&eacute;s ou appuy&eacute;s par un parti, ou du moins par quelques personnes consid&eacute;rables dans la politique. Nous d&eacute;clarons hautement qu&#39;il n&#39;en est rien ; ce recueil est fond&eacute; par des gens de letres, qui n&#39;ont demand&eacute; &agrave; personne ni argent, ni conseil, ni appui. Quelques-uns appartiennent &agrave; l&#39;Universit&eacute;, mais ils n&#39;engagent en rien l&#39;Universit&eacute; en nous apportant comme &eacute;crivains leur fraternel concours. Nous avons l&#39;air de nous vanter ici de notre faiblesse m&ecirc;me : c&#39;est d&#39;abord que la justice nous en fait un devoir ; nous sommes seuls responsables de notre entreprise ; personne, except&eacute; nous, n&#39;y trempera, m&ecirc;me par des conseils. S&#39;il faut l&#39;avouer aussi, nous ne rougissons pas de notre isolement. Ce que nous y perdons de force et d&#39;&eacute;clat, nous le gagnons en ind&eacute;pendance. Nous nous cr&eacute;ons un organe pour dire, sans entraves et sans d&eacute;guisement, ce que nous pensons. Nous ne comptons pas sur les sympathies des habiles, mais nous avons la ferme esp&eacute;rance de rallier &agrave; nous les gens de coeur, et de faire estimer notre loyaut&eacute;, m&ecirc;me par nos ennemis. &nbsp;<\/p><p><br \/>AM&Eacute;D&Eacute;E JACQUES.&nbsp; <br \/><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Le 15 d&eacute;cembre 1847, para&icirc;t le premier num&eacute;ro de la revue La Libert&eacute; de penser, Revue philosophique et litt&eacute;raire, fond&eacute;e par Am&eacute;d&eacute;e Jacques. La revue para&icirc;t le 15 de chaque mois, et va fonctionner sur quarante-huit num&eacute;ros, jusqu&rsquo;au 21 novembre 1851, avec la collaboration initiale d&rsquo;Ernest Bersot [1816-1880], d&rsquo;&Eacute;mile Saisset [1814-1863], de Jules Simon [1814-1896]. 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