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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1867
  Le 14 janvier 1867, à Cannes, vers cinq heures du matin, V. Cousin [1792-1867], dans son sommeil, meurt d’une apoplexie, dont la crise a commencé la veille. Il est âgé de soixante quatorze ans : il aurait eu soixante quinze ans, le 28 novembre 1867.
Malade depuis de nombreuses années, il sait que ses jours sont comptés. Mais avant sa mort, il a œuvré pour assurer sa gloire posthume. Déjà une rue, près de la Sorbonne, porte son nom. Deux ans auparavant, en 1865, l’Académie des sciences morales et politiques avait créé, à sa demande, un prix triennal de philosophie, intitulé prix Victor Cousin, destiné à récompenser un Mémoire portant sur l’histoire de la philosophie ancienne.
Cependant, tandis qu’il cherche ainsi à laisser des traces durables de son existence, le cercle des proches se rétrécit : l’ami de toujours, Jean Philibert Damiron est mort en janvier 1863, le fidèle disciple Émile Saisset, à peine élu à l’Académie des sciences morales et politiques en février 1863 est mort l’année même de son élection en décembre. V. Cousin continue pourtant d’intervenir dans les délibérations de l’Institut de France, et, après sa mort soudaine, quelques textes rédigés par ses soins paraîtront encore dans les Compte-rendus des travaux de l’Académie des sciences morales et politiques.
V. Cousin a veillé également, par l’édition sans cesse remaniée du Vrai, du Beau et du Bien, depuis 1853, puis par celle de L’Histoire générale de la philosophie, en 1861, à laisser à la postérité un témoignage de son œuvre philosophique et de sa pensée spritualiste. Sans oublier enfin, en 1866, la monumentale cinquième réédition, en cinq volumes, des Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie, rassemblant la majeure partie de ses articles répartis sur plus de cinquante ans.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère, Marie-Henriette née Grivelet, est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale.
Au collège Charlemagne en classe de rhétorique [classe de première], il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des compte-rendus et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820-1828.
Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] V. Cousin est, sous la Restauration, en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825].
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, comme professeur adjoint [et non plus comme suppléant] dans la chaire de Royer Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et immédiatement diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.
Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826] ; l'édition des Oeuvres de Maine de Biran [commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec en tout quatre volumes].

1826-1828. Fragments philosophiques.
Il rassemble ses notes de cours et ses articles, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis de Nouveaux fragments philosophiques [1828], précédées de copieuses préfaces. Il donne à ses publications, qu’il diffuse énergiquement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains. Il apparaît en Europe et aux États-Unis, comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.

1830-1840.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] dès sa reconstitution, où dans la section de philosophie il fait élire ses partisans ; nommé pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Abandonnant l’enseignement, il se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne en 1831, où il retourne pour la quatrième fois ; en Hollande en 1836 ; en Suisse en 1837]. Pour un temps très bref est Ministre de l’Instruction publique [mars 1840-octobre 1840] dans le second ministère Thiers.

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 déjà les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme, sa théorie des quatre systèmes émémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et sa fonction conciliatrice [il ya du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836 ; Gioberti, 1842]. Et, malgré ses concessions de plus en plus prononcées au catholicisme, les ultramontains font de V. Cousin un ennemi de la religion.

La Révolution de 1848.
La Révolution de Février 1848 instaure la Seconde République. Louis-Philippe enfui, le nouveau gouvernement provisoire décide le suffrage universel, déclare la liberté de la presse, les droits de réunion, d’association et de pétition, l’abolition de la peine de mort pour des motifs politiques. Une Assemblée nationale constituante est élue fin avril et se réunit le 4 mai.
Mais la dissolution des Ateliers nationaux provoque l’affrontement. Les journées des 23-26 juin, marquent l’écrasement dans le sang de la révolte populaire et ouvrière. Ministre de la guerre le général Cavaignac devient chef de l’exécutif. Enfin, le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon est élu Président de la République.

Après 1848. Perte d’influence.
La succession heurtée de ces événements décourage Cousin et ses amis, en proie à de sombres conjectures. Mais V. Cousin le proclame : le grand mal, c’est la république rouge, le reste n’est rien auprès.
Ainsi la Révolution de 1848, avec, pour quelques mois, l’instauration de la République, puis le Coup d’État de décembre 1851 rejettent dans le passé la période heureuse ouverte en 1830. Désormais, V. Cousin est un homme de ce temps révolu. Déjà depuis longtemps absent de l’enseignement philosophique, il se tourne amoureusement vers l’histoire des grandes dames du XVIIème siècle, tout en continuant à orienter les travaux de la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques.

1850-1860.
Le Coup d’État de décembre 1851, accélère la perte d’influence de V. Cousin. D’autant que la philosophie, en tant que telle, est marginalisée : l’agrégation de philosophie est supprimée sur plus de dix années ; l’enseignement de la philosophie se réduit à n’être plus qu’un cours de logique ; nombreux professeurs d’idéologie libérale, refusant de prêter serment, sont révoqués, et beaucoup s’exilent.
Quant à V. Cousin, il consacre une grande partie de son temps à rééditer les textes anciens en éliminant, éditions après éditions, tout ce qui pourrait encore choquer. L’édition de 1853 du livre intitulé Du Vrai, du beau et du bien, ne cesse d’être reprise et aménagée, pour devenir la bible irréprochable et tardive du cousinisme.


ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
V. Cousin meurt à Cannes, où il s’est retiré à son habitude pour les mois d’hiver, le 14 janvier 1867. Ses funérailles ont lieu le 24 janvier. Il est inhumé, à Paris, dans le cimetière du Père-Lachaise.
Décédé à Cannes, vers cinq heures du matin, d’une congestion cérébrale dont la crise a débuté la veille, son corps est d’abord transporté à Lyon, puis de Lyon à Paris, où il est conduit dans ses appartements privés de la Sorbonne.
À Paris, le deuil est conduit par Barthélemy Saint-Hilaire, assisté de Prosper Mérimée, du docteur Maure ; dans l’assistance se trouvent le docteur Segond, le docteur Buttura, Édouard Fould, Tripet, Duvergier de Hauranne, l’abbé Blampignon, Eustis.

Dans la séance du 19 janvier 1867, Charles Renouard, alors président pour l’année 1867 de l’Académie des sciences morales et politiques, communique à ses collègues la nouvelle de la mort de V. Cousin :
« Je n’essaierai point d’exposer toute l’étendue de la perte dont l’Académie ressent la douleur.Un des plus anciens et des plus illustres membres de cette Compagnie, le doyen éminement autorisé de notre section de philosophie ; l’homme dont nous écoutions la voix avec tant de déférence dans toutes nos délibérations importantes ; celui qui nous apportait des lectures d’un si haut intérêt, dont nous entendons encore les récents échos ; le confrère destiné à vivre si longtemps dans le souvenir de l’Académie, à cause de son éloquence, de la distinction de sa vie, de son utile influence et de ses fondations généreuses, M. Cousin nous a été enlevé à Cannes, lundi dernier par une mort presque subite.
C’est une consolation pour l’Académie de savoir qu’un de ses membres, M. Barthélemy Saint-Hilaire a assisté M. Cousin dans ses derniers moments et a été, pour ainsi dire, le représentant de nos sympathies auprès de son lit de mort.
Je propose à l’Académie de trouver bon que le procès-verbal de la séance de ce jour ne contienne autre chose que l’expression de nos profonds et unanimes regrets ».

Lors de ses funérailles[24 janvier 1867] sont prononcés un certain nombre de discours :
Discours de Sylvestre de Sacy, chancelier de l'Académie, prononcé aux funérailles de M. Cousin, au nom de l'Académie française].
« Devant cette fosse ouverte et ce cercueil que nous allons y laisser, à peine puis-je croire encore que nous ayons perdu M. Cousin ! Quoi ! Messieurs, nous ne verrons plus M. Cousin ! Nous ne l’entendrons plus ! Cette place où il s’asseyait dans notre Académie va rester vide ! Sa parole éloquente, sa vive et spirituelle conversation n’animera plus nos séances ! Un coup subit, et aussi inattendu qu’il aurait pu l’être il y a quarante ans, tant l’âge avait respecté dans M. Cousin la jeunesse de l’âme et la fraîcheur du talent, nous a ravi celui que les plus illustres de ses contemporains s’honoraient d’appeler leur confrère et que la génération à laquelle j’appartiens appelaît son maître ! […] »
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 80, pages 139 sq..

Discours de Félix Esquirou de Parieu, président, au nom de l'Académie des sciences morales et politiques.
« […] Déjà préparé à la carrière de l’enseignement par de brillants débuts, il eut, en 1815, l’honneur d’être le suppléant de Royer-Collard dans la chaire de la Faculté des lettres de Paris. Le suppléant fut digne du titulaire, et poursuivit après lui la tâche de replacer sur la base du spiritualisme une science longtemps attachée à la doctrine ingrate et impuissante de la sensation, considérée comme principe du développement de l’âme humaine. […]».

Discours de Henri Patin, membre de l'Académie française et doyen de la Faculté des lettres, au nom de la Faculté des lettres. [texte intégral].
« Messieurs,
La Faculté des lettres a, pour exprimer à son tour ses douloureux regrets, des titres bien anciens, bien particuliers. Cet écrivain, ce philosophe que pleurent deux grandes Académies, c’est elle qui l’a d’abord possédé, et il n’a jamais cessé de lui appartenir. C’est sur nos bancs, en écoutant les maîtres qu’il devait glorieusement continuer, que s’est déclarée sa haute vocation ; c’est dans une de nos plus nobles chaires, celle de Royer-Collard, que la confiance hardie de l’illustre titulaire l’a appelé, bien jeune encore, à se produire ; c’est là, dans le laborieux exercice d’un vaste enseignement, où ont été passées en revue toutes les grandes questions de la philosophie, toutes les grandes époques de son histoire, c’est là, dis-je, que se sont préparés tant d’oeuvres justement admirées pour l’étendue et la profondeur du savoir, la force et l’élévation de la pensée, la sévère beauté du style. […]
Elle ne parut pas moins éloquente, mais elle le fut autrement, quand, après quelques années d’un silence impose par les ombrages du pouvoir aux interprètes publics les plus considérables, les plus accrédités de la philosophie, de l’histoire, de la littérature, il lui fut accordé de se faire entendre de nouveau. Dans l’intervalle, l’ardent professeur, impatient du repos, avait entrepris et hâté d’importants travaux sur les principaux monuments philosophiques des temps anciens et des temps modernes ; il avait entretenu un étroit et assidu commerce avec Platon et Descartes ; il avait recherché partout, en France et à l’étranger, l’entretien des plus profonds penseurs de ce siècle ; sa science n’avait cessé de s’accroître, sa pensée de se fortifier et de grandir ; la maturité de sa raison devait naturellement amener celle de son talent oratoire, désormais plus réglé, sans avoir rien perdu de ses qualités premières. La grandeur des sujets, la majestueuse simplicité des plans, le soin scrupuleux de n’en point franchir les limites, le retranchement sévère de toute agrément accessoire, un enchaînement rigoureux d’idées, une progression continue de mouvements, un langage ferme, énergique, élevé, souvent plein de magnificence, et dont la forme, par un effort suprême de l’art, était arrêtée avec une précision qui ne semble permise qu’au patient labeur de la composition solitaire, tels furent les caractères de ces leçons mémorables qui, de 1828 à 1830, partagèrent avec deux autres enseignements, bien dignes eux-mêmes de ne se point effacer du souvenir, l’attention empressée, les sympathiques et enthousiastes applaudissements d’une foule studieuse.
Mais ce ne serait pas estimer ces leçons à leur valeur que d’y voir seulement de belles créations de l’art accueillies par un ravissement passager. Elles exerçaient sur les esprits une action profonde et durable. On en rapportait une généreuse ardeur pour ce vrai, pour ce beau, pour ce bien, dont elles avaient évoqué les vivantes images. A cette impression s’ajoutait, pour des auditeurs d’élite, celle qu’ils recevaient des conversations chaleureuses d’un maître doué, autant qu’on le fut jamais, du don de communiquer, d’imposer aux autres, avec un séduisant despotisme, ses idées, ses sentiments, de les échauffer de son ardeur.
Par là, autant peut-être que par la supériorité reconnue de son savoir, de ses lumières, de ses talents, que par l’autorité de ses leçons et de ses exemples, il a été de nos jours, en philosophie, le promoteur d’un grand et général mouvement duquel procèdent même, à leur insu, ses contradicteurs. Dans notre Faculté particulièrement s’est marquée sa puissante et féconde influence, par la succession, bien rapide, hélas ! de tant de maîtres qui s’y sont passé l’éclatant flambeau reçu de ses mains.
Combien déjà ont disparu, dans la force de l’âge, de la carrière où il les avait introduits, Jouffroy, Damiron, Saisset, Garnier ! Et voilà que lui-même, prématurément, on peut le dire malgré le nombre de ses années, nous est aussi enlevé par le coup le plus imprévu. Depuis longtemps sans doute, il ne participait plus à nos actes ; mais son nom inscrit auprès des nôtres sur nos programmees, mais sa présence dans nos murs, dans cet appartement de la Sorbonne dont il s’appliquait à faire, avec de si généreuses intentions, une bibliothèques des plus rares, ses aimables provenances pour nous y attirer, nous y retenir, les conseils de son experience et de son amicale sollicitude, ses encouragements, ses louanges, la vive part toujours prise par lui à nos prospérités ou à nos disgraces, tout cela lui conservait parmi nous une sorte d’activité qui nous était précieuse et chère.
C’est pour nous un sujet de profonde affliction que de voir se rompre inopinément ce dernir lien ; que de prendre congé pour toujours, par un adieu funèbre, d’un tel maître, d’un tel collègue ; qu’on me permette d’ajouter, pour quelques-uns encore plus cruellement frappés, du compagnon aimé de leur vie ! »
Les trois discours sont publiés dans Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 80, pages 139-153.
Le discours d’Henri Patin est également publié dans l’Annuaire des anciens élèves de l’École normale [année 1868].

Son éloge funèbre est prononcé à l'Académie royale de Turin par le comte Sclopis di Salerno. F. Sclopis. Notizie intorno alla vita ed agli studi de Vittorio Cousin.
Le comte Sclopis [1798-1878] est alors premier Vice-président du Sénat. Correspondant de l’Institut en 1845, section de législation, droit public et jurisprudence [place 1 bis], élu associé étranger, le 20 mars 1869.

Célébration.
Le ministre de la maison de l’Empereur et des Beaux-Arts prend la décision de faire exécuter, aux frais de son département, un buste en marbre de feu M. Victor Cousin pour la bibliothèque de l’Institut. Cette décision est communiquée le 9 mars 1867 à l’Institut.


ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
Élèves reçus à l’École normale supérieure, section lettres, 1867.
Alphonse Aulard [agrégation des lettres en 1871], Ludovic Bourgine [agrégation de grammaire en 1872], Ernest Charles Coutant [agrégation d’histoire et géographie en 1877], Daubian-Delisle, Lionel Dauriac [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1872], Charles Dejob [agrégation des lettres en 1871], Delattre, Ernest Denis [agrégation d’histoire et géographie en 1871], Henri Durand-Morimbeau [agrégation de lettres en 1872], Victor Egger [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1872], Émile Faguet [agrégation de lettres en 1874], L. Humbert, Jeannin, Lande, Ernest Lebrun [agrégé de grammaire en 1872], Ernest Mérimée [agrégé de grammaire en 1871], Prot, G. Renard, Hippolyte Rivalz [agrégé d’histoire et géographie en 1873], Marie Étienne Maurice Roques [agrégé de grammaire en 1871], Rouard [agrégé de grammaire en 1871], Ruel, Texier, Vargoliciu, Vast.

Agrégation de philosophie.
Félix Ravaisson est le président du jury. Sont reçus en 1867 : Joseph Fabre ; Alphonse Scheffer

[Amant] Joseph Fabre.
[1842-1916]. Professeur de philosophie et homme politique. Né le 10 décembre 1842, à Rodez ; mort le 1er février 1916, à Cannes [Alpes-Maritimes]. Agrégation de philosophie en 1867.

Alphonse Scheffer.
Ancien élève de l’École normale supérieure [1864]. Agrégation de philosophie en 1867. Pas de publications.

Réédition.
Madame de Longueville pendant la Fronde, 1651-1653, Paris : Didier et Cie, in-8, 466 p., 1867 [comme 2ème édition, connaît trois tirages ; certains tirages de 1867 portent la mention de 3ème édition : Paris : Didier, in-8, 490 p. + appendice].
Édité initialement en 1859. Sera réédité en 1868 ; 1872 ; 1881 ; 1891.

Réédition.
Histoire générale de la philosophie depuis les temps les plus reculés jusqu’au XIXe siècle, 7e édition revue et augmentée, Paris : Didier et Cie, VII-578 p., 1867.
Édité initialement en 1861. A été déjà réédité en 1863, en 1864 (avec une autre réédition la même année). Sera réédité en 1872 (9ème édition, 582 p.). La 11ème édition (1884, Paris, Librairie académique Didier, Emile Perrin, in-16, IV-615 p.) est publiée par M. Barthélémy Saint Hilaire, avec une table des matières. Cette édition connaît deux tirages. Le second tirage est marqué 12ème édition.

À l'Académie française.
Élection de Jules Favre, au fauteuil de V. Cousin [fauteuil 5], le jeudi 2 mai 1867, au premier tour, par 18 voix sur 33 votants. Franz de Champagny [1804-1882] en a 13 [il sera élu en avril 1869], Guilhaud de Lavergne [1809-1880] 2 [déjà membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique, ne sera pas élu à l’Académie française].

Jules Favre.
[Claude Gabriel] Jules Favre [1809-1880]. Né le 29 mars 1809, à Lyon [Rhône} ; mort le 19 janvier 1880, à Versailles.
Avocat à la Cour de Lyon [1830-1836], puis à la Cour de Paris [1836].Secrétaire général du Ministère de l’intérieur, en 1848. Député de la Loire [1848]. Sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangèreres [1848].
Député du Rhône [1849-1851], puis député de la Seine [1858-1870]. De 1860 à 1862 Bâtonnier des avocats à la cour de Paris.
Ministre des Affaires étrangères [1870-1871]. Député du Rhône [1871-1875]. En 1876 Sénateur du Rhône.


À l'Académie des sciences morales et politiques.
Dans la séance du 5 janvier 1867, Félix Esquirou de Parieu, qui a été vice-président de l'Académie des sciences morales et politiques, pour l’année 1866, devient, selon l’usage, le président pour l’année 1867. Il succède ainsi à Léonce de Lavergne.
Charles Renouard [1794-1878] est élu vice-président par 19 suffrages sur 24 votants.
[janvier 1867] Le mois même de son décès, paraît, dans le bulletin de janvier de l'Académie des sciences morales et politiques, de V. Cousin : Mémoire sur l'état de la philosophie grecque, au Vème siècle avant notre ère, et sur Socrate.
Incipit : « Socrate, né à Athènes 469 ans avant Jésus-Christ, mort l'an 399, fils du sculpteur Soprhonisque et d'une sage femme nommée Phénarète, n'est pas, comme on pourrait le croire, un novateur hardi qui doit tout à l'inspiration, à son génie ; non, avant de rompre avec la philosophie qui l'avait précédé, il était familier avec elle et l'avait assez longtemps étudiée. Dans sa jeunesse il avait vu arriver les sophistes à Athènes. Il avait pu connaître personnellement Parménide et Zénon d'Élée, Anaxagore et son élève Archélaüs, ainsi que le célèbre Gorgias.
Il s'était fort occupé de rhétorique et de dialectique, de physique et d'astronomie, et pouvait lui-même passer pour une sorte de sophiste, témoin Aristophane, qui dans les Nuées le représente livré passionément à tous ces exercices. Le grand comique aura sans doute exagéré à sa manière, dans ses peintures bouffonnes, mais il a travaillé au moins sur l'apparence, et il est certain, cela résulte de l'aveu même de Socrate, dans le Phédon, que le futur adversaire des sophistes avait débuté par aller à leur école.».
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 79, pages 383-397.

[1er trimestre 1867] Après sa mort, paraît dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 79, pages 405-422, un Mémoire de V. Cousin sur Kant et sur les Conclusions qu'on peut tirer de l'histoire générale de la philosophie.
Incipit : « Kant est assurément un des plus grands esprits qu'offre l'histoire de la philosophie dans l'antiquité et chez les modernes. La critique de la raison pure, la critique de la raison pratique, celle du jugement, avec les nombreux petits écrits qui font cortège à ces grands ouvrages, contiennent des trésors d'analyse et une multitude d'observations de tout genre où la finesse le dispute à la profondeur. Lorsque Kant n'est pas dans les liens de son système, il a la vue nette et vaste ; nul n'a mieux connu le jeu de nos facultés ; leurs différences, leur harmonie, et les lois qui président à leur développement. Sous ce rapport, Kant ne le cède point, il est même supérieur au chef de l'école écossaise ; mais il faut en convenir, la partie systématique des diverses critiques ne résiste point à un sérieux examen. ».

1867. Élection comme correspondant.
*Édouard [Thomas] Charton [1807-1890]. Né le 11 mai 1807, à Sens [Yonne] ; mort le 27 février 1890, à Versailles.
En 1848, est secrétaire général du Ministère de l’Instruction publique. Député de l’Yonne [1848]. En 1849-1851, Conseiller d’État. En 1870 Préfet de Seine et Oise. A nouveau député de l’Yonne en 1871, puis en 1878, sénateur de l’Yonne.
Élu, le 2 février 1867, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [place 2], en remplacement d’André Guerry [1802-1866], décédé le 9avril 1866.
La section de morale présentait au premier rang Edouard Charton, au deuxième rang Claude Joseph Tissot [1801-1876], au troisième rang Émile Laurent [1830-1900]. Sur 32 suffrages, E. Charton obtient 32 voix, C. J. Tissot 2. Claude Joseph Tissot sera élu correspondant, dans la section de morale, en février 1869. Émile Laurent sera élu correspondant, dans la section de morale en mai 1872.
Élu le 30 décembre 1876, membre libre [fauteuil 2] de l'Académie des sciences morales et politiques, ce qui libère sa place de correspondant pour Samuel Olivecrona [1817-1905], élu le 29 décembre 1877.

Election de Casimir Périer comme membre libre.
*L’homme politique Casimir Périer [ 1811-1876] est élu, le 16 mars 1867, académicien libre [fauteuil 2] de l'Académie des sciences morales et politiques, en remplacement de Victor duc de Broglie [1785-1870], élu membre titulaire le 23 juin 1866, qui libère ainsi son fauteuil de membre libre.
La commission présentait au premier rang Casimir Périer ; au deuxième rang le jurisconsulte Gabriel Dufour [1811-1868] ; au troisième rang l’homme de lettres Jules Pautet [1799-1870]. Il y a 37 votants. Casimir Périer obtient 26 suffrages, Gabriel Dufour 11.
Après sa mort, le 6 juillet 1876, est remplacé par Édouard Charton [1807-1890], élu le 30 décembre 1876, et déjà correspondant depuis 1887.

Communications, lectures, etc.
Le secrétaire perpétuel, dans la séance du 5 janvier 1867 commence la lecture d’un Mémoire de Ernest Naville, correspondant, De l’influence des Études morales sur l’Étude de la philosophie. Cette lecture se poursuit le 12 janvier.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 79, pages 429-451.

Dans la séance du 2 février 1867, Ernest Bersot commence la lecture d’un Mémoire sur la Philosophie appliquée à la nature humaine.
Enest Bersot [1815-1880] vient d’être élu, le 23 juin 1866, à l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 3], en remplacement de l’ambassadeur Gustave de Beaumont [1802-1866], décédé le 30 mars 1866.

Dans la séance du 11 avril 1867, Charles Lévêque lit un Mémoires sur Plutarque et sa morale.
Publié dans Compte-rendu des séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques. 1868, tome 84, pages 199 sq. ; 1868, tome 85, pages 285 sq.
Charles Lévêque [1818-1900], vient d’être élu, au deuxième tour, le 6 mai 1865, à l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section de philosophie, pour le remplacement d’Émile Saisset [fauteuil 1],

Dans la séance du 29 juin 1867, Ernest Bersot commence la lecture d’un Mémoire ayant pour titre : De la Raison progressive. La lecture se poursuit le 6 juin.
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 82, pages 39 sq..

Dans la séance du 17 août 1867, Antoine Gratacap, professeur de philosophie au lycée de Nîmes est admis à lire un Mémoire sur L’Analyse des faits de mémoire. La lecture se poursuit et s’achève dans la séance du 24 août 1867.
Le thème de cette lecture reprend le sujet de la thèse pour le doctorat ès-lettres qu’il vient de soutenir à Paris : Théorie de la mémoire [Montpellier : impr. de Boehm et fils. In-8, XIX-254 p.,1866].
Publié, au titre des articles des savants étrangers, dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 82, pages 187 sq..

Dans la séance du 2 novembre 1867 Charles Mallet est admis à lire un Mémoire sur Aristippe l’ancien et sur l’École cyrénaïque. La lecture se poursuit le 16 le 23 et le 29 novembre.
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 82, pages 415 sq..
Charles Mallet [1807-1876], ancien inspecteur d’Académie, malgré plusieurs tentatives, ne parvient pas à être élu à l’Académie des sciences morales et politiques. Il se présente dans la section de morale, le 13 février 1864, face à Paul Janet : ainsi que le 7 mars 1868, au lendemain du décès de V. cousin, face à Étienne Vacherot.

Dans la séance du 16 novembre 1867, Elme Marie Caro est admis à lire un Mémoire sur cette question : Y a-t-il un matérialisme scientifique ? La lecture se poursuit le 23 novembre.
Elme Marie Caro [1826-1887] s’est présenté, sans succès, en mai 1865 à l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section de philosophie, face à Charles Lévêque, pour le fauteuil d’Émile Saisset [1814-1863], décédé le 27 décembre 1863.
De même il échoue le 7 mars 1868, dans la section de philosophie, face à Étienne Vacherot, pour le fauteuil de V. Cousin, décédé le 14 janvier 1867.
Il sera élu, dans la section de morale [fauteuil 6], le 6 février 1869, en remplacement de L. M. de Cormenin [1788-1868], décédé le 6 mai 1868.

Ouvrages en hommages, offerts à l’Académie des sciences morales et politiques.
Dans la séance du 2 février 1867, Adolphe Franck fait hommage à l’Académie, de la part de l’auteur, Adolphe Félix Gatien-Arnoult, de cinq leçons sur l’Université de Toulouse à l’époque de sa fondation en 1229. Et il entretient l’Académie de ce travail.

Dans la séance du 16 février 1867, l’Académie reçoit De l’immortalité de l’âme et de la place de l’homme dans le monde, par Immanuel Fichte correspondant de l’Académie [en allemand, Leipzig, in-8, 1867].
Immanuel Fichte [1796-1879] a été élu, le 6 février 1858, correspondant [Tübingue, Wurtemberg] de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 3], en remplacement de Christian Auguste Brandis [1790-1867] qui quitte sa position de correspondant pour devenir membre associé étranger en 1855 [en remplacement de Friedrich Shelling [1775-1854], décédé le 20 août 1854].

Dans la séance du 2 mars 1867, le marquis Gaston d’Audiffret présente à l’Académie le livre du docteur Pierre Foissac De l’influence des climats sur l’homme et des agents physiques sur le moral [2 vol. in-8, 1867] et lit un Rapport sur cet ouvrage.
Le docteur Pierre Foissac [1801-1866], dès le 29 novembre 1856, commencait, devant l’Académie des sciences morales et politiques la lecture d’un Mémoire sur l’influence du moral sur le physique. Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 39, pages 413 sq. ; 1857, tome 41, pages 247-271.
Quelques années plus tard, en 1860, il publie une Hygiène philosophique de l’âme [Paris : Baillière, in-8, 495 p.]. Le marquis d’Audiffret en fait un Rapport, à l'Académie des sciences morales et politiques, dans la séance du 24 octobre 1863. Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1863, tome 66, pages 475-476.

Dans la séance du30 mars 1867, Jules Simon présente un Traité de politique et de science sociale, en 2 volumes, par Philippe Buchez, que ses exécuteurs testamentaires L. Cerise et A. Ott viennent de publier, et lit un Rapport au sujet de et ouvrage.
Le socialiste et économiste chrétien Philippe Buchez [1796-1865] est mort le 11 août 1865, à Rodez. Il est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise.
Le Traité de politique et de science sociale paraît posthume, en deux volumes, en 1866, par les soins du médecin et physiologue Laurent Cerise [1807-1866], et par le journaliste et économiste Auguste Ott [1814-1890] [Paris : Amyot, 1866].

Dans la séance du30 mars 1867, Adolphe Franck fait hommage du volume qu’il vient de publier : La Philosophie et la religion.
Adolphe Franck a publié : Philosophie et religion en 1867 [Paris : Didier. In-8, XV-451 p., 1867].

Dans la séance du 6 avril 1867, Paul Janet offre à l’Académie l’ouvrage d’Émile Beaussire La Liberté dans l’ordre intellectuel et moral. Études de droit naturel. Et lit un rapport sur ce travail.
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 82, pages 457 sq.
La Liberté dans l'ordre intellectuel et moral, études de droit naturel, par Émile Beaussire est paru en 1866 [Paris : A. Durand et Pedone-Lauriel. In-8, XXIV-500 p., 1866].
Émile Beaussire [1824-1889] sera élu, le 22 mai 1880, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 3], en remplacement d’Ernest Bersot [1816-1880], décédé le 1er février 1880.

Dans la séance du 27 avril l’Académie reçoit de John Stuart Mill le tome 3 des Dissertations et discussions politiques, philosophiques, et historiques [in-8, Londres, 1867].
John Stuart Mill [1806-1873], est élu, depuis le 28 avril 1860, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique [place 1].

Dans la séance du 22 juin 1867, l’Académie reçoit Des idées innées, de la mémoire et de l’instinct, par Jacques Boucher de Perthes [Paris, in-8, 1867].
Des idées innées, de la mémoire et de l’instinct est une brochure publiée par Jacques Boucher de Perthes [1788-1868] à la suite d’un discours prononcé à la Société impériale d'émulation d'Abbeville, dans la séance du 22 novembre 1866. [Paris : Jung-Treuttel. In-8, 74 p., 1867].
Écrivain prolifique, auteur de poésies, de pièces de théatre, de nouvelles, il s’intéresse aux questions philanthropiques de son temps. Mais sa contribution scientifique consiste, après la découverte de silex taillés auprés d’ossements de grands mammifères disparus, en l’affirmation d’un homme anté-diluvien. À ce titre il est un des fondateurs de la préhistoire, avec son discours : De l'Homme antédiluvien et de ses œuvres [Paris : Jung-Treuttel. In-8, 1860].

Dans la séance du 13 juin Francisque Lélut présente, au nom de l’auteur, Durand de Gros un volume ayant pour titre Essais de physiologie philosophique [et en fait l’éloge].
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 81, pages 467 sq.
Le médecin Joseph Pierre Durand [de Gros] [1826-1900] venait de faire paraître en 1866 : Essais de physiologie philosophique, suivis d'une étude sur la théorie de la méthode en général [Paris : Germer Baillière. In-8, XXIV-595 p., 1866]. C’est un partisan de l’hypnotisme qui s’était momentanément exilé aux Etats-Unis après le coup d’Etat de décembre 1851.

Dans la séance du 13 juin, Adolphe Franck fait un rapport verbal étendu sur Philon d’Alexandrie, Écrits historiques, influence, luttes et présécutions des juifs dans le monde romain, par Ferdinand Delaunay de Fontenay. [Paris. In-8, 1867].
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 82, pages 139 sq.

Dans la séance du 28 août, Adolphe Franck présente, de la part de l’auteur, un ouvrage de Antonin Rondelet intitulé : Petit manuel de l’Économie politique et fait un rapport verbal sur cet ouvrage.
Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 82, pages 155 sq.
Le professeur de philosophie et vulgarisateur de l’économie Antonin Rondelet [1823-1893] tentera à plusieurs reprises de se faire élire à l’Académie des sciences morales et politiques, en juin 1872 face à Constant Martha ; en janvier 1880 face à Ernest Havet ; en mai 1880 face à Émile Beaussire.

Dans la séance du 16 novembre, Paul Janet fait un rapport verbal sur un ouvrage offert à l’Académie par Jean Félix Nourrisson La Politique de Bossuet.
Le Mémoire de Nourrisson intitulé La Politique tirée des propres paroles de l’Écriture Sainte par Bossuet est publié, au titre des articles des savants étrangers dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1867, tome 79, pages 57 sq. et 227 sq.
Jean Nourrisson [1825-1899] sera élu, le 14 mai 1870, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [fauteuil 8], en remplacement du duc Victor de Broglie [1785-1870], décédé le 25 janvier 1870, à Paris. Il s’était déjà présenté en mai 1865, et en mai 1866 [face à Victor de Broglie].


CORRESPONDANCE : LETTRES…DE, À, AU SUJET DE …V. COUSIN.
14 janvier 1867. Lettre de Prosper Mérimée à l’Impératrice Eugénie de Montijo.
Prosper Mérimée est un familier de la famille Montijo depuis les années 1830. C’est lui qui a favorisé un rapprochement de V. Cousin, qu’il fréquente régulièrement à Cannes, avec l’Empereur. Les relations de P . Mérimée avec Eugènie de Montijo, qui a épousé Napoléon III en 1853, sont très amicales. Il en a fait une de ses confidentes.
« Madame,
J’ai la douleur de vous annoncer la mort de M. Cousin. Il vient de succomber d’une attaque d’apoplexie que rien ne pouvait faire prévoir. Son intelligence, sa mémoire, son activité n’avaient reçu aucune atteinte. Sa santé semblait raffermie, il était gai et travaillait avec son ardeur ordinaire. Hier matin 13 il se plaignit d’avoir passé une mauvaise nuit et de n’avoir pu fermer l’oeil. Cela ne l’empêcha pas de travailler jusqu’à l’heure du déjeuner avec Barthélémy Saint-Hilaire qui demeurait avec lui. Immédiatement après son repas, il dit qu’il éprouvait une irrésistible envie de dormir, et s’étendit sur un canapé et s’assoupit. Ce sommeil fort calme en apparence, ne tarda pas à inquiéter, car il n’était troublé par aucun bruit. On chercha un médecin qui reconnut aussitôt une congestion cérébrale de la nature la plus grave. Tous les remèdes furent essayés inutilement. Il a expiré ce matin [14 janvier 1867] à cinq heures. J’ai assisté à son agonie. Sa figure était parfaitement calme et bien qu’il fit entendre pendant plusieurs heures des râlements horribles pour les assistants, ses traits conservaient toujours l’expression d’un sommeil tranquille. Les médecins disaient qu’il ne souffrait pas. Il est mort sans avoir rouvert les yeux et sans avoir repris connaissance depuis le moment où il s’était assoupi .
[…]
La bienveillance que Votre Majesté a toujours montrée à M. Cousin m’a fait penser, Madame, que vous pourriez trouver quelque intérêt aux tristes détails que je m’empresse de communiquer à Votre Majesté ». [A l’Impératrice Eugénie. Cannes 14 janvier 1867].

Lettre de Sainte-Beuve à B. Jouvin.
« [...] Mais quelle singulière organisation c'était que cette personnalité qu'on appelait Cousin, et quel original unique ! L'avez-vous vu et entendu quelquefois ? Il est resté pour moi, et je crois bien pour nombre de ceux qui l'ont connu, un problème et une énigme. - Mais, me direz-vous, quel homme n'est pas une énigme ? - Lui, c'était avec éclat que tout se produisait, avec une sincérité du moment qui ressemblait à de l'enthousiasme, et qui, une fois qu'on était converti et aguerri, admettait une part de comique, mais du comique du plus haut caractère.
Dans sa jeunesse, il a fait longtemps une illusion complète à ses premiers amis et diciples ; il régnait sur eux, il les poussait aux grandes choses, aux grands travaux, aux nobles pensées, voire même aux conspirations généreuses. Quand je suis entré dans le monde littéraire (1824), j'avais pour maîtres quelques uns de ces premiers amis de Cousin ; c'est par eux que j'ai d'abord appris à le juger, et je dois dire qu'ils étaient déjà à demi détrompés, mais seulement à demi ; - et quels beaux restes d'admiration et de respect ils lui vouaient encore !
En philosophie, comme vous l'avez indiqué, il oscillait un peu en ces temps là ; il embrassait plus de nuages qu'il n'en a gardé par la suite ; il ne semblait pas clair à tout le monde et ne tenait pas absolument à le paraître. Le grand lettré se voilait volontiers et se dérobait sous l'hiérophante. Il serait curieux de le voir alors jugé par ses pairs. Il l'avait été dans l'intimité par ce Maine de Biran dont vous parlez. Son journal contenait primitivement nombre de jugements de lui sur Cousin, qui faisait partie de la petite réunion dont étaient Ampère, Royer-Collard, etc.
Mais ces passages ont été prudemment retranchés à l'impression par l'éditeur (M. Naville), qui crut que ce serait de sa part un mauvais procédé de les publier. Nous n'avons donc vu (si j'excepte quatre ou cinq survivants) que le philosophe Cousin de la seconde époque, le Cousin plus orateur que philosophe, et finalement l'écrivain accompli. Sous ces dernières formes il était bien assez fécond et inépuisable.
Nous avions été tellement liés, dans un temps déjà bien ancien, que malgré la rupture à la suite de procédés qu'il est mieux d'ensevelir, nous nous remettions irrésistiblement à chaque rencontre, - et l'Académie les faisait fréquentes, - à causer presque comme auparavant, à discuter, à nous prendre à témoin sur des points communs. Il savait mon fonds d'admiration pour sa nature de talent et qu'avec lui, dans les occasions, tout en me permettant parfois de le contredire, j'observais les rangs. Enfin, cher monsieur, vous lui avez rendu un juste hommage, et c'est ainsi qu'il n'y a plus qu'une presse et un genre de critique, la bonne en regard de la mauvaise, la vraie vis à vis de celle qui ne l'est pas. » [20 janvier 1867. Cette lettre est publiée, sans l'assentiment de Sainte-Beuve, par le journal le Le Figaro].

CRITIQUES, COMMENTAIRES, ARTICLES ET OUVRAGE CONCERNANT V. COUSIN.
Les obsèques de V. Cousin. Le jugement de Paul Dubois.
Dans l’ouvrage édité par Adolphe Lair, en 1902, mettant en ordre les souvenirs de Paul Dubois, sur Cousin, Jouffroy et Damiron, on trouve à la fin du chapitre consacré à V. Cousin une description des funérailles.
« Je sors des obsèques de Cousin, mais sans avoir suivi le convoi jusqu’au cimetière. Le corps avait été déposé depuis dimanche que Barthélemy l’avait ramené de Cannes, dans une chapelle tendue de noir, à l’entrée, à gauche. La réunion de l’Institut, des corps universitaires et des amis, avait été préparée dans l’appartement même et dans la riche bibliothèque du défunt, où ses exécuteurs testamentaires, Mignet, Barthélemy Saint-Hilaire, M. Frémy et le recteur de l’Académie faisaient les honneurs. L’excellent Vacherot avait bien voulu guider ma demi-cécité, et nous sommes entrés ensemble dans cet appartement où il avait plus d’une fois reçu les leçons du maître qu’il ne devait pas continuer en disciple, et où j’ai moi-même soutenu tant de controverses politiques et universitaires avec cet esprit si mobile, un jour avec vous, et le lendemain à l’extrémité opposée, mais toujours, dans ses contradictions mêmes, fécondant et inspirateur … Nous sommes descendus avec le cortège, derrière les Facultés, traversant la chapelle de la Sorbonne et, arrivant bientôt à l’église Saint-Etienne du Mont. L’appareil était magnifique : à l’intérieur tout était tendu de draperies à longues bordures, brodées de chiffres d’argent, resplendissant de lumière ; catafalque somptueux, musique théâtrale, le corbillard d’un luxe impérial, et si chargé d’argent qu’on eût dit qu’il fléchissait sous le poids, avec ses immenses panaches noirs. Si ce fut, comme je le crois, les légataires et exécuteurs testamentaires qui ont voulu ces pompes, c’est une erreur de goût. Ils ont soulevé les regrets épigrammatiques sur la modestie qui sied aux philosophes ; rappelé à des mémoires peu bienveillantes les maximes solennelles autrefois si répétées du maître : Il faut être pauvre dans l’Université. Enfin, en ces jours d’assez dures épreuves pour le pauvre, mieux eût valu épargner pour lui sur la pompe quelques milliers de francs. Cela eût relevé d’autant les générosités d’ailleurs si bien placées de celui qu’on menait à sa dernière demeure. » [Paul Dubois : Cousin, Jouffroy, Damiron. Souvenirs. Paris : Librairie académique Perrin. In-12. 1902, pp. 100-102].

Adolphe Félix Gatien-Arnoult. Victor Cousin, l'école éclectique et l'avenir de la philosophie française, par A. F. Gatien-Arnoult. Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Toulouse, ancien représentant du peuple. Paris : Germer Baillière ; Toulouse : Ed. Privat, in-8, 67 p., 1867.
L’ouvrage reprend le texte des leçons faites par A. F. Gatien-Arnoult, à ses élèves, au moment de l’annonce du décès de V. Cousin.
« Messieurs,
Je vais suspendre, mais pour un ou deux jours seulement, le cours de nos études de philosophie morale. Un douloureux événement, que vous avez tous sans doute appris comme moi, par les journaux, m’y invite et jusqu’à un certain point m’y oblige : M. Cousin vient de mourir.
C’est incontestablement l’homme dont le nom a retenti le plus haut en notre monde de la philosophie française ».

[Paul] Jean Ladevi-Roche. Le Rôle des grands hommes dans la vie des peuples d'après M. Cousin et d'après l'histoire. Paris : Hachette ; Bordeaux : chez Coderc, Degreteau et Poujol, in-8, 145 p., 1867.
L’ouvrage est une critque des thèses de V. Cousin : « Des cinq caractères assignés par [Victor Cousin] aux grands hommes, comme autant de marques distinctives propres à les faire reconnaître, pas un seul n’est rigoureusement exact ; pas un n’est rééllement applicable à tous. ils ne sont , en général, ni des représentants des idées de leur temps ; ni des instruments du destin et des peuples ; ni des hommes de succès immédiat ; ni des hommes investis d’une grande puissance et entourés des suffrages de leurs contemporains. » [page 25].

[Paul] Jean Ladevi-Roche.
[Paul] Jean Ladevi-Roche. Ancien élève de l’École normale [1818]. Agrégation de lettres en 1821.

Paul Janet publie dans la Revue des Deux-Mondes [1er février 1867] un article sur V. Cousin.
« M. Victor Cousin devait donc disparaître à son tour, lui qu’on eût pu croire vraiment immortel, tant il y avait en lui de sève et de virilité ! Sa jeunesse inépuisable étonnait et charmait ceux qui l’approchaient ; un foyer toujours allumé animait cette organisation puissante. Au physique comme au moral, c’était une nature de feu : si la mort avait voulu le réduire par une de ces maladies lentes qui minent peu à peu, il l’aurait encore vaincue, ainsi qu’il a fait tant de fois. Les hommes de cette nature ne peuvent perdre la vie goutte à goutte, ; ils meurent tout d’un coup. Cette énergie physique n’était que le symbole et l’expression d’une énergie plus intime, celle d’une âme toujours en mouvement, qu’une imagination enflammée portait sans cesse vers les objets les plus divers, mais qui à cette mobilité extraordinaire joignait aussi une ténacité inflexible, une volonté indomptable, les desseins les plus savamment combinés et le plus opiniâtrement suivis. Il avait été, si j’ose dire, forgé sur l’enclume de la Révolution. Né en 92, au coeur de Paris, d’une famille modeste, il tenait du peuple la spontanéité, la finesse, la gaieté, la passion, l’irréflexion ; de la Révolution, il tenait une certaine violence, une familiarité hardie, et cet esprit de propagande qui en a fait le premier chef d’école de notre temps. Le feu qui l’animait avait une telle surabondance qu’il se répandait sur tous ceux qui l’approchaient : de ceux-là mêmes qui l’ont combattu, combien n’ont pas reçu de lui la première flamme ! Son éloquence publique, nous disent ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre, était incomparable ; son éloquence privée ne l’était pas moins. Une abondance inépuisable, une verve pleine de grâce et de malignité, une richesse de souvenirs sans égale, une soudaineté de vues, une grandeur de geste et avec cela une tête admirable et des yeux d’où l’esprit sortait comme un torrent : tel était M. Cousin dans l’intimité, tel il faut le voir, si l’on veut bien se rendre compte de la place considérable qu’il a occupée dans notre siècle et du bruit qu’a fait son nom.
Du portrait que je viens d’esquisser, partons comme d’un centre pour essayer et bien comprendre les divers aspects de cette grande figure, le professeur, le philosophe, l’écrivain» [Paul Janet : Revue des Deux-Mondes, 1er février 1867].
Paul Janet [1823-1899], ancien élève de l’École normale [1841] a été le secrétaire de V. Cousin en 1845-1846, lorsque ce dernier lui dicte le texte de la réédition du Cours de l’histoire de la philosophie moderne, histoire des derniers systèmes de la philosophie moderne sur les idées du vrai, du beau et du bien. [1846]. Il a été élu, le 13 février 1864, à l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale, [fauteuil 6], en remplacement du médecin et hygiéniste Louis Villermé [1782-1863], puis transféré, par décision de l'Académie du 26 mai 1866, dans la section de philosophie.
Dans son Victor Cousin et son œuvre, qu’il publie en 1885 [Paris : Calmann Lévy éditeur] Paul Janet republie le texte de l’article qu’il avait fait paraître, dans la Revue des Deux-Mondes, presque vingt ans plus tôt.

M. Cousin et son école, par Amédée de Margerie, article du Correspondant, 1867, tome 71, pages 424 et 569.


Janvier 1867. Article de François Riaux, dans La Presse.
« [V. Cousin] un beau génie [...] une des hautes illustrations de notre pays, une des lumières de notre siècle [...] Il mettait au service de ses idées, tantôt la parole précise, claire et méthodique du savant, du professeur, tantôt l'âme et l'imagination d'un artiste passionné pour le beau [...] Dans cette longue existence où se remarque, à travers des contradictions de détail une réelle unité de vue et de but, la fantaisie eut souvent à sa place mais elle ne domina jamais. [...] Les hommes comme M. Cousin ressemblent à ces monuments élevés dont les vrais proportions ne peuvent être appréciées qu'à distance et dans une vue d'ensemble. » [25 janvier 1867].
François [Marie] Riaux [1810-1883], professeur de philosophie, est un ancien élève de l’École normale [1830]. Agrégation de philosophie en 1834 [cette année, sous la présidence de V.Cousin, sont reçus : Marcel Courtade ; François Riaux]. L’année de son agrégation [1834] est professeur à Bourges, puis à Rennes [1837] où il devient suppléant à la Faculté des lettres [1838] puis chargé du cours de philosophie [septembre 1839].
Docteur ès-lettres [Paris, 22 août 1840], [la même année que A. Bontoux, Joseph Ferrari, Adolphe Garnier, Émile Saisset, Adolphe Berger], avec une Dissertation sur Parménide d’Élée, suivi du texte et de la traduction des fragments. [Paris : Joubert. In-8, III-255 p., 1840] Sa thèse latine porte sur les vrais fondements de l’ontologie [Parisiis : ex typ. Fain et Thunot. In-8, 47 p., 1840].
Est nommé à Paris, au collège Charlemagne [septembre 1847], où il prononce le discours de distribution des prix : Au sujet de la liberté [Paris : impr. de Chassaignon, in-8, 8 p., 1853] puis au lycée Bonaparte [l’actuel lycée Condorcet] [janvier 1856].
Chargé de cours à la Faculté de Bordeaux [novembre 1858].
Publie l’année même de la mort de V. Cousin : [sans nom d’auteur] Victor Cousin. Paris : A. Faure, in-16, 71 p., 1867 [la couverture porte 1868]. Réédité en 1869, avec une autre mention : Paris. Librairie des contemporains, 3ème édition.

Février 1867. Lettre d’Augustin Cochin à Alfred de Falloux.
Cette lettre est écrite, le 7 février 1867, un peu moins d’un mois après la mort de V. Cousin.
« Pauvre M. Cousin ! Quelles facultés rares, quels dons, quelle éloquence, le tout gâté par l’habitude d’exagérer sans cesse. On a coutume de dire des morts célèbres : il a joué un grand rôle ; - comme c’est vrai, au pied de la lettre, pour cet esprit enflammé, mobile et puissant, toujours en scène et en public, et malgré tout plus savant et plus profond que les quatre ou cinq garçons philosophes qu’il laisse pour le continuer en petit ! Il avait de vous une grande idée ; c’est une de ses idées justes. Je ne puis oublier qu’il a été gratuitement et constamment bon pour moi. » [Nice, 7 février 1867].
L’homme politique Augustin Cochin [1823-1872] vient d’être élu [le 11 février 1865] membre de l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section de morale.

Février 1867. Article de A. Claveau dans La Revue contemporaine.
Anatole Claveau dans sa chronique de la Revue contemporaine écrit que la mort de V. Cousin a «plongé l'Académie dans le plus complet désarroi : plus de partis, plus de groupes, plus de ralliement, aucun mot d'ordre ; l'Académie flotte à droite et à gauche, au hasard, comme un navire sans lest ; elle a perdu sa boussole et son pilote, elle a perdu son âme c'est à dire M. Cousin. il était vraiment l'âme de l'Académie [...] M. Cousin est mort et le doute, le trouble, la confusion, l'anarchie lui ont succédé. Je n'aurais jamais cru qu'il tînt une pareille place à l'Académie [...] Il était le centre de gravité, il était l'équilibre même et tout chancelle nous dit-on depuis qu'il n'y est plus ; il aurait fait tenir l'Académie tout entière sur la pointe d'une aiguille. » [28 février 1867, page 548].
Anatole Claveau [1835-1914]. Journaliste, romancier. Secrétaire rédacteur au Corps législatif [1865], puis chef du service des rédacteurs à la Chambre des députés [1890-1914]. Auteur d’un essai sur A. de Musset [1894].

1867. L’hommage de F. Sclopis.
L’Italien Ferdinand Sclopis, correspondant de l’Académie publie Notizie intorno alla vita ed agli studi di Vittorio Cousin. Turin, in8, 1867. L’ouvrage est adressé en hommage à l’Académie des sciences morales et politiques, dans la séance du 25 mai 1867.
Le comte [Paolo] Federigo Sclopis di Salerno [1798-1878], est correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de législation [place 1 bis], depuis le 25 janvier 1845. Il sera élu associé étranger le 20 mars 1869.

Le 22/05/2018