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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1862
  En 1862, V. Cousin [1792-1867] est âgé de soixante-neuf ans. [Il aura soixante-dix ans le 28 novembre 1862]. L’année 1862 est marquée, pour V. Cousin, par le décès de Jean-Philibert Damiron [1794-1862], plus jeune de deux ans, l’ami de toujours, qui a été un ses tout premiers élèves à l’École normale, le premier à le rejoindre dans la section de philosophie à l’Académie des sciences morales et politiques, quatre ans à peine [décembre 1836], après sa propre élection [octobre 1832]. En villégiature à Cannes, V. Cousin ne peut assister à ses obsèques. Et, se sentant très malade, il craint lui même dêtre victime d’une apoplexie.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère, Marie-Henriette née Grivelet, est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Au collège Charlemagne en classe de rhétorique [classe de première], il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des compte-rendus et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820-1828.
Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] V. Cousin est, sous la Restauration, en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825].
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, comme professeur adjoint [et non plus comme suppléant] dans la chaire de Royer Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et immédiatement diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.
Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826] ; l'édition des Oeuvres de Maine de Biran [commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec en tout quatre volumes].

1826-1828. Fragments philosophiques.
Il rassemble ses notes de cours et ses articles, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis, pour un autre livre, de Nouveaux fragments philosophiques [1828]. Ces recueils sont précédés de copieuses préfaces. Il sait donner à ses publications, qu’il diffuse énergiquement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains. Il apparaît en Europe et aux États-Unis, comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.

1830-1840.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] dès sa reconstitution, où dans la section de philosophie il fait élire ses partisans ; nommé pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Abandonnant l’enseignement, il se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande ; 1836 ; en Suisse, 1837]. Pour un temps très bref est Ministre de l’Instruction publique [mars 1840-octobre 1840] dans le second ministère Thiers.

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 déjà les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme, sa théorie des quatre systèmes émémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et sa fonction conciliatrice [il ya du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836 ; Gioberti, 1842]. Et, malgré ses concessions de plus en plus prononcées au catholicisme, les ultramontains font de V. Cousin un ennemi de la religion.

La Révolution de 1848.
La Révolution de Février 1848 instaure la Seconde République. Louis-Philippe enfui, le nouveau gouvernement provisoire décide le suffrage universel, déclare la liberté de la presse, les droits de réunion, d’association et de pétition, l’abolition de la peine de mort pour des motifs politiques. Une Assemblée nationale constituante est élue fin avril et se réunit le 4 mai.
Mais la dissolution des Ateliers nationaux provoque l’affrontement. Les journées des 23-26 juin, marquent l’écrasement dans le sang de la révolte ouvrière. Ministre de la guerre le général Cavaignac devient chef de l’exécutif. Enfin le 10 décembre 1848 Louis-Napoléon est élu Président de la République.

Après 1848. Perte d’influence.
La succession heurtée de ces événements décourage Cousin et ses amis, en proie à de sombres conjectures. Mais V. Cousin le proclame : le grand mal, c’est la république rouge, le reste n’est rien auprès.
Ainsi la Révolution de 1848, avec, pour quelques mois, l’instauration de la République, puis le Coup d’État de décembre 1851 rejettent dans le passé la période heureuse ouverte en 1830. Désormais, V. Cousin est un homme de ce temps révolu. Déjà depuis longtemps absent de l’enseignement philosophique, il se tourne amoureusement vers l’histoire des grandes dames du XVIIème siècle, tout en continuant à orienter les travaux de la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques.

1850-1860.
Le Coup d’État de décembre 1851, accélère la perte d’influence de V. Cousin. D’autant que la philosophie, en tant que telle, est marginalisée : l’agrégation de philosophie est supprimée sur plus de dix années ; de nombreux professeurs d’idéologie libérale, refusant de prêter serment, sont révoqués, et beaucoup s’exilent.
Quant à V. Cousin, il consacre une grande partie de son temps à rééditer les textes anciens en éliminant, éditions après éditions, tout ce qui pourrait choquer. L’édition de 1853 du livre intitulé Du Vrai, du beau et du bien, ne cesse d’être reprise et aménagée, pour devenir la bible irréprochable et tardive du cousinisme.
Enfin l’édition de 1861 de l’Histoire générale de la philosophie, depuis les temps les plus anciens jusqu’au XIX ème siècle, complète Du Vrai, du Beau et du Bien, publié en 1853, achève le monument construit, pense-t-il pour la postérité, résumant et célèbrant, à ses yeux, la part créative de son oeuvre philosophique.

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
V. Cousin, sur les conseils de Barthelémy Saint Hilaire, passe l’hiver 1861-1862 à Cannes. Il y apprend la mort à Paris, de J. P. Damiron [mort le 11 janvier 1862, d'une apoplexie]. il en est très affecté, et craint à son tour d'être victime d'une apoplexie. Prosper Mérimée, qui lui aussi est à Cannes, ne le trouve pas si fatigué qu'il le dit.
Fin mars 1862 se rend à Montpellier, pour trouver des bas contre ses varices. En novembre 1862 est à nouveau à Cannes. Il y dîne à plusieurs reprises avec Mérimée.

ÉMÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Élèves reçus à l’École normale supérieure, section lettres, 1862.
Arnould, Henri Aron [agrégation de lettres, 1865], Albert Carrau [agrégation de lettres, 1865], A. Collignon, Gabriel Compayré [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1866], L. Durand, Paul Gaffarel [agrégation d’histoire et géographie, 1865], Auguste Girot [agrégation d’allemand, 1885], Ernest Lavisse [futur directeur de l’École normale supérieure 1904-1919] , Charles Loiret [agrégation de lettres, 1876], Maggiolo, Charles Molinier [agrégation d’histoire et géographie, 1869], Gabriel Monod [agrégation d’histoire et géographie, 1865], Pierre Pingaud [agrégation d’histoire et géographie, 1865], Renouf, Théodule Ribot [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1866], Gabriel Rocherolles [agrégation de grammaire, 1865], Seigneret, Pierre Vaslet [agrégation de lettres, 1872], A. Voisin, P. Wallon.

ARTICLE dans le Journal des savants.
La Conspiration de Henri de Talleyrand, comte de Chalais en 1626, d'après des documents inédits. Journal des savants, avril 1862, pages 197-221.
Incipit : « Après la mort du duc et connétable de Luynes, à la fin de l'année 1621, l'ancienne régente, Marie de Médicis, sortie de sa longue disgrâce, reprit peu à peu tout son pouvoir. Elle réussit à imposer au faible Louis XIII son propre favori, celui qui avait succédé auprès d'elle au maréchal d'Ancre, l'habile et ambitieux évêque de Luçon : elle le fit cardinal en 1622 et premier ministre en 1624. ».

ARTICLE dans le Journal des savants.
Le Duc et Connétable de Luynes. Journal des savants, septième article, mai 1862, pages 300-318 ; huitième article, juin 1862, pages 334-349 ; neuvième article, août 1862, pages 475-491 ; dixième article, septembre 1862, pages 551-568 ; onzième article, octobre 1862, pages 611-630 ; douxième article, novembre 1862, pages 678-699 [les premiers articles ont été publiés en 1861, un treizième et dernier article paraîtra en janvier 1863].

RÉÉDITION .
Madame de Chevreuse, deuxième édition revue et augmentée, Paris : Didier et Cie, in-12, 544 p., 1862.
Réédité en 1868, en 1869 (connaît 2 tirages), en 1876 (connaît 2 tirages).

RÉÉDITION.
Premiers essais de philosophie, par M. Victor Cousin, quatrième édition, revue et augmentée, Paris : Didier et Cie, in-8, 418 p.,1862.
Contient l'Avertissement de la deuxième édition de 1845 [signée le 15 décembre 1845, mais en réalité le livre est paru en 1846], ainsi que l'Avertissement de la troisième édition de 1855 [Avertissement signé le 1er février 1855]. Connaît 2 tirages en 1862.
Édité initialement en 1846, puis en 1855 [3ème édition]. Réédité en 1873 [6ème édition].

RÉÉDITION.
Jacqueline Pascal, Paris : Didier et Cie, in-12, 468 p., 1862 [1862, comme 5ème édition].
Édité initialement en 1844. Puis en 1856, 1861. Sera réédité en 1869, 1877 [comme 8ème édition, connaît deux tirages], 1878, 1894.

RÉÉDITION.
Alexandre Louis Foucher de Careil. Leibniz, Descartes et Spinoza, avec un Rapport par M. V. Cousin, Paris : Ladrange, in-8, 292 p., 1862. La page de titre indique le contenu de l'ouvrage : Réfutation inédite de Spinoza par Leibnitz. Nouveau commentaire à l'Éthique et aux lettres de Spinoza, précédé de Mémoires à l'Académie des sciences morales et politiques sur les rapports du Spinozisme avec la philosophie de Leibniz et avec celle de Descartes.
L'ouvrage de Foucher de Careil édité initialement en 1854 est réédité en 1862. Il comprend, en tête, le texte du Rapport de V. Cousin à l'Académie des sciences morales et politiques, en avril 1854, présentant et remettant l'ouvrage intitulé Réfutation [inédite] de Spinoza par Leibniz.

À L’ACADÉMIE FRANÇAISE.
Jean Baptiste Biot [1774-1862] meurt le 3 février 1862. Il sera remplacé, au fauteuil 12, par le comte Louis de Carné [1804-1876] élu le 23 avril 1863.

Le 20 février 1862, élection de Albert de Broglie [1821-1901], en remplacement du père Henri Lacordaire [1802-1861], décédé le 21 novembre 1861. Parce qu'il est le candidat du parti monarchiste et religieux, Sainte-Beuve fait campagne contre lui. Il est élu par 26 voix sur 29 votants. Est reçu, le 26 février 1863, par Saint Marc Girardin [1801-1873].

Octave Feuillet [1821-1890], candidat soutenu par Napoléon III, est élu, au fauteuil 13, le 3 avril 1862, en remplacement de Eugène Scribe [1791-1861], décédé le 20 février 1861. Il l'emporte sur le comte Louis de Carné [1804-1876] qui se présentait également. Octave Feuillet s'était déjà présenté le 20 janvier 1862, mais il y avait douze candidats et le scrutin n'eut pas d'issue. Il est reçu le 26 mars 1863, par Ludovic Vitet [1802-1873], tandis que l'Impératrice Eugénie assiste à sa réception.

Le duc Étienne Denis Pasquier [1767-1862] meurt le 5 juillet 1862. Il sera remplacé, au fauteuil 3, par Jules Armand Dufaure [1798-1881] élu le 23 avril 1863.

À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Francisque Lélut, qui avait été élu vice-président en 1861, est, selon l’usage le président de l’Académie des sciences morales et politiques pour 1862. Dans la première séance de l’année, le 11 janvier 1862, Joseph Naudet est élu vice-président. [La toute première séance de l’année était en fait le 4 janvier, mais elle est consacrée à la séance publique annuelle].

Le 8 novembre 1862, V. Cousin donne lecture d’un Épisode inédit sur le cardinal de Richelieu.

LA PHILOSOPHIE À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Dans la séance du 11 janvier 1862, Jean Philibert Damiron poursuit la lecture de son Mémoire sur Condillac et son Traité des systèmes [lecture commencée les 21 et 28 décembre 1861]. Jean Philibert Damiron meurt d’apoplexie dans la soirée du 11 janvier.
Publié dans Mémoires de l’Académie des sciences morales et politiques de l’Institut impérial de France, tome 11, Paris : Librairie de Firmin Didot frères, fils et Cie. 1862. Tome 60, pages 5-28 et tome 61, pages 5-31.
Jean-Philibert Damiron [1794-1862] meurt le 11 janvier 1862. Il sera remplacé par Émile Saisset [1814-1863], élu le 7 février 1863.


Dans la séance du 18 janvier le secrétaire perpétuel poursuit la lecture du Mémoire que Waddington a été admis à communiquer à l’Académie sur l’Histoire des facultés de l’âme. La lecture se poursuit dans les séances des 5 et 12 avril, ainsi que le 31 mai 1862, le 12 juillet, le 16 août 1862.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 59, pages 399-419, au titre des Articles des savants étrangers. Puis 1862, tome 62, pages 5-28 ; tome 63, pages 403-420.
Charles Waddington publie en 1862 : De l'Âme humaine. Études de psychologie [Paris : Ladrange. In-8? , IV-576 p. 1862] Il s’agit du texte de leçons faites à la Sorbonne.

Dans la séance du 22 février 1862, Félix Nourrisson commence la lecture d’un Mémoire qu’il a été admis à communiquer sur la Philosophie de Bossuet. La lecture se poursuit et s’achève dans la séance du 1er mars 1862.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 60, pages 81-103, au titre des Articles des savants étrangers.
Jean Félix Nourrisson [1825-1899] est professeur de logique au lycée Napoléon depuis 1858. Déjà en 1852, dans la séance du 10 avril 1852, V. Cousin avait présenté, au nom de l’auteur: Essai sur la philosophie de Bossuet, avec des fragments inédits [Paris, in-8, 1852].
L’ouvrage sur Bossuet est le texte de la thèse pour le doctorat ès-lettres présentée à Paris, en 1852.
Lauréat de plusieurs concours de l’Académie des sciences morales et politiques [1860, 1863] Jean Félix Nourrisson ne sera élu membre de l’Académie, section de philosophie [fauteuil 8], qu’en 1870, en remplacement du duc Victor de Broglie [1785-1870], décédé le 25 janvier 1870.

Dans la séance du 5 juillet 1862, lecture par Alexandre Foucher de Careil d’un Mémoire De la Persécution du cartésianisme en Hollande, d’après les nouveaux documents [avec un autographe inédit de quatre feuilles, in-folio de la Bibliothèque royale de La Haye : lettre de Descartes à M. de Thuillerie]. À la suite de cette lecture V. Cousin présente des observations.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 62, pages 217-243. Publié au titre des Articles des savants étrangers.

Dans la séance du 17 mai 1862, Antonin Rondelet est admis à communiquer un nouveau mémoire sur Les Lois de la production morale au point de vue de l’intérêt social.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 61, pages 449-469. Publié au titre des Articles des savants étrangers.
Professeur et économiste français, Antonin Rondelet [1823-1893] cherche à croiser morale et économie politique [c'est, pense-t'il, la tâche nouvelle de la philosophie que de lier la réflexion morale aux questions économiques] et traite le sujet mis au concours par l'Académie des sciences morales et politiques : déterminer les rapports de la morale et de l'économie politique. Il obtient la seconde médaille du concours (1857) et publie son texte couronné : Du Spiritualisme en économie politique [1859, Paris : Didier, in-8, 374 p. ; réédité en 1860].
En novembre 1863, et janvier 1864 sera lu, devant l’Académie un Mémoire sur les Effets économiques de la production morale dans l’ordre physique.
Antonin Rondelet cherchera en vain à se faire élire à l’Académie des sciences morales et politiques, par exemple en 1872 et en 1880.

Dans les séances du 19 et du 26 juillet 1862, lecture par Alexandre Foucher de Careil d’un Mémoire qu’il est admis à communiquer sur Descartes et la princesse Élisabeth [ou de l’Influence du cartésianisme sur les femmes au XVIIè siècle].
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 62, pages 401-433 ; et 1863, tome 63, pages 57-96., au titre des articles des savants étrangers.
Le comte Alexandre [Louis] Foucher de Careil [1826-1891] intervient à plusieurs reprises à l’Académie des sciences morales et politiques, à l’occasion d’hommages d’ouvrages [1854, 1862] ; en obtenant en 1860 le prix sur la Philosophie de Leibniz ; en lisant des Mémoires [1861, 1862]. Il fait régulièrement hommage, à l’Académie, tome par tome, des Oeuvres de Leibniz, dont il est l’éditeur. Il se présentera sans succès, le 7 février 1863, face à Émile Saisset, au fauteuil [fauteuil 1 de la section de philosophie] laissé vacant par la disparition de Jean Philibert Damiron, décédé le 11 janvier 1862.
Il reprend ses présentations de Mémoires en 1873, 1874, 1877. Mais, malgré tout, ne sera jamais élu à l’Académie des sciences morales et politiques.

Dans la séance du 23 août 1862, Adolphe Franck donne lecture d’un Mémoire sur les Pricipes philosophiques du droit pénal.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 63, pages 355-378.
Adolphe Franck [1809-1893] est un pilier de la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques, dont il est membre depuis janvier 1844. La Philosophie du droit pénal paraîtra en 1864 [Paris : Germer Baillière, Bibliothèque de philosophie contemporaine. In-18, 239 p., 1864].

J. E. Alaux, professeur de logique au collège de Rodez, est admis à lire un Mémoire sur les Idées, dans les séances du 20 et du 27 septembre 1862.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1863, tome 63, pages 105-142.
Le professeur de philosophie Jules Alaux [1828-1903] fera ultérieurement plusieurs lectures à l’Académie des sciences morales et politiques.

Le Mémoire d’Alexandre Foucher de Careil , sur trois manuscrits inédits de Leibniz [fin] est publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 59, pages 63-110.

Dans la séance du 13 septembre, Barthélemy Saint-Hilaire donne lecture d’un Mémoire sur la composition de la Météorologie d’Aristote. Cette lecture se poursuit dans la séance du 13 et du 20 décembre 1862.
Le Mémoire sur la Composition de la Météorologie d’Aristote et du Traité du Monde, par Barthélemy Saint-Hilaire est publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 62, pages 325-355.
La Météorologie [d’Aristote], traduite en français pour la première fois et accompagnée de notes perpétuelles, avec le petit traité apocryphe du Monde par J. Barthélemy Saint Hilaire est publié en 1863. [Paris : Germer Baillière].

Dans la séance du 15 novembre 1862, Adolphe Garnier fait un Rapport sur la Principe vital et l’âme pensante de Francisque Bouillier ; sur La Vie et les attributs du docteur Eugène Bouchut, professeur agrégé à la Faculté de médecine ; sur Du Principe vital à l’occasion de discussions récentes et d’une réponse de Pie IX, par l’abbé Thibaudier, professeur de philosophie à l’institution des Chartreux.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1862, tome 63, pages 29-48.

Dans la séance du 27 décembre 1862, Charles de Rémusat donne lecture d’un Mémoire sur Les Limites de la conscience ou sur les Facultés inconnues de l’esprit humain.
Charles de Rémusat [1797-1875], ancien ministre de l’Intérieur, futur ministre des Affaires étrangères, est membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis avril 1842, et membre de l’Académie française depuis janvier 1846.

Présentation et hommage d’ouvrages.
Dans la séance du11 janvier 1862, le secrétaire perpétuel présente, au nom de Jules Barthélemy Saint-Hilaire, « la savante traduction en deux volumes de la Physique d’Aristote, précédée d’une introduction dont l’Académie a entendu, avec le plus grand intérêt, la lecture dans plusieurs séances ».

Dans la séance du 11 janvier 1862, l’Académie reçoit Études sur saint Augustin, son génie, son âme, sa philosophie, de l’abbé Flottes [In-8, 1861].
L’abbé Jean-Baptiste-Marcel Flottes [1789-1864] publie en 1861 : Études sur saint Augustin, son génie, son âme, sa philosophie [Montpellier : F. Seguin. In-8 , XI-635 p., 1861].

Dans la séance du 25 janvier 1862, l’Académie reçoit de Paul Eugène Voituron , avocat à la Cour d’appel de Gand, Recherches philosophiques sur les principes du Beau. Ouvrage auquel l’Académie des sciences morales et politiques a décerné une mention honorable, dans le concours de 1860. [tome 2, Paris et Bruxelles, 1862].
L’avocat belge Paul Eugène Voituron [1824-1891] a obtenu mention honorable ex aequo avec Antelme Edouard Chaignet [1819-1901], alors professeur de seconde au Prytanée de la Flèche pour le concours sur les Principes de la science du Beau, proposé le 7 février 1857 par V. Cousin. Le prix est remporté par Charles Lévêque.

Dans la séance du 25 janvier 1862, Hippolyte Passy, en présentant le livre que vient de publier Joseph Tissot sur Turgot, sa vie, son administration, ses ouvrages, rappelle les mérites de ce travail qu’avait couronné l’Académie, et indique les améliorations que l’auteur y a apportées.
Le Prix Léon Faucher de l’Académie des sciences morales et politiques, de trois mille francs, à décerner tous les trois ans et alternativement à l’auteur du meilleur mémoire sur une question d’économie politique ou sur la vie d’un économiste avait mis au concours en 1860 : La Vie de Turgot et l’examen de ses œuvres philosophiques, économiques, philologiques, administratives.
À la suite du rapport d’Hippolyte Passy, le prix est remis à part égale à Anselme Batbie [1828-1887], ancien auditeur au conseil d’État, avocat à la cour impériale, professeur suppléant à la Faculté de droit de Paris et à Joseph Tissot [1801-1876], professeur à la Faculté des lettres de Dijon lauréat de l’Institut.
Le rapport d’Hippolyte Passy paraît dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1863, tome 63, pages 97-104.
À la suite de l’obtention du prix Joseph Tissot publie Turgot, sa vie, son administration, ses ouvrages [Paris : Didier. In-8, IV-479 p., avec un portrait gravé par L. Massard. 1862]. L’ouvrage contient le texte de Turgot : Les Trente-sept vérités opposées aux trente-sept impiétés de Bélisaire, par un bachelier ubiquiste.

Dans la séance du 5 avril 1862, l’Académie reçoit Du Principe vital et de l’âme pensante ou Examen de diverses doctrines médicales et psychologiques sur les rapports de l’âme et la vie, par Francisque Bouillier, correspondant de l’institut, doyen de la Faculté des lettres de Lyon.
Francisque Bouillier [1813-1899] doyen de la Faculté des lettres de Lyon, après avoir le ce travail sous forme d’un Mémoire dans la séance du 17 avril 1858, l’avait fait paraître comme brochure : De l’Unité de l’âme pensante et du principe vital. [Paris : A. Durand, in-8, 59 p., 1858] et l’avait lu,
Il avait remporté le concours de l'Académie des sciences morales et politiques, en 1841, pour le sujet, proposé en juillet 1838 par V. Cousin : Examen critique du cartésianisme.
Déjà élu comme correspondant dans la section de philosophie [place 2] le 22 avril 1842, Francisque Bouillier [1813-1899] deviendra membre titulaire le 11 décembre 1875, dans la section de philosophie [fauteuil 4], en remplacement de Charles de Rémusat [1797-1875], décédé le 9 juin 1875.

Dans la séance du 12 avril 1862, Francisque Lélut offre en hommage un livre de Albert Lemoine, professeur de philosophie au collège Bonaparte, ayant pour titre L’Âme et le corps, étude de philosophie morale et naturelle, et il entretient l’Académie de cet ouvrage.
Albert Lemoine [1824-1874], professeur de philosophie venait de faire paraître en 1862 : : L’Âme et le corps, études de philosophie morale et naturelle [Paris : Didier. In-12, IV-423 p., 1862] Il cherchera, sans succès, à se présenter à l’Académie des sciences morales et politiques, notamment en 1865 et en 1866.

Foucher de Careil.
A. Foucher de Careil fait parvenir à l’Académie des sciences morales et politiques, pour la séance du 17 mai 1862, deux de ses ouvrages qui viennent de paraître :
Hegel et Schopenhauer ; Études sur la philosophie allemande moderne depuis Kant, jusqu’à nos jours.
En réalité il s’agit d’un seul et même ouvrage, la mention du bulletin de l’Académie des sciences morales et politiques étant fautive :
Hegel et Schopenhauer. Études sur la philosophie allemande moderne depuis Kant jusqu’à nos jours. L’ouvrage paraît en 1862 [Paris : L. Hachette. In-8, XXXIX-390 p., 1862] Le livre est traduit en allemand et paraît à Vienne dans une traduction d’Isidor Singer : Hegel und Schopenhauer, ihr Leben und Wirken. Übersetz von I. Singer, Wien : C. Konegen,1888, in 8, LI-417 p.


Dans la séance du 15 mars 1862, Adolphe Franck fait hommage, au nom de l’auteur, Henri Disdier, d’un ouvrage ayant pour titre Thèses tirées de la profession de foi du théiste.
En 1856, Henri Disdier avait fait paraître : Conciliation rationnelle du droit et du devoir [Genève : impr. de J. Cherbuliez. In-8, 28 p., 1856]. L’ouvrage adressé à l’Académie est un extrait de la deuxième édition de Conciliation rationnelle du droit et du devoir, paru chez le même éditeur en 1862 [Genève : les principaux libraires. In-8, 35 p.]
L’auteur ne doit pas être confondu avec l’homme politique Henri Gabriel Dididier.

Dans la séance du 16 août 1862, l’Académie reçoit, du docteur Félix Voisin : Nouvelle loi morale et religieuse de l’humanité. Analyse des sentiments moraux.
Le médecin aliéniste Félix Voisin [1794-1872] Président de la Société phrénologique de Paris a déjà vu son travail présenté à l’Académie, notamment en 1847, à propos de son ouvrage Traitement intelligent de la folie et application de quelques uns de ses principes à la réforme des criminels. [Paris : J. B. Baillière, in-8, 1847].
Le livre intitulé Nouvelle loi morale est paru en 1862 [Paris : J.-B. Baillière et fils. In-8, II-464 p., 1862] Il s’agit du deuxième ouvrage paru dans la collection : Études sur la nature de l'homme.

Dans la séance du 30 août 1862, Adolphe Garnier offre à l’Académie, de la part de l’auteur, l’ouvrage du docteur Eugène Bouchut intitulé La vie et ses attributs [in-12, 1862]. Adolphe Garnier fera de cet ouvrage un Rapport à l’Académie.
Cf. supra : Le Rapport effectué par Adolphe Garnier, dans la séance du 15 novembre 1862.

Dans la séance du 25 octobre 1862, de Parieu fait hommage à l’Académie, au nom de Jacques Matter, conseiller honoraire à l’Université, d’un ouvrage intitulé Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits. Il fait remarquer que l’ouvrage de Matter, « réunissant une biographie intéressante à des appréciations philosophiques, constitue une page très curieuse de l’histoire du mysticisme moderne ».
L’Inspecteur général honoraire Jacques Matter [1791-1864] consacre vers la fin de sa vie plusieurs ouvrages à l’étude du mysticisme : en 1862 Saint Martin. Le philosophe inconnu. Sa vie , ses écrits. Son maître Martinez et leurs groupes d’après des documents inédits. [Paris : Didier, in-12, XI-460 p.,1862] qui sera réédité en 1864 ; Emmanuel de Swedenborg, sa vie, ses écrits et sa doctrine [Paris ; Didier, in-12,XVI-436 p.], 1863 ; et enfin, un ouvrage posthume, Le Mysticisme en France au temps de Fénelon [Paris ; Didier, in-12, 428 p.], 1865. Réédité en 1866.


Dans la séance du 25 octobre 1862, Adolphe Garnier offre à l’Académie un écrit ayant pour titre Du Principe vital à l’occasion de discussions récentes et d’une réponse de Pie IX, par l’abbé Thibaudier, professeur de philosophie à l’institution des Chartreux.
Le prélat Odon Thibaudier [1823-1892], lui-même ancien élève de l’institut des Chartreux, puis vicaire général de Lyon, sera sacré évêque, et occupera plusieurs chaires avant d’être promu archevêque de Cambrai.

Dans la séance du 8 novembre 1862, Francisque Lélut offre à l’Académie, au nom de l’auteur, Albert Lemoine, professeur de philosophie au lycée Bonaparte, l’ouvrage intitulé L’Aliéné devant la philosophie, la morale et la société.
Déjà, la même année L’Âme et le corps, études de philosophie morale et naturelle [Paris : Didier. In-12, IV-423 p., 1862] avait fait l’objet d’un Rapport de Francisque Lélut.

Dans la séance du 13 décembre 1862, Adolphe Franck offre en hommage à l’Académie deux ouvrages d’Alexandre Foucher de Careil : 1. Descartes et la princesse Palatine [de l’influence du cartésianisme sur les femmes du XVIIè siècle] ; 2. Leibniz, Descartes et Spinoza.

Dans la séance du 27 décembre 1862, l’Académie reçoit du révérend, le docteur William Whewell, professeur au collège de la Trinité, à Cambridge, et correspondant de l’institut, les ouvrages suivants : history of scintific ideas [2 volumes in-8] ; Novum organum renovatum [in-8, 1858] et On the philosophy of discovery, chapters historical and critical.
Ces quatre volumes forment les deux parties et le complément de la troisième édition de la Philosophie des sciences d’induction de Whewell.
William Whewell [1794-1866], professeur de philosophie à Cambridge, est correspondant [Cambrige, Angleterre] de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 1], depuis le 14 février 1857.

Autour de...
Louis Alexandre Careil : Leibniz, Descartes et Spinoza, avec un rapport de V. Cousin. Paris : Ladrange, in-8, 292 p., 1862
Le rapport de V. Cousin, en appendice à l'ouvrage de L. A. Careil est la reprise du Rapport verbal [de V. Cousin, en 1854] fait à l'Académie des sciences morales et politiques sur un ouvrage de M. Foucher de Careil intitulé Réfutation de Spinoza par Leibniz. Publié initialement dans les Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome 38, pages 159 sq. [1854].
Réédité en 1995, document électronique BNF.

Élections à l’Académie des sciences morales et politiques.
*Adolphe Vuitry [1813-1885], Président de la section des finances au conseil d’État, est élu, le 15 mars 1862, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de politique [fauteuil 6] en remplacement du sénateur Théodore Gréterin [1794-1861], ancien conseiller d’État, décédé le 16 mai 1861.
La section présentait au premier rang Adolphe Vuitry ; au deuxième rang ex-aequo le conseille d’État Joseph Boulatignier [1805-1895], l’économiste et administrateur Armand Husson [1809-1874], l’économiste François Richelot [1811-1864] ; au troisième rang l’économiste Joseph Garnier [1813-1881]. Il y a 32 votants, la majorité absolue est de 17.
À un premier tour de scrutin Adolphe Vuitry obtient 13 suffrages, Armand Husson 10, Joseph Boulatignier 5. Il y a 3 billets blancs. Au second tour de scrutin , Adolphe Vuitry obtient 17 voix, Husson 14. Il y a 1 billet blanc. Adolphe Vuitry est élu.
Après la suppression de la section de politique, administration et finances, est transféré, par décision de l’Académie en date du 26 mai 1866, dans la section économie politique, statistique et finances [fauteuil 8], au moment de la création du fauteuil.
Après sa mort, le 23 juin 1885, est remplacé dans la section économie politique, statistique et finances par le député Henri Germain [1824-1905], élu le 13 février 1886.


Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Lettre de Saisset à V. Cousin, qui séjourne à Cannes, au sujet de la mort de J. Ph. Damiron.
« Paris, lundi soir, 13 janvier 1862
Mon cher maître,
Nous venons de remplir un devoir bien douloureux, en conduisant au cimetière Montmartre votre fidèle disciple, votre cher camarade et ami, M. Damiron. C’est M. Lélut qui a porté la parole au nom de l’Institut. Désigné tardivement par le doyen, j’ai dû, en quelques heures, me recueillir et tracer à la hâte quelques pages, où il y a un désordre et une émotion trop aisés à expliquer. Que n’étiez-vous là pour rendre à M. Damiron un témoignage digne de lui ! J’en ai exprimé le regret en votre nom, bien sûr de répondre à vos sentiments.
M. Damiron s’est éteint sans agonie, sans la moindre douleur. Il revenait de l’Académie, où il avait achevé d’une voix assez ferme la lecture de son mémoire sur Condillac. Il rentre chez lui, passe dans son cabinet, et s’y assied un livre à la main. Un quart d’heure après, on frappe à sa porte, on entre, on le trouve sans souffle et sans voix, les mains paisiblement jointes, comme celle d’un homme qui s’est endormi en lisant. Le visage seul portait un caractère extraordinaire. La bouche était très ouverte et tous les traits frappés d’une sorte de décrépitude. On a envoyé chercher un médecin, qui a essayé une saignée ; mais le sang n’a presque pas coulé, et le sentiment n’est pas revenu. On parle d’apoplexie pulmonaire.
J’ai remarqué, aux obsèques, sans parler de M. Mignet et de M. Lélut, j’ai remarqué M. le duc de Broglie, M. Vitet, M. Villemain, extrêmement abattu ; beaucoup d’autres personnes notables ; tous les visages étaient empreints d’une sincère émotion.
J’ai eu plusieurs fois de vos nouvelles, mon cher maître, grâce à l’obligeance de l’excellent docteur Bertrand de Saint-Germain. Combien je serais heureux d’apprendre par lui et par vous, que l’air de la Provence a guéri votre gorge et rétabli votre santé !
Veuillez agréer l’expression de mes sentiments de respect et d’attachement.
Em. Saisset.
Rue de Grenelle-Saint-Germain, 82. ».

Le 16/11/2018