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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1860
  En 1860 V. Cousin [1792-1867] a soixante sept ans [il aura soixante huit ans le 28 novembre 1860]. Pas d’événements saillants dans la vie de V. Cousin qui se ressent de la maladie. V. Cousin n’a guère plus d’influence directe que sur l’Académie des sciences morales et politiques, avec son train-train d’élections, de mémoires, de prix académiques.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804, l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Après ses études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] est distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] est chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des compte-rendus et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820-1828.
Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] V. Cousin est, sous la Restauration, en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825].
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, comme professeur adjoint [et non plus comme suppléant] dans la chaire de Royer Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.
Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826] ; l'édition des Oeuvres de Maine de Biran [commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec en tout quatre volumes].

1826-1828. Fragments philosophiques.
Il rassemble ses notes de cours et ses articles, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis, pour un autre ouvrage, de Nouveaux fragments philosophiques [1828],. Ces recueils sont précédées de copieuses préfaces. Il sait donner à ses publications, qu’il diffuse énergiquement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains. Il apparaît en Europe et aux États-Unis, comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.

1830-1840.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] dès sa reconstitution, où dans la section de philosophie il fait élire ses partisans ; nommé pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Abandonnant l’enseignement, il se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande ; 1836 ; en Suisse, 1837]. Pour un temps très bref est Ministre de l’Instruction publique [mars 1840-octobre 1840] dans le second ministère Thiers.

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 déjà les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme, sa théorie des quatre systèmes émémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et sa fonction conciliatrice [il ya du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836 ; Gioberti, 1842]. Et, malgré ses concessions de plus en plus prononcées au catholicisme, les ultramontains font de V. Cousin un ennemi de la religion.

La Révolution de 1848.
La Révolution de Février 1848 instaure la Seconde République. Louis-Philippe enfui, le nouveau gouvernement provisoire décide le suffrage universel, déclare la liberté de la presse, les droits de réunion, d’association et de pétition, l’abolition de la peine de mort pour des motifs politiques. Une Assemblée nationale constituante est élue fin avril et se réunit le 4 mai.
Mais la dissolution des Ateliers nationaux provoque l’affrontement. Les journées des 23-26 juin, permettent l’écrasement dans le sang de la révolte ouvrière. Ministre de la guerre le général Cavaignac devient chef de l’éxécutif. Enfin le 10 décembre 1848 Louis-Napoléon est élu Président de la République.

Après 1848. Perte d’influence.
La succession heurtée de ces événements décourage Cousin et ses amis, en proie à de sombres conjectures. Mais V. Cousin le proclame : le grand mal, c’est la république rouge, le reste n’est rien auprès.
Ainsi la Révolution de 1848, avec, pour quelques mois, l’instauration de la République, puis le Coup d’État de décembre 1851 rejettent dans le passé la période heureuse ouverte en 1830. Désormais, V. Cousin est un homme de ce temps révolu. Déjà depuis longtemps absent de l’enseignement philosophique, il se tourne amoureusement vers l’histoire des grandes dames du XVIIème siècle, tout en continuant à orienter les travaux de la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques.

1850-1859.
Le Coup d’État de décembre 1851, accélère la perte d’influence de V. Cousin. D’autant que la philosophie, en tant que telle, est marginalisée : l’agrégation de philosophie est supprimée sur plus de dix années ; de nombreux professeurs d’idéologie libérale, refusant de prêter serment, sont révoqués, et beaucoup s’exilent.
Quant à V. Cousin, il consacre une grande partie de son temps à rééditer les textes anciens en éliminant, éditions après éditions, tout ce qui pourrait choquer. L’édition de 1853 du livre intitulé Du Vrai, du beau et du bien, ne cesse d’être reprise et aménagée, pour devenir la bible irréprochable et tardive du cousinisme.


ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Élèves reçus à l’École normale supérieure, section lettres, 1860.
Charles Bigot [agrégation des lettres, 1864], G. Brunet, Thomas V. Charpentier [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1863], Auguste Stanislas Hubert Deleau [agrégation de grammaire, 1863], A. Dupont, François Evellin [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1865], Pierre Foncin [agrégation d’histoire et géographie, 1863], Raoul Frary [agrégation des lettres, 1863], Théodore Froment [agrégation des lettres, 1863], Gachot, Henri Joly [qui sera reçu à l’agrégation de philosophie en 1863], G. Morel, Louis Petit de Julleville [agrégation des lettres, 1863], Édouard Sayous [agrégation d’histoire et géographie, 1863], Adolphe Waltz [agrégation des lettres, 1864], Louis Yon [agrégation des lettres, 1871].

RÉÉDITION.
Du Vrai, du beau et du bien, par Victor Cousin. Paris : Librairie académique Didier et Cie, in-12, 496 p. [huitième édition], 1860.
Édité initialement en 1853 [deux éditions en 1853], et en 1855.
L’édition de 1860, comporte l’Avant-propos de la première édition de 1853, de la deuxième édition de 1853, de l’édition de 1855. Ainsi qu’une notule, signée juillet 1860 :
«Avant de laisser paraître cette huitième édition, nous avons voulu relire avec soin ce livre ; et après cinq années écoulées, nous avons pu y apporter encore de légères corrections, dans le désir de perfectionner notre œuvre et de la rendre moins indigne des suffrages des honnêtes gens ».

ARTICLE dans la Revue des Deux Mondes.
[1-15 mars 1860] La Jeunesse de Mazarin. Revue des Deux Mondes, 1-15 mars 1860, pages 81-107 et 257-286 Fera l'objet d'un tiré à part, gardant la même pagination.
L'ouvrage sur La Jeunesse de Mazarin paraîtra en 1865.

ARTICLE dans le Journal des savants.
[décembre 1860] De la Philosophie de Descartes. Journal des savants, premier article, décembre 1860, pages 721-735 [la suite des articles paraîtra en janvier-février 1861].
Incipit : « Déja nous avons entretenu les lecteurs du Journal des savants de la philosophie de Descartes [Journal des savants, août, septembre, octobre 1850] ; mais nous avons pensé que la grandeur du sujet et l'inépuisable intérêt qui s'y attache nous pourraient permettre d'y revenir encore une fois, dans l'espoir d'y apporter quelques lumières nouvelles.
René Descartes est né en 1596, et il est mort en1650 ; il participe donc encore un peu au XVIème siècle, comme Bacon, mais il a vécu beaucoup plus que lui dans le XVIIème ; et il en exprime bien mieux l'esprit. »

À L’ACADÉMIE FRANçAISE.
V. Cousin soutient, depuis 1855, la candidature de l'abbé Henri Lacordaire [1802-1861], qui sera élu le 2 février 1860, en remplacement d'Alexis de Tocqueville [1805-1859], décédé le 16 avril 1859. V. Cousin lui apporte son vote, ainsi qu’Adolphe Thiers et François Guizot.
Sainte-Beuve est un adversaire de sa candidature.
Henri Lacordaire sera reçu, le 24 janvier 1861, par François Guizot. Plus de mille personnes assistent à cette réception, en présence de l’Impératrice.

À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Adolphe Franck ayant été vice-président pour l’année 1859 est, selon l’usage, président pour l’année 1860. Il remplace Louis Reybaud qui a été président pour l’année 1859.
Charles Giraud est élu vice-président pour l’année1860. Il sera président pour l’année 1861, alors qu’il est Inspecteur général de l’Instruction publique.

Sujet mis au concours : Du Rôle de la psychologie en philosophie.
[14 janvier 1860] Sur proposition de V. Cousin, section de philosophie, prix du budget, le 14 janvier 1860, est mis au concours : Du Rôle de la psychologie en philosophie [terme le 1er janvier 1862].
Il est également indiqué :
Avec une appréciation des principales théories psychologiques, anciennes et modernes, et de l’influence qu’elles ont exercée sur les systèmes généraux de leurs auteurs.
Sur Rapport d'Adolphe Franck, le 21 février-7 mars 1863, le prix [de quinze cents francs] sera partagé entre Félix Nourrisson [1825-1899], professeur de logique au lycée Napoléon et Émile Maurial, [1816-1874] professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Strasbourg.

[26 mai 1860] Dans la séance publique annuelle du 26 mai 1860, la section de philosophie annonce le prix décerné, concernant le sujet suivant : De la Philosophie de Leibnitz. Le prix est décerné à titre égal aux auteurs des mémoires, n° 1, Jean Félix Nourrisson, professeur de logique au lycée Napoléon, et n° 2, le comte Aleandre Foucher de Careil.
Le ministre de l'Instruction publique a autorisé l'Académie à porter ce prix à trois mille francs. Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 53, page 165.

[26 mai 1860] Dans la séance publique annuelle du 26 mai 1860, la section de philosophie, prix Bordin, annonce le prix décerné, sur la question suivante : Rechercher quels sont les principes de la science du Beau, et les vérifier en les appliquant aux beautés les plus certaines de la nature, de la poésie, des arts, ainsi que par un examen critique des plus célèbres systèmes auxquels la science du Beau a donné naissance dans l’antiquité, et surtout chez les modernes. Sur proposition de V. Cousin le prix avait été mis au concours le 7 février 1857.
Le prix est décerné à M. Charles Lévêque, chargé du cours de philosophie grecque et latine au Collège de France Une mention honorable ex aequo est attribuée à l’avocat belge Paul Eugène Voituron [1824-1891] et à Antelme Edouard Chaignet [1819-1901], alors professeur de seconde au Prytanée de la Flèche. Le prix est annoncé dans la séance publique annuelle de l’Académie des sciences morales et politiques du 26 mai 1860.
Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 53, page 167.
Charles Lévêque [1818-1900], ancien élève de l’École d’Athènes, professeur de philosophie grecque et latine au collège de France depuis 1861, publie son travail, en 1861, sous le titre : La Science du Beau, étudiée dans ses applications et son histoire. Paris : A. Durand, 2 volumes in-8, 1861. Réédité en 1872, deuxième édition très augmentée, sous le titre légèrement modifié : La Science du Beau, ses principes, ses applications et son histoire. Paris : A. Durand et Pedone Lauriel, 1872.
Cet ouvrage est également couronné par l'Académie française [reçoit trois mille francs, en 1861, au titre du prix Montyon], et l'Académie des Beaux-Arts.
Anthelme Édouard Chaignet, à la suite de sa mention honorable, fait paraître : Les Principes de la science du beau, par A. Ed. Chaignet, professeur de seconde au Prytannée impérial militaire de La Flèche. Paris : Durand, in-folio, VIII-184 p., 1860.

Élections à l’Académie des sciences morales et politiques.
1860. Élection difficile d’Adolphe Garnier, dans la section de morale.
*Adolphe Garnier [1801-1864] est élu, le 18 février 1860, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 1], en remplacement d’Alexis de Tocqueville [1805-1859], décédé le 16 avril 1859.
La section de morale présentait au premier rang Jules Simon [1814-1896], au deuxième rang ex æquo Adolphe Garnier [1801-1864] et le pédagogueThéodore Henri Barrau [1794-1865], au troisième rang et ex æquo Émile Saisset [1814-1863], Paul Janet [1820-1899], Henri Baudrillart [1821-1892], Alfred Sudre [1820-mentionné en 1887].
Sur 36 votants [la majorité absolue étant alors de 19 suffrages], au premier tour : Adolphe Garnier obtient 17 suffrages, Jules Simon 14 suffrages, Henri Baudrillart 3, Émile Saisset 2. Aucun des candidats n’ayant obtenu la majorité absolue, il est procédé à un deuxième tour de scrutin : Adolphe Garnier et Jules Simon obtiennent chacun 18 suffrages. Au troisième tour de scrutin , sur 37 votants Adolphe Garnier obtient 19 voix, Jules Simon, 18. Adolphe Garnier, ayant obtenu la majorité des suffrages est élu membre de l’Académie.
Jules Simon [1814-1896], futur Président du conseil des ministres, sera élu le 21 février 1863, à l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale ; puis le 16 décembre 1875 membre de l’Académie française. Henri Baudrillart [1821-1892] sera élu dans la section de politique le 2 mai 1863. Émile Saisset [1814-1863] sera élu dans la section de philosophie le 7 février 1863 au fauteuil de Jean-Philibert Damiron. Paul Janet [1823-1899] sera élu dans la section de politique le 13 février 1864, puis transféré dans la section de philosophie en mai 1866. Ni Alfred Sudre, ni Théodore Henri Barrau ne seront ultérieurement élus.
Après sa mort, le 4 mai 1864, Adolphe Garnier est remplacé par Augustin Cochin [1823-1872], homme politique, élu le 11 février 1865.

Élection de Léopold Ranke comme associé étranger.
*Le professeur d’histoire Léopold von Ranke [1795-1886], dans la séance du 4 février 1860, est élu associé étranger [fauteuil 2] de l’Académie des sciences morales et politiques, en remplacement de Henry Hallam [1777-1859], professeur d’histoire, décédé le 21 janvier 1859.
La commission présentait au premier rang Léopold Ranke, au deuxième rang et ex æquo le juriste Heinrich Ritter [1791-1869], le docteur Richard Whateley [1787-1863], archevêque de Dublin, et le professeur d’histoire Georg de Raumer [1781-1873]. Au premier tour de scrutin, sur 31 votants, Léopold Ranke obtient l’unanimité des suffrages.
Leopold von Ranke avait été élu, le 23 janvier 1841, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section histoire générale et philosophique [place 5 bis], en remplacement du professeur Otfried Muller [1797-1840 ], décédé le 31 juillet 1840.
Son élection comme associé étranger libère sa place de correspondant pour lord Stanhope [1805-1875], homme politique, élu le 27 avril 1861. Lord Stanhope sera lui-même ultérieurement élu associé étranger, le 11 mai 1872.
Après sa mort, le 23 mai 1886, Leopold von Ranke est remplacé comme associé étranger par Cesare Cantù [1804-1895], élu associé étranger le 22 décembre 1886, et déjà correspondant depuis 1869.

Élection de Napoléon Daru comme académicien libre.
*Napoléon Daru [1807-1890], homme politique, dans la séance du 18 février 1860, est élu académicien libre de l’Académie des sciences morales et politiques [fauteuil 4], en remplacement du baron Jean Jacques Baude [1792-1869], élu membre titulaire de la section de politique, le 16 avril 1859.
La commission présentait en première ligne Napoléon Daru ; en deuxième ligne l’historien Aimé Auguste Boullée [1795-1870], ancien magistrat ; en troisième ligne l’économiste Pierre Armand Dufau [1795-1877] ; en quatrième ligne le professeur d’économie politique Joseph Garnier [1813-1881].
Sur 40 votants Napoléon Daru obtient 31 suffrages, Boullée 3 ; Joseph Garnier 3 ; il y a 3 billets blancs. Napoléon Daru, ayant obtenu la majorité des suffrages est élu académicien libre de l’Académie des sciences morales et politiques.
Après sa mort, le 20 février 1890, est remplacé par l’ancien Président du conseil Louis Buffet [1818-1898], élu le 10 mai 1890.

Élection de Lothrop Motley comme correspondant dans la section d’histoire.
Le diplomate américain [John] Lothrop Motley [1814-1877] est élu, le 25 février 1860, correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, section histoire générale et philosophique [place 3] , en remplacement de l’historien américain William H. Prescott [1796-1859], décédé le 28 janvier 1859 .
La section présentait au premier rang Lothrop Motley ; au deuxième rang ex-æquo l’historien belge Kerwin de Lettenhoven [1817-1891] et le littérateur américain Jared Sparcks [1789-1866]. Il y a 22 votants, la majorité absolue est de 12.
Au premier tour Lothrop Motley recueille 21 suffrages, Kerwin de Lettenhoven 1.
Est élu le 15 janvier 1876, associé étranger de l'Académie des sciences morales et politiques [fauteuil 3], en remplacement de Friedrich Raumer [1781-1873], décédé le 14 juin 1873.
La commission présentait en première ligne Lothrop Motley, en seconde ligne George Bancroft [1800-1891], déjà correspondant dans la section d’histoire, depuis janvier 1848. Sur 26 votants, dès le premier tour, Lothrop Motley obtient 25 suffrages. Il y a 1 bulletin blanc. En étant élu membre associé Lothrop Motley libère sa place de correspondant pour l’archiviste général du royaume de Bruxelles, Louis Prosper Gachart [1800-1885], élu le 30 décembre 1876.
Après sa mort, le 29 mai 1877, Lothrop Motley est remplacé comme membre associé par le philosophe américain Ralph Emerson [1803-1882], élu le 29 décembre 1877.

Élection de John Stuart Mill, comme correspondant dans la section d’économie politique.
John Stuart Mill [1806-1873], est élu, le 28 avril 1860, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique [place 1], en remplacement de l’économiste Thomas Tooke [1774-1858], décédé le 26 février 1858.
La section présentait au premier rang John Stuart Mill de Londres ; au deuxième rang ex-aequo Bow des Etats-Unis, l’économiste et statisticien anglais Albany William Fonblanque [1797-1872] de Londres, le comte Scarbeck de Paris. Il y a 26 votants. Dès le premier tour John Stuart Mill obtient l’unanimité des suffrages.
Après sa mort, le 8 mai 1873, est remplacé par David Wells [1827-1898], ancien commissaire des Etats-Unis, élu le 28 mars 1874.
L’économiste et statisticien anglais Albany William Fonblanque [1797-1872] de Londres sera élu correspondant dans la section économie politique le 22 avril 1865.
Ni l’américain Bow, ni le comte Scarbeck de Paris ne seront ultérieurement élus.

Élection de Wilhelm Roscher, comme correspondant dans la section d’économie politique.
Le professeur d’économie politique à l’Université de Leipzig Wilhelm Roscher [1817-1894], est élu, le 28 avril 1860, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique [place 2 bis], en remplacement du directeur du Bureau de statistique de Prusse Carl Friedrich Wilhelm Dieterici [1790-1859], décédé le 30 juillet 1859.
La section avait placé au premier rang Wilhelm Roscher, au deuxième rang ex-aequo le baron de Karl Czoernig de Vienne [1804-1889] directeur général de la comptabilité publique, le professeur et homme politique italien Antoine Scialoja de Turin [1817-1877].
Sur 25 votants, dès le premier tour de scrutin, Wilhelm Roscher obtient 22 suffrages, Czernig 3 suffrages. Wilhelm Roscher est élu.
Après sa mort, le 4 juin 1894, est remplacé par l’économiste autrichien Karl Menger [1840-1921], élu le 22 décembre 1894.
Le baron de Karl Czoernig de Vienne sera élu correspondant le 4 mai 1872. Le professeur et homme politique italien Antoine Scialoja de Turin sera élu correspondant également le 4 mai 1872.

Rapports et lectures devant l’Académie.
Dans les séances du 14 et 21 janvier 1860, Jean Philibert Damiron continue et achève la lecture de son Rapport concernant la Philosophie de Leibniz.
Le texte du rapport est publié dans le bulletin du mois de janvier 1860, dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 52, page 157-160.
Le rapport est publié in-extenso dans le tome 51, pages 305 sq, et tome 52 pages 161-192.
Sur proposition de V. Cousin, la section de philosophie, prix du Budget, avait mis au concours, le 7 février 1857 : De la Philosophie de Leibniz, avec, comme terme, le 1er avril 1859].
Le programme avait été défini de la manière suivante :
1. Rechercher, en s’appuyant sur des faits certains, et non sur des assertions postérieures, équivoques ou intéressées, quels progrès et quels changements s’étaient accomplis dans l’esprit de Leibnitz depuis sa thèse de Principio individui, soutenue à l’Université de Leipzig en 1663, jusqu’à son voyage en France ; déterminer avec précision où Leibnitz en était parvenu en philosophie et dans les diverses parties des connaissances humaines avant son séjour à Paris dès l’année 1672, et avant le commerce intime qu’il y forma avec les hommes les plus illustres qui y florissaient alors, Huygens, Arnauld, malebranche, pour établir équitablement la part plus ou moins considérable que le cartésianisme et la France peuvent réclamer dans le développement du génie de Leibnitz.
2. À quelle époque paraît véritablement le principe propre à Leibnitz que la force est l’essence de toute substance ?
3. Du caractère nouveau introduit dans les discussions philosophiques par l’intervention de l’érudition et de la critique, c’est à dire par l’histoire même de la philosophie, jusqu’alors entièrement négligée et ignorée.
4. Établir en quoi consiste ce qu’on a appelé l’éclectisme de Leibnitz.
5. Apprécier la polémique instituée par Leibnitz conrtre sese trois contemporains Descartes, Spinoza et Locke. Insister particulièrement sur la critique des diverses théories de Descartes ; exposer et juger le rôle de Leibn,itz à l’époque de la persécdution du cartésianisme.
6. Des théories les plus célèbres auxquelles demeure attaché le nom de Leibnitz, par exemple, la loi de continuité, l’harmonie préétablie, la monadologie
7. Terminer par un examen approfondi de l’ouvrage par lequel Leibnitz a couronné ses travaux, la Théodicée ; la comparer à celle de platon, d’Aristote et des Alexandrins dans l’antiquité, de saint Anselme et de saint Thomas au moyen-âge, de Descartes, de Malebranche et de Clarke chez les modernes.
8. Enfin l’Académie demande aux concurrents, comme une sorte de conclusion pratique à leur mémoire, d’assigner la part du bien et celle du mal dans l’ensemble de la philosophie de Leib,nitz, de faire voir ce qui en a péri et ce qui en subsiste et peut encore être mis à profit par la philosophie au XIXème siècle.
Le prix d'une valeur de 1500 francs, est décerné, en janvier 1860, à Félix Nourrisson [1825-1899]. professeur de logique au lycée Napoléon, et à Alexandre Foucher de Careil [1826-1891].
F. Nourrisson publie son travail, en 1860, sous le titre : La Philosophie de Leibniz. Paris : Hachette, in-8, VIII-506 p., 1860

Dans les séances du 2 et du 23 juin 1860, Adolphe Garnier donne lecture d’un Mémoire sur la Théodicée considérée dans ses rapports avec la morale religieuse.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 54, pages 5-28 et 375-393.
Adolphe Garnier vient d’être élu, le 18 février 1860, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 1], en remplacement d’Alexis de Tocqueville, décédé le 16 avril 1859.

Dans la séance du 18 août 1860, Barthélemy Saint-Hilaire commence la lecture d’un Mémoire sur le Véda. À la suite de cette lecture Adolphe Franck présente quelques observations. Cette lecture se poursuit dans la séance du 1er septembre 1860.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 54, page 161-186, sous le titre Mémoire sur le Véda et l’ancienne religion brahmanique.
Déjà en 1854, Jules Barthélemy Saint-Hilaire [1805-1895] avait fait paraître : Des Védas. [Paris : B. Duprat. In-8, 204 p., 1854]

Dans la séance du 8 septembre 1860, Louis Reybaud commence la lecture d’un Mémoire d’Antonin Rondelet, professeur de philosophie, sur la Morale sociale et la Morale économique. Cette lecture se poursuit dans les séances du 13, du 20 octobre et du 3 novembre 1860.
Publié, au titre des articles des savants étrangers, dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 54, page 429-449, sous le titre : Les lois morales de la production matérielle. La publication se poursuit dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1861, tome 55, page 39-55 et 397-414.
L’écrivain et homme politique Louis Reybaud [1799-1879], est membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale depuis décembre 1850. Antonin Rondelet [1823-1893] cherche à croiser morale et économie politique [c'est, pense-t'il, la tâche nouvelle de la philosophie que de lier la réflexion morale aux questions économiques] et traite le sujet mis au concours par l'Académie des sciences morales et politiques : déterminer les rapports de la morale et de l'économie politique. Il obtient la seconde médaille du concours (1857) et publie son texte couronné : Du Spiritualisme en économie politique [1859, Paris : Didier, in-8, 374 p. ; réédité en 1860]. Il en vulgarise les notions, avec Les Mémoires d'Antoine, notions populaires de morale et d'économie politique [1860]. Il tentera, mais sans succès, à se faire élire à l'Académie des sciences morales et politiques, notamment en juin 1872, en janvier et en mai 1880.

Dans la séance du 3 novembre 1860, Adolphe Garnier fait une communication sur Leibniz, d’après les documents nouveaux publiés par Alexandre Foucher de Careil.
À la suite de cette lecture Jean Philibert Damiron et Charles Giraud présentent, et Adolphe Garnier ajoute quelques observations.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1861, tome 55, page 367-395.
Adolphe Garnier [1801-1864], depuis plus de quinze ans, est professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Paris. Il est élu, depuis le 18 février 1860, membre de la section de morale de l'Académie des sciences morales et politiques.
Quant à Alexandre Foucher de Careil [1826-1891] il s’est fait une spécialité de Leibniz, en publiant entre 1859 et 1875 les Œuvres inédites de Leibniz, en sept volumes. Depuis 1854 Foucher de Careil intervient à plusieurs reprises à en publiant entre 1859 et 1875 les Œuvres inédites de Leibniz, en sept volumes, à l’occasion d’hommages d’ouvrages [1854, 1862] ; en obtenant en 1860 le prix sur la Philosophie de Leibniz, obtenu en même temps par Jean Félix Nourrisson ; en lisant des Mémoires [1861, 1862], etc. Il tentera, sans succès, de se faire élire à l'Académie des sciences morales et politiques, notamment face à Étienne Saisset, pour le fauteuil de la section de philosophie, rendu vacant par le décès de Jean Philibert Damiron , survenu le le 11 janvier 1862.

Dans la séance du 10 novembre 1860, Jean Félix Nourrisson est admis à lire un Mémoire sur les travaux inédits de Leibniz, intitulé Une visite à Hanovre. Cette lecture se poursuit le 8 décembre. À la suite de cette lecture V. Cousin présente des observations.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1861, tome 56, page 335-395.
Jean Félix Nourrisson [1825-1899] vient d’obtenir le prix de philosophie de l'Académie des sciences morales et politiques sur Leibniz [en même temps que Foucher de Careil], et, à la suite, de faire paraître La Philosophie de Leibniz, parue en 1860 [L. Hachette. In-8, VIII-503 p., 1860]. Depuis 1858, après avoir été titulaire de la chaire de philosophie à Faculté des lettres de Clermont-Ferrand [1855], est professeur de logique à Paris au lycée Napoléon [l’actuel lycée Henri-IV].
Jean Nourrisson cherche à se présenter aux suffrages de l’Académie des sciences morales et politiques pour devenir membre de la section de philosophie. Il le tentera, sans succès, à plusieurs reprises : en mai 1865, face à Charles Lévêque ; en juin 1866, face à Victor de Broglie [1785-1870] ; en mars 1868, face à Étienne Vacherot [1809-1897], pour le fauteuil de V. Cousin. Il sera finalement élu le 14 mai 1870, face à Félix Ravaisson, alors Inspecteur général pour l’enseignement supérieur des lettres, et à Albert Lemoine.

Lecture d’un Mémoire sur L’influence du stoïcisme sur la doctrine des jurisconsultes romains, par F. Laferrière.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 51, pages 193-243, et tome 52, pages 5-77. La publication se poursuit en 1861, tome 56, pages 375-408.
[Louis Firmin] Julien Laferrière [1798-1861] a été longtemps Inspecteur général pour l’enseignement supérieur du droit. Nommé par décret impérial du 14 avril 1855 membre de l'Académie des sciences morales et politiques, section de politique, il est passé dans la section de législation, en vertu d’une décision de l’Académie en janvier 1859. Il est l’auteur d’un Cours de droit public et administratif publié autour de 1860.

Notice sur Adam Smith, par Guilhaud de Lavergne.
Publiée dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 51, page 335-395.
Léonce Guilhaud de Lavergne [1809-1880], spécialiste des questions agricoles, est membre de l'Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique et statistique, depuis juin 1855.

Réception et Hommage d’ouvrages.
Dans la séance du 4 février 1860, est adressé à l’Académie, du docteur Foissac Hygiène philosophique de l’âme.
Le docteurPierre Foissac [1801-1886], médecin hygiéniste français, médecin en chef de la maison d’éducation de la Légion d’honneur de Saint-Denis, est un familier de l’Académie des sciences morales et politiques. Déjà, en novembre 1856 et en mai 1857, il avait été autorisé à lire un Mémoire sur l’influence du moral sur le physique, lecture qui avait débouché sur l’édition d’une brochure : De l’influence du moral sur le physique, mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques. [Paris : J. B. Baillière, in-8, 63 p., 1857].
En 1860, publie une Hygiène philosophique de l’âme [Paris : Baillière, in-8, 495 p.], qu’il adresse à l’Académie. Le marquis d’Audiffret en fera un Rapport, à l'Académie des sciences morales et politiques, dans la séance du 24 octobre 1863. Publié dans Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1863, tome 66, pages 475-476.

Dans la séance du 3 mars 1860, l’Académie reçoit Discours sur l’invention de William Whewell, correspondant de la section de philosophie.
Le Révérend William Whewell [1794-1866], philosophe et mathématicien, avait été élu correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie, en février 1857. Il avait déjà fait parvenir, en hommage à l’Académie, en août 1857, son Histoire des idées scientifiques, 1858. 2 volumes in-8 ; ainsi qu’en décembre 1858, un livre intitulé : Novum organum renovatum. Londres, 1858, 1 volume in-8, [London : J. W. Parker and son. In-16, XXIV-370 p.] Cet ouvrage peut être considéré comme la deuxième partie de Philosophy of the inductive sciences, publiée en 1840 [et réédité en 1847].en anglais.

Dans la séance du 10 mars 1860, l’Académie reçoit De la statistique considérée sous le rapport du physique, du moral et de l’intelligence de l’homme [1ER mémoire] par Adolphe Quételet, correspondant de l’Académie.
L’astronome, mathématicien et statisticien belge Adolphe Quételet [1796-1874] est élu depuis décembre 1833, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique [place 2], au moment de la création des places. Il sera élu associé étranger en mai 1872. Il communique régulièrement avec l’Académie des sciences morales et politiques

Dans la séance du 14 avril 1860, l’Académie reçoit La Morale ou la philosophie des mœurs, par Jacques Matter.
L’ancien Inspecteur général des bibliothèques, Jacques Matter [1791-1864], vient de faire paraître en 1860 : La Morale, ou la Philosophie des mœurs [Paris : Grassart, in-18, VIII-480 p.], 1860. Il avait été dès mars 1831, correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

Dans la séance du 28 avril 1860, le secrétaire perpétuel dépose sur le bureau un Mémoire manuscrit de Maine de Biran, sur la Décomposition de la faculté de penser et sur les facultés élémentaires qu’on doit y reconnaître, mémoire adressé à la classe des sciences morales et politiques en l’an XIII, enregistré sous le numéro 16, et couronné par elle dans le concours relatif à cette question.
Ce mémoire, que possédait Ernest Naville, avec tous les manuscrits de Maine de Biran, qui en avait sans doute reçu communication, après son succès dans le concours, est libéralement restitué par E. Naville, afin d’être réintégré dans les archives de l’Académie.
Le philosophe spiritualiste génevois [Jules] Ernest Naville [1816-1909] professeur d’apologétique à l’Académie de Genève [1860-1861], après avoir été professeur d’histoire de la philosophie à l’Académie de Genève [1844-1848, puis, de 1849 à 1857, directeur d’un gymnase, est un spécialiste de Maine de Biran. Après avoir écrit la notice sur Maine de Biran dans le Dictionnaire des sciences philosophiques d’Adolphe Franck [1849], il publie en 1854, Maine de Biran, sa vie et ses pensées [Paris : J. Cherbuliez, in-8, XXXV-421, 1857] et en 1859, avec la collaboration de Marc Debrit, les Œuvres inédites de Maine de Biran [Paris : Dezobry, E. Magdeleine et Cie, 3 volumes in-8, 1859].
Ernest Naville est élu, le 1er avril 1865, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [place 7], en remplacement de l’abbé baron Ignaz von Wessemberg [1774-1860], décédé le 9 août 1860. Il sera élu associé étranger le 3 avril 1886 [fauteuil 1], en remplacement de Mamiani della Rovere [1800-1885], décédé le 21 mai 1885.
C’est à la fin de l’année 1802 que la Classe des sciences morales et politiques de l’Institut , met au concours la question « Comment doit-on décomposer la faculté de penser, et quelles sont les facultés élémentaires qu’il faut y reconnaître ? » Le dépôt des travaux est fixé initialement au 24 septembre 1803 [1er vendémiaire an XII].
Un décret du 23 janvier 1803, réorganisant l’Institut, amène la suppression de la classe des sciences morales et politiques. Les mémoires liés à ce concours seront jugés par la classe d’Histoire et de littérature ancienne.
Maine de Biran décide de concourir, mais son travail est interropu par le décès de son épouse [26 octobre 1803]. Cependant aucun des travaux envoyés n’ayant été jugé satisfaisant par l’Institut, le concours est prorogé au 23 mars 1804 . Maine de Biran adresse son mémoire à l’Institut, qui le reçoit le 21 décembre 1804 [30 frimaire an XIII]. Finalement la proclamation des résultats a lieu le 23 mars 1805.
Son mémoire remporte le prix, alors que Maine de Biran vient d’être nommé par décret impérial, le 13 mars 1805 [22 ventôse an XIII], conseiller de préfecture du département de la Dordogne. Maine de Biran donne son Mémoire à imprimer, mais, selon sa propre expression, « L’impression de ce mémoire étant déjà avancée, des circonstances accidentelles qu’il serait trop long et inutile de rapporter la firent suspendre. »
C’est le texte des épreuves de cette partie imprimée que V. Cousin édite, en 1841, dans le tome II des Œuvres de Maine de Biran : Oeuvres philosophiques de Maine de Biran, publiées par V. Cousin. Paris : Librairie de Ladrange, 4 volumes in-8, 1841.

Dans la séance du 5 mai 1860, l’Académie reçoit : Stahl, philosophe et physiologiste, études générales sur la doctrine du vitalisme animique de G. E. Sthal, considérée au point de vue historique, philosophique et physiologique par le docteur T. Blondin.
Le docteur T. Blondin est le traducteur et le commentateur des Œuvres médico-philosophiques et pratiques de Georg Ernst Stahl [1660-1734], éditées à partir de 1859, jusqu’en 1864 [Paris : J. B. Baillière et fils. In-8, 6 volumes]. Dans cette édition, au tome 3 figure le texte du docteur T. Blondin : « Du Vitalisme animique ».

Dans la séance du 2 juin 1860, l’Académie reçoit Essai historique sur les Sophistes grecs, par M. Valat, Saint-Germain en Laye [1860, brochure in-8].

Dans la séance du 21 juillet 1860, Jean Philibert Damiron offre le livre de Jean Félix Nourrisson sur la Philosophie de Leibniz et entretient l’Académie des mérites de cet ouvrage, qui a été couronné par elle.
Le texte de ce Rapoort verbal paraît dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1860, tome 54, page 143-144.
Sur proposition de V. Cousin, la section de philosophie, prix du Budget, avait mis au concours, le 7 février 1857 : De la Philosophie de Leibniz, avec, comme terme, le 1er avril 1859].
Le prix d'une valeur de 1500 francs, est décerné, en janvier 1860, à Félix Nourrisson [1825-1899]. professeur de logique au lycée Napoléon, et à Alexandre Foucher de Careil [1826-1891]. F. Nourrisson publie son travail, en 1860, sous le titre : La Philosophie de Leibniz. [Paris : Hachette, in-8, VIII-506 p., 1860].

Dans la séance du 10 novembre 1860, George Grote, correspondant de la section d’histoire adresse, comme hommage, une brochure intitulée Plato’s doctrine respecting the rotation of the earth, and Aristotle comment upon that doctrine. London, 1860.
Le professeur anglais George Grote [1794-1871] est correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’histoire [place 6], depuis le 20 février 1858. Il sera élu, le 20 février 1864, associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques [fauteuil 6], en remplacement de l’homme politique anglais lord Macaulay [1800-1859].
La brochure de George Grote est éditée en 1860 [London : J. Murray. In-8, 35 p.].

Dans la séance du 15 décembre, Adolphe Garnier offre à l’Académie l’ouvrage de Jean Félix Nourrisson intitulé Histoire et philosophie, études accompagnées de pièces inédites, et fait un Rapport sur cet ouvrage.
Le Rapport est publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1861, tome 55, page 313-316.
Adolphe Garnier vient d’être élu, le 18 février 1860, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 1], en remplacement d’Alexis de Tocqueville, décédé le 16 avril 1859.
Quant à l’ouvrage de Jean-Félix Nourrisson [1825-1899] il est publié en 1860 [Paris : Didier. In-16, XV-370 p.] et réédité en 1863.

Dans la séance du 22 décembre 1860, l’Académie reçoit La Raison : Essai sur l’avenir de la philosophie, par Jules Alaux, docteur ès-lettres.
Jules [Émile] Alaux [1828-1903] est un ancien élève de l’École normale supérieure [1850]. Il a passé son doctorat ès-lettres [Aix, 1855], avec une thèse Essai sur l’art dramatique. [Toulouse : impr. de Bonnal et Gibrac, in-8, 87 p., 1855]. La thèse latine porte sur les Grands hommes [De Magnis Viris.Toulouse : impr. de Bonnal et Gibrac, in-8, pièce, 1855].
La Raison. Essai sur l'avenir de la philosophie, paraît en 1860 [Paris : Didier. In-18].

Dans la séance du 22 décembre 1860, l’Académie reçoit La Philosophie et la pratique de l’éducation, par le baron Roger de Guimps.
Le baron Roger de Guimps [1802-1894], pédagogue suisse, considéré comme héritier direct de Johann Heinrich Pestalozzi [1808-1817], avait eu, en décembre 1858, son Mémoire sur la Philosophie de l’éducation lu à l’Académie par l’entremise de son secrétaire perpétuel. . L’ouvrage est paru en 1860 La Philosophie et la pratique de l'éducation, [Paris : A. Durand, in-8? , XVIII-484 p., 1860].
En 1864 Roger de Guimps publie Histoire de Pestalozzi, de sa pensée et de son oeuvre, [Lausanne : G. Bridel, Bibliothèque suisse, in-16, XII-552 p.].

Dans la séance du 29 décembre, l’Académie reçoit Les Principes de la science du beau de Chaignet, professeur de seconde au Prytanée impérial de La Flèche.
Barthélemy saint-Hilaire en fait un rapport verbal. De même il fait un rapport verbal sur l’ouvrage de Chaignet intitulé Principes de la science du beau.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1861, tome 55, page 359-362.
Anthelme Édouard Chaignet [1819-1901] avait reçu, ex-aequo avec Voituron, une mention honorable, en avril 1859, pour son Mémoire sur des principes de la science du Beau. Le sujet avait été mis au concours, par V. Cousin, section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques, prix du budget, en février 1857. [Le prix étant décerné à Charles Lévêque].
À la suite de cette distinction, publie : Les Principes de la science du beau, par A. Ed. Chaignet, professeur de seconde au Prytannée impérial militaire de La Flèche. Paris : Durand, in-folio, VIII-184 p., 1860.

Mention, recension, fragments et compte-rendu d'ouvrages de V. Cousin.
Le philosophe Augusto Vera publie dans la Revue contemporaine, un compte-rendu du livre de V. Cousin : Fragments et souvenirs, paru en fin 1857 [Revue contemporaine, 1860, 8, volume 21 pp. 344-357. Ce texte d’A. Vera est repris ultérieurement en 1862, dans A. Vera. Mélanges philosophiques [Paris : Baillière, in-8, 1862, pages 155-172].
Le philosophe italien Augusto Vera [1813-1835] passe son agrégation de philosophie à Päris, en 1844 [cette année sous la présidence de V. Cousin sont reçus : Paul Janet ; Auguste Véra ; Antonin Rondelet]. Il passe son doctorat ès-lettres en 1845, avec une thèse sur la Théorie de la certitude [Paris : Joubert, in-8, VIII-220 p., 1845]. La thèse latine a pour sujet la doctrine du moyen terme chez Platon, Aristote et Hegel. [Platonis, Aristotelis et Hegelii de Medio termino doctrina. Parisiis : Joubert, in-8, 45 p., 1845].
Spécialiste de la pensée de Hegel, il publie en français : Introduction à la philosophie de Hegel. [Paris : A. Franck, in-8, VIII-306 p., 1855]. De même en 1861, il publie : L’Hégélianisme et la philosophie [Paris : Ladrange, in-8, IV-226 p., 1861]. Il traduit en français, plusieurs ouvrages de Hegel, la Logique [2 volumes, 1859], la Philosophie de la Nature [1863-1865, 3 volumes], la Philosophie de l’Esprit [1867].

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin
Lettre du Père Henri Lacordaire à V. Cousin
« Je n’ai appris qu’hier, par une lettre de M. de Montalembert, mon élection à l’Académie française. Vous y avez travaillé avec tant de spontanéité, de zèle et j’ose le dire, d’affection, qu’il m’est impossible de ne pas exprimer, tout de suite, les sentiments de gratitude que ce dévouement m’inspire. Je n’y avais aucun droit. Élevés l’un et l’autre dans des écoles diverses, nous ne nous sommes rencontrés que bien tard, et nous l’avons dû sans doute à ce que nous touchions par le sommet le plus élevé des doctrines dont vous avez été l’organe et le défenseur parmi nous. Quoi qu’il en soit, je vous remercie bien cordialement de ce que vous avez fait pour moi ; et je n’en perdrai jamais le souvenir. Il m’a été doux de recevoir de mes contemporains les plus illustres une si haute marque de sympathie ; et j’en jouis d’autant plus que ma satisfaction part du cœur, et non de l’amour-propre littéraire.
Veuillez agréer ces sentiments, et l’hommage de la haute estime avec laquelle j’aéi l’honneur d’être,
Monsieur,
Votre très humble et dévoué serviteur. […] » [Sorèze, 5 février 1860].

En France dans la Revue contemporaine, un compte-rendu du livre de V. Cousin : Fragments et souvenirs, paru en fin 1857 [Revue contemporaine, 1860, 8, volume 21 pp. 344-357. Repris ultérieurement dans Mélanges philosophiques [Paris, 1862].

Le 16/11/2018