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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1854
  

En 1854 V. Cousin [1792-1867] a soixante et un ans [il aura soixante deux ans le 28 novembre 1854]. L’année 1854 se ressent encore des contre-coups du Coup d’État de décembre 1851. V. Cousin n’a plus d’influence directe que sur l’Académie des sciences morales et politiques. La philosophie est marginalisée et de nombreux professeurs refusent de prêter serment.

Pour sa part, par l’intermédiaire de Prosper Mérimée, un rapprochement peu à peu s’opère entre V. Cousin et Napoléon III


Résumé des années précédentes.


1820-1828.

Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] V. Cousin a été, sous la Restauration, en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825].

Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.

Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826] ; l'édition des Oeuvres de Maine de Biran [commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec en tout quatre volumes].


1826-1828. Fragments philosophiques.

Il rassemble ses notes de cours et ses articles, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis de Nouveaux fragments philosophiques [1828], précédées de copieuses préfaces, et donne à ses publications, qu’il diffuse énergiquement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains. Il apparaît en Europe et aux États-Unis, comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.


1830-1840.

Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] dès sa reconstitution, où dans la section de philosophie il fait élire ses partisans ; nommé Pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.

Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.

Abandonnant l’enseignement, il se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande ; 1836 ; en Suisse, 1837]. Pour un temps bref est Ministre de l’Instruction publique [mars 1840-octobre 1840] dans le second ministère Thiers.


Le feu croisé des critiques .

Mais autour de 1830 déjà les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; P. Leroux ; E. Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme, sa théorie des quatre systèmes émémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et sa fonction conciliatrice [il ya du vrai dans chaque système].

D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836 ; Gioberti, 1842]. Et, malgré ses concessions de plus en plus prononcées au catholicisme, les ultramontains font de V. Cousin un ennemi de la religion.


Perte d’influence.

La Révolution de 1848, avec, pour quelques mois, l’instauration de la République, puis le Coup d’État de décembre 1851 rejettent dans le passé la période ouverte en 1830. V. Cousin est un homme de ce temps révolu. Déjà depuis longtemps absent de l’enseignement philosophique, il se tourne amoureusement vers l’histoire des grandes dames du XVIIème siècle, tout en continuant à orienter les travaux de la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques.


L‘année 1854


Éléments biographiques.

En septembre 1854, une rue de près de cinquante mètres, qui vient d’être ouverte derrière l’église de la Sorbonne, et qui joint la place de la Sorbonne à la rue Soufflot, reçoit le nom de rue Victor Cousin.


Publie.

Madame de Sablé. Paris, Didier, in-8, XII-464 p., 1854.

Fait partie de la série des Études sur les femmes illustres et la société du XVIIe siècle

Connaît 2 tirages en 1854. Réédité en 1859 (2ème édition, avec 2 tirages), 1865 (3ème édition revue et augmentée, avec 2 tirages), 1869 (indiquée comme 3ème édition), 1882 (5ème édition).


Article dans la Bibliothèque de l'École des Chartes.

Madame la comtesse de Maure et Mademoiselle de Vandy, par M. Cousin de l'Institut. Bibliothèque de l'École des Chartes. 3ème série, tome 5, pp. 105, 329, 439.


Articles dans le Journal des savants.

Des carnets autographes de Mazarin conservés à la Bibliothèque impériale. Journal des savants, premier article, août 1854, pages 457-470 ; deuxième article, septembre 1854, pages 521-547 ; troisième article, octobre 1854, pages 600-626 ; quatrième article, novembre 1854, pages 687-719 ; cinquième article, décembre 1854, pages 753-773. Les autres articles seront publiés tout au long de l'année 1855.


Article dans la Revue des Deux Mondes.

I- La marquise de Sablé : les Salons littéraires au dix-septième siècle. Revue des Deux Mondes, 1er janvier 1854, tome 99, pages 5-36.


Article dans la Revue des Deux Mondes.

II- La marquise de Sablé et La Rochefoucauld. Revue des Deux Mondes, 1er février 1854, tome 99, pages 433-472.


Article dans la Revue des Deux Mondes.

III- La marquise de Sablé et Madame de Longueville. Revue des Deux Mondes, 1er mars 1854, tome 99, pages 865-896.


Article dans la Revue des Deux Mondes.

IV-Port-royal et Madame de Longueville. Revue des Deux Mondes, tome 100, 1854.


Réédition de :

Du Vrai, du beau et du bien, par M. Victor Cousin. Deuxième édition augmentée d'un appendice sur l'art français. Paris : Didier, libraire-éditeur. 1854.

Édité initialement en 1853.


À l'Académie française.

Décès de Pierre François Tissot [1768-1854], le 7 avril 1854. Lui succède, au fauteuil 16, Félix Dupanloup [1802-1878] qui sera élu le 18 mai 1854.


Décès de Antoine Jay [1770-1854], le 9 avril 1854. Lui succède, au fauteuil 15, Ustazade Silvestre de Sacy [1801-1879], élu le 18 mai 1854.


Décès de Jacques François Ancelot [1794-1854], le 7 septembre 1854. Lui succède, au fauteuil 30, Ernest Legouvé [1807-1903], élu le 1er mars 1855.


Double élection.

Mgr. Félix Dupanloup [1802-1878] est élu au premier tour le 18 mai 1854, au fauteuil 16, en remplacement de Pierre François Tissot [1768-1854], décédé le 7 avril 1854, par 17 voix sur 32 votants. Émile Augier recueille 7 voix, Ernest Legouvé 6. Il sera reçu par le comte de Salvandy [1795-1856], le 9 octobre 1854.


Le critique littéraire Ustazade Silvestre de Sacy [1801-1879] est élu au premier tour, au fauteuil 15, le 18 mai 1854, en remplacement de Antoine Jay [1770-1854],décédé le 9 avril 1854 par 21 voix sur 33 votants. De Marcellus recueille 6 voix, Émile Augier 3 [mais qui sera élu le 31 mars 1857], Ernest Legouvé 3 voix [mais qui sera élu le 1er mars 1855].


Le poète et auteur dramatique Baour Lormian [1770-1854] meurt le 18 décembre 1854. Il sera remplacé, au fauteuil 9, par l’auteur dramatique François Ponsard [1814-1867], élu le 22 mars 1855.


À l'Académie des sciences morales et politiques.

Sujet mis au concours: Histoire critique de la philosophie arabe en Espagne.

Sur proposition de V. Cousin, section de philosophie, prix Bordin, est mis au concours, le 22 juillet 1854 : Histoire critique de la philosophie arabe en Espagne (terme le 1er octobre 1855).


Le programme est défini de la manière suivante :

Les concurrents rappelleront quel était l’état de la philosophie arabe dans les écoles de l’Égypte, de la Syrie et de la Perse, avant qu’elle pénétrât dans le Maroc et dans l’Espagne. Ils rechercheront quelles écoles les Arabes fondèrent en Espagne, quelle place occupa la philosophie dans ces écoles, sous quelle forme elle y était enseignée, et quelles matières elle y comprenait.

Ils détermineront de quelles ressources les philosophes, qui parurent alors successivement, purent faire usage, quels ouvrages de l’antiquité étaient à leur disposition, et si, par exemple, ils connurent directement les Dialogues de Platon.

parmi les philosophes arabes que les concurrents auront à faire connaître, ils insisteront sur Avempace, de Saragosse ; sur Ibn-ben-Tofail, de Cordoue, et sur Avicebron. Ils exposeront la doctrine de ce dernier philosophe, non pas seulement comme les historiens de la philosophie l’ont fait jusqu’ici, d’après des citations incomplètes d’Albert le Grand et de saint Thomas, mais d’après l’ouvrage célèbre d’Avicebron, intitulé : La Source de la vie, dont une traduction latine est conservée à la Bibliothèque impériale de Paris.

Les concurrents s’attacheront à Averroès de Cordoue, le dernier et le plus illustre représentant de la philosophie arabe en Espagne, et ils s’efforceront d’achever, par un travail approfondi, les diverses études dont en ces derniers temps Averroès a été l’objet.

On appelle leur attention sur les points suivants :

1. La biographie d’Averroès la plus complète qu’il soit possible ;

2. L’énumération de ses ouvrages, l’examen de l’authenticité de chacun d’eux, l’appréciation du mérite des traductions latines répandues en France au XIIIème siècle, et de celles qui ont été imprimées à Venise et ailleurs à la suite des ouvrages d’Aristote ;

3. Y aurait-il encore, dans quelque bibliothèque européenne, des écrits d’Averroès qui n’aient pas été traduits en latin, et dont la connaissance importerait à la pleine intelligence de sa philosophie ?

4. Averroès n’a-t-il laissé que des commentaires d’Aristote, et n’a-t-il pas composé aussi des ouvrages originaux ?

Ces préliminaires établis, les concurrents aborderont l’étude de la doctrine même d’Averroès, il la feront connaître par des analyses étendues, et même par des citations qui mettront en lumière le caractère de cette doctrine et les conclusions auxquelles elle aboutit.

Parmi les différentes théories dont se compose la philosophie d’Averroès, trois surtout doivent être éclaircies :

1. Averroès est-il nominaliste, conceptualiste ou réaliste ?

2. Le Dieu d’Averroès est-il celui d’Aristote ? Est-ce un Dieu, principe premier du mouvement et de la pensée, ayant conscience de lui-même, et essentiellement différent du monde ? Averroès admet-il des attributs moraux de la Divinité, et a-t-il connu la Providence ?

3. Quel est pour Averroès le principe de la morale ? S’arrête-t-il au juste milieu d’Aristote ? Péripatéticien, quelle est sa définition de la justice, et n’a-t-il pas des vues plus ou moins développées de droit civil et de droit politique ? Musulman, n’a-t-il pas connu la charité qui avait passé de l’Évangile dans le Coran ?

Comparer Averroès dans l’ensemble de ses diverses théories et le caractère de son génie avec ses devanciers des autres écoles arabes, particulièrement avec Avicenne ; par cette comparaison, faire voir les rapports et les différences de la philosophie arabe en Espagne et de cette même philosophie lorsqu’elle s’est développée sur un autre sol, en Syrie et en Perse.

Les concurrents termineront par une appréciation générale de la philosophie dont ils viennent de faire l’histoire.


Sur rapport de V. Cousin, le 7 février 1857, le prix [de deux mille cinq cents francs] n'est pas décerné. Il est remplacé par le sujet suivant : Des Principes et de la science du Beau [terme le 7 janvier 1859]. Le prix sera décerné en avril 1859 à Charles Lévêque [1828-1900].


Rapport.

[avril 1854] Dans la séance du 11 mars 1854, V. Cousin, offre à l’Académie, au nom de l’auteur, Foucher de Careil, un écrit ayant pour titre : Réfutation inédite de Spinosa par Leibnitz. À la suite, V. Cousin fait un Rapport verbal sur un ouvrage de M. Foucher de Careil intitulé Réfutation [inédite] de Spinoza par Leibniz. Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, avril 1854, tome 28, pages 159-162.

Incipit : « Je suis chargé par M. le comte Foucher de Careil de présenter à l'Académie, et je dépose en son nom, sur le bureau, un ouvrage que M. Foucher vient de publier, et qui a pour titre Réfutation inédite de Spinoza par Leibnitz. C'est un écrit découvert récemment à la bibliothèque de Hanovre et contenant une réfutation de la doctrine de Spinosa par l'auteur de la Théodicée. Nous savions que Leibnitz, fort occupé des intérêts de sa gloire et de l'originalité de sa philosophie, avait fait un examen critique de Spinosa, ainsi que de Descartes, de Locke et de ses contemporains les plus illustres. raspe, au XVIIIème siècle a publié les Nouveaux essais de l'entendement humain, qui sont une réfutation complète et détaillée de l'Essai de Locke; il y a dix ans, en 1844, M. Guhraver a tiré de l'inépuisable bibliothèque leibnizienne de Hanovre les Animadversiones ad Cartesii principia philosophiae, où Leibnitz traite un peu superbement Descartes, ce qui a fort réjoui nos voisins d'outre-Rhin et nous a forcé d'examiner nous-même et de réduire à leur juste valeur les observations du philosophe allemand [Journal des savants pour l'année 1850]. Voici maintenant M. le comte Foucher de Careil qui nous donne une réfutation de Spinosa par Leibnitz. ».

[1862] Le texte de ce rapport sera repris en 1862, lors de la publication par Alexandre Louis Foucher de Careil [1826-1891] de Leibniz, Descartes et Spinoza, avec un Rapport par M. V. Cousin, Paris : Ladrange, in-8, 292 p., 1862.

En 1854, le comte Alexandre Foucher de Careil [1826-1891] a vingt-huit ans. Il commence à publier des textes concernant Leibniz [dont, en 1852, un article dans le journal Le Correspondant sur la correspondance de Leibniz] ; des Lettres et opuscules inédits de Leibniz [parus chez Ladrange, in-8, CXII-336 p., 1854] ; ainsi qu’une Réfutation inédite de Spinoza par Leibniz [Paris : Typ. E. Brière, in-8, CVI-77 p]. Il publie entre 1859 et1875, en 7 volumes des Oeuvres de Leibniz [publiées pour la première fois d’après les manuscrits originaux, avec notes et introductions par A. Foucher de Careil, Paris : Firmin-Didot frères et fils et Cie, 7 volumes, in-8]


La participation de Foucher de Careil à la vie de l’Académie des sciences morales et politiques, ici par l’intermédiaire de V. Cousin, est la première. Elle se prolongera : Foucher de Careil sera lauréat du prix de l’Académie sur la philosophie de Leibniz [mai 1860]. Il se portera candidat au fauteuil de Jean Philibert Damiron, dans la section de philosophie, après son décès en janvier 1862. Pour soutenir sa candidature il publie alors, en 1862, Leibniz, Descartes et Spinoza, livre auquel il annexe le « rapport verbal » que Victor Cousin avait prononcé à l’Académie des sciences morales (1854) ; il intervient à nouveau avec un mémoire sur Descartes et la princesse palatine ou de l’Influence du cartésianisme sur les femmes au XVIIe siècle. Il fait une autre série d’interve ntions à l’Académie. Mais ses tentatives pour être élu échouent : C’est Émile Saisset [1814-1863] qui remplacera Jean Philibert Damiron à l’élection de février 1863


Élection

Christian Bartholmèss [1815-1856] est élu correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie, le 11 février 1854. Il succède à Joseph Willm [1790-1853], décédé le 7 février 1853.

Christian Bartholmèss avait été présenté par la section de philosophie en première ligne ; en deuxième Hervé Bouchitté ; en troisième Paul Janet. Sur 17 votants, C. Bartholmèss obtient 16 suffrages. Il y a un billet blanc. Il est donc élu au premier tour à la majorité absolue

Christian Bartholmèss [1815-1856], professeur de philosophie au séminaire protestant de Strasbourg, avait obtenu, en décembre 1846, une mention honorable au concours de l’Académie des sciences morales et politiques [proposé en mai 1843], sur la Théorie de la certitude [le prix avait étét décerné à Auguste Javary]. En janvier 1847, V. Cousin, lui-même, avait lu un Rapport sur un ouvrage de M. Christian Bartholmess intitulé Jordano Bruno. Et c’est le secrétaire perpétuel, François Mignet, qui avait commençé à lire [de juin à septembre 1851] l’Histoire philosophique de l’Académie de Prusse depuis Leibnitz jusqu'à Schelling, particulièrement sous Frédéric le Grand, de Christian Bartholmèss, livre dont V. Cousin, en son nom, faisait l’hommage à l’Académie [février 1851]

Àprès sa mort, le 1er septembre 1856, C. Bartholmèss est remplacé par Charles Waddington [1819-1914], élu le 20 juin 1863


Friedrich von Schelling [1775-1854] meurt le 20 août 1854. Il sera remplacé, le 10 février 1855, comme associé étranger, par Christian Auguste Brandis [1790-1867] déjà élu membre correspondant en 1837


Dans la séance du 30 décembre 1854, V. Cousin communique un Fragment d’histoire sur le parlement de Paris au commencement du ministère du cardinal de Mazarin


La philosophie à l'Académie des sciences morales et politiques

Suite de la publication du Mémoire sur les Védas par Barthélemy Saint Hilaire, dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 27, pages 39-64 ; pages 203-226 ; tome 28, pages 5-62 ; pages 209-257

Avait commencé à être publié en 1853, tome 26, pages 321 sq.

Jules Barthélemy Saint Hilaire [1805-1895] est en train de faire paraître en librairie son ouvrage Des Védas [Des Védas par M. J. Barthélemy Saint Hilaire, membre de l’Institut, Académie des sciences morales et politiques. Paris : Benjamin Duprat ; A. Durand. in-8, 204 p., 1854]


Publication du Mémoire sur d’Alembert, par Jean Philibert Damiron, dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 27, pages 65-127 ; pages 227-282 ; tome 28, pages 87-116. Lu en novembre, puis le 3 et 17 décembre 1853


Dans la séance du 4 février 1854, puis du 24 juin 1854, Adolphe Garnier est admis à lire un Mémoire sur la morale, ayant pour titre : Les Sages de la Grèce.

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 27, 437-454

Adolphe Garnier [1800-1864], agrégé de philosophie [1827], docteur ès-lettres [1840] est depuis 1845 professeur dans la chaire de Philosophie à la Faculté des lettres de Paris [occupée antérieurement par T. Jouffroy]. En février 1860 sera élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 1], en remplacement d’Alexis de Tocqueville

Publiera en 1865 De la Morale dans l’antiquité, par Adolphe Garnier, précédée d’une introduction par M. Prévost-Paradol. Paris : Germer Baillière, Bibliothèque contemporaine, in-8, XVII-181 p., 1865


Publication du Mémoire sur les Doctrines religieuses de Leibnitz, de Christian Bartholmèss, dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 27, pages 455-474. Le mémoire avait commencé à être publié en 1853, dans le tome 26, pages 141 sq. et 243 sq.

Christian Bartholmèss [1815-1856], professeur de philosophie au séminaire protestant de Strasbourg, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques [section de philosophie] depuis février 1854, publie en 1855 une Histoire critique des doctrines religieuses de la philosophie moderne. Paris : C. Meyrueis, 2 volumes in-8,


Dans la séance du 8 avril 1854, le secrétaire perpétuel [François Mignet] fait hommage à l’Académie , au nom de Francisque Bouillier, correspondant de la section de philosophie, et présent à la séance, d’un exemplaire en deux volumes de son Histoire de la philosophie cartésienne.

Francisque Bouillier [1813-1899], ancien élève de l’École normale [1834], agrégé de philosophie [1837], professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Lyon, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques [section de philosophie] depuis avril 1842, est un spécialiste de l’histoire de la philosophie cartésienne. En 1844 il publie Histoire et critique de la révolution cartésienne [Paris : Durand, in-8], dont une deuxième édition paraît en 1854 sous le titre Histoire de la philosophie cartésienne. Paris, 2 volumes in-8, 600+620 pp. Une troisième édition paraîtra en 1868.


Est mis au concours, par la section de morale [prix du Budget], au rapport de Joseph Droz et de Charles Dunoyer, les 16 et 23 mai 1846, l’Histoire des différents systèmes de philosophie morale qui ont été enseignés dans l’antiquité jusqu’à l’établissement du christianisme [terme le 30 septembre 1848]. Le prix sera prorogé jusqu’au 30 novembre 1851.


Dans la séance du 8 avril 1854, du 29 avril, puis du 13 mai, Adolphe Franck donne lecture de son Rapport écrit sur le concours relatif à l’Histoire des différents systèmes de philosophie morale qui ont été enseignés dans l’antiquité jusqu’à l’établissement du Christianisme

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 28, pages 169-207

Ce sujet avait été mis au concours, par la section de morale [prix du Budget], au rapport de Joseph Droz et de Charles Dunoyer, les 16 et 23 mai 1846, [terme le 30 septembre 1848]. Le prix a été prorogé jusqu’au 30 novembre 1851

Le mémoire qui obtient le prix est celui de Jacques [François] Denis [1821-1886], professeur de philosophie au lycée de Tournon. Xavier Rousselot [1805-], régent de philosophie au collège de Troyes, obtient la mention honorable.

Jacques Denis en fait un ouvrage : Histoire des théories et des idées morales dans l'antiquité [Paris : A. Durand, 2 volumes in-8, 423+453 pp.,1856 ; réédité en 1879, Paris : E. Thorin ]


Dans la séance du 20 mai 1854, Jean Philibert Damiron, au nom de la section de philosophie, donne lecture de son rapport sur les Mémoires adressés pour le concours au sujet du prix relatif aux principaux systèmes modernes de théodicée

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 29, pages 5-51

Sur rapport de J. P. Damiron, le 20 mai 1854, le prix concernant l'Examen critique des principaux systèmes modernes de théodicée, mis au concours par V. Cousin, section de philosophie, prix du Budget, le 18 mai 1850, est décerné [parmi les six mémoires présentés] à Émile Saisset, professeur agrégé à la Faculté des lettres, maître de conférences à l’École normale. Une mention honorable est obtenue par Joseph Tissot, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Dijon.

Émile Saisset [1814-1863], est ancien élève de l’École normale [1833], agrégé de philosophie [1836], docteur ès-lettres [Paris, 1840], agrégé d’enseignement supérieur [1843], professeur à la Faculté des lettres de Paris, chargé de cours au Collège de France depuis 1853. Publie quelques années plus tard Essai de philosophie religieuse. Paris : Charpentier, in-8, 488 p., 1859


Dans la séance du 20 mai 1854, Barthélemy Saint Hilaire fait hommage à l’Académie d’un exemplaire de son ouvrage intitulé des Védas, un volume in-8

Jules Barthélemy Saint Hilaire [1805-1895] venait de faire paraître Des Védas [Des Védas par M. J. Barthélemy Saint Hilaire, membre de l’Institut, Académie des sciences morales et politiques. Paris : Benjamin Duprat ; A. Durand. in-8, 204 p., 1854]


Dans les séances du 3, du 17 juin 1854, du 15 juillet 1854, du 16, du 23 septembre 1854, du 14 octobre 1854, Jules Barthélemy Saint Hilaire lit un Mémoire sur Boudha et le Boudhisme [ce travail a déjà paru en articles séparés dans le Journal des savants, cahier de mai 1854 et suivants]

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 29, pages 203-284 ; tome 30, pages 5-72

Jules Barthélemy Saint Hilaire fait paraître en 1855 Du Boudhisme. Paris : B. Duprat, in-8, VII-248 p, 1855 ; et en 1860 Le Bouddha et sa religion. Paris : Didier, in-12, XXIV-441 p., 1860 [réédité en 1862, en 1866]


Sur rapport de Francisque Lélut, le 19 août 1854, concernant le Sommeil du point de vue psychologique le prix [d’une somme de quinze cents francs] mis au concours sur proposition de V. Cousin le 15 novembre 1851 [prix du Budget] est décerné [sur les cinq mémoires envoyés] à Albert Lemoine, docteur ès-lettres, professeur au lycée de Nantes

Le Rapport, fait à l’Académie des sciences morales et politiques, au nom de la section de philosophie, par F. Lélut, sur le concours relatif à la question du sommeil envisagé au point de vue psychologique est publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 29, pages 375-424. En l’absence de F. Lélut, et à sa place, Jules Barthélemy Saint Hilaire, lit le rapport.

Albert Lemoine [1824-1874], ancien élève de l’École normale [1847], agrégé de philosophie en 1847, docteur ès-lettres [Paris, 1850] est alors professeur de philosophie à Nantes. En 1855 sera nommé professeur à la Faculté des lettres de Nancy, puis ultérieurement à la Faculté des lettres de Bordeaux et à l’École normale supérieure [1862-1872]. Deviendra inspecteur de l’Académie de Paris.

Albert Lemoine publie son travail, en 1855, sous le titre Du Sommeil au point de vue physiologique et psychologique, par Albert Lemoine. Paris : J. B. Baillière, in-8, VIII-410 p., 1855.


Rapport écrit d'Adolphe Franck, fait au nom de la section de morale, sur le concours pour le prix de morale [à décerner en 1852], et lu le 8 avril et le 29 avril 1854. Le rapport est publié en 1854 dans le tome 28 (page 169-207) et le tome 29 (pages 75-111) des Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques

Déjà en 1849 l'Académie avait décidé de décerner [en 1852] un prix sur le sujet suivant : « Rechercher l'histoire des différents sytèmes de philosophie morale qui ont été enseignés dans l'antiquité jusqu'à l'établissement du christianisme ; faire connaître l'influence qu'avaient pu avoir sur le développement de ces systèmes les circonstances sociales au milieu desquelles ils s'étaient formés, et celle que, à leur tour, ils avaient pu exercer sur l'état de la société, dans le monde ancien.» Trois mémoires avaient été déposés, mais aucun n'était satisfaisant. La question est reposée en 1852.

Le mémoire couronné en 1854 est celui de Jacques [François] Denis [1821-1886], professeur de philosophie au lycée de Tournon. Xavier Rousselot [1805-], régent de philosophie au collège de Troyes, obtient la mention honorable.

Jacques Denis en fait un ouvrage : Histoire des théories et des idées morales dans l'antiquité [Paris : A. Durand, 2 volumes in-8, 423+453 pp.,1856 ; réédité en 1879, Paris : E. Thorin ]


Dans les séances du 2, du 9 septembre ; du 14, du 28 octobre ; du 11, du 25 novembre 1854, du 2 décembre 1854, le secrétaire perpétuel, François Mignet,donne lecture du Mémoire de Christian Bartholmèss sur les Doctrines religieuses de Kant et de Fichte, de Herder et de Jacobi.

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 29, pages 425-448 ; tome 30, pages 119-170.

C. Bartholmèss [1815-1856], qui a été élu correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques le 11 février 1854 [section de philosophie], fera paraître, en 1855, une Histoire critique des doctrines religieuses de la philosophie moderne [Paris : Ch. Meyrueis, 2 volumes in-8, XLVIII-412+587 pp., 1855].


Dans la séance du 21 octobre 1854, Adolphe Franck communique à l’Académie la lecture qu’il doit faire dans la séance publique du 25 octobre sur La Vie et les œuvres de Thomas Morus.

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 30, pages 289-333.


Dans les séances du 18 et du 25 novembre 1854, Jean Philibert Damiron donne lecture d’un mémoire sur La Vie, les ouvrages et particulièrement le catéchisme de Saint-Lambert

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1854, tome 30, pages 173-213 ; 1855, tome 31, pages 101-136 ; pages 161-202.

Fin décembre 1857 [12 et 26 décembre] ; janvier et février 1858 [16 janvier ; 20 février] Jean Philibert Damiron lit un Mémoire sur Saint Lambert.


Dans la séance du 2 décembre 1854, du 23 décembre 1854, Jules Barthélemy Saint Hilaire donne lecture d’un Mémoire sur les Trois livres de morale attribués à Aristote.

Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1855, tome 31, pages 5-78


Traduction, ou édition, à l'étranger des oeuvres de V. Cousin

The Philosophy of Kant : lectures by Victor Cousin. Translated from the French. With a sketch of Kant's life and writings. By A. G. Henderson. London : J. Chapman, in-8, [V]-XCIV-194 p., 1854.


Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin

Lettre du Père Henri Lacordaire à V. Cousin.

« Monsieur,

J’ai lu attentivement votre ouvrage sur « le Vrai, le Beau et le Bien » ; et comme il m’a paru que vous désiriez savoir ce que j’en penserais, une fois sa lecture faite, je m’empresse de vous le dire.

Il y a bien longtemps, Monsieur, que je n’ai lu un livre qui m’ai causé autant de satisfaction, soit pour le fond des idées, soit pour la manière de les énoncer. Quelques phrases peut-être, telles que celles où vous mentionnez le péché originel, pourraient blesser une oreille scrupuleuse ; mais elles sont très rares, explicables et semées dans l’ensemble d’une philosophie où l’accent chrétien s’échappe souvent d’un spiritualisme, sincère, ingénieux et éloquent. Je ne connais aucun livre, écrit en français, qui donne des idéers plus justes et mieux assises sur les points fondamentazux que vous avez traités. Ça été pour moi un bonheur de vous lire ; et vous m’avez incliné vers vôtre âme, de manière à ce que je ne craindrai pas de vous ouvrir la mienne.

Je me suis demandé en vous lisant, si vous étiez chrétien ; vous l’êtes par l’esprit, je n’en saurais douter ; mais il ne m’a point paru que je puisse dire de vous avec certitude que vous êtes mon frère dans la vérité totale du Christianisme, ou, si vous l’aimez mieux, par le cœur et la foi. On ne peut vénérer davantage le Christianisme, ni s’approcher de lui de plus près  ; mais le doute subsiste néanmoins. Or, le doute que laisse sur sa pensée intime une grande intelligence, lorsqu’elle s’adresse au monde pour l’éclairer et le persuader, est à la fois un sujet de douleur pour le disciple, et une cause d’impuissance pour le maître. On ne croit qu’à celui qui nous révèle son cœur. Toute obscurité demeurée sur les sentiments d’un homme tient en garde contre lui. On se dermande ce qu’il était, s’il avait une foi vive, ardente, digne de la vérité. Si la réponse est incertaine, le témoignage même le plus éclatant, en faveur d’une doctrine, perd de sa force ; et l’on reste devant la postérité comme une énigme, au lieu de briller devant elle comme un flambeau.

Il me venait dans l’esprit, pendant que je vous lisais, que Dieu avait fait de vous et de vos deux collègues, M.M. Villemain et Guizot, un remarquable assemblage, qui n’avit rien de pareil dans les temps antérieurs, et qui avait été destiné à marquer profondémént la différence entre le XVIIIème siècle et le nôtre. Entre les trois , vous me paraissiez le mieux doué, comme étendue d’esprit, comme éloquence, et capable de laisser un monument d’une plus puissante action sur l’avenir. Vous avez renoué la philosophie du XIXème à celle du XVIIème, mais en la complétant, et en la débarrassant des systèmes qui l’avaient dénaturée. C’est là plus et mieux que n’ont fait vos collègues, quoique M. Guizot ait aussi délivré l’histoire de beaucoup de faux aperçus. . Mais j’ose vous le dire, Monsieur, ils ont un avantage sur vous ; l’un est un protestant zélé ; l’autre est un catholique notoire. Vous seul, devant vos contemporains n’avez pas de place déterminée. Vous leur avez dit, en dernier lieu du moins, de grandes vérités, revêtues de grandes beautés. Mais vous ne leur avez pas dit le dernier mot, le mot de lâme, celui qui achève la gloire, en s’introduisant dans la conscience.

La dernière gloire est d’être aimé ; et l’on n’est aimé qu’en étant connu. L’amour est une affaire intime, qui n’admet aucun silence, aucun doute, aucune restriction. Il faut donner son âme au genre humain, ou désespérer d’avoir la sienne.

On a été très injuste envers vous ; je le sais ; on a mal accueili ce beau livre du Vrai, du Beau et du Bien. Mais, qui l’a mal accueilli ? Quelques hommes qui se sont donnés la mission de déshonorer le Christianisme par les opinions les plus versatiles, dans l’arrogance la plus opiniâtre. Il faut les laisser pour ce qu’ils sont ; le Christianisme, comme toute puissance, a de vils serviteurs. On regarde le maître et le peuple ; on ne s’occupe pas des courtisans.

Pour moi, Monsieur, je suis heureux de vous remercier du plaisr et du bien que vous m’avez fait. Veuillez, si j’ai dit quelque chose qui vous déplaise, me le pardonner ; et agréez, l’hommage de mes sentiments de haute estime et d’admiration distinguée. » [Lacordaire. Toulouse, le 9 janvier 1854]

Le Père Henri Lacordaire [1802-1861] est alors, pour la France, le Provincial de Frères prêcheurs. Il sera élu à l’Académie française en 1860, avec le soutien de V. Cousin et d’Adolphe Thiers.

Lettre du poète Adolphe Dumas à V. Cousin

« Monsieur et cher maître,

Permettez-moi de vous dire combien vos paroles de ce matin m’ont fait du bien. Monseigneur l’Archevêque de de Paris m’avait déjà fait lire, dans son discours sur saint Augustin, les quelques mots qu’il adresse à l’illustre générateur de la philosophie en France ; et je me doutais bien que cet appel vous allait au cœur ; mais je ne savais pas le chemin que votre esprit libre avait fait tout seul.. votre Platon, Monsieur, aura été votre préparation évangélique. Vous ne pouviez pasmieux consacrer votre vie et vos grands travaux. Il me semble pourtant qu’il y avait au fond de vos paroles des tristesses et des mécomptes. N’en croyez pas, monsieur, ces moments d’abattements, qui s’emparent des plus grandes âmes ; elles ont du vide, précisément parce qu’elles sont grandes. Votre vie est bien pleine, et si votre pays est sorti de son matérialisme et de la philosophie des sens, c’est à vous qu’il le doit. C’est vous qui nous avez fait renaître au spiritualisme, et si vous ajoutez l’amour, comme vous l’avez dit, à la connaissance, vous n’aurez pas été converti comme saint Paul ; vous aurez été tout simplement logique comme M. Cousin. « Me et dominus mecum », disait saint Paul aux Romains, et vous pourrez en dire autant que lui ; car jamais intelligence n’aura plus fait au nom de la liberté, et n’aura plus mérité ce que Dieu ajoute au travail des hommes de bonne volonté. Vous me pardonnerez ces paroles d’encouragement ; elles viennent d’un esprit qui est votre élève depuis vingt ans, et d’un cœur bien heureux de se rencontrer avec le vôtre, dans les écroulements de toutes sortes dont nous sommes encombrés. La maturité de votre esprit m’a frappé aujourd’hui ; et j’ai voulu vous le dire. Et comme ma vie privée et ma vie publique n’ont jamais souffert, et me donnent quelque droit d’être bon juge en matière de bonnes résolutions, vous croirez facilement que, si je parle si haut de vous, c’est que je suis sûr de ne pas me tromper. Oubliez que ma visite de ce matin était pour moi, et continuez à nous donner les leçons et les exemples. Toutes les fois que vous me permettez d’aller les chercher à la Sorbonne, ne pouvant pas être votre Platon, je serais très heureux d’être votre Phèdre.

Mais, de grâce, ne vous attristez pas ; car rien ne manque à votre gloire le jour où vous êtes philosophe chrétien. Àprès avoir hérité de toute la succession de l’Allemagne, sous bénéfice d’inventaire, vous aurez payé toutes ses dettes insolvables ; et vous serez encore très riche de votre fond, et du fond de votre père, qui est au ciel. Pardon, Monsieur et cher maître, pour cet épanchement à la manière d’Atticus ; il vous prouve combien ma visite a été courte, puisque je la continue ce soir, en rentrant chez moi, et jusqu’à onze heures du soir.» [Paris, 21 mars 1854].

Adolphe Dumas [1805-1861], poète et auteur dramatique. Est chargé officiellement en juin 1855 d’un enquête sur la poésie méridionale. Découvreur du poète provençal Mistral, s’en fit le promoteur dans les milieux littéraires parisiens.


Napoléon III à V. Cousin.

« Monsieur, j'ai été bien touché de l'aimable lettre que vous m'avez adressée. Si j'ai donné votre nom à une des rues de Paris, vous ne me devez guère de remerciements ; car ce n'est pas le nom, c'est la rue que j'ai illustrée. Je suis heureux d'ailleurs d'avoir eu cette occasion de vous donner ce faible témoignage de mon estime pour votre caractère et pour votre talent.

Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués. » [Saint-Cloud, le 8 septembre 1854].



Le 22/02/2018