[ recherche ] [ présentation ] [ liste alphabétique des auteurs ] [ statistiques ] [ courriel ]


Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1846
  En 1846, V. Cousin [1792-1867] a cinquante-deux ans. Il aura cinquante-trois ans le samedi 28 novembre 1846.

RÉSUMÉ DES ANNÉES PRÉCÉDENTES.

1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792 [8 frimaire an I de la République], est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère Marie Henriette, née Grivelet, est blanchisseuse.
Grâce au soutien financier des parents d’Épagomène Viguier, il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [créée par décision de mars 1795 dans l’ancienne maison professe des Jésuites]. C’était l’une des trois écoles centrales établies en 1797 à Paris pour l’enseignement secondaire, les deux autres écoles étant l’École centrale du Panthéon [Henri-IV], et l’École centrale des Quatre-Nations [Bibliothèque Mazarine].
Pensionnaire dans la pension Lepître, V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première] où il a pour maître le latiniste Victor Le Clerc. Il y obtient, année après année, les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale.
Au lycée Charlemagne, en classe de rhétorique, il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, Royer-Collard est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la petite société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1820-1828.
Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] V. Cousin a été, sous la Restauration, en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825]
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.
Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].
Quant à l'édition des Oeuvres de Maine de Biran, commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec en tout quatre volumes.

1826-1828. Fragments philosophiques.
Il rassemble ses notes de cours et ses articles, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis de Nouveaux fragments philosophiques [1828], précédées de copieuses préfaces, et donne à ses publications, qu’il diffuse méthodiquement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains.
Il apparaît en Europe et aux États-Unis, comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.

1830-1840.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] dès sa reconstitution, où dans la section de philosophie il fait élire ses partisans ; nommé pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation de philosophie, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Abandonnant l’enseignement, il se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande , 1836 ; en Suisse, 1837].
Pour un temps bref est Ministre de l’Instruction publique [mars 1840-octobre 1840] dans le second ministère Thiers.

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 déjà les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; Pierre Leroux ; Eugène Lerminier ; Louis Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme, sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et sa fonction conciliatrice [il y a du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836 ; Gioberti, 1842]. Et, malgré ses concessions de plus en plus prononcées au catholicisme, les ultramontains font de V. Cousin un ennemi de la religion.
Dès 1837 Sainte-Beuve, dans une lettre à son ami Juste Olivier, déclare - de manière un peu injuste – que V. Cousin ne fait plus grand bruit philosophique ou littéraire nulle part.

L’ANNÉE 1846.

ÉLEMENTS BIOGRAPHIQUES.
Association « fraternelle et charitable » des Anciens élèves de l’École normale.
V. Cousin devient Président de l’Association des Anciens élèves de l’École normale, fonction qu'il remplira jusqu'en 1849 [il sera alors remplacé, de 1850 à 1866, par Paul-François Dubois]. À ce titre prononce un discours au banquet des anciens élèves de l’École.
À l’École normale, en 1845, il a été décidé de la création d’une « Association fraternelle et charitable entre tous les anciens élèves de l’École normale ». C’est une Caisse de secours mutuel.
Quinze personnes sont désignées à cet effet. Cette caisse de secours mutuel est juridiquement fondée le jeudi 1er janvier 1846. Le jeudi 3 septembre 1846, précédée d’un banquet, la première réunion générale se tient à Paris dans les salons de Lemardeley, sous la présidence de V. Cousin.
Le bureau [de la Fondation ] est composé de V. Cousin, président [1846-1849] ; Paul-François Dubois [promotion 1812], vice-président [1846-1849], puis président [1850-1866]; Augustin Henri Lesieur [promotion 1819], secrétaire [1846-1849] ; Edmond Hébert [promotion 1833], vice-secrétaire [1846-1849], secrétaire [1850-1876], vice-président [1876-1881], puis membre honoraire du Conseil [1882] ; Myrtil Maas [promotion 1813], trésorier [1846-1865].

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Les ministres de l’Instruction publique en 1846.
En 1846, sous le troisième cabinet Soult [jeudi 29 octobre 1840 - dimanche 19 septembre 1847] c’est Narcisse de Salvandy [1795-1856], qui avait été déjà une première fois ministre de l’Instruction publique d’avril 1837 à mars 1839, qui est ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Il gardera son portefeuille jusqu’au mercredi 23 février 1848, dans le cabinet de François Guizot [dimanche 19 septembre 1847-mercredi 23 février 1848].

Agrégation de philosophie en 1846.
V. Cousin est le président du jury d’agrégation de philosophie [août-septembre]. Sont membres du jury : Adolphe Garnier [1801-1864], professeur titulaire de la chaire de Philosophie à la Faculté des lettres de Paris ; Marie Nicolas Bouillet [1816-1880], ancien professeur de philosophie, proviseur du collège Bourbon ; Jules Simon [1814-1896], professeur suppléant de l’Histoire de la philosophie ancienne à la Faculté ; Charles Mallet [1807-1816], professeur de philosophie au collège Saint-Louis.
Sont reçus en 1846 : Auguste Javary [1820-1852], régent au collège communal de Libourne ; et Henri [Marie Oscar] Philibert, régent au collège communal de Roanne, ancien élève de l’École normale [1840] ; Thomas Chappuis [1822-1897], ancien élève de l’École normale [1842] ; François Magy [1822-1897], élève sortant de l’École normale [1843] ; Jacques François Denis [1821-1897], ancien élève de l’École normale [1841], chargé du cours de philosophie au collège royal d’Angoulême.
Sont refusés, mais « signalés à la bienveillance du ministre », Du Bouzet, régent au collège communal de Dieppe ; Louis [François Augustin] Bourgeois, ancien élève de l’École normale [1840], régent au collège communal de Cambrai ; François Julien Brisebarre, ancien élève de l’École normale [1839], chargé du cours de philosophie au collège royal de Laval ; Augustin Pélissier, ancien élève de l’École normale [1839], répétiteur de philosophie à Paris.
Louis [François Augustin] Bourgeois [ -1895], François Julien Brisebarre [1819- signalé en 1883] et Augustin Pélissier [1819-1894] seront reçus à l’agrégation de philosophie en 1847, le jury étant cette année là présidé par l'inspecteur général Georges Ozaneaux [1795-1852].
Du Bouzet ne sera pas reçu ultérieurement à l’agrégation.

Élèves reçus à l’École normale supérieure, section lettres, en 1846.
Dans l’ordre alphabétique : Jean Louis Audouy ; Eugène Boudhors ; Jean Boutan ; Isidore Cahen ; Edouard Cartault ; Paul Challemel-Lacour ; Alexis Chassang ; Charles Lucien Chevillard ; Hippolyte Dansin ; André Guillaume Dédual ; Jean Philippe Casimir Alfred Gelle ; Eugène Alexandre Harant ; Gabriel d’Hugues ; Julien Lechat ; Charles François Auguste Lorrain ; Gabriel Marchand ; François Marcou ; Auguste Mastier ; Albert Henri Constant Poyard ; Eugène Réaume ; François Jacques Romilly ; Joseph Édouard Thouvenin ; Eugène Véron ; Noël Charles Vierne.

Création de l’École française d’Athènes.
C’est tout à la fin de l’année 1846 qu’ont lieu les nominations pour l’École française d’Athènes, créée, en septembre 1846, à l’initiative de Narcisse Achille de Salvandy [1795-1856], pour la seconde fois ministre de l’Instruction publique [1er février 1845-mercredi 23 février 1848].
On parle depuis plusieurs mois de cette création d’une École d’Athènes, conçue comme pendant de l’École de Rome. Victor Cousin est opposé à ce projet, et fait part de ses railleries.
Le projet est au contraire soutenu par Joseph Daniel Guigniaut [1794-1876] ancien directeur de l’École normale, qui, en tant que membre de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres [il a été élu membre ordinaire le vendredi 14 avril 1837, et sera membre perpétuel de 1860 à 1873], aura à rédiger, à plusieurs reprises, les rapports rendant compte des travaux de différentes promotions.
L’écrivain et critique littéraire Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] soutient le projet depuis plusieurs mois. Il revendique même en avoir eu l’idée dès 1841.

Édition des oeuvres de Victor Cousin.
Publication des Oeuvres de M. Victor Cousin 1846-1851 [Paris : Ladrange, 16 volumes in-12].

Publié en 1846-1851. Comprend six séries :
1ère série : I. Histoire des principaux systèmes de la philosophie moderne ; II. Histoire des derniers systèmes sur les idées du vrai, du beau et du bien ; III-IV. Histoire de la philosophie morale au XVIII ème siècle.
2ème série : I. Introduction à l’histoire de la philosophie ; II. Histoire de la philosophie au XVIII ème siècle.
3ème série : I-IV. Fragments philosophiques (4ème édition).
4ème série : I-III. Instruction publique en France sous le gouvernement de Juillet.
6 ème série : I. Discours politiques.
Chaque tome a un titre spécial.
Cette publication succède à l’édition de 1828-1829 des Oeuvres choisies de V. Cousin en 3 volumes, parue en Belgique en contrefaçon.

Publie :
Premiers essais de philosophie, par M. Victor Cousin. [Paris : Librairie nouvelle, in-8, XX-350 p., 1846].
Considéré comme une 2ème édition, compte-tenu de l'édition assurée par Adolphe Garnier, Étienne Vacherot et Arsène Danton.
Contient les Fragments des leçons des cours de 1816 et 1817, avec un Appendice sur l’enseignement de la philosophie à l’École normale. Connaît plusieurs tirages la même année.
L'Avertissement de la deuxième édition est signé le 15 décembre 1845.
Incipit : « Nous présentons nous-même au public ce qui subsiste des premiers temps de notre carrière de professeur, les débris des leçons que nous avons faites de 1815 à 1821 à la Faculté des lettres, comme suppléant de M. Royer-Collard, dans la chaire de l’Histoire de la philosophie moderne. De ces leçons improvisées et sans nul apparat, il ne restait que des notes indéchiffrables à nous-même, et les rédactions des élèves de l’École normale, auditeurs obligés du cours. Ces rédactions, plus ou moins fidèles, plus ou moins étendues, selon le talent et le zèle des élèves qui en étaient chargés, composaient des cahiers considérables qui, communiquées à quelques personnes, rappelaient, dans un cercle intime, les travaux obscurs d’une époque déjà bien éloignée. Il y a une dizaine d’années, de jeunes et habiles professeurs, MM. Garnier, Vacherot, Danton, eurent l’idée de tirer de l’oubli ces humbles rédactions, et de les livrer à l’impression, abrégées et corrigées. nous sommes confus que des hommes de leur mérite se soient condamnées à ce labeur ingrat, et nous les prions de recevoir ici l’expression de notre sincère reconnaissance. En publiant de nouveau, en notre propre nom ces anciennes leçons, nous ne nous sommes pas proposer d’effacer leur travail ; mais ils ont bien voulu nous permettre de nous en servir librement ».

[1855] Réédité en 1855 comme troisième édition, [Paris : Librairie nouvelle. In-12, XIX-350 p., 1855]. L'Avertissement de la troisième édition est signé le 1er février 1855.
Incipit « Cette troisième édition n’est point une simple réimpression de la précédente. Elle présente ce qui reste de nos premiers cours de philosophie, pendant les années 1816 et 1817, sous une forme presque nouvelle et avec un titre nouveau, à la fois plus modeste et plus vrai. Ne possédant de ces premiers cours que des rédactions d’élèves, nous n’avons pas jugé à propos de conserver ces rédactions abrégées et imparfaites l’apparence de leçons, tandis qu’en réalité on ne mettait sous les yeux du lecteur que des extraits souvent bien secs. De ces extraits, soigneusement revus et corrigés, nous avons tiré des morceaux séparés, dont l’objet commun et l’harmonie paraissent suffisamment, grâce aux programmes placés à leur tête. Ainsi dégagé, il nous semble que ce volume a moins mauvais air, et qu’il conduit plus rapidement aux leçons de l’année 1818, qui contiennent un enseignement véritable, une expression régulière avec de justes développements. Ces premiers essais marquent les divers degrés par lesquels nous en sommes arrivés là, et il faut les considérer comme une préparation laborieuse à notre livre du Vrai, du Beau et du bien ».

[1862] Réédité en 1862 comme quatrième édition, revue et augmentée, [Paris : Didier et Cie, 418 p., 1862]. Certains exemplaires de 1862 portent la mention de 3ème édition. Contient les Avertissements de la 2ème édition de 1846 et de la 3ème édition de 1855. Connaît 2 tirages en 1862. [collationné 01].

[1873] Réédité en 1873 [6e édition, Paris : Didier et Cie, 418 p.].

Article dans le Journal des savants, sur la philosophie écossaise.
Publication dans le Journal des savants, d'un article de V. Cousin : De la Philosophie écossaise, Journal des savants, juillet 1846, pages 385-402.
Incipit : « Pour bien comprendre et apprécier une école philosophique, il faut l'étudier dans le temps où elle est née, et au milieu des circonstances qui lui ont donné naissance ou qui ont favorisé son développement. Quand je recherche d'où peuvent être venus à la philosophie écossaise le spiritualisme éclairé, le bon sens et la forte moralité qui la distinguent, j'en aperçois deux causes diversement pressantes ».

Publication dans le Journal des savants, de quatre articles de V. Cousin : Hutcheson, fondateur de l'école écossaise, Journal des savants, premier article : août 1846, pages 465-478 ; deuxième article : septembre 1846, pages 531-544 ; troisième article : octobre 1846, pages 607-626 ; quatrième et dernier article : novembre 1846, pages 690-703.
Incipit du premier article : « Hutcheson est né en Irlande, mais il est Écossais par son origine, par son éducation, par toute sa carrière.
Et non seulement il est écossais, mais il est presbytérien, et presbytérien dissident. Il tient de toute part à la révolution de 1688 ; il a reçu, il a conservé et il a répandu avec ardeur les principes de la liberté civile et religieuse ».

A LA CHAMBRE DES PAIRS EN 1846.
Discours prononcés sur les ordonnances du 7 décembre 1845, dans la discussion générale du projet d’adresse. Paris . In-8, 1846.
Une ordonnance du 7 décembre 1845 avait transformé le Conseil de l'instruction publique en Conseil royal de l'Université, en stipulant que ce Conseil « reprenait sa constitution telle qu'elle était établie au décret organique du 17 mars 1808 », c'est-à-dire qu'aux membres titulaires, au nombre de huit, nommés à vie par le roi, s'ajoutaient vingt membres dits ordinaires, nommés chaque année par le ministre.

A L’ACADÉMIE FRANÇAISE EN 1846.
Victor de Laprade concourt pour un prix de poésie.
V. Cousin vote en faveur d'un prix de poésie pour Victor de Laprade [1812-1883] qui n'obtient pas le prix.
Il s’agit du prix de poésie de l’Académie française qui sera remis à l’homme de lettres Amédée Pommier [1804-1877], dans la séance publique annuelle de l’Académie française du 27 juillet 1847. Le sujet du poème est La Découverte de la vapeur. Le poète et auteur dramatique Jean Pierre François Lesguillon [1800-1873] obtient une mention honorable.
Victor de Laprade sera élu à l’Académie française le 11 février 1858, au fauteuil 10, en remplacement d’Alfred de Musset [1810-1857], décédé le 2 mai 1857.

Réception d’Alfred de Vigny.
Alfred de Vigny [1797-1863], élu le 8 mai 1845, membre de l’Académie française en remplacement du poète et auteur dramatique Charles Guillaume Étienne [1777-1845], est reçu le 29 janvier 1846 par le comte Louis Mathieu Molé. A la suite de la « réponse » de Molé, Alfred de Vigny est tenu dans une sorte de quarantaine par ses nouveaux confères.

Élection de Charles de Rémusat.
L’écrivain et homme politique Charles de Rémusat [1797-1875], ancien ministre de l’Intérieur, déjà membre de l'Académie des sciences morales et politiques [2 mai 1842] est élu membre de l’Académie française le jeudi 8 janvier 1846, au fauteuil 8, en remplacement de Pierre-Paul Royer-Collard [1763-1845], décédé le 4 septembre 1845.
Il sera reçu, le jeudi 7 janvier 1847, par Emmanuel Dupaty [1775-1851].
Après sa mort, le 6 juin 1875, Charles de Rémusat est remplacé par le philosophe et homme politique Jules Simon [1814-1896], élu le 16 décembre 1875.

Réception de Ludovic Vitet.
Ludovic Vitet [1802-1873], ancien Inspecteur général des Monuments historiques, député de la Seine-Inférieure, élu le jeudi 8 mai 1845 membre de l’Académie française au fauteuil 27, en remplacement du poète et dramaturge Alexandre Soumet [1786-1845], décédé le 30 mars 1845, est reçu, le jeudi 26 mars 1846, par le comte Louis Mathieu Molé [1781-1855].

Décès d’Étienne de Jouy.
[Victor Joseph] Étienne de Jouy [1769-1846], journaliste et auteur dramatique, meurt le vendredi 4 septembre 1846. Il sera remplacé à l’Académie française, au fauteuil 36, par l’auteur dramatique Adolphe Simonis-Empis [1795-1868], élu le jeudi 11 février 1847.

A L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES EN 1846.
Hommage d’un ouvrage de philosophie du duc de Caraman.
V. Cousin fait hommage à l’Académie d’un exemplaire de l’Histoire de la philosophie en France pendant le moyen âge jusqu’au XVI ème siècle du duc de Caraman et fait un rapport verbal sur cet ouvrage, dans la séance du samedi 3 janvier 1846.
Le duc Victor Antoine Charles Riquet de Caraman [1811-1868], baron d’Empire, a fait paraître, depuis 1845, une Histoire des révolutions de la philosophie en France pendant le moyen âge jusqu’au seizième siècle, précédée d’une Introduction sur la philosophie de l’antiquité et de celle des premiers temps du christianisme [Paris : Ladrange, 3 volumes in-8, 1845-1847].

Communication sur Adam Smith.
Dans la séance du samedi 5 décembre 1846, M. Cousin continue et achève la communication de son travail sur Adam Smith et ses ouvrages. La partie relative à l'économie politique est extraite de ce mémoire et fait l'objet d'un compte-rendu dans Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 10 [1846], pages 441-462, sous le titre : Adam Smith par M. Cousin.
Incipit : « Il serait absurde de supposer que Turgot eût inspiré à Smith la Théorie des sentiments moraux, publiée plusieurs années avant que son auteur fut venu à Paris, et dont toutes les bases sont dans l'enseignement d'Hutcheson et dans son premier ouvrage, qui est de 1729 et qui avait été traduit en français en 1749. Hutcheson et Smith ne doivent donc rien à Turgot ; mais il n'est pas du tout démontré que Turgot ne leur doive beaucoup ».

LA PHILOSOPHIE À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES EN 1846.
Quatrième livraison du Dictionnaire des sciences philosophiques.
Hommage par Adolphe Franck de la quatrième livraison du Dictionnaire des sciences philosophiques [séance du samedi 10 janvier 1846].
Adolphe Franck [1809-1893] a commencé à travailler au Dictionnaire des sciences philosophiques, à partir de 1840. Le premier des fascicules paraît en décembre 1843 et la publication s’échelonnera jusqu’en 1852, à raison d’un fascicule par an. Le dictionnaire connaît une deuxième édition en 1875, puis un autre tirage en 1885 [XII-1820 p., sur deux colonnes].

Lecture sur Thomas d’Aquin.
Léon Montet, le samedi 24 janvier 1846, puis le samedi 7 février 1846, poursuit sa lecture du Mémoire sur Thomas d’Aquin considéré comme philosophe, commencée en 1845 [séances du 8 octobre ; 8, 22, 29 novembre 1845]

Hommage de Charles Mallet : Histoire de l’École de Mégare.
Le secrétaire perpétuel François Mignet [1796-1884] fait hommage à l’Académie, de la part de l’auteur Charles Mallet, d’un ouvrage de philosophie : Histoire de l’École de Mégare.
Charles Mallet [1807-1875], professeur de philosophie au collège royal de Saint-Louis, après avoir publié une Histoire de la philosophie Ionienne en 1842, venait de faire paraître Histoire de l’école de Mégare et des écoles d’Elis et d’Érétrie [Paris : Vve Maire-Nyon, in-8, IV-LXXIV-196 p., 1845].

Hommage de Félix Ravaisson : Essai sur la Métaphysique d’Aristote.
Félix Ravaisson fait hommage à l’Académie du tome II de l’Essai sur la Métaphysique d’Aristote [séance du samedi 14 février 1846].
Félix Ravaisson [1813-1900], après avoir obtenu en 1835 le prix de l’Académie des sciences morales et politiques : Examen critique de l’ouvrage d’Aristote intitulé Métaphysique, avait publié le tome I de l’Essai sur la Métaphysique d’Aristote en 1837 [Paris : Impr. Royale, 1837].
Le tome II paraît en 1846 [Paris : Joubert, in-8, 584 p., 1846].

Lecture de Jean Eugène Dezeimeris.
Le médecin Jean Eugène Dezeimeris [1799-1851], bibliothécaire à la Faculté de médecine de Paris, est admis à communiquer un travail sur Quelques ouvrages retrouvés d’Empédocle, de Démocrite et de Diogène d’Apollonie [séance du samedi 21 février 1846].
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1846, tome 9, pages 199-224.

Mémoire de Charles Schmidt* sur le Mysticisme allemand.
Mémoire de Charles Schmidt* sur le Mysticisme allemand, lu par François Mignet, secrétaire perpétuel de l’Académie [samedi 7 mars 1846], lecture déjà commencée antérieurement et dont il est rendu compte dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome 8, p. 532 et p. 53 du tome 9 [1846].
Charles Schmidt [1812-1895], historien et théologien est professeur au Séminaire protestant de Strasbourg.

Jean Philibert Damiron sur Laurent François Boursier.
Jean Philibert Damiron communique un travail sur la Vie et le système philosophique de Boursier* [séance du samedi 28 mars 1846].
Il s’agit de Laurent François Boursier [1679-1749], docteur en Sorbonne, théologien janséniste opposé à la bulle Unigenitus.

Barthélemy Saint Hilaire sur la Psychologie d’Aristote.
Barthélemy Saint Hilaire communique un travail sur la Psychologie d’Aristote [samedi 25 avril 1846 et samedi 9 mai 1846] Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1846, tome 9, pages 371-382 et pages 451-467.
Il fait l’hommage de son ouvrage lors de la séance du samedi 6 juin 1846 [Psychologie d’Aristote. Opuscules. […] Traduits en français pour la première fois et accompagnés de notes perpétuelles par J. Barthélemy Saint Hilaire. Paris : Ladrange, in-8, 1846 ; puis Paris : Dumont, in-8, 1847].

Barthélemy Saint Hilaire : rapport sur le mémoire de Charles Schmidt.
Barthélemy Saint Hilaire fait [en 1846] un rapport sur le mémoire de Charles Schmidt* Études sur le mysticisme allemand au XVI ème siècle et propose sa publication dans le tome 11 du Recueil des savants étrangers.
Fait suite à la lecture par François Mignet du mémoire de Charles Schmidt sur le mysticisme allemand, effectuée en mars 1846.
Charles Schmidt [1812-1895], historien et théologien est professeur au Séminaire protestant de Strasbourg.

Rapport sur le concours : Théorie de la certitude.
Adolphe Franck commence la lecture de son Rapport sur les mémoires adressés à l’Académie pour concourir au prix relatif à la Théorie de la certitude [séance du 6 ; 20, 27 juin ; 4, 11, 18 juillet ; samedi 19 septembre 1846, samedi 12 décembre 1846].
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1846, tome 10, pages 89-136.
Publié également dans : Mémoires de l’Académie royale des sciences morales et politiques de l’Institut de France, tome 6 [2ème série]. Paris : typographie de Firmin Didot frères, 1850, pages 89-317.
Le prix sur la Certitude [prix du Budget] a été mis au concours, sur proposition de V. Cousin, le samedi 6 mai 1843 [terme le 31 août 1845]. Sur rapport d’Adolphe Franck, lu dans les séances de mai à décembre 1846, le prix est décerné à Auguste Javary [1820-1852], avec une mention très honorable à Charles Gouraud [1823-], une mention honorable à Christian Bartholmèss [1815-1856].
Après avoir été couronné, [Louis ] Auguste Javary publie l’année suivante, en 1847 : *De la Certitude par A. Javary, agrégé de l’Université. Ouvrage couronné par l’Institut (Académie des sciences morales et politiques). Paris : Librairie philosophique de Ladrange. Quai des Augustins, 19. in-8, 558 p., 1847. L’ouvrage porte sur sa page de titre une citation de Bossuet : « On peut bien ne pas entendre ce qui est, mais jamais on ne peut entendre ce qui n’est pas. ». Il est dédié à V. Cousin : « À Monsieur/Victor Cousin/ qui aura tant fait/ pour l’avenir de la philosophie ».
En 1847, l’ouvrage lui-même sera remis en hommage à l’Académie des sciences morales et politiques et fera l’objet d’un rapport d’Adolphe Franck.

Auguste Javary [1820-1852] est un ancien élève du collège Saint-Louis. Il remporte [1839] le prix d'honneur de philosophie dans le concours général des collèges de Paris et Versailles. Après ses études est nommé régent au collège communal de Libourne. Il prend connaissance du sujet proposé par l’Académie des sciences morales et politiques vers mai-juin 1843. Et remet son Mémoire en août 1845. Il est au courant de son succès début mai 1846.
Se présente à l’agrégation de philosophie en août 1846, et est reçu premier, par un jury présidé par V. Cousin et composé d’Adolphe Garnier, professeur titulaire de la chaire de philosophie à la Faculté des lettres de Paris ; Nicolas Bouillet, ancien professeur de philosophie, proviseur du collège Bourbon, Jules Simon, professeur suppléant de l’histoire de la philosophie ancienne à la Faculté des lettres de Paris ; Charles Mallet, professeur de philosophie au collège Saint-Louis.
Il est alors nommé au collège royal d’Alençon.
Passe son doctorat ès-lettres [Paris, 1851] avec une thèse : De l'Idée de progrès, publiée, [De l'Idée de Progrès, par A. Javary. Professeur de philosophie au lycée d’Orléans. Avec une citation de l’Évangile selon saint Mathieu, chapître V, v. 43 « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Paris : Librairie philosophique de Ladrange, 41, rue Saint-André des Arts. In-8, 287 p., 1851] ;
La thèse complémentaire, en latin, porte sur Guilielmi Alverni, episcopi parisiensis, psychologica doctrina ex eo libro quem "de Anima" inscripsit exprompta, publiée, Aureliae [Orléans] : excud. Coignet-Darnault, in-8, 60 p. [1851].
Est successivement professeur aux lycées de Poitiers, d'Orléans [il y est professeur en 1851], de Lyon.

Rapport de Barthélemy Saint Hilaire sur Léon Montet et Thomas d’Aquin.
Jules Barthélemy Saint Hilaire fait un rapport, au nom de la section de philosophie, sur le mémoire de Léon Montet* relatif à saint Thomas d’Aquin, et propose l’insertion du mémoire dans le Recueil des Savants étrangers [séance du samedi 20 juin 1846].
Léon Montet [1817-1851], dont les thèses de doctorat ès-lettres seront soutenues à Paris, en 1848, a été autorisé à lire devant l’Académie des Sciences morales et politiques, sur six séances, en octobre, novembre et décembre 1845, un Mémoire sur Thomas d’Aquin.

Mémoire d’Hervé Bouchitté sur la persistance de la personnalité après la mort.
Premier mémoire sur la persistance de la personnalité après la mort par Hervé Bouchitté [1795-1861], séance du samedi 1er août, du samedi 8 août, samedi 29 août 1846. Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1846, tome 10, pages 137-163 et pages 409-440. Cette lecture se poursuivra sur l’année 1847.
Hervé Bouchitté [1795-1861] ancien élève de l’École normale, professeur d’histoire au collège royal de Versailles a déjà été autorisé à lire devant l’Académie des Sciences morales et politiques, en 1840, un Mémoire sur l’Histoire des preuves de l'existence de Dieu, puis sur La Querelle des réalistes et des nominaux.
Il s’était vainement présenté, en avril 1842, à la place de Pierre Prévost [1751-1839], décédé le lundi 8 avril 1839, pour être élu comme correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section de philosophie. C’est Francisque Bouillier [1813-1899], professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Lyon, qui avait été élu.
En juillet 1842, Hervé Bouchitté avait lu un Mémoire intitulé Réflexions sur l'anthropomorphisme.
Malgré toutes ses tentatives,Hervé Bouchitté ne parviendra pas à se faire élire comme correspondant de l’Institut.

Mémoire de Barthélemy Saint Hilaire sur la Philosophie indienne.
Charles Giraud poursuit la lecture du mémoire de Jules Barthélemy Saint Hilaire sur la Philosophie indienne.La lecture est achevée dans la séance du samedi 1er août 1846.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1846, tome 10, pages, 284-317.
En 1851-1852, le cours de Jules Barthelémy-Saint-Hilaire [1805-1895] au collège de France, où il est professeur depuis 1839, porte sur la philosophie de l’Inde. Barthelémy-Saint-Hilaire publiera plusieurs ouvrages sur la philosophie et les religions de l’Orient : Des Védas [1854] ; du Boudhisme [1855] ; Le Boudha et sa religion [1860].

Hommage de Damiron sur son Essai sur l’histoire de la philosophie au XVII ème siècle.
Dans la séance du samedi 7 novembre 1846, Jean Philibert Damiron fait hommage à l’Académie de son Essai sur l’histoire de la philosophie au XVII ème siècle [2 volumes].
L’ouvrage vient de paraître [Paris : Hachette. Deux volumes in-8, 74 p.-520 +838 pp., 1846].

Rapport de Barthélemy Saint-Hilaire sur l’Histoire de l’école d’Alexandrie de Vacherot.
Dans la séance du samedi 28 novembre 1846, Jules Barthélemy Saint Hilaire présente un Rapport verbal sur les deux premiers volumes de l’Histoire critique de l’école d’Alexandrie d’Étienne Vacherot.
Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1846, tome 10, pages, 483-484.

Rapport de Barthélemy Saint Hilaire l’Histoire du boudhisme indien par Eugène Burnouf.
Dans la séance du samedi 26 décembre 1846, Barthélemy Saint Hilaire donne lecture d’un Rapport sur l’Introduction à l’histoire du boudhisme indien par M. Eugène Burnouf [1801-1852], membre ordinaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres depuis le vendredi 27 avril 1832 [au fauteuil 15, de Jean François Champollion le jeune [1791-1832], décédé le dimanche 4 mars 1832].

Mis au concours : Histoire des différents systèmes de philosophie morale.
Est mis au concours, par la section de morale [prix du Budget], au rapport de Joseph Droz et de Charles Dunoyer, les samedi 16 et samedi 23 mai 1846, l’Histoire des différents systèmes de philosophie morale qui ont été enseignés dans l’antiquité jusqu’à l’établissement du christianisme [terme le samedi 30 septembre 1848]. Le prix sera prorogé jusqu’au dimanche 30 novembre 1851.
Le prix est attribué, sur rapport d’Adolphe Franck [mars-mai 1852], à Jacques Denis [1821-1886], professeur de philosophie au collège de Tournon.

MENTION, RECENSION ET COMPTE-RENDUS D’OUVRAGES DE V. COUSIN EN 1846.
Les Leçons de philosophie et le Journal des Débats.
Dans le Journal des Débats, lundi 14 septembre 1846 : « M. Cousin vient de publier les leçons par lesquelles il a débuté dans l'enseignement de la Philosophie à l'École normale de 1815 à 1820. Ces leçons qui n'avaient pas encore été livrées à l'impression et dont les matériaux n'existaient que dans les cahiers des élèves qui les avaient recueillies sur les bancs de l'école, seront accueillies avec un vif intérêt par les amis des Études philosophiques. Le 4ème volume [...] a paru dernièrement et le 5ème volume suivra de près. Le public savant aura donc sous les yeux les documents complets sur les travaux de l'illustre professeur. Les générations nouvelles pourront assister à la naissance et suivre les progrès de cet enseignement qui a jeté tant d'éclat et qui a ouvert une ère nouvelle à la science. ». Cet article, dont il n'y a ici qu'un extrait, fait suite à la reprise, en trois colonnes et demie du petit texte de la conclusion du tome 4 du Cours de l'histoire de la philosophie moderne, qui venait de paraître chez Ladrange. [Cours de l'histoire de la philosophie moderne, histoire des derniers systèmes de la philosophie moderne sur les idées du vrai, du beau et du bien. Paris : Ladrange-Didier. In-8, 443 p., 1846].

Les Leçons de philosophie et la Revue des Deux-Mondes.
Dans la Chronique de la quinzaine de la Revue des Deux-Mondes [1846, tome 13, pages 177-188] paraît un long article de compte-rendu des Leçons sur l’histoire de la philosophie par M. Victor Cousin.
Dans la Table des matières contenues dans le treizième volume de la Revue des Deux-Mondes cet article est référencé sous le titre : Du Fondement de la morale, par M. Victor Cousin.
« Nous avons sous les yeux une publication d'une haute importance : M. Cousin est à la veille de donner aux amis de la philosophie la première partie de ce grand ensemble de leçons qui composent sa carrière de professeur tout entière. L'enseignement de M. Cousin a eu deux époques, celle qui s'étend de 1815 à 1820, et où la jeune école philosophique se forme et se constitue ; puis, après un silence de huit années, la brillante époque de 1828 à 1830, où l'éclectisme se produit dans le monde avec le cortège de ses applications les plus élevées et les plus hardies.
Cette seconde période des leçons de M. Cousin est parfaitement connue du public ; la première l'est à peine, et cependant c'est peut-être la plus curieuse et la plus féconde. Comme le dit l'illustre écrivain lui-même : "Ce sont là les commencemens, c'est le berceau de la philosophie nouvelle. Le temps lui apportera des forces. Peu à peu elle agrandira son horizon et ses vues. De la philosophie moderne elle s'étendra dans la philosophie ancienne ; elle joindra Platon à Descartes, Aristote à Locke, Proclus à Malebranche, elle s'enfoncera même dans les ténèbres de la scolastique ;elle embrassera tous les âges de la pensée humaine ; elle rappellera tous les systèmes à un petit nombre de principes élémentaires, harmonieux et opposés, toujours en guerre et inséparables. Ici elle est encore bien loin de ses derniers développemens ; elle est renfermée dans l'enceinte de la philosophie moderne, et elle commence à peine à entrevoir l'antiquité ; mais elle est déjà en possession de toutes les idées essentielles et d'une doctrine bornée, mais solide. Elle est assise sur le sens commun ; elle a l'enthousiasme du beau et du bien, elle aime la liberté et la vertu ; elle est toute pénétrée de la pensée de Dieu ; elle ne s'élève pas encore bien haut, mais on sent qu'elle a des ailes."
Dès l'année 1811, M. Royer-Collard avait engagé le combat avec vigueur contre la philosophie de la sensation ; mais à l'exemple de Reid, qu'il avait pris pour maître, il ne s'était guère avancé au-delà de l'horizon de la psychologie. Il restait à poursuivre le condillacisme sur le terrain de la métaphysique, de l'esthétique, de la morale. Cela même était peu encore, si l'on n'opposait pas à l'analyse artificielle de l'école sensualiste une observation plus complète et plus vraie de la nature humaine, à la morale de l'intérêt celle du devoir, à une métaphysique toute négative la foi du genre humain retrouvée au plus profond de la conscience, et tout ensemble au faîte des plus libres spéculations. Ce fut l'oeuvre propre qu'entreprit avec une ardeur merveilleuse le jeune suppléant de M. Royer-Collard, emporté dès les premiers jours, et comme malgré lui, hors du cercle étroit où sa sincère et pieuse déférence avait d'abord voulu s'enfermer, cherchant partout, en Allemagne, en France, et déjà dans l'antiquité, des adversaires à Condillac, et à lui-même des inspirateurs ; pénétrant courageusement dans les souterrains de la philosophie germanique, allant de Kant à Fichte, quittant Fichte pour Malebranche et Malebranche pour Platon, et préparant de la sorte l'union future, l'union aujourd'hui indissoluble de la philosophie et de son histoire.
Sans rester étranger à aucun des grands problèmes philosophiques, l'enseignement de 1815 à 1820 eut pourtant ce caractère de tout ramener au problème moral comme à un centre commun de critique et d'analyse. Or, de toutes les applications fondamentales de l'éclectisme, la morale est celle dont il était resté le moins de traces et qui présente en ce moment le plus d'intérêt et de nouveauté. Nous sommes heureux de pouvoir satisfaire d'avance la curiosité des amis de la philosophie, en citant quelques fragmens où les vues morales de M. Cousin sont présentées dans un style digne d'elles par la noblesse et la pureté. Pour nous, qu'il nous suffise de signaler en peu de mots le trait essentiel qui les caractérise.
La morale que la philosophie française s'honore d'enseigner est entièrement fondée sur la raison, et en même temps elle est d'une irréprochable sévérité. C'est au nom de la conscience qu'il nous parle de nos devoirs ; mais la religion la plus austère ne nous les imposerait pas avec une autorité plus inflexible. Ce dut être un noble spectacle, en ces tristes premières années de la restauration, où les caractère fléchissaient sous la double servitude d'une philosophie sensualiste encore debout et d'une réaction religieuse qui préludait aux derniers excès ; ce dut être une source de nobles émotions et de généreuses espérances que cette voix mâle et fière qui disait à la jeunesse : La liberté fait toute notre dignité morale, et l'essence de cette liberté elle-même, c'est sa subordination au devoir. Les générations nouvelles apprenaient à cette sévère école à répudier en ce qu'il eut d'incomplet l'esprit du XVIIIe siècle, tout en retenant ce qui fit sa grandeur et sa force, je veux dire l'indépendance de la pensée et l'énergique sentiment des droits de l'homme. En relisant ses leçons de 1818, M. Cousin peut se rendre ce témoignage qu'il est encore aujourd'hui ce qu'il était dans ces orageuses années de sa jeunesse, où il combattait au premier rang contre une réaction formidable. Combien d'autres ne pourraient dire comme lui : « Ce sont les principes de notre immortelle révolution qui formaient déjà, comme ils composent encore aujourd'hui après vingt-cinq années de réflexions nouvelles, notre foi morale et politique ! » Mais ce n'est pas ici le moment de récriminer : hâtons-nous de livrer au lecteur quelques-unes de ces fortes pages […] ».
Suivent plusieurs extraits de l'ouvrage.
CORRESPONDANCE.
Sainte-Beuve à V. Cousin.
Lui recommande la candidature du docteur Paulin, comme médecin de l'École normale supérieure [novembre 1846]. le candidat de V. Cousin est Noël Guéneau de Mussy, dont le père François Guéneau de Mussy [1774-1857] a été le deuxième directeur de l'École normale de septembre 1815 à septembre 1822.

Évoque le projet d'une Revue nouvelle, avec Duvergier de Hauranne et Adolphe Thiers. [mardi 17 novembre 1846]. Mais le projet n'aboutira pas.

Accuse réception du cinquième volume du cours de l'Histoire de la philosophie moderne [vendredi 4 décembre 1846]. Sainte-Beuve fera paraître un long compte-rendu le vendredi 2 avril 1847.

Témoigne de l'échec du projet d'une Revue nouvelle [vendredi 18 décembre 1846].

CRITIQUE, ARTICLES ET OUVRAGES CONCERNANT V. COUSIN EN 1846.
Le jugement d’Ernest Bersot.
Ernest Bersot [1816-1880], publie en 1846 Du Spiritualisme et de la nature, par Ernest Bersot, ancien élève de l’École normale, professeur de philosophie au collège de Versailles [Paris : Librairie philosophique de Ladrange. Quai des Augustins, 19. In-8, LX-362 p., 1846].

Le livre est dédié à V. Cousin : « À Monsieur V. Cousin.
Monsieur,
Ceux qui connaissent votre constante bienveillance à mon égard s’étonneraient que ce livre ne vous fût pas dédié. Mais ce n’est point seulement ici un acte de reconnaissance privée ; je devais cet hommage au défenseur de l’Université et de la philosophie. Je vous offre donc ce volume, quoique sa médiocrité doive souffrir du nom illustre que j’y inscris
Je suis, Monsieur, avec un profond respect, votre très humble et dévoué serviteur. Ernest Bersot ».

Évoquant ses relations avec V. Cousin, Ernest Bersot écrit pourtant :
« M. Cousin et moi, écrivait Bersot sur le point de publier son écrit sur le Spiritualisme et la Nature, nous ne nous arrangeons plus trop ensemble. Il trouve que je le compromets, se tient à l’écart, et il criera comme un beau diable quand mon nouveau-né paraîtra. Il n’en sera sûrement pas le parrain. Il faudrait, pour garder ses bonnes grâces, aller lui demander le mot d’ordre quand on veut écrire quelque chose. Je ne suis pas soldat si discipliné ; je me sens d’humeur à sortir parfois des rangs et à violer la consigne pour aller faire le coup de feu avec l’ennemi ».

Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet.
Dans une lettre, en date du dimanche 13 septembre 1846, Gustave Flaubert écrit à Louise Colet, en lui faisant reproche de sa méconnaissance de la nature de l’Art :
« Toi tu mêles au Beau un tas de choses étrangères, l’utile, l’agréable que sais-je ? Tu diras au Philosophe de t ‘expliquer l’idée du Beau telle qu’il l’a émise dans son cours de 1819 et telle que je la conçois.». [Flaubert. Correspondance. Nizet].

Lettre de Flaubert évoquant V. Cousin.
Dans une lettre à Louise Colet, l’écrivain Gustave Flaubert écrit, en parlant de V. Cousin :
« Le fond du cœur de cet homme-là, quoi qu’il fasse pour le montrer calme, est froid et vide. Sa vie est triste et rien n’y rayonne, j’en suis sûr… j’ai découvert jusqu’au fond l’intérieur de cette existence blafarde, remplie de travaux conçus sans enthousiasme et exécutés avec un entêtement enragé, qui seul, le soutient. Ton amour y jetait un peu de joie, il s’y cramponnait avec l’appétit que les vieillards ont pour la vie.Tu étais sa dernière passion et la seule chose qui le consolât de lui-même ». [Flaubert. Correspondance. Mardi 22 septembre 1846].
En 1839-1840, Victor Cousin fréquente le salon de Louise Colet [1810-1876], femme de lettres et poète, née Louise Revoil. Il noue une liaison avec elle. Il en attend un enfant.
Louise Colet, dans la période 1845-1855 est la maîtresse de Gustave Flaubert [1821-1880], qui entretient avec elle une importante correspondance.

Ouvrage de Hyacinthe de Valroger.
Hyacinthe de Valroger [1814-1876] publie : Études critiques sur le rationalisme contemporain, par l’abbé H. de Valroger […] De l’éclectisme rationaliste et du syncrétisme ; de l’histoire de la philosophie et de la philosophie de l’histoire [Paris : J. Lecoffre, in-8, LXXIV-621 p., 1846]. Réédité en 1878, après sa mort, et augmentée de divers opuscules.
Le père oratorien Hyacinthe de Valroger publiera en 1852 : Du Christianisme et du paganisme dans l’enseignement, par l’abbé H. de Valroger, publié par le Comité de l’enseignement libre [Paris : J. Lecoffre, in-12, XVI-308 p., 1852].

Dédicace de W. Hamilton à V. Cousin.
L’édition des Œuvres complètes de Thomas Reid, publiée par William Hamilton, paraît à Édimbourg en 1846. Précédé de la Biographie de Reid par Dugald Stewart. L’édition est dédiée , en anglais, par William Hamilton à V. Cousin :
« À Victor Cousin, Pair de France, ancien ministre de l’Instruction publique, membre de l’institut, professeur de philosophie, etc., etc., cette édition des Œuvres de Reid est dédiée non seulement comme gage de l’admiration de l’éditeur pour le premier philosophe de France, mais comme un hommage dû justement et éminemment à l’homme d’État grâce à qui l’Écosse a été unie de nouveau intellectuellement à sa vieille alliée politique et les ouvrages de l’auteur qui sont le résultat le meilleur de la spéculation écossaise sont devenus la base de l’enseignement académique de la philosophie chez la nation qui est le centre de l’Europe ».
William Hamilton [1788-1856]. Philosophe écossais. Professeur de droit civil puis de logique et de métaphysique à l’université d’Édimburgh. Il fit connaître Kant et les philosophes allemands auprès du public anglais.

Dédicace de la traduction de la Critique du jugement.
Jules Barni [1818-1878] fait paraître comme traduction de l’allemand en français : Critique du Jugement, suivie des Observations sur le Sentiment du beau et du sublime, par Emm. Kant, traduit de l’allemand, par Jules Barni, professeur agrégé de philosophie au collège Charlemagne, avec une introduction du traducteur. [Paris : Librairie philosophique de Ladrange, 19. Deux tomes en deux volumes, in-8, (4)-XVI-343+(4)-328 pp., 1846].
L’ouvrage est dédié : « À Monsieur Victor Cousin. Hommage d’un élève reconnaissant ». Jules Barni.
Ancien élève de l’École normale [1837] ; reçu premier à l’agrégation de philosophie [1840]. Est nommé au collège royal de Reims après l’agrégation, puis en mars 1841 est nommé à Paris comme agrégé pour les classes de philosophie près les collèges royaux de Paris.
En même temps qu’il enseigne depuis janvier 1842 au collège Charlemagne, Jules Barni est choisi par V. Cousin comme secrétaire en fonction de son classement à l’agrégation de philosophie et de sa parfaite connaissance de l’allemand. Il remplit cette fonction en 1841-1842.

Le 24/05/2018