[ recherche ] [ présentation ] [ liste alphabétique des auteurs ] [ statistiques ] [ courriel ]


Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1844
   COUSIN 1844

En 1844, V. Cousin [1792-1867] a cinquante et un ans [il aura cinquante deux ans le 28 novembre1844].


Résumé des années précédentes.


1820-1828.

Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] V. Cousin a été en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825].

Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer-Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés séance par séance et diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.

Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826] ; ] ; l'édition des Oeuvres de Maine de Biran [commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec trois volumes complémentaires].


Fragments philosophiques.

Il rassemble ses notes de cours et ses articles, précédés de copieuses préfaces, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis de Nouveaux fragments philosophiques [1828], et donne à ses publications, qu’il diffuse largement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains. Il apparaît à l’étranger comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.


1830-1840.

Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] ; nommé Pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.

Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation depuis 1830, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.

Se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande ; 1836 ; en Suisse, 1837]


Le feu croisé des critiques.

Mais autour de 1830 les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; P. Leroux ; E. Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme et sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et plus encore sa fonction conciliatrice [il y a du vrai dans chaque système].

D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836].

Dès 1837 Sainte-Beuve [dans une lettre à son ami Juste Olivier] déclare - de manière un peu injuste – que V. Cousin ne fait plus grand bruit philosophique ou littéraire nulle part.


Ministre de l’Instruction publique, puis défenseur de l’Université.

Pendant un temps assez bref [du 1er mars au 29 octobre 1840] il est nommé Ministre de l’Instruction publique, dans le second ministère Thiers.

L’année 1840 est le moment où V. Cousin tient en ses mains le maximum de pouvoirs. Mais cette période est de courte durée : l’Église mène une lutte sans merci pour obtenir, au nom de la liberté écrite dans la Charte, le droit des « pères de famille » a chosir un enseignement libre, autrement dit lié exclusivement aux valeurs religieuses. Le temps s’annonce d’une nécessaire défense de l’Université, affaire d’État et non d’Église, défense pourtant perdue d’avance.


L’année 1844


Défense de l’Université et de la philosophie.

Victor Cousin, intervient les 21 et 29 avril, les 2 et 3 mai 1844, à la Chambre des Pairs. Ses interventions sont éditées à plusieurs reprises en 1844 sous le titre :

Défense de l’Université et de la philosophie. Discours prononcé à la Chambre des pairs, dans les séances des 21 et 29 avril, des 2, 3 et 4 mai 1844. Paris : Joubert. In-8, 96 p.

« M. Cousin ouvre la discussio par le discours suivant.

Messieurs,

Dans cette première discussion, je ne viens point examiner en détail les divers articles du projet ministériel, ni ceux qu’y substitue le rapport de votre commission : je me propose une tâche plus générale. Je veux rechercher si, parmi les passions déchaînées autour de nous, au milieu de la déplorable polémique soulevée depuis trois années et dont la violence s’accroît chaque jour, il n’y a pas quelque principe ferme et assuré qui puisse nous être comme un mât dans la tempête ; je veux surtout, je ne le dissimule pas, venir au secours d’une grande institution nationale, objet de tant d’attaques, et pour laquelle le vaste et savant rapport de M. le duc de Broglie n’a pas même trouvé un mot d’encouragement dans la lutte où elle est engagée. Pour tout cela, Messieurs, quelques minutes ne peuvent suffire : j’ai besoin d’un peu de temps, et, sans savoir si j’aurais la force d’en faire usage, je le demande à l’équité de la chambre. Parmi les commissaires qu’elle a chargés de préparer le rapport sur l’instruction secondaire, elle n’a cru devoir admettre aucun membre de l’Université. Cette exclusion absolue, si peu conforme à vos usages, est précisément mon titre auprès de vous. Je me flatte qu’au moins vous ne voudrez pas mesurer trop sévèrement la parole à un de vos collègues qui autrefois a été votre rapporteur dans une loi semblable, mais qui, aujourd’hui surtout, se fait gloire d’être un serviteur fidèle de l’Université. C’est même en ce nom que je fais un loyal appel à votre impartialité, à votre patience, à votre indulgence.

Je renferme toute la discussion que soulève le projet de loi dans cette simple question : le droit d’enseigner est-il un droit naturel ou un pouvoir public ? »

Connaît 4 tirages en 1844, dont trois présentés comme 3ème édition (augmentée des discours prononcés dans la suite de la discussion, avec un Appendice contenant diverses pièces relatives à l’enseignement de la philosophie et aux petits séminaires, Paris : Joubert, in-8, 2 p.-371 p., ).

Réédité en 1845 (comme 4ème édition : augmentée des discours prononcés dans la suite de la discussion, avec un Appendice contenant diverses pièces relatives à l’enseignement de la philosophie et aux petits séminaires, augmentée des deux derniers discours sur les cours de MM. Quinet et Michelet, et sur la rapport de M. Dupin concernant l’ouvrage de M. Portalis. Avec une table générale des matières. Paris : Joubert, in-8, 371 p.).

Réédité en 1847.

La 11e édition [portant la mention revue par l’auteur et publiée par M. Barthélémy Saint Hilaire, avec une table des matières] paraît, en 1884. Cette édition connaît deux tirages.

Réédité en 1978, par Danièle Rancière, Paris : Solin.

Réédité, document électronique BNF.


Publie :

Leçons sur la philosophie de Kant par V. Cousin. Paris : Librairie philosophique de Ladrange, in-8, VIII-387 p., 1844.

Connaît 3 tirages la même année.

Comporte un Avant-Propos, de V. Cousin, signé en date du 15 février 1842. L'ouvrage est divisé en huit leçons : 1. Introduction générale ; 2. Les deux Préfaces ; 3. L'introduction [de la Critique de la raison pure] ; 4. Esthétique transcendantale ; 5 et 6. Logique transcendantale ; 7. Méthodologie ; 8. Résumé. Les pages 383-387 constituent la Table [des matières].

[1857] Sera réédité [3ème édition revue et augmentée] sous le titre Philosophie de Kant, en 1857 [Paris : Librairie nouvelle, in-8], puis en 1864.


Publie :

[1844] Jacqueline Pascal. Premières études sur les Femmes illustres et la société du XVIIe siècle, par Victor Cousin. Paris : Didier, in-18, VIII-443 p.1844.

La première édition est souvent indiquée comme étant de 1845 [c'est le cas de la BNF, de la British Library, etc. ] Cependant V. Cousin dans l'Avant-propos de l'édition de 1856, indique en note : « La première édition est de 1844 ; la seconde de 1849 » On dispose aussi d'une lettre de Sainte-Beuve, de novembre 1844, remerciant V. Cousin pour l'envoi de Jacqueline Pascal. Il est possible que l'édition de 1844 ait fait l'objet de plusieurs tirages dont certains débordent sur 1845. Il existe une édition de 1845, comme contrefaçon : Bruxelles, Société belge de librairie, in-12, 430 p.

Incipit de l'Introduction : « Dans un grand siècle, tout est grand. lorsque, par le concours de causes différentes, un siècle est une fois monté au ton de la grandeur, l'esprit dominant pénètre partout : des hommes peu à peu il arrive jusqu'aux femmes, et, dès que celles-ci en sont touchées, elles le réfléchissent avec force, et le répandent par toutes les voies dont elles disposent, incomparables, dans leur vive nature, pour exprimer et propager les qualités à la mode, sérieuses ou futiles, vertueuses ou dépravées, mais jamais rien à demi, et toujours extrêmes en bien ou en mal, selon le vent qui souffle autour d'elles. ».

V. Cousin y écrit également : « Si nous étions plus jeune ou si nous avions plus de loisir, si nous pouvions dérober quelques heures à d'autres études, nous trouverions un plaisir inexprimable à composer un recueil qui servit de pendant à celui de Perrault et que nous intitulerions à notre tour les Femmes illustres du XVIIème siècle. Nous voudrions en faire un livre où il n'y aurait presque rien de nous et nous mettrions toute notre âme. Si nous valons quelque chose c'est par l'admiration de ce qui est beau. » C'est le texte de l'article paru dans la Revue des Deux-Mondes, 15 janvier 1844.

[1849] Réédité en 1849.

[1856] Réédité en 1856 (2 tirages), avec un Avant-Propos, signé du 20 octobre 1856, 1861, 1862, 1869, 1877 [comme 8ème édition, connaît deux tirages], 1878 [9ème édition], 1894 [10ème édition].


Réédition de :

Des Pensées de Pascal : rapport à l’Académie française sur la nécessité d’une nouvelle édition de cet ouvrage [1844, Paris : Ladrange].

Édité initialement en 1843, puis en 1847. Dans cette seconde édition, V. Cousin joint le Discours sur les passions de l’amour, sur lequel il avait fait un article dans la Revue des Deux Mondes, le 15 septembre 1843.


Article dans la Bibliothèque de l’École des Chartes.

[janvier 1844] Jacqueline Pascal, Bibliothèque de l’École des Chartes, janvier 1844, tome 5, pages 301 sq.

Incipit : « J’ai donné ailleurs une ébauche d’une galerie de femmes illustres du XVIIème siècle, sur le modèle du recueil de Perrault. Je n’accomplirai jamais ce dessein ou plutôt ce rêve : il sert de délassement à mes travaux, de charme à ma solitude. Je me borne à rassembler sur les rayons de ma bibliothèque ce qui nous reste des femmes illustres et à recueillir des lambeaux de leurs correspondances inédites ou de mémoires manuscrits. ».


Article dans la Revue des Deux Mondes.

[janvier 1844] Les Femmes illustres du dix-septième siècle. Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1844, tome 59, pages 193-203.

Incipit : « Dans un grand siècle, tout est grand. lorsque, par le concours de causes différentes, un siècle est une fois monté au ton de la grandeur, l'esprit dominant pénètre partout : des hommes peu à peu il arrive jusqu'aux femmes, et, dès que celles-ci en sont touchées, elles le réfléchissent avec force, et le répandent par toutes les voies dont elles disposent, incomparables, dans leur vive nature, pour exprimer et propager les qualités à la mode, sérieuses ou futiles, vertueuses ou dépravées, mais jamais rien à demi, et toujours extrêmes en bien ou en mal, selon le vent qui souffle autour d'elles. ».

V. Cousin y écrit également : « Si nous étions plus jeune ou si nous avions plus de loisir, si nous pouvions dérober quelques heures à d'autres études, nous trouverions un plaisir inexprimable à composer un recueil qui servit de pendant à celui de Perrault et que nous intitulerions à notre tour les Femmes illustres du XVIIème siècle. Nous voudrions en faire un livre où il n'y aurait presque rien de nous et nous mettrions toute notre âme. Si nous valons quelque chose c'est par l'admiration de ce qui est beau. ».

V. Cousin reprendra ce texte dans l'Introduction de son ouvrage sur Jacqueline Pascal.


Article dans la Revue des Deux Mondes.

[décembre 1844] Du Scepticisme de Pascal. Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1844, tome 62, pages 1012-1033. L'article se poursuit le 15 janvier 1845. Fera l'objet d'un tiré à part en 1845.

Incipit : « Il va paraître un de ces jours une seconde édition de mon ouvrage sur les Pensées de Pascal [chez les libraires Ladrange et Didier], avec des additions qu'il est inutile de faire connaître et parmi lesquelles il suffit d'annoncer plusieurs pièces nouvelles, entre autres ce beau fragment sur l'amour dont la découverte inattendue émut, il y a une année [Revue des Deux Mondes, septembre 1843] les amis de notre grande littérature, et demeurera, s'il m'est permis de le dire, la récompense de mes travaux sur Pascal.

Je n'ai emprunté à personne les principes de critique qui sont dans le Rapport à l'Académie française. J'ai le premier distingué les parties différentes et souvent étrangères dont se compose le livre des Pensées. [...]. ».


Article dans le Journal des savants.

[juillet-octobre 1844] V. Cousin fait paraître Correspondance inédite de Malebranche et de Leibniz. Journal des savants, premier article, juillet 1844, pages 419-431 ; deuxième article, août 1844, pages 496-509 ; troisième article, septembre 1844, pages 539-554 ; quatrième et dernier article, octobre 1844, pages 595-607.

Incipit du premier article : « Le caractère marqué de notre temps est un retour complaisant vers les choses du passé. De toutes parts on exhume des bibliothèques et des archives publiques ou particulières des documents qui, jusqu'ici, avaient échappé à l'histoire, contredisent ou confirment les opinions reçues, et agrandissent la connaissance des choses et des hommes qui ne sont plus. Les correspondances inédites sont l’objet d’un intérêt tout particulier, et bien justement, selon nous, car il n’y a pas de monuments historiques plus certains et où les hommes se peignent à leur insu avec plus de vérité. L’histoire de la philosophie elle-même s’est enrichie de découvertes inattendues. Quel trésor de renseignements de tout genre, quelle vive source de lumières nouvelles, que les lettres de Huygens et de Leibniz, tirées en 1833 de la bibliothèque de Leyde, et aussi celles de Malebranche et de Mairan, que nous venons de reproduire. Aujourd’hui nous nous proposons de » faire connaître une autre correspondance non moins précieuse et qui se lie étroitement aux précédentes.».

[1845] Repris en 1845 dans les Fragments de philosophie cartésienne, pages 349-428 ; et dans sa réédition de 1855.

[1866] Repris dans Philosophie moderne, IIè partie des Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie par M. Victor Cousin. Paris : Didier ; Aug. Durand, pages 1-73.


Article dans le Journal des savans.

[novembre-décembre 1844] V. Cousin fait paraître Documents philosophiques inédits tirés de diverses bibliothèques. Rapports du cartésianisme et du spinozisme. Journal des savants, premier article, novembre 1844, pages 656-662. ; deuxième article, décembre 1844, pages 736-750.

Un troisième et dernier article paraît en janvier 1845.

Incipit du premier article : « Nous l'avons déja dit dans ce journal : le cartésianisme a été la grande affaire intellectuelle du XVIIème siècle ; il a occupé les savants et les gens du monde , l'Église, les académies, et les cercles à la mode. ».


Article dans le Bulletin du bibliophile.

[novembre1844] La Famille Pascal, Bulletin du bibliophile, novembre1844, 6ème série, n° 23, pages 1189-1203.

V. Cousin fait paraître dans le Bulletin du bibliophile, un texte de Marguerite Périer : La famille Pascal. Copie d'un mémoire écrit de la main de Mme Marguerite Périer sur sa famille.


À l'Académie française.

La Commission du dictionnaire historique de la langue française.

Victor Cousin et Henri Patin sont « adjoints » en 1843 à cette commission, composée de François Villemain, secrétaire perpétuel, Charles Nodier, Joseph Étienne de Jouy, Joseph Droz, Vincent Campenon, de Pongerville, de Lacretelle. En 1844, V. Cousin et Henri Patin deviennent titulaires.

En 1835 était parue la sixième édition du Dictionnaire [première édition 1694, puis 1718, 1740, 1762, 1798] ; une septième édition paraîtra en 1878 [puis 1932-1935, 1992].


Élection et réception.

Le romancier, poète, bibliophile et grammairien, Charles Nodier [1780-1844] meurt le 27 janvier 1844. Il sera remplacé [fauteuil 25] par Prosper Mérimée [1803-1870], élu le 14 mars 1844.


L’homme politique et critique littéraire, Saint-Marc Girardin [1801-1873] est élu, au fauteuil 23, le 8 février 1844, en remplacement de François Nicolas Vincent Campenon [1772-1843], décédé le 29 novembre 1843. Il est élu par 18 voix, contre 7 à Alfred de Vigny, et 8 à E. Deschamps. Il sera reçu, le 16 janvier 1845, par V. Hugo [1802-1885].


Le rmancier, poète, et critique littéraire, Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] est élu le 14 mars 1844, au fauteuil 28, au second tour, en remplacement de Casimir Delavigne [1793-1843], décédé le 11 décembre 1843. V. Cousin, avec Lebrun et le comte Mathieu Molé ont soutenu sa candidature. Il sera reçu le 27 février 1845, par V. Hugo [1802-1885], qui avait, semble-t-il, voté onze fois contre lui.


Le même jour a lieu l'élection de Prosper Mérimée. En effet, Prosper Mérimée [1803-1870] est élu le 14 mars 1844, au fauteuil 25, en remplacement de Charles Nodier [1780-1844], décédé le 27 janvier 1844. Il sera reçu le 6 février 1845, par Charles Guillaume Étienne [1777-1845]. Alfred de Vigny [1797-1863] s'était présenté.


Le poète et auteur dramatique, Charles Guillaume Étienne [1777-1845] meurt le 13 mars 1845. Il sera remplacé, au fauteuil 32, par Alfred de Vigny [1797-1863], élu le 8 mai 1845.


À l'Académie des sciences morales et politiques.

Élections.

À la demande de V. Cousin, qui, dès sa création [1832] anime la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques, un délai exceptionnellement long, de près d’un an et demi, sépare les décès de William Fréderic Edwards [1797-1842], et de Joseph Marie de Gérando [1772-1842], d’avec les élections pour les remplacer dans leurs fauteuils.

Enfin, dans la séance du 20 janvier 1844, l'ordre du jour appelle à deux élections, l'une en remplacement d’Edwards [décédé le 23 juillet 1842], l'autre en remplacement de de Gérando [décédé le 10 novembre 1842]. À cet effet la section de philosophie présente une double liste.


Élection d’Adolphe Franck.

1. En remplacement de William Fréderic Edwards [fauteuil 5] : au premier rang, et hors ligne Adolphe Franck ; en deuxième rang et ex-aequo Félix Ravaisson et Jean Bordas Demoulin, en troisième rang et ex-aequo Émile Saisset et Jules Simon.

Félix Ravaisson et Jules Simon se retirent avant l'élection. A. Franck est élu, au troisième tour [scrutin de ballotage]. Sur 26 votants Franck obtient 13 bulletins, Lelut 12 bulletins, 1 billet blanc.

Au 1er tour de scrutin sur 26 votants, Adolphe Franck obtient 10 suffrages, Francisque Lelut 8, Louis Peisse 4, Philippe Buchez 1, 1 billet blanc. Au 2ème tour Franck obtient 12 suffrages, Lelut 12, Peisse 1, 1 billet blanc. Un 3ème tour, constituant le scrutin de ballotage, à la majorité relative, assure l'élection d’Adolphe Franck, voulue par V. Cousin : A. Franck 13, Lélut 12, 1 billet blanc.

Félix Ravaisson [1813-1900] sera élu d’abord à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en novembre 1849, bien avant d’être élu tardivement dans la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques [1881].

Jules Simon [1814-1896] sera élu dans la section de morale de l’Académie des sciences morales et politiques, en février 1863, puis élu membre de l’Académie française en 1875.

Louis Peisse [1803-1880], finira par être élu en décembre 1877, dans la section de philosophie [fauteuil 2].

Philippe Buchez [1796-1865] ne sera jamais élu.


Élection de Francisque Lélut.

2. En remplacement de Joseph Marie baron de Gérando [fauteuil 2]: au premier rang Louis Peisse, au deuxième rang et ex aequo Philippe Buchez, Dubois d'Amiens, Adolphe Garnier, Francisque Lélut.

Au 1er tour de scrutin sur 26 votants, Francisque Lélut obtient 12 suffrages, Louis Peisse 9. Il y a 5 billets blancs. Au 2ème tour Lélut 11, Peisse 9, Franck 1. Il y a 5 billets blancs. Au 3ème tour Lélut 14, Peisse 11, 1 billet blanc. Francisque Lélut est élu.

Adolphe Garnier [1801-1864] sera élu, en février 1860, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 1].

Dubois d’Amiens [1799-1873] sera professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, puis membre de l’Académie royale de médecine. Il ne sera pas élu à l’Académie des sciences morales et politiques.


Présentation d'ouvrage.

V. Cousin présente en hommage à l'Académie des sciences morales et politiques, dans la séance du 6 juillet 1844, un ouvrage d’Antoine Charma et Georges Mancel paru sous le titre Le Père André Jésuite.

Antoine Charma [1801-1869] et Georges Mancel [1811-1862] commencent à publier, en 1844 : Le Père André, jésuite, documents inédits pour servir à l’histoire philosophique, religieuse et littéraire du XVIIIè siècle, contenant la correspondance de ce père avec Malebranche, Fontenelle et quelques personnages importants de la Société de Jésus, publiés pour la première fois et annotés par MM. Charma […] et G. Mancel. Caen : Lesaunier, in-8. Un deuxième volume paraît en 1856.

Antoine Charma [1801-1869], ancien élève de l’École normale [1820] Agrégation de philosophie [1830], docteur ès-lettres, avec une thèse : Essai sur le langage [Caen, 1831]. Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Caen, puis Doyen de la Faculté.

Georges Mancel [1811-1862], conservateur de la Bibliothèque de Caen.


Il offre également, au nom de l'abbé C.M. André, un exemplaire de sa traduction de l'ouvrage de M. l'abbé Rosmini Serbati : Idéologie et logique, nouvel essai sur l'origine des idées.

D’Antonio Rosmini Serbati [1797-1855] vient de paraître la traduction : Idéologie et logique. Nouvel essai sur l’origine des idées, par l’abbé Rosmini Serbati, […] traduit de l’italien par M. l’abbé C. M. André. 1ère partie. Introduction par Gustave de Cavour. Paris : V. A. Waille, in-8, LV-343 p., 1844. L’ouvrage en italien était paru en 1830, sous le titre Nuovo saggio sull’origine delle idee.

L’abbé A. Rosmini Serbati, théologien et philosophe, sera élu correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 6], le 22 janvier 1848, en remplacement de Pasquale Gallupi [1770-1846], décédé le 13 décembre 1846.

Ces deux communications font l'objet d'un compte-rendu publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques.


Observations sur les Leçons de philosophie de Laromiguière.

Observations de M. Cousin au sujet de la présentation à l'Académie de la sixième édition des Leçons de philosophie de La Romiguière [L'ouvrage a été présenté à l'Académie des sciences morales et politiques par Charles Dupin, dans la séance du 27 juillet 1844. À la suite de cette présentation, V. Cousin intervient].

Compte-rendu dans Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages 70-72.

Incipit : « Naguère, dans une occasion douloureuse, sur la tombe de M. Jouffroy, j'appelais les Leçons de philosophie un livre consacré. En voici, en effet, une sixième édition, succès bien rare pour un ouvrage de métaphysique, et où on ne peut soupçonner aucun charlatanisme, puisque cette édition paraît longtemps après la mort de l'auteur.

Elle mérite bien le titre qu'elle porte d'édition revue et augmentée. Elle s'est accrue de plusieurs écrits qui avaient paru à différentes époques de la vie de M. La Romiguière ; je citerai le plus remarquable : les Paradoxes de Condillac, vrai tour de force de dialectique et de langage.

Je veux encore signaler quelques pages entièrement inédites sur le génie philosophique.

Ce sont là de précieux ornements de l'édition nouvelle ; elle a d'ailleurs été revue avec un soin pieux et sévère par un ami de M. La Romiguière, bien fait pour le comprendre et même au besoin pour le suppléer. Cet ami n'a pas voulu être nommé, et je dois ici garder son secret ; mais il n'est pas interdit d'exprimer le désir qu'une modestie injuste ne condamne pas toujours à l'obscurité une âme élevée, un esprit ferme et sain, une plume élégante. ».

Comme l’indique Prosper Alfaric, dans son ouvrage : Laromiguière et son école, Étude biographique [Les Belles-Lettres, 1929], le « pieux et sévère ami » dont parle V. Cousin est François de Chabrier, qui s’était déjà acquitté de la cinquième réédition des Leçons, en 1833.


Hommage à l’Académie d’un ouvrage de Jules Simon.

V. Cousin fait hommage à l’Académie, au nom de l’auteur, M. Jules Simon, de l’Histoire de l’École d’Alexandrie, et fait un rapport verbal sur cet ouvrage.

« Je présente à l’Académie, au nom de M. Jules Simon, professeur à l’École normale et à la Faculté des lettres, le premier volume d’un ouvrage considérable qui a pour titre : Histoire de l’École d’Alexandrie. Dans un rapport récent que vous avez entendu, M. Saint-Hilaire a dignement carctérisé cette grande école et mis en lumière les titres nombreux qui la recommandent aux penseurs ; il ne convient pas de revenir sur ce sujet, mais je croirais manquer à mon devoir si je ne vous signalais un ouvrage qui doit prendre un rang très élevé dans la science. Le premier volume que j’ai entre les mains est surtout consacré à une exposition étendue et complète du vaste système philosophique que Plotin, le véritable chef de l’école d’Alexandrie, a transmis à ses successeurs […].».

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages 121-122 [ à l’intérieur du sommaire du bulletin d’août 1844].

L’Histoire de l’École d’Alexandrie paraît fin 1844, début 1845 : Paris : Joubert, 2 volumes in-8, 1845.

Jules Simon [1814-1896] sera élu dans la section de morale de l’Académie des sciences morales et politiques, en février 1863 [fauteuil 5], en remplacement de Charles Dunoyer [1796-1862], décédé le 4 décembre 1862. Jules Simon sera élu membre de l’Académie française en 1875.


La philosophie à l'Académie des sciences morales et politiques.

Publication dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 5 [1844], pages 9-28, du travail de Félix Ravaisson : De la Philosophie d’Aristote chez les Arabes.

À la suite paraissent des Observations de François Mignet sur les causes qui ont introduit la philosophie d’Aristote chez les Arabes, pages 29-30.


Dans la séance du 10 février 1844, André Michel Guerry [1802-1866] est élu correspondant de l’Académie, dans la section de morale, en remplacement de Jean Jacques Ordinaire [Besançon, Doubs], [1770-1843] élu le 25 janvier 1834 [place 2], au moment de la création des places de correspondants, décédé en février 1843.

André Michel Guerry [1802-1866], avocat, s’intéresse aux questions de statistique comparée et de statistique morale.


Dans les séances du 9 mars, du 16 mars 1844, Barthélemy Saint Hilaire donne lecture d’un mémoire sur La Logique.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 5 [1844], pages 175-212, sous le titre : De la Logique, de la Logique d’Aristote, et de l’état actuel des études logiques en Europe.

Barthélemy Saint-Hilaire [1805-1895] avait publié, en 1838, la Logique d’Aristote [Paris : Ladrange, 2 volumes in-8, 1838].


Dans la séance du 13 avril 1844, Charles de Rémusat communique à l’Académie un Fragment sur l’histoire philosophique de la littérature française [qui sera lu ultérieurement dans la séance publique annuelle des cinq académies le 25 mai 1844].

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 5 [1844], pages 273-285.


Dans la séance du 1er juin 1844, le secrétaire perpétuel, François Mignet, présente à l’Académie l’ouvrage que vient de publier Louis Peisse, relatif au Rapport du physique et du moral de l’homme sur les causes premières, par Georges Cabanis, avec une table analytique, par Destutt de Tracy.

Louis Peisse a rédigé la Notice historique et philosophique sur la vie, les travaux et les doctrines de Cabanis, qui complète la huitième édition des Rapports du physique et du moral de l’homme et Lettres sur les causes premières, par P. J. G. Cabanis, avec une Table analytique par Destutt de Tracy [Paris : J. B. Baillière, in-8, LXVIII-712 p., 1844].

Ancien étudiant en médecine à Montpellier, Louis Peisse [1803-1880] avait publié, en 1827-1828, une série intitulée Les Médecins français contemporains par J.-L.-H. P*** [Paris : librairie de l'industrie, 1827-1828].

Dans les séances du 1er avril, du 8 et du 15 avril 1844 Barthélemy Saint Hilaire donne une seconde lecture de son Rapport sur le concours relatif à l’École d’Alexandrie.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 5 [1844], pages361-450.

L’Examen critique de l'École d'Alexandrie, avait été mis au concours, sur proposition de V. Cousin, section de philosophie, prix du budget, le 24 avril 1841, le terme étant fixé au 1er juin 1843. Le prix est décerné Étienne Vacherot, directeur des études et maître de conférences à l'École normale [mémoire n°4, III-738 p.].

Étienne Vacherot [1809-1897] publie son travail, en 1846-1851, sous le titre : Histoire critique de l'École d'Alexandrie, par M. Étienne Vacherot. Paris : Ladrange, 3 tomes in-8, 1846-1851 [tome 1 en 1846, VIII-603 p. ; tome 2, 446 p. ; tome 3 en 1851, VII-524 p.


Dans la séance du 8 avril 1844, le docteur Jean Marc Bourgery est admis à lire un travail sur les fonctions cérébrales.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages115-120, sous le titre : Fragment d’un travail intitulé Exposé philosophique de l’anatomie et de la physiologie du système nerveux.

Jean Marc Bourgery [1797-1849], est docteur en médecine [1827], et anatomiste


Dans la séance du 6 juillet 1844, Jean-Philibert Damiron lit un Mémoire sur Geulincx.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages96-114.


Dans la séance du 13 juillet, puis du 3 et du 10 août 1844 Jean-Philibert Damiron donne lecture d’un travail qui fait suite à son Mémoire sur Malebranche, et qui a pour objet l’Analyse de la Recherche de la vérité.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages211-315. Une première partie de ce travail a été publiée, tome 4, pages 66 sq.


Dans la séance du 27 juillet, le secrétaire perpétuel, François Mignet, fait un Rapport verbal sur la publication de Prosper Faugère, intitulée : Pensées, Fragments et Lettres de Blaise Pascal, publiés pour la première fois conformément aux manuscrits originaux en grande partie inédits.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages73-74.

Armand Prosper Faugère [1810-1887] fait paraître en 1844 : Pensées, fragments et lettres de Blaise Pascal, publiés pour la première fois conformément aux manuscrits originaux en grande partie inédits, par M. Prosper Faugère. Paris : Andrieux, 2 volumes in-8, LXXXVII, 490+431 p., in-8°. Avec 2 facsimilés et un portrait en bistre, 1844.


Dans la séance du 3 août 1844, Adolphe Franck donne lecture d’un Mémoire sur la Création.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages125-147 [ce mémoire doit être publié dans une prochaine livraison du Dictionnaire des sciences philosophiques].


Dans la séance du 10 août 1844, Adolphe Franck donne lecture d’un Mémoire sur Cardan.

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages148-160 [ce mémoire doit être publié dans une prochaine livraison du Dictionnaire des sciences philosophiques].


Dans la séance du 14 septembre 1844, Adolphe Franck fait hommage en son nom, et au nom de plusieurs professeurs de philosophie, de la deuxième livraison du Dictionnaire des sciences philosophiques.

La première édition du Dictionnaire des sciences philosophiques par une société de professeurs de philosophie [édité par Adolphe Franck, qui fera apparaître son nom dans les éditions ultérieures de 1875 et de 1885] paraît de décembre 1843 à 1852, en plusieurs livraisons. La Préface de l’ouvrage est signée au 15 novembre 1843


Dans la séance du 9 novembre 1844, Barthélemy Saint-Hilaire commence la lecture d’un Mémoire sur La Nature philosophique et le mysticisme des Alexandrins.

La lecture se poursuit dans la séance du 28 décembre 1844, avec des observations de V. Cousin et de Barthélemy Saint-Hilaire.

Publié dans les Compte-rendus des séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1845, tome 7, pages 13-46.


Dans les séance du 14 et du 21 décembre 1844, Lélut donne lecture d’un Mémoire ayant pour titre De l’amulette de Pascal, ou Étude sur les rapports de la santé de ce grand homme à son génie. Avec des observations de V. Cousin [séance du 14] et des observations de V. Cousin et de Dupin [séance du 21].

Publié dans les Compte-rendu des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 6 [1844], pages453-476.


Élèves et disciples, autour de Cousin.

En 1844, paraît le premier tome du Dictionnaire des sciences philosophiques, édité [sans nom d’auteur] par une société de professeurs et de savants. V. Cousin est à l’initiative de cette entreprise dirigée par Adolphe Franck. La Préface est signée du 15 novembre 1843. La publication, [Paris : Hachette, in-8] s’échelonnera jusqu’en 1852 [tome 1 : 1844 ; tome 2 : 1845 ; tome 3 : 1847 ; tome 4 : 1851 ; tome 6 : 1852]. En réalité la première livraison du Dictionnaire paraît en décembre 1843, V. Cousin en fait hommage à l’Académie des sciences morales et politiques.

Deuxième édition en 1875 ; troisième édition en 1885 [XII-1820 p., sur deux colonnes].


Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin.

En 1844 la traduction de l’italien en français de Vincenzo Gioberti [1801-1852], Considérations sur les doctrines religieuses de V. Cousin [Reims : impr. de L. Jacquet, in-8, XX-372 p.] est précédée d’un Exposé systématique du système de V. Cousin, par A. F. Gatien-Arnoult. Cette traduction est rééditée en 1847 [2ème édition, in-8, 312 p.] L'ouvrage est traduit de l'italien en français par l'abbé V. Tourneur.

Ce livre fait suite à l'ouvrage de l’abbé Vincenzo Gioberti, déjà paru en 1841, traduit de l’italien en français, Le Panthéisme de M. Cousin exposé par lui-même [Louvain : J. B. Ansiau, 71 p., in-8, 1842].


Pierre Hippolyte Mabire.

Pierre Hippolyte Mabire [1804-1884] publie de manière anonyme un livre sur V. Cousin : [Pierre Hippolyte Mabire] Les Ombres de Descartes, Kant et Jouffroy à Mr. Cousin, par un professeur de philosophie. Lyon : in-12, 249 p., 1844.


Le journal Le National contre V. Cousin.

« S’il était simplement un philosophe bon ou mauvais, exprimant ses idées dans des oeuvres qu’on achèterait ou qu’on n’achèterait pas ; si ses doctrines, ses rêveries, ses compilations allemandes ou écossaises appartenaient à un académicien indépendant [...] le débat serait clos depuis longtemps. Mais M. Cousin n’est pas seulement un chef dévôt ; il est membre du conseil royal ; il est seul chargé de la direction des études philosophiques dans l’Université [...] il préside les concours, il fait les rapports, il distribue les places, il règne en un mot et gouverne dans ce domaine. [...] Que l’éclectisme succombe donc car son heure a sonné et si c’est lui seulement qu’on exécute à la Chambre des Pairs, nous applaudirons de tout notre coeur à cette réaction salutaire [...] L’enseignement philosophique dont M. Cousin est le grand maître nous paraît funeste à la jeunesse. Tout le vice est dans M. Cousin et dans le Conseil royal, despote absolu. » [Le National, 3 mai 1844].


Au lendemain du 3 mai 1844, à propos de la discussion à la Chambre des Pairs, Louis Veuillot écrit :

« Toutes les harangues de M. Cousin, dans cette discussion, portent un cachet de tartufferie qui a été aujourd’hui très visible. Le pére de l’éclectisme a longuement établi que le programme philosophique de l’Université, ce programme favorable à tous les cultes reconnus par l’État, vient en partie de Mgr Frayssinous et de M. de Bonald. Il se faisait petit sous ces grands noms ! il se cachait sous cette soutane ! il avait tant envie de nous plaire ! il ne remarquait pas, dans son zèle religieux, la différence qui existe entre ces hommes et lui, entre lui et ses élèves, ces jeunes gens, ces étourneaux philosophes, éclos sous son aile, et qui, voletant, se culbutant, sifflotant le jargon énigmatique de l’école, vont dans les collèges de province désoler l’âme des pasteurs et gâter celle des enfants. ».


Correspondance.

Lettre de Sainte-Beuve à V. Cousin, où il témoigne des combinaisons pour son élection à la Française [4 février 1844]. Sur le même thème, à nouveau, le 9 mars 1845, puis le 12 mars 1844 [notamment sur l’attitude de V. Hugo qui, selon V. Cousin, devrait donner sa voix à Alfred de Vigny]. Finalement Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] est élu à l’Académie française au fauteuil de Casimir Delavigne, fauteuil 18, au second tour, le 14 mars 1844.


Lettre de remerciements de Sainte-Beuve à V. Cousin, pour l’envoi de Jacqueline Pascal [1er novembre 1844].


Jules Mohl écrit à V. Cousin pour l’inciter à écrire ses souvenirs sur Charles Fauriel : « J’ai pensé hier à dernier et grand service à rendre à Fauriel et que personne ne peut lui rendre que vous. Ce serait d’écrire vos souvenirs de lui comme vous avez fait pour Santa-Rosa. » [17 juillet 1844].

Charles Fauriel [1772-1844], professeur de littératures étrangères à la Faculté des lettres de Paris, vient de mourir le 15 juillet 1844.


Lettre de Léon Faucher à V. Cousin.

« Mon cher maître,

Je vous écris pour vous exprimer l’indignation avec laquelle j’ai lu, ce matin, les sottises de l’homme qui a le malheur de porter le nom de Lamoignon. Si je tenais la plume aujourd’hui comme je la tenais encore en 1842, j’aurais essayé de venger la philosophie de tous ces myrmidons, qui mordent sa base de granit ; mais j’en suis réduit à encourager ses défenseurs du geste, sinon de la voix. Votre réponse à M. de Lamoignon est noble ; mais la dignité personnelle une fois mise à couvert, il faut aller plus loin. Croyez-moi ; ne vous justifiez pas ; attaquez plutôt les ignorants et les zélés, qui voudraient réduire la philosophie à leur taille ; frappez d’estoc et de taille ; et soyez encore une fois le lion de Judée.

Je vous prie de demander pour moi un exemplaire du rapport de M. de Broglie, et de me réserver un exemplaire de votre discours. Je serais peut-être tenté de reprendre l’épée pour une telle cause. Adieu ; courage et tout à vous. » [1er mai 1844].

Léon Faucher [1803-1853] est le rédacteur en chef du journal Le Courrier français. Il sera député en 1846, ministre de l’Intérieur en 1849 et 1851. Élu membre de l’Institut, le 3 février 1849,dans la section d’économie politique [fauteuil 1], en remplacement de Pellegrino Rossi.


Lettre de Eugène Manuel à Laurent Pichat.

« N’est-il pas triste de voir un homme qui se pose pour le premier philosophe de notre temps et qui l’est en effet, un homme qui est l’unique soutien de la philosophie en ·France [...] le successeur direct de Descartes écrire - quoi ? des notices sur les femmes célèbres du XVIIème siècle. Où est le temps des belles leçons de la Sorbonne ! où est le temps des magnifiques arguments sur les dialogues de Platon ! On espérait un philosophe, un homme à grande théories, un de ces penseurs sublimes qui répandent dans le monde un flot d’idées ! et cet homme de génie aujourd’hui bibliographe et bouquiniste court pour déterrer quelque vieux manuscrit poudreux [...] » [9 décembre 1844].


Lettre de Charles de Rémusat à V. Cousin.

« Je n’ai pu vous voir tous ces jours-ci et votre temps est trop occupé pour que je vous en fasse perdre. Mais je ne veux pas laisser passer ces tristes jours sans vous dire combien mon coeur est avec vous. Vous soutenez glorieusement la lutte et quel que soit le dénouement de tout ceci, la philosophie et vous y gagnerez une popularité que nous ne souhaitions pas mais qui, dans l’occasion, sera une force et nous nous en servirons. Pour moi, quand je vous lis et je vous entends, j’ai le bonheur de vous dire que j’aime autant Platon que la vérité. » [4 mai 1844].


Condamnation par l’Index.

Le 8 juillet 1844 un décret de la Sacrée congrégation de l’Index porte condamnation du Cours d’histoire de la philosophie de V. Cousin.


Élèves, disciples et relations proches autour de V. Cousin.

Claude Fauriel [1772-1844] meurt le 15 juillet 1844 à Paris. Il a légué à V. Cousin tous ses livres espagnols et provencaux, qui forment une section à part de sa bibliothèque.



Le 22/05/2018