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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1841
  En 1841, V. Cousin [1792-1867] a quarante huit ans [il aura quarante neuf ans le 28 novembre 1841].
Tandis que l’édition des œuvres complètes de Platon, commencée en 1822, s’est terminée en 1840, V. Cousin achève en 1841 l’édition des Oeuvres de Maine de Biran en 4 volumes.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L’École normale .
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1824. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.
Le troisième voyage, où il est accompagné par Napoléon Lannes, son élève, est rapidement interrompu par son arrestation à Dresde [15 octobre 1824], son incarcération à Berlin [jusqu’à la mi-février 1825], son assignation à résidence jusqu’en avril 1825.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1820-1825. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

1822. Précepteur chez les Lannes.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

1825-1826. Les Fragments philosophiques.
Mais la grande et nouvelle affaire c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques. Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que V. Cousin peut signer comme auteur. En rassemblant des textes déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savants, et en soignant particulièrement la préface. Il en assure une large distribution auprès de ses relations philosophiques, en France et à l’étranger et confirme ainsi, sans disposer de chaire, son image du philosophe français par excellence.

1828. Reprise de l’enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer-Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et achetés immédiatement à plus d’un millier d’exemplaires.

La Révolution de 1830.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] ; nommé Pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation depuis 1830, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 les critiques se font de plus en plus nombreuses [Armand Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme et sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et plus encore sa fonction conciliatrice [il y a du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on va bientôt lui reprocher un panthéisme fataliste, hérité de sa lecture de Hegel. [Gatien-Arnoult, 1836 ; Gioberti, 1842]. Et, malgré ses concessions de plus en plus prononcées au catholicisme, les ultramontains font de V. Cousin un ennemi de la religion.

Après 1830.
En dehors d’une conférence gardée à l’École normale, V. Cousin n’enseigne plus. Son rôle est désormais celui d’un politique : c’est à lui qu’on doit les grandes lignes de la loi Guizot de 1833 sur l’enseignement primaire. C’est lui aussi qui oriente en partie – tout au moins d’un point de vue universitaire - la vie intellectuelle philosophique par son rôle à l’Académie des sciences morales et politiques, par le choix des sujets proposés aux concours et par l‘élection des correspondants, des associés étrangers et des membres, plus particulièrement ceux de la section de philosophie.
Abandonnant l’enseignement, il se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande ; 1836 ; en Suisse, 1837]. Pour un temps bref est Ministre de l’Instruction publique [mars 1840-octobre 1840] dans le second ministère Thiers.

1841.
Éléments biographiques.

Succédant à Pellegrino Rossi [1787-1848], qui avait été président en 1840, V. Cousin est élu, pour l'année, Président de l'Académie des sciences morales et politiques [il avait été vice-président l’année précédente, en 1840]. À partir du 2 janvier 1841 il assure la présidence effective pour la presque totalité des séances [2, 9, 16, 23, 31 janvier ; 6, 13, 20, 28 février ; 6, 13, 20, 27 mars ; 3, 10, 17, 24, 30 avril ; 8, 15, 29 mai 1841].
Le Vice-Président est l’ancien ministre des finances Hippolyte Passy [1793-1880], ancien correspondant, puis membre titulaire de la section d’économie politique et statistique, qui, selon l’usage, deviendra Président l’année suivante.

Éléments institutionnels de l’histoire de la philosophie.
Comme l’année précédente, c'est Théodore Jouffroy, et non V. Cousin qui préside le jury d'agrégation de philosophie. Sont reçus en cette année 1841 : Adolphe Mourier, Jean Maurial, Anthelme Gunet.
Joseph Ferrari [1811-1876], qui vient d’obtenir son doctorat ès-lettres en 1840, échoue cette année à l'agrégation de philosophie [il sera reçu en 1843].

Adolphe Mourier.
Adolphe Mourier [1807-1890]. Agrégation de philosophie en 1841. Docteur ès-lettres avec une thèse De la Preuve de l’existence de Dieu chez Platon [Besançon, juillet 1854]. La thèse latine porte sur Leinitz et l’opposition au spinozisme. Vice-recteur de l’Académie de Paris, inspecteur général de l’enseignement secondaire. En 1889 publie : Notes et souvenirs d’un universitaire, 1827-1889 [Orléans : impr. de G. Jacob. In-8, VIII-559 p., 1889].

Jean Maurial.
[Jean] Émile Maurial [1816-1874]. Agrégation de philosophie en 1841. Docteur ès-lettres [Paris, 1856], avec une thèse sur Le Scepticisme combattu dans ses principes, analyse et discussion des principes du scepticisme de Kant. Publiée en 1857, Paris : A. Durand, 2 parties en un volume, in-8. La thèse latine porte sur la doctrine du libre arbitre d'Origène.
Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Srasbourg. Membre du jury d'agrégation en 1866.
Remporte, sur le rapport de Adolphe Franck, en février-mars 1863, le prix du Budget d'une valeur de quinze cents francs, proposé par l’Académie des sciences morales et politiques : Du Rôle de la psychologie en philosophie [avec une appréciation des principales théories psychologiques, anciennes et modernes, et de l'influence qu'elles ont exercée sur les systèmes généraux de leurs auteurs]. Il partage ce prix, à part égale, avec Jean Félix Nourrisson [1825-1899]. Sur proposition de V. Cousin, le sujet avait été mis au concours par la section de philosophie le 14 janvier 1860.

Anthelme Gunet.
Anthelme Gunet. Agrégation de philosophie en 1841. Pas de thèse de doctorat.

Édite.
Oeuvres philosophiques de Maine de Biran, publiées par V. Cousin. Paris : Librairie de Ladrange, 4 volumes in-8, 1841.
Est édité en même temps à Leipzig, chez Renouard.
En 1834, V. Cousin avait déjà fait paraître [de Maine de Biran] les Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l’homme. Ce livre correspondait au quatrième et dernier volume des Oeuvres philosophiques de Maine de Biran, publiées en 1841, par V. Cousin.

Le tome premier [in-8, 339 pages] comprend :
1. Avant-propos de l’éditeur [pages I-XI, signé À la Sorbonne, le 10 février 1841]
« Nous réimprimons ici le mémoire devenu fort rare de M. Maine de Biran sur l’Influence de l’habitude, avec un assez bon nombre d’inédits du même auteur, que nous sommes parvenus à nous procurer de divers côtés depuis l’année où nous publiâmes les Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l’homme (Paris, chez Ladrange, 1834 ).
Ces ouvrages qui voient aujourd’hui le jour pour la première fois, sont tous de la plus parfaite authenticité. Les uns sont écrits en entier de la main même de M. de Biran, les autres ont des copies corrigées par lui. Tous, d’ailleurs, nous étaient connuès, et sont mentionnés dans l’exact inventaire des papiers de M. de Biran fait par nous-même chez M. Lainé, en 1825, et qui se trouve dans la préface de l’ouvrage posthume publié en 1834.
Ces nouveaux écrits peuvent être divisés en deux classes : les opuscules du genre de ceux compris au n° 5 de l’inventaire précité ; et les compositions d’une plus grande étendue, par exemple les deux longs morceaux désignés au n° 7 dudit inventaire.
Nous ne dirons rien des petits écrits, sinon qu’ils nous sont parvenus dans un désordre extrême, presque indéchiffrables, que nous avons dû les revoir avec le plus grand soin, et même les corriger un peu, non pour effacer, mais pour diminuer les négligences d’une première rédaction […] ».
2. [le texte du mémoire de Maine de Biran] Influence de l’Habitude sur la faculté de penser
Préface de Maine de Biran [cinq pages].
« Quelque encourageants et honorables que soient les suffrages de la classe qui a décerné la couronne à ce Mémoire, j’avoue cependant que je ne me détermine à le publier qu’avec ce sentiment de méfiance et de crainte si naturel à un auteur qui, sans avoir éprouvé ses forces, se soumet, pour la première fois au jugement sévère et toujours redoutable du public.
Lorsque je commençai ce Mémoire, je ne pensais pas qu’il fût destiné à voir le jour : sans viser à la gloire littéraire, je voulais seulement occuper les loisirs de ma retraite, et employer à étudier mon intérieur, le temps que les circonstances particulières où je me trouvais, jointes à une santé débile, ne me permettaient pas d’utiliser d’une autre manière.[…] ».
Introduction [une soixantaine de pages].
« Nul ne réfléchit d’habitude, a dit un homme célèbre (Mirabeau, conseils à un jeune prince, etc.) ; rien de plus vrai ni de mieux exprimé que cette courte sentence. La réflexion, au physique comme au moral, demande un point d’appui, une résistance : or l’effet le plus général de l’habitude est d’enlever toute résistance, de détruire tout frottement ; c’est comme une pente où l’on glisse sans s’en apercevoir, sans y songer. […] »
Section première . Des habitudes passives [près de quatre-vingt dix pages, en quatre chapitres]
« Toutes nos impressions, de quelque nature qu’elles soient, s’affaiblissent graduellement lorsqu’elles sont continuées pendant un certain temps, ou fréquemment répétées : il n’y a d’exception à faire que pour les cas où la cause d’impression va jusqu’à léser ou détruire l’organe. […] »
Section deuxième. Des habitudes actives ou de la répétition des opérations qui sont fondées sur l’usage des signes volontaires et articulés [près de cent vingt pages, en six chapîtres].
« Nous avons distingué, dans l’Introduction de cet ouvrage, deux classes générales de signes : l’une, qui se compose de tous les mouvements volontaires associés par la nature même, et dès l’origine, aux impressions sensibles, qu’ils servent à distinguer, à fixer, à rappeler ; là est le premier fondement de la mémoire : l’autre, qui se forme de toutes les impressions quelconques, associées, par l’habitude, en un même faisceau, une même série, et dont chacune, en se renouvelant a le pouvoir de reproduire toutes les autres ; là est le mobile premier de l’imagination. [...] »
Conclusion [une quinzaine de pages].
« L’idéologie peut s’élever au-dessus de la grammaire générale et pénétrer des formes extérieures de la pensée ou des signes dont elle se revêt, jusqu’à ces modifications plus intimes, plus profondes, dont les signes se tirent uniquement de la connaissance des lois de notre organisation, de l’étude ou du sentiment, de cette connexion étroite qui existe entre le physique et le moral de notre être. […] »
Rapport des citoyens Cabanis, Ginguené, Revellière-Lépeaux, Daunou et Destutt-Tracy, chargés par la classe des sciences morales et politiques d’examiner les sept mémoires envoyés au concours, sur la question proposée en ces termes : Déterminer quelle est l’influence de l’habitude sur la faculté de penser ; ou, en d’autres termes […], par M. Destutt-Tracy [pages 309-338].

Le tome deuxième [in-8, 430 pages] comprend.
1. De la Décomposition de la pensée. Comment on doit décomposer la faculté de penser, et quelles sont les facultés élémentaires qu’on doit y reconnaître.
Première partie : Comment on doit décomposer la faculté de penser, pages 3-132.
Seconde partie : Quelles sont les facultés élémentaires de la pensée ?, pages 133-208.
2. Nouvelles considérations sur le sommeil, les songes et le somnambulisme.
Première partie : Du Sommeil et de ses causes ; de l’état du corps dans cette fonction, et comme elle s’allie avec la suspension de la volonté, pages 211-233.
« Si nous pouvions nous étonner des phénomènes que l’habitude nous a rendu plus familiers, comment n’éprouverions-nous pas une surprise mêlée d’effroi, en réfléchissant à cette différence si prodigieuse entre deux modes alternatifs d’existence, dans l’un desquels nous vivons, sentons et agissons avec la conscience ou le sentiment intime de notre existence, de nos impressions et de nos actes ; tandis que dans l’autre, nous vivons, sentons et agissons, souvent aussi par les mêmesorganes et en apparence de la même manière, sans conscience, sans moi, sans souvenir, et en demeurant comme étrangers, dans l’un de ces états ou modes d’existence, à tout ce que nous avons éprouvé, senti, imaginé ou fait dans l’autre ? Sans doute le phénomène du sommeil a dû faire naître de bonne heure dans l’esprit de l’homme, avec l’idée de la mort ou d’un sommeil éternel, celle d’une survivance ou d’une vie qui ne fait que changer de forme quand elle semble cesser d’être. […] »
Deuxième partie : Des facultés qui subsistent dans le sommeil et les songes, pages 234258
Troisième partie. Des différentes espèces de songes, et du somnambulisme en particulier, pages 259-295.
3. Note sur un passage très-remarquable du Témoignage du sens intime par l’abbé de Lignac relatif à une théorie psychologique, pages 297-317.
4. Note sur les Réflexions de Maupertuis et de Turgot au sujet de l’Origine des langues, pages 319-345.
5. Remarques sur la Logique de M. de Tracy [Paris, 1805], pages 347-354].
6. Note sur l’écrit de M. Royer-Collard. Première leçon de la troisième année, pages 355-376.
7. Réponse à M. Guizot, pages 377-398.
8. Note sur le deuxième volume de L’Indifférence en matière de religion par l’abbé de La Mennais, pages 399-427.

Le tome troisième [in-8, 347 pages] comprend.
1. De l’Aperception immédiate, Mémoire sur la question proposée par l’Académie de Berlin : Y a-t-il une aperception immédiate interne ? en quoi différe-t-elle de la sensation ou de l’intuition ? pages 3-137.
« Manque l’Introduction, où la question devait être posée.
[…]
Tout ce que le moi pense ou exprime en lui-même, tel qu’il existe aux yeux de sa propre conscience, il l’exprime bien, comme il l’aperçoit intérieurement, d’un être simple et réel, mais qui loin d’être une chose, une substance, sujet de divers produits ou attributs, exclut au contraire hors de lui tout ce qui peut être connu ou exprimé dans cette notion de chose ou de substance.
Réciproquement, tout ce que le sujet pensant conçoit et exprime comme étant dans la substance (l’âme ou le corps), il l’affirme d’un autre être que de lui-même.
Après avoir posé le premier membre du dilemme, le fait de conscience ou de l’existence du moi, je pense, j’aperçois mon existence, ce qui est le même que de dire j’existe, je suis un être individuel et réel qui pense ; la conclusion, je suis une substance ou chose pensante, est opposée au principe ou hétérogène avec lui, loin de lui être identique.
Cette conclusion donc je suis, à savoir, une chose pensante, serait mieux exprimée en effet par ces termes, donc il y a en moi (homme concret)une chose pensante. […]».
2. Considérations sur les principes d’une division des faits psychologiques et physiologiques, à l’occasion du livre de M. Bérard, intitulé Doctrine des rapports du physique et du moral [Paris, 1823] pages 139-293.
3. Prolégomènes psychologiques, pages 295-314.
4. Critique d’une opinion de Cabanis sur le bonheur, pages 315-323.
5. Note sur certains passages de Malebranche et de Bossuet, pages 325-337.
6. Distinction de l’âme sensitive et de l’esprit selon Van Helmont, pages 339-345.

Le tome quatrième [in-8, 403 pages] comprend :
1. Préface de l’éditeur [V. Cousin], pages I-XLII [signé : Paris, 1er mars 1834, V. Cousin].
« Quelques mois après la mort de M. Maine de Biran, M. Lainé, l’ami le plus intime et l’éxécuteur testamentaire de l’honorable défunt, voulut bien me charger de reconnaître et d’examiner tous les papiers déposés entre ses mains. Voici la note dans laquelle je consignai les résultats de ce scrupuleux inventaire :
Dans un premier travail, qui a été fait chez M. Lainé par le secrétaire de M. de Biran et par moi, nous avons séparé tous les papiers placés sous nos yeux en trois classes : la première renfermant les écrits politiques de M. de Biran, c’est à dire les brouillons de discours prononcés à la tribune de la chambre des députés, des projets de rapports au coçnseil d’État, et des notes sur diverssujets d’administration et de politique ; la deuxième ses écrits philosophiques ; la troisième, des cahiers de souvenirs. […] ».

2. Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l’homme, pages 1-146.
3. Note, pages 147-164.
4. Examen des leçons de philosophie de M. Laromiguière, ou considérations sur le principe de la psychologie, sur la réalité de nos connaissances et l’activité de l’âme [avec une citation de Leibniz], pages 165-270.
Avec un texte assez bref, de Maine de Biran, de deux pages et demie [pages 167-169] qui sert d’Avertissement.
« Cet Écrit, destiné d’abord à un journal philosophique et littéraire, a pris une étendue et une forme qui ne pourraient convenir au journal le plus sérieux : tel qu’il est, ou tel qu’il s’est fait comme de lui-même, il ne saurait guère offrir non plus d’intérêt ni d’attrait de curiosité au plus grand nombre de lecteurs.
Éloigné, par la nature de son objet, de ce théatre d’activité universelle où se rattachent tant de pensées, d’espérances, de vœux, de besoins et d’intérêts, cet Écrit ne s’adresse qu’à ceux qui aiment à se réfugier du dehors au dedans, qui cherchent dans la vie intérieure des consolations, des moyens de force, des motifs d’espérer, des raisons de croire, et la clef de bien des énigmes ; à ceux surtout qui, ayant pensé une fois à la grande question des existences, ne peuvent s’empêcher d’y penser toujours, et y reviendrons sans cesse jusqu’à ce que le problème soit résolu ou démontré insoluble.
« Quiconque ne vit que dans le monde extérieur pour chercher, oberver, juger, employer, classer, ordonner les objets sensibles, sans connaître la vie intellectuelle…., pourra croire tout comprendre et tout expliquer, et il ne comprendra rien : il vivra sans se douter du sérieux de la vie, il exercera l’activité de son esprit sans savoir qu’il a une âme…
« Ce n’est pas du sein des combinaisons de l’esprit, ni même de ce qu’on appelle vulgairement la sensibilité, que sort et s’élève ce qu’il y a de grand dans la nature de l’homme : mais c’est des profondeurs du moi, qui se replie sur lui-même, c’est à dire de l’âme [Mélanges de Littérature et de Philosophie, par F. Ancillon, t. 2, p. 184] ] ».
[comprend une Note [sur la doctrine de Laromiguière], pages 269-270].
5. Premier appendice : Opinion de Hume, sur la nature et l’origine de la notion de causalité, pages 273-290.
6. Deuxième appendice : Sur l’origine de l’idée de force, d’après M. Engel [Voyez les Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1802], pages 291-299.
7. Exposition de la doctrine philosophique de Leibniz [composé pour la Biographie universelle], pages 301-360.
8. Réponses aux Argumens contre l’aperception immédiate d’une liaison causale entre le vouloir primitif et la motion, et contre la dérivation d’un principe universel et nécessaire de causalité de cette source, pages 361-402.

Édition en cours de.
Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle, professé à la Faculté des lettres en 1819 et 1820 par V. Cousin. Introduction publiée par M. E. Vacherot, Agrégé de philosophie, docteur ès-lettres, etc., etc. Paris : Librairie de Ladrange, 1839-1842, 4 volumes, in-8.
[L’introduction, par Étienne Vacherot, est signée en 1841].
Le volume paru en 1841 comprend un Avertissement rédigé par Vacherot :
Incipit de l'Avertissement : « Dans l'avertissement qui se trouve en tête des Leçons sur la philosophie écossaise, je disais : « S'il est impossible d'imposer à l'agent moral, au nom de la liberté seule, la charité et le dévouement comme devoirs rigoureux, on peut toujours le faire au nom de la raison ; car la raison, en vertu de son caractère impersonnel et vraiment divin, fait sortir le moi des limites de sa nature, et le transporte dans un monde supérieur d'où la charité et le dévouement lui apparaissent comme obligatoires au même titre que le plus simple devoir de justice ». Et, en effet, le principe de la théorie de M. Cousin, c'est la raison et non la liberté. Nul n'a démontré avec plus de force et de clarté, au moment même où il fondait la théorie des droits et des devoirs sur le fait de la liberté, que ce fait ne suffit pas à constituer à lui seul le droit ou le devoir, par cel même qu'il n'a pas ni ne peut jamais avoir l'autorité d'un principe, et qu'il n'y a que la raison qui puisse en faire sortir une loi morale ».
Les quatre volumes comprennent :
I. Introduction, par Étienne Vacherot. Paris : Librairie de Ladrange, 1841. Ce volume comporte un Avertissement.
II. 1re partie. École sensualiste, publié par M. E. Vacherot, agrégé, docteur ès-lettres. Paris : Ladrange, XI-354 p. 1839.
III. 2e partie. École écossaise, publié par MM. [Arsène] Danton et [Étienne] Vacherot, Paris : Ladrange, IV-382 p., 1840.
IV. 3e partie. Philosophie de Kant, VIII-387 p., Paris : Ladrange, 1842.
Les quatre volumes ne sont pas publiés exactement dans leur ordre de numérotation. Paraît, d'abord, en 1839, École sensualiste ; puis en 1840, École écossaise ; en 1841 Introduction, par Étienne Vacherot ; en 1842 Philosophie de Kant.
Incipit de l’Avertissement : « Dans l’avertissement qui se trouve en tête des Leçons sur la philosophie écossaise, je disais : « S’il est impossible d’imposer à l’agent moral, au nom de la liberté seule, la charité et le dévouement comme devoirs rigoureux, on peut toujours le faire au nom de la raison ; car la raison, en vertu de son caractère impersonnel et vraiment divin, fait sortir le moi des limites de sa nature, et le transporte dans un monde [...] ».
Réédité en 1997, document électronique BNF.

Article dans la Revue des Deux Mondes.
Huit mois au ministère de l'Instruction publique, Revue des Deux Mondes, tome 25 1er février 1841, pages 371-396. Ce texte prépare la publication de l'ouvrage intitulé Recueil des principaux actes du ministère de l’instruction publique, du 1er mars au 28 octobre 1840, qui paraîtra la même année.
Incipit : « Le ministère du 1er mars s'est retiré sur la question d'Orient. La conduite qu'il voulait suivre en cette circonstance difficile peut être diversement jugée [...].
Mais dans le cabinet du 1er mars j'avais encore un rôle spécial où ma responsabilité personnelle est surtout engagée ; ce sont surtout mes actes comme ministre de l'instruction publique et grand-maître de l'Université qui m'appartiennent. Dans la retraite, où pour longtemps je suis renfermé, et dans les loisirs qu'elle me fait, j'ai voulu recueillir ces actes et les présenter dans leur ensemble au jugement de tous ceux qui, en France et en Europe, s'intéressent à la grande affaire de l'instruction publique. » [371-372].
Repris en 1843, dans les Fragments littéraires, pages 153-202.

Réédition de :
Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle, professé à la Faculté des lettres en 1819 et 1820 par V. Cousin. Introduction publiée par M. E. Vacherot, Agrégé de philosophie, docteur ès-lettres, etc, etc. Paris : Librairie de Ladrange.
I. Introduction générale à l'histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle, par Étienne Vacherot, Paris : Ladrange, XIII-163 p., 1841.
Fait partie de l'édition en quatre volumes [in-8, 1839-1842] du Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle, professé à la Faculté des lettres en 1819 et 1820 par V. Cousin, édité par E. Vacherot.
Le texte [des sept leçons] est précédé d'un Avertissement rédigé par Étienne Vacherot [pages I-XIII], qui fait référence à l'Avertissement qui se trouve en tête des Leçons sur la philosophie écossaise [publiées en 1840] ; il est complété par trois pièces justificatives [deux textes d'Augustin Thierry, rendant compte du cours de V. Cousin ; une note extraite d'un livre de Auguste Hilarion de Kératry, intitulé : La France telle qu'on l'a faite].

Réédition de :
Cours de philosophie. Introduction à l’histoire de la philosophie. Nouvelle édition revue et corrigée, Paris : Didier, in-8, IV-444 p., 1841.
Édité initialement en 1828. Réédité en 1847 et en 1861.

Réédition de :
Cours de l'histoire de la philosophie. Histoire de la philosophie du XVIIIème. Nouvelle édition revue et corrigée. Paris : Didier, deux volumes in-8, 472+512 pp., 1841.
Édité initialement en 1828-1829.

Recueil :
Recueil des principaux actes du Ministère de l’instruction publique, du 1er mars au 28 octobre 1840, par M. V. Cousin, pair de France Connaît deux tirages la même année [Paris : Pitois, in-8, LII-392 p., 1841].

Articles dans le Journal des savants.
Sur un Manuscrit contenant des lettres inédites du P. André, Journal des savants, premier article : janvier 1841, pages 5-29, deuxième article : février 1841, pages 94-122.
Incipit du premier article : « Je tiens de l'obligeance de M. Leglay, archiviste du département du Nord, bien connu pour son exacte et curieuse érudition, un manuscrit, acheté par lui chez un libraire de Lille, et qui contient des lettres inédites du célèbre auteur de l'Essai sur le Beau, le P. André, de la compagnie de Jés us ».
L'article porte sur la persécution qu'a subi le Père jésuite Yves Marie André [1675-1764], pour son attachement au cartésianisme ; et sur le travail qu'il avait entrepris pour composer une Vie de Malebranche.

À la Chambre des Pairs.
Intervient à la Chambre des Pairs [séance du 5 mars 1841]. Rapport de V. Cousin pour l’ouverture d’un crédit de près de 2 millions de francs pour la construction d’un édifice à affecter à l’École normale. [Paris] Chambre des Pairs, in-8, 13 p.
La loi du 24 avril 1841 décide de l’installation de l’Ecole normale dans de nouveaux locaux. L’École normale s’installera 45 rue d’Ulm, quelques années plus tard, le 4 novembre 1847, alors que Paul François Dubois [1793-1874] en est le directeur [de mars 1847 à juillet 1850]. Elle quitte ainsi les locaux de l’ancien collège du Plessis, attenants au lycée Louis le Grand, et situés rue Saint-Jacques, où elle a été installée depuis 1820.

Dans la séance du 29 mars 1841, intervient dans la discussion générale du projet de loi sur les fortifications de Paris. Fait l'objet d'un tiré-à-part : Discours de M. Cousin, pair de France, dans la discussion générale du projet de loi sur les fortifications de Paris : séance du 29 mars 1841. [Paris] : in-8, 20 p. Repris du Moniteur universel du 31 mars 1841.

Cousin à l'Institut.
Discours au roi.
[1er mai 1841] Le 1er mai 1841, prononce, en tant que Président et au nom de l'Institut, le Discours adressé au Roi.
Incipit : « Sire,
L'institut présente à Votre Majesté les voeux reconnaissants des lettres, des sciences et des arts. Vous ne vous bornez point à leur prodiguer en toute occasion les plus flatteuses récompenses ; vous faites mieux, vous les honorez, et c'est avant tout l'honneur qui inspire les grandes pensées, et vivifie l'esprit humain. »
[1843] Republié dans les Fragments littéraires, 1843, pages 36-41.
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 409-410.
[1995] Réédition électronique BNF des Fragments littéraires.

Discours d'ouverture de la séance publique annuelle des cinq académies.
[1841] Le 3 mai 1841, V. Cousin, en tant que Président, prononce le Discours d'ouverture de la séance publique annuelle des cinq académies.
Incipit : « Messieurs,
La séance annuelle des cinq académies de l'Institut est comme le symbole de ce grand corps. Cette unité n'est pas le fruit de circonstances passagères, c'est la conquête sérieuse et durable de plusieurs siècles : elle s'est formée peu à peu, comme celle de la France, avec le progrès de la puissance publique et par l'instinct heureux du génie français. ».
[1843] Repris dans les Fragments littéraires, 1843, pages 42-56.
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 411-413.
[1995] Réédition électronique BNF des Fragments littéraires.

À l'Académie française.
Élection et réception.
Soutient la candidature de Victor Hugo : V. Hugo [1802-1885] est élu le 7 janvier 1841, au fauteui 14, en remplacement de Népomucène Lemercier [1771-1840], décédé le 7 juin 1840.
V. Hugo est élu par 17 voix sur 32 votants ; les 15 autres voix s'étant portées sur Jacques François Ancelot [1794-1854], bibliothécaire du roi [Ancelot sera élu un mois plus tard, le 25 février 1841].
À cette élection Alexis de Tocqueville, déjà membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale, depuis 1838, pense un moment se présenter, mais il se retire devant le philosophe Pierre Simon Ballanche [1776-1847], qui lui-même se retire face à V. Hugo.
V. Hugo sera reçu le 3 juin par le comte Narcisse de Salvandy [1795-1856].
Victor Hugo s’était présenté en février 1836, face à l’auteur dramatique et littérateur Emmanuel Dupaty [1775-1851], élu au second tour de scrutin. En décembre 1836, face à l’écrivain et historien de la littérature François Mignet [1796-1884], élu au cinquième tour de scrutin. En février 1840, face à Pierre Flourens [1794-1867] et à Mathieu Molé [1781-1855].

Le comte Louis de Sainte-Aulaire [1778-1854], ambassadeur en Autriche, est élu [fauteuil 24] le 7 janvier 1841, en remplacement du marquis Claude Emmanuel de Pastoret [1755-1840], décédé le 28 septembre 1840.

Jacques François Ancelot [1794-1854] se présente au fauteuil de de Bonald [1754-1840] le 28 janvier, contre Pierre Simon Ballanche [1776-1847]. C’est une élection blanche. Il y aura une nouvelle élection le 25 février, qui permet à J. F. Ancelot d’être élu.

L’écrivain Jacques François Ancelot [1794-1854] est élu au fauteuil 30, le 25 février 1841, en remplacement du vicomte Louis de Bonald [1754-1840] décédé le 23 novembre 1840. Il sera reçu le 15 juillet 1841 par Charles Brifaut [1781-1857]

Jean Gérard Lacué, comte de Cessac [1753-1841] meurt le 14 juin 1841. Il sera remplacé, au fauteuil 18, par Alexis de Tocqueville [1805-1859], le 23 décembre 1841.
Le philosophe Pierre Simon Ballanche [1776-1847] s’est effacé devant A. de Tocqueville [Ballanche sera élu en février 1842]. Ce dernier est élu avec vingt bulletins ; huit au littérateur et poète Jean Vatout [1791-1848], qui sera élu en janvier 1848 ; deux à Aimé Martin.

Discours aux funérailles du comte de Cessac.
[1841] Jean-Gérard Lacuée, comte de Cessac [1753-1841], de l’Académie française, meurt le 14 juin 1841. Lors de ses funérailles, le 18 juin 1841, V. Cousin [ainsi que de Étienne de Jouy, de l’Académie française] prononce un discours. Il est imprimé pour le compte de l’Académie française, Paris : impr. de Didot frères, in-4, 6 p.
Incipit : « L'Académie des sciences morales et politiques vient mêler sa douleur à celle de l'Académie française dans le deuil commun de l'Institut. Nous aussi, nous voulons dire un dernier adieu à celui qui était parmi nous un monument vénéré de l'ancienne Académie, le doyen et l'exemple de la nouvelle. ».
[1843] Repris ultérieurement dans les Fragments littéraires, 1843, pages 83-85.
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 405-409.
[1995] Réédition électronique BNF des Fragments littéraires.

Alexis de Tocqueville [1805-1859] est élu, au fauteuil 18, le 23 décembre 1841, en remplacement du comte de Cessac [1753-1841], décédé le 14 juin 1841. Il sera reçu par le comte Mathieu Molé [1781-1855] le 21 avril 1842.

À l'Académie des sciences morales et politiques.
Communication.
[13-20 février 1841] Communication par M. Cousin sur la découverte de lettres inédites du P. André, disciple de Descartes et de Malebranche. Cette communication fait l'objet d'un compte-rendu dans ©
Incipit « M. Cousin a donné communication à l'Académie des lettres et de documents attribués au P. André cartésien célèbre et touchant à l'histoire même du cartésianisme. Il faudrait être tout à fait étranger aux études de philosophie pour ne pas savoir l'importance qu'occupent Descartes et ses disciples dans l'histoire littéraire du XVIIème siècle. Leur système, et les opinions qui s'y rattachent, firent justice des erreurs que la scolastique et les doctrines plus ou moins exactes d'Aristote avaient répandues dans la science et dans l'enseignement. ».

Sujet mis au concours.
[24 avril 1841] Sur la proposition de V. Cousin, section de philosophie, prix du budget, est mis au concours, le 24 avril 1841, le sujet : Examen critique de l'École d'Alexandrie. Le terme est fixé au 1er juin 1843.

Le programme est défini de la manière suivante :
1. Faire connaître, par des analyses étendues et appofondies, les principaux monuments de cette école depuis le IIème siècle de notre ère, où elle commence avec Ammonius, Saccas et Plotin jusqu’au VIème siècle, où elle s’éteint, avec l’antiquité philosophique, à la clôture des dernières écoles païennes, par le décret célèbre de 529, sous le consulat de Décius et sous le règne de Justinien.
2. Insister particulièrement sur Plotin et sur Proclus ; montrer le lien systématique qui rattache l’école d’Alexandrie aux religions antiques, et le rôle qu’elle a joué dans la lutte du paganisme expirant contre la religion nouvelle.
3. Après avoir reconnu les antécédents de la philosophie d’Alexandrie, en suivre la fortune à travers les écoles chrétiennes du Bas-Empire et du Moyen Age, et surtout au XIVème siècle, dans cette philosophie qu’on peut appeler philosophie de la Renaissance.
4. Apprécier la valeur historique et la valeur absolue de la philosophie d’Alexandrie.
Déterminer la part d’erreur et la part de vérité qui s’y rencontrent, et ce qu’il est possible d’en tirer au profit de la philosophie de notre siècle.
[Publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, 1840-1841, pages 373-374].

Le rapport sera établi par Barthélemy Saint Hilaire [27 avril et 4 mai 1844] ; le prix sera décerné à Étienne Vacherot [1809-1897], directeur des études et maître de conférences à l'École normale [qui publiera en 1846-1851, les trois tomes de Histoire critique de l'École d'Alexandrie. Paris : Ladrange, 3 tomes in-8, tome 1 en 1846, VIII-603 p. ; tome 2, 446 p. ; tome 3 en 1851, VII-524 p.].

Discours d'ouverture de la séance publique annuelle.
[15 mai 1841] En tant que Président, Discours de V. Cousin à la séance publique annuelle de l'Académie des sciences morales et politiques, le 15 mai 1841. Ce discours fait l'objet d'une publication dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1841, pages 365-374.
Incipit : « Les sciences diverses dont la culture est confiée à cette Académie se rapportent toutes à un sujet unique, et ce sujet c'est la nature humaine. La philosophie étudie cette merveilleuse intelligence, qui, de ce point de l'espace et du temps, où elle semble enchaînée, s'élance dans l'infini, embrasse le système du monde et s'élève jusqu'à son auteur. ».
[1843] Republié dans les Fragments littéraires, 1843, pages 42-56.
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 414-426.
[1995] Réédition électronique BNF des Fragments littéraires.

Communication.
[3-10-17 juillet 1841] Communication par M. Cousin d'une Correspondance entre Malebranche et Mairan, à l'occasion de la publication par un collectionneur [Feuillet de Conches] de la correspondance Malebranche-Mairan. Cette communication fait l'objet d'une publication dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques [1841], pages 480-488.
Le texte publié dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques n'est pas tout à fait le même que celui qui paraît dans le Journal des savants.
Incipit « Depuis que les lettres du père André nous ont appris d'une manière certaine que Malebranche avait été en correspondance avec plus de cinq cent cinquante personnes, il vient d'être découvert un fragment de cette correspondance, dont l'existence n'avait pas été jusqu'ici soupçonnée. ».
V. Cousin, au passage, stigmatise l'attitude de M. Milon [sic] : « Il paraît que ces précieux documents se trouvaient entre les mains d'un professeur de la Faculté des lettres, M. Milon, qui les conservait avec un soin jaloux, dans le secret de son cabinet, et qui, par des motifs restés inconnus, les avait dérobé à tous les yeux jusqu'à la fin de sa vie. ».

Communication
[4-11 septembre 1841] Communication de M. Cousin sur la question du moi, ou de l'existence personnelle, faite le 4 et le 11 septembre 1841. Cette communication, qui a occupé plusieurs séances, fait l'objet d'une publication dans Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques [1841], pages 520-531.
Incipit : « La philosophie a eu une large et belle part dans les derniers travaux de l'Académie. nos lecteurs se rappellent sans doute le savant rapport de M. Damiron sur la question du cartésianisme ; à la suite de ce rapport, l'honorable académicien a commencé la lecture d'une étude fort intéressante sur Spinoza ; puis est venu un mémoire d'une grande valeur de M. Demoulin sur un des problèmes les plus ardus de la métaphysique, celui de la substance […].
Qu’est-ce que le moi ? Qu’est-ce que l’existence personnelle ? Les grandes écoles de la philosophie moderne se sont successivement posé cette question. Dans l’école anglaise, Locke a essayé de la résoudre à l’aide de son idéalisme. On connaît la théorie bien célèbre de l’auteur de l’entendement humain ; selon lui, nous ne sortons jamais de nous-même, nous n’apercevons directement ni les substances, ni leurs qualités ; les pensées sont les seuls objets des perceptions de l’esprit. Toutes nos connaissances portent sur des idées ».

Communication.
[18 septembre 1841] Communication de M. Cousin sur une question philosophique : De la Connaissance sensible. Cette communication fait l'objet d'un compte-rendu dans Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques [1841], pages 534-540.
Incipit : « M. Cousin fait à l'Académie une communication sur une question philosophique, qui se rattache au sujet traité par M. Demoulin dans une dissertation dont nous avons récemment présenté l'analyse [le 14, 21, 28 août 1841, Mémoire de Demoulin sur Théorie de la substance].M. Cousin annonce qu'il se propose d'analyser la nature et les éléments de la connaissance sensible, d'examiner ce qui s'y trouve et tout ce qui s'y trouve.Il suppose l’homme réduit au système purement sensitif et dépourvu de principes intellectuels ; et il recherche à quelle instruction un tel être peut parvenir. D’abord il établit avec une grande puissance de raisonnement qu’en présence de tous les corps, à l’aide de tous les organes sensibles, avec celui de la vue comme avec celui de l’ouïe, avec celui du toucher comme avec celui de l’odorat et celui du goût, l’homme, sans l’intervention d’aucun autre principe, ne peut jamais avoir que de pures sensations ».

Communication.
[décembre 1841] Fin décembre 1841, communication de M. Cousin d’un travail sur les Antinomies de la raison pure chez Kant.

La philosophie à l’Académie des sciences morales et politiques.
Lecture.
Dans la séance du 2 janvier 1841, Jean Philibert Damiron donne lecture d’un Mémoire sur Clauberg, l’un des disciples de Descartes.
Il est rendu compte de cette lecture dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome des années 1840-1841, pages 257-261.

Hommage d’ouvrage.
Dans la séance du 17 avril 1841, il est fait hommage à l’Académie des Études sur le Timée de Platon, par Henri Martin.

Henri Martin.
[Thomas] Henri Martin [1813-1883], ancien élève de l'École normale [1831]. Docteur ès-lettres avec une thèse : Analyse critique de la Poétique d'Aristote [Paris. 7 avril 1836]. La thèse latine porte sur la Philosophie de Spinoza. Vient de publier : Les Études sur le Timée de Platon [Paris : Ladrange, 2 volumes in-8, Tome 1 : Introduction, texte et traduction en regard, notes, Tome 2 : Suite des notes, notice bibliographique, 1841].
En 1840 a été nommé professeur de littérature ancienne à la Faculté des lettres de Rennes, qui venait d'être créée. Il en deviendra rapidement le doyen [1844].
Sera élu correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 5], le 19 janvier 1850, en remplacement de James Prichard [1786-1848], décédé le 22 décembre 1848 ; puis membre libre de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres le 7 juillet 1871.

Compte-rendu du concours ouvert sur le cartésianisme.
Dans la séance du 22 mai 1841 [sous la présidence de H. Passy et non pas, exceptionnellemnt, de V. Cousin] Jean Philibert Damiron donne connaissance à l’Académie de la première partie du rapport présenté au nom de la section de philosophie, sur le concours ouvert, le 23 juin 1838, sur l’Examen critique du cartésianisme.
Le compte-rendu se poursuivra dans la séance du 29 mai 1841, puis le 5 et le 12 juin 1841 [publié dans Mémoires et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, tome 4, page 165 sq.]. Le prix est partagé entre Jean Bordas-Demoulin, et Francisque Bouillier, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Lyon. Une mention honorable est décernée à M. Renouvier.

Lecture.
Jean Philibert Damiron lit l’Introduction de son Étude sur Spinoza, dans une séance du 31 juillet et du 7 août, puis du 30 octobre 1841.
Il est rendu compte de cette lecture dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome des années 1840-1841, pages 496-507 et 571-581.

Lecture.
Jean [Bordas] Demoulin [1798-1859], qui s’est fait connaître par ses prises de position contre l’éclectisme, lit sa dissertation philosophique Théorie de la substance, dans plusieurs séances d’août 1841 : 14, 21, ou 28 août.
Il est rendu compte de cette lecture dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome des années 1840-1841, pages 516-519.

Lecture.
Thomas Henri Martin [1813-1884], professeur de littérature ancienne à la Faculté de Rennes, depuis 1840, lit son mémoire Opinion de Platon sur les dieux, dans une séance du 23 octobre, puis du 6 novembre 1841.
Il est rendu compte de cette lecture dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome des années 1840-1841, pages 566-568 et 582-586.
Ce mémoire fait l’objet d’un rapport verbal de Barthélemy-Saint Hilaire, qui recommande la publication de ce travail dans les Mémoires des savants étrangers [séance du 27 novembre 1841].
Il est rendu compte de ce rapport dans Compte-rendus des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome des années 1840-1841, pages 618-620.
Thomas Henri Martin [1813-1884], deviendra correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 5], le 19 janvier 1850, en remplacement du médecin James Prichard [1786-1848] décédé le 22 décembre 1848.
Sera élu membre libre de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres le 7 juillet 1871.

Hommage d’ouvrage.
Dans la séance du 4 décembre 1841, il est fait hommage à l’Académie de Exposition des principes de rhétorique contenus dans le Gorgias de Platon et dans les dialogues sur l’éloquence de Fénelon, par A. G. Bellin. Lyon, in-8, 1841. Tiré à part du discours prononcé le 5 septembre 1841 au Congrès scientifique de France.
Antoine Gaspard Bellin [1815-1891] est juge suppléant au Tribunal civil de Lyon.
En 1841 publie : Exposition des principes de rhétorique contenus dans le Gorgias de Platon et dans les dialogues sur l’éloquence de Fénelon, par A. G. Bellin. [Lyon, in-8, 1841], texte d’une conférence prononcée au Congrès scientifique de France, le 5 septembre 1841. Il adresse le tiré à part, en hommage, à l’Académie des sciences morales et politiques.
En 1842 [30 septembre] il prononce une conférence au Congrès scientifique de France, à Strasbourg : Exposition des idées de Platon et d’Aristote sur la nature et l’origine du langage. Il est également l’auteur de l’Exposition critique des principes de l’ École sociétaire fondée par Fourier.

Élections à l’Académie des sciences morales et politiques.
Amédée Thierry [1797-1873], maître des requêtes au conseil d’État, est élu, le 13 mars 1841, à l’Académie des sciences morales et politiques, section d’histoire [fauteuil 4], en remplacement du baron Louis Bignon [1771-1841], pair de France, décédé le 6 janvier 1841.
Il avait déjà été élu, 23 novembre 1833, correspondant de l’Académie des sciences morales et poltiques, section d’histoire générale et philosophique [place 1], au moment de la création des places des correspondants. Élu membre titulaire de la même section en mars 1841, il libère sa place de correspondant pour le suédois Erik Gustaf Geijer [1783-1847], professeur d’histoire, élu le 28 janvier 1843.
Après sa mort, le 26 mars 1873, est remplacé comme membre titulaire par Auguste Geffroy [1820-1895], professeur d’histoire ancienne à la Faculté des lettres de Paris, élu le 7 mars 1874.

Gustave de Beaumont [1802-1866], député de la Sarthe, est élu, le 31 décembre 1841, à l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [fauteuil 3], en remplacement de Lacuée, comte de Cessac [1753-1841], décédé le 14 juin 1841.
Après sa mort, le 30 mars 1866, est remplacé par le philosophe Ernest Bersot [1816-1880], élu le 23 juin 1866.

Élections de correspondants.
George Porter [1794-1852], secrétaire du Conseil du Commerce brittanique, est élu, le 23 janvier 1841, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section économie politique et statistique [place 1], en remplacement du baron Henri Storch [1766-1835], décédé le 1er novembre 1835.
Après sa mort, le 3 septembre 1852, est remplacé par Thomas Tooke [1774-1858], membre de la Société royale de Londres, élu le 12 février 1853.

Le vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont [1784-1850], député du Nord, est élu, le 23 janvier 1841, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section économie politique et statistique [place 6], en remplacement du baron Pierre Bigot de Morogues [1776-1840], ingénieur des mines, décédé le 15 juin 1840.
Villeneuve-Bargemont est élu membre titulaire de la section de morale [fauteuil 2], le 12 avril 1845, en remplacement de Joseph Lakanal [1762-1845], décédé le 14 février 1845.
Cette élection libère sa place de correspondant pour Félix de Lafarelle [1800-1872], magistrat et homme politique, élu le 24 janvier 1846.
Après sa mort, le 8 juin 1850, Villeneuve-Bargemont est remplacé comme membre titulaire de la section de morale par l’écrivain Louis Reybaud [1799-1879], élu le 28 décembre 1850.

Charles Mittermaer [1787-1867], professeur de droit, est élu, le 23 janvier 1841, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de législation, droit public et jurisprudence [place 6], en remplacement de Anton Thibaut [1774-1840], professeur de droit, décédé le 28 mars 1840.
Après sa mort, le 28 août 1867, est remplacé par le diplomate argentin Carlos Calvo [1824-1906], élu le 27 février 1869, qui sera ultérieurement élu associé étranger [le 2 avril 1892].

L’historien allemand Léopold von Ranke [1795-1886], est élu, le 23 janvier 1841, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section histoire générale et philosophique [place 5 bis], en remplacement du professeur Otfried Muller [1797-1840 ], décédé le 31 juillet 1840.
Est élu associé étranger le 4 février 1860 [fauteuil 2], en remplacement de l’anglais Henry Hallam [1777-1859], professeur honoraire d’histoire à la Société royale. Cette élection libère sa place de correspondant pour lord Stanhope [1805-1875], homme politique, élu le 27 avril 1861. Lord Stanhope sera ultérieurement élu associé étranger, le 11 mai 1872.
Après sa mort, le 23 mai 1886 , Franz Leopold Ranke [1795-1886] est remplacé comme associé étranger par Cesare Cantù [1804-1895], élu associé étranger le 22 décembre 1886, et déjà correspondant depuis 1869.

Nicolo Nicolini [1772-1857], professeur de droit, est élu, le 6 mars 1841, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section législation, droit public et jurisprudence [place 3], en remplacement du baron Jean Grenier [1753-1841], jurisconsulte, décédé le 30 janvier 1841.
Après sa mort, le 4 mars 1857, est remplacé par Jean Gaspard Bluntschli [1808-1881], professeur à la Faculté de droit de Zurich, élu le 12 février 1859.

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
V. Cousin à Francisque Bouillier.
« Mon cher Bouillier.
En vérité, je dois vous gronder. Comment ! au lieu d’être ravi de votre succès, vous vous agitez encore ! Occupez-vous de perfectionner votre mémoire, demandez à M. Damiron de vous en signaler les défauts essentiels, refaites les parties qu’il vous indiquera, et publiez à vos frais, s’il le faut, un ouvrage couronné par l’Académie. L’imprimerie royale n’a rien à voir avec des livres de philosophie. Faites comme tout le monde. Peu importe que votre livre se vende ou non, publiez le pour qu’il serve la philosophie et vous honore. Le reste n’est rien. Adieu, comptez sur ma vrai et sérieuse affection, et apprenez-moi comment vous avez corrigé, d’après les indications de M. Damiron, votre chapitre sur les preuves a priori de l’existence de Dieu, preuves qui sont excellentes, quoi que vous en ayez dit. » [24 avril 1841].
Francisque Bouillier vient d’obtenir le prix du budget de l’Académie des sciences morales et politiques, sur le sujet mis au concours en juin 1838 : Examen critique du catésianisme. Cependant il doit partager le prix avec Jean [Bordas] Demoulin [1798-1859].

Royer-Collard à V. Cousin.
« Un accident, mon cher ami, a fait que je n'ai pas en ce moment sous les yeux la bonne lettre que vous m'avez écrite. J'étais inquiet ; je n'avais point de vos nouvelles et n'entendais point parler de vous. Mais vous n'êtes point malade. La retraite dans laquelle vous vivez vous plaît, et vous l'employez à d'utiles travaux de votre goût. Dans ce que j'ai lu de vous au Moniteur, je vous ai retrouvé et reconnu. Je n'ai pas eu le même plaisir à retrouver notre cher Damiron. Ces études sont aujourd'hui loin de moi. Il n'y a que votre plume qui me les ranime [...] » [31 octobre 1841].

Élèves, disciples et relations proches autour de V. Cousin.
Philarète Chasles soutient ses thèses de doctorat sur Flavius Josèphe et les origines des langues, le 21 juillet 1841, devant un jury composé de J. V. Leclerc, V. Cousin, Henri Patin, Saint Marc Girardin.
Le 28 juillet Philarète Chasles [1798-1873] est nommé par ordonnance royale à la chaire, qui vient d’être créée, pour l'enseignement des langues et des littératures d'origine germanique au Collège de France [1841-1852].

Rapport à l'Académie des sciences morales et politiques.
Rapport de Jean Philibert Damiron, le 22 mai et le 12 juin 1841, au nom de la section de philosophie, au sujet du concours ouvert sur le Cartésianisme. Le prix est partagé entre Bordas-Demoulin et Francisque Bouillier, ancien élève de l'École normale, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Lyon.
Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1840-1841, pages 420-421 et pages 444 sq.

Lecture, par Jean Philibert Damiron, à l'Académie des sciences morales et politiques.
Dans les séances du 31 juillet et du 7 août 1841, lecture par Jean Philibert Damiron d'Études sur Spinoza. Le contenu de ces deux séances est consacré intégralement à cette lecture. La suite du mémoire de Damiron sur la Vie et les ouvrages de Spinoza a lieu le 30 octobre 1841.
Publié dans les Compte-rendus des séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1840-1841, pages 496-507.

Lecture, par Bordas-Demoulin, à l'Académie des sciences morales et politiques.
Dans les séances du 14, 21, 28 août 1841, lecture par Bordas-Demoulin de sa dissertation philosophique Théorie de la substance.
Publié dans les Compte-rendus des séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1840-1841, pages 516-519.

Lecture, par Thomas Henri Martin, à l'Académie des sciences morales et politiques.
Thomas Henri Martin [1813-1883], professeur de littérature ancienne à la Faculté de Rennes, est admis à donner lecture, dans les séances du 16 et du 23 octobre 1841, d'un mémoire intitulé Opinion de Platon sur les dieux
Publié dans les Compte-rendus des séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, 1840-1841, pages 566-568.

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin
Réédition de.
Réfutation de l'éclectisme, où se trouve exposée la vraie définition de la philosophie et où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement des divers philosophes depuis Descartes, par Pierre Leroux, Paris : C. Gosselin, in-8, XVIII-351 p., 1841. D'abord édité en 1839.

Dictionnaire des girouettes.
Alexis Eymery [1774-1854] fait paraître en 1815 Dictionnaire des girouettes, ou nos contemporains peints par eux-mêmes [Paris : A. Eymery, in-8, 491 p., 1815]. Ce dictionnaire est réédité à plusieurs reprises, et remis à jour. Compte-tenu des informations données dans cet article consacré à V. Cousin, le texte semble rédigé fin 1841 ou début 1842.
« Cousin [Victor] Pair de France, membre de l'Académie française, du Conseil royal de l'Instruction publique, etc. [4 girouettes].
Ce n'est point ici comme philosophe éclectique que nous envisageons ici M. Cousin ; il y aurait peut-être fort à dire sur la philosophie du traducteur de Platon, de celui qui s'écriait du haut de sa chaire, en 1829 : « Qu'après avoir eu l'honneur de souffrir pour la philosophie, il venait lui consacrer sans réserve tout ce qui lui restait de force et de vie.».
M. Cousin fut volontaire royaliste en 1815.
En 1820, il passait pour libéral. Il fut arrêté en Allemagne, comme soupçonné de carbonarisme et de menées démagogiques.
Le 21 mai 1825, le Drapeau blanc donnait à M. Cousin un nouveau certificat de royalisme, en disant « qu'il avait prouvé par la dignité et la mesure de sa conduite qu'il ne professait pas les doctrines des révolutionnaires.» Charles X le décora.
M. Cousin, le volontaire royaliste, le philosophe libéral d'autrefois, s'est donné sans réserve au juste-milieu, qui l'a fait pair, sans parler d'autres fonctions lucratives qui inspiraient nombre de vers au poète de la Némésis :
O Cousin, avec l'or que ton âme dévore
On eût nourri cent ans Socrate et Pythagore,
Et ton divin maître Platon ...

Rhéteur doré, dans nos jours de souffrance,
Il faudrait seulement, pour affamer la France,
Dix philosophes comme toi.

M. Cousin est l'un des faiseurs des lois de septembre. Voici un échantillon de sa logique ; voici comment il a combattu le principe de la libre défense des accusés, restreint par l'une de ces lois.
« Les adversaires de la loi se sont fondés ailleurs, et pourraient se fonder ici sur cette maxime couverte des respects de tous les publicistes, à savoir que nul ne peut être condamné sans avoir été entendu dans sa défense, et sans avoir participé aux débats. cette maxime, je l'admets comme les adversaires du projet ; nous la revendiquons comme le patrimoine commun de tous les esprits éclairés, de tous les coeurs généreux ; je suis donc bien loin de la combattre. Cependant mes études habituelles, quelque expérience de l'esprit humain et de l'histoire m'ont appris à reconnaître que les maximes les plus belles, les plus solides, les plus généreuses, si on les prend d'une manière absolue et exclusive, perdent alors tout ce qu"elles avaient d'excellent, et contractent dans le caractère exclusif qu'on leur impose un vice secret qui, peu à peu, se développe dans les conséquences, et se résout finalement en quelque monstrueuse opinion. Le mets en fait qu'il n'y a pas dans l'histoire de l'esprit humain une opinion insensée, une opinion réprouvée par la conscience du genre humain qui n'ait une généalogie assez honnête, et qui ne remonte même à un premier père, à un principe qui d'abord se présentait de la manière la plus spécieuse.
« Il faut donc, messieurs, nous défier de tous les principes, et porter la critique sur les principes mêmes que nous admettons le plus volontiers, et rechercher s'ils sont vrais d'une vérité absolue, ou seulement dans certaines limites ».

Le portefeuille a été longtemps le but de l'ambition du professeur qui voulait consacrer sans réserve tout ce qui lui restait de force et de vie à la philosophie. Il l'a enfin obtenu, lors du ministère du 12 mai. M. Villemain l'a, M. Guizot aidant, supplanté à l'instruction publique ; nous ne serions pas surpris que le philosophe éclectique renversé du pouvoir n'en gardât rancune à ces deux autres philosophes, et au pouvoir lui-même ».


Le 22/02/2018