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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1840
  En 1840, V. Cousin [1792-1867] a quarante-sept ans [il aura quarante-huit ans le 28 novembre 1841] . Pour un temps court de quelques mois – de mars à octobre - il va goûter directement au plaisir du pouvoir politique désiré depuis si longtemps, en participant au service du roi Louis-Philippe, comme ministre de l’Instruction publique, à un second gouvernement Thiers. Dans cette fonction, non seulement il prend toute une série de mesures liées à l’enseignement, mais il s’intéresse aussi, plus largement, à la politique générale aussi bien qu’à la politique européenne, marquée par la Question d’Orient.
Il continue à mener à bien ses autres activités, comme auteur toujours largement réédité, comme membre de la chambre des Pairs, comme membre de l’Académie française depuis 1830, et membre influent de l’Académie des sciences morales et politiques.

Résumé des années précédentes.

1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère Marie Henriette, née Grivelet, est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Au lycée Charlemagne, en classe de rhétorique, il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran.
V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1820-1828.
Jeune universitaire [il commence à enseigner à vingt ans] il est en butte au pouvoir du ministère Villèle : cours suspendu fin 1820 ; suppression de l’École normale en septembre 1822 ; arrestation à Dresde, puis incarcération et assignation à résidence à Berlin [octobre 1824-avril 1825].
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer-Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés séance par séance et diffusés à plus d’un millier d’exemplaires.
Entre temps V. Cousin a publié coup sur coup les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826] ; l'édition des Oeuvres de Maine de Biran [commencée en 1834, elle sera achevée en 1841, avec trois volumes complémentaires].

1826-1828. Fragments philosophiques.
Il rassemble ses notes de cours et ses articles, précédés de copieuses préfaces, sous le titre de Fragments philosophiques [1826], puis de Nouveaux fragments philosophiques [1828], et donne à ses publications, qu’il diffuse largement, un retentissement international, grâce aux liens tissés systématiquement avec les philosophes allemands [Hegel, Schelling], italiens, anglais et même américains. Il apparaît à l’étranger comme le représentant de la nouvelle philosophie française, éclectique et spiritualiste.

1830-1840.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] ; nommé pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation depuis 1830, il oriente résolument la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Se spécialise dans l’étude des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; en Hollande ; 1836 ; en Suisse, 1837].

Le feu croisé des critiques
Mais autour de 1830 les critiques se font nombreuses [A. Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme et sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et plus encore sa fonction conciliatrice [il y a du vrai dans chaque système]
D’un autre côté, on lui reproche un panthéisme fataliste [Gatien-Arnoult, 1836]
Dès 1837 Sainte-Beuve [dans une lettre à son ami Juste Olivier] déclare - de manière un peu injuste – que V. Cousin ne fait plus grand bruit philosophique ou littéraire nulle part

1840. Ministre de l’Instruction publique
Pendant un temps assez court [du 1er mars au 29 octobre 1840] il est nommé Ministre de l’Instruction publique, dans le second ministère Thiers.
L’année 1840 est le moment où V. Cousin tient en ses mains le maximum de pouvoirs

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES
Ministre de l'instruction publique.
V. Cousin est nommé ministre de l’Instruction publique [il exerce cette fonction du 1er mars 1840 au 28 octobre 1840] dans la totalité de la durée du second ministère Thiers, qui en plus de la Présidence du conseil assure les Affaires étrangères [Alexandre François Vivien est à la Justice et aux cultes ; Amédée Despans-Cubières est à la Guerre ; Charles de Rémusat assure les fonctions de ministre de l'Intérieur, le comte Joseph Pelet de la Lozère est aux Finances ; Albin Roussin est à la Marine et aux colonies ; Hippolyte François Jaubert aux Travaux publics ; Alexandre Gouin à l’Agriculture et Commerce].

Le ministère tombe le 29 octobre 1840, à la suite du dénouement de la question d’Orient, Louis Philippe soutenant une position plus pacifique à l’égard de l’Angleterre. Le second ministère Thiers sera remplacé par le troisième ministère Soult, avec François Guizot aux Affaires étrangères. Contre toute attente, durera plus de six ans.

Nominations.
En mars 1840, V. Cousin, en tant que ministre de l'Instruction publique, succède à Abel François Villemain, qui reprendra cette fonction à nouveau d’octobre 1840 à décembre 1844 [dans le nouveau ministère Soult].
Il abandonne son poste de directeur de l'École normale, qu'il exerçait depuis septembre 1835. Paul François Dubois [1793-1874], ancien élève de l’École normale [1812], fondateur du journal Le Globe, lui succède, et assumera la fonction de directeur de mars 1840 à juillet 1850.
V. Cousin prend Jules Barthélemy-Saint-Hilaire [1805-1895], alors professeur de philosophie grecque et latine au Collège de France, comme chef de cabinet.
Il s’attache comme secrétaire particulier Ernest Bersot [1816-1880], qui est alors agrégé suppléant à Paris, après avoir été professeur de philosophie au collège de Rennes, et qui deviendra aussi directeur de l’École normale supérieure [1871-1880].
Nomme Théodore Jouffroy [1796-1842], comme Conseiller en philosophie.
Nomme, en mars 1840, Marie Nicolas Bouillet [1816-1880], alors professeur au collège Henri IV, proviseur du collège Bourbon [l'actuel lycée Condorcet].

Discours au roi.
Discours adressé au roi à l’occasion de sa fête, par M. le Ministre de l’Instruction publique [Victor Cousin], au nom du Conseil royal de l’Université, le 1er mai 1840. [texte intégral].
« Sire,
Je viens offrir à Votre Majesté les hommages et les voeux du Conseil royal de l’instruction publique. La fête du roi est une fête aussi pour l’Université. Le roi de la révolution de juillet, en donnant à la France la liberté et l’ordre, a donné à l’Université les deux biens dont elle a un besoin égal : la liberté, pour que l’esprit humain se développe suivant ses nobles destinées ; l’ordre, afin que l’idée de la stabilité, pénétrant dans la pensée publique, inspire et soutienne les grandes enterprises, les longs travaux, et ces veilles fécondes d’où naissent les véritables succès.
Sire, la seule flatterie permise à ‘lUniversité envers un Roi tel que vous est le simple récit de ce qu’il a fait pour elle.
Vous avez créé l’instruction primaire ; vous agrandissez incessamment l’instruction secondaire ; et l’enseignement supérieur vous doit chaque jour une impulsion nouvelle. Tandis que, dans les plus humbles villages, les connaissances indispensables à toute créature humaine sont distribuées à tous ceux qui ont le bonheur de naître sur la terre de France, aux chefs-lieux des département, des collèges royaux, dignes de ce nom, déjà nombreux, et qui, je l’espère, se multiplieront encore, préparent l’élite de la jeunesse française à toutes les carrières liberales. Au centre de chacune des grandes divisions territoriales de la France, les quatre Facultés réunies, se soutenant et s’éclairant l’une l’autre, orment autant de foyers de lumière, et, pour ainsi dire, de capitales intellectuelles. A Paris, tous les grands établissements d’instruction publique ont reçu des chaires nouvelles ; et, dans le sein de l’Institut, l’Académie des sciences morales et politiques a reparu comme un signe éclatant de la confiance de Votre Majesté dans toutes les études généreuses.
Voilà, Sire, ce que vous avez fait, parmi les soucis d’un gouvernement à fonder, d’une société ébranlée à raffermir, et de la paix du monde à maintenir et à fortifier. Portez un moment vos regards sur ces oeuvres de votre sagesse, qui ont aussi leur gloire ; que, réunies à d’autres témoignages de la prospérité générale, elles réjouissent, elles consolent votre coeur. Non, Sire, vous n’avez pas en vain, depuis 1830, bravé tant de périls, supporté tant d’épreuves ; non, vous n’avez pas souffert en vain. Les orages longtemps suspendus sur le berceau de votre dynastie se sont éloignés, conjurés par votre courage et par votre clémence. Tous les bons citoyens, les esprits bien faits, les coeurs généreux, un moment divisés, comme il arrive presque toujours dans les commencements d’une ère nouvelle, oublient leurs querelles passées, et se rallient de toutes parts, dans le service de la commune patrie, autour du trône constitutionnel. Votre race étend de jour en jour ses nobles rameaux. Pendant que l’héritier de votre couronne, accompagné d’un de ses frères, va de nouveau planter le drapeau national au pied de l’Atlas, une jeune princesse apporte dans votre famille de nouvelles joies et l’espérance de nouvelles vertus. Heureux père, heureux roi, jouissez longtemps, Sire, et de votre bonheur et ce celui de la patrie, au milieu de la France forte et unie, et de la reconnaissance des générations nouvelles, dont l’Université est la tutrice et l’interprète».

Création de l’Agrégation des Facultés.
En tant que Ministre de l'Instruction publique, V. Cousin crée [ordonnance royale du 24 mars 1840], auprès des Facultés, des agrégés, nommés au concours, capables de suppléer des professeurs absents.

Pour l’année 1840, trois postes sont créés en philosophie, trois postes en lettres, trois en histoire et géographie.

1. Pour la philosophie.
Le premier concours a lieu entre le 15 septembre et le 2 octobre 1840. Le président de ce concours est Théodore Jouffroy [comme l’indique V. Cousin dans une lettre à W. Hamilton, du 28 septembre 1843].
Sont reçus, le 3 octobre 1840 :
Adolphe Garnier [1801-1864], qui deviendra professeur adjoint de philosophie à la Faculté des lettres de Paris [1842-1845] dans la chaire de Philosophie de Théodore Jouffroy, puis titulaire de la chaire de 1845 jusqu’en 1864.
Jules Simon [1814-1896], futur ministre de l’Instruction publique, des cultes et des beaux-arts [septembre 1870-mai 1873].
Adolphe Franck [1809-1893], qui ouvrira un cours libre à la Sorbonne, sur la philosophie sociale, dans lequel il combat les doctrines du socialisme.
Cette ouverture d’un cours libre est conforme aux articles 9 et 10 de l’ordonnance du Roi, du 24 mars 1840.
« Article 9. Tout agrégé d’une Faculté des lettres pourra être admis à ouvrir des cours gratuits destinés à compléter ou à développer l’enseignement ordinaire, dans le local même de la Faculté dont il fait partie, sur l’avis du doyen et avec l’autorisation de notre ministre, Grand Maître de l’Université.
Cette autorisation sera accordée pour un an, elle pourra être renouvellée.
Article 10. Les cours ainsi autorisés seront annoncés à la suite du programme des cours ordinaires de la Faculté.
À la fin de chaque année, le doyen adressera au Ministre un rapport sur les résultats de ces cours complémentaires. ».

2. Pour les littératures anciennes et modernes.
Sont reçus, au concours du 13 avril 1840 :
Eugène Geruzez [1799-1865], suppléant de François Villemain dans la chaire d’Éloquence française de la Faculté des lettres de Paris, futur maître de conférences de langue et littérature françaises à l’École normale, de 1844 à 1852.
et Jean Pierre Charpentier [1797-1878], qui supplée Victor Leclerc [1789-1865] dans la chaire d’Éloquence latine à la Faculté des lettres de Paris, de 1833 à 1844, futur Inspecteur de l’académie de Paris.

Au concours du 4 octobre 1840 :
le premier, Frédéric Ozanam [1813-1853], qui deviendra d’abord suppléant de Charles Fauriel [1772-1844], puis lui-même titulaire de la chaire de Littérature étrangère, à partir de novembre 1844, jusqu’à sa mort.
Puis l'helléniste Émile Egger [1813-1885] qui, succédant à Jean François Boissonade [1774-1857] deviendra, à partir de 1855 jusqu’en 1885, titulaire de la chaire de Littérature grecque à la Faculté des lettres de Paris, devenue en 1874 chaire d’Éloquence grecque.
Et le professeur de rhétorique Adolphe Berger [1810-1869] qui deviendra titulaire de la chaire d’Éloquence latine à la Faculté des lettres de Paris, à partir de 1866 jusqu’à sa mort.

3. Pour l’histoire et la géographie.
Sont reçus, au concours du 13 avril 1840 :
Charles Lenormant [1802-1859] qui, de 1835 à 1845 est professeur suppléant d’Histoire moderne à la Faculté des lettres de Paris, dans la chaire de François Guizot, et qui deviendra professeur d’archéologie au collège de France, de 1849 à 1859.
Eugène Rosseeuw Saint-Hilaire [1802-1889], qui supplée Jean Charles Dominique Lacretelle [1766-1855], de 1838 à 1855, et qui deviendra le troisième titulaire de la chaire d’Histoire ancienne à la Faculté des lettres de Paris, du 4 juillet 1855 au 1er mars 1872 .
Alexandre Henri Wallon [1812-1904], professeur suppléant à la Faculté des lettres de Paris, de 1846 à 1848, puis deuxième titulaire de chaire d’Histoire moderne, de 1849 à 1887.

Les concours d’agrégés des Facultés, les années suivantes.
Faute d’un nombre suffisant de candidats le concours de 1841, pour l’agrégation des Facultés, en philosophie, est ajourné.
Un second concours pour la philosophie a lieu en 1843. Émile Saisset [1814-1863] y sera reçu. De 1853 à 1857, sera chargé d’un cours complémentaire de philosophie grecque et latine au collège de France, puis titulaire de la chaire d’Histoire de la philosophie, de novembre 1856 à décembre 1863.

En 1844, le concours pour l’agrégation près les Facultés recevra, le 17 septembre, pour les littératures anciennes et modernes :
Ernest Havet [1813-1889], qui, en 1850, sera professeur suppléant à la Faculté des lettres de Paris, puis, en 1854, professeur d’Éloquence latine au collège de France.
Jacques Auguste Demogeot [1808-1894], qui suppléra, vers 1841, Edgar Quinet [1803-1875] au collège de France, dans sa chaire Langues et littératures de l’Europe méridionale.
Il suppléra également Frédéric Ozanam en 1846, dans sa chaire de Littérature étrangère ; Désiré Nisard en 1857, dans sa chaire d’Éloquence française.
Pas de concours en philosophie, ni en histoire et géographie.

En 1848, le concours pour l’agrégation près les Facultés recevra en philosophie :
le 13 juin, Alfred Lorquet [1815-1883], chargé d’un cours complémentaire de philosophie à la Faculté des lettres de Paris, en 1857 ; puis futur secrétaire de la Faculté des lettres de Paris.
Et le 7 décembre 1848, Charles Waddington [1819-1914] qui sera chargé d’un cours complémentaire à la Faculté des lettres de Paris [1850-1856], puis chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris [1871-1879] et enfin professeur d’Histoire de la philosophie ancienne* à la Faculté des lettres de Paris [1879-1892].

Le concours pour l’agrégation près les Facultés recevra pour les littératures anciennes et modernes, le 9 décembre 1848 :
Charles Caboche [1810-1874], qui deviendra suppléant de Saint-Marc Girardin dans la chaire de Poésie et de Henri Patin dans la chaire de Poésie latine.
et Charles Benoît [1815-1898], qui donnera un cours complémentaire de littérature grecque à la Faculté des lettres de Paris, en 1849 ; puis suppléera Frédéric Ozanam, souffrant, dans la chaire de Littérature étrangère en novembre 1852.

Enfin, en 1849, le concours pour l’agrégation près les Facultés recevra, le 27 avril 1849, en Histoire et géographie :
Auguste Himly [1823-1906], futur professeur suppléant [1850], puis professeur titulaire de Géographie à la Faculté des lettres de Paris [novembre 1863] et enfin doyen de la Faculté des lettres [1881].

Nomme Sainte-Beuve à la Mazarine.
En tant que Ministre de l'Instruction publique V. Cousin signe la nomination de Charles Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] comme conservateur de la bibliothèque Mazarine [par ordonnance royale du 8 août 1840]. Cette candidature est soutenue par Désiré Nisard et Senancour. [10 août 1840].
V. Cousin communique à Sainte-Beuve la nouvelle de cette nomination par lettre officielle en date du mardi 11 août. Sainte-Beuve adresse à V. Cousin un billet de remerciement le 12 août.

La bibliothèque Mazarine est dirigée depuis 1836 par l’abbé Dorimond de Féletz [1767-1850], conservateur-administrateur, qui était déjà conservateur, et qui succède à Louis Charles François Petit-Radel [1756-1836], administrateur depuis 1819. Dorimond de Féletz avait été nommé conservateur par Louis de Fontanes en 1809. Il est membre de l’Académie française depuis 1826.
Sont conservateurs à la Mazarine : l’abbé Pignolet, en poste depuis 1824 ; Joseph Naudet [1786-1878], en poste depuis 1837 ; Philarète Chasles [1798-1873] en poste depuis 1837 ; Thiébaud ; Louis Moreau.
En 1840 il y a plusieurs mouvements : Samuel Ustazade Silvestre de Sacy [1801-1879] est nommé, comme administrateur-adjoint, auprès de Dorimond de Féletz. Joseph Naudet est nommé directeur et conservateur des imprimés à la Bibliothèque royale et libère ainsi sa place de conservateur à la Mazarine pour Sainte-Beuve.

Pas d'Aigle rouge.
V. Cousin cherche à obtenir la croix de commandeur de l'Aigle rouge [du roi de Prusse]. Il essuie un refus malgré l'intervention du ministre d’État Karl Altenstein [1770-1840] et de Werther, par l'intermédiaire, infructueux, de F. Schulze [1786-1869] : « Le refus ne s'adresse pas à votre personne ; mais il est motivé par des considérations politiques. » [lettre de Schulze à V. Cousin, Berlin, 25 mai 1840].

Rupture sentimentale.
C’est vraisemblablement fin 1840 que se produit la rupture entre Louise Colet et Victor Cousin.
L’essayiste Hélène Frejlich, dans les Les Amants de Mantes [Paris : Éditions littéraires et techniques. In-12, 161 p., 1936], écrit :
Victor Cousin, pair de France, académicien, professeur et plus tard ministre, sut, pendant les longues années de ses relations avec Louise Colet, l’entourer d’une affection constante. Il lui servait de cuirasse protectrice. C’est lui qui obtint du ministère une pension servie à la Muse en qualité de femme de lettres.
Faisant allusion à un colombier de Passy, Victor Cousin se plaignit un jour d’aimer une lionne au lieu d’une colombe. Et il baisait le bout des griffes de la lionne rugissante. Le jour où Platon – nom que Flaubert donnait à Victor Cousin – renonce en même temps à sa vie politique et à la Muse, il lui écrit :
« Je dénoue sans les rompre toutes les relations inutiles. Vous savez où en étaient les nôtres depuis le mois d’octobre dernier. J’avais pensé qu’une amitié entièrement désinteressée telle que la mienne qui ne demandait rien et donnait, avec des services effectifs, toutes les attentions les plus empressées, pouvait vous sourire. Vaine espérance ! Vos habitudes n’ont pas changé, et, la dernière fois, l’occasion la plus futile a fait reparaître ce triste vocabulaire, inouï dans dans la bouche d’une femme et que je suis bien décidé à ne plus supporter. Je ne suis plus un des chefs d’une grande opposition destinée à remplacer le ministère ; je ne suis ni ambassadeur ni ministre, je ne suis rien. C’est pour cela que j’ai droit à des égards plus recherchés, peut-être. Voyez s’il vous plait que la fin de ma prospérité et de mes services soit celle de nos relations. Si tel est votre avis, j’y souscris de grand coeur ; car quel plus grand bonheur que de perdre une fausse amitié ! …
Cherchez un autre ami, un autre protecteur, une autre providence sur laquelle votre caractère se puisse exercer. Je ne puis plus être le protecteur ni la providence de personne. Je ne suis qu’une ombre d’amitié dans les Champs élyséens de la République. J’irai vous voir un de ces jours … Vous, de votre côté, quand vous allez chez Mme Récamier, venez faire visite à un vieux philosophe qui vous recevra, dans son néant, le mieux qu’il pourra. Une politesse affectueuse, tel peut être encore notre lien. Il vous évitera, à très peu de frais, l’amère pensée que, moi aussi, j’ai été forcé de me séparer de vous ».

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Les ministres de l’Instruction publique.
1. François Villemain [1790-1870], professeur d’éloquence française à la Faculté des lettres de Paris depuis 1815, est encore ministre de l’Instruction publique au premier trimestre de l’année 1840. Il a été nommé le 12 mai 1839. Il reste ministre jusqu’à la nomination de V. Cousin à ce poste, le 1er mars 1840.
François Villemain est membre de l’Académie française depuis mars 1821. Il en est le secrétaire perpétuel depuis décembre 1834.
2. V. Cousin est ministre de l’Instruction publique du 1er mars 1840 au 29 octobre 1840, dans le second ministère d’Adolphe Thiers [1797-1877], qui fonctionne du 1er mars au 29 octobre 1840..
3. François Villemain reprend ce poste le 29 octobre 1840, dans un nouveau ministère Soult, et le gardera jusqu’au 30 décembre 1844.

Agrégation de philosophie en 1840.
C'est Théodore Jouffroy, et non V. Cousin, alors ministre, qui préside le jury d'agrégation de philosophie. Sont reçus cette année 1840 : Jules Barni, Auguste Walras, Charles Jourdain, Charles Zévort, Claude Auguste Daunas.

Les Docteurs ès-lettres de 1840 à la Faculté des lettres de Paris.

Auguste Filon [1800-1875].
Agrégation des lettres [1823].
*Docteur ès-lettres [Paris, 18 avril 1840], avec une thèse De la Méthode historique [Paris : imp. de A . Gratiot. in-8, 61 p., 1840].
La thèse latine porte sur An stoica M. Aur. Antonini philosophia aliquid christianoe doctrinoe debuerit. [Lutetiae Parisiorum. In-8, 40 p.].
Inspecteur de l’Académie de Paris [1858].

Marcel Bontoux[1810-1864].
Ancien élève de l’École normale [1832].
Agrégation de philosophie en 1836.
*Docteur ès-lettres [Paris, avril 1840]. avec une thèse sur l’Examen du Traité d’Aristote sur l’âme [Paris : impr. de A. Gratiot, in-8, 88 p., 1840].
La thèse latine porte sur la Comparaison des principes d’Aristote et des doctrines de Cicéron [Aristoteles et Ciceronis principia rhetorica inter sese invicem comparata. Parisiis : A. Gratiot, in-8, 53 p., 1840].
Professeur de philosophie au lycée de Versailles [1852].

Adolphe Garnier [1801-1864].
Agrégé de philosophie en 1827
*Docteur ès-lettres[Paris, 25 mai 1840], avec une thèse : Critique de la philosophie de Thomas Reid [Paris : impr. de Fain et Thunot. in-8, 120 p., 1840].
Réédité en 1989 dans la collection Books on Hume and on the Scottish Enlightenment, Bristol : Thoemmes, 120 p. , 23 cm.
La thèse latine porte sur Quid poesis ? [In-8, 34 p., 1840].
Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Paris, de 1845 à 1864.
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale [18 février 1860].

Jacques Pierre Thommerel.
Docteur ès-lettres [Paris, 22 août 1840], avec une thèse Recherches sur la fusion du franco-normand et de l’anglo-normand [Paris : impr. de Beaulé. In-8. 119 p., 1840].
La thèse latine porte sur Quid sit in arte ultra naturae imitationem [Paris : Beaulé. In-8, 31 p., 1840].
Professeur au collège Rollin.

F. Marie Riaux [1810-1883].
Ancien élève de l’École normale [1830].
Agrégation de philosophie en 1834.
*Docteur ès-lettres [Paris, 22 août 1840], avec une Dissertation sur Parménide d’Élée, suivi du texte et de la traduction des fragments. [Paris : Joubert. In-8, III-255 p., 1840].
Sa thèse latine porte sur les vrais fondements de l’ontologie [Parisiis : ex typ. Fain et Thunot. In-8, 47 p., 1840].
Chargé de cours à la Faculté de Bordeaux [novembre 1858].

Émile Saisset [1814-1863].
Ancien élève de l’École normale [1833].
Agrégation de philosophie en 1836.
Docteur ès-lettres [Paris, 24 août 1840] avec une thèse sur Aenésidème [Paris : Joubert. In-8, 223 p., 1840].
La thèse latine porte sur la preuve de l’existence de Dieu dans le Proslogio de saint Anselme : De varia S. Anselmi in Proslogio argumenti fortuna [Paris : Joubert. In-8, 77 p., 1840].
Agrégation des Facultés en philosophie [1843].
Membre de l’ Académie des sciences morales et politiques, dans la section de philosophie [7 février 1863].
Professeur d’Histoire de la philosophie à la Faculté des lettres de Paris, [1856-1863].

Adolphe Berger [1810-1869].
Ancien élève de l’École normale [1827].
Agrégation de lettres en 1829.
Docteur ès-lettres [Paris, 26 juillet 1840], avec une thèse : Proclus, exposition de sa doctrine. [Paris : impr. de Bourgogne et Martinet. in-8, 125 p., 1840].
La thèse latine porte sur La Rhétorique selon Platon [De Rhetorica, quid sit secundum Platonem, quaesivit J.-F.-A. Berger. Paris : impr. de Bourgogne et Martinet. in-8, 28 p., 1840].
Agrégation des Facultés [4 octobre 1840].
Suppléant à la Faculté des lettres de Paris [1854], chargé du cours d’éloquence latine [1865], puis professeur d’Éloquence latine à la Faculté des lettres de Paris, [1866].

Alexandre Germain [1809-1887].
Ancien élève de l’École normale [1830].
Agrégation d’histoire et géographie en 1835.
Doctorat ès-lettres [Paris, 1840], avec une thèse : Essai littéraire et historique sur Apollinaris Sidonius [Montpellier : impr. De Boehm. In-8, II-182 p., 1840]. La thèse latine porte sur le philosophe et écrivain de la Gaule du 5ème siècle Claude Mamert [De Mamerti Claudiani scriptis et philosophia. Monspelii : ex typis Boehm et sociorum. In-8, 74 p., 1840].
Doyen de la Faculté des lettres de Montpellier.

Joseph Ferrari [1811-1876].
Docteur ès-lettres [Paris, 27 août 1840] avec une thèse : De l’Erreur, publiée [Paris : impr. de Moquet. In-8, 73 p., 1840].
Sa thèse latine porte sur Campanella [De Religiosis Campanellae opinionibus. Parisiis : typis Moquet. In-8, 66 p., 1840].
Agrégation de philosophie en 1843.
Député [à Turin], au premier Parlement de l’Italie en voie de réunification, en mars 1860. Sénateur en 1876.

Les Docteurs ès-lettres de 1840 à la Faculté des lettres de Bordeaux

Joseph François Rabanis [1798-1861].
Docteur ès-lettres [Bordeaux, 4 décembre 1840], avec une thèse sur Saint Paulin de Nôle. Études historiques et littéraires [Bordeaux : impr. de P. Coudert. In-8, 86 p., 1840].
La thèse latine porte sur De Franco-Galliae gentis unitate a septimidecimi seculi eruditis controversa [Burdigalae : ex typographia H. Faye. In-8, 32 p.,1840].
Doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux, lors de la création de la Faculté en 1840.
Chef de bureau au ministère de l’Instruction publique.
Est, en 1842, l’auteur d’une Lettre à M. Victor Cousin […] sur l’enseignement historique [Bordeaux : impr. de H. Faye. In-8, 47 p., 1842].

Les Docteurs ès-lettres de 1840 à la Faculté des lettres de Lyon.

Hippolyte Fortoul [1811-1856].
Professeur de littérature française à la Faculté des lettres de Toulouse [1841-1846].
Docteur ès-lettres [Lyon, 1840]. avec une thèse Du Génie de Virgile [Lyon : impr. de L. Boitel. In-8, 67 p., 1840].
La thèse latine porte sur la logique, la rhétorique, la poétique d’Aristote : ) : Aristotelis logice, rhetorice, poetice quibus utantur communibus principiis [Lugduni : A. Perisse. In-8, 36 p., 1840].
Recteur et doyen de la Faculté des lettres d’Aix.
Ministre de l’Instruction publique et des cultes [décembre 1851-juillet1856].

Achille François [1809-1865].
Agrégation d’histoire et géographie en 1836.
Docteur ès-lettres [Lyon, 31 juillet 1840] avec une thèse d’histoire : Du Règne d’Élisabeth [In-8].
La thèse latine porte sur De Philosophia historiae [in-4].
Recteur de l’académie de Caen [1854-1858].

Les Docteurs ès-lettres de 1840 à la Faculté des lettres de Strasbourg.

Abbé Isidore Goschler [1804-1866].
Docteur ès-lettres [Strasbourg, 18 juin 1840], avec une thèse : du Panthéisme [Strasbourg : impr. de G. Silbermann. In-8, I-143 p., 1839]
La thèse latine porte sur De psalmorum poesi et philosophia [Argentori : typis G. Silbermann. in-8, 82 p., 1840].
Directeur du collège Stanislas.

Direction de l’École normale.
En 1840, le directeur de l’École normale est Paul François Dubois [1793-1874]. Il est le sixième directeur de l’École ; après Pierre [Claude Bernard] Guéroult [1744-1821], qui a été le chef de l’École de 1810 à 1815 ; après François Guéneau de Mussy [1774-1857] qui a été chef de l’École de septembre 1815 à septembre 1822 ; après Pierre Laurent Laborie [1767-1847], proviseur du collège royal de Louis le Grand depuis juillet 1824, responsable de 1826 à juillet 1830 ; après Joseph Daniel Guigniaut [1794-1876], directeur de 1830 à 1835 ; après V. Cousin [1792-1867], directeur de 1835 à 1840.

Elèves reçus à l’École normale, section lettres, en 1840.
Charles Aubert-Hix ; Théodore Bachelet ; Baudesson ; Belhomme ; Alexandre [Louis Joseph] Bertrand ; Louis [François Augustin] Bourgeois ; Ferdinand Joseph Sosthène Colincamp ; Pierre Charles Victor Courdavaux ; Athanase Cucheval-Clarigny ; Charles Dreyss ; Mathieu Auguste Geffroy ; Julien Girard ; Victor Honoré Guérin ; Marmier ; Constant Martha ; Louis Martin ; Charles Émile Monnier ; Louis [Jean Baptiste] Morand ; Émile Pessonneaux ; Henri Philibert ; Ferdinand Pontet ; Félix Robiou ; Rogeard ; Jules Rossigneux.

ÉDITIONS EN COURS.
Oeuvres complètes de Platon, traduites de grec en français, accompagnées de notes et précédées d'une introduction sur la philosophie de Platon. Paris : Bossange frères, in-8.
Le tome 13. [Paris : P. J. Rey, 1840] contient la traduction des Lettres, les Dialogues apocryphes et le Testament de Platon.
L'édition des Oeuvres complètes de Platon, en treize volumes, commencée en 1822 se poursuit jusqu'en cette année 1840.

Édition en cours de :
Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle, professé à la faculté des lettres en 1819 et 1820 par V. Cousin. Introduction publiée par M. E. Vacherot, Agrégé de philosophie, docteur ès-lettres, etc. Paris : Librairie de Ladrange, 4 volumes, in-8, 1839-1842.
[L’introduction, par Étienne Vacherot, est signée en 1841].
Comprend : I. Introduction, par Étienne Vacherot.
II. 1re partie. École sensualiste, publié par M. E. Vacherot, agrégé, docteur ès-lettres. Paris : Ladrange, XI-354 p. 1839.
III. 2e partie. École écossaise, publié par MM. [Arsène] Danton et [Étienne] Vacherot, Paris : Ladrange, IV-382 p., 1840.
IV. 3e partie. Philosophie de Kant, VIII-387 p., Paris : Ladrange, 1842.
Les quatre volumes ne sont pas publiés exactement dans leur ordre de numérotation. Paraît, d'abord, en 1839, École sensualiste ; puis en 1840, École écossaise ; en 1841 Introduction, par Étienne Vacherot ; en 1842 Philosophie de Kant.

Réédité en 1997, document électronique BNF.

Discours de distribution des prix.
[1840] En tant que Ministre de l'Instruction publique (il a été nommé au 1er mars 1840), V. Cousin prononce un discours de Distribution des prix du concours général des collèges de Paris (août 1840).
« Si parmi vous il est un jeune homme qui se soit élevé peu à peu au-dessus de ses condisciples par la seule puissance du travail, n'ayant d'autre appui que sa bonne conscience, d'autre fortune que les couronnes qu'il va recevoir ; que ce jeune homme ne perde point courage à l'entrée des voies diverses de la vie, hérissées de tant d'obstacles, assiégées par tant de rivaux ; qu'il se rassure et qu'il espère : je ne crains pas de lui répondre de l'avenir, à cette seule condition qu'il persévère dans l'ardeur généreuse et dans les laborieuses habitudes que nous venons honorer aujourd'hui.
Oui, jeunes élèves, les luttes dont vous sortez sont l'apprentissage de celles qui vous attendent. Les objets que vous poursuivrez seront différents ; mais le prix du succès sera toujours le même
Sachez le bien, chacun de vous est le maître de sa destinée. C'est un arrêt de l'éternelle justice qu'une volonté honnête et ferme atteigne son but, et qu'une volonté faible ou vicieuse soit au moins condamnée au châtiment de l'impuissance. [...] ».
[1841] Le texte est repris dans le Recueil des principaux actes du Ministère de l’instruction publique, édité par V. Cousin en 1841 ; pages 347-350.
À cette occasion il est fait la description de la cérémonie :
« Avant midi, tous les fonctionnaires des collèges et des Facultés avaient pris place dans la salle. Tous les membres du Conseil royal de l’instruction publique et les inspecteurs généraux des études entouraient le grand-maître de l’université. Dans la tribune réservée aux autorités, on remarquait M. le président du conseil et tous les ministres présents à Paris, monseigneur l’archevêque de Paris, M. le préfét de la Seine, M. le lieutenant-général commandant la division militaire, un grand nombre de pairs et de députés, beaucoup de membres de l’Institut et des grands établissements scientifiques et littéraires.
À midi précis, la séance a été ouverte, selon l’usage, par un discours latin, prononcé par M. Auguste Nisard, professeur de rhétorique au collège Bourbon. L’excellente latinité, l’esprit universitaire, les nobles et ingénieuses pensées de ce discours, ont excité souvent les plus vifs applaudissements.
M. le ministre de l’instruction publique [V. Cousin] s’est levé ensuite, et, au milieu du plus religieux silence, qu’interrompaient seuls les applaudissements de toute l’assemblée, a prononcé le discours suivant :
Si parmi vous il est un jeune homme qui se soit élevé peu à peu au-desus de ses condisciples……».
[1843] Le texte sera repris dans les Fragments littéraires, 1843, pages 57-61.

Discours aux funérailles de Poisson [1781-1840].
[1840]. Le mathématicien Siméon Denis Poisson, membre de l'Académie des sciences, meurt en 1840.
Les obsèques ont lieu à l’église Saint-Étienne du Mont le 30 avril 1840. Plusieurs discours sont prononcés au cimetière du Père-Lachaise : V. Cousin en tant que ministre de l’instruction publique ; Arago et Coriolis célèbrent le savant ; Pontécoulant célèbre l’homme privé ; un élève de l’École polytechnique, au nom de ses camarades, « la reconnaissance de l’école pour l’illustre maître qu’elle a perdu ». Le discours de V. Cousin est imprimé pour le compte de l’Académie des sciences, Paris : impr. de Didot frères, in-4. On en trouve également le texte dans le Recueil des principaux actes du Ministère de l’instruction publique, publié par V. Cousin en 1841.
1840. Discours de V. Cousin aux funérailles de Poisson [texte intégral]
« Messieurs,
J’aurais cru manquer à mes devoirs si je n’étais venu moi-même dire un dernier adieu à l’un de mes plus illustres confrères de l’Institut et de l’Université.
Nous avons perdu, messieurs, le premier géomètre de l’Europe. Ce titre n’était plus disputé à M. Poisson depuis la mort de Laplace et de Fourier. M. Poisson appartenait à cette grande école de mathématiciens qui reconnaît pour chefs, dans les temps modernes, Galilée et Newton, pour qui le calcul n’est qu’un instrument, et dont l’objet est la découverte des lois de la nature. M. Poisson est le disciple direct et l’héritier de Laplace. Son nom demeurera attaché à une foule d’écrits où les problèmes les plus difficiles de la physique mathématique sont abordés avec la méthode la plus rigoureuse, poursuivis sous toutes leurs faces, et résolus toujours avec précision, souvent avec grandeur. Le caractère de son esprit était une sagacité puissante ; il y avait en lui de la finesse et de la force. Quand son attention se portait sur un objet, quel qu’il fût, elle s’y concentrait tout entière, et ne l’abandonnait qu’après en avoir pénétré les profondeurs et en avoir tiré des trésors de vues nouvelles et inattendues.
Mais d’autres, Messieurs, vous entretiendront du grand géomètre ; il m’appartient plus particulièrement d’honorer dans M. Poisson le membre éminent du Conseil royal de l’instruction publique, qui, non content d’agrandir la science par ses propres travaux, la servait encore par le mouvement régulier qu’il imprimait aux études mathématiques, et l’ardeur féconde qu’il savait inspirer pour ces belles études à tous ceux qui l’approchaient. Il avait fait deux parts de sa vie : la première était consacrée à ses travaux personnels ; la seconde appartenait à quiconque avait besoin de ses lumières. Depuis qu’il était entré au conseil de l’Université, il s’était fait comme une religion de présider chaque année le concours d’agrégation des sciences. Il suivait les jeunes professeurs dans toute leur carrière. Aux agrégés, il montrait le doctorat ; aux docteurs, il montrait l’Institut. Qu’il soit permis à l’ancien directeur de l’Ecole normale de renouveler ici le tribut de la reconnaissance de cette école pour les encouragements qu’il prodiguait à tous les élèves, dès qu’ils faisaient preuve de zèle et de goût pour les mathématiques. Il répétait sans cesse que les mathématiques ne repoussent personne, mais qu’elles exigent un culte assidu. Il était lui-même l’exemplaire vivant de cette maxime. Sans être étranger à aucun des intérêts de la vie, de la société et de la littérature, au fond, il était voué exclusivement aux mathématiques, à leur avancement et à leur propagation : c’était la véritable passion de son âme ; et elle l’a suivi jusque dans les bras de la mort ; car M. Poisson a rendu le dernier soupir sur les épreuves d’un grand ouvrage qu’il corrigeait de sa main défaillante. Il n’a cessé de cultiver les mathématiques que pour cesser de vivre. Il est tombé en quelque sorte au champ d’honneur, vétéran infatigable de la science.
Du moins il faut reconnaître que la patrie avait décerné à M. Poisson toutes les récompenses qu’elle réserve à ceux qui l’honorent. Toute la carrière de M. Poisson a été facile ; son génie pour les mathématiques, déclaré de bonne heure, lui avait gagné d’abord toutes les sympathies. Jeune encore, à l’Ecole polytechnique, ses camarades s’étaient cotisés pour le retenir parmi eux, afin de ne pas priver la science d’une telle espérance. Depuis, il avait été nommé successivement membre de l’Académie des sciences, du Bureau des longitudes, examinateur de l’Ecole polytechnique, Conseiller de l’Université, Pair de France, comme avant lui l’avaient été Prony, Laplace, Monge et Lagrange ; et ce m’est une sorte de consolation personnelle d’avoir pu le placer à la tête de la Faculté des sciences quand M. Thénard accepta d’autres fonctions.
Le Conseil royal de l’instruction publique a fait en lui la perte la plus grande qu’il pût faire encore depuis la mort de Cuvier ; mais il nous reste l’enseignement de sa vie et le reflet de sa renommée. Avoir possédé trente ans M. Poisson est pour l’Université un engagement sacré de ne jamais laisser dépérir ou s’affaiblir dans ses écoles l’étude des mathématiques, qui n’est pas une médiocre part du patrimoine de l’esprit humain et de la gloire de notre patrie.
Adieu ! pour la dernière fois ; adieu ! notre glorieux et excellent confrère ! … Nos regards se tourneront souvent sur la place que tu laisses vide parmi nous ; et ton souvenir vivra dans nos coeurs, comme ton nom dans l’histoire des sciences ».

[1841] Le texte est repris dans Recueil des principaux actes du Ministère de l’instruction publique, pages 342 sq.
[1843] Le texte sera repris dans les Fragments littéraires, 1843, pages 78-82
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 401-405

Réédition de.
Cours de philosophie [...] sur fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, publié par M. Adolphe Garnier, Bruxelles : in-8, 384 p., 1840. Il s'agit d'une contrefaçon.

Réédition.
De l’Instruction publique dans quelques pays de l’Allemagne, et particulièrement en Prusse [troisième édition]. Paris ; Strasbourg : Pitois-Levrault, 2 volumes, in-8, VII-381 et 7 planches dépliantes+406 et 2 tableaux dépliants, 1840. Avec un Avant-Propos de V. Cousin
Incipit de la troisième édition : « Puisqu'en ce moment la confiance du roi m'appelle à la tête du ministère de l'Instruction publique, je n'ai point à imaginer des théories nouvelles, je n'ai qu'à pratiquer celles que j'ai moi-même proposées et dans cet écrit et dans mon ouvrage sur la Hollande, qui sert de complément à celui-ci. L'Université de France, telle qu'elle est sortie de l'esprit de son fondateur, forme un système simple et puissant qu'il faut défendre contre les attaques de la passion et de l'ignorance, en le développant sans le déformer, en l'enrichissant d'un certain nombre d'institutions empruntées à l'expérience générale et que nous pouvons perfectionner encore en les transportant parmi nous ».
C’est la troisième édition du Rapport sur l’état de l'Instruction publique dans quelques pays de l’Allemagne, et particulièrement en Prusse [qui a déjà été édité en 1833]. Il est complété par le Mémoire sur l’instruction secondaire dans le royaume de Prusse.

Publication des œuvres.
Les Oeuvres de V. Cousin paraissent en 1840-1841. Bruxelles : Société belge de librairie Hauman et Cie, 3 volumes in-4.
Il s'agit d'une contrefaçon, rassemblant différents textes de V. Cousin déjà publiés antérieurement.
Comprend : I. Introduction à l’histoire de la philosophie. Cours de l’histoire de la philosophie. Cours de philosophie sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien. De la Métaphysique d’Aristote, II. Cours d’histoire de la philosophie morale. Fragments philosophiques, III. De l’instruction publique en Allemagne, en Prusse et en Hollande. Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l’homme.
Les Oeuvres de V. Cousin font l’objet d’une autre édition en 1846-1851, 16 vol. in-12, à Paris, Ladrange.

Article dans la Revue des Deux Mondes :
Kant et sa philosophie. Article dans la Revue des Deux Mondes, tome 21, 1er février 1840, pages 382-414. Sera repris en tiré à part de 35 p., connaissant plusieurs tirages.
Incipit : « Kant est le père de la philosophie allemande : il est l'auteur ou plutôt l'instrument de la plus grande révolution philosophique qui ait eu lieu dans l'Europe moderne depuis Descartes. Or, toute révolution digne de ce nom est fille du temps et non d'un homme. Le monde marche, mais nul ne le fait marcher, comme nul ne peut l'arrêter. Je vois à la philosophie de Kant deux grands antécédents : l'esprit général, le mouvement universel de l'Europe, puis l'esprit particulier de l'Allemagne.
L'esprit général de l'Europe, à la fin du XVII Ième siècle, est assez connu : à cette époque il régnait une fermentation sourde, avant-coureur d'une crise prochaine. À la crédulité des siècles antérieurs avait succédé un goût passionné d'examen et d'investigation, favorable à la découverte de la vérité ».
Dans une lettre à Francisque Bouillier, V. Cousin écrit : « Vous trouverez dans la Revue des Deux Mondes un article sur Kant de ma façon. Je désire qu'il soit compris pour prépare la voie à une publication plus étendue. » [8 janvier 1840].

Paraît dans.
Jean Sylvain Van De Weyer, Discours sur l’histoire de la philosophie [...] 1827, publié par A. Baron en 1840, le texte de V. Cousin : De la Philosophie en Belgique [1830], republié tout d’abord dans le second tome de la troisième édition des Fragments philosophiques [1838].
Réédité en 1856, dans les Fragments de philosophie contemporaine [pages 205-230].

Article dans la Revue des Deux Mondes.
[1840] Santa-Rosa. [Lettre ] À M. le Prince de la Cisterna, par V. Cousin. Article de la Revue des Deux Mondes, 1840, tome 43, pages 640-688.
Incipit : « Mon cher ami,
Le temps a presque emporté le souvenir de la courte révolution piémontaise de 1821, et celui du personnage qui joua dans cette révolution le rôle principal. Cet oubli n'a rien d'injuste. Pour durer dans la mémoire des hommes, il faut avoir fait des choses qui durent. Ce n'est point seulement par faiblesse, comme on le croit vulgairement, que les hommes révèrent le succès : il est à leurs yeux le symbole des plus grandes vertus de l'âme, et de la première de toutes, à savoir cette forte sagesse qui ne s'engage dans aucune entreprise sans en avoir pesé toutes les chances ».
[1843] Republié dans les Fragments littéraires, 1843, pages 427-514.
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 189-282.
Cette lettre a été adressée à M. le prince de la Cisterna, en 1838. Elle n'était pas, dit V. Cousin, destinée au public. Elle ne paraît que deux ans plus tard dans la Revue des Deux Mondes.

À LA CHAMBRE DES PAIRS.
Le 15 septembre 1840, la Chambre des Pairs, siégeant au Luxembourg, juge le procès de Louis-Napoléon, arrété après sa tentative de Boulogne du 6 août 1840.
La condamnation est prononcée par la Chambre des Pairs le 6 octobre : emprisonnement perpétuel dans une forteresse du royaume. Conduit au fort de Ham, Louis-Napoléon s’en évadera le 25 mai 1846.

À L’ACADÉMIE FRANÇAISE.
L'Académie française met au concours l'Éloge de Pascal, pour le prix d'éloquence. Prosper Faugère [1810-1817] est un des lauréats proclamé en 1842.

Élection de Pierre Flourens.
Pierre Flourens [1794-1867] est élu le 20 février 1840, au quatrième tour de scrutin par 17 voix contre 12 à V. Hugo, 2 bulletins blancs. Il est choisi par le camp des classiques pour s'opposer à V. Hugo. Il succède à Joseph Michaud [1767-1839], fauteuil 29, éditeur de la Biographie universelle, décédé le 30 septembre 1839.

Élection de Mathieu Molé.
Le comte Mathieu Molé [1781-1855] est élu le 20 février 1840, au fauteuil 34, le 20 février 1840 [le même jour que P. Flourens], en remplacement du comte Hyacinthe Louis de Quelen [1778-1839], décédé le 31 décembre 1839. Il obtient 30 voix, contre 1 à V. Hugo.
Il est reçu le 30 décembre 1840 par André Dupin [1783-1865].

Décès de Népomucène Lemercier.
Népomucène Lemercier [1771-1840] meurt le 7 juin 1840. Il sera remplacé, au fauteuil 14, par V. Hugo, élu le 7 janvier 1841.

Décès de Pastoret.
Le marquis de Pastoret [1755-1840] meurt le 28 septembre 1840. Il sera remplacé, au fauteuil 24, par le comte Louis de Saint-Aulaire [1778-1854], élu le même jour que V. Hugo, le 7 janvier 1841.

Décès de de Bonald.
Louis Gabriel, vicomte de Bonald [1754-1840] meurt le 23 novembre 1840. Il sera remplacé, au fauteuil 30, par Jacques François Ancelot [1794-1854], élu le 25 février 1841.

Réception de Pierre Flourens.
Réception de Pierre Flourens [1794-1867] par François Mignet [1796-1884], le 3 décembre 1840.

À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Pellegrino Rossi Président.
Pellegrino Rossi [1787-1848] élu vice-président pour l’année 1839, est, selon l’usage, président pour l’année 1840.

V. Cousin vice-Président.
En 1840, V. Cousin est élu vice-Président de l'Académie des sciences morales et politiques. Selon les règles de fonctionnement de l'Académie, V. Cousin sera président l'année suivante [1841]

Communication sur Kant.
En décembre 1840, M. Cousin fait une communication sur Kant et sur le caractère de la réforme philosophique entreprise par le célèbre novateur.
« Avant d'exposer les principes de la philosophie de Kant, M. Cousin croit devoir jeter un rapide coup d'oeil sur l'état intellectuel où le réformateur trouva l'Allemagne. Enthousiaste et rêveur dans les temps les plus anciens, même avant le christianisme, profondément chrétien et monarchique, tout en restant libre, au moyen âge, révolutionnaire au XVI ème siècle pour résister à l’oppression et défendre des droits méconnus, initié à la philosophie par Leibnitz, ce grand disciple de Descartes ; étonné et scandalisé des hardiesses impies et antinationales de Frédéric, peu satisfait du sensualisme de Locke perfectionné par Condillac, l’esprit germanique, vers la fin du XVIII ème siècle, appelait en philosophie une révolution aussi grande que la révolution préparée en politique par l’esprit français. Klopstock, par sa poésie pleine de patriotisme, de foi, de pureté, que la cour de Berlin repoussa dédaigneusement parce qu’elle ne la comprenait pas, donna le premier le signal du réveil. La poésie préparait les voies à la philosophie qui ne tarda point à la suivre. Loyalement ennemi du sensualisme par les conséquences dangereuses qu’il entraîne, de la métaphysique des écoles par l’obscurité dont elle couvre en vain sa faiblesse, du scepticisme qui ébranle toutes les croyances, Kant senti que la morale était le ferme terrain sur lequel il devait appuyer ses pas, et ce fut dans ce but qu’il publia, vers 1781, cet ouvrage, qui d’abord peu lu et presque inaperçu, finit en huit ou dix ans, par renouveler la philosophie, comme la Messiade avait renouvelé la poésie ».
Cité dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences morales et politiques. Tome 3, 1841, pages XXIV-XXXIII.

Élection d’Adolphe Thiers.
*Adolphe Thiers [1797-1877], élu le 26 décembre 1840, dans la section d’Histoire générale et philosophique [fauteuil1], en remplacement de Claude Emmanuel Joseph Pierre, marquis de Pastoret [1755-1840], décédé le 28 septembre 1840. Adolphe Thiers est déjà membre de l'Académie française, depuis le 20 juin 1833.

LA PHILOSOPHIE À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Lecture sur Hobbes.
Jean Philibert Damiron, dans la séance du 22 janvier 1840, lit son mémoire : Hobbes, considéré comme métaphysicien.
Publié dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences morales et politiques. Paris : Firmin Didot. Tome 3, 1841, pages 251-311.

Il lit également un travail sur Gassendi.

Lecture par Hervé Bouchitté.
Hervé Bouchitté [1795-1861], ancien élève de l'École normale [1813], professeur d’histoire au collège royal de Versailles, dans la séance du 30 mai et du 6 juin 1840, puis du 1er août et du 17 octobre 1840, fait une lecture Sur l’Histoire des preuves de l'existence de Dieu, considérées dans leurs principes les plus généraux, depuis les temps les plus reculés jusqu’au Monologium d'Anselme de Cantorbéry.
Dans la séance du 17 octobre et celle du 31 octobre lit un second mémoire : La Querelle des réalistes et des nominaux.
Ces mémoires font l'objet d'un rapport de J. Barthélemy Saint Hilaire [26 décembre 1840] pour être imprimés dans le Recueil des savants étrangers.
L’Histoire des preuves de l’existence de Dieu est éditée dans Mémoires de l’Académie royale des sciences morales et politiques de l’Institut de France. Tome 1. Savants étrangers. Paris : Typographie de Firmin Didot frères, 1841, pages 395-460 et 461-524.

Communication de William Frédéric Edwards sur l’anthropologie.
En 1840, William Frédéric Edwards [1777-1842], membre de la section de philosophie de l'Académie des sciences morales et philosophiques depuis décembre 1832, a communiqué à l’Académie un travail sur l’État actuel de l’anthropologie.
Cité dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences morales et politiques. Paris : Firmin Didot. Tome 3, 1841, pages XXXIII- XXXIX.

Mémoires envoyés de l’étranger.
Mémoire de van Heusde : Vue sur une encyclopédie à l’usage du XIXe siècle, d’après les principes de Platon.
Publié dans Mémoires de l'Académie royale des sciences morales et politiques de l'Institut de France. Paris : Firmin Didot, tome 1. 1841, pages 1-30.
Philippus Wilhelmus Van Heusde [1778-1839], professeur d’éloquence et d’histoire à l’université d’Utrecht est correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie, depuis le 22 juillet 1837. Il vient de mourir le 28 juillet 1839.

Mémoire de Pasquale Galluppi, professeur de philosophie à l’Université de Naples portant sur la discussion approfondie et critique du système de Fichte : Considérations philosophiques sur l’idéalisme transcendantal et le rationalisme absolu.
Publié dans Mémoires de l'Académie royale des sciences morales et politiques de l'Institut de France. Paris : Firmin Didot, tome 1. 1841, pages 31-153.
Le baron Pasquale Galluppi [1770-1846] est correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie, depuis le 29 décembre 1838.

Élection de William Hamilton.
William Hamilton [1788-1856], professeur de droit civil à l'Université d'Edimburg est élu correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 1], le 25 janvier 1840, en remplacement de Philip Van Heusde [1778-1839], décédé le 29 juillet 1839.
Après sa mort [en 1856, et non en 1866 comme il est parfois indiqué] est remplacé par William Whewell [1794-1866], élu le 14 février 1857.

Élection de Jacques Berriat-Saint-Prix.
* Jacques Berriat-Saint-Prix [1769-1845], professeur à la Faculté de droit de Paris, est élu, le 25 janvier 1840, à l'Académie des sciences morales et politiques, section de législation [fauteuil 4], en remplacement de Maret, duc de Bassano [1763-1839], décédé le 13 mai 1839.
Après sa mort, le 4 octobre 1845, est remplacé par Auguste Vivien [1799-1854], vice-président du comité de législation du conseil d’État, élu le 26 décembre 1845.

Mention, recension et compte-rendu d'ouvrages de V. Cousin.
La livraison de janvier 1840 du Journal des savants fait mention, dans sa rubrique Livres nouveaux-France, des Oeuvres de Platon, traduites par V. Cousin, du tome XIII et dernier, [1840] imprimerie de Rignoux à Paris ; J. P. J. Rey, quai des Augustins, n° 45.

Le 15 décembre 1840, paraît dans la Revue des Deux-Mondes, un article de Jules Simon rendant compte de la parution des Œuvres complètes de Platon, traduites par M. V. Cousin.
L'édition des Oeuvres complètes de Platon, en treize volumes, commencée par Victor Cousin en 1822, se poursuit jusqu'en cette année 1840.

Traduction, ou édition, à l'étranger des oeuvres de V. Cousin.
De la Métaphysique d’Aristote, rapport sur le Concours ouvert par l'Académie des sciences morales et politiques, suivi d'un Essai de traduction du premier et du douzième livres de la Métaphysique, par V. Cousin. Bruxelles : Société Belge de Librairie Haumann et Cie, in-12, 222 p., 1840. Il s'agit d'une contrefaçon de l'édition parue en 1835, [Paris : Ladrange, in-8, XIV-185 p.].

Over het openbaar onderwijs in Holland, door M. Victor Cousin ; vertaald uit het Fransch [De l'Instruction publique en Hollande]. Avec une préface signée K. Elix. Amsterdam : Elix & C°, in-8, II-245 p., 1840.

CORRESPONDANCE : LETTRES...DE, À, AU SUJET DE...V. COUSIN.
V. Cousin à Francisque Bouillier.
« [...] Mandez-moi l’effet de votre cours : sa marche, ses progrès, le nombre de ses auditeurs.
Parlez-moi surtout de votre mémoire. J’y compte d’autant plus que plusieurs concurrents lâchent pied. Mesurez bien le temps, hâtez-vous et songez qu’une mention serait déjà bien honorable pour vous. Chacune de vos leçons est un chapitre de votre mémoire.
Simon et Jacques réussissent parfaitement et je suis content de l’École. Vous trouverez dans la Revue des Deux Mondes un article sur Kant de ma façon. Je désire qu’il soit compris pour préparer la voie à une publication plus étendue [...]. » [8 janvier 1840].
Pour le mémoire, il s’agit de l’Examen critique du cartésianisme, proposé au concours par la section de philosophie de l’Académie des sciences morales et politiques. Le prix sera décerné, en avril 1841, au professeur de philosophie Francisque Bouillier, à partager avec l’essayiste Jean Bordas-Demoulin.

Lettre du prince Czartoryski à V. Cousin.
« Mickiewicz, auquel j’avais fait part de la dernière conversation que j’avais eu l’avantage d’avoir avec vous, à son sujet, me confirme, dans une lettre que je viens de recevoir de sa part, ce que je savais du reste, et ce que je m’étais empressé de vous dire, savoir : qu’il parlait le russe comme le polonais, et qu’il était parfaitement au fait de la langue et de la littérature Bohême. Il a même fait un voyage et séjourné à Prague, pour y faire une connaissance personnelle avec les littérateurs les plus distingués de la Bohême. Connaissant ces trois dialectes, Mickiewicz approfondira facilement la littérature Servo-illyrienne, dont il s’est déjà occupé.
Il m’envoie l’article qu’il a publié dans un écrit périodique sur les poésies de Poushkine, et me demande de vous le communiquer. « Non, me dit-il, que cet article n’ait aucun mérite littéraire, mais pour faire juger à M. le ministre dans quel esprit je donnerais mon cours.» Mickiewicz attend l’invitation officielle que vous vous proposez de lui faire. Les événements qui viennent de se développer rendent, dans ce moment même, sa nomination encore plus convenable. Je crois pouvoir garantir que, dans aucun cas, vous n’aurez lieu de le regretter. » [Paris. 5 août 1840].

Lettre d’Adam Mickiewicz [1798-1855] à V. Cousin.
« La chaire de littérature Slave étant établie définitivement, si vous voulez bien, M. le Ministre, donner suite au projet de m’y appeler, vous me trouverez maintenant prêt à me mettre à la disposition du gouvernement. je vois de nouveaux motifs d’accepter cette place dans l’intérêt que vous daignez, Monsieur le Ministre, prendre à ma nomination, ainsi que dans l’objet de l’enseignement proposé, dont l’importance vivement sentie par mes compatriotes, commence à être appréciée par les savants de tous les pays.
Vous n’ignorez pas, Monsieur le Ministre, quelle sensation avait produit sur l’étranger votre projet de fonder une chaire de Slave à Paris. Les littérateurs du Nord regardent cette institution comme très importante pour leur pays. Ces pays, d’après les nouvelles que nous en recevons, apprennent avec un vif plaisir que leur idiome est enfin mis au rang des langues savantes, et enseigné dans la plus célèbre des université de l’Europe. Malgré la diversité des opinions et des intérêts qui divisent nos races, votre création, monsieur le Ministre, grâce à son caractère purement littéraire, répond aux sympathies éclairées des Polonais, aussi bien qu’à celles des Bohêmes et des Russes. Tous les Slaves, en cette occasion, se réunissent, j’en suis sûr, dans un commun sentiment de reconnaissance pour le gouvernement de Sa Majesté.
Comme Polonais, je suis très flatté d’être appelé le premier au poste de représentant littéraire de nos nationalités, auprès de la jeunesse de Paris. Il me serait doux de pouvoir reprendre les études auxquelles j’avais consacré une partie de ma vie, et qui n’ont jamais cessé de m’occuper. Je serais heureux d’être employé au service d’une nation qui nous est chère, à tant de titres, et de répondre au vœu d’un gouvernement auquel j’ai de grandes obligations personnelles.
Il m’a fallu des motifs aussi puissants pour me déterminer à abandonner ma position actuelle, avec tous les avantages qui y sont attachés, et que je dois à la bienveillance toute particulière du gouvernement du pays de Vaud. Quant à l’époque de l’ouverture de mon cours, il m’est encore impossible de la préciser. J’aurai à faire un long voyage avec une famille nombreuse. Des obstacles imprévus pourraient retarder mon arrivée à Paris. Dans tous les cas, je serai à mon poste avant le terme fixé par la loi. [...]. » [Lausanne . 16 août 1840].

Le 16 août 1840, Adam Mickiewicz [1798-1855] adresse une lettre officielle de remerciements à V. Cousin.

Lettre de Pierre-Simon Ballanche à V. Cousin.
« Mon très cher ami,
Notre protégé Auguste Véra est en ce moment à Paris. II aurait le plus grand désir et le plus grand besoin de vous parler de ses affaires. Vous avez été si excellent pour lui qu’il doit d’abord vous dire toute sa reconnaissance. Mais, à présent, il paraît démontré qu’une chaire de philosophie à Mont de Marsan n’est point agréée. Il n’en serait point ainsi du professeur qui a été fort bien accueilli. Il mérite les bontés que vous avez eues pour lui et celles que vous lui réservez. Je m’y intéresse vivement, et je m’estimerais heureux d’une circonstance qui le placerait à Paris.
Mille tendres amitiés ; car ce n’est pas au ministre que je m’adresse. » [Paris. 9 septembre 1840].

Le comte Verhuell, pair de France, à V. Cousin.
Le comte Verhuell, pair de France, à V. Cousin, au sujet de la sentence prononcée par la chambre des Pairs, à l’encontre de Louis-Napoléon.
« Mon cher ministre et digne collègue,
Connaissant toute l’élévation de votre noble cœur, et la généreuse philanthropie qui vous anime, je viens avec confiance faire appel à ces sentiments, en faveur du jeune et malheureux prince, que la Chambre des Pairs vient, que trop justement, de condamner à une détention perpétuelle.
La sentence, quoique juste et inévitable, n’en est pas moins terrible. Si jeune encore et pour un caractère si vif et si animé, l’idée d’une détention perpétuelle a quelque chose d’écrasant. Ce sentiment, je le sais, ne doit pas mettre obstacle à une rigueur nécéssaire ; et ce qu’il en coûte à la compassion n’en saurait arrêter l’accomplissement ; mais me tromperais-je dans ma conviction, mon cher ministre, en pensant qu’il entre dans vos vues, comme dans celles de votre noble ami, M. le Président du conseil, de faire tout ce qu’il est possible pour adoucir le sort du jeune prince, pour lui rendre la vie plus supportable, au physique et au moral, pour lui faire comprendre qu’il est condamné par nécessité et non par inimitié ?
On lui a malheureusement assigné pour lieu de réclusion la plus détestable prison du royaume, le fort de Ham, doublement funeste pour le corps et pour l’âme. Le château est malsain et sombre, dans la plus triste situation, n’offrant nulle part de vue, cette dernière liberté des captifs, cette seule joie de ceux qui n’en ont plus. Je n’ose croire que ce soit comme prison permanente que le ministre l’ait assigné au prince. J’espère qu’on lui en fixera une autre. Qu’il puisse au moins jouir de l’influence salutaire du pays et de la nature, et ne pas dépérir, comme aux prisons du Spielberg en Autriche !
N’entreait-il pas aussi dans vos sentiments philanthropiques, mon cher ministre, à l’égard du jeune prince, de le faire entourer de personnes d’un sens élevé, d’instruction reconnue, d’une haute moralité et possédant des convictions religieuses et chrétiennes ? Ne jugeriez-vous pas convenable aussi de mettre à sa portée un choix de bons livres, indiqués par vous-même, pour fixer ses méditations, pour l’intéresser, pour captiver son esprit par l’étude, pour contribuer à consoler et à élever son âme par la religion ?
Il pourrait ainsi se créer une espèce de liberté, au milieu de sa réclusion, liberté que des vues politiques personnelles ne suffisent pas à développer, qui, à la fois, a une source plus profonde et un jet plus élevé.
J’use des sentiments d’amitié dont vous m’avez toujours honoré, mon digne collègue, et je compte sur votre indulgence pour accueillir avec bonté les idées que j’ai l’honneur de vous soumettre, et vous prie d’agréer en même temps, l’expression de tous mes sentiments de ma plus haute considération et de mon très sincère dévouement.
Votre très humble et très sincère serviteur.
Le Cmte Verhuell. Pair de France ». [Triel, Seine et Oise, le 12 octobre 1840].

V. Cousin à Francisque Bouillier.
« [...] Oui, j’ai fondé des institutions utiles, mais elles avaient besoin de la main du fondateur pour s’enraciner dans l’Université et porter leurs fruits. Dieu veuille que mon successeur les respecte. Il n’osera pas les rapporter, mais il s’appliquera à les amoindrir, à les effacer, autant qu’il sera en lui. Nous verrons bien. [...] » [20 novembre 1840].

Lettre du comte Prosper de Barante à V. Cousin.
« Avec cette lettre, il vous sera remis un petit livre que vous ne connaissez pas sans doute ; il a obtenu quelque succès et a pu être curieux dans un temps qui a précédé le vôtre ; je l’écrivais, il y a plus de trente ans ; aujourd’hui c’est une série de lieux communs. Alors, ils étaient des idées nouvelles, un commencement de critique exercée contre des préjugés établis, contre des opinions dominantes. M. Garat excommuniait, en plein Institut, le téméraire examen que risquait un jeune homme contre la philosophie du XVIII° siècle. C’était avant les leçons de M. Royer-Collard, avant cette réaction que vous avez rendue si complète. Quelques conversations avec Villers et la lecture de Descartes m’avaient mis sur cette voie ; la génération actuelle imagine volontiers qu’elle s’est avisée la première de toute ce qu’elle répète. Si vous avez la patience de parcourir ce tableau du XVIII° siècle, vous y trouverez beaucoup de choses qui depuis ont été développées et répandues. Il y a quelques années que notre ami M. Royer-Collard tomba par hasard sur ce livre ; et j’ai eu de lui les louanges qui m’ont le plus flatté. Votre suffrage me serait de même un grand honneur. Ce qui fait que je le sollicite aujourd’hui, c’est que vous vous êtes chargé, tout ministre que vous êtes, d’une partie de ce rapport demandé par vous à l’Académie des sciences morales. Jugez si, non pas le mérite, mais la date de cette critique du XVIII° siècle, peut valoir une mention dans votre catalogue, comme symptôme d’un nouveau mouvement littéraire et philosophique. Cette tâche indiquée à l’Académie est une heureuse idée, et peut-être ferez-vous utilement d’en demander autant aux autres classes de l’Institut. Une période de vingt années, où l’on est arrivé si loin du point de départ, comporte un tel examen. Du reste, vous savez bien ce qui est à propos ; et quoi qu’il arrive, vous avez marqué votre trace au ministère.
Croyez, mon cher confrère, à mon attachement et à ma haute considération. » [16 mai 1840].

CRITIQUE, COMMENTAIRES, ARTICLES ET OUVRAGES CONCERNANT V. COUSIN.
L’Essai sur le panthéisme de l’abbé Maret.
L’abbé Henri Maret [1805-1884] fait paraître, en 1840, son Essai sur le panthéisme dans les sociétés modernes [Paris : Sapia, XVI-439 p., in-8] dirigé contre le rationalisme et le panthéisme supposés de V. Cousin. L’ouvrage est réédité en 1845.

Louis Peisse.
Louis Peisse [1803-1880] fait paraître : Examen de la Préface de la deuxième édition (1833) des Fragmens philosophiques de M. Victor Cousin [Paris, 1840].

Article de Félix Ravaisson dans la Revue des Deux Mondes.
Félix Ravaisson [1813-1900], depuis peu Inspecteur général des bibliothèques [1839-1845] fait paraître dans la Revue des Deux Mondes un article sur la Philosophie d'Hamilton, dans lequel il attaque l'éclectisme. Il signe par là-même une brouille avec V. Cousin, expliquant en partie son échec, quelques années plus tard, en 1847, à l'Académie des sciences morales, et dans des candidatures ultérieures. Il sera élu membre de l'Académie des Inscriptions et belles-lettres, le 9 novembre 1849, en remplacement de l’helléniste d'Antoine Jean Letronne [1787-1848]. Et ne deviendra membre de l’Académie des sciences morales et politiques qu’en 1881 [section de philosophie, fauteuil 2] le 30 avril 1881, en remplacement de Louis Peisse [1803-1880], décédé le 30 octobre 1880].

Clément Gourju contre Francisque Bouillier.
Rendant compte du discours d’ouverture prononcé par Francisque Bouillier à la Faculté des lettres de Lyon, le professeur de philosophie Clément Gourju [1814-1899] écrit : « Les quelques mots qui ont été blâmés dans la profession de foi émise par M. Bouillier lui viennent de la bouche de M. Cousin, nous a-t-on dit. Si cela était, le fait n’aurait rien d’honorable pour le maître ni pour le disciple. Que M. Cousin, qui flotte à tout vent de doctrine philosophique et politique, soit bien aise d’inoculer ses opinions, chacun le comprend ; mais que le jeune et brillant professeur ne veuille pas conquérir l’indépendance de son langage, c’est de quoi peuvent s’affliger les coeurs honnêtes. » [Note sur le retour du christianisme par la philosophie, à l’occasion du discours d’ouverture prononcé par M. Bouillier, Roanne : impr. de Périsse, in-4, 1840].

Notice sur Clément Gourju.
[Pierre] Clément Gourju [1814-1899] D’une famille lyonnaise d’enseignants en philosophie. Son père est Pierre Louis Gourju [1762-1814], doyen de la Faculté des lettres de Lyon, et professeur de philosophie. Son fils est Antonin Gourju [1847-1926], avocat et homme politique.
Ancien élève de l’École normale [1827]. Professeur de philosophie, à Lyon ; puis principal du collège de Roanne.

Cours de philosophie.
Publie en 1841, un Précis d’un cours de philosophie élémentaire, en forme de réponses aux questions du programme officiel [1ère partie, contenant l’introduction et la psychologie], par M. P. Clément Gourju. Lyon : Giberton et Brun, 4 parties en 1 volume, in-8, 2ème édition, 1843 ; qui connaîtra plusieurs éditions : en 1847, comme troisième édition, sous le titre Cours de philosophie élémentaire, suivi de l'histoire de la philosophie, par M. P.-Clément Gourju [Paris : Sagnier et Bray, in-8, XVI-499 p., 1847] ; en 1865, comme quatrième édition [in-8, XII-455 p., 1865].
Dans le même esprit, publie en 1877 : Premier entretien sur l’enseignement de la philosophie spiritualiste, par Clément Gourju [Lyon : Imprimerie catholique, in-18, 12 p., 1877].
Sommaire de philosophie spiritualiste, suivant l’ordre du programme officiel du baccalauréat ès-lettres, par M. Clément Gourju [Paris : Lecoffre, in-16, 32 p., 1883] ; réédité en 1889 [Lyon : Vitte et Perrussel, in-16, 69 p., 1889].
Enfin, en 1899, De la clarté dans l’enseignement de la philosophie, par M. Clément Gourju [Lyon : imprimerie de A. Rey, in-8, 8 p., 1899].

Polémiste.
Participe à la polémique autour de Lamennais, avec Le Christianisme jugé par la raison commune dans le système de Lamennais, par M. P. C. Gourju. . Dédié aux élèves de M. Noirot. [Lyon : impr. De Périsse frères, in-8, 146 p., s-d].
Porte-parole des opinions catholiques, il attaque l’enseignement de Francisque Bouillier [1813-1899], lorsque celui-ci commence son enseignement à la Faculté des lettres de Lyon, dans une brochure : Note sur le retour au christianisme par la philosophie, à l’occasion du discours d’ouverture prononcé par M. Bouillier, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, par M. P. C. Gourju [ Roanne : impr. de Périsse, in-4, 1840] « Les quelques mots qui ont été blâmés dans la profession de foi émise par M. Bouillier lui viennent de la bouche de M. Cousin, nous a-t-on dit. Si cela était, le fait n’aurait rien d’honorable pour le maître ni pour le disciple. Que M. Cousin, qui flotte à tout vent de doctrine philosophique et politique, soit bien aise d’inoculer ses opinions, chacun le comprend ; mais que le jeune et brillant professeur ne veuille pas conquérir l’indépendance de son langage, c’est de quoi peuvent s’affliger les coeurs honnêtes ».

En 1885, il publie : Lettre à M. Camille Flammarion, auteur de l’Astronomie populaire, par M. Clément Gourju [Lyon : imprimerie générale, in-8, 14 p., 1885].

Enfin, en 1888, écrit dans la revue l’Avenir scientifique et littéraire de Lyon « La Franc-maçonnerie au pied de la statue de Victor Laprade », publié en tiré-à-part [Lyon : imprimerie de Vitte et Perrussel, in-8, 5 p., 1888].

Célébration de l’abbé Noirot [1793-1880].
Professeur de philosophie à Grenoble [1826] puis sur une longue période à Lyon [1827-1852], l’abbé Joseph Noirot poursuit sa carrière comme Inspecteur général de l’enseignement primaire, puis de l’enseignement secondaire. Son influence sur ses élèves est considérable.
Clément Gourju prononce un discours à ses funérailles, le 31 mars 1880 [Langres : imprimerie de L’Huillier, in-8, 1880]. Quelques jours avant, il avait prononcé un Éloge de l’abbé Noirot, dont le texte est publié : Aux anciens Élèves de M. l’abbé Noirot, réunis le 8 février 1880, chez le Dr. Emery, par M. Clément Gourju [Lyon : imprimerie catholique, in-8, 15 p., 1880].
Puis, le 29 mai 1884, prononce une conférence à la Société nationale d’éducation de Lyon, sous le titre : M. l’abbé Noirot et les maximes qui résument sa méthode [Lyon : imprimerie de pitrat, in-8, 1884].

Collaboration avec Thomas Henri Martin.
En collaboration avec Thomas Henri Martin [1813-1883], publie, en 1864, un abrégé de la deuxième édition de son ouvrage La Vie future, dont la première édition est de 1855, et la seconde est de 1858 [Abrégé de la deuxième édition, fait avec le concours de l’auteur par M. Clément Gourju, Paris, Tandou, in-18, XXIV-244 p., 1864].

Diverses publications.
En 1863, édite le texte de sa Lettre à Mgr. l’évêque d’Orléans au sujet de son avertissement à la jeunesse et aux pères de famille [Paris ; Lyon : Ambroise Bray, A. Brun, Hémery, in-8, 16 p., 1863].
En 1883, publie le texte de l’Allocution finale du 30 juin 1883, du cours de philosophie, aux Facultés catholiques de Lyon [Paris : Lecoffre, in-8, 16 p., 1883].
En 1890, publie le texte de sa conférence du 7 mars 1890, à la Faculté catholique des lettres, sous le titre Un Écolier interrogé par Ampère, en 1832, d’abord sous forme d’un article publié dans l’Université catholique, puis d’une brochure [Lyon : E. Vitte, in-8, 8 p., 1890].

Contre l’éclectisme.
Michel Nicolas. De l’Éclectisme. Paris : Ladrange, in-8, 116 p., 1840.

Réflexions critiques.
Émile Gasc [fils]. Dix ans de perdus !... Réflexions adressées à M. Cousin, ministre de l’instruction publique. Paris : Charpentier. In-8. Mai 1840.

René François Rohrbacher contre le monopole universitaire.
René François Rohrbacher. Le Monopole universitaire dévoilé à la France libérale et à la France catholique, les doctrines, les institutions de l’église et le sacerdoce, enfin justifiés devant l’opinion du pays par une société d’écclésiastiques, sous la présidence de M ; l’abbé Rohrbacher. Paris : Myot. Nancy 1840.
L’abbé René François Rohrbacher [1789-1856] représentant du catholicisme libéral ultramontain, a soutenu Félicité de Lamennais jusqu’à sa condamnation par Rome. En 1840 il est professeur de l’histoire de l’église au séminaire écclésiastique de Nancy. Puis s’établira à Paris jusqu’à la fin de sa vie.
Il est l’auteur d’une Histoire universelle de l’Église catholique, publiée de 1842 à 1849, et rééditée à de nombreuses reprises. Cette œuvre apolégétique est orientée contre le gallicanisme.

Jugement de Charles de Rémusat.
Charles de Rémusat, dans les Mémoires de ma vie [édités en 1960 par Charles Pouthas, tome 3 qui couvre la période 1832-1841, pages 300-301] témoigne de la place de V. Cousin dans le gouvernement Thiers.
« Cousin était notre ministre de l’Instruction publique. Il succédait naturellement à Villemain qui avait imparfaitement réussi. Ni l’un, ni l’autre n’avait soutenu à la tribune de la Chambre des pairs leur réputation d’éloquence et leurs collègues n’étaient pas fâchés de satisfaire sur eux cette aversion dédaigneuse que les gens du monde et les gens d’affaires conservent toujours au fond des coeurs pour les hommes de lettres dont leur esprit seul a fait des hommes politiques. Cousin ne nous apportait donc ni une position ni une influence. Il ne manquait ni d’ennemis, ni de moqueurs. Mais lié avec Thiers depuis la Restauration, faisant profession d’être son ami, il s’était décidé, après avoir hésité et varié quelque temps, à le prendre pour son chef de file depuis 1834. Il avait toujours tenu à ne pas se confondre avec les doctrinaires, et malgré d’assez bons rapports avec Broglie et Guizot, il les goûtait peu, les louait encore moins et avec sa facilité d’engouement, ayant pris un jour Molé à gré, il avait travaillé longtemps à l’unir avec Thiers ; cela ne l’avait pas empêché de s’associer à la coalition. Politiquement, il était donc en mesure d’entrer dans un cabinet du centre gauche, quoiqu’il aimât à se figurer qu’il ne sortait point par là du cercle du parti conservateur. Il avait d’ailleurs pour le département de l’Instruction publique une spécialité aussi réelle qu’apparente. Il en connaissait les traditions, le personnel, les besoins. Il apportait à la direction de cet important service des vues formées d’avance par l’expérience et la réflexion, et quoi qu’il dût porter dans l’administration la mobilité effrayante de ses préventions toujours extrêmes, je suis assuré qu’il y aurait fait du bien. Il prit quelques mesures générales fortement motivées, fort approuvées des bons juges. Mais il n’entrait pas au pouvoir pour être uniquement un ministre de l’Instruction publique. La vivacité et l’étendue de ce rare esprit ne lui permettaient pas de rester étranger à la politique générale. Il s’en était toujours occupé. Il avait des opinions sur l’Europe qu’il prétendait bien connaître, sur la diplomatie, sur la guerre, opinions quelque peu changeantes, mais toujours tranchées. A cet égard, je craignais fort l’indiscrétion et la fougue de ses conversations, l’intolérance de ses idées, à la fois pointues et variables. Le temps et le goût de la philosophie nous avaient assez rapprochés, quoique je n’aie jamais travaillé sous lui, ni avec lui. Je ne pouvais donc que consentir avec empressement à l’avoir pour collègue. Mais je savais combien il avait peu de sûreté et de consistance. Je connaissais cette mobilité d’impressions qui se change bien vite en calculs réfléchis, cette rapidité d’improvisation à la fois étourdie et opiniâtre qui ne permet pas de discuter avec lui, son défaut absolu de véracité, son goût pour les machinations gratuites et les combinaisons secrètes ; je le redoutais donc comme un dangereux dissolvant. Mes craintes ne furent pas justifiées ; il se tint tranquille et raisonnable dans le ministère. Il s’entendit particulièrement bien avec moi et s’il eut encore quelques caprices d’infidélité, c’est Thiers plus que moi qui eût à s’en plaindre ».

Jugement du nonce du Pape sur V. Cousin : le pour et le contre.
Un grand fond d'amour pour la religion.
Lorsque V. Cousin est promu ministre, le nonce [représentant du pape en France] porte ce jugement : « Sa réputation religieuse n'était pas brillante ; je crois qu'on l'avait ternie. J'ai eu dernièrement une longue conversation avec lui sur les affaires ecclésiastiques ; on ne saurait approuver tout ce qu'il approuve, mais il y a chez lui un grand fonds d'amour pour la religion. » [Latreille, 32].


Le 22/02/2018