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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1836
  En 1836, V. Cousin [1792-1867] a quarante trois ans [il aura quarante quatre ans le 28 novembre 1836].
Tenté un moment par l’entrée dans la vie politique, il poursuit ses publications universitaires [édition d’Abélard, première édition du Vrai, du beau et du bien].
Et, tandis qu’il apparaît comme le spécialiste international des questions d’enseignement, envoyé dans des missions d’enquête à l’étranger [dont la Hollande], il commence, grâce à Sainte-Beuve qui s’est entremis auprès de François Buloz, à publier dans la Revue des Deux-Mondes.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L’École normale .
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1824. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.
Le troisième voyage, où il est accompagné par Napoléon Lannes, son élève, est rapidement interrompu par son arrestation à Dresde [15 octobre 1824], son incarcération à Berlin [jusqu’à la mi-février 1825], son assignation à résidence jusqu’en avril 1825.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1820-1825. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

1822. Précepteur chez les Lannes.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

1825-1826. Les Fragments philosophiques.
Mais la grande et nouvelle affaire c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques. Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que V. Cousin peut signer comme auteur. En rassemblant des textes déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savants, et en soignant particulièrement la préface. Il en assure une large distribution auprès de ses relations philosophiques, en France et à l’étranger et confirme ainsi, sans disposer de chaire, son image du philosophe français par excellence.

1828. Reprise de l’enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer-Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et achetés immédiatement à plus d’un millier d’exemplaires.

La Révolution de 1830.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] ; nommé Pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation depuis 1830, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Se spécialise dans l’étude comparée des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; puis en Hollande, 1836 ; enfin en Suisse, 1837].

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 les critiques se font de plus en plus nombreuses [Armand Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme et sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et plus encore sa fonction conciliatrice [il y a du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on va bientôt lui reprocher un panthéisme fataliste, hérité de sa lecture de Hegel.

Après 1830.
En dehors d’une conférence gardée à l’École normale, V. Cousin n’enseigne plus. Son rôle est désormais celui d’un politique : c’est à lui qu’on doit les grandes lignes de la loi Guizot de 1833 sur l’enseignement primaire. C’est lui aussi qui oriente en partie – tout au moins d’un point de vue universitaire - la vie intellectuelle philosophique par son rôle à l’Académie des sciences morales et politiques, par le choix des sujets proposés aux concours et par l‘élection des correspondants, des associés étrangers et des membres.
Cette position est renforcée par sa nomination, en septembre 1835, comme directeur de l’École normale.

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
La tentation politique.
Le duc Victor de Broglie [1785-1870], ministre des Affaires étrangères et Président du Conseil [1835-1836], ayant donné sa démission, Adolphe Thiers le remplace et, le 1er mars 1836, constitue un nouveau cabinet. Il semble que V. Cousin ait à ce moment été tenté par la politique, mais qu’il ait refusé un portefeuille dans le ministère de Thiers.
Il en fait l’aveu dans une lettre à Schelling, écrite en juin 1836 :
« J’ai échappé, dans ces derniers temps, à un grand danger, celui d’entrer dans les affaires»

Voyage en Hollande en septembre.
V. Cousin se rend en Hollande, avec son ami Auguste Viguier [1793-1867], ancien élève de l’École normale [1811], conseiller référendaire à la Cour des Comptes, pour étudier le système d'enseignement. Il part de Paris le 10 septembre 1836. Il se rend à Bruxelles, à Anvers, le 14 septembre il est à Rotterdam.
Le compte-rendu de ce voyage d'étude fera l'objet d'un ouvrage : De l'Instruction publique en Hollande [Paris ; Strasbourg, F. G. Levrault, in-8, 460 p., 1837]. 1837), précédé d'articles dans la Revue des Deux Mondes, dans le Journal de l'Instruction publique et d'une communication à l'Académie des sciences morales et politiques.
Lors de ce voyage en Hollande, V. Cousin tient, dit-il, un Journal de voyage. C’est de ce journal qu’il extrait deux textes : Lettres inédites de Descartes et remarques de Huygens sur la vie de Descartes par Baillet ; Spinoza et la synagogue des juifs portugais à Amsterdam. Ces textes paraîtront ultérieurement, d’abord en 1838 dans le tome 2 des Fragments philosophiques, puis en 1866 dans le tome 3 [Fragments de philosophie moderne, 1ère partie] des Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie.


Lettres inédites de Descartes et remarques de Huygens sur la vie de Descartes par Baillet.
« Le catalogue imprimé des manuscrits de la bibliothèque de Leyde m’avait donné des espérances qui, grâce à Dieu, n’ont pas été tout à fait trompées.
Le bibliothécaire de Leyde est M. Geel, connu de tous les amis de la philosophie ancienne par l’Historia critica Sophistarum. C’est un homme plein d’esprit et d’activité, qui a eu la bonté de s’enfermer avec moi pendant tout un dimanche dans la bibliothèque, pour me la faire connaître en détail. Cette bibliothèque est à la fois très-belle, très-bonne et très-commode : elle est divisée comme celle de Gottingen et comme celle d’Utrecht en autant de salles qu’il y a de grandes divisions bibliographiques : la théologie, la médecine, la jurisprudence, la philosophie, etc. On s’établit dans une de ces salles, et on y travaille tout à son aise, entouré des ouvrages dont on a besoin. Non-seulement les étudiants sont admis un certain nombre de jours de la semaine, mais on leur prête des livres, comme à Gottingen et partout en Allemagne, sur leur signature, et sous la garantie d’un de leurs professeurs.
M. Geel a commencé par me montrer des manuscrits précieux, entre autres un vieux manuscrit français de Monstrelet, avec les plus belles vignettes. Ce sont de petits tableaux d’un coloris admirable où il y a déjà de la composition et même du dessein. Je les signale à M. le comte de Bastard pour sa collection des peintures manuscrites du moyen âge.
M. Geel m’a fait voir avec orgueil le fameux manuscrit de Suidas, que M. Gaisford a fait collationner pour son édition, et dont les bonnes leçons sont maintenant imprimées. Il voulait me faire admirer aussi le commentaire encore inédit d’Olympiodore sur le Phédon qui a servi à Wyttenbach pour sa célèbre édition de l’incomparable dialogue ; mais j’avais vu en Italie bien des manuscrits d’Olympiodore, et nous en avons d’excellents à Paris. J’ai donc prié mon aimable et savant cicerone de me mettre en présence du véritable trésor de la bibliothèque de Leyde, les papiers de Huygens » [Tiré du Journal d’un voyage en Hollande, dans le mois de septembre 1836 ]

Spinoza et la synagogue des Juifs portugais à Amsterdam.
« Amsterdam, 1er septembre 1836.
« De tous les professeurs de l’Athénée d’Amsterdam, celui que je désirais le plus connaître était M. Roorda, professeur de langues orientales, de théologie et de philosophie, dont j’avais reçu une petite dissertation sur un point curieux et obscur de philosophie ancienne, Disputatio de Anticipatione, atque Epicureorum et Stoicorum de anticipationibus, Lugduni Batavorum, 1823. Je comptais sur lui pour m’introduire dans l’ancienne librairie Blaeu, où diverses raisons me faisaient soupçonner qu’on pourrait découvrir quelques manuscrits de Descartes. Je voulais aussi le prier de m’aider à retrouver sur le Burgwall la maison où était né Spinoza, et à recueillir quelques traces de son séjour à Amsterdam ou dans les environs. Mais l’Athénée était en vacance ; tous les professeurs étaient à la campagne ou en voyage. Privé de tout guide, je me vis forcé de renoncer à mes recherches cartésiennes ; et quant à Spinoza, à défaut de mieux, je me contentai d’aller faire en son honneur une visite à la synagogue des juifs portugais ». [Tiré du Journal d’un voyage en Hollande, dans le mois de septembre 1836].

Séance de rentrée à l’École normale.
Le jeudi 20 octobre 1836 le ministre de l’Instruction publique, François Guizot, préside à la rentrée de l’École normale. V. Cousin lit, à cette occasion, un rapport détaillé sur l’état de l’École, en présence d’Épagomène Viguier, directeur des études, Charles Fauriel, Hasse, Louis Burnouf, Jean Philibert Damiron, Jules Michelet, etc.
Le texte intégral du rapport est publié dans le Journal général de l’instruction publique , n° 101, dimanche 30 otobre 1836, page 809.

Continue d'enseigner à l'École normale.
V. Cousin continue d'enseigner, pour les cours d'agrégation, à l'École normale. En 1835 les cours concernent Platon, en 1836 Aristote. Les cahiers de Marcellin Bontoux, Amédée Jacques, Arsène Danton, Jules Simon témoignent de cet enseignement.
Barthélémy Saint Hilaire [I, 462-463] rapporte : « En 1835 et 1836, Aristote succédait à Platon, et la Métaphysique, aux Dialogues. il n'y a rien dans les oeuvres du philosophe de plus important que sa Métaphysique ; mais comme le désordre y est extrême et incurable, il était bon d'analyser d'abord l'ouvrage tel qu'il nous a été transmis ; puis de discuter l'ordre des différents livres, au nombre de quatorze, et enfin de se prononcer sur le but et l'ensemble de la composition. Un des premiers documents à consulter était le récit de Strabon, sur le destin des manuscrits et de la bibliothèque d'Aristote et de Théophraste. On comparait ce récit à celui de Plutarque, qui n'ajoute que peu de choses, et aux renseignements qu'on peut avoir sur les remaniements faits à Rome par Tyrrannion et Andronicus de Rhodes. On en concluait que l'ouvrage est authentique malgré quelques interpolations, et qu'il faut le laisser dans la disposition imparfaite où il est arrivé jusqu'à nous. On s'arrêtait ensuite au 1er livre, qui renferme un abrégé de l'histoire de la philosophie antérieure à Aristote, jusques et y compris Platon ; et qu'on l'étudiait à fond, ainsi que tous les systèmes qui y sont critiqués, depuis celui de Thalès. ».

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Agrégation.
V. Cousin est le président du jury d’agrégation. Sont membres du jury : Frédéric Cuvier [1773-1838], Jacques Matter [1791-1864], inspecteurs généraux des études, Jean Jacques Séverin de Cardaillac [1766-1845], inspecteur de l’Académie de Paris, Jean Philibert Damiron [1794-1862], professeur de philosophie au collège royal Louis-le-Grand.
Sur dix candidats se présentant, six sont reçus en 1836 : Félix Ravaisson, répétiteur au collège Rollin ; Jules Simon, élève de l’École normale, promotion 1833 ; Alfred Lorquet, élève de l’École normale, promotion 1833 ; Émile Saisset, élève de l’École normale, promotion 1833 ; Marcellin Bontoux, ancien élève de l’École normale [1832], chargé du cours de philosophie au collège royal de Pontivy ; Henri Pichard, ancien élève de l’École normale [1830], chargé du cours de philosophie au collège royal de Cahors.
Se sont présentés, mais n’ont pas été reçus : Ménetrel [1832], Ricard [1828] , anciens élèves de l’École normale, Boutron, élève de l’École normale [1833], qui sera reçu en 1845 ; Janel.
Le Journal général de l’instruction publique donne le texte détaillé des épreuves. [1ER septembre 1836, n° 88, pages 699-700].

Félix Ravaisson
Félix Ravaisson. [1813-1900]. Né le 23 octobre 1813, à Namur [alors département français de Sambre-et-Meuse] ; mort le 18 mai 1900, à Paris.
Études classiques à Paris, au collège Rollin [c’est sur son emplacement que s’étabira plus tard le collège Sainte-Barbe]. Il y remporte plusieurs prix au Concours général des collèges de Paris. Notamment le Prix d'honneur de philosophie [1832], sur le sujet De la méthode en philosophie. Son professeur de philosophie au collège Rollin est Hector Poret qui, à cette époque, supplée V. Cousin dans la chaire de la philosophie ancienne à la Faculté des lettres de Paris.
Se rend à Munich, et suit pendant quelques mois les cours de Schelling.
Fait paraître, dans la Revue germanique [octobre 1835], la traduction en français de la Préface de Schelling au livre de Hubert Bekkers : Victor Cousin über französische und deutsche Philosophie, Stuttgart und Tübingen, 1834, qui constitue en partie une traduction de la préface de la seconde édition des Fragments philosophiques [1833].
Remporte, en 1835, le premier concours de l'Académie des sciences morales et politiques proposé par V. Cousin, en 1833 : Examen critique de l'ouvrage d'Aristote intitulé Métaphysique. Son Mémoire sera publié, très largement remanié, en 1837, sous le titre Essai sur la Métaphysique d'Aristote [Paris : Imprimerie royale, in-8, 589 p.] ; un deuxième volume paraîtra en 1846.
Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1836, alors qu’il n’est pas un ancien élève de l’École normale.
Chef de secrétariat à l'administration centrale du ministère de l’Instruction publique [1837] ; est nommé, en 1838, par Narcisse de Salvandy, alors ministre de l’Instruction publique [1837-1839] secrétaire de la Commission historique au ministère de l’Instruction publique.
Docteur ès-lettres, avec la thèse De l'Habitude [Paris. 26 décembre 1838]. La thèse latine porte sur Speusippe. La thèse connaîtra une réédition en 1927, comme deuxième édition [F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contemporaine, précédé d’une introduction de Jean Baruzi. In-16, XXXV-63 p., 1927], puis de nombreuses rééditions
Après sa thèse est nommé Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Rennes [1837], mais n’y enseigne pas. Est nommé au poste nouvellement créé [1839] d’Inspecteur général des bibliothèques [15 avril 1839-1845]. À ce titre explore les bibliothèques de l’Ouest et donne en un volume le résumé de ses rapports [1841], publie le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Laon [1846], puis quelques années plus tard un Appendice à ce catalogue [1853]. Une quinzaine d’années plus tard, sera chargé d’un Rapport sur les archives de l’Empire et sur l’organisation de la bibliothèque impériale [Paris : E. Panckoucke. In-8, 373 p., 1862].
Publie, en 1840, un texte sur la Philosophie contemporaine [Paris : impr. Fournier, in-8, 36 p., 1840]
À nouveau Chef de secrétariat et du cabinet à l'administration centrale du ministère de l’Instruction publique [1846].
Maître des requêtes au Conseil d'État, à nouveau Inspecteur général des bibliothèques [1846], puis nommé à l'inspection générale pour l'enseignement supérieur des lettres [1852-1888]. Membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique [1852]. Assure la présidence du jury d’agrégation de philosophie, au moment du rétablissement de l’agrégation, en 1863 [et demeure président du jury jusqu’en 1875].
Rédige en 1867, à la demande de Victor Duruy [1811-1894], ministre de l’Instruction publique [1863-1869], qui a été son condisciple à Rollin, et dans le cadre des Rapports sur le progrès des sciences et des lettres en France, préparés pour l’Exposition universelle : La Philosophie en France au XIXème siècle. Le rapport est publié l’année suivante [Paris : Hachette, 266 p., 1868]. Sera réédité à plusieurs reprises [5ème édition en 1904. Paris : Hachette, in-8, 330 p., 1904].
Conservateur de la sculpture ancienne et moderne au musée du Louvre [juillet 1870]. Il publie La Vénus de Milo [Paris : L. Hachette, 1871] et prendra ce thème comme sujet de la lecture en séance publique des cinq académies de l’Institut le 25 octobre 1890. Fera l’objet d’un tiré à part [Paris : impr. Firmin-Didot, in-4, 16 p., 1890]

1849. Académie royale des Inscriptions et belles-lettres.
Élu membre de l'Académie royale des Inscriptions et belles-lettres, le 9 novembre 1849, en remplacement de l’helléniste et archéologue Antoine Jean Letronne [1787-1848], décédé le 14 décembre 1848. Il y lit un Mémoire sur le stoïcisme, qui fait l’objet d’un tiré à part [Paris : Imprimerie impériale, in-4, 94 p., 1856], puis d’une parution dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions, tome XII, Ier volume, 1857.

1881. Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie.
Élu tardivement membre de l'Académie des sciences morales et politiques [il a alors soixante sept ans], section de philosophie [fauteuil 2], le 30 avril 1881, en remplacement de Louis Peisse [1803-1880], décédé le 30 octobre 1880. Il s’y était présenté dès 1842 [face à Charles de Rémusat], en 1844 [où il se retire en faveur d’Adolphe Franck], en 1870 [où, bien que placé au premier rang par la section de philosophie, il échoue face à Jean Nourrisson], en 1877 [face à Louis Peisse].

Jules Simon
Jules Simon. [1814-1896]. Né le 31 décembre 1814, à Lorient [Morbihan] ; mort le 8 juin1896, à Paris.
Ancien élève de l’École normale [1833]. Agrégation de philosophie en 1836. Professeur de philosophie au collège de Caen [1836]. Professeur au collège de Versailles [1837]; Professeur suppléant [de V. Cousin] à la Faculté des lettres de Paris [1839-1852], où il succède à Étienne Vacherot. Maître de conférences de philosophie à l’École normale [1842-1851], où il est chargé par V. Cousin de la conférence d'histoire de la philosophie de première année, à la mort de T. Jouffroy [1er mars 1842].
Jules Simon supplée V. Cousin, dans la chaire d’histoire de la philosophie ancienne de la Faculté des lettres de Paris [1839-1852]. Il succède à Étienne Vacherot, et gardera ce poste jusqu’en 1852 [7 mai 1852, date à laquelle V. Cousin est à la retraite].
Député des Côtes du Nord [1848]. Conseiller d’État [1849]. Député de la Seine [1863-1870]. Membre du gouvernement de la Défense nationale et Ministre de l’instruction publique [1870]. Député de la Marne [1871]. ministre de l’Instruction publique et des Cultes [1871-1873]. Sénateur innamovible [1875]. Ministre de l’intérieur et Président du Conseil des ministres [1876-1877].
Élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de morale, au fauteuil 5, le 21 février 1863, en remplacement de Charles Dunoyer, décédé le 4 décembre 1862. En réalité avait commencé à penser sa candidature, dans la section de philosophie, dès 1844, au moment du remplacement de William Frédéric Edwards [1777-1842]. Il devient secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, par l’élection du 11 novembre 1882. Il succède dans cette fonction à François Mignet [qui l’avait assumée depuis décembre 1832, et qui démissionne le 28 octobre 1882].
Élu membre de l’Académie française, au fauteuil 8, le 16 décembre 1875 [alors qu’il est Président du Conseil des ministres], en remplacement de Charles de Rémusat, décédé le 6 juin 1875.

Alfred Lorquet.
Alfred Lorquet. Ancien élève de l’École normale [1833]. Agrégation de philosophie en 1836 [sont reçus cette année : : Félix Ravaisson ; Jules Simon ; Alfred Lorquet ; Émile Saisset ; Marcellin Bontoux ; Henri Pichard].
En 1840 publie un ouvrage scolaire, composé de choix de textes : Descartes, le Discours de la méthode ; Bacon, Le Novum Organon ; Leibniz, Fragments de la Théodicée [Paris : L. Hachette, in-12, VIII-371 p., 1840]
Docteur ès-lettres [Paris, août 1841] avec une thèse sur la Discussion des antinomies kantiennes [Paris : impr. de Moquet, in-8, 131 p., 1841] La thèse latine porte sur Le Dieu créateur chez Platon [Paris : impr. de Moquet, in-8, 59 p., 1841].
En 1847 fait paraître La Philosophie de la religion [Paris : Comon, in-18, 97 p., 1847].
En 1857, publie à nouveau un ouvrage scolaire : Descartes. Discours de la méthode. Méditations en latin et en français, avec des éclaircissements et des extraits des Réponses aux objections. [Paris : L. Hachette, in-18, IV-226 p., 1857]
Professeur de philosophie au lycée Saint-Louis. Secrétaire de la Faculté des lettres de Paris.

Émile Saisset
Émile Saisset [1814-1863]. Né le 16 septembre 1814, à Montpellier [Hérault] ; mort le 27 septembre 1863, à Paris.
Ancien élève de l’École normale [1833]. Agrégation de philosophie en 1836. Docteur ès-lettres avec une thèse sur Aenésidème [Paris, août 1840]. La thèse latine porte sur la preuve de l’existence de Dieu dans le Proslogio de saint Anselme.
Enseigne la philosophie au collège de Caen [1838]. Maître de conférences de philosophie à l’École normale [1842-1857].
Concourt pour une place d’agrégé d’enseignement supérieur en philosophie en 1843 [en même temps que Amédée Jacques]. V. Cousin fait publier leurs textes : Rapport de M. Cousin, président du concours ouvert en 1843 pour diverses places d’agrégés de philosophie. Ce rapport est suivi des Dissertations de MM. Émile Saisset et Amédée Jacques [Dissertation sur ce point d’histoire de la philosophie : ce qu’il y a de vrai, ce qu’il y a de faux dans la morale stoïcienne]. Paris : P. Dupont, in-8, 32 p. Connaît deux tirages la même année.
Chargé du cours complémentaire de philosophie grecque et latine au Collège de France [1853-1857]. Enseigne à la Sorbonne, où il remplace J. P. Damiron [1856-1863] dans la chaire d'Histoire de la philosophie moderne.
E. Saisset est surtout le traducteur des œuvres de Spinoza, dont il cherche à réfuter le panthéisme. V. Cousin fait à l’Académie des sciences morales et politiques un Rapport verbal sur cette traduction des Œuvres de Spinoza par Saisset [lu dans la séance du 20 mai 1843]. Le texte fait l’objet d’un compte-rendu élogieux dans Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques [tome 3, 1843, pages 404-406].
En 1854, reçoit le prix de l'Académie des sciences morales et politiques, sur le sujet : Examen critique des principaux systèmes modernes de théodicée. Le sujet avait été mis au concours, sur proposition de V. Cousin, section de philosophie, prix du budget, en mai 1850.
Il est élu membre de l’ Académie des sciences morales et politiques, le 7 février 1863, dans la section de philosophie [ fauteuil 1], en remplacement de Jean-Philibert Damiron, décédé le 11 janvier 1862. Il meurt peu après [27 septembre 1863].
Après sa mort [1863] sa notice est rédigée par Émile Charles, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques de A. Franck [2ème édition, 1875].

*Marcellin Bontoux.
Marcellin Bontoux. Ancien élève de l’École normale [1832]. Agrégation de philosophie en 1836. Docteur ès-lettres avec une thèse sur l’Examen du Traité d’Aristote sur l’âme [Paris, avril 1840]. La thèse latine porte sur la Comparaison des principes d’Aristote et des doctrines de Cicéron. Professeur au lycée de Versailles.

Henri Pichard.
Henri Pichard. Ancien élève de l’École normale [1830]. Agrégation de philosophie en 1836. Pas de thèse de doctorat.

Élèves reçus à l’École normale, section lettres, 1836.
Adert, Ernest Bersot [agrégation de philosophie en 1839], Auguste Daunas [agrégation de philosophie en 1840], Charles Delatour [agrégation de grammaire en 1841], Delzons {agrégation des lettres en 1841], Hilaire Garsonnet [agrégation des lettres en 1839], Guiselin, Louis Lacroix [agrégation d’histoire et de géographie en 1839], Victor Louis Modeste [agrégation de grammaire en 1838], Pierre Antoine Juste Olivaint [agrégation d’histoire et de géographie en 1842], Jean Peyrot [agrégation d’histoire et de géographie en 1839], Victor Pitard [agrégation des lettres en 1839], Portelette, Alfred Rouvray [agrégation des lettres en 1839], Charles Hippolyte Verdière [agrégation d’histoire et de géographie en 1839], Charles Zévort [agrégation de philosophie en 1840]..
Publie.
Cours de philosophie, professé à la Faculté des lettres pendant l’année 1818, par M. V. Cousin, sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien, publié avec son autorisation et d’après les meilleures rédactions de ce cours, par M. Adolphe Garnier, maître de conférences à l'École normale. Paris : Librairie classique et élémentaire de L. Hachette, in-8, XXXVIII-391 p., 1836 [collationné 2].
L'ouvrage comprend le texte de trente huit leçons. Il est précédé d'une longue préface de l'éditeur [Adolphe Garnier], pages V-XXVI, dans laquelle il écrit notamment :
« En 1826, M. Cousin, forcé au silence par un pouvoir soupçonneux, publia pour la première fois des fragments de son enseignement de 1815 à 1818, et principalement de cette dernière année. Le public accueillit avec empressement ces restes d’une parole qui avait retenti avec tant d’éclat. Les hautes intelligences philosophiques comprirent bien le sens de ces pages si remplies et si concentrées ; elles saisirent le lien qui les rattachait les unes aux autres, comme les feuillets d’un même livre. Mais il n’en fut pas ainsi de tous les lecteurs, et principalement des jeunes adeptes de la philosophie. La présente publication est destinée à leur fournir le guide qui leur manquait, et à leur donner cette prodigalité d’explication et cette surabondance de lumière, dont la jeunesse a tant besoin.
[…]
« Puis, si sa curiosité l'entraîne, s'il se demande qu'est-ce que la vérité en elle-même, qu'est-ce que l'idéal en dehors de notre esprit et de la nature, que serait-ce le bien moral si les hommes et le monde étaient détruits, cette doctrine lui fait entrevoir un être substantiel, éternel et infini, qui est le fond mystérieux du vrai, du beau et du bien, et qui ne se manifeste à l'homme et dans la nature que sous ces trois formes. Les idées absolues nous viennent donc de l'être absolu. Soit qu'on descende de Dieu à l'homme, soit qu'on remonte de l'homme à Dieu, on les retrouve sur son chemin ; elles sont le messager, le médiateur céleste ; elles sont la plus haute et la plus claire manifestation de Dieu ; elles sont aussi le plus saint des hymnes que l'homme puisse adresser à la Divinité ».
Ce livre fait partie de la série concernant la période de cours de 1815 à 1820. Cette série se compose de cinq volumes de l'édition donnée par les amis de V. Cousin [Adolphe Garnier, Arsène Danton, Étienne Vacherot], à partir des rédactions mêmes des élèves. Elle est la reproduction, aussi exacte que possible, des cours primitifs, et comprend cinq volumes in-8, publiés chez Ladrange, de 1836 à 1841.

Un compte-rendu élogieux paraît dans le Journal général de l’Instruction publique, livraison du jeudi 6 mars 1836, n°37, page289 ; du jeudi 10 mars 1836, n°38, page298 ; 31 mars 1836, n°44, page 347, signé B [peut-être Nicolas Bouillet].

Une seconde édition [portant sur la même période] sera assurée par V. Cousin, lui-même, qui a revu et remanié tous les cours, en a perfectionné la forme et plus ou moins modifié le fond. Elle se compose de cinq volumes, aux titres séparés, de format in-8, publiés par Didier en 1846.
1. Le premier volume, édité par V. Cousin, est intitulé Premiers essais de philosophie. Il comprend les cours de 1815-1816, et de 1816-1817 donnés à la Faculté des lettres. Il paraît en 1846, avec une préface intitulée Avertissement de la seconde édition, en date du 15 décembre 1845. L'édition assurée par V. Cousin est intitulée "seconde édition", en fonction de la première édition de ces cours, assurée en 1836, par Adolphe Garnier, Étienne Vacherot et Arsène Danton. Sera réédité en 1855 [3ème édition revue et corrigée. Paris : Librairie nouvelle, in-8, XIX-350 pages] ; en 1862 [4ème édition revue et augmentée. Paris : Didier, in-8, 418 pages] ; en 1873 [6ème édition revue et augmentée, Paris : Librairie académique Didier et Cie, in-12, 418 pages]. À chaque fois, dans les rééditions successives, sont publiées les Avertissements de la seconde et de la troisième édition.
2. Le deuxième volume comprend le cours de 1818 [sur le Vrai, le beau, le bien]. Le cours de 1818 sur les idées du beau, du vrai et du bien a déjà été repris dans l’édition en trois volumes des Oeuvres de Cousin de 1828-1829. Le titre annonce la publication ultérieure de l’ouvrage Du Beau, du vrai et du bien (1853). Le texte est également édité en 2000 : V. Cousin, Oeuvres de jeunesse, I. Cours de philosophie professé à la Faculté des lettres pendant l’année 1818, sur les fondements des idées absolues du vrai, du beau et du bien.
3. Le troisième volume reproduit la première partie du cours de 1819 [La morale sensualiste du XVIIIème siècle].
4. Le quatrième volume reproduit la seconde partie du cours de 1819 [La morale de l'école écossaise].
5. Le cinquième volume est consacré à la philosophie de Kant.

ÉDITION DE :
Pierre Abélard. Ouvrages inédits d’Abélard, pour servir à l’histoire de la philosophie scolastique en France, publiés par Victor Cousin. Paris : Imprimerie royale, in-4, CCIII-677 p., 1836.
Fait partie de la Collection des documents inédits sur l'Histoire de France, publié par ordre du Roi, 2ème série.
V. Cousin rédige un texte d'introduction de près de 220 pages.
Incipit : « Nous avons fixé ailleurs le caractère général, marqué les diverses périodes, signalé les grands noms, esquissé les principaux systèmes de la philosophie scolastique. Cette philosophie est particulièrement l'oeuvre de la France, qui produisit, forma ou attira les docteurs les plus illustres. L'université de Paris est au moyen âge la grande école de l'Europe. Or, l'homme qui par ses qualités et ses défauts, par la hardiesse de ses opinions, l'éclat de sa vie, la passion innée de la polémique et un rare talent d'enseignement, concourut le plus à accroître et à répandre le goût des études et ce mouvement intellectuel d'où est sortie au treizième siècle l'Université de Paris, cet homme est Pierre Abélard.
Ce nom est assurément un des noms les plus célèbres ; et la gloire n'a jamais tort : il ne s'agit que d'en retrouver les titres. ».
Ce texte sera repris dans les Fragments philosophiques pour servir à l'histoire de la philosophie, tome II [Philosophie du Moyen Age], 1866, pages 1-217.
Ce travail d’édition prépare la publication, en latin, des oeuvres d’Abelard : Petri Abaerlardi Opera hactenus seoserim edita [...], qui se poursuit de 1849 à 1859.
Commentant ce texte d'introduction, Barthélémy Saint Hilaire déclare : «Dans une préface lumineuse, M. Cousin faisait comprendre ce qu'elle [la scholastique] avait été au XIIème siècle, les grands problèmes qu'elle avait agités, les solutions qui en avaient été tentées, la lutte du Nominalisme et du Réalisme, le rôle qu'avait joué Abélard en proposant un système intermédiaire, son audace en appliquant la philosophie à la théologie, les condamnations fulminées contre lui par des Conciles, sa soumission finale à l'Église, et sa mort dans un cloître, qui était presque une prison. » [1, 323].
Dans une lettre à Schelling, de juin 1836, V. Cousin commente ce travail.
« Cette excursion dans la philosophie scholastique m’a donné plus de peine que je ne puis vous dire, et ma santé est loin d’être bonne. J’ai besoin de me reposer un peu et de faire quelque chose de plus attrayant et de revenir à l’Antiquité et à Platon. Toutefois je suis loin de me repentir du travail de cette année. La question du réalisme et du matérialisme est, sous une autre face, celle de la philosophie elle-même. J’ai tâché de l’éclaircir et de nettoyer un peu ce fumier de la scholastique, où Leibniz trouvait de l’or. Vous verrez qu’après tout je me prononce pour le réalisme, ce qui va mettre dans une belle colère toute l’école de Condillac et de M. de Tracy. » [22 juin 1836].

Mémoire sur l’instruction secondaire dans le royaume de Prusse [Paris : Levrault. In-8, 1836]

PUBLIE.
Visite aux écoles de pauvres d’Amsterdam [21 septembre 1836], Paris : impr. de P. Dupont, in-8, 19 p.
« Amsterdam, mercredi 21 septembre.
Arrivés le mardi soir à Amsterdam par le plus mauvais temps du monde, au milieu de la foire, nous avons eu bien de la peine à y trouver un logement dans une auberge tout hollandaise, où personne ne sait un mot de français, le Rondeel. Le lendemain matin, de bonne heure, nous sommes sur pied pour voir un peu la ville avant de commencer nos visites aux écoles.
Ici enfin je me sens complètement dépaysé et hors de France. Aspects des lieux, mœurs générales, coutumes particulières, tout est nouveau pour moi. Il faut se figurer une ville de plus de 200.000 âmes, batie sur le confluent de l’Amstel et de ce golfe de la mer du Nord qu’on nomme le Zuyderzée. Elle est donc traversée en tous sens par l’Amstel, et elle a devant elle le Zuyderzée : de là une foule de canaux, et un port de mer immense. La ville tout entière est sur pilotis. On pourra juger du travail qu’il a fallu à l’homme pour se faire une pareille demeure, quand on saura que l’ancien hôtel-de-ville, aujourd’hui le palais du roi, porte sur 13 695 mâts. Amsterdam est la Venise du Nord […] » [Journal général de l’Instruction publique et des cours scientifiques et littéraires, volume 6, dimanche 15 janvier 1837, n° 11, page 83-88, sur deux colonnes].

Un compte-rendu bref a lieu dans le Journal général de l’Instruction publique, dimanche 1er janvier 1837, volume 6, n° 9, page 73, à l’intérieur d’un petit article sur l’Académie des sciences morales et politiques, et sa séance annuelle.
« M. Cousin, qui a succédé à M. Naudet, a lu un fragment de son voyage en Hollande, intitulé : De l’instruction primaire à Rotterdam. Ce fragment ingénieux et piquant, rempli d’obervations fines et souvent élevées, était écrit avec l’habilité connue de M. Cousin, et il a soutenu l’attention de l’auditoire et obtenu le genre de succès solide et sérieux que comportait la nature de la matière. On a surtout remarqué un morceau sur la maison de correction de la ville de Rotterdam ».
Un extrait de l’article paraît dans le Journal général de l’Instruction publique, dimanche 15 janvier 1837, volume 6, n° 11, pages 83-88, in-folio, sur deux colonnes.

Article dans la Revue des Deux Mondes.
Visite à l'école normale primaire de Harlem, Revue des Deux Mondes, 1er décembre 1836, tome 8, pages 544-564.
Incipit : « Je me proposais depuis quelque temps de faire un voyage en Hollande pour y suivre mes études sur les divers systèmes d'instruction publique chez les grandes nations civilisées. J'étais plein du rapport de M. Cuvier. Les communications bienveillantes du gouvernement de sa majesté le roi des Pays-Bas m'avaient mis en possession des deux lois qui règlent, l'une l'instruction du peuple, l'autre l'instruction secondaire et l'instruction supérieure. J'avais rassemblé une collection complète des rapports que, depuis 1816, le gouvernement fait chaque année aux états-généraux sur toutes les parties de l'instruction publique ».
C'est la première contribution de V. Cousin au journal de François Buloz [1804-1877]. Sainte-Beuve est intervenu pour faciliter cette publication.

À L’ACADÉMIE FRANÇAISE.
Élections et réceptions.
L’homme politique et historien Narcisse de Salvandy [1795-1856], élu le 19 février 1835, au fauteuil 1, en remplacement de François Auguste Parseval-Grandmaison, est reçu le 21 avril 1836 par Pierre Antoine Lebrun [1785-1873].

Le poète et auteur dramatique Emmanuel Dupaty [1775-1851] est élu le 18 février 1836, au second tour, au fauteuil 10, en remplacement de Joseph Lainé [1768-1835], décédé le 17 décembre 1835. Au premier tour de scrutin, il obtint 15 voix contre 9 à V. Hugo, et 8 au comte Molé ; au deuxième tour il est élu par 18 voix contre 12 au comte Molé et 2 à V. Hugo.
Il est reçu, le 10 novembre 1836, par Alexandre Duval [1767-1842], administrateur de la bibliothèque del’Arsenal.

Le philosophe Antoine Louis Claude Destutt de Tracy [1754-1836] meurt le 9 mars 1836. Il sera remplacé, au fauteuil 40, par François Guizot [1787-1874], élu le 28 avril 1836.

L’homme politique François Guizot [1787-1874], déja membre de l'Académie des sciences morales et politiques, et de l'Académie des inscriptions, est élu le 28 avril 1836 au fauteuil 40, en remplacement du philosophe Destutt de Tracy [1754-1836], décédé le 9 mars 1836. Il est reçu le 22 décembre par Philippe Paul de Ségur [1753-1830].

L’écrivain et historien de la littérature François [Auguste] Mignet [1796-1884] est élu, le 29 décembre 1836, au cinquième tour de scrutin, au fauteuil 20, contre Victor Hugo, en remplacement de François Raynouard [1761-1836], décédé le 27 octobre 1836.
Il est reçu par Jean-Baptiste de Pongerville [1782-1870] le 25 mai 1837.

À L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Sujet sur la philosophie allemande mis au concours.
Sur proposition de V. Cousin, section de philosophie, prix du budget, est mis au concours : Examen critique de la philosophie allemande, dans les séances du 26 novembre et 3 décembre 1836 [pour le terme du 31 décembre 1838].
Le programme est défini de la manière suivante :
1. Faire connaître par des analyses étendues les principaux systèmes qui ont paru en Allemagne depuis Kant inclusivement jusqu’à nos jours
2. S’attacher surtout au système de Kant, qui est le principe de tous les autres
3. Apprécier la philosophie allemande ; discuter les principes sur lesquelles elle repose, les méthodes qu’elle emploie, les résultats auxquels elle est parvenue ; rechercher la part d’erreurs et la part de vérités qui s’y rencontrent, et ce qui, en dernière analyse, peut légitimement subsister, sous une forme ou sous une autre, du mouvement philosophique de l’Allemagne moderne.

V. Cousin fera le rapport le 13 avril 1839, mais le prix n'est pas décerné [nouveau terme fixé au 30 septembre 1842]. Georges Gadé, docteur en philosophie de l’université de Göttingen, avait concouru.
C'est de Gérando qui fait le nouveau rapport le 7 mai 1842 ; mais le prix n'est toujours pas décerné [nouveau terme fixé au 1er septembre 1843, puis au 30 septembre 1844].
Le dernier rapport est fait par M. de Rémusat, lu dans les séances des 15 février, 1er, 8 et 15 et relu le 29 mars, 5 et 12 avril 1845. Le lauréat sera en 1845 Joseph Willm [1792-1853], inspecteur de l'Académie de Strasbourg. Son mémoire paraîtra sous le titre Histoire de la philosophie allemande depuis Kant jusqu'à Hegel, tome I en 1848 ; tome II et III, 1847 [Paris : Ladrange, in-8].

Lecture.
Dans la séance publique du 28 décembre 1836, V. Cousin lit : De l'Instruction publique à Rotterdam. Notes recueillies pendant un voyage en Hollande. Paru dans le recueil des Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, in-4, 1836.
Ce texte paraîtra également quelques semaines plus tard dans le Journal général de l’Instruction publique et des cours scientifiques et littéraires, volume 6, dimanche 15 janvier 1837, n° 11, page 83-88, sur deux colonnes.

Élections.
Les incertitudes des élections.
Pierre Louis, comte Roederer [1754-1835] est mort le 18 décembre 1835. Il libère son fauteuil [fauteuil 4] dans la section de morale de l’Académie des sciences morales et politiques. Jean-Philibert Damiron [1794-1862], alors maître de conférences à l’École normale, est tenté de se présenter dans cette section. Il s’en ouvre à son ami Théodore Jouffroy. Mais celui-ci, dans sa réponse l’en dissuade, et, en toute liberté, trace une description des clans en présence et des votes probables. Jean-Philibert Damiron sera élu un peu plus tard, dans la section de philosophie [fauteuil 1], en remplacement de Destutt de Tracy [1754-1836] décédé le 9 mars 1836.
C’est effectivement le philantrope Charles Lucas [1803-1889], spécialiste des questions pénitentiaires, qui est élu, dans la section de morale, au fauteuil de Roederer [fauteuil 4], le 19 mars 1836. Alexis de Tocqueville [1805-1859], soutenu par François Mignet, s’y présente une première fois sans succès.
» […] Un mot sur l’Institut : en voyant dans les Débats la mort de M. Roederer, j’ai pensé à vous et prévu toutes les difficultés dont vous me parlez. Je crois M. Droz engagé à Lucas depuis longtemps et engagé par conviction. M. Roederer mort, moi absent, M. Droz est la section toute entière. - Lucas sera donc proposé selon toute apparence ; suivront la proposition tous ceux que Cousin appelle les niais, savoir Comte, Edwards, etc., etc;, - et de plus tous les adversaires de Cousin, comme Broussais, Bignon, Merlin, etc., et peut-être même M. La Romiguière, - L’union de Dupin et de Cousin aurait pu seule vous faire passer, - mais ils sont antipathiques l’un à l’autre. Dupin entraîne tout ce qui appartient à la Chambre et tous les jurisconsultes. Je ne vois que Mignet, Naudet, M. Reinhart et M. de Gérando - qui puissent être pour vous ; - je crois le succès impossible, et je pense que vous ferez bien d’éviter un éclat et d’attendre une vacance dans la section de philosophie. Lucas sera probablement nommé, à moins que Dupin ne pose Tocqueville et que Cousin ne se réunisse à lui. Le mérite de M. Tocqueville aidant, ils pourraient réussir et même tellement désorganiser le parti de Lucas que celui-ci ne garde guère que la voix de M. Droz et d’un ou deux autres. Si je pouvais faire quelque chose en écrivant, j’écrirais ; - mais je suis convaincu que j’y perdrais mon temps et mon papier. [Lettre de Théodore Jouffroy à Jean-Philibert Damiron, Pise. 24 mars 1836] ».

Louis Auguste Félix, baron de Beaujour [1765-1836], pair de France, déjà correspondant de l’Institut [section d’économie politique, place 7], est élu le 19 mars 1836, comme membre libre [fauteuil 3] de l’Académie des sciences morales et politiques, en remplacement de Joseph François Carnot [1752-1835], conseiller à la Cour de cassation, décédé le 31 juillet 1835.
A sa mort, le 1er juillet 1836, est remplacé comme membre libre par le comte Joseph Portalis [1778-1858], élu le 18 février 1837. Joseph Portalis sera élu membre titulaire de la section de législation le 9 février 1839.
Le 17 décembre 1836, élection de Jean-Philibert Damiron [10 janvier 1794-11 janvier 1862], dans la section de philosophie [fauteuil 1], en remplacement du comte Antoine Louis Claude Destutt de Tracy [1754-1836], décédé le 9 mars 1836.

Le 17 décembre 1836, élection à l’Académie des sciences morales et politiques de Pellegrino Rossi [1787-1848], professeur d’économie politique au collège de France, dans la section économie politique et statistiques [fauteuil 1], en remplacement du comte Emmanuel Sieyès [1748-1836], décédé le 20 juin 1836.
À sa mort, le 15 novembre 1848, est remplacé par Léon Faucher [1803-1854], élu le 3 février 1849.

TRADUCTION, OU ÉDITION, À L’ÉTRANGER DES ŒUVRES DE V. COUSIN.
John Orville Taylor, A Digest of M. Victor Cousin's report on the State of Public Instruction in Prussia. Also the Organization and Administration of the School system of the State of New York, taken from the report of superintendant of common school. Albany : Packard & Van Bethuysen, in-12, VIII-177 p., 1836. Également, Albany : Office of the common school assistant.

CORRESPONDANCE.
Sainte-Beuve à François Buloz.
« J'ai vu ce matin Ampère, lequel a vu Cousin, lequel paraissait un peu fâché, ou du moins étonné, que l'article qu'il vous a donné n'ait point passé. Je vous rappelle donc pour cette revue. C'est un nom à désirer que celui de Cousin quand l'article ne serait pas très amusant, c'est d'ailleurs un article non payé, mais il paraît désirer une douzaine de tirages à part : tâchez d'accomoder cela et de le satisfaire pour les relations futures possibles ».

Royer-Collard à V. Cousin.
«Votre lettre, mon cher ami, m'a fait grand plaisir, non que je fusse inquiet sur vous, ou que j'eusse la moindre alarme sur votre amitié. Qu'elle parle ou se taise, qu'elle voyage ou garde le logis, je suis sûr qu'elle est la même. Nous ne pouvons pas nous oublier l'un l'autre. Je vous absous donc de vos remords. Pendant que vous avez couru, j'ai vécu sédentaire et solitaire, sauf quatre ou cinq courses de la matinée à Valençay. J'ai étudié, contemplé, observé, jugé avec grande liberté et sans respect, ce qui se passe. J'ai lu votre Abélard, et relu les trois volumes de votre cours. Vous n'avez rien écrit d'aussi parfait que le premier de ces ouvrages. Mais à mon avis, l'excellence de la forme l'emporte trop sur la médiocrité du fond. La philosophie du Moyen-âge ne m'intéresse pas. C'est sans doute tant pis pour moi. Nous en causerons et de bien d'autres choses, si je n'ai pas désappris la parole, et presque la pensée, dans ma longue et profonde retraite. Le spectacle de la vieille Chambre, en présence du nouveau ministère, nouveau du moins dans son chef, ranimera peut-être mon attention. Mais je n'y prendrais pas feu, non plus qu'au débat de l'élection académique. Je n'ai encore été abordé qu'au nom de M. Pariset. À présent , nous préparons notre départ. Je serai à Paris au commencement de la seconde semaine de décembre.
Adieu, mon cher ami, portez-vous bien ; travaillez, publiez votre Hollande. Je suis tout à vous ». [Châteauvieux, 18 novembre 1836].


TRADUCTION, OU ÉDITION, À L’ÉTRANGER DES ŒUVRES DE V. COUSIN.
John Orville Taylor, A Digest of M. Victor Cousin's report on the state of public instruction in Prussia, Albany : Packard & Van Bethuysen, VIII-177 p., in-12, 1836.

CRITIQUES, COMMENTAIRES, ARTICLES ET OUVRAGES CONCERNAT V. COUSIN.
La Revue des Deux Mondes annonce l’Abélard de V. Cousin : « L’origine de la scholastique, c’est à dire de tout le mouvement philosophique de la pensée au moyen-âge, les premiers essais de la pensée humaine, qui préparent la grande époque de Roscelin, de Guillaume de Champeaux, d’Abeilard, suivie bientôt par celle de saint Thomas, de Scott, d’Albert le Grand, en un mot, toutes les questions capitales pour l’histoire de l’esprit humain, dans les temps modernes, ont été traitées, par M. Cousin, d’une manière supérieure et éclairée dans son introduction aux ouvrages inédits d’Abeilard qu’il vient de mettre au jour. Un article de cette revue sera consacré à cette importante publication » [15 décembre 1836] En fait l’article annoncé ne paraître pas.

Le Journal général de l’Instruction publique, et des cours scientifiques et littéraires, dans sa livraison du dimanche 19 juin 1836 [volume 5, n°67, pages 529-530], consacre une longue recension [3 colonnes et demie] aux ouvrages inédits d’Abélard, publiés par Victor Cousin.

La revue américaine The Christian Examiner fait paraître un article de Brownson : Cousin's Philosophy, septembre 1836.

Le 16/11/2018