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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1835
  
En 1835, V. Cousin [1792-1867] a quarante deux ans [il aura quarante trois ans le 28 novembre 1835].
En septembre 1835, nommé directeur de l’École normale, poste qu’il occupe jusqu’au 1er mars 1840, s’installe à la Sorbonne où il sera autorisé à résider jusqu’à sa mort.
Commence à travailler sur Pierre Abélard.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L’École normale .
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1824. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.
Le troisième voyage, où il est accompagné par Napoléon Lannes, son élève, est rapidement interrompu par son arrestation à Dresde [15 octobre 1824], son incarcération à Berlin [jusqu’à la mi-février 1825], son assignation à résidence jusqu’en avril 1825.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1820-1825. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

1822. Précepteur chez les Lannes.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

1825-1826. Les Fragments philosophiques.
Mais la grande et nouvelle affaire c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques. Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que V. Cousin peut signer comme auteur. En rassemblant des textes déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savants, et en soignant particulièrement la préface. Il en assure une large distribution auprès de ses relations philosophiques, en France et à l’étranger et confirme ainsi, sans disposer de chaire, son image du philosophe français par excellence.

1828. Reprise de l’enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Il est plébiscité par la jeunesse étudiante, parisienne et libérale, lors de la reprise de son enseignement en avril 1828, dans la chaire de Royer-Collard [Histoire de la philosophie moderne]. Ses cours sont sténographiés, séance par séance, et achetés immédiatement à plus d’un millier d’exemplaires.

La Révolution de 1830.
Affirmant haut et fort son soutien à la Charte, la Révolution de 1830 lui est favorable : élu à l’Académie française [1830] ; élu à l’Académie des sciences morales et politiques [1832] ; nommé Pair de France [1832-1848] ; promu commandeur de la Légion d’honneur.
Membre du Conseil royal de l’Instruction publique, il réforme l’enseignement de la philosophie ; président du jury d’agrégation depuis 1830, il oriente la philosophie universitaire vers un spiritualisme conservateur mais distinct de la religion.
Se spécialise dans l’étude comparée des systèmes d’enseignement [mission en Allemagne, 1831 ; puis en Hollande, 1836 ; enfin en Suisse, 1837].

Le feu croisé des critiques.
Mais autour de 1830 les critiques se font de plus en plus nombreuses [Armand Marrast ; P. Leroux ; Eugène Lerminier ; L. Bautain]. Elles visent surtout l’éclectisme et sa théorie des quatre systèmes élémentaires qui, selon V. Cousin, renferment l’histoire entière de la philosophie [dans l’ordre : sensualisme ; idéalisme ; scepticisme ; mysticisme], et plus encore sa fonction conciliatrice [il y a du vrai dans chaque système].
D’un autre côté, on va bientôt lui reprocher un panthéisme fataliste, hérité de sa lecture de Hegel.

Après 1830.
En dehors d’une conférence gardée à l’École normale, V. Cousin n’enseigne plus. Son rôle est désormais celui d’un politique : c’est à lui qu’on doit les grandes lignes de la loi Guizot de 1833 sur l’enseignement primaire. C’est lui aussi qui oriente en partie – tout au moins d’un point de vue universitaire - la vie intellectuelle philosophique par son rôle à l’Académie des sciences morales et politiques, par le choix des sujets proposés aux concours et par l‘élection des correspondants, des associés étrangers et des membres.

Éléments biographiques pour 1835.
Comité des travaux historiques et scientifiques.
Création (10 janvier 1835), par François Guizot, alors Ministre de l'Instruction publique, au sein du ministère de l'Instruction publique, d'un comité d'histoire, relayant la Société de l'histoire de France, créé en 1834. Un premier Comité d’histoire politique et sociale fonctionne auprès du Ministère de l'Instruction publique. Il comprend : Abel François Villemain, Pierre Claude François Daunou, François Mignet.
Un second Comité des travaux historiques et scientifiques, chargé de concourir à la recherche et à la publication des monuments inédits de la littérature, de la philosophie, des sciences et des arts, est également créé. Il est composé de Victor Cousin, Ludovic Vitet, Le Prévost, Prosper Mérimée, Victor Hugo, Charles Lenormand, Albert Lenoir. Le secrétaire en est Adolphe Napoléon Didron. Sainte-Beuve y estt nommé postérieurement. Le comité se réunit la première fois le 18 janvier 1835.

V. Cousin quitte la rue Madame pour la Sorbonne.
Après avoir vécu dans sa jeunesse rue d’Enfer, V. Cousin habite 13 rue Madame, jusqu'en septembre 1835, date à laquelle il est nommé directeur de l'École normale. Du 21 novembre 1834, jusqu'au 14 septembre 1835, il est "chargé spécialement de la surveillance de l'École", à partir du 14 septembre il est "directeur de l'École normale”, et le reste jusqu'au 1er mars 1840, date à laquelle il est nommé ministre de l'Instruction publique. À partir de septembre 1835, il est autorisé à demeurer dans l'École. Par autorisation spéciale il continue d'y résider, même après sa retraite. Sa bibliothèque, composée de près de seize mille volumes, y est conservée.

Continue d'enseigner à l'École normale.
V. Cousin continue d'enseigner, pour les cours d'agrégation, à l'École normale. En 1835 les cours concernent Platon, en 1836 Aristote. Les cahiers de Marcellin Bontoux, Amédée Jacques, Joseph Danton, Jules Simon témoignent de cet enseignement.
Selon Barthélémy Saint Hilaire [I, 402] les thèmes traités concernant Platon sont : Quel est le véritable but et plan de la République ? ; de la Dialectique de Platon ; De la Théorie des Idées ; de la Théorie de la réminiscence ; De la Différence des essences ; des Critiques de Socrate contre Anaxagore, et. Pour expliquer la théorie des Idées, c'est à la République, livres VII et X, qu'il faut s'adresser avant tout, en comparant ces passages aux passages analogues du Phèdre, du Phédon et du Parménide.

Éléments institutionnels de l’histoire de la philosophie.
Agrégation.
V. Cousin est le président du jury d’agrégation qui se déroule à partir du 22 septembre 1835. Sont membres du jury : Frédéric Cuvier [1773-1838], inspecteur général des études, Jean Jacques Séverin de Cardaillac [1766-1845], et Épagomène Viguier [1793-1867] inspecteurs de l’Académie de Paris, Jean Philibert Damiron [1794-1862], professeur de philosophie au collège royal Louis-le-Grand.
Sur douze candidats inscrits, huit se présentent, trois sont reçus en 1835 : Ex-æquo, Joseph Danton et Amédée Jacques, élèves actuels de l’École normale [promotion entrée à l’École en 1832] ; Adolphe Bertereau, ancien élève de l’École normale [1831], chargé de l’enseignement de la philosophie au collège de Cahors.

Se sont présentés, mais n’ont pas été reçus :
Marcellin Bontoux, élève actuel de l’École normale [1832], qui sera reçu ultérieurement en 1836.
Henri Pichard, ancien élève de l’École normale [1830], chargé de l’enseignement de la philosophie au collège royal de Cahors, qui sera reçu ultérieurement en 1836.
Célestin Hippeau, professeur de collège de troisième au collège royal de Poitiers [qui s’est déjà présenté en 1834, mais ne sera jamais reçu à l’agrégation de philosophie].

Le Journal général de l’instruction publique donne le texte détaillé des épreuves. [dimanche 6 septembre 1835, volume 4, n° 89, page 465].

Amédée Jacques.
Amédée Jacques [1813-1865]. Études au lycée Bourbon [l’actuel lycée Condorcet]. Ancien élève de l'École normale [1832]. Agrégation de philosophie en 1835. Doctorat ès-lettres avec une thèse sur Aristote considéré comme historien de la philosophie (Paris, 1837). Sa thèse latine porte sur une comparaison entre les doctrines de Platon et d’Aristote.
Après avoir enseigné à Amiens et à Versailles, avant d’avoir obtenu le doctorat, enseigne, après 1837, au collège Louis le Grand et à l’École normale.
Concourt pour une place d’agrégé d’enseignement supérieur en philosophie en 1843 [en même temps que Émile Saisset]. V. Cousin fait publier leurs textes : Rapport de M. Cousin, président du concours ouvert en 1843 pour diverses places d’agrégés de philosophie. Ce rapport est suivi des Dissertations de MM. Émile Saisset et Amédée Jacques [Dissertation sur ce point d’histoire de la philosophie : ce qu’il y a de vrai, ce qu’il y a de faux dans la morale stoïcienne]. Paris : P. Dupont, in-8, 32 p. Connaît deux tirages la même année.
Rédige plusieurs articles pour la première édition du Dictionnaire des sciences philosophiques d’Adolphe Franck (1844-1852). Contribue pour la partie "psychologie", [avec Jules Simon et Émile Saisset] à un Manuel de philosophie (Paris, 1846). Rédige différentes préfaces aux oeuvres de Fénelon, de Leibniz, de Samuel Clarke, dont il est l'éditeur.
Intervient à l'Académie des sciences morales et politiques [Mémoire sur le sens commun, 1847]. Fonde en 1847 la revue La Liberté de penser où il exprime ses idées libérales, qui lui font soutenir la Révolution de 1848. Mais y faisant une critique du premier enseignement religieux donné aux enfants, il perd sa chaire, et un arrêté du Conseil supérieur de l'instruction publique l'interdit d'enseignement.
Le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (2 décembre 1851) lui fait quitter la France, tandis que sa revue est interdite.
Grâce à Humboldt, est chargé d'aller à Montevideo, pour organiser un grand établissement d'enseignement. Directeur du Collège de San Miguel de Tucuman (1858), se consacre à la rénovation du système d'enseignement, au plan régional et national. Devient recteur du Collège de Buenos Aires (1861).

Joseph Danton.
Joseph [Arsène] Danton [1814-1869]. Ancien élève de l'École normale [1832]. Il édite, avec Etienne Vacherot [1809-1897], en 1839, le Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle prononcée à la Faculté des lettres en 1820 par V. Cousin, et en écrit l’Avertissement. Ce cours, en 4 volumes, sera réédité en 1841.
Rédige quelques notices dans le Dictionnaire des sciences philosophiques d’A. Franck : Alembert, Beattie, Ferguson, Fontenelle, Origène le chrétien, Plutarque.
Inspecteur général de l’Instruction publique.

Adolphe Bertereau.
Adolphe Bertereau. Ancien élève de l’École normale [1831]. Docteur ès-lettres avec une thèse sur Leibniz considéré comme historien de la philosophie [Paris, 1843]. La thèse latine porte sur les Entéléchies chez Leibniz. Doyen de la Faculté des lettres de Poitiers.

Élèves reçus à l’École normale, section lettres, 1835.
Charles Benoît, Félix Bouchot, A. Denis, Déroulède-Dupré, Feuillatre, Fouquier, L. Franck, Hernsheim, Paul Jacquinet, J. Lalande, Letaillandier, L. Michel, Morey, Raynaud, Soullié, Wieszner.
Publie.
De la Métaphysique d’Aristote, rapport sur le Concours ouvert par l'Académie des sciences morales et politiques, suivi d'un Essai de traduction du premier et du douzième livres de la Métaphysique, par V. Cousin. Paris : Ladrange, in-8, XIV-185 p., 1835.
Sera réédité en 1838.
Contient le texte du Rapport sur le Concours ouvert par l’Académie des sciences morales et politiques en 1833 : Examen critique de l'ouvrage d'Aristote intitulé Métaphysique, et décerné en 1835, sur rapport de V. Cousin. [le prix a été décerné à Félix Ravaisson].
En commentant la traduction du douzième livre, Jules Simon affirme : « [V. Cousin] avait de sérieuses lacunes. Je puis attester qu'après avoir traduit Platon presque tout entier, il ne connaissait Aristote que par le livre de M. Ravaisson. La traduction du XIIème livre de la Métaphysique d'Aristote qu'il a publiée en 1837 est un devoir que j'ai fait à l'École normale, dans sa classe, en 1836. Je lui lisais ma traduction. Il y faisait très peu de changements, et des changements qui n'étaient pas toujours heureux. On voyait qu'il était tout à fait nouveau dans cette étude ; et, quand j'ai relu ensuite notre oeuvre commune après avoir fréquenté un peu plus les ouvrages d'Aristote, j'y ai trouvé plus d'un contresens. Il savait le grec, mais comme un lettré, non comme un savant ; et le grec d'Aristote est presque une langue à part. » [Simon, 64].
Un article non signé, extrêmement flatteur pour V. Cousin, avec des extraits de l’étude sur Aristote, paraît dans le Journal général de l’Instruction publique, dimanche 28 juin 1835, volume 4, n° 69, pages 345-346.

Articles dans le Journal des savans.
Du Commentaire inédit d'Olympiodore sur le Phédon, daprès les manuscrits de la bibliothèque royale de Paris, dans le Journal des savans. Premier article : février 1835, pages 109-120 ; deuxième article, sous-titré Mythologie, le Principe avoué du système mythologique des Alexandrins est le symbolisme, mars 1835, pages 136-151.

Un article de F. Ravaisson rendant compte du travail de V. Cousin à propos du Commentaire paraît dans le Journal général de l’Instruction publique, dimanche 2 août 1835, volume 4, n° 79, pages 405-406.

À l'Académie française.
Élection et réception.
L’homme politique Narcisse de Salvandy [1795-1856] est élu, au fauteui 1, le 19 février 1835, en remplacement de Parseval-Grandmaison [1759-1834], décédé le 7 décembre 1834. Il sera reçu, le 21 avril 1836, par Pierre Antoine Lebrun [1785-1873].
Candidat à l’Académie française, Salvandy s’était retiré devant Alphonse de Lamartine en novembre 1829, et avait été battu par Eugène Scribe, en novembre 1834.
Narcisse de Salvandy sera ministre de l’Instruction publique de 1837 à 1839 et de 1845 à 1848.

Joseph Lainé [1768-1835] meurt le 17 décembre 1835. Il sera remplacé au fauteuil 10 par le poète et auteur dramatique [Louis] Emmanuel Dupaty [1755-1851] élu le 18 février 1836.

À l'Académie des sciences morales et politiques.
Mémoire.
Mémoire sur le Sic et Non, oui et non, écrit théologique inédit d'Abélard, d'après les deux manuscrits de Saint-Michel et de Marmoutiers, lu à l'Académie des sciences morales et politiques, dans la séance du 1er mars 1835, par M. Victor Cousin. Publié en tiré à part, pages 1-25. [collationné 2].
Puis Publié dans les Compte-rendus des Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, deuxième série, tome 1, pages 513-537, Paris : Didot, 1837. Ce texte prépare l'Introduction de l'édition des Ouvrages inédits de Pierre Abélard, qui paraîtra en 1836.
Incipit : « J’ai fixé ailleurs [Cours de 1829, leçon 9e, pages 333-389] le caractère général, marqué les périodes, signalé les grands noms, esquissé les principaux systèmes de la philosophie scholastique. J’ajoute que la scolastique appartient à la France, qui produisit, forma ou attira les docteurs les plus illustres de cette époque. L’université de Paris est au moyen-âge la grande école de l’Europe. Or, on ne peut nier que l’homme qui, par ses qualités et par ses défauts, par la hardiesse de ses opinions, l’éclat de sa vie, la passion innée de la polémique et le plus rare talent d’enseignement, concourut le plus à accroître et à répandre le goût des études et ce mouvement intellectuel d’où est sorti au XIIIème siècle l’université de Paris, cet homme est Pierre Abélard.
Ce nom est assurément un des noms les plus célèbres ; et la gloire n’a jamais tort : il ne s’agit que d’en retrouver les titres ».
Repris, en 1838, dans la troisième édition en deux volumes des Fragments philosophiques, tome 2, pages 104-131.

Sujet mis au concours.
Sur la proposition de V. Cousin, section de philosophie, est mis au concours, le 28 mars et le 4 avril 1835 : Examen critique de l'Organum d'Aristote. Le rapport aura lieu en novembre 1837. Le prix sera décerné à Jules Barthélemy Saint Hilaire, une mention honorable à Claude Joseph Tissot. [Ce succès précédera l'élection de Barthélemy Saint Hilaire [1805-1895] à l'Académie des sciences morales et politiques, dans la section de philosophie, en mars 1839, qui succèdera à François Victor Broussais [1772-1838], décédé le 17 novembre 1838].
Le programme est défini de la manière suivante :
1. Discuter l'authenticité de l'Organum et des diverses parties dont il se compose.
2. Faire connaître l'Organum par une analyse étendue, déterminer le plan, le caractère et le but de cet ouvrage.
3. En faire l'histoire ; exposer l'influence de la Logique d'Aristote sur tous les grands systèmes de logique de l'antiquité, du moyen-âge et de la philosophie moderne.
4. Apprécier la valeur intrinsèque de cette logique et signaler les emprunts utiles que pourrait lui faire la philosophie de notre siècle.

Rapport.
Rapport à l’Académie des sciences morales et politiques, sur les Mémoires envoyés pour concourir au prix de philosophie, proposé en 1833 et à décerner en 1835, sur la Métaphysique d’Aristote ; au nom de la section de philosophie, par M. V. Cousin, lu dans les séances du 4 et du 11 avril 1835.
Publié dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences morales et politiques de l’Institut de France, 1835, tome I, 2e série pages 381-472.
« Messieurs,
Depuis Descartes, la philosophie d’Aristote, après avoir régné si longtemps dans les écoles françaises, semblait avoir succombé avec la scolastique. Le dix-septième siècle lui enleva les esprits d’élite, qui peu à peu entraînèrent la foule ; et lorsqu’au dix-huitème siècle une philosophie qui se prétendait issue d’Aristote, remplaça le cartésianisme, l’enthousiasme qu’elle excita, au lieu de remonter jusqu’à l’auteur supposé de cette philosophie et de le ramener sur scène, n’avait fait au contraire, en inspirant le dédain du passé, qu’augmenter et en quelque sorte consacrer l’indifférence générale pour un système déclaré inintelligible, et aussi vain dans son genre que celui de Platon dans le sien. Le nom d’Aristote n’appartenait plus qu’à l’histoire naturelle.
Et voilà cependant qu’au dix-neuvième siècle, une classe de l’institut de France, une académie nouvelle et bien connue pour être dévouée à l’esprit nouveau, choisit pour le premier sujet de prix qu’elle propose en philosophie, l’examen de la Métaphysique d’Aristote.
Un pareil choix était une sorte d’événement philosophique.
Et on ne pouvait pas ne pas être sans inquiétude sur les suites de ce concours ; […]. ».

Le prix est remporté par Félix Ravaisson [mémoire 9, manuscrit in-folio de 281 p.], à peine âgé de vingt-deux ans. Le texte, largement remanié, sera publié en 1837, sous le titre Essai sur la Métaphysique d'Aristote, Paris : Imprimerie royale, tome I, 589 p. Le deuxième tome de Ravaisson paraîtra en 1846 [584 p.].
Un deuxième prix est remporté par Charles Louis Michelet [1801-1893], professeur de philosophie à Berlin, et sera édité en 1836, sous le titre Examen critique de l'ouvrage d'Aristote, intitulé Métaphysique [Paris : Mercklein, in-8, 1836].
Une mention honorable est décernée à Claude Joseph Tissot [1801-1876], professeur de philosophie à Dijon.

Élection à l’Académie des sciences morales et politiques.
Le philosophe Friedrich Schelling [1775-1854] est élu, le 21 mars 1835, associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques [fauteuil 5], en remplacement de l’économiste anglais Thomas Malthus [1766-1834], décédé le 23 décembre 1834.
En 1835, deux ans après la création des postes, les associés étrangers de l’Académie des sciences morales et politiques, sont : Lord Brougham [fauteuil 1] ; Frédéric Ancillon [fauteuil 2] ; Edward Linvingston [fauteuil 3] ; Sismonde de Sismondi [fauteuil 4] ; Friedrich von Schelling [fauteuil 5], tous élus en 1833, sauf F. Schelling.
Schelling était déjà correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section de philosophie [place 3], au moment de la création des places de correspondants, en 1833-1834. Son élection comme associé libère sa place de correspondant à Christian Auguste Brandis.
Après sa mort, le 20 août 1854, F. Schelling est remplacé par Christian Auguste Brandis [1790-1867], déjà correspondant depuis 1837, élu associé le 10 février 1855.

Adolphe Quételet [1796-1874], est élu, le 14 décembre 1835, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d‘économie politique et statistique [place 2].
Sera élu associé étranger, le 11 mai 1872. Son élection comme associé étranger [fauteuil 5], en remplacement de Friedrich Trendelenburg [1802-1872], libère sa place de correspondant, pour le professeur d’économie politique belge Gustave de Molinari [1819-1912], élu le 28 mars 1874.

Johann-Gottfried Hoffmann [1765-1847], professeur d’économie politique à l’Université de Koenigsberg, est élu, le 26 décembre 1835, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique et statistique [place 2 bis], en remplacement de John Mac Culloch, dont le décès avait été annoncé par erreur. Il prit la première place vacante, celle d’Hippolyte Passy [1793-1880], élu membre titulaire le 7 juillet 1838, et qui libère ainsi sa place de correspondant.
Après sa mort, le 12 novembre 1847, est remplacé par Thomas Dietericci [1790-1859], élu le 1er février 1851.

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Lettre de V. Cousin à Schelling.
« Mon cher ami,
J'ai le plaisir de vous annoncer que, sur mon rapport, l'Académie des sciences morales et politiques vient aujourd'hui (21 mars) de s'honorer elle-même en vous nommant associé étranger à la place de M. Malthus, décédé. Je m'empresse de vous donner cette nouvelle. Je suis si enfoncé dans Aristote que j'ai à peine le temps de vous écrire ce peu de mots, et de vous rappeler ma sincère et profonde amitié. » [21 mars 1835].
V. Cousin est « enfoncé » dans Aristote, à la suite du premier des concours mis au point, par la section de philosophie pour le compte de l’Académie des sciences morales et politiques, en juin-août 1833 : Examen critique de l’ouvrage d’Aristote intitulé Métaphysique, et dont le terme est fixé au 31 décembre 1834.

Joseph Willm à V. Cousin.
« Monsieur le Conseiller.
Voici enfin la traduction de la Préface de M. Schelling ; elle arrive un peu tard, je le sais ; mais il m’a été impossible de la livrer plus tôt au public. La traduction était prête depuis longtemps ; mais l’essai que je tenais à y joindre en a retardé la publication. Je m’étais proposé d’abord d’accompagner le jugement de Schelling d’une réfutation ; mais je m’aperçus un peu tard qu’un travail de ce genre ne pouvait guère se renfermer dans les bornes étroites d’une brochure. J’y renonçai dans l’espoir qu’une main plus habile s’en chargerait. On me dit en même temps que vous songiez vous-même à vous acquitter de ce soin ; et, en effet, le système attaqué ne sera dignement défendu que par son illustre auteur. Je pensai alors qu’un Essai sur la nationalité des philosophes serait parfaitement placé en tête d’une pièce qui témoigne si hautement de la tendance actuelle des deux nations les plus cultivées du continent, à s’entendre et à se rapprocher. Puisse cet Essai, auquel j’ai mis quelque soin, obtenir, si ce n’est votre approbation, du moins votre indulgence !
J’ai l’honneur de vous envoyer en même temps mon éloge de Redslob, et les cinq premières feuilles de mon Essai sur Hegel. Comme je me propose de refondre ce travail avant de lui donner une plus grande publicité, il me serait précieux d’avoir votre avis sur cet ouvrage, dont je ne fais tirer de la Revue qu’un petit nombre d’exemplaires. C’est une oeuvre pleine de difficultés, mais, qu’avec de bons conseils et du temps, je ne désespère pas de mener à sa fin. Mais plus j’y avance, plus je sens combien il serait nécessaire de donner aux Français la traduction des principaux ouvrages de Kant, de Fichte et de Schelling. Une société de philosophes, connaissant l’allemand à fond, pourrait seule mener à bon port une telle entreprise, et je me chargeraris volontiers d’un ou deux traités. Mais cette société aurait besoin d’un chef et d’une puissante protection. J’abandonne cette idée à votre sagesse. Vous seul en France pouvez juger de son opportunité et en mesurer le succès.
Agréez, je vous prie, Monsieur le Conseiller, la nouvelle assurance de mon respectueux dévouement. » [Strasbourg. 17 novembre 1835].

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin.
Réédition en 1835 d'Eugène Lerminier. Lettres philosophiques écrites de Paris à un Berlinois. Paris : Éd. Paulin, in-8, 1835, 412 p. [Paris : Chamerot et A. Gobelet, in-8, XXIV-503 p.] Édité initialement en 1832. La troisième lettre traite de l'éclectisme.

En 1835, dans Doctrine philosophique, A. F. Gatien-Arnoult [1800-1886] fait le résumé des quatre premières années de ses leçons à la Faculté de Toulouse [de 1830-1831 à 1833-1834].
Il y parle de V. Cousin [pages 169-180], en exposant méthodiquement son système philosophique : la substance, Dieu, les idées, le phénomène, la création, etc. L’exposé se termine par le reproche de panthéisme :
« Un grand mal intellectuel fait par M. Cousin a été sans contredit de fortifier dans la jeunesse qui l’écoutait ou le lisait la tendance commune aujourd’hui, à se contenter de grands mots qu’on ne comprend pas, à ne parler que par formules ou principes absolus, et à préférer en tous ces aperçus vagues et généraux, qui ne sont pas sans beauté, mais beauté stérile, et qui cachent trop souvent une ignorance réelle sous un faux-semblant de science, haillons de misère sous les oripeaux dorés du charlatan. C’est le costume du jour et l’habit à la mode. Je le sais trop, par expérience aussi peut-être.
M. Cousin qui avait si bien tout ce qu’il fallait pour lutter avantageusement contre le despotisme a courbé la tête ; il a sacrifié à la mode ; et en lui sacrifiant, dans sa haute position, il a augmenté la réputation du faux-dieu et a rendu plus difficile d’abattre son idole. Que le vrai Dieu lui pardonne.
Les résultats de son enseignement ont encore été funestes à la morale par quelques points. Sa doctrine du Panthéisme fataliste et optimiste ne tend rien moins qu’à tuer la vertu dans son principe, qui est la croyance au devoir de lutter contre la fatalité et le mal. C’est dans cette lutte noblement soutenue, que consiste la beauté du caractère. Trop de gens ont cru apprendre de M. Cousin à la regarder comme une chimère et une niaiserie, ils agissent en conséquence.
Enfin, sous le point de vue religieux, il n’est parvenu qu’à faire des athées, parlant mal chrétien et parodiant le catholicisme. Beaucoup de ceux qui avaient été ses disciples, se sont faits Saints-Simoniens ».

Adolphe Félix Gatien-Arnoult.
Adolphe Félix Gatien-Arnoult [1800-1886]. Doctorat ès-lettres, avec une thèse (en latin) en 1823, sur l'Âme humaine. Agrégation de philosophie en 1825 [C'est le premier concours d'agrégation pour la philosophie. Le concours est présidé par l’abbé Burnier-Fontanel, de la Faculté de théologie de Paris. Participent au jury : l’inspecteur d’académie Létendard, l’abbé Caron, Pierre Laromiguière et son suppléant Jean Jacques Severin de Cardaillac. Quatre reçus : Alexandre Gibon, Jean Saphary, Adolphe Félix Gatien-Arnoult, André François Magdeleine Cassin].
Professeur, historien et homme politique, auteur de manuels de philosophie [Programme d’un cours complet de philosophie. Paris : L. Hachette. In-8, XXVIII-340.1830. Réédité en 1833, 1841, 1850, 1852]. Fait une partie de sa carrière à Toulouse, à la Faculté des lettres ; puis à Paris.
En 1844 la traduction de l’italien en français de Vincenzo Gioberti, Considérations sur les doctrines religieuses de V. Cousin [in-8, XX-372 p.] est précédée d’un Exposé systématique du système de V. Cousin, par A. F. Gatien-Arnoult. Cette traduction est rééditée en 1847 [2ème édition, in-8, 312 p.].
Publie : Programme d’un cours complet de philosophie [Paris : Hachette. In-8, XXVIII-340 p., 1830] ; une Histoire de la philosophie en France [Toulouse : E. Privat. In-8, 41-375 p., 1858]. En 1868 : Victor Cousin, l’école éclectique et l’avenir de la philosophie française [Paris : Germer-Baillière, in-8, 68 p., 1868].



Le 22/05/2018