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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1831
  VICTOR COUSIN EN 1831.

En 1831, V. Cousin [1792-1867] a trente huit ans. Il aura trente neuf ans le lundi 28 novembre 1831. Après la Révolution de Juillet 1830, une nouvelle période s’annonce, qui va durer, avec des hauts et des bas, jusqu’en 1848, autrement dit une vingtaine d’années. C’est, pour V. Cousin, le début d’une longue période de pouvoir.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L'ECOLE NORMALE.
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] V. Cousin est distingué, sans être bachelier, pour entrer, à l’âge de dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans.
Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de Abel François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie. Il a alors à peine vingt et un ans.

1813-1815. DOCTORAT ET ENSEIGNEMENT.
En juillet 1813, V. Cousin dépose à la Faculté des Lettres de Paris, pour le doctorat ès-lettres, sa thèse philosophique en latin : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi. Mais ne remet pas de thèse littéraire en français.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. ENSEIGNEMENT A LA FACULTE DES LETTRES DE PARIS.
Pierre Paul Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. LE JOURNAL DES SAVANS ; LES ARCHIVES PHILOSOPHIQUES.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard. Y rédige des recensions et des articles.

1817-1824. VOYAGES EN ALLEMAGNE.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar.
Puis un second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement le philosophe Friedrich Schelling.
Le troisième voyage, où il est accompagné par Louis Napoléon Lannes, son ancien élève, est rapidement interrompu par son arrestation à Dresde [vendredi 15 octobre 1824], son incarcération à Berlin [jusqu’à la mi-février 1825], son assignation à résidence jusqu’en avril 1825.

1820. VICTIME DE LA REACTION.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des Lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par représailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation libérale.

1820-1825. SERIE D'EDITIONS SAVANTES.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les œuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des œuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des œuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

1822. PRECEPTEUR CHEZ LES LANNES.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Louis Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

1825-1826. LES FRAGMENS PHILOSOPHIQUES.
En 1825, la grande et nouvelle affaire, pour V. Cousin, c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques. Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que V. Cousin peut signer comme auteur, en rassemblant des textes déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savans, et en soignant particulièrement la Préface. V. Cousin en assure une large distribution auprès de ses relations philosophiques, en France et à l’étranger et confirme ainsi, sans disposer de chaire, son image du philosophe français par excellence.

1827-1828.
L’année 1827 voit l’achèvement de l’édition bilingue grec-latin de Proclus : le sixième et dernier tome paraît début 1827. Elle voit la poursuite de l’édition de Platon, à laquelle V. Cousin, dans un premier temps, se consacre tout entier : « le moment, dit-il, d’être un peu utile est arrivé ».
Mais c’est sans compter sur la levée des mesures anti-libérales concernant l’enseignement supérieur : Abel François Villemain, François Guizot et Victor Cousin vont retrouver leurs chaires.
Mais déjà les premières critiques se manifestent, venant tout à la fois des catholiques les plus conservateurs et des adversaires du spiritualisme et de l’éclectisme cousiniens.

LA REVOLUTION DE 1830.
Si l’activité spécifiquement philosophique se poursuit en 1829 [publication du Cours de l'histoire de la philosophie ; édition de la traduction du Manuel de l’histoire de la philosophie de Tennemann ; poursuite de l'édition de la traduction des Œuvres de Platon], la Révolution de Juillet de 1830, ouvre une autre époque : V. Cousin est nommé professeur à la Faculté des lettres de Paris, dans la chaire d’Histoire de la philosophie ancienne. Il devient pour de longues années le président du jury d’agrégation de philosophie, il est nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique. Il est élu à l’Académie française.

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES DE L'ANNEE 1831.

QUATRIEME ET DERNIER VOYAGE A BERLIN.
V. Cousin effectue un voyage à Berlin. Il est chargé d’une mission par Camille de Montalivet [1801-1880], alors ministre de l’Instruction publique et des cultes, dans le cabinet de Casimir Périer : s’informer de l’organisation de l’Instruction publique en Allemagne.
V. Cousin part le samedi 21 mai 1831, et revient à Paris en juillet. Il fera paraître en 1831 puis en 1832 et 1833 ses deux rapports sous le titre : De l’Instruction publique dans quelques pays de l’Allemagne.
C’est le quatrième voyage de V. Cousin en Allemagne [les précédents ont eu lieu en 1817, 1818, 1824]. Il se rend à Frankfurt sur le Mein, à Weimar, à Iéna, à Schulpforta, à Leipzig, et surtout en Prusse.
À cette occasion il rend à nouveau visite à Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831] titulaire de la chaire de philosophie à Berlin, depuis la fin de 1818.

RAPPORT SUR L'ETAT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN PRUSSE.
En 1831 paraît une première publication : Rapport sur l’état de l’instruction publique dans quelques pays de l’Allemagne, et particulièrement en Prusse, par M. V. Cousin [2 parties en 1 volume, Paris : de l'Imprimerie royale, in-4, IV-110+241 pp.].

En 1833 paraît également une seconde édition, à la pagination plus élevée d’une centaine de pages :
*Rapport sur l’état de l’instruction publique dans quelques pays de l’Allemagne, et particulièrement en Prusse, par M. V. Cousin, conseiller d’État, professeur de philosophie, membre de l’Institut et du conseil royal de l’Instruction publique. Nouvelle édition. Paris : F. G. Levrault, rue de la Harpe, n° 81 ; Strasbourg : même maison, rue des Juifs, n° 33. In-8 [12,5 X 21 cm.], 431 pages, 7 planches dépliantes, 2 tableaux dépliants, 1831. [Avec un appendice, et une table analytique des matières].
Comprend : I ère partie, Francfort-sur-le Mein, Duché de Weimar, Royaume de Saxe ; II ème partie, Royaume de Prusse.

En 1840, paraît une troisième édition [Paris : Pitois-Levrault. Deux volumes in-8].

LETTRES A MONTALIVET.
La première partie se compose de cinq lettres adressées au comte Camille de Montalivet, Ministre de l’Instruction publique et des Cultes [du mercredi 23 mars 1831 au dimanche 29 avril 1832, dans le cabinet de Casimir Périer] ; la deuxième partie comporte deux sections : organisation générale de l'instruction publique ; instruction primaire.:
1.
Les cinq lettres adressées au comte de Montalivet, Pair de France, Ministre de l’instruction publique et des cultes, sur l’état de l’instruction publique à Francfort sur le Mein, dans le grand duché de Weimar et le royaume de Saxe.

Première lettre. V. Cousin est parti de Paris le mardi 24 mai 1831, à six heures du soir, est arrivé à Metz dans la nuit du 25 au 26, est arrivé à Francfort sur le Mein le 27 au soir, a passé la journée du 28 à visiter divers établissements d’instruction publique et écrit au ministre dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mai 1831.

Deuxième lettre. V. Cousin arrive à Weimar dans la nuit du 30 au 31 mai. La lettre adressée au ministre est datée du 31 mai.

Troisième lettre. Elle est envoyée de Weimar, en date du mercredi 1er juin 1831. Elle porte sur un complément d’information sur l’enseignement primaire et sur les établissements d’enseignement secondaires.

Quatrième lettre. Elle est envoyée de Leipzig, en date du jeudi 2 juin 1831. Elle rend compte de la visite de V. Cousin à la Schulpforta, école de Pforta, gymnase à pensionnat.

Cinquième lettre. Elle est envoyée de Leipzig, en date du samedi 4 juin 1831. Elle porte sur l’organisation générale de l’instruction publique.

2.
Le Rapport à M. le comte de Montalivet, Pair de France, Ministre de l’instruction publique et des cultes, sur l’État de l’instruction publique en Prusse.
V. Cousin est arrivé le dimanche 5 juin 1831 à Berlin. Il doit retourner à Paris du 15 au 20 juillet au plus tard. Il rédige son rapport le samedi 25 juin 1831, à Berlin.
Ce rapport se compose de deux parties : une première section sur l’Organisation générale de l’instruction publique. Une deuxième section sur l’Instruction primaire.

Début de texte du Rapport au comte de Montalivet, sur l’état de l’Instruction publique en Prusse.
« Monsieur le Ministre,
Arrivé ici le 5 juin, et devant être de retour à Paris du 15 au 20 juillet au plus tard, je dois songer à quitter Berlin dans les premiers jours du mois prochain, et à vous rendre compte de l’étude que j’ai pu faire de l’état de l’instruction publique dans le royaume de Prusse, pendant le trop petit nombre de jours que mes instructions m’ont permis de passer dans cette capitale.
Je m’empresse de vous dire, Monsieur le Ministre, que j’ai reçu du public et du gouvernement un accueil qui a effacé en moi jusqu’à la dernière trace de mes souvenirs de 1825. Partout, depuis les ministres jusqu’au dernier des fonctionnaires, j’ai senti le désir sincère de réparer, de toutes les manières, une déplorable méprise. J’ai remis au ministre de l’instruction publique et des cultes, M. le baron d’Altenstein, la lettre que vous m’aviez donnée pour lui, et je vous transmets sa réponse. Je connaissais déjà M. d’Altenstein ; mais, cette fois, j’ai pu mieux juger de la profondeur de son esprit et de l’étendue de ses connaissances. Il m’a fait l’honneur d’avoir avec moi deux ou trois conversations longues et approfondies sur les parties les plus élevées et les plus délicates de son ministère ; et pour le détail, il a bien voulu charger un de ses conseillers intimes de me communiquer, non-seulement tous les éclaircissements, mais tous les documents et toutes les pièces imprimées et manuscrites que je pourrais désirer. Chaque jour, M. le conseiller Schulze et moi nous avons eu une conférence de plusieurs heures. Rien ne m’a été caché de ce que j’ai voulu savoir. J’ai pu connaître l’intérieur du ministère et le jeu le plus secret de l’administration. Les documents officiels m’ont été prodigués. Le matin, M. Schulze me faisait connaître les lois, les statuts, les règlements des différents établissements d’instruction publique ; le reste de la journée, il avait la bonté de m’introduire dans ces mêmes établissements ; et comme Berlin renferme à la fois une université, de nombreux gymnases et tous les degrés d’instruction primaire, il en résulte qu’il n’y a pas une seule partie de l’instruction publique sur laquelle je n’aie pu vérifier par moi-même la vérité des assertions ministérielles. J’ai même été à Potsdam avec M. Schulze, pour y examiner en détail la grande école normale primaire qui y est établie. M. Schulze a bien voulu consacrer une journée entière à ce voyage et à cette inspection. Je ne puis trop me louer de l’obligeance de ce zélé et estimable fonctionnaire, qui connaît à fond toutes les parties du service, et c’est entre M. le Ministre et lui que je me plais à partager ma reconnaissance.
J’ai partout suivi ces deux procédés :
1° Me procurer les règlements et m’en pénétrer ;
2° Les vérifier par une inspection détaillée.
J’ai ainsi amassé, sur toutes les parties de l’instruction publique, plus de cent pièces officielles, avec mes propres observations. C’est avec les unes et les autres que je viens vous faire le rapport que je vous dois. Je diviserai ce rapport en quatre sections ; savoir :
1° Organisation générale de l’instruction publique ;
2° Instruction primaire ;
3° Instruction du second degré, ou gymnases ;
4° Instruction supérieure, ou universités.
C’est la division que j’ai suivie jusqu’ici ; elle s’applique à la Prusse aussi bien qu’au royaume de Saxe, au duché de Weimar et à Francfort. Dans chacune de ces sections, je joindrai à une description fidèle une discussion franche et des conclusions pratiques, ainsi que je l’ai fait jusqu’ici ; car si c’est la Prusse que j’étudie, c’est toujours à la France que je pense ». [V. Cousin, Berlin, samedi 25 juin 1831].

LA MORT DE HEGEL.
À la fin de l’année, une lettre de Eduard Gans [1798-1839] à V. Cousin [en date du mercredi 7 décembre 1831] lui apprend la mort de Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831], qui s’est produite à Berlin, dans l’après-midi du lundi 14 novembre 1831.

CONSEILLER D'ETAT.
Le mardi 26 juillet 1831 est nommé conseiller d'État en service extraordinaire, autorisé à participer aux délibérations du Conseil et aux travaux du Comité de l'Intérieur.
Mais, en octobre 1839, devient simple conseiller d’État en service extraordinaire [il restera au Conseil d'État jusqu'en novembre 1839]. Il démissionne le dimanche 10 novembre 1839 pour protester contre le retrait de son autorisation à participer aux travaux du Conseil.

DISCOURS AUX FUNERAILLES DE JEAN GEORGES FARCY.
1. [1831] Le vendredi 29 juillet 1831, à la date anniversaire de la mort du poète Jean Georges Farcy, tué à l'âge de trente ans, le jeudi 29 juillet 1830 dans les combats des Trois Glorieuses, une cérémonie intime réunit quelques amis [dont Sainte-Beuve]. V. Cousin prononce un discours [reproduit dans le Journal des Débats des 29-30 juillet 1831].

Ci-dessous le texte intégral :
« Discours prononcé aux funérailles de J.-G. Farcy, Élève de l’école normale, le [vendredi] 29 juillet 1831, jour anniversaire de sa mort.

Honneur à la mémoire de Farcy !
Celui qui repose sous cette tombe était le 28 juillet 1830 un jeune homme aimable, modéré dans ses opinions politiques, attaché à la vie par les plus douces affections et les plus nobles projets ; et, le 29, il a tout sacrifié à la patrie. Il s’est indigné qu’on eût osé jeter le gant à la France, et il l’a ramassé avec cette colère généreuse qui fait faire les grandes choses, mais qui presque toujours aussi conduit à la mort.
Adieu les frais ombrages d’Aulnay, les douces conversations, les beaux vers, les rêveries philosophiques. Il n’a pas même vu le triomphe de la sainte cause pour laquelle il a versé son sang. Mais n’ayons pas la faiblesse de croire que, mort ou vivant, et quelles que soient les apparences, celui qui a bien fait soit jamais à plaindre. Non, Farcy, nous te pleurons, nous ne te plaignons pas. Là haut, tu a dû rencontrer cette Providence bienfaisante qui préside à la mort comme à la vie, et qui, sans aucun doute, ne manque pas plus à l’âme des héros qu’à ce brin de paille que tout transforme et rien ne détruit. Ici-bas la patrie a recueilli ton nom ; il est inscrit sur les murs du Panthéon, attaché à l’un des plus grands événements de l’histoire ; longtemps il fera battre les cœurs généreux ; longtemps les braves le répéteront et l’apprendront à leurs enfants. Qui sait si trente années de travaux pénibles l’eussent conduit à un pareil sort ? L’âge mûr ne tient pas toujours les promesses de la jeunesse ; la vie a ses distractions qui souvent ont enlevé à la gloire les plus heureux génies. Aujourd’hui, rien ne peut te ravir l’immortalité que t’a donnée une heure d’une énergie divine. Que cette heure soit donc bénie ! Encore une fois, Farcy, nous te pleurons, nous ne te plaignons pas.
Espérons que la France de 1830, après une crise nécessaire et féconde, poursuivra paisiblement ses nobles destinées, et retrouvera en Europe le rang qui lui appartient par l’énergie et la modération de l’esprit public, par l’expérience et la sagesse du prince que nous avons mis à notre tête, par la sympathie des peuples et la prudence des rois. Mais s’il en était autrement, si de mauvais jours revenaient pour la France, si les factions, ou si l’étranger, appuyé sur elles, venaient ternir ou arrêter notre belle révolution, c’est alors, Farcy, que tes amis se souviendront de toi, et que ton sang versé pour la patrie parlera à tous ceux qui sont dignes de l’entendre. Alors comme aujourd’hui en souffrant ou en tombant pour la France, nous répétons avec amour : Honneur à Farcy ! Vive la France ! ».
2. [1843] Sera republié dans les Fragments littéraires [1843], pages 68-71.
3. [1857] Repris dans Fragments et souvenirs [1857], pages 399-401.
4. Le texte est repris dans la réédition électronique des Fragments littéraires : édition électronique BNF, 1995.

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.

LES MINISTRES DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN 1831.
1. En 1831, dans le cabinet de Jacques Lafitte [1767-1844] alors encore régent de la Banque de France, du mardi 2 novembre 1830 au dimanche 13 mars 1831, c’est Félix Barthe qui est le ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Félix Barthe [1795-1863] est ministre de l’Instruction publique et des Cultes du lundi 27 décembre 1830 au mercredi 23 mars 1831.
Il remplace Joseph Mérilhou [1788-1856] qui a eu ce portefeuille du mardi 2 novembre 1830 au lundi 27 décembre 1830, et qui prend en décembre 1830 le portefeuille de la Justice, dont Jacques Charles Dupont de l’Eure [1766-1855] vient de démissionner.
2. Dans le cabinet de Casimir Périer [dimanche 13 mars 1831-mercredi 16 mai 1832] Camille de Montalivet [1801-1880] est ministre de l’Instruction publique et des Cultes, du mercredi 23 mars 1831 au dimanche 29 avril 1832.

1831. CREATION D'UNE AGREGATION D'HISTOIRE-GEOGRAPHIE.
Une agrégation d’histoire-géographie est créée en 1831. Elle s’ajoute aux agrégation de lettres et de grammaire créées en 1821, et à l’agrégation de philosophie créée en 1825.
Elle sera supprimée en 1852, au moment de la suppression de toutes les agrégations. Une seule agrégation de lettres et une agrégation de sciences seront établies en 1853 [décret du 12 avril 1852]. L’agrégation de grammaire sera rétablie en 1857. L’agrégation d’histoire-géographie sera rétablie en 1860. L’agrégation de philosophie sera rétablie en 1863.

Sont reçus à l’agrégation d’histoire-géographie de 1831, dans l’ordre de classement : Étienne d'Herbelot, François Savagner, Louis Sédillot, Théodore Toussenel, Joseph Sarrazin, Charles Merruau.

AGREGATION DE PHILOSOPHIE EN 1831.
Sujets de l’épreuve de composition écrite au concours d’agrégation en 1831.
Le candidat doit rédiger deux dissertations en français, dont l’une, nécessairement, porte sur un point de l’histoire de la philosophie.

V. Cousin est le président du jury d’agrégation, depuis 1830. Sont reçus en 1831 : Charles Bénard ; Léon Delens ; Joseph Tissot.

Charles Bénard.
Charles Bénard [1807-1898], ancien élève de l’École normale [1828], agrégation de philosophie en1831. Docteur ès-lettres [Paris, 1836] avec une Dissertation sur la théorie des forces fondamentales dans le système de Gall et de Spurzheim [Paris : Imprimerie de E. Duverger. In-8, 1836] et une thèse latine sur la République de Platon.
Professeur de philosophie au collège royal de Rouen, il sera admis à lire, à l’Académie des sciences morales et politiques, un mémoire sur la Philosophie de l’art, d’après Schelling [séance du samedi 10 avril 1847]; publié dans Séances et travaux de, tome 11, 1847, pages 455-459.
Spécialiste d’esthétique. Il fait paraître, en 1852, un ouvrage sur Hegel et la philosophie de l’art. En 1855 La Poétique de Hegel, avec des extraits de Schiller, de Goethe, de Jean Paul. Enfin en 1887 un livre sur l’Esthétique d’Aristote.

Léon Delens.
Léon Delens, ancien élève de l’École normale [orthographié De Lens, 1828], agrégé de philosophie [1831]. Ne soutient pas de thèse de doctorat. Pas de publication.

[Claude] Joseph Tissot.
Joseph Tissot [1801-1876]. Agrégation de philosophie en 1831. Docteur ès-lettres avec une thèse Du beau, particulièrement en littérature [Dijon, août 1831]. Thèse latine sur les notions de droit naturel et l'éthique. Après l’agrégation, professeur de philosophie à Bourges puis au collège de Dijon. Après le doctorat, chargé de cours [1836], puis professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Dijon [1838]. En devient le doyen en 1868. Puis à sa retraite Doyen honoraire.

Spécialiste de Kant. Traduction de l’allemand en français de la Critique de la raison pure de Kant, traduite sur la 7ème édition par C. J. Tissot. Paris : Ladrange, 2 volumes in-8, 1835 [1ère édition] ; 1845 [2ème édition]. Une troisième édition paraît en 1864, avec l’analyse de l’ouvrage entier par Georg Samuel Albert Mellin. Paris : Librairie philosophique de Ladrange, 2 volumes in-8, XXXI-414+541 p., 1864.
Également : traduction de l’allemand en français de Emmanuel Kant. Anthropologie ; Divers fragments relatifs aux rapports du physique et du moral et au commerce des esprits d’un monde à l’autre. Paris : Ladrange, in-8, X-483 p., 1863. Ainsi que : traduction de l’allemand en français de Johann Schultz [1739-1805]. Éclaircissements sur la Critique de la raison pure de Kant, par J. Schultz [Koenisberg, 1791], traduit de l’allemand par J. Tissot, 1865.

Participe au Concours [prix du Budget] proposé par l’Académie des sciences morales et politiques : Examen de l’idéalisme sceptique de Kant. Sur proposition de V. Cousin, le sujet avait été mis au concours par la section de philosophie le 3 juin 1866 pour le 31 décembre 1868. Mais le prix n’ayant pas été remis en 1869 avait été prorogé au 1er janvier 1872. Remporte, sur le rapport de Paul Janet en décembre 1872, le prix à part égale avec Théophile Desdouits, ancien élève de l’École normale supérieure [1855], agrégé des lettres en 1858, professeur suppléant de philosophie au lycée Charlemagne.

Distinction :
J. Tissot sera élu correspondant [Dijon] de l'Académie des Sciences morales et politiques, section de Philosophie [place 1], le 27 février 1869. Il succède à William Whewell [1794-1866], décédé le 6 mars 1866.

DIRECTION DE L'ECOLE NORMALE.
Le directeur de l’École normale est Joseph Daniel Guigniaut [1794-1876]. Il l’est depuis octobre 1830. Il le restera jusqu’en septembre 1835, date à laquelle il sera remplacé par V. Cousin.
Joseph Daniel Guigniaut avait été nommé directeur des études de l’École préparatoire, par Henri Lefebre de Vatimesnil [1789-1860] en 1828 alors que celui-ci était ministre, secrétaire d’État de l’Instruction publique et des cultes [février 1828-août 1829].
L’École normale supprimée en 1822, avait été autorisée à fonctionner sous le nom d’École préparatoire en 1826. Le vendredi 6 août 1830, l’École préparatoire a repris le nom École normale.

ELEVES REÇUS A L'ECOLE NORMALE, SECTION LETTRES, EN 1831.
Sont reçus à l'Ecole normale, dans l'ordre alphabétique : Adolphe Bertereau ; Isidore Boulian ; Germer Durand ; Jules Fleury ; Pierre Lebègue ; Louis Martin ; [Théodore] Henri Martin ; Alphonse Molle ; Pierre Proux ; Henri Wallon.

Le classement au concours d'entrée par ordre de mérite est le suivant : Pierre Lebègue, Louis Martin, Henri Martin, Jules Fleury, Pierre Proux, Henri Wallon, Adolphe Bertereau, Alphonse Molle, Germer Durand, Isidore Boulian.

COUSIN PROFESSEUR D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE.
Le 25 septembre 1830, V. Cousin, de professeur adjoint de Royer-Collard passe au statut de professeur titulaire.
Il passe aussi, à la Faculté des lettres de Paris, de la chaire d’Histoire de la philosophie moderne à la chaire d’Histoire de la philosophie ancienne, créée en mai 1814, où il succède à Charles Millon [1754-1839], alors âgé de 76 ans et mis à la retraite en 1830.

Pour l’année 1830-1831 il se fait suppléer par Jean Philibert Damiron [1830-1831].

LA SUPPLEANCE DE VICTOR COUSIN PAR HECTOR PORET.
Puis, de 1831 à 1838, V. Cousin se fait suppléer par [Pierre Jacques] Hector Poret, agrégé des lettres [1821], ancien professeur de philosophie au collège Rollin.
Hector Poret prononce son discours d’ouverture le 23 décembre 1831. Ce discours est édité : Cours d’Histoire de la philosophie ancienne. École d’Alexandrie. Discours d’ouverture prononcé le 23 décembre 1831 par M. H. Poret, professeur suppléant. [Paris : Papinot, libraire. Rue de la Sorbonne, n°14. In-8, 38 p.,1832.].

Incipit. « Messieurs,
Le professeur célèbre qui a jeté tant d’éclat sur cette chaire a cru pouvoir me charger momentanément de son Cours. Je me prévaudrais de son choix auprès de vous, si j’avais conscience de l’avoir mérité : malheureusement il a mieux pensé de moi que moi-même. Constamment pénétré des difficultés de ma tâche, j’en suis surtout effrayé quand il m’arrive de songer à vos souvenirs ; et si vous les preniez pour règle de vos jugements, je n’aurais qu’à garder le silence. Je mettrai votre indulgence à l’épreuve, et j’ose pourtant m’y confier. Honoré de l’amitié de M. Cousin, je ne cesserai, au nom de vos intérêts, de réclamer ses avis et ses secours. Dans ce que je dirai, le bien, s’il y en a, viendra de lui et de ses conseils ; le mal n’appartiendra qu’à moi. Vous verrez trop, Messieurs, sans que je vous le dise, que je ne fais pas ici des leçons, mais des études par-devant le public. Je serais heureux, si mes faibles efforts pouvaient aider quelqu’un d’entre vous à entreprendre sur la philosophie ancienne des travaux plus dignes d’attention ».


LA RECEPTION DE V. COUSIN A L'ACADEMIE FRANÇAISE.

ELOGE DE JOSEPH FOURIER, PRONONCE PAR V. COUSIN.
1. [1831] Discours prononcé dans la séance publique tenue à l’Académie française, pour la réception de M. Cousin, le jeudi 5 mai 1831, par le récipiendaire et l’abbé Féletz.
Selon la tradition, Victor Cousin prononce l’éloge de son prédécesseur, le mathématicien et homme politique Joseph Fourier [1768-1826].

« Messieurs,
Si quelqu’un s’étonnait de voir aujourd’hui à l’Académie française un métaphysicien succéder à un géomètre, je lui montrerais la statue que vous avez élevée dans cette enceinte au père de la géométrie et de la métaphysique moderne.
Les lettres tendent la main à toutes les sciences qui honorent la raison humaine ; et vous ne demandez aux plus abstraites elles-mêmes, pour les accueillir parmi vous, que de savoir parler votre langue. Pourquoi donc la philosophie serait-elle ici une étrangère ?
Non, Messieurs ; il y a des liens étroits entre la philosophie et la littérature. Toutes deux travaillent sur le même fond, la nature humaine : l’une la peint, l’autre essaie d’en rendre compte. Souvent elles ont échangé d’heureux services. Plus d’une fois les lettres ont prêté leur voix à la philosophie : elles ont accrédité, répandu, popularisé la vérité parmi les hommes ; et quelquefois aussi la philosophie reconnaissante a apporté à la littérature des beautés inconnues. N’est-ce pas au génie même de la métaphysique que les lettres antiques doivent ces pages inspirées où la grâce d’Aristophane le dispute à la sublimité d’Orphée et le dithyrambe à la dialectique ? C’est Aristote, c’est sa concision élégante qui a donné le modèle du style didactique. Et dans l’Europe moderne, parmi nous, Messieurs, celui dont l’image est ici présente, et qui a créé une seconde fois la géométrie et la philosophie, n’est-il pas aussi un des fondateurs de notre langue ? Cherchez dans Rabelais, dans Amiot et dans Montaigne cette précision sévère, cette dignité dans la simplicité, ce caractère mâle et élevé que prend tout à coup la prose française dans le Discours sur la Méthode. Quand on lit Descartes, on croit entendre le grand Corneille parlant en prose. Écoutez Malebranche : n’est-ce pas souvent Fénelon lui-même avec l’abondance et le charme de sa parole ? Sans doute Condillac n’a point les dons éminents de ses deux illustres devanciers ; ne lui demandez ni la vigueur du premier ni les grâces du second ; mais vous y trouverez cette simplicité de bon goût, cette lucidité constante, cette finesse sans affectation, qui sont aussi des qualités supérieures. Mais qu’ai-je besoin d’aller chercher si loin des preuves de l’heureuse alliance de la littérature et de la philosophie ? N’aperçois-je pas dans vos rangs deux philosophes célèbres, ailleurs divisés peut-être, ici rapprochés et réunis par l’amour et le talent des lettres ? Tous deux appelés à occuper un jour un rang élevé dans l’histoire de la philosophie, dans cette histoire où il y a place pour tous les systèmes, pour tous les hommes de génie qui ont aimé et servi à leur manière la cause sacrée de la raison humaine ; l’un disciple original de Condillac, qui semble avoir épuisé le système entier de l’école qu’il représente par l’étendue et la hardiesse des conséquences que sa pénétration en a tirées, et dont l’honneur est de n’avoir guère laissé à ceux qui viennent après lui que l’alternative de le suivre comme à la trace ou de l’abandonner pour être nouveaux ; écrivain singulièrement remarquable par cette clarté suprême qui à elle seule est déjà un mérite si rare, et qui en suppose tant d’autres ; l’autre qui appartient à l’école de Descartes, et le premier parmi nous l’a réhabilitée en la rappelant à la sévérité de sa propre méthode ; puissant orateur qu’une raison inflexible, secondée d’une imagination qui s’ignore, conduit involontairement et par sa rigueur même aux plus heureux effets de style ; pittoresque, brillant, ingénieux comme malgré lui-même, parlant naturellement la langue des grands maîtres du dix-septième siècle, parce qu’il a vécu dans leur commerce intime et qu’il est en quelque sorte de leur famille […] ».

Les discours prononcés dans la séance publique tenue par l’Académie française, pour la réception de M. Cousin, sont publiés : Paris, impr. de Firmin Didot frères, in-4, 39 p. [Discours prononcé par V. Cousin, et par l’abbé Charles Marie Dorimond de Féletz].
Le même jour est également reçu l’homme politique et auteur dramatique Jean Pons Guillaume Viennet [1777-1868], qui avait été élu à la même date que V. Cousin, le jeudi 18 novembre 1830.
2. [1841] Réédité en 1841.

À la suite de cet éloge V. Cousin fait publier, en plus de ce texte, également en 1831, des Notes additionnelles [ou encore Notes biographiques pour faire suite à l’éloge de M. Fourier, prononcé par M. Cousin, dans la séance publique de l’Académie française, le jeudi 5 mai 1831, Paris : impr. de Didot frères, in-4, pièce].
« Quand Thomas publia son Éloge de Descartes, que l’Académie française avait couronné, il y ajouta des notes tirées de l’estimable ouvrage de Baillet, et ces notes n’ont assurément pas déparé le discours qu’elles accompagnaient. Nous croyons donc pouvoir joindre utilement à l’éloge académique de M. Fourier des notes biographiques recueillies dans les conversations de quelques personnes qui ont eu des relations intimes avec l’auteur de la Théorie mathématique de la chaleur. Ce sont des détails souvent bien minutieux, il est vrai ; mais rien de ce qui se rapporte à un homme illustre n’est sans intérêt pour les contemporains et pour l’histoire ».

Il y a plusieurs notes.
Note première : Jeunesse de M. Fourier jusqu’à son départ pour l’Égypte.
Note deuxième : M. Fourier en Égypte, et la préface de la Description de l’Égypte. Note troisième : M. Fourier, Préfet de l’Isère.
Note quatrième : 1814 à 1815. Les Cent-Jours. Bureau de statistique de la Préfecture de la Seine. L’Académie des sciences. L’Académie française.
Note cinquième : Mes relations avec Fourier pendant les dernières années de sa vie. Note sixième : De la Théorie de la chaleur.

3. [1843] Le texte du discours de réception, ainsi que les Notes additionnelles paraîtront dans les Fragments littéraires, 1843, pages 1-35.
4. [1857] Repris dans Fragments et souvenirs, 1857, pages 283-292.

ÉDITIONS EN COURS.

OEUVRES COMPLETES DE PLATON.
1. L’édition de la traduction des Œuvres de Platon, commencée par V. Cousin en 1822 se poursuit jusqu’en 1840. Elle se compose de treize tomes in-octavo, édités à Paris : d'abord chez Bossange frères, de 1821 à 1827 inclus, pour les tomes un, deux, trois, quatre, cinq ; puis chez Pichon et Didier, en 1831 et 1832, pour les tomes six, sept, huit ; enfin chez Rey et Gravier, de 1833 à 1840, pour les tomes neuf, dix, onze, douze, treize. Le tout formant plus de cinq mille pages.
Chaque œuvre de Platon est précédé d'un Argument rédigé par V. Cousin présentant le texte.

LES TREIZE TOMES DE L'EDITION DE PLATON.
La texte porté sur la couverture imprimée du premier tome est le suivant :
Œuvres/ complètes/ de Platon,/ traduites du grec en français,/ accompagnées de notes,/ et précédées de notes,/ par Victor Cousin,/ Ex-maître de conférences à l'ancienne école normale, professeur/ suppléant de l'histoire de la philosophie moderne, à la faculté des/ lettres de l'académie de Paris./ Paris : Bossange frères, libraires, Rue de Seine, n° 12./ 1822.

La page de titre de chacun des volumes porte simplement : Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin.
2.
Le tome 1, qui paraît en 1822, contient les traductions de Euthyphron, ou de la sainteté ; Apologie de Socrate ; Criton, ou le devoir du citoyen ; Phédon, ou de l'âme.
Le tome 2, qui paraît en 1824, contient les traductions de Théétète, ou de la science ; de Philèbe, ou du plaisir.
Le tome 3, qui paraît en 1826, contient les traductions de Protagoras, ou les sophistes ; Gorgias ou la rhétorique.
Le tome 4, qui paraît en 1827, contient les traductions de Lysis, ou de l'amitié ; Hippias, ou du beau ; Ménexène, ou l'oraison funèbre ; Ion, ou de l'Iliade ; Le second Hippias ou du mensonge ; Euthydème, ou le disputeur.
Le tome 5, qui paraît en 1823, contient les traductions de Alcibiade, ou de la nature humaine ; le second Alcibiade, ou de la prière ; Hipparque, ou de l'amour du gain ; Théagès, ou de la vraie instruction ; Charmide, ou de la sagesse ; Lachès, ou du courage.
Le tome 6, qui paraît en 1831, contient les traductions de Phèdre ou de la beauté ; Menon ou de la vertu ; Le Banquet ou de l'amour.
Le tome 7, qui paraît en 1831, contient les traductions de Les Lois. Livres I-VI.
Le tome 8, qui paraît en 1832, contient les traductions de les Lois. Livres VII-XII.
Le tome 9, qui paraît en 1833, contient les traductions de La République. Livre I-V.
Le tome 10, qui paraît en 1834, contient les traductions de La République. Livres VI-X.
Le tome 11, qui paraît en 1837, contient les traductions de Cratyle ou de la propriété des noms ; Le Sophiste ou de l'être ; Le Politique ou de la royauté.
Le tome 12, qui paraît en 1839, contient les traductions de Parménide ou sur les idées ; Timée ou de la nature ; Critias ou l'Atlantide ; Timée de Locres.
Le tome 13, qui paraît en 1840, contient les traductions de l'Epinomis ; le Minos ; le Clitophon ; les Lettres ; l'Axiochus ; du Juste ; de la Vertu ; le Démodocus ; le Sisyphe ; l'Erixias ; les Définitions ; les Pièces de vers ; le Testament.

LES TOMES DE PLATON EDITES EN 1831.
En 1831, paraissent les tomes six et sept.

Tome sixième. 1831.
Page de titre :
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin, tome sixième. [Paris : Pichon et Didier. In-8, 493 p., 1831].
Réédité en 1849 [Paris : P.-J. Rey, libraire-éditeur, quai des Augustins, n° 45. In-8. 1849].
Contient les traductions de Phèdre ou de la beauté ; Menon ou de la vertu ; Le Banquet ou de l'amour. Notes additionnelles.

Tome septième. 1831.
Page de titre :
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin, tome septième. [Paris : Pichon et Didier. In-8, CXLVIII-458 p., + errata. 1831].
Contient la traduction de Les Lois. Livres I-VI. Notes additionnelles [pages 381-458].

DEDICACE A J. G. FARCY.
Le septième volume est dédié à J. G. Farcy [1800-1830].
« A la mémoire/ de/ J.-G. Farcy,/ élève de l'Ecole normale,/ professeur de philosophie,/ tué, le 29 juillet 1830,/ à la prise des Tuileries,/ en combattant pour les lois.// Il avait vingt-neuf ans./ Son âme était sensible, délicate et fière ; / son cœur intrépide./ Il adorait/ la France, la poésie et la philosophie.// Après avoir couru le monde,/ traversé l'océan, visité l'Amérique,/ il commençait à se reposer/ dans l'étude qui convenait à son talent.// Plus jeune que moi,/ j'avais mis en lui des espérances/ qui n'auraient point été trompées./ Arrivé à Paris, le 29 juillet matin,/ il m'accompagna/ à la mairie du onzième arrondissement,/ où les citoyens assemblés/ organisaient une municipalité nationale ; // et tandis que d'impérieux devoirs/ m'occupaient tout entier,/ le bruit du canon me l'enleva,/ et il courut/ au Louvre et aux Tuileries.// Il est tombé vers une heure,/ rue de Rohan,/ près de l'endroit où est placé l'inscription/ qui le rappelle.// Il a peu souffert et, grâce à Dieu,/ la balle qui l'a frappé/ ne partait pas de la main d'un français.// Il est, avec Vanneau,/ la plus précieuse victime des trois journées.// Que la patrie conserve son nom ! /Victor Cousin/ Paris, 1er mai 1831./ ».

À L’ACADÉMIE FRANÇAISE EN 1831.

RECEPTION DE VICTOR COUSIN.
Réception de V. Victor Cousin à l’Académie française, où il a été élu le jeudi 18 novembre 1830, par l’abbé de Féletz [1767-1850] le jeudi 5 mai 1831. Jules Favre [1809-1880] lui succédera en 1867.

Incipit : « Messieurs. Si quelqu'un s'étonnait de voir aujourd'hui, à l'Académie Française, un métaphysicien succéder à un géomètre, je lui montrerais la statue que vous avez élevée dans cette enceinte au père de la géométrie et de la métaphysique moderne ».

RECEPTION DE GUILLAUME VIENNET.
Jean Pons Guillaume Viennet [1777-1868], militaire et député de l’Hérault, élu le jeudi 18 novembre 1830, est également reçu le même jour, le 5 mai 1831, par le poète Parseval-Grandmaison [1759-1834].

En 1831, il n’y a pas d’élections, à l’Académie française.

TRADUCTION, OU ÉDITIONS À L’ÉTRANGER DES ŒUVRES DE V. COUSIN.

PASQUALE GALLUPPI ET LA PHILOSOPHIE DE V. COUSIN.
La Filosofia di Vittorio Cousin, tradotta dal francese, ed esaminata dal barone Pasqualle Galluppi da Tropea. Napoli : A spese del Nuovo Gabinetto letterario, 2 volumes in-12, 215+247 pp., 1831-1832.
Il s’agit de la traduction italienne de la première édition des Fragments philosophiques de V. Cousin [1826]. Le baron Pasquale Galluppi [1770-1846] est professeur de philosophie à l’Université de Naples.
Pasquale Galluppi sera élu, le 29 décembre 1838, correspondant de l'Académie de Sciences morales et politiques, dans la section de Philosophie, place 6, au moment de la création de cette nouvelle place.

CORRESPONDANCE : LETTRES...DE, À, AU SUJET DE...V. COUSIN.

LETTRE DE FRANÇOIS ANDRIEUX.
Lettre de François Andrieux [1759-1833]*, secrétaire perpétuel de l’Académie française, à V. Cousin, le pressant de donner le texte de son discours, pour pouvoir enfin fixer la date de réception :
« Mon cher Confrère,
Vous nous avez témoigné le désir d’être reçu à l’Académie, et vous avez trouvé que ce désir était réciproque : vous m’avez écrit que vous pourriez, à la rigueur, être prêt pour le 21, mais il faut 1° que vous ayez la bonté de communiquer votre discours à M. de Féletz ; 2° que tous les discours soient lus en séance particulière et préparatoire de Commission, quatre ou cinq jours, au moins, avant la séance publique. Ainsi, il ne suffirait pas, pour être reçu le 21, que votre discours fût lut ce jour-là même : il est nécessaire qu’il le soit le 13 ou le 14 et même un peu plus tôt.
L’Académie est empressée de vous posséder ; mais je n’ai pu aujourd’hui faire fixer votre réception, je ne dis pas au 21, mais même au 28, car vous me laissez dans un état d’incertitude qui empêche qu’on ne puisse déterminer un jour. Il est nécessaire que vous preniez un engagement décisif, et auquel vous puissiez répondre de ne pas manquer, car ce n’est pas ici une représentation qu’on puisse retarder par indisposition.
Dites-moi donc positivement : Je communiquerai mon discours à M. de Féletz à tel jour, et ne le dites qu’en étant bien sûr de tenir parole.
Alors je proposerai à l’Académie de fixer le jour de réception.
Observez que M. Viennet est très pressé de se faire recevoir, et pour les élections.
Tâchez donc, mon cher confrère, de nous faire plaisir à tous, en venant nous aider dans nos travaux académiques, car vous savez bien qu’une place à l’Académie n’est pas une sinécure, quant on veut la remplir en conscience, comme vous le ferez certainement.
Agréez, mon cher confrère, les assurances de mon sincère et inviolable attachement » [lundi 11 avril 1831].
En définitive, V. Cousin est reçu le jeudi 5 mai 1831, un peu plus de trois semaines après la date d’envoi de la lettre de François Andrieux, et un peu plus de cinq mois après son élection, le jeudi 18 novembre 1830.


LETTRE D'EDUARD GANS A V. COUSIN.
« Mon cher monsieur,
J'étais sur le point de vous écrire lorsque j'ai reçu votre lettre. La nouvelle de la mort de notre cher et illustre ami nous a frappé, comme elle doit vous avoir étonné ; car elle est venue subitement, sans que beaucoup de ses amis sussent qu'il était tombé malade.
Hegel a été malade à peu près deux jours ; il est tombé malade dans la nuit de douze au treize novembre [1831], et il est mort lundi, quatorze novembre, à cinq heures après-midi. Les deux médecins qui le traitaient ont répondu qu'il était mort du choléra ; mais c'est bien incertain, les symptômes qui accompagnent ordinairement cette maladie, ayant tous manqué. Il est mort tranquillement, on peut même dire philosophiquement, sans douleurs, travaillé et usé par une vie donnée tout à fait à des pensées qui vivront longtemps, de toute la force de son esprit. Ses ennemis même ont avoué que l'Université de Berlin avait fait la plus grande perte qu'elle pouvait faire. Schleiermacher et Savigny ont assisté à ses obsèques, et à la cérémonie qui se faisait dans l'Université, le premier s'est très bien comporté dans toute cette affaire.
La veuve de M. Hegel reçoit de la caisse de l'Université une pension de veuvage de 640 écus (2,500 fr.). on croit que le roi y ajoutera quelque chose. Nous, ses amis, nous publierons tous ses ouvrages, surtout ses cours, pour sa famille ; et un contrat que nous avons fait avec le libraire lui donnera, j'espère, une somme de 30,000 francs. En outre, nous pensons à un monument ; et je vous remercie de l'offre gracieuse que vous avez eu la bonté de nous faire. Ne pourriez-vous pas, mon cher ami, nous procurer des souscripteurs à ses ouvrages en France. M. de Montalivet ne prendrait-il pas peut-être une vingtaine d'exemplaires pour les bibliothèques de France ? Le nécrologue , que j'ai fait de M. Hegel, a été travaillé par les censeurs de la Gazette d'État ; je ne le reconnais plus moi-même. J'avais parlé de vous et de votre liaison ; tout a été rayé, et il n'est resté, de tout ce que j'avais dit, que votre nom, ajouté à d'autres qui n'ont jamais vu et connu M. Hegel ; voilà comme on est imprimé dans ce pays.
Les enfants de Hegel se portent bien ; l'aîné étudie la théologie, et le second se prépare à l'étude du droit. Toute l'amitié que nous avons eu pour Hegel s'est changée en tendresse pour ses enfants, qui j'espère, se montreront dignes de leur père. M. Hegel est mort sans fortune et sans dette ; il avait à peu près 14 000 francs de traitement par an, qu'il a toujours mangés.
Voilà ce que [je] pourrais vous dire de la mort d'un homme dont la nouvelle m'a rendu malade pendant une semaine. À mon retour d'Angleterre, j'ai trouvé une lettre de vous du 6 août. Vous avez cru être en guerre ; mais la guerre ne se fait pas pour ceux qui, à tout prix, n'en veulent pas.
J'avais le dessein de venir en France ; mais voyant la chute de la Pologne, voyant que le gouvernement mesquin et peureux de la France avait déshonoré ce pays, que j'adore, pour déshonorer en même temps l'Europe, dont elle est la tête, je m'abstins ; et en désespoir, je retournai dans mes foyers, pour voir l'esclavage et l'indifférence de l'abrutissement plus près de sa source, et pour mourir, s'il fallait, du choléra. Je ne parlerai plus de politique ; car vous en êtes. Mais il faut vous dire comment je gémis de voir .
Mille amitiés » [Berlin, mercredi 7 décembre 1831].

LETTRE D'EMMANUEL HEGEL, FILS DE HEGEL.
« Très honoré monsieur et protecteur,
La sympathie si bienveillante et si amicale que vous avez si souvent montrée, et que vous exprimez de nouveau dans votre lettre à M. Bloch, me fait un devoir sacré de vous en témoigner la plus profonde reconnaissance, et en même temps mon désir de m’en rendre digne personnellement. La bonté que vous avez de vous souvenir de nous doit nous toucher d’autant plus vivement que, pendant votre séjour à Berlin, nous ne devions vous faire que de très courtes visites.
Ma chère mère pense à vous et vous remercie du fond du cœur de votre excellente lettre ; et elle vous assure de sa constante et haute considération. Elle n’aurait pas voulu négliger de vous répondre elle-même, si elle n’avait pas été fort occupée, dans ces derniers temps, des préparatifs de son voyage à Nuremberg. Elle est partie hier pour passer l’hiver auprès de sa mère, à la campagne. Peu de jours avant son départ, elle m’a chargé de l’excuser auprès de vous. Elle se promet de mieux penser à vous dans des heures plus calmes ; et en attendant, elle vous adresse ses plus vifs remerciements pour les peines que vous avez prises, afin de faire connaître en France les œuvres de feu mon père ; et elle vous compte parmi les amis qui les ont propagées si généreusement, et auxquels elle ne peut offrir que ses remerciements.
En faisant des vœux pour votre bonheur, mon frère et moi, nous espérons que vous … (illisible) votre bienveillance.
Le fils de votre ami.
Immanuel Hegel » [fin 1831].
Marié en 1811 à Marie Hélène Susanna von Tucher [1791-1855], fille du baron Jobst Wilhelm von Tucher, Georg Wilhelm Friedrich Hegel [1770-1831] eût deux fils : l’aîné, Karl von Hegel [1813-1901], enseignant et historien, qui collabora à la première édition des Œuvres de Hegel, dite édition des « amis du défunt » ; le cadet Immanuel Hegel [1814-1891], fonctionnaire prussien, qui deviendra en 1865, président du Consistoire de Brandebourg.

LETTRE DE V. COUSIN A SCHELLING.
« Voici, mon cher ami, deux petites pièces, sur l'un des plus grands géomètres et physiciens de l'Europe, auquel le hasard m'a fait succéder à l'Académie française. Je vous prierais de les communiquer à l'Académie de Munich, si je savais où j'en suis avec elle. Pour vous, vous savez quels sentiments inviolables je vous ai voués.
Si vous rencontrez M. Thiersch, remerciez-le bien de son utile document sur l'état de l'instruction publique en Bavière.
Mille tendres amitiés » [vendredi 16 septembre 1831].

RECEPTION A L'ACADEMIE FRANÇAISE VUE PAR SOPHIE DUVAUCEL.
Lettre de Sophie Duvaucel à Stendhal [dimanche 8 mai 1831] rendant compte de la réception de V. Cousin à l’Académie française le jeudi 5 mai 1831, en même temps que l’homme politique et auteur dramatique Jean Pons Guillaume Viennet [1777-1868], à la suite de son élection du jeudi 18 novembre 1830.
« Pour en sortir, je vous dirai que nous avons eu d’un seul coup deux réceptions académiques, ni plus, ni moins : M. Cousin, qui nous a chanté, pleurniché, gémi un assez bon discours, et M. Viennet qui nous a fait mousser le sien (d’ailleurs bien pensé et bien écrit) par un débit naturel, harmonieux dont nos pauvres oreilles avaient grand besoin. Par suite de cette équité naturelle qui naît de la liberté de la presse, les gazettes n’ont parlé que de M. Cousin et, par suite du système des compensations, j’ai écrit, moi, des douceurs à Viennet en l’invitant à venir dîner avec nous. Il est parti de là pour les élections où tout le monde court avec un zèle remarquable. J’espère que les modérés auront le dessus et je voudrais que tous mes amis fussent députés ».
Sophie Duvaucel [1789-1867] est la belle-fille de Georges Cuvier [1769-1832], autrement dit la fille du premier mariage d'Anne Marie Coquet de Trazail, épouse Cuvier, qui avait épousé en premières noces le fermier général Louis Philippe Duvaucel. Sophie Duvaucel participe au salon que Cuvier tient le samedi soir dans ses appartements du Jardin des plantes, où se côtoient aussi Stendhal et Mérimée, qui entretiendront avec elle une importante correspondance.

CRITIQUE, COMMENTAIRES, ARTICLES ET OUVRAGES CONCERNANT V. COUSIN.

LA MISSION DE V. COUSIN EN ALLEMAGNE.
Le journal Le Temps du Dimanche, du dimanche 22 mai 1831, n° 58, annonce : «M. Cousin est chargé par le ministre de l'Instruction publique et des Cultes d'aller recueillir des documents sur l'organisation des principaux établissements d'instruction publique [en Allemagne] ».

ECKSTEIN ET LA MISSION DE COUSIN EN ALLEMAGNE.
Article d’Eckstein dans l’Avenir : De la Mission de M. Cousin en Allemagne.
Ferdinand d’Eckstein [1790-1861] publie dans le journal L’Avenir, deux articles d’une dizaine de pages intitulés De la Mission de M. Cousin en Allemagne.
« Le gouvernement vient d’envoyer en Prusse M. Cousin, pour s’informer de l’organisation de l’instruction publique de cette partie de l’Allemagne. Certes on ne pouvait faire un meilleur choix, ni adresser à Berlin un savant plus généralement estimé, et dont les relations sont, d’ailleurs, étroites avec quelques-unes des plus fortes têtes de l’Allemagne, notamment avec le célèbre philosophe Hegel. […] »
Numéro 265, vendredi 8 juillet 1831, et numéro 270, mercredi 13 juillet 1831. Publié dans Louis Le Guillou. Le « baron » d’Eckstein et ses contemporains. Lamennais, Lacordaire, Montalembert, Foisset, Michelet, Renan, Hugo, etc. Correspondances, avec un choix de ses articles. Paris : Honoré Champion. In-8, 593 p.] page 435.


Le 16/11/2018