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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1830
  En 1830, V. Cousin [1792-1867] a trente sept ans [il aura trente huit ans le 28 novembre 1830]. L’année 1830 c’est pour quelques mois, après la chute du ministère Martignac, le ministère Polignac.
Ce sont les quatre ordonnances du 25 juillet : la suppression de la liberté de la presse ; la dissolution de la toute nouvelle Chambre des députés ; le renforcement du système électoral censitaire ; la convocation des collèges électoraux pour le début de septembre. Avec aussitôt comme réponse, à Paris, les trois journées révolutionnaires du 27, 28, 29 juillet, provoquant l’abdication de Charles X et permettant la proclamation du duc d’Orléans comme lieutenant général du royaume puis, sous le nom de Louis-Philippe, comme roi des Français.
Jules Simon, témoignant de cette période, écrit, à propos de V. Cousin : « Pour exprimer sa situation par des noms propres, je dirai qu’il était libéral de l’école de Royer-Collard, et non de de l’école de Thiers ou de Mignet […].
Il n’est pas de ceux qui furent , le 27, ennemis des journées de Juillet, et, le 29, partisans déclarés de ces mêmes journées. Il déplora la victoire comme il avait déploré le combat. »
Il fut pourtant, comme malgré lui, le grand bénéficiaire de cette Révolution.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L’École normale.
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1824. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis un second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.
Le troisième voyage, où il est accompagné par Napoléon Lannes, son élève, est rapidement interrompu par son arrestation à Dresde [15 octobre 1824], son incarcération à Berlin [jusqu’à la mi-février 1825], son assignation à résidence jusqu’en avril 1825.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1820-1825. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

1822. Précepteur chez les Lannes.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

1825-1826. Les Fragments philosophiques.
En 1825, la grande et nouvelle affaire, pour V. Cousin, c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques. Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que V. Cousin peut signer comme auteur. En rassemblant des textes déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savants, et en soignant particulièrement la Préface. Il en assure une large distribution auprès de ses relations philosophiques, en France et à l’étranger et confirme ainsi, sans disposer de chaire, son image du philosophe français par excellence.

1827-1828.
L’année 1827 voit l’achèvement de l’édition bilinge grec-latin de Proclus : le sixième et dernier tome paraît début 1827. Elle voit la poursuite de l’édition de Platon, à laquelle V. Cousin, dans un premier temps, se consacre tout entier : « le moment, dit-il, d’être un peu utile est arrivé ».
Mais c’est sans compter sur la levée des mesures anti-liérales concernant l’enseignement supérieur : François Villemain, François Guizot et Victor Cousin vont retrouver leurs chaires.
Mais déjà les premières critiques se manifestent, venant tout à la fois des catholiques conservateurs et des adversaires du spitualisme cousinien.

1829.
L’année 1829 est principalement à la fois celle de la publication du Cours de l'histoire de la philosophie professé par V. Cousin à la Faculté des lettres de Paris, et celle de l’édition de la traduction de l’allemand en français du Manuel de l’histoire de la philosophie de Wilhelm Gottlieb Tennemann.

Éléments biographiques.
La mort de la mère.
V. Cousin interrompt son enseignement pendant l’hiver 1829-1830, autrement dit pas de reprise de cours en décembre 1829, et ceci pour le reste de l'année. Sa mère meurt « après une longue et douloureuse agonie » en février 1830.

Professeur titulaire.
De professeur adjoint à la Faculté des lettres de Paris V. Cousin passe en septembre 1830 [25 septembre] professeur titulaire. Mais ce changement de statut est aussi un changement de chaire : c’est dans la chaire d’Histoire de la philosophie moderne que V. Cousin a débuté, comme suppléant de Royer-Collard [de 1815 à 1820]. Lorsqu’il a été réintégré en 1828, il l’est comme professeur-adjoint de Royer-Collard [de 1828 à 1830], et Royer-Collard gardant définitivement son poste de professeur titulaire [il le gardera jusqu’à sa mort en 1845], V. Cousin n’a aucune possibilité d’avancement. Aussi [le 25 septembre 1830] est-il nommé dans la chaire d’Histoire de la philosophie ancienne, créée en mai 1814, où il succède à Charles Millon [chaire que V. Cousin occupera, en titre, jusqu’au 7 mai 1852, sans y faire aucun enseignement].
Appelé par ses fonctions à quitter [définitivement] l'enseignement de la Sorbonne, V. Cousin se fait suppléer par son disciple Jean Philibert Damiron [1830-1831], puis par Hector Poret [1831-1838]. C’est Théodore Jouffroy [1796-1843] qui lui succède comme professeur-adjoint [1830-1837] dans la chaire d'Histoire de la philosophie moderne [dont Royer-Collard est titulaire].
« L'éclectisme, silencieux depuis longtemps, a repris la parole avant-hier.
M. Cousin ayant abandonné la chaire d'histoire de la philosophie moderne, un homme autrefois son disciple, aujourd'hui maître, et maître en apparence peu soucieux de se rattacher à l'école du traducteur de Platon, M. Jouffroy a recommencé le cours devant un auditoire nombreux. L'objet de la séance a été de poser la question de la destinée de l'homme et de l'humanité [...] M. Jouffroy nous semble [...] avoir abjuré la philosophie de son maître.
Car M. Cousin a vu toutes les destinées de l'humanité accomplies dans l'éclectisme réalisé socialement par la Charte, en dehors de laquelle il ne pouvait rien concevoir pour l'espèce humaine. » [Sainte-Beuve, article du Globe, 13 décembre 1830].

Membre du Conseil royal de l'Instruction publique.
Il est nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique le 6 août 1830, pour représenter la philosophie. Il y tient la fonction de secrétaire. Le Conseil royal de l'Instruction publique, présidé par le ministre de l’instruction publique, est alors composé de huit personnes [A. F. Villemain pour les lettres [et qui en même temps est le vice-président permanent du conseil royal de l’Instruction publique], le baron Louis Jacques Thénard pour la médecine, Siméon Denis Poisson pour les mathématiques, Pellegrino Rossi, Saint-Marc Girardin pour l’histoire, Paul François Dubois.] V. Cousin y siège de 1830 à 1840 [l’interruption a lieu en mars 1840 [1er mars] lorsqu’il est nommé ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement Thiers], puis à la mort de Théodore Jouffroy, qui l’avait remplacé en 1840, à nouveau en 1842. Le Conseil est permanent et innamovible, les fonctions en sont rétribuées.

Président du jury d'agrégation.
V. Cousin préside, pour la première fois, le jury d’agrégation. Sont reçus en 1830 : Georges [Henri] Bach, Antoine Charma, Charles Mallet, Jean Perron, Olivier Chouteau.
Il occupe désormais cette fonction chaque année [sauf en 1838, 1840, 1841, avec la présidence de Théodore Jouffroy, et en 1847, et 1848 avec la présidence de l'Inspecteur général Georges Ozaneaux]. V. Cousin reprend la présidence du jury en 1849, grâce à Alfred de Falloux. Ceci jusqu'en 1851 [présidence reprise alors, en 1851, par le comte Joseph-Marie Portalis]. De 1852 à 1862 [inclus] l’agrégation de philosophie est supprimée.

Georges Bach.
Georges [Henri] Bach [-1837]. Ancien élève de l’École normale [1828]. Agrégation de philosophie en 1830. Professeur de philosophie, écrivain. Refusera de se soumettre aux orientations philosophiques de V. Cousin.

Antoine Charma.
Antoine Charma [1801-1869].
Né le 15 janvier 1801, à La Charité sur Loire ; mort le 5 août 1869, à Caen.
Élève à la Charité sur Loire, puis, à Paris, au collège Bourbon. Ancien élève de l'École normale [1820]. Fait partie de ces étudiants touchés par la mesure de la fermeture de l’École normale en 1822 [ordonnance Corbière du 6 septembre 1822]. Passe sa licence en 1823 et gagne sa vie en donnant des leçons particulières aux enfants de riches familles : prince Dolgoroucki, chez le prince de Beauveau, chez le marquis de La Grange. Ce qui explique la date relativement tardive de son agrégation : agrégation de philosophie en 1830, alors qu’il est déjà dans sa vingt-neuvième année.
Docteur ès-lettres, avec une thèse : Essai sur le langage [Caen, août 1831].La thèse latine porte sur la finalité des arts et des lettres.
Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Caen, puis Doyen de la Faculté.
Auteur de Leçons de philosophie sociale [1838], et de Leçons de logique [1840] qui le font accuser d’anticléricalisme, de matérialisme et d’athéisme. La polémique est relayée par des journaux de la presse catholique : l’Univers et l’Union catholique, auxquels il répond dans Le National du Calvados et dans la Revue de la Nièvre [juin 1842].
V. Cousin présentera en hommage à l’Académie des sciences morales et politiques, dans la séance du 6 juillet 1844, un ouvrage d’Antoine Charma et Georges Mancel, paru sous le titre : Le Père André Jésuite, documents inédits pour servir à l’histoire philosophique, religieuse et littéraire du XVIIIè siècle, contenant la correspondance de ce père avec Malebranche, Fontenelle et quelques personnages importants de la Société de Jésus, publiés pour la première fois et annotés par MM. Charma […] et G. Mancel. Caen : Lesaunier, in-8. Un deuxième volume paraît en 1856.
En 1848 se présente, sans succès, aux élections pour l’Assemblée constituante, soutenu par des groupements démocrates de la Nièvre.
Secrétaire de la Société des antiquaires de Normandie, dirige des fouilles et participe à la revue La Normandie monumentale.

Charles Mallet.
Charles Mallet [1807-1875]. Ancien élève de l’École normale [1826]. Docteur ès-lettres, avec une thèse littéraire sur l’histoire de Rollin [Paris, 1829] et une thèse philosophique : Dissertation philosophique sur les moyens d’arriver à la possession de la vérité [Paris, 1829]. Agrégation de philosophie en 1830.
Professeur de philosophie à Rouen [1838] ; à Paris, au collège Saint-Louis [1843]. Inspecteur d’Académie, puis recteur d’Académie.
Interviendra à plusieurs reprises à l’Académie des sciences morales et poltiques ; en mai 1845 pour lire un Mémoire sur Diodore Cronus et l’école philosophique de Mégare ; en mai et juin 1857 pour lire un Mémoire sur la vie et les écrits philosophiques de s’Gravesande ; en 1863 pour lire un Mémoire sur la vie et les écrits de James Beattie, philosophe écossais. Malgré tout, ne sera pas élu à l’Académie des sciences morales et politiques [il s’y présente en mars 1868, face à Étienne Vacherot, pour le fauteuil de V. Cousin].

Jean Perron.
Jean [François] Perron. Agrégation de philosophie en 1830 [cette année, sous la présidence de V. Cousin, sont reçus : Georges [Henri] Bach, Antoine Charma, Charles Mallet, Jean Perron, Olivier Chouteau]. Docteur ès-lettres [Strasbourg. 28 février 1833], avec une thèse sur Des principaux effets de l’éloquence. La thèse latine porte sur les rapports entre la félicité et la vertu [Strasbourg, 1833].
Secrétaire perpétuel de l’Académie de Besançon. Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Besançon.

Olivier Chouteau.
Olivier Chouteau. Agrégation de philosophie en 1830 [cette année, sous la présidence de V. Cousin, sont reçus : Georges [Henri] Bach, Antoine Charma, Charles Mallet, Jean Perron, Olivier Chouteau].

L'Académie française.
Dans un billet qu’Emmanuel Pastoret adressait à V. Cousin, le 14 novembre 1828, il lui faisait part du désir de l’avoir pour confrère à l’Académie française. En deux ans les démarches de V. Cousin aboutissent.
Victor Cousin est élu à l’Académie française, fauteuil 5, en remplacement du baron Joseph Fourier (1768-1830, mathématicien et physicien), le 18 novembre 1830. Il y prend séance l’année suivante : il est reçu par l’abbé de Féletz [1767-1850] le 5 mai 1831. Jules Favre (1809-1880) lui succédera en mai 1867.
Incipit : « Messieurs. Si quelqu'un s'étonnait de voir aujourd'hui, à l'Académie Française, un métaphysicien succéder à un géomètre, je lui montrerais la statue que vous avez élevée dans cette enceinte au père de la géométrie et de la métaphysique moderne. ».

Associé étranger de l’Académie royale des sciences de Munich.
V. Cousin est nommé membre associé étranger de la classe de philosophie et de philologie de l’Académie royale des sciences de Munich, en juin 1830. Une lettre de Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling, en date du 5 juillet l’annonce à V. Cousin. Cette démarche, engagée de longue date met beaucoup de temps pour aboutir. Le roi ne confirmera cette élection qu'en 1833. [cité par Bathélémy Saint-Hilaire, page 57-58].

Nouvelle rencontre avec Eduard Gans.
Eduard Gans [1798-1839], qui est déja venu à Paris en 1825, y revient en 1830. On lui doit une description de V. Cousin, au moment d'une distribution de prix à la Sorbonne. :« Le Conseil de l'université apparut enfin en grande tenue. Le duc de Broglie prit place, en qualité de ministre, parmi les conseillers. À sa droite était assis Cuvier, à sa gauche Villemain. On pouvait aussi trouver Cousin parmi les membres du conseil mais, fièrement drapé dans son manteau de professeur, il semblait être le seul à dédaigner les emblèmes de sa nouvelle dignité. » [Gans].

Débarbouiller Kant.
V. Cousin a la volonté de se mettre à l’édition de Platon. Il a également en tête le projet d’entreprendre une traduction, ou plutôt une refonte de Kant. Il s’en ouvre dans une lettre à Hegel : « Je roule dans ma tête un projet qui pourrait la [la philosophie] servir et naturaliser en France l’esprit de ce grand et admirable mouvement qui depuis quarante ans va toujours en croissant en Allemagne. Je songe à entreprendre une traduction ou plutôt une refonte de Kant. Tant que Kant ne sera pas connu, il n’y aura rien de fait et l’Allemagne n’est pas pour la France. Le père connu au contraire, les enfants et les petits-enfants le seront bientôt. Mais quelle entreprise ! Mon courage recule ! - Cependant une idée me soutient, c’est que Kant, une fois mis en Français, et un peu débarbouillé, pourrait se présenter à tout le monde et aller en Angleterre, en Italie, en Amérique et dans l’Inde. Mais je m’arrête et vous demande votre avis sur cette idée ! » [Paris, 5 avril 1830].

Éléments institutionnels de l'histoire de la philosophie.
Dès 1830, pour l’agrégation de philosophie, une des trois épreuves [la composition] comporte deux dissertations en français, dont l’une, nécessairement, porte sur un point de l’histoire de la philosophie. Pour la seconde épreuve [l’argumentation] les thèses à soutenir en français portent sur un point d’histoire de la philosophie ou bien sur un point de philosophie.
En 1832 [arrêté de septembre, ministère Guizot] le nouveau programme de philosophie contient expressément l’histoire de la philosophie.

Recension dans le Journal des savants.
Publication dans le Journal des savans [mars 1830, pages 131-139] d'un article rendant compte du Discours prononcé à l'ouverture du cours de l'histoire de la philosophie au Musée des sciences et des lettres, le 18 avril 1827, par M. Van de Weyer, professeur de l'histoire de la philosophie, conservateur des manuscrits du Roi et de la bibliothèque publique de Bruxelles, Bruxelles, 1827.
Le même article fait la recension de De la Direction actuellement nécessaire aux études philosophiques par M. de Reiffenberg, professeur de philosophie à Louvain, Louvain 1828.

Publication dans le Journal des savans, avril 1830, pages 225-233, d'un article rendant compte de De l'Éclectisme, ou premiers principes de philosophie générale, par le même [de Reiffenberg]; 1ère partie, divisée en 4 sections, Louvain, in-8, 1828.
L'article est assez critique : « Nous ne pouvons qu'applaudir à leur entreprise et encourager leurs essais, mais en les invitant à redoubler d'efforts et à ne point s'arrêter dans leur honorable carrière ».
Incipit des trois recensions : « Il faut reconnaître que la philosophie a été traitée avec une sorte de munificence en Belgique ».

Articles dans le journal Le Globe.
[février-mars 1830] 1. En février-mars 1830, fait paraître dans le journal Le Globe [dont une nouvelle série commence au 15 février 1830], des articles sur Kant dans les dernières années de sa vie, qui paraissent en feuilleton [Le Globe, n° 6, samedi 20 février, pages 21-22 ; n° 9, mardi 25 février, pages 33-34 ; n° 17, mercredi 3 mars, pages 65-66 ; n° 35, dimanche 21 mars, pages 137-138 ; n° 42 et dernier, dimanche 28 mars, pages 165-166].
Incipit : « Kant, l'auteur du grand mouvement philosophique de l'Allemagne contemporaine, a eu tant de biographies, même de son vivant, qu'on ferait une collection nombreuse des ouvrages consacrés à sa mémoire. Il y en a de toutes les sortes. Les uns sont des biographies complètes, d'une étendue considérable ; les autres ne renferment que des portions souvent assez courtes de sa vie : ceux-ci s'attachent plus particulièrement au philosophe, ceux-là se bornent à faire connaître l'homme. Quiconque l'avait approché s'est empressé de mettre le public dans la confidence de ses relations avec lui. Tout ce qui rappelait par quelque endroit le père de l'Allemagne nouvelle a été curieusement recherché et avidement accueilli.
Parmi cette multitude d'écrits, il en est deux qui méritent [...] ».
[1843] 2. Ces articles sont réédités dans les Fragments littéraires [Paris : Didier, 1843, p. 366-426].
[1857] Repris dans Fragments et souvenirs [Fragments et souvenirs, par Victor Cousin. Troisième édition considérablement augmentée. Paris : Didier et Cie, 1857, pages 1-54].

À l'Académie française.
Victor Cousin est élu, le 18 novembre 1830, membre de l’Académie française, au fauteuil 5, en remplacement du baron Joseph Fourier [1768-1830], mathématicien et physicien, décédé le 16 mai 1830.
Il y prend séance l’année suivante : il sera reçu par l’abbé de Féletz [1767-1850] le 5 mai 1831.
Face à la candidature de Benjamin Constant, à quelques jours de sa mort [8 décembre 1830] c'est le clan classique, dirigé par François Andrieux [1759-1833], secrétaire perpétuel depuis janvier 1824, et de Étienne de Jouy [1769-1846] qui fait élire V. Cousin et Guillaume Viennet.
Le même jour que V. Cousin est élu Guillaume Viennet [1777-1868], au fauteuil 22, en remplacement de Philippe de Ségur [1753-1830], décédé le 27 août 1830. Il sera reçu le 5 mai 1831, à la même date que V. Cousin, par François Auguste Parseval-Grandmaison [1759-1834]. C’est à ce fauteuil, pour la succession de Philippe de Ségur que se présente, sans succès, Benjamin Constant [1767-1830].

Mention, recension, fragments et compte-rendu d'ouvrages de V. Cousin.
Un article de Georges Farcy fait le compte-rendu des Fragments et du Manuel de l'histoire de la philosophie, traduit de l'allemand de Tennemann, dans le journal Le Globe, n° 160, 26 juillet 1830.

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Hegel à V. Cousin.
« Mon très cher ami,
C'est mon collègue Raumer qui me force la main pour avoir une lettre qui l'introduise auprès de vous. Vous voyez qu’il ne me faut pas moins que cela pour m’arracher à cette léthargie. Vos lettres et vos présents multipliés n’en ont pas obtenu autant de moi. J’ai de grands reproches à me faire sous ce rapport ; mais pas seulement visà vis de vous, mais presque vis à vis de toutes mes connaissances. Au reste la raison principale de ne pas vous avoir écrit quelques lignes de lettre, c’était la bonne volonté de vous adresser une grosse épître devant le public ; c’est à dire, il était arrêté, et même publiquement annoncé, que je ferais dans notre journal critique une analyse de vos deux tomes de Fragments philosophiques, en outre de vos cours. Je croyais devoir à vos travaux un remerciement motivé et public. Mail il était écrit dans le ciel que je ne devais pas exécuter, ni les résolutions de ma volonté, ni les engagements solennels. Voilà comme à force de vouloir bea ucoup dire, je ne vous ai pas dit un mot. […] » [Berlin, 26 février 1830].
Dans la suite de la lettre, Hegel explique aussi l’embarras où il se trouvait quant à la façon dont V. Cousin mêle les données historiques à la description de la marche philosophique.

V. Cousin à A. Lassus, régent de 7ème au collège de Toulon.
« Un événement déplorable, la mort de ma mère, ajouté aux misères de ma santé, m’a empêché de vous répondre jusqu’ici, et me force à le faire aujourd’hui en peu de mots.
Oui, Monsieur, j’accepte votre amitié et vous prie de compter sérieusement sur la mienne. Point de découragement : vous êtes jeune, et si vous savez bien employer vos forces, vous pouvez être utile. Que cette idée vous console !
J’approuve que vous laissiez dormir votre Essai, en attendant le développement spécial que vous voulez lui en donner, par une dissertation approfondie sur le sens philosophique du péché originel. Je ne saurais trop vous engager à bien constater le dogme symbolique avec la plus scrupuleuse orthodoxie, avant de passer à son interprétation. Peut-être aussi ne serait-il pas mal que vous vous missiez en possession des plus grandes interprétations que plusieurs docteurs del’Église en ont tentées. Enfin, je considère le commencement d’explication dont vous me parlez comme un heureux commencement, mais comme un simple commencement. La distinction de la spontanéité et de la réflexion doit jouer un rôle dans une explication du péché originel. Mais peut être ne résout-elle pas seule toutes les difficultés. La question du mal est si compliquée que, pour la résoudre, il faut s’adresser à plus d’un principe. Peut-être la Trinité êut-elle été le premier dogme à éclaircir, à cause des lumières que les autres dogmes eussent empruntées à celui-là bien expliqué. Mais allez toujours ; méditez bien votre sujet ; entrez dans de longs développements et proposez-vous d’épuiser la matière. Quelques livres vous suffisent ; votre direction est bonne. Avancez.
Quand votre dissertation sera achevée, avant de la communiquer à personne, envoyez-m’en une copie, par une occasion sûre ; je vous en dirai mon avis. Maintenant je ne pourrai qu’embarrasser votre pensée de la mienne ; j’aime mieux, mon cher enfant, vous mettre un peu la bride sur le cou ; plus tard, régler vos forces et en éclairer l’emploi me serait une occupation bien chère, si vous m’en jugiez capable.
Le siècle de la théologie pure est fini ; celui de la philosophie, ou de l’explication est venu. N’attendez rien du clergé pour la philosophie religieuse ; ce sont les laïques qui formeront la nouvelle Église, comme les Gentils ont fait la première. Soyez sage et discret ; mais sachez que votre force est dans le public, dans ce public ignorant et superficiel, mais bien intentionné, qu’il s’agit d’éclairer et de fortifier.
Travaillez en silence, et écrivez-moi quand vous serez un peu avancé.
Par parenthèse, je vous prie de me mander, comme à un ami, si vous désirez rester à Toulon, de qui dépend votre avancement, si M . Cottard y peut quelque chose. M. l’inspecteur général Letronne m’assure que M. Pons est un homme très instruit et très honnête, et qu’on pourrait songer à vous pour la chaire d’histoire. Ce serait bien mieux que d’enseigner les éléments du latin. Faites-moi part de vos désirs et de vos affaires, sans vous distraire de vos belles études.
Si vous rencontrez mon ami, M. Ampère fils, appelé à professer la littérature du Nord à l’Athénée de Marseille, ayez en lui toute confiance, et priez-le de ma part de vous présenter à son père, inspecteur général. Enfin rappelez-moi au souvenir de M. Cottard, auquel je vous prie de me dire ce que vous voulez que j’écrive. Sur quoi, mon cher Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.» [Paris, 1er mars 1830].

A. Lassus.
Autour de 1829-1830, A. Lassus est régent de 7 ème au collège de Toulon [Var]. Il rédige un Mémoire sur Abélard. Prépare le doctorat ès-lettres mais ne s’y présente pas. Il est enseignant à Troyes [vers 1832], puis à Niort [1833].
On dispose d’une lettre de V. Cousin [Paris, 1er mars 1830] à A. Lassus, l’encourageant dans ses études et sa carrière.

Alphonse Bérenger à V. Cousin.
« Mon cher Cousin,
Encore un immortel de moins ! Cette mort met Constant en position d’entrer à l’Académie, sans déranger ce qui avait été préparé pour vous à l’élection de Pongerville. J’espère que vous entrerez ensemble dans la docte enceinte, comme disaient nos bons aïeux. Je viens d’écrire à Constant pour lui apprendre ce que vous vouliez si généreusement faire pour lui ; car depuis notre entrevue, j’ai été retenu chez moi par une grave indisposition qu’une saignée a pu seule empêcher de dégénérer en maladie fort grave. Je n’ai pas voulu qu’il ignorât votre noble désintéressement, et l’empressement que vous aviez mis à lui céder, non votre tour, mais votre place ; car elle est bien Vôtre.
[…] Mais j’en profite pour vous dire que je suis à vous, pour la vie, de cœur et d’âme. » [1er septembre 1830].
Alphonse [Marie Marcellin Thomas] Bérenger [1785-1866] jurisconsulte et magistrat, député de la Drôme [1815 et 1827] deviendra conseiller à la Cour de cassation. Élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques, section de législation en décembre 1832. En 1839 sera nommé pair de France, où il sera le collègue de V. Cousin [nommé depuis 1832].
Jean Baptiste de Pongerville [1782-1870], conservateur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève [il le sera en 1846] vient d’être élu à l’Académie française le 29 avril 1830.

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin.
Jules Simon, témoignant beaucoup plus tard de cette époque, écrit, à propos de V. Cousin dans cette période : « Pour exprimer sa situation par des noms propres, je dirai qu’il était libéral de l’école de Royer-Collard, et non de de l’école de Thiers ou de Mignet. Il disait à Thiers et à Mignet : « Vous nous perdez ».
Il n’est pas de ceux qui furent , le 27, ennemis des journées de Juillet, et, le 29, partisans déclarés de ces mêmes journées. Il déplora la victoire comme il avait déploré le combat. Il m’a répété souvent, à l’époque où il était franchement rallié au gouvernement de la branche cadette, qu’un changement de cabinet aurait suffi ; que la Révolution avait ébranlé le principe monarchique sans aucun profit pour la liberté. Il fut, comme le duc de Broglie, et pour les mêmes raisons, simple spectateur de la lutte. Il entra même au bureau du Globe pour y exprimer sa désaprobation. Comme le duc de Broglie aussi, quand la Révolution fut un fait accompli, tout en la regrettant, il s’y rallia. Le public et le nouveau gouvernement lui-même le comptèrent parmi les vainqueurs et le récompensèrent d’une victoire qu’il aurait emêchée s’il l’avait pu ». [Victor Cousin, par Jules Simon. Paris : Librairie Hachette, pages 25-26].



Le 21/02/2018