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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1826
   COUSIN EN 1826

En 1826, V. Cousin [1792-1867] a trente trois ans [il aura trente-quatre ans le 28 novembre 1826].

Il est revenu en France, après son incarcération en Allemagne, avec l’image d’un héros de la cause libérale. Il est devenu un familier de Hegel et a noué contact avec le plus grand nombre de ses élèves et disciples. Goethe, dont la gloire est à son sommet, a même accepté de le recevoir…

A son retour il poursuit sa tâche d’éditeur de Descartes, publie des articles érudits dans le Journal des savants. Et les philosophes étrangers, de séjour en France, viennent lui rendre visite.

 

Résumé des années précédentes.

 

1809-1812. L’École normale .

Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

 

1813-1815. Doctorat et enseignement.

Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.

Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

 

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.

Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

 

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.

V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.

Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

 

1817-1824. Voyages en Allemagne.

Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

Le troisième voyage, où il est accompagné par Napoléon Lannes, son élève, est rapidement interrompu par son arrestation à Dresde [15 octobre 1824], son incarcération à Berlin [jusqu’à la mi-février 1825], son assignation à résidence jusqu’en avril 1825.

 

1820. Victime de la répression.

V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

 

1820-1825. Série d’éditions savantes.

Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

 

1822. Précepteur chez les Lannes.

Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

 

1825-1826. Les Fragments philosophiques.

Mais la grande et nouvelle affaire c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques. Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que V. Cousin peut signer comme auteur. En rassemblant des textes déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savants, et en soignant particulièrement la préface. Il en assure une large distribution auprès de ses relations philosophiques, en France et à l’étranger et confirme ainsi, sans disposer de chaire, son image du philosophe français par excellence.

 

1826

Éléments biographiques.

Une chaire à Bruxelles.

En 1826 [ou en fin 1825] le roi des Pays-Bas offre une chaire de philosophie à V. Cousin à Bruxelles. Cette proposition n'a pas de suite.

 

Lettres à Hegel.

V. Cousin continue d’écrire à Hegel, alors que ce dernier est à Berlin depuis fin 1818. Il lui envoie plusieurs Prospectus de son édition de Descartes, qui a commencé à paraître en 1824, à distribuer tout autour, ainsi que l’édition du Proclus, qui a commencé à paraître en 1821, et dont le 4ème volume est dédiée tout à la fois à Jean François Boissonnade, à F. Schelling et à Hegel. De même, dans un autre courrier, V. Cousin lui adresse l’édition de ses Fragmens Philosophiques, qui viennent de paraître. « Je viens vous prier de lire attentivement la préface de mes Fragmens philosophiques et de m’en dire votre avis avec la rigueur dun homme qui m’aime, et veut mon avancement. Ne lisez que la préface, mais lisez-la » [25 avril 1826]. Hegel répond de Berlin, une longue lettre [5 avril 1826] : « Viennent ensuite les oeuvres de Descartes même et de Proclus - présent de grande valeur sous tous les rapports, dont j’ai beaucoup à vous remercier ; ayant ce grand travail sous les yeux je vous félicite de l’assiduité dont vous êtes capable, je félicite aussi la France de ce que de telles entreprises de la littérature philosophique y puissent être faites. » Dans une autre lettre [Paris, 1er août 1826] V. Cousin sollicite fortement l’avis de Hegel : « La préface qui est seule lisible, et sur laquelle je sollicite et j’attends votre opinion motivée [...] Descendez un peu des hauteurs et donnez moi la main. Il y a quatre points dans cet écrit : 1. la Méthode. 2. l’application à la conscience ou la Psychologie. 3. le passage de la Psychologie à l’ontologie. 4. quelques tentatives d’un système historique. Laissez tomber de votre bonne tête quelque chose sur ces quatre points. Soyez d’autant plus impitoyable que, déterminé à être utile à mon pays, je me permettrai toujours de modifier sur les besoins et l’état, tel quel, de ce pauvre pays, les directions de mes maîtres d’Allemagne . [...].Hegel, dites-moi la vérité, puis j’en passerai à mon pays ce qu’il en pourra comprendre. » [Hegel, Correspondance 3, p.101. ] Cependant, malgré ses promesses, et les demandes pressantes de V. Cousin, Hegel ne fera jamais de compte-rendu de cet ouvrage.

 

Éléments institutionnels de l’histoire de la philosophie.

L'École normale fermée en 1822, est rétablie, en 1826, sous le nom d'École préparatoire. Théodore Jouffroy y est réintégré. Elle reprendra le nom d’École normale en 1830.

Publie :

Fragmens philosophiques par Victor Cousin. Paris : A. Sautelet et compagnie libraires, 1 volume in-8, I-L+438 pages, 1826.

Comporte une Préface de 44 pages, signée par V. Cousin, le 1er avril 1826.

Incipit de la Préface de la première édition : « Ces Fragments sont des articles insérés pour la plupart dans le Journal des Savants et dans les Archives philosophiques de 1815 à 1820. Empruntés à mes leçons de cette époque, je ne puis essayer de les rappeler à quelque unité sans dire un mot de l'enseignement auquel ils se rapportent, et qu'ils représentent comme des morceaux isolés peuvent représenter un tout. Appelé à parler de moi-même, je le ferai sans aucune de ces précautions de modestie qui ne valent pas la simplicité et la droiture de l’intention, et je dirai loyalement tout ce que j’ai fait ou voulu faire, depuis le jour où nommé maître de conférences philosophiques à l’École normale, et professeur suppléant de l’histoire de la philosophie moderne à la faculté des lettres, je vouai, sans retour et réserve, ma vie entière à la poursuite de la réforme philosophique commencée par M. Royer-Collard ».

Cette préface fera l’objet d’un soin particulier de la part de V. Cousin qui va veiller à sa diffusion auprès de la communauté philosophique internationale. Elle vise à construire une unité d’intention, à partir de la variété et de la diversité des textes qui composent les Fragments. Elle lui permet, à peu de frais, de présenter une doctrine philosophique, partant de la psychologie pour aller vers l’ontologie et la “haute métaphysique”, et ceci dans l’ordre même de l’histoire de ses pensées...

Enfin c’est dans cette Préface que se trouve l’expression [concernant le Dieu de la conscience] : « triple enfin, c’est à dire à la fois Dieu, nature et humanité. En effet si Dieu n’est pas dans tout, il n’est dans rien [...] », formule qui lui sera reprochée par l’Église comme un aveu à peine voilé de panthéisme.

 

Reprend des recensions insérés dans le Journal des savans, ou dans les Archives philosophiques, de 1816 à 1819 :

Leçons de philosophie ou Essai sur les Facultés de l'âme, par M. Laromiguière [pages 1-51] Paru initialement dans le Journal des savans en trois articles : avril 1819 [pages 195-202] ; octobre 1819 [pages 599-611] ; février 1821 [pages 85-92].

Histoire comparée des systèmes de philosophie, par M. Degérando [pages 52-61]. Paru initialement dans le Journal des savans : juillet 1825 [pages 434-439].

Histoire de la philosophie moderne, précédée d'un abrégé de philosophie ancienne, 7 volumes, chez Fournier, traduit de l'allemand par J. C. Jourdan, docteur en médecine [pages 62-72]. Paru initialement dans les Archives philosophiques : 1817.

Analyse d’un ouvrage de M. Dugald Stewart, Outlines of moral philosophy, Esquisses de philosophie morale, 3ème édition, Edimbourg, 1808 [pages 73-131]. Paru initialement dans le Journal des savans en quatre articles : janvier 1817 [pages 3-12] ; juin 1817 [pages 334-342] ; juillet 1817 [pages 413-418] ; août 1817 [485-493].

Grundriss der fundamental philosophie, Essai de Philosophie fondamentale par Gott. Wilh. Gerlach, professeur de philosophie à Halle, Halle : chez Gerbaüer, in-8, 1816 [pages 132-151]. Paru initialement dans le Journal des savans en deux articles : mars 1818 [pages 150-156] ; avril 1818 [pages 224-228].

Nouvelle réfutation du livre De l'Esprit, Clermont-Ferrand : 1817, in-8 [pages 152-160] [L'auteur de l'ouvrage est le Chevalier de Martillat]. Paru initialement dans le Journal des savans : septembre 1818 [pages 530-534].

Vues sur l'enseignement de la philosophie, Paris, in-8, 1818 [sans nom d'auteur] [pages 161-167]. Paru initialement dans le Journal des savans : février 1819 [pages 65-71].

 

Contient également :

le Programme du cours de philosophie, donné à l'École normale pendant l'année 1817.

Incipit : « Division et Classification des questions métaphysiques.

Division.

Toutes les questions métaphysiques sont renfermées dans les trois suivantes :

1° Quels sont les caractères actuels des connaissances humaines dans l’intelligence développée ?

2° Quelle est leur origine ?

3° Quelle est leur légitimité ?

Les questions de l’état actuel et de l’état primitif des connaissances humaines les considèrent dans l’esprit humain, dans le sujet où elles résident, c’est à dire sous un point de vue subjectif

La question de la légitimité desz connaissances humaines les considère relativement à leur objet, c’est à dire sous un point de vue objecti. ».

Le Programme des leçons données à l'École normale pendant le premier semestre de 1818, sur les Vérités absolues [du Vrai, du beau et du bien].

Incipit : « Je livre au public philosophique le programme des leçons que j’ai données pendant quelques mois de cette année à la Faculté des lettres de l’Académie de Paris et à l’École normale, sur le point le plus élevé de la science, savoir l’idée même de la science. Selon moi, comme toute vérité est sans doute telle ou telle vérité, mais qu’elle a de plus quelque chose en elle qui la constitue vérité ; de même toute science se compose d’un élément individuel qui la fait elle et pas une autre, et d’un élément supérieur, non individuel, qui lui imprime le catractère de science. Qu’est-ce donc qui constitue la vérité et la science en elles-mêmes, comme vérité et comme science, indépendamment de leurs éléments individuels, et de leurs applications particulières, dont l’intérêt philosophique est tot entier dans leur rapport avec leur élément supérieur ou leur principe ?

Cette question fondamentale, décomposée dans toutes celles auxquelles elle donne lieu nécessairement, engendre une science entière qui, sans doute, n’apprend aucune science particulière, mais qui, se retrouvant dans chacune, plane sur toutes, et peut être appelée la science par excellence, la science première, et à parler rigoureusement la science de la science, puisqu’elle est la science de ce qui, dans toute science, appartient exclusivement à la science ».

En plus de ces compte-rendus ou de ces articles déjà publiés l'ouvrage édite divers textes de V. Cousin, sous le titre général de Pensées détachées, en indiquant leur date de rédaction : Du langage [1817], pages 168-172 ; De la Loi morale et de la liberté [1818], pages 173-178 ; De la Cause et de l'infini [1816], pages 179-184 ; Religion, Mysticisme, Stoïcisme [1817], pages 185-190 ; De l'histoire de la philosophie [1816], pages 191-195 [le même thème est exposé dans Premiers essais de philosophie, fragments de cours de l'année 1817 : Du vrai commencement de l'histoire de la philosophie ; et, De l'histoire de la philosophie. Que toutes les écoles philosophiques peuvent se ramener à celles de Platon et d'Aristote] ; De la Philosophie de l'histoire [1818], pages 196-204 [le même thème est exposé dans Premiers essais de philosophie, fragments de cours de l'année 1817] ; L'Orient et la Grèce ou Histoire de la méthode philosophique chez les Grecs [1819], pages 205-213 ; Du Fait de conscience [1818], pages 214-277 [le même thème est exposé dans Premiers essais de philosophie, fragments de cours de l'année 1817] ; Sur le vrai sens du Cogito, ergo sum, pages 312-322 ; Du premier et du dernier fait de conscience ou de la spontanéïté et de la réflexion, pages 337-348 [le même thème est exposé dans Premiers essais de philosophie, fragments de cours de l'année 1817] .

 

Publie dans un Appendice, avec un Préambule, le texte de deux dissertations :

1. Dissertation sur la métaphysique de la géométrie [1817] par M. Vincent-Augustin Fribault.

Incipit : « Toutes les sciences sont l’ouvrage de l’esprit humain travaillant sur certaines données, à l’aide de certains principes, suivant certaines méthodes, avec telle ou telle de ses facultés et de leurs lois ; examiner les données que peut supposer une science, les principes sur lesquels elle repose, les méthodes qu’elle suit, les facultés et les lois de l’esprit qui peuvent concourir à sa formation, c’est faire sa métaphysique ».

Cette dissertation est reprise dans l'édition de 1833, dans l'édition en deux volumes de 1838. Elle n'est pas reprise dans les éditions ultérieures.

2. De la Liberté et de ses différents modes [1819] par Augustin-François Théry.

Augustin François Théry [1796-1878] deviendra inspecteur général de l’Instruction publique.

 

Publie également les textes des compositions couronnées :

1. pour le Programme du Concours général, année 1817 [Démonstration de l'existence de Dieu sur le principe de la causalité], avec le texte de J. J. Ampère ;

2. pour le Programme du Concours général, année 1818 [De la Loi morale], avec le texte de Charles Paravey ;

3. pour le Programme du Concours général, année 1819 [Des notions de substance et de cause], avec le texte de Franck Carré. [Carré deviendra procureur général du roi à la Cour des Pairs, participant au procès de Louis Napoléon Bonaparte en septembre 1840. Il sera le rédacteur du rapport à la cour des Pairs sur l’attentat de Lecomte contre le Roi, le 16 avril 1846, à Fontainebleau].

La préface est traduite en allemand, en italien, en anglais [aux États-Unis].

 

2. Réédité en 1833 : Fragmens philosophiques, par V. Cousin, seconde édition, Paris : Ladrange, libraire, in-8, 408 pages. Édité sans changement notable (“Des corrections, dit V. Cousin, qui ne valent pas la peine d'être indiquées”, mais avec une nouvelle Préface, pages V-LX, signée par V. Cousin, le 30 juin 1833]. Reprend également la Préface de la première édition, pages 1-50.

Cette seconde édition reprend tous les textes de la première, sauf le texte des compositions couronnées au Concours général de 1817, 1818, 1819.

Dans la préface de cette seconde édition, V. Cousin se défend de l’accusation de panthéisme.

 

3. Réédité en 1838, mais cette fois en deux volumes, et donc avec de nouveaux textes, par rapport aux deux éditions précédentes [reprenant les deux premières Préfaces, avec un Avertissement de la troisième édition, signé par V. Cousin, le 20 juillet 1838].

 

4. Réédité, ou plus exactement recomposé en 1856 [édition en 4 volumes chez Didier, comme nouvelle édition, avec le texte des deux premières préfaces et de l'Avertissement].

 

5. Recomposé en 1865-1866, mais cette fois, en cinq volumes [Fragments philosophiques pour servir à l'histoire de la philosophie, par M. Victor Cousin. Paris : A. Durand, Didier, 5 volumes in-8].

 

Se répartit en cinq volumes : 1. Philosophie ancienne ; 2. Philosophie du moyen-âge ; 3. Philosophie moderne [1ère partie] ; 4. Philosophie moderne [2ème partie] ; 5. Philosophie contemporaine. Chaque volume porte en avant-titre Fragments philosophiques.

« Les Premiers fragments de M. Cousin parurent en 1826. C'était le manifeste écrit de la doctrine que Damiron avait esquissée, que Jouffroy exposait avec son caractère propre dans la préface des Esquisses de Dugald Stewart, dans les articles de l'Encyclopédie moderne, dans ses cours privés, dans le Globe [...] Donc, en 1826, il publia la première édition des Fragments, où il apparaît sous un jour nouveau (on ne l'a pas assez remarqué), comme historien critique de la philosophie ancienne, avec une distinction et une force jusque-là ignorées en France » [Dubois].

 

V. Cousin veille à la large diffusion du livre et de sa préface. Celle-ci est traduite en allemand, en italien, en anglais [aux États-Unis].

 

Auguste Sautelet.

Quant à l'éditeur, Auguste Sautelet [1800-1830], il est un éditeur libéral. Ancien élève de Théodore Jouffroy au collège Bourbon [vers 1819], puis, vers 1820-1821, auditeur enthousiaste de V. Cousin à la Faculté des lettres [Cours d’Histoire de la philosophie moderne, dans la chaire de Royer-Collard].

Entre en 1821 dans la Charbonnerie : est membre de la vente à laquelle appartenait l’historien Augustin Thierry [1795-1856], le professeur et journaliste Paul François Dubois [1793-1874], l’essayiste Pierre Leroux, le philosophe Théodore Jouffroy [1796-1842], le médecin Alexandre Bertrand [1795-1831]. Il fréquente aussi les milieux littéraires, et un des premiers hôtes du «grenier» de Delécluze, avec Jean-Jacques Ampère et Albert Stapfer. Proche de l’obédience de Philippe Buchez.

Avocat, puis libraire. Selon Jean Jacques Goblot [dans son livre : Le Globe, 1824-1830], Auguste Sautelet semble s’être occupé d’abord d’affaires commerciales et bancaires. Puis, après avoir obtenu son brevet de libraire [22 mars 1825], s’associe la même année [28 avril 1825] avec Jean-Baptiste Paulin [1793-1859] pour fonder un commerce de librairie.

Il est l’éditeur du journal Le Globe [septembre 1824], et édite les Fragments philosophiques [1826] et les Nouveaux fragments philosophiques [1828] de V. Cousin, ainsi que les deux premières éditions [1829, 1839] du Manuel d’histoire de la philosophie de Wilhelm Gottlieb Tennemann, traduit de l’allemand par V. Cousin. Il édite un peu plus d’une centaine d’ouvrages, parmi lesquels les Oeuvres dramatiques de Goethe [1821-1825], la Physiologie du goût de Brillat-Savarin [1826, réédité en 1828], les Oeuvres complètes de Paul-Louis Courrier [1829-1830], le Traité du droit pénal de Pellegrino Rossi [1829], de nombreuses brochures et des lettres d’e Narcisse de Salvandy au Journal des Débats sur la censure.

Ce sont, semble-t-il des ennuis financiers qui l’amènent à se suicider en juin 1830. Prosper Mérimée l'évoque dans son H. B. [Henry Beyle], en rappelant son enterrement païen. En effet A. Sautelet s'est brûlé la cervelle le 13 juin 1830, et à son enterrement, comme le dit Mérimée : «Son maître, grand philosophe, et ses amis, eurent peur des honnêtes gens, et n'osèrent parler.» "Son maître", on l'aura reconnu c'est bien sûr V. Cousin.

 

Édition en cours :

Oeuvres de Descartes, publiées par M. Victor Cousin et précédées de l’éloge de René Descartes par Thomas. Paris : imprimerie de La Chevardière fils, librairie de Levrault, en 11 volumes.

En 1826 paraît le dernier volume, volume 11 : Lettre à Gisbert Voët. Règles pour la direction de l'esprit. Recherche de la vérité par les lumières naturelles. Premières pensées sur la génération des animaux. Extraits des manuscrits.

Concernant ce dernier volume V. Cousin écrit : « Je ne donne ici dans ce dernier volume, que des écrits latins publiés de son vivant [du vivant de Descartes] et qui n'ont jamais été traduits, ou qui ont été trouvés dans ses papiers à sa mort. Parmi ces derniers, le plus important est Regulae ad directionem ingenii [Règles pour la direction de l'esprit], ouvrage admirable sans lequel on ne peut comprendre l'esprit de la révolution cartésienne. Il est aussi beau que le Discours de la méthode et est parfaitement ignoré. Je ne crois pas qu'aucun historien l'ait cité une seule fois. Vous le lirez avec étonnement, pour la simplicité vraiment sublime de ses préceptes. » [Lettre de V. Cousin à F. E. D. Schleiermacher, 19 août 1826].

Étaient parus en 1824 : 1. Discours de la méthode. Méditations métaphysiques. Objections et réponses. 2. Suite des objections contre les Méditations avec les réponses. 3. Les Principes de la philosophie. 4. Des Passions de l’âme. Le Monde, ou traité de la lumière. L'Homme. De la Formation du foetus. 5. La Dioptrique. Les Météores. La Géométrie. Traité de mécanique. Abrégé de la musique. 6. Correspondance. 7. Correspondance 8. Correspondance.

En 1825 : 9. Correspondance. 10. Correspondance.

Les onze volumes sont réédités en 1995, document électronique BNF.

 

Édition en cours :

Oeuvres complètes de Platon, traduites de grec en français, accompagnées de notes et précédées d'une introduction sur la philosophie de Platon. Paris : Bossange frères, in-8

Le tome 3. [Paris : Bossange frères, 1826] contient les traductions de Protagoras et Gorgias.

Le tome 3 est dédié par V. Cousin à Hegel :

« À M. G. W. F. Hegel, Professeur de philosophie à l’Université de Berlin.

Je viens, mon cher Hegel, vous prier d’accepter l’hommage de cette traduction du Gorgias. Il était dû sans doute à celui qui le premier replaça avec honneur, parmi les principes éternels de la philosophie du droit, les maximes contenues dans cet antique monument. Mais un autre motif encore me dirige en vous adressant cet hommage.

Hegel, il y a dix ans que vous me reçûtes à Heidelberg comme un frère, et que, dès le premier moment, nos âmes se comprirent et s’aimèrent. L’absence et le silence ne refroidissent pas notre amitié ; et quand dans ces derniers temps, voyageant de nouveau en Allemagne, une police extravagante, dirigée à son insu par une politique odieuse, osa attenter à ma liberté, me charger des accusations les plus atroces, et me déclarer d’avance convaincu et condamné, vous accourûtes spontanément vous présenter devant mes juges, leur dire que j’étais votre ami, et engager votre parole pour la mienne.

J’ai voulu, Hegel, vous remercier publiquement de cette noble conduite, non pour vous ni pour moi, mais pour la philosophie. Vous avez prouvé qu’elle n’est pas toujours une occupation stérile, et que le génie de l’abstraction peut très bien s’allier avec la fermeté de l’âme et le courage dans la vie. Encore une fois, Hegel, je vous en remercie. » [Paris, le 15 juillet 1826].

 

L'édition des Oeuvres complètes de Platon, en treize volumes, commencée en 1822 se poursuit jusqu'en 1840.

 

Recension dans le Journal des savants.

[1826] Publication dans le Journal des savans, de deux articles de V. Cousin rendant compte de Eunapi Sardiani Vitas Sophistarum et fragmenta historiarum, recensuit notisque illustravit J. F. Boissonnade, accedit annotatio Dan. Wyttenbachii, Amstelodami [Amsterdam], 1822, 2 volumes, in-8 ; premier article : octobre 1826, pages 595-605 ; deuxième article : décembre 1826, pages 733-747 :

Incipit « Hadrianus Junius Hornanus est le premier qui ait entrepris, sur un manuscrit tiré de la bibliothèque du cardinal Farnèse, de publier les vies des philosophes d’Eunape, avec une traduction latine et quelques notes, à Anvers, chez Plantin, 1568. Cette édition est remplie de fautes, tant dans la version que dans le texte. Junius ne paraît pas se les être dissimulées [voyez sa préface] ; mais pour les corriger, il reconnaissait qu’il avait besoin de nouveaux manuscrits. Jérôme Commelin trouva ce secours indispensable dans deux manuscrits de la bibliothèque palatine d’Heidelberg, à l’aide desquels il remplit plusieurs lacunes laissées dans le texte, et introduisit de meilleures leçons, sans toucher cependant à la traduction de Junius […] ».

[1828] Repris dans les Nouveaux fragments philosophiques par Victor Cousin, Paris : Pichon et Didier, Sautelet et Cie, Alex. Mesnier, in-8, 1828 [Eunape, historien de l’école d’Alexandrie, pages 200-263].

 

Mention, recension, extraits et compte-rendu d'ouvrages de V. Cousin.

Dans le Journal des savans, février 1826, pages 103-115, le premier article de compte-rendu, par F. Daunou, des Oeuvres de Descartes, publiées par M. Victor Cousin. Le second article paraît en février 1827.

 

Journal Le Globe.

Annonce du volume 10 des Oeuvres de Descartes. le Globe, tome 3, n° 28, 25 février 1826

Des extraits des Fragments philosophiques, paraissent, à l'initiative de V. Cousin. Le Globe, tome 3, n° 37, 40, 42, 49, mars-avril 1826.

Compte-rendu, par des articles de Jean Philibert Damiron, des Fragments philosophiques de V. Cousin. Le Globe, tome 3, n° 58 et 67, 6 et 27 mai 1826.

Fragment du volume 4 des Oeuvres de Platon. Le Globe, tome 3, n° 85 et 86, 8 et 11 juillet 1826

Annonce du volume 4 des Oeuvres de Platon. Le Globe, n° 13, 12 septembre 1826.

Fragment du volume 11 des Oeuvres de Descartes. Le Globe, tome 4, n° 24, 7 octobre 1826.

Annonce du volume 11 des Oeuvres de Descartes. Le Globe, tome 4, n° 30, 21 octobre 1826.

 

Article du journal Le Producteur rendant compte des Fragments philosophiques et de sa Préface.

 

Article de d’Eckstein dans le journal Le Drapeau blanc rendant compte des Fragments philosophiques et de sa Préface.

 

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.

Le baron Ferdinand d’Eckstein [1790-1861] invite Lamennais à dîner.

« Veuillez aussi me dire si vous accepteriez de moi un modeste dîner que j’aurais à vous offrir la semaine prochaine, avec M. Cousin et, si vous voulez, avec M. de Haller, M. Hugo et quelques autres personnes dont la société ne vous serait pas désagréable. Vous me fixeriez alors le jour. » [février-mars 1826. Cité dans correspondance générale de Lamennais, p. 582].

 

Félécité Lamennais au baron Ferdinand d’Eckstein [1790-1861], protestant contre l’exposé fait dans le journal Le Catholique des idées de Lamennais. Félécité Lamennais ajoute :

« Je ne trouve pas moins étrange, par la même raison, que vous avez accusé M. Cousin de panthéisme. Ces choses–là doivent être prouvées quand on les avance et je ne devine pas sur quoi vous pouvez fonder une pareille allégation. » [Lamennais, 2 mai 1826].

 

Félécité Lamennais à V. Cousin.

« Je vous envoie, mon cher ami, quelques notes jetées à la hâte sur le papier, en lisant votre préface. Parmi mes observations, il y en a qui n’ont de rapport qu’à l’expression de vos idées ; d’autres tiennent au fond des choses. Ne regardez les unes et les autres que comme l’indication de points à discuter entre nous.

Tout à vous cher ami. » [27 mai 1826. Cité dans la Correspondance générale de Lamennais, éditée par Le Guillou, tome 3].

Il s’agit de notes de travail de Lamennais [1782-1854], à propos de la Préface des Fragments philosophiques, qui vient de paraître du 1er avril 1826 ; dans ce texte V. Cousin attaque la théocratie, et donc Lamennais, mais sans le nommer.

 

Lamothe-Fouqué à V. Cousin.

« Depuis, bien, bien longtemps, oui par trop longtemps, cher Cousin, nous n'avons plus rien reçu l'un de l'autre. Il ne faut plus qu'il en soit ainsi. Le temps fuit alternativement devant nous, enfants de la terre ; et même deux âmes qui tendent vers l'éternel, qui, dans cette seule et unique voie, se sont rencontrées (c'est ainsi grâce à Dieu, qu'il en est de vous et de moi), ne doivent pas rester trop longtemps séparées l'une de l'autre. Non pas qu'il pût y avoir jamais un malentendu entre nous. C'est, à l'avenir, impossible entre Cousin et Fouqué, impossible depuis le premier moment où nous nous sommes communiqué nos pensées les plus intimes. Une telle relation est trop précieuse pour que nous permettions même à un grain de sable de se glisser entre nous. Ce n'est pas sans signification que le temps est représenté sous la forme d'un sablier, notamment de nos jours, où il a certainement des grains de sable outre mesure. Moi, mon cher ami, je tiens infiniment à ce que votre coeur ne s'éloigne pas du mien. Votre coeur, dont j'ai apprécié pour jamais la valeur, et qui en quelques heures m'a semblé me donner une éternité.Il est encore le seul dans ma belle patrie, la France, ma mère, qui garde pour moi, pauvre réfugié, déjà banni dans ses pères, un sentiment de sympathie et d'attachement personnel.

[...] C'est ce même sentiment qui éclate dans votre prospectus des oeuvres de Descartes ; c'est lui aussi qui parle dans votre Gorgias, qui parle dans tout votre être, et qui m'unit à vous pour la vie.

Voulez-vous jamais savoir tout ce que votre opinion sur ce philosophe et notre conversation platonicienne a fait germer, particulièrement en moi, vous me le direz en trois mots ; mais préparez-vous alors à ce que je vous réponde par des centaines de mots ; car je suis profondément ému. Pour aujourd'hui, plus rien qu'un aimable bonjour de Mme Fouqué et l'assurance d'une sincère amitié de la part de [Lamothe-Fouqué]. » [Neu-Hausen, 8 octobre 1826. traduction. Cité in BSH].

 

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin

Lettre du baron Massias à V. Cousin.

« C’est un garde-malade, bien indisposé lui-même et bien appréhensif, qui trouve un moment pour vous remercier de l’intention bienveillante que, suivant ce que me dit M. Quinet, vous avez eue de me visiter dans mon hermitage. J’ai pris, à votre insu, note de cet engagement, qui, malheureusement pour moi, et pour me servir d’un terme de palais, n’est pas obligatoire pour vous, puisqu’il n’est pas synallagmatique. À mon premier voyage à Paris, je me propose d’avoir l’honneur de passer chez vous, pour vous prier de bien vouloir le ratifier.

Vous me rendriez un véritable service en me communiquant vos observations sur mon dernier ouvrage, dont le sujet, quelle que soit la manière dont je l’aye traité, est la pierre angulaire de toute science et de toute philosophie. Vous êtes à la tête du petit nombre des êtres dignes de juger ces hautes matières ; et nul n’est moins disposé que moi à appeler de vos jugements. Je prends l’engagement, dicté par mon propre intérêt, de souscrire à tous les bons avis que vous voudriez bien me donner et d’en profiter […]. » [Thiais, près Choisy le roi, le 10 janvier 1826].

Selon Barthélemy Saint Hilaire, il s’agit de l’ouvrage de Nicolas Massias [1764-1848] intitulé : Principes de littérature, de philosophie, de politique et de morale, en train de paraître en 4 volumes chez F. Didot, en 1826-1827.

Barthélemy Saint Hilaire cite deux autres lettres de N. Massias, de mars, puis d’avril 1826, dans lesquelles il sollicite la critique de V. Cousin et un article concernant son ouvrage sur les Principes.

 

Dans un article du numéro 3 du journal Le Catholique, Ferdinand Eckstein [1790-1861] écrit : « M. Victor Cousin s’est placé dans un ordre à part. D’abord partisan de la philosophie rationaliste, il a fini par s’affranchir de ces lourdes entraves. Se reposera-t-il dans le panthéisme, ou parviendra-t-il à une philosophie véritablement chrétienne ? C’est ce que l’avenir nous montrera ».

 


Le 22/05/2018