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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1825
  

VICTOR COUSIN EN 1825.

En 1825, Victor Cousin [1792-1867] a trente deux ans. Il aura trente-trois ans le lundi 28 novembre 1825.
Le troisième voyage qu’il a entrepris en Allemagne, en octobre 1824, a mal tourné : soupçonné de menées carbonaristes, il est arrêté à Dresde, puis incarcéré à Berlin, jusqu’en février 1825.
Relâché, il doit cependant rester à Berlin encore quelques mois, et ne peut revenir en France qu’à la mi-avril. Les journaux le signalent à Paris le 12 mai 1825, jour de l’Ascension.
Revenu en France, Victor Cousin poursuit son travail de publication de la traduction des Œuvres de Platon, commencé en 1822 et qui se continuera jusqu’en 1840. Mais aucun volume ne paraît en 1825.
Par contre deux volumes de la Correspondance de Descartes sont publiés. Le onzième et dernier volume paraîtra en 1826.
Les philosophes allemands, Heinrich Gustav Hotho et Eduard Gans, lui rendent visite en France. Félicité Lamennais et le tout jeune Edgar Quinet entrent en relation avec lui. Cousin poursuit ses relations épistolaires avec Benjamin Constant.
1825-1826. LES FRAGMENS PHILOSOPHIQUES.
En 1825, la grande et nouvelle affaire, pour Victor Cousin, c’est la préparation et l’édition des Fragments philosophiques.
Il rassemble ses notes de cours et ses articles déjà parus dans les Archives philosophiques ou dans le Journal des savants, sous le titre de Fragments philosophiques [1826].
Jusque là « éditeur » de Proclus, de Platon, de Descartes, voilà la première œuvre que Victor Cousin va pouvoir signer comme auteur.

LES ÉVÈNEMENTS HISTORIQUES EN 1825.

29 MAI 1825. SACRE DE CHARLES X.
Son frère aîné Louis XVI [1754-1793], ayant été guillotiné le 21 janvier 1793, c’est après la mort de son autre frère, le roi Louis XVIII [1755-1824], décédé le 16 septembre 1824, et n’ayant pas de descendance, que Charles X [1757-1836], comte d’Artois, ancien émigré, devient roi de France.
Le sacre de Charles X, à Reims, se déroule sur quatre jours : le samedi 28 mai 1825, la cérémonie des vêpres ; le dimanche 29 mai, le sacre proprement dit ; le lundi 30 mai, la remise de récompense pour les Chevaliers du Saint-Esprit ; le mardi 31 mai, le toucher des écrouelles.

1825. ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.

INCARCÉRATION À BERLIN.
Au début de l’année Victor Cousin reste incarcéré à Berlin. Il sera relâché au début de février 1825, mais prié de rester à Berlin, tout le temps de l’instruction, jusqu'au début avril 1825. Victor Cousin en profite pour prendre contact avec de nombreuses personnalités.

DEUXIÈME RENCONTRE AVEC GOETHE.
Autorisé à quitter Berlin, début avril, il se rend à Weimar, pour rencontrer à nouveau Johann Wolfgang von Goethe [1749-1832], comme le Journal de l’écrivain allemand en témoigne [lundi 28 avril 1825], et lui transmettre une lettre de Hegel. Après cette rencontre, Victor Cousin retourne à Paris, courant mai.
Une première visite à Goethe avait eu lieu le 17 octobre 1817. Victor Cousin fera le récit de ces deux visites, deux ans plus tard, par un article dans le journal Le Globe [tome 5, n° 26, samedi 2 juin 1827].
En 1825, Johann Wolfgang Goethe [1749-1832], que l'on appelle « le Sage de Weimar » est alors âgé de soixante-quinze ans.

Dans les Conversations de Goethe avec Eckermann, publiées en allemand en 1836-1848, par le poète et écrivain Johann Peter Eckermann [1792-1854], qui couvrent la période 1823-1832, il est question à plusieurs reprises de Victor Cousin.

À la date du 17 octobre 1828 : « Depuis quelque temps, Goethe lit assidûment le Globe et en fait le sujet de ses entretiens. Les efforts de Cousin et de son école lui semblent particulièrement importants.
Ces hommes-là, dit-il, sont en voie d’opérer un rapprochement entre la France et l’Allemagne, en forgeant une langue tout à fait propre à faciliter l’échange des idées entre ces deux nations ».

À la date du 17 février 1829 : « [Après avoir parlé de Lavater] la conversation passa aux français, aux conférences de Guizot, de Villemain et de Cousin, et Goethe estima très haut le point de vue de ces hommes qui considèrent toute chose avec un esprit libre et sous un angle neuf, qui vont toujours droit au but. C’est comme si jusqu’à ce jour, observa Goethe, on avait pénétré dans un jardin en prenant des chemins détournés ; or ces hommes libres sont assez audacieux pour ouvrir une brèche dans le mur et faire une porte à l’endroit même par où l’on débouche dans l’entrée principale. [De Cousin on en vint à la philosophie hindoue] ».

À la date du 2 avril 1829 : « Ensuite Goethe a parlé longuement des Français, surtout de Cousin, Villemain et Guizot. La pénétration, dit-il, la largeur de vues et la sagacité de ces hommes est grande : ils allient à une parfaite connaissance du passé l’esprit du XIX ème siècle, ce qui, naturellement, produit des effets miraculeux ».

À la date du 3 avril 1829 : « On parla de la jeune littérature française, et Goethe manifesta encore une fois son admiration pour les conférences de MM. Cousin, Villemain et Guizot. Au lieu de l’esprit voltairien léger et superficiel, dit-il, ceux-là sont savants comme on l’était jadis qu’en Allemagne. Et avec cela, quelle intelligence, quelle pénétration, quel art de serrer un sujet ! C’est magnifique ! On dirait qu’ils le pressurent. Ils sont tous trois excellents, mais c’est à Guizot qu’iraient mes préférences. Il m’est le plus cher ».

À la date du 3 février 1830 : « [Nous parlions du Globe et du Temps, et cela nous conduisit à la littérature et aux littérateurs français] […] Pour ce qui est de Cousin, il n’a pas grand chose à nous enseigner, à nous Allemands, puisque la philosophie qu’il présente comme une nouveauté à ses compatriotes nous est connue depuis de longues années ; mais pour les Français, il est fort intéressant. Il leur donnera une direction tout à fait nouvelle ».

Les Conversations de Goethe avec Eckermann seront traduites pour la première fois en français en 1863, par Émile Délerot [1834-1912], sous le titre : Conversations de Goethe pendant les dernières années de sa vie : 1822-1832, recueillies par Eckermann, traduites par Émile Delerot. Précédées d’une Introduction par M. Sainte-Beuve et suivies d’un Index.
[Paris : Bibliothèque-Charpentier. G. Charpentier et E. Fasquelle éditeurs. 11, rue de Grenelle. Deux volumes. 1863].

ÉMILE DELEROT.
Diplômé de lettres et de droit [licence 1856]. Après un séjour en Allemagne, Émile Délerot [1834-1912] collabore à la Revue Germanique. Est élu conseiller municipal de Versailles [1870].
Adjoint à Joseph Adrien Le Roi [1797-1873], conservateur de la Bibliothèque publique de la ville de Versailles [1871], Émile Délerot devient lui-même Conservateur de la Bibliothèque de Versailles [1873], au décès de Joseph Adrien Le Roi.
Émile Délerot reste en fonction jusqu’en 1889, date à laquelle il prend sa retraite.

Spécialiste de Goethe, Émile Délerot publie en 1863 une traduction des Conversations de Goethe avec Eckermann ; en 1866, un compte-rendu du livre du philosophe E. Caro : La Philosophie de Goethe, publié dans la Revue de l’Instruction publique, paru le 15 novembre 1866, et repris en tiré à part [Paris : impr. de C. Lahure. In-8, 7 p., 1866] ; en 1882, un ouvrage sur Goethe : Goethe, par É. Délerot [Paris : Hachette, Bibliothèque des écoles et des familles. In-16, 36 p., 1882]. Enfin, en 1908 : Quelques propos sur Goethe [Versailles : L. Bernard, libraire-éditeur. 17 rue Hoche. In-18, 150 p., 1908].

Émile Delerot [1834-1912] et Achille Taphanel [1847-1927] sont les < éditeurs > des Lettres inédites de Victor Cousin à Ernest Bersot [1842-1865]
[Versailles : Imprimerie Aubert. 6 avenue de Sceaux. In-8, 23 p., 1897].
Publiées d’abord dans les Mémoires de la Société des Sciences morales, des Lettres et des Arts de Seine-et-Oise. Tome XXI. Année 1897. Il y a deux tirages la même année.
Réédité en 1995, document électronique BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75204j

LES RELATIONS DIFFICILES DE COUSIN AVEC LA DIRECTION DU GLOBE.
Lié au mouvement doctrinaire, le journal Le Globe prend fait et cause pour Victor Cousin, au moment de son incarcération à Berlin.
Victor Cousin revenu en France, à la mi-mai 1825, Paul François* Dubois, son directeur, s’attend à être remercié pour son soutien. Mais les choses se passent autrement que prévu :

« Quel ne fut pas notre étonnement à tous, et je puis dire à moi en particulier, lorsque, venant, croyais-je, dans ma simplicité, remercier ce pauvre Globe naissant des efforts qu’il avait faits pour sa cause, je le vis tout-à-coup, après les premiers serrements de main et la première effusion, changer brusquement de ton, et m’entamer une mercuriale des plus solennellement tragiques sur le mal profond que nous faisions à la science en la distribuant ainsi en petites feuilles. “Qu’est-ce que cela, je vous le demande ? Ce qu’il faut, ce sont de bons et gros livres, des in-folio, médités et couvés en silence, et éclatant ensuite dans le cercle à part des penseurs. Je viens d’un pays où l’on entend autrement les intérêts de la philosophie et des lettres ! C’est vous qui, par vos ardeurs et vos pétulances, avez entraîné mes amis dans cette voie de publicité prématurée et malsaine ! Si j’avais été ici, rien de tout cela ne se serait fait, et je vous aurais bien empêché de faire ce que vous faites. Que va-t-on dire de nous ?” – Nous étions seuls dans mon cabinet ; mais les éclats de sa voix, sa marche précipitée et à grands pas dans cette vaste pièce frappaient les oreilles du caissier et du commis des abonnements établis dans l’antichambre. D’abord, je l’avoue, abasourdi de cette scène, puis irrité plus que de sang-froid je n’aurais dû l’être, connaissant l’homme et ses boutades en tout sens, la fougue aussi me prit : « Ah ! c’est là votre remerciement ! eh bien ! allez à vos in-folio, » et ouvrant brusquement la porte, je le saluai ironiquement et la refermai sur lui.
Au bout de quelques jours, en voyant l’estime qui déjà s’attachait à nos humbles débuts, à la loyauté de nos opinions, même dans le monde où il croyait ne rencontrer que des plaintes et des critiques sévères, il prit sur nous un autre langage ».
Cité par Paul François Dubois [1793-1874], dans Cousin, Jouffroy, Damiron. Souvenirs publiés avec une introduction par Adolphe Lair et suivis d’un appendice par M. Waddington, Membre de l’Institut. [Paris : Perrin & Cie, in-12, 1902].

COUSIN FAIT VISITER PARIS À EDUARD GANS.
Le philosophe allemand Eduard Gans [1797-1839] vient à Paris, en mai 1825 et y reste jusqu'à fin décembre 1825. Victor Cousin, qui l'a rencontré en Allemagne, au cours de l'un de ses voyages, lui fait découvrir Paris.
Eduard Gans en témoigne : « La première promenade avec commentaires historiques , que nous fîmes dans les rues de Paris s'effectua en compagnie de Cousin. En règle générale, il nous précédait de quelques pas puis, le regard enflammé, il regardait autour de lui et nous montrait ce qui faisait tout l'intérêt historique des places, des ponts et des maisons. Nous atteignîmes ainsi la place du Carrousel. Cousin qui s'était éloigné de nous d'un bon bout de chemin, s'arrêta aux grilles des Tuileries et nous fit signe de nous approcher.
"Approchez, Gans, dit-il d'un ton solennel, et ôtez le chapeau, continua-t-il d'une voix qui s'étranglait presque de mélancolie. Voilà le dix août " [10 août 1792, renversement de la monarchie].
Un instant nous restâmes comme interdits [...]. Je me permettrai néanmoins d'ajouter que jusqu'à ce jour il ne m'a pas été donné de recevoir un enseignement plus chaleureux et plus pénétrant de l'histoire » [Gans].

Eduard Gans.
Eduard Gans [1798-1839]. Juriste et philosophe allemand. Né le 22 mars 1797, à Berlin ; mort le dimanche 5 mai 1839, à Berlin.
Étudie le droit, la philosophie, l’histoire à Berlin, à Göttinguen puis à Heidelberg, où il assiste aux cours de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, dont il éditera plus tard, en mai 1833, dans le Volume VIII de l'édition de la « Société des amis du défunt » [Verein von Freunden des Verewigten] les Leçons sur la philosophie du droit [Grundlinien der Philosophie des Rechts, ober Naturrecht und Staatswissenchaft im Grundrisse], et pour lesquelles il rédige une Préface.

Après son doctorat, retourne à Berlin pour enseigner le droit. Pour entrer dans le corps professoral, est obligé d’abandonner la religion juive et de se convertir au christianisme. Il est nommé [1826] professeur de droit suppléant [extraordinaire], puis professeur titulaire [ordinaire] en 1828.
En 1827, publie System des römischen Civil-Rechts [Système du droit privé des romains] ; en 1829, publie à Berlin, Über die Grundlage des Besitzes [Sur la propriété foncière] ; en 1832, Vermischte Schriften [Mélanges].
Présentant, dans l’esprit de la philosophie hégélienne, une théorie de la lente évolution des principes de la loi, il publie Erbrecht in Weltgeschichtelicher Entwicklung, eine Abhandlung der Universalrechtgeschichte [Berlin : Maurer. Quatre volumes in-8, 1824-1835].

Victor Cousin le rencontre auprès de Hegel, au cours de son troisième voyage en Allemagne [1825] et le reçoit à Paris [en 1825 et en 1830].
Au cours d’un troisième voyage à Paris [1835], Eduard Gans contribue au journal hebdomadaire < la Revue de Paris >[Tome 26 ; article du dimanche 28 février 1836 sur Le Salon de Madame Récamier.] On y trouve un portrait de Chateaubriand, de Ballanche, de Tocqueville, de Lerminier, d'Edgar Quinet. Et à l'occasion du portrait de Lerminier, cette brève allusion à Victor Cousin : « [Lerminier] pense que la France, pour tenir sa place dans le monde, a besoin, avant tout, d'une philosophie. Mais il ne faudrait pas prendre pour philosophie l'éclectisme de M. Victor Cousin, puisque lui-même l'a brisé comme un marche-pied, après s'en être servi pour arriver à la chambre des pairs ».

En butte à la censure du gouvernement prussien, son livre regroupant ses cours sur l’histoire des quinze dernières années [publié à Leipzig, 1833-1834] est interdit.
Après sa mort, son Histoire du droit de succession en France au moyen-âge est traduite en français, par Louis de Loménie, précédé d’une notice sur la vie et les ouvrages de Gans par Saint-Marc Girardin [Paris : Moquet, in-12, XXX-239 p., 1845].

LA MORT DE SANTA ROSA.
Santa Rosa [1783-1825] meurt le mercredi 25 mai 1825 dans l’île de Sphagia, près de Navarin, alors qu’il participe comme volontaire auprès des Grecs à des combats contre les Turcs.
Lettre de Victor Cousin à Georg Wilhelm Friedrich Hegel, en date du lundi 1er août 1825. Il lui apprend la nouvelle de la mort de Santa Rosa : « Je vous écris, mon cher ami, le cœur navré de chagrin ; après un mois de la plus douloureuse incertitude, je reçois la nouvelle certaine que Santa Rosa n’est plus. Il est mort cherchant à donner l’exemple à des lâches qui ne l’ont pas suivi. Vous savez comment j’aimais Santa Rosa. J’ai perdu, Hegel, ce que je ne retrouverai de ma vie, l’alliance intime et profonde des deux seules choses que j’estime, la tendresse et la force » [Hegel, Correspondance. Tome III. Page 83. Éditions Gallimard, collection Tel].

DÉBUT DES RELATIONS FÉLICITÉ LAMENNAIS ET VICTOR COUSIN.
Début des relations entre Félicité Lamennais [1782-1854] et Victor Cousin, autour de la fin juin 1825.
On dispose d’une lettre de Lamennais à Victor Cousin, en date du 30 juin dans laquelle Lamennais déclare qu’il attache infiniment de prix à faire sa connaissance personnelle.
Ainsi que d’une lettre de Lamennais au comte de Senfft, ancien ministre de Saxe, en date du jeudi 11 août 1825 : « J’ai un commencement de liaison avec M. Cousin, je suis fort content de lui, il a l’âme noble et le cœur simple et droit ».

LES FUNÉRAILLES DE JEAN LOUIS LARAUZA.
Victor Cousin participe, le vendredi 30 septembre 1825, aux funérailles de Jean Louis Larauza [1793-1825], ancien élève de l'École normale [1811], maître de conférences de Littérature [1815-1822] en même temps que Charles Loyson [1791-1819] et qu’ Épagomène Viguier *[1793-1867], et également maître de conférences de Grammaire générale [1816-1822]. Il prononce un discours.

Texte intégral : « Ce n'est pas la première fois que la mort frappe un élève de l'École normale, mais on peut dire que jamais elle ne choisit dans ses rangs une victime plus pure et plus irréprochable. Plus tard un autre que moi, surmontant sa douleur, nous entretiendra dignement de celui qu’il a plus particulièrement connu et aimé. Invité à le suppléer en cette triste circonstance, je ne veux qu’acquitter ici en peu de mots la dette commune envers le bon et parfait camarade que nous allons quitter pour toujours.
Plusieurs d’entre nous se rappellent encore les brillants succès du jeune Larauza au lycée Napoléon, et vous savez tous quelle estime et quelle affection ses talents et son caractère lui concilièrent à l’École normale. Déjà M. Larauza était chrétien rigide envers lui-même, doux et facile pour les autres, austère dans ses principes et serein jusqu’à la gaieté la plus aimable par la candeur de son âme et la vivacité de son imagination. Déjà il mettait dans tous ses travaux ce zèle opiniâtre de la vérité et cette sagacité rare qui peu à peu le conduisirent à des résultats inattendus. Il montra successivement ces belles qualités dans les différents postes qui lui furent confiés ; et après plusieurs années d’un enseignement honorable à Montpellier et à Alençon, il vint de bonne heure les rapporter à l’École normale où il trouva l’occasion de les accroître et de les développer.
Chargé de l’enseignement des langues anciennes, M. Larauza rencontra ces questions de grammaire générale qui couvrent les questions les plus épineuses de la métaphysique. Il ne traversa pas ces graves matières sans y laisser des traces lumineuses de sa patience et de sa pénétration, et nous avons eu entre les mains plus d’une dissertation dirigée avec un esprit d’analyse qui prouve une tête pensante.
Ces occupations sévères avaient jusqu’alors contenu sans l’étouffer l’instinct secret qui portait M. Larauza vers des régions plus poétiques. La suppression de l’École normale en 1822, en lui faisant un loisir forcé, lui donna le temps d’allier vers des travaux littéraires des études de musique et d’harmonie qu’il poursuivit avec sa patience accoutumée, et où les plus rapides progrès, récompensant bientôt ses efforts, permirent à cette âme pure et tendre d’exhaler en des chants mélodieux l’ardent sensibilité qu’il réprimait dans ses mœurs et dans sa conduite. Pourquoi ne s’est-il pas contenté de cultiver parmi nous ces heureux talents ? Mais sa passion de s’instruire l’entraîne en Italie. Le besoin de tout voir, et de tout bien voir en peu de temps, lui fait braver les plus rudes fatigues. Un problème d’érudition le retient des mois entiers autour de ces routes des Alpes, escarpées et couvertes de neige, qui se disputent l’honneur d’avoir servi de passage à Annibal. Il croit, après tant d’autres, avoir résolu le célèbre problème. Il revient, mais déjà tout blanchi et portant dans son sein des germes funestes. À peine de retour, il se livre à un travail excessif, et compose en quelques mois un volume entier, monument de labeur, de bonne foi, de sagacité et d’exactitude. Enfin son travail est achevé ;il va être admis à l’honneur de le lire devant une savante compagnie [l’Académie des Inscriptions et belles-lettres] ; il ne s’agit plus que de choisir le jour ; tout est prêt ; il n’y a pas deux semaines encore, je m’entretenais avec lui de ses prochains succès, de la carrière qu’ils allaient lui ouvrir ; et le voilà aujourd’hui étendu sans vie, foudroyé par une maladie terrible et à jamais enlevé au bonheur et à la gloire ! Voilà donc où viennent aboutir tant de nobles efforts, tant de douces vertus, tant de science et d’innocence ! La mort vient nous chercher dans un cabinet paisible comme au milieu des hasards. Celui qui pour suivre une étoile aventureuse se jette dans les tempêtes de la vie, au risque d’y être brisé mille fois, a quelquefois traversé l’orage et regagné le port ; et toi, pauvre jeune homme, sans avoir quitté le rivage, sans avoir connu ce monde, ni ses biens, ni ses maux, ni l’inquiétude de ses espérances, ni la misère de ses promesses, tu tombes à la fleur de l’âge comme affaissé sur toi-même !
Et toi qu’il m’est impossible de séparer de ton ami, toi qui remplissais son âme comme il remplissait la tienne, mon cher Viguier, à Dieu ne plaise que je cherche à te consoler ! Après une si longue absence, tu le revois un jour, et il t’échappe à son retour ! La perte que tu fais est amère, inattendue, irréparable. Elle doit être et profondément et éternellement ressentie. Mais que la volonté et l’exemple de Larauza te soutiennent. Sa première loi fut de bien faire, vis pour bien faire aussi. Il faut supporter l’existence, alors même qu’elle est flétrie, s’attacher à cette vie que l’on méprise parce qu’on peut y être utile encore, et on peut toujours l’être ; on le peut puisqu’on le doit. Supporte donc avec force et douceur le malheur que Dieu t’envoie pour t’éprouver, non pour t’accabler.
Et vous, Messieurs, nous surtout élèves de l’École normale, en quittant notre digne et excellent camarade, promettons-lui de l’imiter dans ses mœurs, dans ses fortes croyances, dans son zèle pour la science, et dans cette fraternité d’âme qui l’unissait à chacun de nous. Débris de jour en jour plus rare d’une École qui eût pu être grande et qui voulut être utile, puisque son nom seul nous reste, soutenons-le par notre union, par notre constance, par notre dévouement à tout ce qui est bien. Si nous ne pouvons changer la destinée, élevons-nous au dessus d’elle par notre courage. Disputons à la mort et à l’injustice des hommes le souvenir de notre École bienaimée. Sa gloire ne peut plus être dans le nombre de ses enfants, mais dans les travaux et les vertus de ceux qui lui restent. Sous tous les rapports, nous ne pouvons prendre un meilleur modèle que l’homme vertueux et aimable auquel nous allons dire le dernier adieu. Pour moi, qui m’étonne d’être encore debout sur tant de tombes qui m’appellent, puissé-je à la fin de ma carrière ne pas paraître indigne d’avoir été un de ses amis !
Adieu, mon cher Larauza, nous te remettons avec confiance entre les mains de Dieu».

[1843] Le discours de Victor Cousin est édité en 1843, dans les Fragments littéraires, par M. V. Cousin, Pair de France, membre de l'Académie française.
[Paris : Didier, libraire-éditeur, quai des Augustins, 35. In-8, 516 p., 1843], pages 64-67.

[1857] Republié en 1857, dans Fragments et souvenirs, par M. Victor Cousin.
[Paris : Didier et Cie, libraires-éditeurs. Quai des Augustins, 35. In-8, XII-535 p. Table des matières : page 535. 1857], pages 394-399.

ÉLÉMENTS DE L’HISTOIRE DE L’INSTRUCTION EN 1825.

LES MINISTRES DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN 1825.
En 1825, le ministre de l’Instruction publique est Denis Frayssinous [1765-1841].
L'année précédente, en août 1824, Denis Frayssinous, évêque d'Hermopolis, a été nommé ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique [jeudi 26 août 1824–vendredi 1er février 1828]. Il conserve son portefeuille jusqu’à la chute de Villèle [décembre 1827].

Professeur de philosophie au séminaire de Saint-Sulpice, prédicateur à l'Église des Carmes [1801], puis à Saint-Sulpice [1803-1809, et prédications reprises en 1814-1819] ; Inspecteur de l'académie de Paris [1809] ; nommé Inspecteur général des études, par l'ordonnance du 21 février 1815 ; premier aumônier du roi [1821], Denis Frayssinous devient en 1822 coup sur coup évêque titulaire, , d'Hermopolis [vendredi 19 avril 1822], Grand maître de l’Université [1er juin 1822-1828], membre de la chambre des Pairs [1822-1830], et enfin est élu le lundi 18 novembre 1822, membre de l’Académie française, au fauteuil 3, en remplacement d'Ambroise Sicard, décédé le 10 mai 1822.
À partir du lundi 2 août 1824, Frayssinous devient ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique, et conserve son portefeuille jusqu’à la chute de Villèle [1773-1854], pressentie en décembre 1827 et acquise le jeudi 3 janvier 1828.

Il participe avec les cléricaux à la reprise en mains de l’Université, dont un des épisodes est la suppression de l’École normale, dénoncée comme un foyer d'agitation libérale, par ordonnance royale du vendredi 6 septembre 1822, contresignée par Jacques, comte de Corbière [1766-1853], ministre secrétaire d’état au département de l’Intérieur, dans le ministère Villèle.

Dans ce même mouvement de reprise en mains, une ordonnance royale du jeudi 21 novembre 1822 supprime la Faculté de Médecine, avec, quelques semaines plus tard, la mise à la retraite de neuf professeurs [dimanche 2 février 1823], considérés comme des opposants politiques : François Chaussier [1746-1828] ; René Nicolas Desgenettes [1762-1837] ; Antoine Dubois [1756-1837] ; Antoine Laurent Jussieu [1748-1836] ; Philippe Pinel [1745-1826] ; Louis Nicolas Vauquelin [1763-1829] ; Jacques Louis Moreau de la Sarthe [1771-1826].

Et, dans la volonté de reconstituer dans l’ordre des Lettres, le système de l'agrégation qui fonctionnait sous l’Ancien Régime à partir de 1766, et jusqu’en 1790 inclus [avec une agrégation de Grammaire, dite de troisième ordre ; une agrégation de Belles-Lettres, dite de second ordre ; une agrégation de Philosophie, dite de premier ordre] Frayssinous fait rétablir, par un arrêté du Conseil royal de l’instruction publique, pris en date du 12 juillet 1825, l'agrégation de philosophie, qui complète ainsi l'agrégation des lettres et l'agrégation de grammaire, nouvelle formule, qui s'étaient déroulées pour la première fois en 1821.

DIFFÉRENTES APPELLATIONS DU CONSEIL ROYAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
Créé en 1808, dans le cadre de l’Université impériale, le Conseil de l’Université fonctionne sous ce nom de 1808 à 1815.
Cette instance prend le nom de Conseil royal de l’Instruction publique en février 1815, puis de Commission royale de l’Instruction publique de 1815 à 1820 ; de Conseil royal de l’Instruction publique de 1820 à 1845 ; de Conseil de l’Université de France de 1848 à 1850 ; de Conseil supérieur de l’Instruction publique de 1850 à 1853 ; de Conseil impérial de l’Instruction publique de 1853 à 1870 ; de Conseil supérieur de l’Instruction publique de 1873 à 1904.

COMPOSITION DU CONSEIL ROYAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN 1825.
Le Conseil royal de l’Instruction publique tient ses séances les mardi et samedi de chaque semaine.
Sous la présidence de Denis Frayssinous, la vice-présidence de Claude Bernard* Petitot, les membres de Conseil royal de l'instruction publique sont Georges* Cuvier ; Philibert Guéneau de Mussy ; l'abbé Charles Dominique* Nicolle ; Siméon Denis Poisson ; Ambroise Rendu ; Claude Étienne* Delvincourt ; l'abbé Michel Amand* Clausel de Coussergues ; Louis Urbain de Maussion.

En 1825, la présidence du Conseil royal est assurée, tout au long de l'année, par Denis Frayssinous, nouvellement nommé Ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique.

Au premier trimestre 1825, la Vice-Présidence est assurée par Claude Bernard* Petitot [1792-1825], jusqu'à son décès intervenu le 6 avril 1825.
Après avril 1825, pour le reste de l'année, la Vice-Présidence est assurée par Joseph Charpit de Courville [1770-1853], ancien président du Tribunal civil de première instance de Nancy [1811] et de la cour prévôtale de la Meuse, ancien recteur de l'académie de Nancy [octobre- novembre 1824].

FRAYSSINOUS.
Denis Frayssinous [1765-1841]. Grand-Maître de l'Université royale depuis le 1er juin 1822. Ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique, à la création du Ministère le 26 août 1824, sous le ministère Joseph de Villèle [14 décembre 1821-4 janvier 1828] ; poste qu'il conserve jusqu'au 10 février 1928, à la nomination d'Henri de Vatimesnil [1789-1860], comme Ministre de l’Instruction publique sous le ministère Martignac.

PETITOT.
Claude Bernard* Petitot [1792-1825]. Homme de lettres, «éditeur», auteur de tragédies, historien. Ancien chef de bureau de l'Instruction publique de la Seine [1800]. Nommé Inspecteur général de l'Université [1808] par décret du 21 septembre 1808 ; il reste en fonction jusqu'en 1815.
Inspecteur de l’académie de Paris, par ordonnance royale du 17 février 1815, avec le même traitement que celui d'un Inspecteur général.
Secrétaire général de la Commission de l’Instruction publique [15 août 1815].
Conseiller de l'Université [1821], directeur de l'Instruction publique [1824].
Membre du Conseil royal de l'Instruction publique en tant que directeur de l'Instruction publique.

CUVIER.
[1815] Le baron Georges* Cuvier [1769-1832], conseiller d’État, l’un des quarante de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences [janvier 1803]. Exerçant les fonctions de chancelier, de 1821 à 1827].
Membre de l’Institut [1795], secrétaire de la section des Sciences physiques [1800], secrétaire perpétuel [1803].
Commissaire pour la formation des lycées [juin 1802] avec le rang et les prérogatives d’un Inspecteur général de l’Université. Conseiller titulaire de l’Université [septembre 1808], puis conseiller à vie [1809]. Membre du conseil royal de l’Instruction publique [1815]. Grand-Maître de l’Université, du 13 septembre 1819 au 1er novembre 1820, puis président du Conseil royal de l’Instruction publique, par intérim [31 juillet 1821-1er juin 1822].

GUÉNEAU DE MUSSY.
[août 1815-février 1834] Philibert Guéneau de Mussy [1776-1854]. Inspecteur général de l'Université [décret du 21 septembre 1808]. Conseiller ordinaire de l’Université le 22 novembre 1809. Membre de la Commission de l’Instruction publique [15 août 1815]
Philibert Guéneau de Mussy conserve son poste après 1830, jusqu'à son décès le 8 février 1834.
Il est alors remplacé au Conseil royal de l'Instruction publique par Mathieu Joseph Bonaventure* Orfila [1787-1853], professeur de Chimie médicale, doyen de la Faculté de Médecine [1er mai 1831-28 février 1848].
Nommé au conseil royal de l’Instruction publique le 14 février 1834.
http://www.textesrares.com/philo19/noticeAuteur.php?nom_aut=Gu%E9neau+de+Mussy&prenom_aut=Philibert

NICOLLE.
[22 juillet 1820-août 1830] L'abbé Charles Dominique* Nicolle [1758-1835]. Ancien émigré. Directeur d'un lycée à Odessa, revient en France en 1820.
Nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique par l’ordonnance du 22 juillet 1820. Recteur de l’académie de Paris [ordonnance du 27 février 1821 créant le rectorat de Paris] jusqu'au 26 août 1824, date de la création d'un Ministère des Affaire ecclésiastiques confié à Mgr Denis Frayssinous [1765-1841].
Il a alors le titre de Vice-recteur.
L'abbé Charles Dominique* Nicolle restera en fonction comme membre du Conseil royal, jusqu’à sa mise à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830, le 17 août 1830.

POISSON.
[22 juillet 1820-avril 1840] Le mathématicien Siméon Denis Poisson [1781-1840], de l’Académie des Sciences. Inspecteur général de l’Université depuis 1809. Nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique par l’ordonnance du 22 juillet 1820. Il y exerce les fonctions de Trésorier.
Siméon Denis Poisson restera en fonction après 1830. En 1840, après son décès survenu le 25 avril 1840, il sera remplacé au Conseil royal de l'Instruction publique par Louis Poinsot [1777-1859].

RENDU.
[22 juillet 1820-avril 1850] Le jurisconsulte Ambroise Rendu [1778-1860], avocat puis substitut du procureur général près la cour royale de Paris, nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique par l’ordonnance du 22 juillet 1820, exerçant les fonctions du ministère public près le Conseil royal. Ancien Inspecteur général de l’Université [décret du 21 septembre 1808] ; confirmé comme Inspecteur général des études [ordonnance du 21 février 1815].
Prendra sa retraite en avril 1850.

DELVINCOURT.
[3 juillet 1822-août 1830] Claude Étienne* Delvincourt [1762-1831], ancien avocat au Parlement de Paris, agrégé de la Faculté de Droit, professeur de Code civil, doyen de la Faculté de Droit de Paris, depuis 1810, censeur royal. Nommé, le 3 juillet 1822*, au Conseil royal de l'Instruction publique.
Démissionnera, après la Révolution de Juillet 1830, le 6 août 1830.

CLAUSEL DE COUSSERGUES.
[décembre 1822-août 1830] L'abbé Michel Amand* Clausel de Coussergues [1763-1835]*, vicaire-général de Beauvais.
Nommé membre du Conseil royal de l’Instruction publique, en décembre 1822, en remplacement de l’abbé Dominique Éliçagaray [1758-1822], décédé le 22 décembre 1822.
Démissionnera, après la Révolution de Juillet 1830, le 6 août 1830.

MAUSSION.
[1822-août 1830] Louis Urbain de Maussion [1765-1831], ancien officier de marine, recteur de l’académie d’Amiens du 24 août 1809 à juin 1815, en même temps qu’il est professeur d’Histoire à la Faculté des Lettres d'Amiens, préfet de la Meuse [juillet 1815-août 1817], conseiller-secrétaire, membre du Conseil royal de l'Instruction publique depuis la fin de l'année 1822.
Restera en fonction jusqu’à sa mise à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830, le 17 août 1830.

1802-1825. LES NOMINATIONS SUCCESSIVES DES INSPECTEURS GÉNÉRAUX.
Arrêté du 11 juin 1802.
Les premiers sont nommés par arrêté du 11 juin 1802 [22 prairial an X]. Ils sont au nombre de trois : Jean Baptiste Delambre [1749-1822] ; dom Raymond Despaulx [1726-1818] et François Joseph Michel Noël [1756-1841].
Auxquels s'agrègent les . Membres de l'institut, ils sont également au nombre de trois : Charles Augustin de Coulomb [1736-1806] ; Georges Cuvier [1769-1832] ; Noël Gabriel Luce Villar [1748-1826].
De cette première série de nomination, on retrouve seulement François Joseph Michel Noël, dans la liste des Inspecteurs généraux de 1825.

Décret impérial du 1er novembre 1804.
Une deuxième série de nominations, concerne la nomination d'Inspecteurs généraux des Écoles de Droit par décret du 1er novembre 1804: François Jaubert [1758-1822] ; Pierre Louis Marie* Viellart [1754-1809] ; Jean Anne Perreau [1749-1813] ; Mathurin Louis Étienne* Sédillez [1745-1820] ; Joseph François De* Beyts [1763-1832].

Décret impérial du 21 septembre 1808.
Une troisième série de nomination, par décret impérial du 21 septembre 1808, porte à dix-huit le nombre des < Inspecteurs généraux de l'Université >, confirmant d'une part des personnalités ayant déjà fait antérieurement l'objet d'une nomination, et désignant de nouveaux membres, à savoir : Joseph Joubert [1754-1824] ; Philibert Guéneau de Mussy [1776-1834] ; Ambroise Rendu [1778-1860] ; Henri Louis Coiffier de Verfeu [1770-1831] ; l'abbé Jean Alexis Balland [1741-1813] ; l'abbé Jacques Roman [1744-1823] ; Joseph Nicolas de Champeaux [1754-1815] ; l'abbé André René Pierre Daburon [1758-1838] ; André Marie Ampère [1775-1839] ; François Désiré Budan de Boislaurent [1761-1840] ; Antoine Athanase Royer-Collard [1768-1825] ; Chrétien Siméon Le Prévost d'Iray [1768-1849] ; Claude Bernard Petitot [1792-1825].

De cette troisième série de nominations, on retrouve François Désiré Budan de Boislaurent ; Henri Louis Coiffier de Verfeu ; André René Pierre Daburon, dans la liste des Inspecteurs généraux de 1825.

22 novembre 1809.
Une quatrième série de nominations a lieu le 22 novembre 1809 : René Richard Louis Castel [1758-1832] ; Louis Poinsot [1877-1859] ; l'abbé Barthélemy Philibert d'Andrezel [1757-1825] ; Edme Joachim Bourdois [1754-1830] ; Guillaume Dupuytren [1777-1835]. Auxquels s'ajoutent Jean Étienne François Marignié [1751-1832] et Joseph d'Izarn [1766-1847].

1811-1813.
D'autres nominations interviennent en 1811, et en 1813 : Adriaan Van den Ende [1768-1846], déjà Inspecteur général de l'enseignement primaire, pour la Hollande, en 1808, nommé Inspecteur général en 1811 ; Frantz Lassaulx [1781-1818], chargé d' Inspection générale pour le Droit, nommé Inspecteur général en 1813 [1813-1815].

Ordonnance du 15 août 1815.
Lors de la première Restauration, l'ordonnance du 27 février 1815, confirme plusieurs Inspecteurs généraux, avec le titre . La liste, réduite à douze, est confirmée au début de la seconde Restauration par l'ordonnance du 15 août 1815. Elle s'établit comme suit.

Pour le droit : Chabot de l'Allier [1758-1819], déjà Inspecteur général des Écoles de Droit, par décret du 21 février 1806 ; Mathurin Louis Étienne Sédillez [1745-1821], déjà Inspecteur général des écoles de droit, par décret du 1er novembre 1804.

Pour la médecine : Antoine Athanase Royer-Collard [1768-1825], déjà Inspecteur général de l'Université par décret du 21 septembre 1808 ; Guillaume Dupuytren [1777-1835], déjà Inspecteur général de l'Université par décision du 22 novembre 1809.

Pour l'inspection des études : François Joseph Michel* Noël [1756-1841], déjà Inspecteur général de l'instruction publique, par arrêté du 11 juin 1802, confirmé comme Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 ; Ambroise Rendu [1778-1860] ; Jean François Roger [1776-1842], déjà associé à des tournées depuis 1812 ; Henri Louis de Coiffier de Verfeu [1770-1831], déjà Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 ; Louis Poinsot [1777-1859], déjà Inspecteur général de l'Université, par décision du 22 novembre 1809 ; l’abbé Barthélemy Philibert Picon d’Andrezel [1757-1825], déjà Inspecteur général de l'Université, par décision du 25 novembre 1809 ; François Désiré Budan de Boislaurent [1761-1840], déjà Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 ; Denis Frayssinous [1765-1841], nouveau venu dans le corps des Inspecteurs des études.

Le 12 mars 1819, le nombre des Inspecteurs passe de douze à quinze. Sont nommés en plus : Pierre Chaudru de Raynal [1768-1849] ; l’abbé Simon Hippolyte Guairard [1763-1845] ; Antoine Jean Letronne [1787-1848].
De ces nominations du 12 mars 1819, Antoine Jean Letronne est encore Inspecteur général des études en 1825.

Ordonnance du 22 septembre 1824.
Au lendemain de la mort de Louis XVIII, survenue la 16 septembre 1824, et dès l'avènement de Charles X, l'ordonnance du 22 septembre 1824, fournit une nouvelle liste d'inspecteurs généraux des études :

Pour le droit : Eustache Antoine* Hua [1759-1836], déjà chargé de l’inspection des facultés de Droit le 1er octobre 1821, en remplacement de Mathurin Louis Étienne Sédillez [1745-1821], décédé le 21 septembre 1821 ; Gaspard Gilbert* Delamalle [1752-1834], déjà chargé de l’inspection des facultés de Droit le 1er octobre 1821, en remplacement de Joseph Jérôme Siméon [1749-1842] nommé sous-secrétaire d'État au ministère de la Justice en janvier 1820.

Pour la médecine : Adrien Jacques de Lens [1786-1846], en remplacement d'Antoine Athanase Royer-Collard, titulaire du poste jusqu'en 1823 ; Étienne Esquirol [1772-1840], en remplacement de Guillaume Dupuytren.

Pour l'inspection des études : François Joseph Michel* Noël [1756-1841], déjà Inspecteur général de l'instruction publique, par arrêté du 11 juin 1802, confirmé comme Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 ; confirmé par l'ordonnance du 15 août 1815 ; Antoine Jean Letronne [1787-1848], déjà nommé le 12 mars 1819 ; l'abbé André René Pierre Daburon [1758-1838], déjà Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 ; Jean Jacques Fayet [1786-1849], déjà Inspecteur général des études, par ordonnance du 14 août 1822 ; Pierre Sébastien* Laurentie [1793-1876], déjà associé à des tournées d’inspection générale en 1823 ; François Désiré Budan de Boislaurent [1761-1840], déjà Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808, confirmé par l'ordonnance du 15 août 1815; Henri Louis de Coiffier de Verfeu [1770-1831], déjà Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 , confirmé par l'ordonnance du 15 août 1815 ; François Antoine Joan* Mazure [1776-1828], associé à tournées d’inspection générale dès 1817 ; Hippolyte Rousselle [1785-1863], déjà Inspecteur des études, par ordonnance du 12 mars 1821 ; Pierre Jean Joseph Dubruel [1760-1828], nouveau venu dans le corps des Inspecteurs des études ; Laurent Édouard Deluynes [1794- 1884], nouveau venu dans le corps des Inspecteurs des études ; Charles Michel Tranchant [1764-1831], nouveau venu dans le corps des Inspecteurs des études ; Charles Louis Félix Dinet [1775-1856], nouveau venu dans le corps des Inspecteurs des études ; Charles Dominique Marie Blanquet du Chayla [1773-1844], nouveau venu dans le corps des Inspecteurs des études.

LES INSPECTEURS GÉNÉRAUX DES ÉTUDES POUR L'ANNÉE 1825.

DELAMALLE.
[22 septembre 1824-27 septembre 1830] Le chevalier Gaspard Gilbert* Delamalle [1752-1834] [ou de Lamalle], avocat ; conseiller d’État. Conseiller titulaire de l'Université [1809], chargé de l’inspection des Facultés de Droit, depuis le 1er octobre 1821.
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Gaspard Gilbert Delamalle donne sa démission, après la Révolution de Juillet 1830, acceptée le 27 septembre 1830.

HUA.
[22 septembre 1824-24 août 1830] Eustache Antoine* Hua [1759-1836]. Conseiller à la Cour de cassation [octobre 1822]. Chargé de l’inspection des facultés de Droit [1er octobre 1821, en remplacement de Mathurin Louis Étienne Sédillez [1745-1820], décédé le 24 septembre 1821].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Eustache Antoine Hua est mis à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830, par l’ordonnance du 24 août 1830.

LENS.
[22 septembre 1824-1830] Adrien Jacques* de Lens [1786-1846], docteur en médecine, docteur ès-lettres ; associé à des tournées d’inspection depuis 1823 ; Nommé Inspecteur général des études pour l’enseignement supérieur de la médecine [ordonnance du 22 septembre 1824].
Il remplace Guillaume Dupuytren [1777-1835], Inspecteur général de l’Université [22 novembre 1809] ; Inspecteur général des études [ordonnance du 21 février 1815].
Adrien Jacques Delens, après la Révolution de Juillet 1830, est mis à la retraite.

ESQUIROL.
[22 septembre 1824-1830] Étienne Esquirol [1772-1840].
Nommé Inspecteur général des études pour les études médicales [ordonnance du 22 septembre 1824].
Il remplace Antoine Athanase Royer-Collard [1768-1825], Inspecteur général de l’Université [décret du 21 septembre 1808] ; Inspecteur général des études pour l’enseignement supérieur de la médecine [ordonnance du 21 février 1815].
Le poste d’Etienne Esquirol est supprimé en 1830.

NOËL.
[11 juin 1802- septembre 1830] Noël, François Joseph Michel* [1756-1841].
Nommé Inspecteur général de l'Instruction publique, par arrêté du 11 juin 1802 [22 prairial an X] ; confirmé comme Inspecteur général de l'Université, par décret du 21 septembre 1808 ; confirmé comme Inspecteur général des études par l’ordonnance du 21 février 1815, au moment de la première Restauration.
Confirmé comme Inspecteur général des études par l’ordonnance du mercredi 22 septembre 1824, à l’avènement du roi Charles X [1757-1836] ; et enfin confirmé pour quelques semaines comme Inspecteur général des études par l'arrêté du 24 août 1830, au moment de l'instauration de la Monarchie de Juillet.
François Joseph Michel Noël est contraint à prendre sa retraite après juillet 1830. Est nommé Inspecteur général honoraire [22 septembre 1830], dans sa soixante-quinzième année.

Au moment de sa nomination François Joseph Michel Noël est préfet du Haut-Rhin [novembre 1801-juillet 1802].
Ex-abbé, agrégé dans plusieurs collèges pour les classes de rhétorique et d'humanités [1779-1782], ancien professeur de grammaire et de littérature au collège Louis-le-Grand, Noël a eu tout d'abord un parcours littéraire, a été quelque temps journaliste, puis diplomate [1792-1795]. Il a eu par la suite une carrière d’administrateur, successivement comme directeur des prisons, des hôpitaux, des octrois et des secours publics au Ministère de l’Intérieur ; comme commissaire général de la police à Lyon en mars 1800, préfet du Haut-Rhin [1801-1802].
Est nommé Conseiller titulaire ordinaire de l’Université le 22 novembre 1809. Chargé d'une mission d'inspection en Hollande, avec Georges Cuvier [1810-1811].

LETRONNE.
[19 avril 1819-septembre 1833] Antoine Jean* Letronne [1787-1848] [ou Le Tronne], de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Inspecteur général de l'Université et des écoles militaires [arrêté du 19 avril 1819].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Antoine Jean Letronne est maintenu en 1830. Reste en fonction jusqu’en septembre 1833, date à laquelle Antoine Jean Letronne reçoit l’honorariat.

DUBRUEL.
[22 septembre 1824-mars 1828] Pierre Jean Joseph* Dubruel [1760-1828], ancien proviseur du lycée de Marseille, au moment de la création des lycées [1er mai 1802], proviseur du collège royal de Versailles, questeur de la Chambre des députés.
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Pierre Jean Joseph Dubruel décède en fonction, le 28 mars 1828. Il est alors remplacé par Pierre Laurent Laborie [1767-1847], ancien émigré, Inspecteur général honoraire [4 août 1824] en tant qu’administrateur du collège Louis-le-Grand ; Inspecteur général des études [13 octobre 1828].

DABURON.
[21 septembre 1808-1830] Abbé André René Pierre Daburon [1758-1838]. Ancien émigré. Inspecteur général de l'Université [décret du 21 septembre 1808].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
L’abbé André René Pierre Daburon est mis à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830.
http://pages.textesrares.com/index.php/Rubriques/Daburon-Abbe-Andre-Rene-Pierre-1758-1838.-Inspecteur-general-de-lUniversite.html

FAYET.
[14 août 1822-1830] L’abbé Jean Jacques Fayet [1786-1849], vicaire général de Rouen.
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 14 août 1822].
Confirmé comme Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
L’abbé Jean Jacques Fayet reste en fonction jusqu’en 1830.
Futur évêque d'Orléans [1842-1849], député de la Lozère [1848-1849].

LAURENTIE.
[septembre 1824- novembre 1826] Pierre Sébastien* Laurentie [1793-1876], chef de bureau à la Préfecture de Police [1822] ; associé à des tournées d’inspection générale en 1823.
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Pierre Sébastien* Laurentie est révoqué de ses fonctions d’Inspecteur général en 1826, par une ordonnance en date du 5 novembre, en raison de ses articles contre le ministère Villèle publiés dans le journal La Quotidienne.

BUDAN DE BOISLAURENT.
[21 septembre 1808-octobre 1835] Ferdinand François Désiré* Budan de Boislaurent [1761-1840]. Ancien professeur au collège royal de Nantes [1779-1787], suppléant du professeur de mathématiques du collège de France, est nommé Inspecteur général de l’Université [décret du 21 septembre 1808]. Confirmé comme Inspecteur général des études en 1815 [ordonnance du 21 février 1815].
Maintenu en 1824, comme Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Reste en fonction jusqu’en octobre 1835]. Il est alors remplacé par Nicolas Louis Artaud [1794-1861].

COIFFIER DE VERFEU.
[21 septembre 1808-septembre 1830] Henri Louis, baron de Coiffier de Verfeu [1770-1831]. Ancien émigré. Conseiller ordinaire de l'Université. Inspecteur général de l’Université [décret du 21 septembre 1808] ; Inspecteur général des études [ordonnance du 21 février 1815].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Henri Louis, baron de Coiffier de Verfeu est admis à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830, en septembre 1830.

ROUSSELLE.
[12 mars 1821-1851] Hippolyte* Rousselle [1785-1863], chef de cabinet du Grand-Maître de l'Université impériale [mars 1809-février 1814]. Inspecteur de l'académie de Paris [février 1814-mars 1821]. Inspecteur de l'Université de Paris [ordonnance du 17 février 1815]. Inspecteur des études [12 mars 1821].
Confirmé comme Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Chargé de l’administration de l’académie de Paris [mars 1821-août 1850].
Hippolyte Rousselle est admis à la retraite en 1851.

MAZURE.
[22 septembre 1824-novembre 1828] François Antoine Joan* Mazure [1776-1828]. Inspecteur d'académie à Angers [1809-1811], ancien recteur de l’académie d’Angers [1811-1815]. Associé à tournées d’inspection générale dès 1817. Censeur des journaux [1820].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824]. Inspecteur général des études de 1824 jusqu’au 8 novembre 1828, date de son décès.
François Antoine Joan* Mazure est alors remplacé par l’abbé Nicolas Thibault [1769-1830], nommé Inspecteur général des études [11 novembre 1828].

DELUYNES.
[22 septembre 1824-août 1830] Laurent Édouard Deluynes [1795-1884], [ou de Luynes] ancien secrétaire particulier de Denis Frayssinous ; chef de la première division au Ministère de l'Instruction publique.
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Laurent Édouard Deluynes est admis à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830, le 31 août 1830.

TRANCHANT.
[22 septembre 1824-août 1830]. Charles Michel Tranchant [1764-1831]. Proviseur du collège royal de Marseille ; Inspecteur de l’académie de Paris [1821].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Charles Michel Tranchant est admis à la retraite, après la Révolution de Juillet 1830, le 31 août 1830.

DINET.
[22 septembre 1824-mai 1835] Charles Louis Félix Dinet [1775-1856], professeur adjoint à la Faculté des Sciences de Paris ; associé depuis 1822 à des tournées d’inspection générale.
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Sera confirmé comme Inspecteur général des études [arrêté du 25 août 1830].
Admis à la retraite au début mai 1835. Reçoit le titre d’Inspecteur général honoraire.

BLANQUET DU CHAYLA.
[22 septembre 1824-septembre 1838] Charles Dominique Marie Blanquet du Chayla [1773-1844], ancien professeur de Sciences à la Faculté des Sciences de Montpellier [1815-1822] ; recteur de l’Académie de Montpellier [1815-1822] ; recteur de l’académie d’Aix-en-Provence [1822-1824].
Nommé Inspecteur général des études [ordonnance du 22 septembre 1824].
Sera confirmé comme Inspecteur général des études [arrêté du 25 août 1830].
Blanquet du Chayla est admis à la retraite en septembre 1838. Reçoit le titre d’Inspecteur général honoraire [janvier 1839].

INSPECTEURS DE L'ACADÉMIE DE PARIS.
Si, initialement, en vertu de l'article 89 du décret du 17 mars 1808, les Inspecteurs généraux remplissent à Paris les fonctions d'inspecteur d'académie, des inspecteurs particuliers sont attachés à cette académie dès l'année 1809.
Les premiers inspecteurs de l'académie de Paris sont : François Becquey [1759-1834] ; l'abbé Denis Frayssinous [1765-1841], prédicateur ; Jean François Ruphy, chef de bureau à la préfecture du département de la Seine ; Frédéric Cuvier [1773-1838], professeur adjoint au Muséum d'histoire naturelle.
En 1810, un arrêté du Conseil de l’Empire, en date du 16 mars 1810, fixe à six le nombre des inspecteurs de l'Académie de Paris. Jean Louis Théodore Chambry [1756-1832] rejoint le corps des inspecteurs de l'académie de Paris [mai 1810-novembre 1812].

CUVIER.
[1809-1838] Frédéric Cuvier [1773-1838], naturaliste, frère cadet de Georges Cuvier [1769-1832], professeur-adjoint au Muséum d'Histoire naturelle.
Déjà Inspecteur de l'académie de Paris depuis 1809. Confirmé Inspecteur de l'académie de Paris, par ordonnance du 17 février 1815, en même temps que François Becquey [1759-1834] et Hippolyte Rousselle [1785-1863].
Reste en poste jusqu'en 1830. Sera alors remplacé [1830-1835] par Nicolas Louis Artaud [1794-1861], futur Inspecteur général.

BECQUEY.
[1809] François Becquey [1759-1834]. Déjà Inspecteur de l'Académie de Paris depuis 1809. Confirmé Inspecteur de l'académie de Paris, par ordonnance du 17 février 1815, en même temps que Frédéric Cuvier [1773-1838], et Hippolyte Rousselle [1785-1863].
Est en poste jusqu'en 1830. Sera alors remplacé [1830-1835] par Épagomène Viguier [1793-1867], futur Inspecteur général.
[à distinguer de son frère cadet Louis Becquey [1760-1849] conseiller de l’Université en 1810, futur directeur général des Ponts-et Chaussées et des Mines].

TAILLEFER.
[mars 1819-octobre 1843] Abbé Louis Gabriel* Taillefer [1767-1852] Professeur de Belles-lettres. Censeur des études du collège Charlemagne [1813]. Proviseur du lycée de Versailles, du lycée Charlemagne [1814-1815] puis du lycée Louis-le-Grand [1815-1819].
Inspecteur de l’Académie de Paris [mars 1819], en remplacement [1815-1819] de l'abbé André René Pierre Daburon [1758-1838]. Taillefer reste en fonction jusqu'en octobre 1843, date à laquelle il est admis à faire valoir ses droits à la retraite. Sera alors remplacé [1843-1853] par Jean Pierre Charpentier [1797-1878].
http://pages.textesrares.com/index.php/Rubriques/Taillefer-abbe-Louis-Gabriel-1767-1852-inspecteur-de-l-academie-de-Paris-pendant-vingt-cinq-ans.html

L'ÉTENDARD.
[1820-1833] L’Étendard [ou Létendard]. Inspecteur de l’académie de Paris. Ancien professeur en classe de quatrième au lycée Napoléon [Henri-IV] ; de latin et de grec en classe de rhétorique au collège Charlemagne.
Nommé en 1820, en remplacement [1817-1820] de Reynal.
L'Étendard reste en fonction jusqu'en 1833. Sera alors remplacé [1833-1838] par Alexandre Théodore Gaillard [1793-1860], futur Inspecteur général des études.

FÉLETZ.
[1820-1830] L’abbé Charles Marie de* Féletz [1767-1850] Conservateur de la bibliothèque Mazarine [1809], membre de la Commission d’examen des livres classiques de l’université [1812].
Membre de l’Académie française [décembre 1826].
Nommé en 1820 inspecteur de l'Académie de Paris. En fonction jusqu’en fin 1830. Sera alors remplacé [1831-1851] par Jean Antoine Auvray.

BOURDON.
[octobre 1821-octobre 1835] Pierre Louis Marie Bourdon* [1779-1854]. Ancien professeur de mathématiques spéciales au collège royal Henri-IV [1816-1821]. Nommé inspecteur de l’académie de Paris le 29 octobre 1821, en remplacement de [1814-1821] Hippolyte Rousselle [1785-1863].
Reste en poste jusqu'en 1835. Bourdon sera alors remplacé [1835-1836] par Jean Georges Ozaneaux [1795-1852], futur Inspecteur général.
Associé à des tournées d’inspection générale dès 1834.
Est nommé Inspecteur général des études en 1835 [4 octobre 1835], en remplacement de Charles Louis Félix Dinet [1775-1856], admis à la retraite au début mai 1835.

GUILLON.
[1824] Abbé Marie Nicolas Silvestre* Guillon [1749-1857]. Chanoine honoraire et bibliothécaire de l'archevêché de Paris [1801]. Ancien titulaire de la chaire d’Éloquence sacrée à la Faculté de Théologie [1811].
En 1820, l’abbé Marie Nicolas Silvestre* Guillon avait été nommé aumônier de la duchesse d’Orléans.
Est nommé Inspecteur de l’académie de Paris en 1824, en remplacement [1823-1824] de Charles Marcel Tranchant* [1764-1831]. Guillon reste en poste jusqu'en septembre 1838. Sera alors remplacé [1838-1840] par Jean Claude Eugène Péclet [1793-1857], futur Inspecteur général des études.
L'abbé Marie Nicolas Silvestre* Guillon sera nommé Inspecteur général honoraire le 28 septembre 1838.

THIBAULD.
[1824-novembre 1828] Abbé Nicolas Thibault [1755-1830]. Inspecteur de l’académie de Paris en 1824, jusqu'en novembre 1828, date à laquelle il est nommé Inspecteur général des études [décret du 11 novembre].

AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE EN 1825.
Création du concours de l’agrégation pour la philosophie, par un arrêté du Conseil royal de l’instruction publique, pris en date du 12 juillet 1825.

TEXTE DE L’ARRÊTÉ DU 12 JUILLET 1825 SUR L’AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE.
*Arrêté concernant les aspirans à l’agrégation, qui se vouent uniquement à l’enseignement de la philosophie.
Du 12 juillet 1825.
Le Conseil royal de l’Instruction publique,
Vu le statut du 6 février 1821, et la décision du 20 septembre 1823, concernant les agrégés des collèges,
Arrête ce qui suit :

Article 1er. Il sera ouvert un concours spécial pour les aspirans à l’agrégation qui, en se faisant inscrire, déclareront se vouer uniquement à l’enseignement de la philosophie.
Le candidats subiront les trois épreuves déterminées dans les articles suivants.

2. La première épreuve consiste dans une dissertation latine, et dans une dissertation française sur un sujet de logique, de métaphysique ou de morale.

3. La deuxième épreuve est une thèse en latin sur les mêmes sujets, où les concurrents sont tenus d’argumenter suivant le rang qui leur a été assigné par les juges du concours.

4. La troisième épreuve est une leçon en latin sur un point de logique, de métaphysique ou de morale.

5. La durée des épreuves est fixée, pour le concours de philosophie, comme elle l’a été pour les trois autres ordres d’agrégés par le statut du 6 février 1821.

6. Les jeune gens qui ont passé trois ans dans un séminaire diocésain peuvent, comme ceux qui ont les années de services exigés par le statut précité, se présenter au concours de philosophie.

7. Conformément à la décision de S. M. du 10 de ce mois, les professeurs non agrégés, chargés provisoirement de l’enseignement de la philosophie, pourront, d’ici au 1er janvier prochain, être nommés professeurs titulaires, s’ils en sont jugés dignes par le ministre.

8. Les dispositions du statut du 6 février 1821, auquel il n’est point dérogé par le présent arrêté, sont et demeurent maintenues.

Les épreuves d’agrégation de philosophie pour 1825 se déroulent autour de la fin du mois de septembre.

COMPOSITION DU JURY D’AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE EN 1825.
Victor Cousin ne fait pas partie de l’organisation. Le concours est présidé par l’abbé Jean Marie Burnier-Fontanel [1763-1827], chanoine honoraire de Notre-Dame de Paris, promoteur général du diocèse de Paris, doyen de la Faculté de Théologie de Paris [depuis 1811] et professeur de Dogme à la Faculté de Théologie.

Sous la présidence de l’abbé Jean Marie Burnier-Fontanel, participent au jury : l’Inspecteur de l'académie de Paris Létendard [ou l’Étendard], inspecteur de l'académie de Paris, de 1820 à 1830, ancien professeur en classe de quatrième au lycée Napoléon [Henri-IV], de latin et de grec en classe de rhétorique au collège Charlemagne ;
l’abbé Caron ;
Pierre Laromiguière [1756-1837] professeur titulaire de la chaire de Philosophie à la Faculté des Lettres de Paris et son suppléant Jean Jacques Séverin de Cardaillac [1766-1845].

1825. ÉLÈVES REÇUS À L’AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE.
Quatre reçus : Alexandre Edme* Gibon [1789-1871] ; Jean Saphary [1796-1865] ; Adolphe Félix Gatien-Arnoult [1800-1886] ; André François Magdeleine Cassin [1795-1853].

Le concours aura lieu également en 1827, présidé par l’abbé André René Pierre Daburon [1758-1838], Inspecteur général des études depuis septembre 1824.

Cinq reçus en 1827 : Patrice Larroque [1801-1879] ;l’abbé Perrot, licencié de Sorbonne ; Adolphe Garnier [1801-1864], répétiteur à Paris ; Marie Joseph Camille Mahusiès [ou Mahuziès], régent au collège de Tournon ; Abdon Llabour [1797-1848], chargé de la chaire de philosophie au collège de Tournon.

Le concours n’a pas lieu en 1828 et en 1829.

Il reprendra en 1830, mais cette fois sous la présidence de Victor Cousin. En 1830, il y a cinq reçus : Georges Henri* Bach, Antoine Charma, Charles Mallet, Jean Perron, Olivier Chouteau. Le concours d'agrégation de philosophie fonctionnera de manière ininterrompue jusqu’en 1851 inclus.
Suspendu pendant onze ans, à partir de 1852, le concours d’agrégation de philosophie reprendra à nouveau en 1863, à l’initiative du ministre de l’Instruction publique Victor Duruy [1811-1894], et avec Félix Ravaisson [1813-1900] comme président du jury.

LES REÇUS À L'AGRÉGATION DE PHILOSOPHIE EN 1825.

ALEXANDRE EDME GIBON.
Alexandre* [Edme] Gibon [1798-1871]. Né le 4 octobre 1798, à Paris ; mort le 19 juin 1871, à Paris.

Études.
Études au lycée Charlemagne, puis au lycée Henri-IV. Est d’abord régent de philosophie au collège de Châlons-sur-Marne.
Agrégation de philosophie en 1825.

JEAN SAPHARY.
Jean Saphary. Né An V [1796/1797], à Vic sur Sèze [Cantal] ; mort en 1865. Disciple et ami de Pierre Laromiguière.
Publie un poème, couronné par l'Académie des Jeux floraux : L'Habitant du Cantal au pied des Pyrénées, poème. Toulouse : impr. de J. M. Douladoure, in-8, 24 p. 1825. La même année agrégation de philosophie.
Agrégation de philosophie en 1825 [c’est l’année de la première agrégation de philosophie. Sous la présidence de l’abbé Jean-Marie Burnier-Fontanel [1763-1827], doyen de la Faculté de Théologie de Paris [depuis 1811] sont reçus : Alexandre Gibon, Jean Saphary, Adolphe Félix Gatien-Arnoult, André François [Magdeleine] Cassin.
Il est lié dès cette époque avec Armand Marrast [1801-1852] qui sera un peu plus tard interdit de présentation à l'agrégation, pour avoir participé aux obsèques du député Jacques Antoine Manuel.
Professeur de philosophie au collège de Nancy. Un de ses élèves obtient le premier prix au Concours général. Selon l'usage de l'époque, et comme le rapporte le journal Le Lycée, il est alors décoré et nommé à Paris, dans la chaire de philosophie au collège royal de Bourbon [Condorcet] [1827].
Il travaille à résumer les Leçons de Laromiguière, comme base de ses leçons à ses élèves du collège [Leçons publiées initialement en 2 volumes, en 1815-1818, rééditées en 1820, et dont la quatrième édition paraîtra en 1826]. Son étude paraît sous le titre : Essai analytique d'une métaphysique qui comprendrait les principes, la formation, la certitude de nos connaissances dans le plan de M. Laromiguière, dont on a résumé les Leçons. Paris : Brunot-Labbé, in-8, 126 p., 1827.
L'ouvrage est dédié à Laromiguière [François Picavet signale : « L'ouvrage comprend trois parties qui traitent du principe de nos connaissances, de leur formation, de leur certitude. L'éloge du maître se retrouve à toutes les pages : profondeur, lumière, noblesse, vérité appartiennent, selon Saphary, au métaphysicien qui représente Platon, Descartes, Malebranche, Condillac. [...] Adversaire du matérialisme et de l'athéisme, il cite Tertullien et de Bonald, Bossuet et Frayssinous, Reid et Dugald Stewart, apprécie assez exactement, ce qui est rare à cette époque, Kant qui insiste sur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, mais en fait l'objet de la croyance et non de la connaissance et du savoir »].
Puis [octobre 1827] est nommé au collège Bourbon, à Paris [l'actuel lycée Condorcet], l'un des cinq collèges royaux de la capitale. Deux de ses élèves obtiennent un prix au Concours général.

En 1841, à l'initiative de François de Chabrier [1789-1871], est créé un concours en faveur d'un Mémoire qui apprécierait le mieux les Leçons de philosophie de Laromiguière. La commission de ce concours est présidée par Théodore Jouffroy [1796-1842], et composée initialement de Jean Jacques Séverin* de Cardaillac, inspecteur de l'Académie de Paris [1830-1845] ; Philibert* Damiron [1794-1862], professeur adjoint de philosophie à la Faculté des Lettres de Paris ; Étienne Vacherot [1809-1897], directeur des études à l'École normale et Adolphe Garnier, professeur de philosophie au collège royal Henri IV. Le concours est prorogé jusqu'au lundi 1er mai 1843.
Jean Saphary est le lauréat. Il publiera le texte de son mémoire en annexe de son ouvrage sur l'École éclectique qui paraîtra en 1844.

Il s'oppose à l'éclectisme de Victor Cousin qui, à marches forcées, se substitue à l'enseignement universitaire traditionnel. Aussi fait-il partie, avec Aristide Valette [1794-mentionné en 1857] et Alexandre Gibon [1798-1871], de ce groupe d'universitaires plaidant devant la Commission de l'instruction publique « la cause de l'enseignement de la philosophie compromise par la personnification de cet enseignement en un seul homme, et par l'identification de toutes les doctrines en une seule doctrine qui, à tort ou à raison, a fait éclater des orages sur l'Université dont on se fait aujourd'hui les paratonnerres » [texte envoyé au directeur de la Revue de Paris, 13 juillet 1844].
Cette démarche est à la source d'une polémique engagée par la Revue de Paris, auprès de laquelle les trois enseignants obtiennent, non sans difficulté, un droit de réponse.

Quelques années après la mort de Pierre Laromiguière [août 1837] Saphary fait paraître : L'École éclectique et l'école française, par M. Saphary, professeur de philosophie au collège royal de Bourbon [Paris : Joubert, libraire-éditeur. Rue des Grès, 14. In-8, XXII-253 p. 1844]. Une deuxième partie, comprise dans la pagination, a pour titre Concours pour le prix sur les leçons de philosophie de Laromiguière. Contient le rapport du mardi 24 mai 1842 de Joseph Marie de Gérando ; ainsi que [le concours ayant été prorogé jusqu’au lundi 1er mai 1843, le rapport du samedi 19 août 1843, de François Xavier Joseph Droz [1773-1850], membre de l’Institut.
L'épigraphe, empruntée au poète latin Horace, déclare : Multa renascentur, quae jam cecidere, cadentque quae nunc sunt in honore. [Bien des choses renaîtront qui sont déjà tombées et tomberont qui sont maintenant en honneur]. Dédié à la mémoire de Laromiguière " son illustre maître et véritable ami " « l'ouvrage, fort bien composé, clairement écrit, avait pour objet de montrer que le clergé séparé des jésuites, et l'Université, séparée des éclectiques, pouvaient former une alliance heureuse » [François Picavet]. Dans la Préface, Saphary combat Victor Cousin et l'éclectisme [qu'il dénonce comme un panthéisme]. Il caractérise l'école éclectique : l'éclectisme n'a pas encore fait son œuvre, il disloque les sciences et n'a pas de méthode, il a voulu rendre suspecte la philosophie de Condillac et de ses disciples, en les flétrissant par des noms barbares et odieux, et n'a pas su rester à la fois indépendant et respectueux devant la révélation ; mais il n'est qu'une puissance officielle, une philosophie d'État qui parodie la religion d'État. [cité par François Picavet].
Dans la partie consacrée à l'École française, il défend Condillac et fait l'apologie de Pierre Laromiguière contre Maine de Biran et Victor Cousin. C'est la reprise du texte du mémoire couronné [en 1843] par l'Université et le Ministère de l'Instruction publique.

Sous les auspices du National, que dirige son ami Armand Marrast se présente aux élections législatives du samedi 1er août 1846 « comme l'adversaire du communisme et le défenseur de l'agriculture. » [cité par François Picavet]. Mais pourtant il échoue à ces élections, qui donneront la majorité absolue au centre conservateur au pouvoir.

Il prend sa retraite en 1854, s'établit à Vic sur Cère, où il meurt une dizaine d'années plus tard, en 1865.

ADOLPHE FÉLIX GATIEN-ARNOULT.
Adolphe Félix* Gatien-Arnoult [1800-1886]. Né le 30 octobre 1800, à Vendôme [Loir-et-Cher] ; mort le 18 janvier 1886, à Mont de Marsan [Landes].
Études à Orléans, puis à Paris.
Doctorat ès-lettres [août 1823, Paris] avec une thèse sur le Livre des Psaumes. Sa thèse latine porte sur l'Âme humaine.
Agrégation de philosophie en 1825. C’est l’année de la première agrégation de philosophie, nouvelle manière. Sous la présidence de l’abbé Jean Marie Burnier-Fontanel [1763-1827], doyen de la Faculté de Théologie de Paris [depuis 1811] sont reçus, dans l'ordre de classement : Alexandre Edme* Gibon, Jean Saphary, Adolphe Félix Gatien-Arnoult, André François Magdeleine Cassin.
Professeur à Nevers, à Bourges, à Reims, à Nancy [1825*-1830], puis professeur de Philosophie à la Faculté des Lettres de Toulouse [1831-1870], où il succède à Jacques Saurimont.

Historien et homme politique, auteur de plusieurs manuels de philosophie [1830], souvent réédités, d’une Histoire de la philosophie en France [1858].
En 1844 la traduction de l’italien en français de Vincenzo Gioberti, Considérations sur les doctrines religieuses de V. Cousin [In-8, XX-372 p.] est précédée d’un Exposé systématique du système de V. Cousin, par A. F. Gatien-Arnoult. Cette traduction est rééditée en 1847 [2ème édition, in-8, 312 p.].

ANDRÉ FRANÇOIS MAGDELEINE CASSIN.
André François Magdeleine Cassin [1795-1853].
Après des études au collège d'Avranches, est régent de mathématiques élémentaires au collège de Mortain [décembre 1815-novembre 1818].
Se rend à Paris, où il est répétiteur et maître d'études dans différentes institutions.
Maître d'études de philosophie et de mathématiques au collège Louis-le-Grand [octobre 1820-octobre 1822].
Obtient sa licence en droit à Paris [1822], puis sa licence ès-lettres à Caen.
Chargé de cours de philosophie au collège royal de Tournon [octobre 1822-octobre 1824]. Auteur d’un Essai sur la société civile et sur la souveraineté [Paris : A. Le Clère. In-8, VI-294 p.,1824].
Agrégation de philosophie en 1825 : c’est l’année de l'agrégation de philosophie, nouvelle manière. Sous la présidence de l’abbé Jean Marie Burnier-Fontanel [1763-1827], doyen de la Faculté de Théologie de Paris [depuis 1811] sont reçus dans l'ordre de classement : Alexandre Edme* Gibon ; Jean Saphary ; Adolphe Félix Gatien-Arnoult ; André François Magdeleine* Cassin.
Après son agrégation est chargé du cours de mathématiques élémentaires au collège de Caen [novembre 1825-octobre 1828].
En octobre 1828, André François Magdeleine Cassin est professeur de philosophie, à titre provisoire au collège royal de Tournon. En début 1830, y est nommé définitivement [arrêté du mardi 5 janvier 1830].

Professeur de philosophie au collège royal de Caen [1830-1835]. Il publie en 1834 : Sur la Liberté, la Propriété et la Souveraineté. Leçon extraite du cours de philosophie morale fait au collège royal de Caen, par A.-F. Cassin, agrégé de l'Université, licencié en droit, docteur ès-lettres, membre de plusieurs sociétés savantes [Caen : Imprimerie de F. Poisson, rue Froide. In-8, 40 p., 1834].

Entre temps a passé son doctorat ès-lettres [février 1832, Caen] avec une thèse latine sur la Libre volonté. La thèse en français est une dissertation sur la Poésie considérée spécialement dans sa nature, son objet et ses conditions essentielles.

Est nommé censeur des études au collège royal de Caen [septembre 1835], puis en 1843, succédant à Bayan, nommé en 1842, Inspecteur d'académie à Angers, où il reste en fonction jusqu'en 1850.

Recteur d’Académie : recteur départemental de l'Académie de l'Orne, établi à Alençon, chef-lieu académique [août 1850] ; puis de l'Académie de la Vendée [septembre 1850-avril 1854], établi à Napoléon-Vendée [La Roche-sur-Yon] chef-lieu académique.
http://pages.textesrares.com/index.php/Philo19/Cassin-Andre-Francois-1795-1853-et-la-premiere-agregation-de-philosophie.html

1825. TROISIÈME ANNÉE DE SUPPRESSION DE L'ÉCOLE NORMALE.
Sous l'influence des cléricaux, alors que Denis Frayssinous [1765-1841] est Grand-Maître de l’Université, la Restauration s'engage dans une reprise en main de l'Université.
L’École normale, créée initialement le 9 brumaire an III [30 octobre 1794], puis recréée par l’Empire, par décret du 17 mars 1808 et ouvrant ses portes à une première promotion en octobre 1810, a été fermée le 6 septembre 1822, comme étant un foyer d’agitation libérale.
Ses cinquante huit élèves ont été licenciés ; dans la section lettres, une dizaine d’enseignants ont perdu leur emploi : en littérature Jean Louis Burnouf [1775-1844] ; Épagomène Viguier [1793-1867] ; Joseph Naudet [1786-1878] ; Henri Patin [1793-1876] ; Joseph Victor Leclerc [1789-1865]* ; en langue grecque l’abbé Beato Mablini [1774-1834] ; en grammaire générale, Jean Louis Larauza [1793-1825] ; en philosophie, Victor Cousin [1792-1867] ; Théodore Jouffroy [1796-1842].

L'École normale sera recréée, sous le nom d'École préparatoire en mars 1826, et s'établira à la rentrée 1826-1827, le 1er novembre 1826, près du Collège royal de Louis-le-Grand. La direction de l'École est confiée confiée [1826-1828] à Pierre Laurent Laborie [1767-1847], ancien émigré, ancien recteur de l’académie de Strasbourg [juin 1821-août 1824], proviseur du collège royal de Louis–le-Grand depuis juillet 1824.
La scolarité est ramenée à deux ans.

L'École reprend le nom d'École normale, et une scolarité de trois ans , au lendemain de la Révolution de Juillet, le 6 août 1830. La direction en est alors confiée [octobre 1830-septembre 1835] à Joseph Daniel Guigniaut [1794-1876], déjà nommé directeur des études en 1828.

LES THÈSES DE DOCTORAT SOUTENUES EN 1825.
L'examen préalable du contenu des thèses.
Le statut universitaire du 9 avril 1825 stipule, à son article 41 :
Pour chaque thèse, le doyen désigne un Président parmi les professeurs devant qui elle devra être soutenue. Ce président examinera la thèse en manuscrit ; il la signe, et il est garant des principes et des opinions que la thèse contient, sous le rapport de la religion, de l’ordre public et des mœurs.

ASSOLLANT.
Jean Baptiste Sébastien Nicolas Assolant, docteur ès-lettres [Paris, 17 août 1825], avec une thèse de littérature Paris : impr. de A. Pihan Delaforest : Sur l’Ancienne comédie grecque ou Aristophane [Paris : impr. de A. Pihan Delaforest. In-4, 24 p., 1825].
La thèse en latin a pour titre : De animae simplicitate et immortalitate [Parisiis : excudebat A. Pihan Delaforest. In-4, 28 p., 1826].

Professeur au lycée d’Amiens.

BARBIÉ DU BOCAGE.
Alexandre François Barbié du Bocage [1798-1835]. Docteur ès-lettres [Paris, 8 août 1825], avec une thèse : Hérodote [In-4]. La thèse est éditée : Thèse de littérature sur Hérodote, présentée [...] par Alex. Fr. Barbié Du Bocage [Paris : impr. D'Éverat. In-4, 19 p., 1826].
La thèse latine porte sur De Methodo [in-4].

Titulaire de la chaire de Géographie à la Faculté des lettres de Paris [mai 1826-février 1835]. Sécrétaire général de la Société de géographie [1832].

BETOLAUD.
Victor Betolaud [1803-1879]. Licencié ès-lettres, licencié en droit.
Docteur ès-lettres [Paris, 13 juillet 1825], avec une thèse, soutenue le 13 juillet : Du Vraisemblable en poésie [In-4, 23 p.]. La thèse est éditée [Paris : impr. de A. Pihan Delaforest. In-4, 22 p., 1826].
La thèse en latin, soutenue le 14 juillet a pour titre : De Consociationibus idearum [In-4]. La thèse est éditée [Parisiis : excud. A. Pihan Delaforest. In 4, 23 p.,1826].
Agrégé des lettres en 1826.
Professeur au lycée Charlemagne.

CATTANACH D'ALNWICH.
Jean Charles Cattanach d’Alnwich. Docteur ès-lettres [Paris, 31 août 1825] avec une thèse en latin : De Beatitudine [In-4, 11p. ].
Le Conseil royal, par une décision du 30 août, dispense de soutenir la thèse française.

CUVIER.
Charles Christian Léopold Cuvier [1798-1881].
Licencié ès-lettres.
Professeur d’histoire au collège royal de Strasbourg.
Chargé du cours d’histoire à la Faculté des lettres.
Docteur ès-lettres [Strasbourg, 10 août 1825], avec une thèse : Considérations sur le goût dans ses rapports avec la morale [Strasbourg : de l’imprimerie de F. G. Levrault, imprimeur de l’académie. In-4, 15 p., 1826].
Le président de la thèse est Hullin, professeur de littérature française à la Faculté [de Strasbourg].
La thèse en latin porte sur : Aphorismi philosophici de sermone [In-4, 20 p.].
Professeur d’histoire à la Faculté des lettres de Strasbourg [janvier 1829].
Doyen de la Faculté de Strasbourg [mars 1859].

DESTAINVILLE.
Théodore Destainville [1804-1852]. Licencié ès-lettres. Docteur ès-lettres [Paris, 14 juillet 1825], avec une thèse de littérature : L’influence du siècle d’Auguste sur la composition de l’Énéide [Paris : impr. de Fain. In-4, 24 p., 1826].
La thèse latine porte sur De Memoria. [Parisiis : typis Fain. In-4, 15 p.].

Professeur de troisième à Louis-le-Grand.

EICHHOFF.
Frédéric Gustave* Eichhoff [1799-1875]. Licencié ès-lettres. Docteur ès-lettres [Paris, 20 mai 1825], avec une thèse de littérature : Hésiode [In-4, 16 p.]. La thèse est éditée [Paris : impr. de Dondey-Dupré, In-4, 16 p., 1826].
La thèse en latin a pour titre : De Memoria. [In-4, 12 p.]. La thèse est éditée [Paris : impr. de Dondey-Dupré, In-4, 12 p., 1826].

Professeur de Littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Lyon [1842-1855].
Inspecteur général des langues vivantes [1855-1862].
Correspondant de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres [1847].

MARRAST.
Armand Marrast [1801-1852] Licencié ès-lettres. Docteur ès-lettres [Paris, 21 novembre 1826], avec une thèse de littérature intitulée : Éclaircissements sur cette question : Est-ce aux poètes ou aux prosateurs qu’appartient la gloire d’avoir le plus contribué à former et à perfectionner la langue française [Paris : impr. de A. Béraud, in-4, 25 p., 1826]. Dédiée « À ma mère et à ma famille. Sentiments invariables de respect et d’amour. ».
Sa thèse latine est intitulée : Dissertatio De Veritate [Parisiis : typ. A. Béraud, via Feni Sancti Jacobi, n°9. In-4, 17 p., 1826].
Dédiée « doctissimo, sapientissimoque viro Laromiguière, in facultate litterarum professori, aetatisque nostrae philosophorum principi, Venerationis et admirationis suae, sed praesertim gratissimi animi debitum pignus offerebat ».
La thèse latine d’Armand Marrast présente un cas tout à fait exceptionnel. Après le texte de la thèse signée Armand Marrast et les mentions d’usage en latin : «Vu et lu par moi, faisant les fonctions de Doyen, Laromiguière »; et le permis d’imprimer délivré par « Rousselle inspecteur général des études, chargé de l’administration de l’Académie de Paris » une assez longue mention, en français, indique :
« Une grande partie de cette Thèse était consacrée à la réfutation des objections qu’on peut élever contre nos principes. Ces objections se trouvent surtout résumées dans un ouvrage récemment publié, et qui acquérait une plus grande importance par les hautes fonctions dont l’auteur était revêtu dans l’instruction publique. Ces fonctions ayant cessé depuis l’impression de notre thèse, nous avons dû faire disparaître tout ce qui pouvait porter la caractère d’une attaque personnelle. Des motifs, facilement appréciables par tous, nous en imposaient l’obligation : mais
elle devenait d’autant plus pressante pour nous, que nous avons été plus à portée de connaître le caractère de cet écrivain dont nous ne partageons pas les opinions philosophiques mais dont nous respectons, comme elles le méritent, toutes les vertus privées ».
Président de l’Assemblée nationale constituante [juillet 1848-mai 1849].

ÉDITION DE V. COUSIN EN COURS EN 1825.

TOME IX ET TOME X DES OEUVRES DE DESCARTES.
Le titre général des onze volumes est :
Œuvres de Descartes, publiées par M. Victor Cousin et précédées de l’éloge de René Descartes par Thomas.
[Paris : imprimerie de La Chevardière fils, librairie de F. G. Levrault. Onze volumes in-8].

L'édition est dédié « À M. Royer-Collard, Professeur de l'histoire de la philosophie moderne à la faculté des lettres de l'Académie de Paris, qui le premier dans une chaire française combattit la philosophie des sens, et réhabilita Descartes, témoignage de ma vive reconnaissance pour ses leçons, ses conseils et son amitié ».

En 1825 paraissent :
Le tome 9. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome neuvième. Lettres. [Correspondance] [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, 574 p., 1825].

Le tome 10. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome dixième. Lettres. [Correspondance] [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, 520 p., 1825].

Étaient déjà parus en 1824 :

1. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome premier. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : [chez F. G. Levrault, libraire] rue des Juifs, n°33. In-8, 457 p., 1824].
Discours de la méthode. Méditations métaphysiques. Abrégé des six Méditations. Méditation première, Méditation seconde, Méditation troisième, Méditation quatrième. Objections et réponses. [1824, 504 p.].
Précédé de : Éloge de René Descartes, par Thomas, discours qui a rapporté le prix de l’Académie française en 1765.

2. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome deuxième. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : [chez F. G. Levrault, libraire] rue des Juifs, n°33. In-8, 457 p., 1824].
Suite des objections contre les Méditations avec les réponses. Quatrièmes objections, faites par Arnauld. Cinquièmes objections, faites par Gassendi ; réponses ; Lettre de Descartes à M. Clerselier ; sixièmes objections [1824, 546 p.].

3. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome troisième. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, 527 p., 1824].
Les Principes de la philosophie.
[V. Cousin donne la version française. En tête du volume, il indique : « Les Principes de la Philosophie parurent d'abord à Amsterdam en 1644, en latin, avec la distinction des chapitres et les titres marginaux tels qu'on les reproduit ici. L'abbé Picot les traduisit et les publia en 1647, 1651, 1658. L'édition que nous avons choisie pour texte est celle de 1681, qui a été revue par M. Clerselier. Elle a été réimprimée in-12 en 1724 »].

4. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome quatrième. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, 532 p., avec IX planches, 1824].
Des Passions de l’âme. Le Monde, ou traité de la lumière. L'Homme. De la Formation du fœtus. [1824].

5. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome cinquième. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, 544 p., 1824].
La Dioptrique. Les Météores. La Géométrie. Traité de mécanique. Abrégé de la musique. [1824].

6. 5. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome sixième. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, IV-538 p., 1824].
Correspondance. [1824].

7. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome septième. Lettres. [Correspondance : Année 1638, suite] [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : [chez F. G. Levrault, libraire] rue des Juifs, n°33. In-8, 457 p., 1824].

8. Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome huitième. Lettres. [Correspondance : Année 1638, suite] [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Juifs, n°33. In-8, 534 p., 1824].

En 1826 paraît le dernier volume, volume XI :
Œuvres de Descartes publiées par Victor Cousin, tome onzième. [Paris : chez F. G. Levrault, libraire, rue des Fossés Monsieur le Prince, n°31 ; Strasbourg : [chez F. G. Levrault, libraire] rue des Juifs, n°33. In-8, VIII-461, 1826].
Lettre à Gisbert Voët. Règles pour la direction de l'esprit. Recherche de la vérité par les lumières naturelles. Premières pensées sur la génération des animaux. Extraits des manuscrits. [1826, VIII-461 p.].

DANS LE JOURNAL DES SAVANTS SUR DE GÉRANDO.
[1825] Publication dans le Journal des savans, d'un article rendant compte de l'Histoire comparée des systèmes de philosophie, par M. Degérando [Victor Cousin fait le compte-rendu de la 2ème édition, revue, corrigée et augmentée, Paris : 1823, 4 volumes in-8]. Ce compte-rendu s'effectue : juillet 1825 [pages 434-439].
[1826].

2. Republié dans Fragmens philosophiques, première édition [Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 52-61] ; dans la seconde édition de 1833 ; dans la troisième édition en deux volumes de 1838, tome 2, pages 1-9.

3. En 1856, dans les Fragments de philosophie contemporaine, pages 280-287 ; dans le tome 5 des Fragments philosophiques pour servir à l'histoire de la philosophie [1865-1866] : Fragments de philosophie contemporaine, pages 386-392.

Incipit [Fragments de philosophie contemporaine, in-12, 1856, pages 280-281] :
« L’ouvrage que nous annonçons est une preuve, entre plusieurs autres, des changements et des progrès qui se sont opérés depuis vingt ans dans l’état de la philosophie parmi nous. À l’époque où L’Histoire comparée des systèmes de philosophie parut la première fois, dominait une doctrine qui, mesurant sur elle toutes les doctrines antérieures, ne leur laissait guère que l’honneur assez médiocre d’avoir approché plus ou moins d’elle, d’avoir entrevu et préparé plus ou moins ce dernier terme des progrès et de la sagesse de l’humanité. La philosophie de Condillac était alors comme le lit de Procuste, sur lequel le dogmatisme du jour étendait les plus nobles productions de l’esprit humain. Et comme on n’est pas très curieux de connaître et d’étudier sérieusement ce qu’on dédaigne, et que tous les systèmes philosophiques, à commencer par celui de Platon et à finir par celui de Leibniz, étaient bien peu de chose pour qui se trouvait en possession du système de la sensation transformée, on était peu tenté de s’enfoncer dans les recherches épineuses de l’histoire, pour n’en tirer que des rêveries stériles : l’érudition philosophique était presque abandonnée ».

DANS LE JOURNAL DES SAVANTS SUR STALBAÜM.
[1825] Publication dans le Journal des savans, d'un article rendant compte de Platonis Philebus - Recensuit, prolegomenis et commentariis illustravit Gogofredus Stalbaum ; accesserunt Olympiodori Scholia in Philebum, nunc primum edita. Lipsiae, in-8, 300 p., 1821. Ce compte-rendu s'effectue : vendredi 1er juillet 1825 [pages 420-434] ; vendredi 2 décembre 1825 [pages 729-738].

Incipit : « Le commentaire d’Olympiodore sur le Philèbe, publié par M. Stalbaüm à la suite de son édition du Philèbe, se trouve dans la plupart des bibliothèques de l’Europe. Le manuscrit dont s’est servi M. Stalbaüm, est celui de la bibliothèque de Seitz, près Naumbourg, que l’éditeur déclare tenir de M. Müller, le directeur de cette bibliothèque, à l’opinion duquel il renvoie pour tout ce qui regarde ce manuscrit. […] ».
[1828] Republié dans Nouveaux fragments philosophiques par Victor Cousin. Paris : Pichon et Didier, in-8, 1828, pages 349-377, sous le titre : Olympiodore, commentaire sur le Philèbe.

DANS LE JOURNAL LE GLOBE SUR SANTA ROSA.
Victor Cousin donne une note sur Santa Rosa, dont il vient d'apprendre la mort, au journal Le Globe, tome 2, n° 189, samedi 26 novembre 1825, page 981.
Cette note est précédée du texte de la lettre que Santa Rosa a adressé de Londres à Victor Cousin, le dimanche 31 octobre 1824.

Incipit : « Quand la première lettre où M. de Santa Rosa m'annonçant sa résolution parvint à Paris au mois de septembre 1824, j'étais déjà parti pour Dresde ; et quand il m'écrivit une seconde fois de Londres, le 31 octobre, pour m'annoncer son départ, déjà j'étais dans les prisons de Prusse ; et je n'en suis sorti que quelques jours avant sa mort. Je revoyais mon pays, quand lui succombait à Sphactérie. Ne sachant rien de moi, comme je ne savais rien de lui, il a du me croire tranquille à Paris, comme en prison je le croyais tranquille dans sa retraite de Nottingham. Il a dû me croire tranquille à Paris, et il ne recevait de moi, aucun signe de vie. ! Je sais que ses derniers moments ont été admirables, mais tristes. Je lis dans sa lettre à M. Recchio : les lettres de Nottingham m'ont consolé et touché. Cette ligne me déchire le cœur. Que s'est-il passé dans cette âme aussi tendre qu'elle était forte ! Cependant j'ai la ferme espérance que Dieu en aura détourné tout doute cruel, tout idée amère » [jeudi novembre 1825. Victor Cousin].

À L’ACADÉMIE FRANÇAISE EN 1825.

RÉCEPTION DE JOSEPH DROZ.
Le philosophe et historien François Xavier Joseph Droz [1773-1850] élu le jeudi 2 décembre 1824, à l’Académie française, fauteuil 21, en remplacement de l’avocat Pierre Louis Lacretelle, dit Lacretelle l’aîné [1751-1824], décédé le dimanche 5 septembre 1824, est reçu le 7 juillet 1825, par le journaliste et auteur dramatique Louis Simon* Auger [1772-1829], secrétaire perpétuel de l’Académie française.

ÉLECTION DE MONTMORENCY À L'ACADÉMIE FRANÇAISE.
Né le 10 juillet 1767, à Paris ; mort, le 24 mars 1826, à Paris.
L’homme politique et diplomate Mathieu de Montmorency-Laval [1767-1826], gouverneur du duc de Bordeaux, est élu, le 3 novembre 1825, membre de l’Académie française, au fauteuil 37*, en remplacement de Bigot de Préameneu [1747-1825], décédé le 31 juillet 1825.
Il est reçu le 9 février 1826, par Pierre Daru [1767-1829], en présence de la duchesse de Berry.
Après sa mort, le 24 mars 1826, à Paris, Montmorency est remplacé par le poète dramatique et littérateur Alexandre Guiraud [1788-1847], élu le 11 mai 1826.

MENTION, RECENSION ET COMPTE-RENDU D’OUVRAGES DE COUSIN EN 1825.

DANS LE LEIPZIGER LITERATUR-ZEITUNG.
Il y a, en juin 1825, un compte-rendu du premier volume de la traduction de Platon de Victor Cousin dans le n° 139 du Leipziger Literatur-Zeitung [Journal littéraire de Leipzig].
Dans le même journal, mai-septembre 1825, numéros 214-217, compte-rendu du Proclus, par Schneider, de l’Université de Berlin.

DANS LE JOURNAL LE GLOBE.
Article de Philibert* Damiron faisant le compte-rendu des volumes 1 à 6 des Œuvres de Descartes. Le Globe, tome 1, n° 83, samedi 19 mars 1825.
Fragment des volumes 8 et 9 des Œuvres de Descartes. Le Globe, tome 2, n° 147, samedi 20 août 1825.
Annonce des Œuvres de Descartes. le Globe, tome 2, n°163, mardi 27 septembre 1825.

CORRESPONDANCE : LETTRES...DE, À, AU SUJET DE...V. COUSIN EN 1825.

LETTRE DE FÉLICITATIONS DE KÉRATRY.
Auguste Hilarion* de Kératry [1769-1859], homme de lettres et député libéral, qui se pique de philosophie, avait été un des auditeurs admiratifs de Victor Cousin en 1818-1819. Il était resté en contact avec Victor Cousin, et lorsque ce dernier revient à Paris vers le 16-17 mai 1825, Kératry s’empresse de lui écrire pour témoigner de sa satisfaction :

« Mon cher collègue,
Je sens le besoin de vous exprimer d’une manière directe ma satisfaction de votre retour dans vos foyers. Cependant je suis bien aise de vous dire que je n’ai pas été plus étranger qu’aucun de vos nombreux amis au sentiment des persécutions que vous a fait subir une police étrangère, sans doute sur les avis charitables de la nôtre. J’ai exprimé quelquefois dans le Courrier français ce que j’en pensais. Toujours j’ai applaudi de cœur à ce qu’il renfermait d’honorable pour vous et votre caractère. Vous avez prouvé que vous n’étiez pas seulement philosophe de nom : car vous avez fait marcher de front la pratique et la science. Je vous en félicite. J’ai félicité mon pays qui, par vous, aura au moins conquis quelque estime, dans ces temps malheureux, en dehors de ses frontières.
Je vous envoie, mon cher collègue, un article sur le cartésianisme, ou plutôt sur Descartes, qui m’a été demandé par M. Courtin pour son Encyclopédie. Il eût pu s’adresser mieux qu’à moi. Vous étiez absent. D’un autre côté vous éleviez un beau monument à la gloire de ce grand homme ; et il lui fallait qu’un cippe modeste. Il m’a confié le soin de celui-ci, sur lequel je n’ai eu garde d’omettre votre nom. L’oublier eût été me rendre coupable : vous êtes vraiment le prêtre en exercice de l’autel sur lequel j’ai un instant sacrifié.
Adieu, mon cher collègue, que le ciel continue à vous protéger, ainsi que vous le méritez et il n’oubliera pas la cause du bon droit sur la terre. C’est dans ce sens que j’ai l’honneur d’être/ votre ami, Kératry ». [Paris. Samedi 28 mai 1825].

LA PREMIÈRE RENCONTRE D'EDGAR QUINET AVEC V. COUSIN.
Edgar Quinet [1803-1875] fait la connaissance de Victor Cousin dans les premiers jours de mai 1825, à peine ce dernier est-il revenu [vers le jeudi 12 mai 1825] de son troisième voyage en Allemagne [1824-1825], où il a été incarcéré plusieurs mois.

Dans ses lettres à sa mère, Eugènie Quinet, Edgar raconte en détail, les raisons et le climat de la première rencontre. Il est en train de rédiger une introduction à la traduction qu’il a entreprise des Ideen zur Philosophie der Geschichte der Menschhei [Idées sur la philosophie de l’histoire de l’humanité] de Johann Gottfied von Herder [1744-1803]. La traduction paraîtra deux ans plus tard : [Paris : F. G. Levrault. Trois volumes in-8. 1827-1828].

Ainsi, dans une lettre, de Paris, datée du samedi 28 mai 1825 :
« Je suis le plus heureux des hommes. Il n’y a pas vingt minutes que M. Cousin me serrait la main et m’appelait son cher ami. Tu n’entends rien à cela ; il faut s’expliquer. Le gérant d’affaires de la maison Levrault le connaissait depuis longtemps, il m’offrit de m’y conduire. Nous commençâmes par lui envoyer un cahier de ma traduction avec quelques pages extraites de mon Essai préliminaire. Je tremblais comme un enfant en approchant de sa maison. C’est le seul homme qui puisse aujourd’hui m’émouvoir ainsi, *parceque (sic) c’est le seul à qui je reconnaisse les élans du génie. Que devins-je en entrant dans la chambre, quand je m’entendis nommer de la voix la plus caressante, et que je sentis qu’il saisissait tendrement ma main, en m’appelant son ami, son cher ami. Je fus tellement saisi de cet accueil, qu’il me fut d’abord impossible de croire qu’il s’adressait à moi. Cela vint au point que je lui dis : “

- Mais, Monsieur, vous n’avez jamais entendu parler de moi !

- Oh ! vos deux pages m’en ont beaucoup appris. Je ne puis vous dire combien j’en ai été touché, combien cela est senti, et vrai. Deux amis de Herder ne sont pas étrangers l’un à l’autre. Tout ce que j’ai en livres vous appartient. J’écris dans un journal, celui des savans. Employez-moi à ce que vous voudrez. Venez me voir souvent, nous nous lierons davantage.

- Cette traduction n’est qu’une très faible partie des travaux que je me suis imposés, avant de me hasarder à publier mes propres recherches ; il n’y a que de longues, de consciencieuses études qui puissent me donner ce droit.

- C’est bien, très bien. C’est une belle et noble pensée. Poursuivez. Cette branche de la philosophie est bien féconde et bien nouvelle en France. A propos, j’espère que vous enverrez votre traduction au pauvre Goethe pour qui je vous donnerai une lettre. Il sera enchanté de cet hommage à la mémoire de son ami”.

Nous nous sommes mis ensuite à parler d’histoire générale. J’ai été content de moi, ce qui ne m’arrive jamais avec les gens médiocres. Je n’étais pas plus embarrassé, et la conversation était des deux parts aussi affectueuse que si je l’eusse connu depuis vingt ans. Il me représente un vrai disciple de la vérité, plein d’enthousiasme et de convictions. Il y a loin de là à la molle douceur de M. Michaud ou à l’emphase de M. Lacretelle. Il était encore couché, et je n’ai pu voir que sa tête, qui est belle et réfléchie. Je ne sais pourquoi il laisse croître la barbe sous son cou et tout autour de sa figure. Sa voix est touchante et flexible, il cherche un peu ses mots mais ce n’est pas qu’il les choisisse. Je suis resté là une heure et demie, à m’entretenir d’une manière naturelle et sentie des grands intérêts moraux, qui donnent un but à ma vie. J’ai trouvé là des forces contre bien des obstacles. Voilà l’homme avec qui je chercherai à me lier. Quand tu me sentiras malade par l’âme, dis-moi : *vas (sic) chez M. Cousin *et j’y trouverai des consolations et des *encouragemens. Il est certain que jusqu’ici je m’étais trop concentré dans l’isolement, n’ayant autour de moi que des amis médiocres. Il faut me rapprocher de ceux que j’admire. Ce n’est qu’avec eux que je respire librement ».

EDGAR QUINET, À PROPOS DE V. COUSIN.
« [Paris, jeudi 16 juin 1825].
J’avais écrit dans l’intervalle à M. Cousin pour m’excuser de tarder si longtemps à me présenter chez lui. Plusieurs jours se passèrent. J’allais déjà me promener au Luxembourg, j’étais guéri. Samedi dernier en rentrant chez moi, je rencontrai le portier qui me dit :

*Ah ! Monsieur, il est venu un monsieur qui était bien désolé de ne pas vous voir. Il arrive de la campagne, il sait que vous avez été malade, et il est accouru auprès de vous. Il reviendra, il veut absolument vous voir, ce doit être un de vos grands amis. *

J’étais à me torturer l’esprit. J’espérais vaguement que ce serait lui, mais je ne voulais interroger personne, pour ne pas être détrompé sitôt. Ce fut un moment délicieux que celui où je pris dans la loge du portier, la carte de visite de M. Cousin. Il avait honoré mon toit de sa présence. Il avait été là, toutes ces femmes l’avaient vu, lui avaient parlé ; et dans ma pensée, c’est un homme de génie. Je voulais qu’on me dise comment on l’avait trouvé, le son de sa voix, sa figure, sa taille, que sais-je. Je me réjouissais dans mon cœur, d’aller le surprendre le lendemain au lit. J’étais tout tremblant d’émotion, en approchant de sa maison, en montant ses escaliers ; en frappant à sa porte. On m’aurait fait plaisir de me dire qu’il n’y était pas.
Il y avait deux personnes avec lui. Je voulus profiter de cela pour sortir et me remettre. Je dis au domestique que je reviendrais une autre fois, pour le voir seul, que j’allais écrire mon nom. Je redescendis, j’étais soulagé ; mais voilà que je m’entends appeler par la fenêtre ; il faut bien remonter.

- Comment, est-il possible, vous avez été malade et je ne l’ai su qu’avant-hier. Asseyez-vous dans ce grand fauteuil, le plus près de moi, racontez-moi tout.

Et il me prenait la main avec une affection très caressante. On se mit ensuite à parler de quelques sujets généraux, de quelques livres qu’il venait de revoir. Enfin les deux étrangers disparurent. Pour moi je restai ; je me rapprochai encore de lui. Il m’est impossible de dire alors à quel point la conversation devint intime et délicieuse. Nos *sentimens privés, notre vie passée, et tout ce qui s’y rapporte, les *mouvemens du cœur, les peines de la jeunesse, le découragement, l’amour, la sympathie, tout fut passé en revue, ou plutôt c’était une confidence mutuelle de tout ce que la vie nous avait appris, en bien et en mal. Au milieu de ces paroles si tendres, la science venait comme une autre affection ; l’école philosophique écossaise, Ferguson, Price, eurent leur tour : je lui donnai un aperçu de l’idée fondamentale que je me consacrais à développer ;

- […] Quel âge avez-vous ? vingt deux ans ! ah que vous êtes heureux ! Vous avez un but fixe, un but admirable. Vous êtes plein de vie, mon cher ami. Elle vous fait souffrir ; mais cela fait votre gloire. Vous êtes plus heureux que moi. A vingt trois ans, je ne faisais que tâtonner ; j’ai manqué tomber dans la théologie la plus abstraite. Et dans quel temps vivais-je, quelle sécheresse dans les âmes ! Quel despotisme, et quelle lâcheté. Croyez que j’ai souffert de cet esprit de servitude. […].

- [“] Vous me faites du bien, lui disais-je. Toutes les fois que j’aurai le cœur serré …[…]

- [“] Oui, venez me trouver, à quelque instant du jour que ce soit. Que le moment arrive, et vous verrez combien je vous suis, déjà attaché [“].

Je n’essayerai point de te dire tout ce que je sens dans mon âme après deux ou trois heures passées ainsi.
Il m’a prêté un manuscrit, et je le reverrai bientôt. Cette certitude répand un charme délicieux sur chacune de mes heures. J’aime à passer dans sa rue, à aller au Luxembourg dans une certaine allée d’où l’on peut *appercevoir (sic) ses fenêtres. Voilà où j’en suis ».

LETTRE D'EDGAR QUINET À SA MÈRE.
« […] J’ai remis à avoir quelque événement un peu important à te raconter, et les jours ont passé ainsi. Je n’ai pourtant rien sur M. Cousin qui est allé passer une semaine à la campagne et que je reverrai à son retour. Il ne faut pas croire que sa vie se soit passée si facilement que tu le crois, et j’espère en apprendre beaucoup là-dessus. D’abord il n’a pas pu garder sa place de professeur, ce qui est au moins une preuve que la marche générale n'est pas toujours celle qui lui a été la plus facile. Je me sens irrésistiblement attiré vers lui. J’espère qu’il suffira à ce besoin d’émotions et d’admiration que je sens en moi. M. de Gérando me plaît de plus en plus, par la douceur de son accueil. Il m’invite à aller le voir à la campagne et je compte en profiter » [Paris. Mercredi. Juin 1825].

LAMENNAIS À VICTOR COUSIN.
Lettre de Félicité Lamennais [1782-1854] à Victor Cousin.
« Serait-il vrai, comme on me l’a dit, Monsieur, la veille de mon départ, que vous eussiez eu le désir de me voir, pendant mon dernier séjour à Paris ? Ce serait pour moi le sujet d’un regret d’autant plus vif que je ne sais quand je pourrai retrouver l’occasion de faire votre connaissance personnelle, à laquelle j’attache infiniment de prix. Il me semble que tous les hommes qui cherchent la vérité de bonne foi, quelles que soient d’ailleurs les différences inévitables d’opinions sont faits pour s’unir et pour s’aimer. J’aurais beaucoup appris dans vos entretiens ; et quoique peut être il y ait des questions que nous n’envisageons pas sous le même point de vue, je crois que nous eussions assez promptement fini par nous entendre. On se plaît à me représenter comme un ennemi de la raison humaine [...] » [Félicité Lamennais. Jeudi 30 juin 1825. Le texte de la lettre est publiée intégralement dans Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, tome 2, page 4].

FÉLICITÉ LAMENNAIS INVITE V. COUSIN À LA CHESNAIE.
Dans un billet en date du 1er août 1825 Félicité Lamennais [1782-1854] invite Victor Cousin à La Chesnaie.
« On me mande de Paris, Monsieur, que vous projetez un voyage sur les bords de la mer. La Chesnaie n’est pas loin de la mer ; elle est située à neuf lieues de Rennes par la route de Saint-Malo ; l’air y est très sain, et nous avons de plus dans le voisinage des eaux minérales assez renommées. Je ne crois pas que Dieppe vaille ce pays çi, et je serais très heureux d’obtenir pour La Chesnaie une préférence que je sollicite de vous instamment.
Vous trouverez dans ma petite chaumière une liberté parfaite, des livres et surtout le divin Platon, le repos occupé dont vous avez besoin, des personnes qui seront ravies de vous voir et de vous entendre, et ce qui vaut mieux encore des cœurs qui vous aimeront. Venez, nous avons tant de choses à nous dire ! il ne faut pas que la vie se passe sans que nous nous soyons connus ».

COUSIN À LAMENNAIS.
Victor Cousin répond à F. Lamennais par une lettre en date du 4 août 1825.
« Je ne puis vous dire, Monsieur, combien j’ai été touché de votre aimable lettre. Je désire depuis longtemps faire votre connaissance, et c’est une nouvelle peine pour moi que tous les chagrins domestiques qui m’environnent, m’aient empêché de vous répondre plus tôt. Excusez-moi, je vous prie, et croyez bien que je n’oublierai de ma vie la noble initiative que vous avez prise à l’égard d’un homme que l’on se plaît à représenter comme un ennemi de l’ordre, à peu près avec autant de droit qu’on vous représente, Monsieur, comme un ennemi de la raison. Nous appartenons à deux partis qui s’injurient et se calomnient. Je vous remercie d’avoir pensé que je pourrais, avec vous, m’élever au dessus de ces misères. Je suis fier de votre opinion, et je tâcherai de la justifier. Je faisais déjà profession d’admirer votre talent ; votre démarche m’inspire d’avance pour votre caractère une estime qui se changera bientôt, de mon côté, en une amitié véritable. Si j’osais, je vous dirais que j’ai le cœur un peu chrétien, et je vous répète ce que j’ai dit, il y a longtemps, à tout le monde : « Tolérez-moi ; je me charge de vous aimer ».
il ne faut pas vous dissimuler, Monsieur, qu’en apparence nous sommes aux deux extrémités des opinions humaines. Vous partez de l’autorité ; moi, de l’individu ; vous, de la foi, moi, du libre examen. nous avons l’air de venir des deux bouts du monde ; mais le Christianisme est entre nous, le Christianisme spéculatif et pratique. Et c’est là qu’il faut nous donner rendez-vous. Qu’importe de quel côté on y arrive, pourvu qu’on y arrive ? Ou plutôt, j’y reviens. Je n’ai plus, il est vrai, la foi naïve de ma mère ; cette foi qui a protégé ma jeunesse, que j’ai gardé et défendue le plus longtemps que j’ai pu, comme un trésor, que j’espère n’avoir enlevé à personne. Et aujourd’hui, après avoir passé par plus d’une école et presque épuisé tous les degrés connus de la spéculation, j’ai le bonheur de pouvoir retrouver et contempler, dans les images de ma foi primitive, les dernières idées où l’étude et la méditation m’ont conduit.
Vous voyez, Monsieur, que je suis un chrétien qui a besoin de quelque indulgence ; mais je vous le répète sérieusement, ma philosophie est chrétienne. Pour le fond et la substance des idées, nous nous entendons d’avance. Toutes nos discussions ne peuvent tomber que sur la méthode que j’emprunte à l’esprit du temps présent. Oui, garder ou sauver ce qu’il y a d’éternel dans la pensée, et suivre et comprendre en même temps les mouvements du genre humain, dans lesquels j’aperçois aussi la volonté divine, protester à la fois contre les écarts ou les petitesses du siècle, et en faveur de ses droits, lutter contre les préventions des uns et les préjugés des autres, appeler à moi, du sein de la foule, quelques âmes honnêtes, quelques esprits étendus et fermes, capables d’embrasser un certain nombre d’idées en apparence opposées, de comprendre le passé et de savoir le présent, voilà, Monsieur, ce que j’ai tenté, avec peu de talent sans doute, mais avec une droiture digne de la vôtre ; voilà ce qui m’a été à crime et ce que vous me pardonnerez, j’espère, quand vous connaîtrez mes intentions, et si vous me permettez de cultiver votre connaissance personnelle, à laquelle je mets un prix infini. Quand vous reviendrez à Paris, ayez la bonté de me le faire savoir. Je m’empresserai d’aller m’instruire auprès de vous, et de vous ouvrir mon cœur, sur les grands objets dont nous nous occupons tous deux.
Adieu, Monsieur, je vous quitte pour ma pauvre vieille mère, que je désespère de sauver »
[Victor Cousin à Lamennais, jeudi 4 août 1825].

LETTRE DE FÉLICITÉ LAMENNAIS AU COMTE DE SENFFT.
« J’ai un commencement de liaison avec M. Cousin ; je suis fort content de lui ; il a l’âme noble et le cœur simple et droit »
[jeudi 11 août 1825. Cité dans Correspondance générale de Lamennais, p. 79].
Le comte de Senfft von Pilsach [1774-1853]* ministre de Saxe à Paris en 1806, et ensuite Ministre des Affaires étrangères à Dresde.

LETTRE DE V. COUSIN À LAMENNAIS.
« Plaignez-moi, excusez-moi, mon cher ami ; mon père est à toute extrémité et se débat contre la suite d’une troisième attaque de paralysie. Vous jugez quelle doit être ma vie. Pour rester au centre, parmi tant d’agitations, j’ai besoin de tout mon courage et de mes plus chers souvenirs, ou de mes meilleures espérances. Je pense donc souvent à vous, mon cher ami, à vous qui m’arrivez comme du ciel, et me promettez une âme capable de sympathiser avec la mienne au milieu de toutes les divergences de nos opinions. Votre première lettre m’a été renvoyée de Normandie et de là à Paris, à travers bien des détours et des lenteurs. Il y a quelques jours, j’ai reçu la seconde datée du 6 décembre, et je trouve qu’elle s’est un peu amusée en chemin. Ni vous ni moi, mon cher ami, ne sommes faits pour plaire à tout le monde ; aimons-nous donc et résignons-nous à tout le reste. Aimons-nous, fions-nous l’un à l’autre et espérons l’un dans l’autre. Que notre amitié soit une consolation pour nous et une leçon pour ceux qui n’entendant rien à la religion et à la philosophie, les voudraient voir en état de guerre quand elles devraient s’embrasser. Montrons qu’un théologien et un philosophe, dans ce siècle où les moindres sentiments enveniment toutes les âmes, peuvent s’aimer comme des frères. Il y a et il doit y avoir entre nous de graves différences, surtout politiques, à ce qu’il paraît. Mais qu’importe quand nous serions dans des camps opposés, si nos cœurs sont toujours ensemble ?
Adieu, aimez-moi et pensez à moi »
[Lettre de Victor Cousin à Félicité de Lamennais. Décembre 1825].

STENDHAL : « ATTAQUEZ LA PHILOSOPHIE DE COUSIN ».
Dans un post-scriptum d’une lettre adressée à Jean Alexandre Buchon [1791-1846]*, directeur de la Revue trimestrielle qui a commencé à paraître en janvier 1828, Stendhal écrit :
«Trouvez un philosophe qui écrive clairement et attaquez la philosophie de M. Cousin »
[Stendhal. Correspondance. Paris : Gallimard, collection La Pléiade. Trois volumes. Tome 2. Page 144].

LETTRE DE STENDHAL À SON AMI ADOLPHE MARESTE.
Dans une lettre de Stendhal, en date du mercredi 13 juillet 1825, à son ami Adolphe Mareste [1784-1867] qui réside alors à Honfleur :
« On parle beaucoup d’un duel à la Bourse. Cousin nous a dit que c’était pour demain. Quatre millions sont convertis ; on pense que l’opération est manquée ». [Stendhal. Correspondance. Paris : Gallimard, collection La Pléiade. 3 volumes. Page 63. tome 2].

LETTRE DE VITET À JOUFFROY.
Lettre de Ludovic Vitet [1802-1873] à Théodore Jouffroy [1796-1842].
« Au lieu de défendre la république attaquée, M. Cousin, comme bien vous pensez, fait chorus à demi-voix avec les assiégeants. Il n’accuse plus maintenant le pauvre Globe d’être assommant de généralités, mais d’être brutal à faire peur. C’est son mot d’ordre pour la semaine. Il est juste de dire pourtant qu’il fait bien moins de maladresses depuis quelque temps ; il a laissé là ses homélies prussiennes pour Descartes et Platon. Cependant la dernière fois que je l’ai vu, il me dit que ce jour-là était le plus beau de sa vie, et cela parce que l’abbé de Lamennais venait de lui écrire une lettre peine d’astuce et de beau style, où il lui demande son amitié et où il lui démontre en style ontologique que la foi et la raison, l’autorité et la liberté peuvent bien être choses contradictoires pour le vulgaire, mais que pour des esprits de leur portée, c’est tout un. La conclusion est qu’ils peuvent très bien manger au même râtelier. Le pis de tout cela, c’est que M. Cousin promène sa lettre par toute la ville et la lit à un chacun avec une figure aussi épanouie qu’un enfant rapportant de l’école un bon billet de son maître ».
[juillet-août 1825. La lettre est citée par Jean-Jacques Goblot, Le Globe 1824-1830, p. 315].

LETTRE DE DUCHÂTEL À VITET.
Lettre de Tanneguy Duchâtel [1803-1867], à Ludovic Vitet [1802-1873] : contre le ton de certains articles du Globe.
Le ton de certains articles du journal Le Globe déplaît à la fraction modérée représenté par Tanneguy Duchesse [1803-1867] et Ludovic Vitet [1802-1873]. En témoigne le texte de cette lettre :

« Il est essentiel que le journal sorte de cette voie où il est entré. Cousin est un charlatan fort ridicule quand il dit qu’il ne voudrait pas signer certains articles, mais interrogez-vous vous-même et voyez si vous voudriez avoir parlé d’une femme comme il a été parlé de Mlle Gay par Dubois, de Mlle Allart par Desclozeaux, de Mme de Genlis par Sainte-Beuve ». [mardi 30 août 1825] Publié dans Lettres de Mérimée à Ludovic Vitet. [Paris : Plon. In-12, 1934].

LETTRE DE VITET À JOUFFROY.
Lettre de Ludovic Vitet [1802-1873] à Théodore Jouffroy [1796-1842].
« Nous sommes allés ensemble au sanctuaire de la rue d’Enfer. Le grand-prêtre nous a très bien reçus, quoique avec un certain air guindé et affecté, une certain politesse mielleuse et toute verbale qui fatigue au bout d’un quart d’heure. Du reste c’est une sainteté et une odeur de catholicisme qui embaument : ce n’est plus le cabinet du platonicien, c’est une cellule et même un reposoir. Incessamment, il fera tailler ses fenêtres en ogives, et à la Toussaint prochaine il changera ses carreaux de vitre en vitraux de couleur ; il ne manquera qu’un buffet d’orgues pour compléter la sainte chapelle. En vérité vous ne pouvez vous figurer jusqu’où va, dirai-je sa folie ou sa cafardise : l’abbé Lamennais lui a écrit une seconde fois, et il a aussitôt envoyé une réponse qu’il nous a lue. Il sue sang et eau pour y mettre la raison au niveau de l’autorité du Jésuite ; du reste mille protestations de dévouement, il se met, dit-il, à genoux devant le catholicisme ; et quant à l’abbé il lui envoie mille tendresses : vous voyez qu’il a déjà fait bon chemin dans son cœur. Je vous épargne le récit de bien d’autres inconséquences qui vous feraient pitié : selon lui, son ami Bautain avance à grands pas, et cela parce qu’il vient de se faire bâtir sa petite chambre noire, tout exprès pour avoir des visions après déjeuner. Toutefois ce cher M. Bautain paraît y aller bon jeu, bon argent, car on le dit exténué, à force d’abstinence, et maigre comme un vieux moineau » [septembre 1825. La lettre est citée par Jean-Jacques Goblot, Le Globe 1824-1830, p. 315-316].
Victor Cousin habite à cette date au 14 de la rue d’Enfer. Il y est encore dans les premiers mois de 1833. Par la suite, il s’installera au 13 rue Madame [il y est en mai 1833], jusqu’en septembre 1835.

LUDOVIC VITET.
Louis, dit Ludovic Vitet [1802-1873]. Né le 18 octobre 1802, à Paris ; mort le 5 juin 1873, à Paris.
Études au collège Bourbon [Condorcet], où il est élève de Théodore Jouffroy [1796-1842]. Études de droit, jusqu’en 1825.
Un des auditeurs, avec Charles-Marie Tanneguy Duchâtel [1803-1867], Charles Augustin Sainte-Beuve, des cours privés [1823-1828] de Théodore Jouffroy. Journaliste très actif au Globe, Vitet y rédige la rubrique des beaux-arts et de nombreux articles sur le théâtre et la musique.
Est, avec François Guizot, à l’initiative, en août 1827, de la création de la société Aide-toi, le ciel t’aidera, dans le but de soutenir les libéraux dans les élections de 1827.
François Guizot créé à son intention, le samedi 23 octobre 1830, le poste d’Inspecteur général des monuments historiques de France [où il sera remplacé dans cette fonction par Prosper Mérimée, le mardi 27 mai 1834].
Maître des requêtes au Conseil d’État [1831], secrétaire général du ministère du Commerce [1834-1836], conseiller d’État, vice-président du Comité des finances [1836-1848]. Est élu académicien libre à l’Académie des Inscriptions et belles-lettres en 1839 [mercredi 13 février].
Est élu à l’Académie française [fauteuil 27], le 8 mai 1845, en remplacement du poète et auteur dramatique Alexandre Soumet [1786-1845], décédé le 30 mars 1845, avec le soutien avoué de Victor Cousin. Après sa mort est remplacé par Elme Marie Caro [1826-1887], élu le 29 janvier 1874.

À côté de sa carrière administrative mène une carrière politique. Il est député de la Seine-inférieure [arrondissement de Bolbec, dimanche 14 septembre 1834]. Et siège à l’Assemblée nationale législative de 1849 à 1851.
De conviction orléaniste, quitte le Conseil d’État à la chute de Louis-Philippe [1848]. Refuse de prendre part à la vie politique sous l’Empire.
Après la mort de Raoul-Rochette, le 6 juillet 1854, il convient de remplacer Raoul-Rochette [1789-1854] comme secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-arts. Victor Cousin soutient une candidature de Ludovic Vitet [1802-1873] ; mais c’est finalement le musicien Halévy [1799-1862] qui l’occupera.
À nouveau élu en 1871, devient vice-Président de l’Assemblée nationale. Il se rallie à la coalition monarchiste et conservatrice qui renverse Thiers le 24 mai 1873.

LETTRE DE V. COUSIN À BENJAMIN CONSTANT.
« Mon cher ami,
La précipitation de mon départ pour la Normandie m’a empêché de lire votre second volume et de répondre à votre billet d’envoi. Je ne veux pourtant pas trop différer de vous remercier ; et je vous écris à une poste de Broglie, où je vais passer quelques jours, pour vous exprimer de cœur le plaisir que m’a fait l’apparition du volume tant désiré, dont j’avais besoin pour saisir l’ensemble de vos vues sur l’histoire des religions. Termine-t-il l’ouvrage ? Ou, combien de volumes vous faut-il encore pour que le monument soit entier ? En tout cas, soyez assuré que personne ne prend plus part que moi à vos succès, et que vous n’avez pas eu un chevalier plus fidèle. J’ai rompu bien des lances pour vous, et je suis prêt à le faire encore contre tous ceux qui ne voudraient pas reconnaître que votre ouvrage, quand même on n’en approuverait pas le système et le plan, est un service mémorable rendu au pays et à la bonne philosophie. Deux de mes amis intimes, Guigniaut et Pictet, en ont rendu compte ; et vous avez vu avec quel sentiment profond d’estime ils se sont exprimés sur vous.
Assurément, quand même nous ne saurions d’accord sur rien, nous pourrions nous estimer et nous aimer encore. Mais je suis sûr que nos dissentiments sont plus apparents que réels. Par exemple, vous me dites que probablement je ne partage pas votre peu de goût et de respect pour les grandes corporations jésuitiques de l’Antiquité. Entendons-nous, mon cher ami : si on veut les transporter dans notre siècle, je suis prêt à les combattre et à vous servir de soldat. Mais dans l’histoire, c’est tout autre chose. Dans l’histoire, je ne combats rien, j’essaie de tout comprendre. Imaginez-vous, par hasard que, dans les grandes formes de l’humanité, il y ait quelque chose d’arbitraire ? Et si l’Orient, avec ses religions sacerdotales, pour parler votre langue, a de fait servi de base au développement ultérieur de l’humanité, il est impossible que vous ne voyez pas là une loi nécessaire, et par conséquent bienfaisante, et que vous tombiez dans l’illusion de croire que les choses auraient pu être autrement, ou même mieux ; Il me semble impossible que vous ayez eu l’idée de faire un manifeste contre la Congrégation à l’occasion du vieil Orient. Ce serait, j’en conviens, un grand et sûr moyen de succès auprès de la foule. Mais je vous en blâmerais sérieusement. Vous me connaissez ; vous m’avez toujours vu me mettre en avant dans les occasions périlleuses ; et j’ai été plus d’une fois heureux de souffrir pour la cause de la liberté ; mais en même temps vous m’avez toujours vu braver l’opinion, et combattre les thèses les plus populaires quand elles me paraissaient contraires à la vérité. Tel est mon caractère et mon inébranlable résolution. Pour accabler de mon mépris la Congrégation, je n’ai pas besoin de passer le Gange. Je vous avoue entre nous que, d’après la situation d’âme où je vous ai vu, la dernière fois, je tremble un peu, mais bien peu, que vous n’ayez subordonné les grandes et larges vues de l’histoire à l’intérêt politique du moment, et la gloire, au succès. Le succès ! Et auprès de qui ? il y en a de plus d’un genre. Pour moi, une fierté, que tous mes efforts n’ont pu dompter, m’empêche de songer à l’opinion de plus de six ou huit personnes en France. Mais puisque vous aimez tous les succès, et auprès des sages et auprès de la foule, ayez-les tous, mon cher ami ; dites-moi ce que je puis faire pour vous aider le moins du monde ; et n’oubliez pas que mes livres sont toujours à votre disposition ainsi que moi.
Mille amitiés » [Orbec, le vendredi 4 novembre 1825].

Cette lettre rédigée en Normandie fait réponse à deux lettres envoyées par Benjamin Constant [1767-1830] à Victor Cousin, en date du mardi 10 juin 1823 et du vendredi 30 juillet 1824.

HEINRICH GUSTAV HOTHO À V. COUSIN.
« [...] C’est avec les sentiments de la plus grande reconnaissance que j’ai reçu, par votre bonté, ce neuvième volume de Descartes ; car c’était, pour moi, la preuve que vous n’eussiez pas encore oublié votre jeune ami. Nous nous souvenons tous des jours de notre séjour à Paris ; et en retournant dans notre ville, tous nos compatriotes étaient nos ennemis, parce que nous avions espéré de retrouver, à Berlin, une grande ville pleine d’intérêt politique, pleine d’esprit, pleine de goût ; et nous retrouvions une ville de province, pleine seulement d’intérêt pour l’opéra et pour la philosophie [...] .
Quant à votre ami Hegel, il se porte beaucoup mieux que jamais ; il fait ses cours ; et au soir, il s’amuse en fréquentant et les théâtres et les concerts et les salons. Une petite anecdote vous montrera la différence de votre ministère et du nôtre. Dans son cours de histoire de la philosophie, notre ami parle de la philosophie du Moyen-âge et du catholicisme. Il dit que dans le culte catholique Dieu est représenté comme étant présent dans une chose, et qu’ainsi, quand par exemple, une souris mange cette chose, le Dieu est dans la souris et même dans les excréments. Offensés de ces mots, les disciples catholiques se plaignent d’une telle blasphèmie au ministère qui l’annonce à notre ami. Et celui-ci ne fait rien autre chose que de dire que, comme professeur protestant et comme professeur de philosophie, il a eu le droit de parler ainsi, en examinant quelle est la nature du catholicisme, et que les catholiques qui ne voulaient pas entendre de telles choses n’eussent pas besoin de fréquenter ses cours. Il vous écrira en peu de temps […] » [Berlin. Samedi 1er avril 1826].

HEINRICH GUSTAV HOTHO.
[1802-1873]. Historien d'art allemand. Né le 22 mai 1802, à Berlin ; mort le 24 décembre 1873, à Berlin.

Se destine d’abord au commerce, puis s’oriente vers le droit et la philosophie. Études de droit à Breslau [1820-1822], puis de philosophie à Berlin.
C’est à cette époque que, familier de Hegel dont il est l’élève, il rencontre Victor Cousin, entre février et avril 1825. On sait qu’au cours de son troisième voyage en Allemagne, Victor Cousin a été arrêté à Dresde, en octobre 1824. Puis libéré en février, il doit malgré tout rester encore à Berlin, pour quelques semaines. Victor Cousin profite de ce séjour forcé pour rencontrer un grand nombre de personnalités. Il semble qu’Hotho lui ait procuré des notes d’un cours de Hegel sur la philosophie de l’histoire [hiver 1822-1823], que Cousin utilisera, probablement, dans ses célèbres Leçons de 1828, manifeste politique libéral autant que cours de philosophie.

Doctorat ès-lettres sur Descartes [De Philosophia cartesiana. Berlin : Typis Ioannis Friderici Starckï, 1826]. Obtient son « habilitation » en esthétique et histoire de l’art avec un travail sur Héraclite.
Voyage d’études en Angleterre et en France, où il séjourne à Paris avec E. Gans, et rencontre V. Cousin [entre mai et décembre 1825]..

1835-1843. Éditeur de Hegel.
Élève de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, il édite quelques années après la mort de son professeur [novembre 1831], en 1835-1838, Georg Wilhelm Friedrich Hegel’s Werke [Berlin : Druncker und Humboldt, 1835-1838] et Georg Wilhelm Friedrich Hegel. Vorlesung über die Aesthetik [Cours d’Esthétique], édité en trois volumes à Berlin et à Leipzig, entre 1837 et 1842 ; puis à nouveau à Berlin [Druncker und Humboldt, 3 volumes, 1842-1843, formant le tome X des Œuvres de Hegel].

Le livre est composé par Gustav Hotho, à partir des notes prises aux leçons prononcées par Georg Wilhelm Friedrich Hegel dans les années 1820, 1823, 1826, 1830. C’est cette édition qui sera pour l’essentiel traduite en français et transposée dans les trois volumes publiés, entre 1840 et 1851 par Charles Bénard [1807-1898], sous le titre Esthétique : "Esthétique" de Georg Friedrich Wilhelm Hegel [1770-1831] - Tome premier - 1835 [posthume] Traduction française de Ch. Bénard, Docteur ès lettres, ancien professeur de philosophie dans les lycées de Paris et à l’École normale supérieure. [Paris : Joubert, 3 volumes in-8, 1840-1851] et rééditée en 1875 [Paris : Germer Baillière. Deux volumes. 1875].
Le livre « édité » par G. Hotho [Esthétique de Hegel] est traduit à nouveau en français, en 1995 [1er volume], 1996 [2ème volume], 1997 [3ème volume] par Jean-Pierre Lefèbvre et Veronika von Schenck [Paris : Aubier, collection Bibliothèque philosophique].

Professeur et Historien d’art.
En 1828, obtient la chaire d’histoire de la littérature générale à l’École militaire de Berlin. Est nommé professeur à l’Université de Berlin [1829]. Il y prononce des leçons sur Lessing, sur Ludwig Tieck, sur Goethe, sur Schiller, sur Schelling, sur Karl Solger. Puis, en 1832, devient l’assistant de Gustav Friedrich Waagen [1794-1868] au Musée de Berlin, nouvellement créé [1830]. En 1858 deviendra le directeur du Cabinet des estampes [Kupferstichkabinetts Berliner Museen].
Publie Vorstudien für Leben und Kunst [Études préparatoires sur la vie et sur l’art][Stuttgart : Cotta, 1835]. En 1842-1843, fait paraître Geschichte der deutschen und niederländischen Malerei [Histoire de la peinture en Allemagne et dans les Pays-Bas] [Berlin, 2 volumes], commentaire sur la peinture du moyen-âge tardif allemand et hollandais.

1855-1858. Spécialiste de Van Eyck.
Ouvrage repris en 1855-1858, en se concentrant sur Van Eyck : Die Malerschule Huberts Van Eyck, nebst deutschen Vorgängern und Zeitgenossen, öffentliche Vorlesung gehalten von H. G. Hotho.[L’École de Hubert van Eyck, ses prédécesseurs et ses contemporains] [Berlin : Veit und comp. 2 volumes in-8.1855-1858]. L’ouvrage comprend deux volumes : I. Geschichte der deutschen Malerei bis 1450 ; II. Die flandrische Malerei des XVten Jahrhunderts.

Il publie également le texte des Albums de van Eyck [1861], et d’Albert Dürer [1863], ainsi qu’un ouvrage sur les Chefs d’œuvre de la peinture [die Masterwerke der Malerei. Berlin, 1865].

1824-1825. En relation avec Victor Cousin.
A conservé un très bon souvenir de ses relations avec Victor Cousin, non seulement en février-avril 1825, mais ultérieurement. En effet Gustav Hotho et Eduard Gans [1798-1839] ont fait ensemble un voyage à Paris, en mai-décembre 1825, où ils ont été très bien traités par Victor Cousin.

CRITIQUE, ARTICLES ET OUVRAGES CONCERNANT V. COUSIN EN 1825.

DELÉCLUZE JUGE SÉVÈREMENT V. COUSIN.
Étienne Jean Delécluze [1781-1863]* note, dans son Journal, une rencontre qu’il fait de Victor Cousin. C’est dans la soirée du mercredi 1er juin 1825. Delécluze s’est rendu chez son ami Philippe Albert Stapfer [1776-1840] :

« Il n’y a eu de remarquable dans la soirée que l’arrivée du philosophe Cousin sortant des prisons de Berlin.
Rien n’est plus ridicule que cette affaire, si ce n’est l’importance affectée que se donne celui qui en est le héros. Cousin, dès les premières fois que je l’ai vu, il y a cinq ou six ans, m’a toujours paru le comédien le plus désagréablement grimacier que j’ai jamais rencontré. Il a pris, en professant sa prétendue philosophie, l’habitude d’avoir un auditoire écoutant, avec une avidité crédule, ses moindres paroles. Il ne peut renoncer, même dans le monde, à l’exercice de cette influence, et il est si visible que sa vanité est blessée quand on se permet d’élever la voix dans un salon où il parle que je ne manque jamais de lui donner ce petit chagrin quand je puis le saisir. Ce ton doctoral, sentencieux, dogmatique même, qu’il n’abandonne jamais, est du dernier ridicule dans la bouche d’un homme léger comme l’air et changeant comme le vent qui l’agite ». [cité par Martineau, dans son édition des Souvenirs d’égotisme de Stendhal, Le Divan, 1951, page 216].

Dans le Journal de Delécluze, édité par Robert Baschet, le texte continue ainsi :
« Au surplus, depuis son retour de Berlin d’où il revient en se donnant comme un martyr de la liberté, il ne trompe plus personne et ceux mêmes qui auraient été le plus disposés à défendre l’abandonnent. Ce soir, il n’a eu aucun succès en parlant. Vainement a-t-il cherché à captiver l’auditoire par la singularité de ses discours et la bizarre inconvenance de ses gestes : a fatto fiasco, comme disent les Italiens.
Il m’a adressé quelques mots sur mon voyage en Italie, en se tortillant comme un pantin. Peu d’instants après, s’approchant de Mérimée avec tous les dehors d’une affectation cérémonieuse et ironique, il a fait des éloges outrés des pièces de théâtre de Clara Gazul, au point que l’auteur (Mérimée) a cru qu’on voulait lui faire une mystification.
Si Cousin n’a pas en dedans de lui la force et la faculté de redevenir naturel, d’ici à six mois, ce sera un des hommes les plus ridicules de Paris » [Journal de Delécluze 1824-1828. Avec une Introduction et des notes par Robert Baschet. Ed. Bernard Grasset. In-8, 512 p., 1948].

Ancien élève du peintre David, sur lequel il écrira un ouvrage, Étienne Jean Delécluze [1781-1863]* est critique d’art au Journal des Débats à partir de 1822. Des personnalités, comme Jean Jacques Ampère, Paul Louis Courier, Stendhal, Prosper Mérimée, Charles de Rémusat, Ludovic Vitet se réunissent régulièrement chez lui, dans son « grenier », situé au coin de la rue Neuve des Petits Champs et de la rue Chabannais.
On a l’habitude de distinguer un premier groupe de familiers, composé de Jean Jacques Ampère [1800-1864], qui vient de faire un premier voyage en Italie ; Edouard Monod, enthousiaste de Byron ; le diplomate suisse Albert Stapfer [1776-1840], premier traducteur de Faust.
À ce premier groupe s’agrège un second groupe composé de Stendhal [1783-1842], qui a publié chez F. Didot l’aîné, sous les initiales M. B. A. A. les deux volumes de son Histoire de la peinture en Italie [1817], et vient de faire paraître en 1822 De l’Amour ; et de son ami le baron Adolphe de Mareste [1784-1867] ; l’écrivain et helléniste Paul-Louis Courier [1773-1825] ; Emmanuel Louis Nicolas Viollet le Duc, père de l’architecte ; de Paul François Dubois [1793-1874], directeur du journal Le Globe ; de quelques rédacteurs du journal comme l’homme politique Prosper Duvergier de Hauranne [1798-1881] ; Ludovic Vitet [1802-1873], futur Inspecteur général des monuments historiques de France ; Charles de Rémusat [1797-1875] futur ministre de l’Intérieur dans le second ministère Thiers [mars-octobre 1840] ; ainsi que de Prosper Mérimée [1803-1870].

JULES MICHELET À VICTOR COUSIN. [Février 1825].
« Je ne vous dirai pas, Monsieur, combien j’ai été douloureusement affecté de l’injustice dont vous venez d’être victime. M. Viguier jeune, dont j’ai mis la patience à l’épreuve, m’assurait qu’aucune lettre ne vous parviendrait, et je craignais que les expressions les plus modérées ne vous compromissent encore. Enfin vous nous revenez, et nous ne pouvons plus nous affliger ; un malheur qu’on a su honorer ainsi n’est plus un malheur, tous ceux qui ont l’honneur de vous connaître doivent être heureux et fiers.
Votre éloignement qui était affligeant pour tous les amis de la philosophie et de la liberté, a été pour moi, j’ose le dire, une calamité personnelle. Depuis huit mois j’ai été absolument seul. Jeté dans une route nouvelle pour moi et étrangère à ceux avec lesquels je suis lié, j’ai été continuellement tourmenté de ne pouvoir communiquer mes pensées, et quelquefois arrêté par des obstacles qu’un mot eût suffi pour aplanir. J’ai tâché du moins de mettre le temps à profit, en suivant la direction que vous m’avez donnée […] ».

Docteur ès-lettres [1819], agrégé des lettres [septembre 1821], Jules Michelet [1798-1874] est en 1825, et depuis 1821, professeur d'histoire au collège Sainte-Barbe.
1825, c'est l'année où il publie un premier manuel d'histoire : Tableau chronologique de l'histoire moderne, par M. Michelet, professeur d'histoire au collège Sainte-Barbe [Paris : chez Louis Colas, libraire, rue Dauphine, n°32 ; Dondey-Dupré Père et Fils, rue St.-Louis, n°46, au Marais. In-8, 168 p., 1825].
Deux ans plus tard, Michelet est chargé d'enseigner la philosophie et l'histoire à l'École normale.

LE DRAPEAU BLANC, JOURNAL ULTRA-CONSERVATEUR EN FAVEUR DE COUSIN.
Le journal ultra-conservateur Le Drapeau blanc publie un article très favorable à Victor Cousin.
Le texte de l’article est repris dans le Moniteur du samedi 21 mai 1825.
« Les journaux ont annoncé l’arrivée à Paris de M. Cousin, arrêté et détenu pendant quelque temps en Prusse. La justification de ce jeune savant a été complète ; et un article semi-officiel a été inséré à cet égard dans un des journaux les plus répandus de l’Allemagne. M. Cousin a montré tant de dignité que de mesure dans l’ensemble de sa conduite, et prouvé par là qu’il ne professait en rien les doctrines des révolutionnaires. Bien loin d’exploiter ce qui vient de lui arriver au profit d’un parti, il a soigneusement écarté tout ce qui pouvait donner à enflammer les passions ; et sa conduite passée et présente est un garant de la sagesse de sa conduite future ». [Cité par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire. M. Victor Cousin, sa vie et sa correspondance. Paris : Hachette. Trois volumes, in-8, 1895].

Le Drapeau blanc, dont la devise est « Vive le roi !... quand même », est un journal ultra-conservateur, particulièrement virulent, fondé par le publiciste et écrivain de théâtre Alphonse de Martainville [1776-1830] et quelques hommes de lettres en juin 1819. Il paraît tout d’abord comme périodique in-octavo à publication irrégulière, pour échapper à la censure ; puis, après les lois de 1819 sur la presse, comme journal quotidien in-folio paraissant jusqu’en février 1827.
Henri de Bonald ; Achille de Jouffroy ; Charles Nodier ; Félicité de Lamennais ; le marquis de Rochefort sont des collaborateurs du journal.

STENDHAL : COUSIN PARLE TROP BIEN.
« Si M. Cousin faisait encore son cours, l'éloquence entraînante de ce professeur et son influence sans bornes sur la jeunesse parviendraient peut-être à convertir les élèves des grandes écoles. Ces jeunes gens mettraient leur vanité à réciter, en perroquets, d'autres phrases que celles de Laharpe ; mais M. Cousin parle trop bien pour que jamais on le laisse reparler » [Stendhal. Racine et Shakespeare, deuxième partie, 1825].

Henri Beyle, dit Stendhal [1783-1842] a été de 1810 à 1811, auditeur au Conseil d’État. Puis participe à la campagne de Russie. Après 1815, se consacre à la littérature.
Il publie en 1817 Rome, Naples et Florence ; une Histoire de la peinture en Italie [écrite entre 1810 et 1811] ; en 1822 De l’Amour [écrit en 1820].
Il témoigne de la vie intellectuelle de son temps dans deux articles qui paraissent dans la presse anglaise. Un article écrit le samedi 18 décembre 1824, qui paraît dans le London Magazine en janvier 1825 ; puis un article qui paraît dans le New Monthly Magazine, en juillet 1828.
Ce passage de Racine et Shakespeare se rapporte à la période où, sous le ministère Villèle, Victor Cousin est écarté de son enseignement à l’Université, de décembre 1820 à mars-avril 1828.

AVERTISSEMENT DE LAMARTINE À LA MORT DE SOCRATE.
Avertissement rédigé par Alphonse de Lamartine [1790-1869], en tête de la Mort de Socrate.
« Nous nous servirons de nos notes, toutes tirées de Platon, de l’admirable traduction de Platon par M. Cousin. Ce jeune philosophe, digne d’expliquer un pareil maître, pour faire rougir notre siècle de ses honteux et dégradants sophismes, après l’avoir rappelé lui-même aux plus nobles théories du spiritualisme, a eu l’heureuse pensée de lui révéler la sagesse antique dans toute sa grâce et sa beauté […]. Espérons qu’en achevant son bel ouvrage, il la [la philosophie] dégagera aussi des nuages dont Kant et quelques-uns de ses disciples l’ont enveloppée, et nous la fera paraître enfin toute resplendissante de la pure lumière du christianisme ».

Tandis qu’en 1822, Victor Cousin, dans la cadre de l’édition et de la traduction en français des Œuvres complètes de Platon, vient de faire paraître son Phédon, Alphonse de Lamartine avait commencé la rédaction de son poème sur la Mort de Socrate en février 1823. Il paraît fin septembre 1823, chez Ladvocat : La Mort de Socrate, poème, par A. de Lamartine [Paris : chez Ladvocat, libraire. In-8, 64 p., 1823]. Avec en exergue sur la page de titre : La Vérité c’est Dieu. Précédé d’un Avis du Libraire-éditeur d’une page, daté du 10 septembre 1823 ; et d’un Avertissement de six pages de Lamartine.
Connaît une deuxième édition une semaine après la première édition.
Le texte du poème proprement dit comporte trente-deux pages. Les pages suivantes sont utilisées pour le texte de douze notes appelées dans le texte du poème. Les notes fournissent le texte même de la traduction du Phédon de Platon par Victor Cousin.

GUIGNIAUT DÉDIE À COUSIN LES RELIGIONS DE L'ANTIQUITÉ.
Dédicace à Victor Cousin, des Religions de l’Antiquité, traduit par J. D. Guigniaut.
Joseph Daniel* Guigniaut [1794-1876] fait paraître, en 1825, le premier volume des «Religions de l’Antiquité, considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques. Ouvrage traduit de l’allemand du Dr. Frédéric Creuzer, refondu en partie, complété et développé par J. D. Guigniaut. Ancien professeur d’histoire et maître de conférences à l’École normale. Membre de la Société asiatique de Paris. Tome premier, première partie. Discours préliminaire et Introduction. Religions de l’Inde, de la Perse et de l’Égypte. [Paris : Treuttel et Würtz, libraires. Rue de Bourbon, n°17. À Strasbourg et à Londres, même maison de commerce. In-8, 1825].

Il dédie son ouvrage à Victor Cousin :
« À mon ami / et ancien collègue / Victor Cousin / Nul n’avait plus de droits à l’hommage / de cette importation de l’érudition allemande en France, / que celui qui, le premier, développa avec tant d’éclat, / dans une chaire française, / veuve de son talent, / les doctrines philosophiques / avec lesquelles l’érudition allemande / a fait une immortelle alliance/ ».

STENDHAL REND COMPTE DE L'ÉDITION DE DESCARTES PAR COUSIN.
« Œuvres de Descartes, publiées par M. V. Cousin, 9 volumes in-8.
Descartes s’est montré homme de génie au moins dans un de ses ouvrages : le Discours de la Méthode. Mais, malheureusement, il a abandonné dans ses autres écrits la méthode même qu’il avait indiquée pour atteindre la vérité et il s’est égaré dans les spéculations les plus déréglées et les théories les plus insoutenables. Cependant, même au milieu de ces conjectures arides et inutiles, on trouve des passages qui peuvent être étudiés comme autant de modèles du style français. Descartes fut le maître de Pascal, un des premiers écrivains de notre langue. La publication de la présente édition représente un nouvel effort de M. Cousin pour acclimater en France la philosophie (si l’on peut l’appeler ainsi) vague, extravagante mais poétique des Platon et des Allemands. Et, chose curieuse, ce projet est plutôt favorisé que combattu par les jésuites ; non point par amour de la philosophie, mais persuadés qu’ils sont qu’un système de ce genre est nécessaire pour calmer la soif de spéculation qu’éprouve actuellement la jeunesse française ; ils préfèrent voir celle-ci occupée des divagations de Platon, de Descartes et des Allemands, plutôt que des œuvres plus philosophiques de Condillac, Cabanis et Destutt de Tracy. Un de leurs partisans vient de publier un essai de réfutation de l’ouvrage célèbre de Cabanis : Rapports du physique et du moral de l’Homme ».
[Stendhal. Publications étrangères. Page 171].


Le 19/08/2018