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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1824
  
En 1824, V. Cousin [1792-1867] a trente et un ans [il aura trente-deux ans le 28 novembre 1824].
Il poursuit l’édition de Platon, commencée en 1822, et qui va se poursuivre [treize volumes] jusqu’en 1840. Il commence l’édition de Descartes [onze volumes] qui va se poursuivre jusqu’en 1826.
Le troisième voyage qu’il entreprend en Allemagne, en octobre 1824, va mal tourner : soupçonné de menées carbonaristes, il sera arrêté à Dresde, puis incarcéré à Berlin, jusqu’en février 1825. Relâché, il doit cependant rester à Berlin encore , et ne pourra revenir en France qu’à la mi-avril. Les journaux le signalent à Paris le 12 mai 1825.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L’École normale .
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1820-1825. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].

1822. Précepteur chez les Lannes.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.


1824
Éléments biographiques.
Création du journal littéraire Le Globe.
Paul-François Dubois [1793-1874], en août 1824, informe V. Cousin de son projet de fondation, avec l’imprimeur Alexandre Lachevardière, du journal Le Globe. V. Cousin approuve et promet son appui [Goblot, 162].

Le Globe.
Le premier numéro de « Le Globe, Journal littéraire » paraît le mercredi 15 septembre 1824. Le journal, au 26 de la rue des Petits-Augustins, paraît tous les deux jours, sur 4 pages, format in-4. L’imprimeur est Alexandre Lachevardière [Lachevardière fils] qui, à la demande de Pierre Leroux, initiateur du projet, a accepté d’engager des capitaux dans cette entreprise.
Paul François Dubois [1793-1874], ancien élève de l’École normale [1812], professeur dans des établissements de province [ Guérande, Falaise, Limoges, Besançon], puis professeur suppléant de rhétorique au collège Charlemagne, est exclu de l’université par la réaction cléricale de 1821. Journaliste au quotidien Le Censeur européen [1819-1820], à la revue mensuelle Les Tablettes universelles[1820-1824], ainsi qu’au Courrier français, Paul François Dubois s’associe [juillet 1824] avec Pierre Leroux [1797-1871], qui travaille à cette époque chez Lachevardière [Pierre Leroux a été le condisciple de Dubois au lycée de Rennes], pour fonder le Journal, dont il sera de fait le rédacteur en chef [Pierre Leroux étant plutôt le gérant], journal qui fonctionnera jusqu’à fin octobre 1830 ; avant de devenir, après cette date, sous la direction de Michel Chevalier, le journal de la doctrine de Saint-Simon.
Dans l’histoire du journal ont lieu plusieurs modifications, notamment en ce qui concerne l’adresse, l’imprimeur, le montant de l’abonnement [de l’ordre de soixante francs par an, pour un tirage de mille à mille cinq cents exemplaires], ainsi que :
La périodicité. À partir du 30 octobre 1824, paraît le mardi, le jeudi, le samedi [le samedi le numéro comporte huit pages] ; à partir du 28 janvier 1828, paraît le mercredi et le samedi, sur huit pages ; à partir du 23 janvier 1830, paraît quotidiennement.
Le libellé du sous-titre. À partir du 15 août 1826, devient « Journal philosophique et littéraire » ; à partir du 5 avril 1827, Recueil philosophique et littéraire ; à partir du 16 août 1828, recueil philosophique, politique et littéraire.

De grandes signatures apportent leur contribution, parmi lesquelles : Jean Jacques Ampère ; Armand Carrel ; François Guizot [pour qui Paul François Dubois a travaillé] ; Eugène Lerminier ; Sainte-Beuve ; Stendhal ; Adolphe Thiers ; François Villemain ; Ludovic Vitet.
Parmi les rédacteurs du Globe, un certain nombre sont très proches de V. Cousin : Jules Barthélemy Saint-Hilaire [1805-1862], qui jouera après 1827 un rôle de secrétaire de rédaction ; Jean-Philibert Damiron [1794-1862], qui y publie la série de dix-sept articles De l’histoire de la philosophie en France au dix-neuvième siècle ; Georges Farcy [qui sera tué lors de l’attaque des Tuileries le 29 juillet 1830] ; Joseph Guigniaut [1794-1876], ancien maître de conférences à l’École normale, et qui deviendra le premier directeur de l’École normale, après son rétablissement de 1830 ; le jeune philosophe Théodore Jouffroy [1796-1842] qui y écrit une cinquantaine d’articles, dont le fameux article « Comment les dogmes finissent » [24 mai 1825] ; l’avocat Charles Paravey [1801-1877] ; l’avocat et journaliste Charles de Rémusat [1797-1875].
Aussi des articles nombreux se rapportent-ils à V. Cousin : quelques articles de V. Cousin lui-même [récit des visites faites à Goethe, à Weimar, en octobre 1817 et en avril 1825 ; Kant dans les dernières années de sa vie, article paraissant en feuilletonen février-mars 1830] ; articles le soutenant lors de son incarcération à Dresde et à Berlin [fin 1824-début 1825] ; compte-rendus d’ouvrages [sur Platon, sur Descartes ; Fragments philosophiques].

Arrestation en Allemagne, à Dresde.
À l'automne 1824, V. Cousin fait un troisième voyage en Allemagne [premier voyage en 1817, deuxième voyage en 1818]. Il est arrêté à Dresde, en Saxe, comme personnage dangereux, selon l’expression de la police française, le 14 ou 15 octobre 1824. On le suspecte en effet d’entretenir des relations avec les chefs de la Burschenschaft, association patriotique et libérale d’étudiants allemands. Peut-être même l’arrestation a-t-elle eu lieu à l’initiative de M. Franchet, directeur de la police sous le ministère Villèle.
Il est transféré à Berlin, où il est incarcéré, près de cinq mois, jusqu’au début février 1825, et prié de rester à Berlin jusqu’à la fin de l’instruction [20 avril 1825]. Il met à profit ce séjour forcé pour rencontrer des familiers de Hegel : Eduard Gans [1798-1839], [Heinrich] Gustav Hotho [1802-1873], Leopold Dorotheus von Henning [17901-1856], Karl Ludwig Michelet [1801-1893]. Il rencontre également Stägemann, Reimer, F. E. D. Schliermacher [1768-1834]. C'est également à Berlin que V. Cousin rencontre le baron de Lamothe-Fouqué, qui lui adressera, en avril 1824 et en juillet 1825, des billets rimés où il se plaint de son silence.

Le témoignage de Hegel.
On dispose du brouillon d’une longue lettre de Hegel, alors professeur à Berlin depuis 1818, au Ministère prussien de l’Intérieur, en date du 4 novembre 1824, pour témoigner en faveur de V. Cousin qui a été arrêté à Dresde et transferé en prison à Berlin. Dans cette lettre Hegel fait référence aux deux précédents voyages de Cousin, au cours desquels, il a fait « la connaissance de plusieurs professeurs de philosophie allemands, et m’a en particulier rendu visite à Heidelberg. » « J’ai vu en lui, dit Hegel, un homme qui s’intéressait très vivement aux sciences, et en particulier à la discipline à laquelle il s’est consacré, et qui s’efforcait notamment de connaître avec le plus d’exactitude possible la façon dont la philosophie est pratiquée en Allemagne. » [Hegel, Correspondance 3, p. 70]. Il fait référence aux travaux de V. Cousin : la publication des oeuvres de Descartes, de Platon, de Proclus.
V. Cousin remerciera publiquement Hegel, dans la dédicace du tome 3 des Œuvres de Platon, contenant le Gorgias, dédicacé en date du 15 juillet 1826.

Le témoignage de Rosenkranz.
De même Friedrich Rosenkranz [1805-1879], dans sa biographie de Hegel, témoigne : « À peine Hegel eût-il connaissance de cet évènement, qu’aussitôt, le 4 novembre, il adressa au ministre de l’Intérieur et de la police un écrit étendu dans lequel il s’employait chaudement à la délivrance du philosophe français. Par l’intervention de la médiation de l’ambassade française, et, sur sa parole d’honneur, Cousin fut mis en liberté. » [cité par Janet, p.183].

La construction de la légende : lire Platon en prison.
« Après avoir vivement protesté et contre cette arrestation arbitraire et contre cette procédure mystérieuse, il montra la plus sereine dignité. L'esprit libre et l'âme ferme, il travailla, durant les heures de sa captivité, à traduire le Banquet de Platon, et, afin d'acquérir plus de familiarité avec la langue allemande, il fit passer dans la sienne quelques unes des poésies de Goethe. » [Mignet].

Édition en cours [de 1824 à 1826] :
Oeuvres de Descartes, publiées par M. Victor Cousin et précédées de l’éloge de René Descartes par Thomas. Paris : imprimerie de La Chevardière fils, librairie de Levrault, en 11 volumes.
L'édition des Oeuvres de Descartes commencée en 1824 se poursuit jusqu'en 1826.
1. Discours de la méthode. Méditations métaphysiques. Objections et réponses. [1824, 504 p.], 2. Suite des objections contre les Méditations avec les réponses. [1824, 546 p.], 3. Les Principes de la philosophie. [1824, 527 p.], 4. Des Passions de l’âme. Le Monde, ou traité de la lumière. L'Homme. De la Formation du foetus. [1824, 532 p.], 5. La Dioptrique. Les Météores. La Géométrie. Traité de mécanique. Abrégé de la musique. [1824, 544 p.], 6. Correspondance. [1824, IV-538 p.], 7. Correspondance [1824, 457 p.], 8. Correspondance [1824, 534 p.], 9. Correspondance [1825, 574 p.], 10. Correspondance [1825, 560 p.], 11. Lettre à Gisbert Voët. Règles pour la direction de l'esprit. Recherche de la vérité par les lumières naturelles. Premières pensées sur la génération des animaux. Extraits des manuscrits. [1826, VIII-461 p.].
L'édition est dédié « À M. Royer-Collard, Professeur de l'histoire de la philosophie moderne à la faculté des lettres de l'Académie de Paris, qui le premier dans une chaire française combattit la philosophie des sens, et réhabilita Descartes, témoignage de ma vive reconnaissance pour ses leçons, ses conseils et son amitié. ».
Les onze volumes sont réédités en 1995, document électronique BNF.

Édition en cours :
Oeuvres complètes de Platon, traduites de grec en français, accompagnées de notes et précédées d'une introduction sur la philosophie de Platon, Paris : Bossange frères, in-8
Le tome 2. [Paris : Bossange frères, 1824] contient les traductions de Théétète, Philèbe.
L'édition des Oeuvres complètes de Platon, en treize volumes, commencée en 1822 se poursuit jusqu'en 1840.

Mention, recension, fragments et compte-rendu d'ouvrages de V. Cousin.
Journal le Globe.
Article de T. Jouffroy faisant le compte-rendu du troisième volume des Oeuvres de Platon, Journal Le Globe, tome 1, n° 35, 27 novembre 1824.

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Lettre de Mgr Frayssinous à V. Cousin.
« Monsieur,
J’ai reçu, avec la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 12 mars courant, le prospectus et le premier volume de votre édition des œuvres complètes de Descartes. Je vous remercie de cet envoi, et je ne puis qu’approuver l’emploi que vous faites de vos loisirs ; et j’applaudis à une entreprise dont le but est de rendre moins rare la connaissance des ouvrages de l’un des philosophes qui font le plus d’honneur à la raison humaine.
Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
Le pair de France, Grand-maître de l’Université,. Évêque d’Hermopolis.
Je vais souscrire pour l ‘édition. » [Université de France, 27 mars 1824]
L’édition des Œuvres complètes de Descartes par V. Cousin, en onze volumes, se fait de 1824 à 1826

Mgr. Frayssinous
Mgr. Denis, comte Frayssinous [1788-1832] ; premier aûmonier du roi [1821], inspecteur général de l’Instruction publique, devient en 1822 coup sur coup évêque d'Hermopolis [19 avril 1822], Grand maître de l’Université [1er juin 1822], pair de France, et élu le 18 novembre 1822, à l’Académie française.
À partir du 2 août 1824 devient ministre des Affaires écclésiastiques et de l’instruction publique, et conserve son portefeuille jusqu’à la chute de Villèle [décembre 1827]. C’est sous son ministère que sera créé le concours d’agrégation pour la philosophie [1825].

Lettre d’Albert Stapfer à J. J. Ampère.
“ Je ferai votre commission au professeur Cousin. Il ne se porte pas mal de corps, et quant à son moral, a priori, il doit être parfaitement sain. En est-il tout à fait de même a posteriori, c’est ce dont vous allez juger vous-même. Ecoutez l’anecdote suivante. Quelques notabilités littéraires s’étant réunies en société des sciences morales et politiques, il vint à l’idée de certaines d’entre elles de fonder un journal, chose aisée ; mais le difficile était de s’en emparer n’ayant point la majorité. Sans les nommer, Guizot, Barante et Rémusat, voyant qu’à eux seuls l’entreprise n’était pas tentable, proposent à Cousin de s’adjoindre à eux comme copropriétaire et corédacteur. Il accepte, et à la première réunion de tous les membres de la société, Guizot glisse l’affaire à mots couverts, croyant l’emporter par surprise. Mais Thiers était là qui ne se laisse pas jeter de poudre aux yeux ; il fait sentir l’inconvenance de la proposition, et, après une discussion orageuse, suivie d’une autre plus orageuse encore, le journal va aux diables … Cousin ne dit mot les deux fois, et en sortant, le jour où tout est rompu, il prend la main de Thiers, se récriant sur la fausseté de ces doctrinaires dans laquelle il avait trempé, et sur le plaisir qu’il éprouvait à être délivré d’une tyrannie qu’il eût partagée de bonne grâce. Qu’en pensez-vous ? Je crois bien qu’il a été plutôt leur dupe que leur complice, mais cela n’empêche pas que toute cette conduite ne soit un peu louche ; elle lui a fait du tort. Il se nuit aussi en chantant les grandeurs et affectant les belles manières. Cela offense les gens que l’on quitte et donne à rire à ceux qu’on recherche et qu’on courtise. Peut-être m’abusé-je, mais il me semble que depuis quelque temps il a perdu beaucoup de son auréole. Soit que vous parliez de lui à un philosophe ou à un cuistre, soit que vous en causiez avec un homme du monde, vous l’entendrez toujours traiter sans conséquence, comme un singe amusant. En perdant sa chaire, il a tout perdu ; c’était là son théâtre, les salons lui conviennent moins.
Son Platon va pianissimo, mais en justifiant le proverbe ; moi aussi j’imprime dans ce moment, ce qui est fort ennuyeux.”[Paris, le 22 mai 1824].
Albert Stapfer [1766-1840], écrivain, théologien et homme politique suisse
À propos de la création du journal Le Globe, dans une lettre à Théodore Jouffroy [4 août 1824] Paul François Dubois écrit notamment : « Cousin, à qui l'imprimeur qui fait les fonds de notre entreprise a parlé ce matin, est enchanté et promet secours ; je suis aujourd'hui la septième merveille du monde, j'entends même la philosophie. Je ris de ce suffrage qui demain ferait place à un autre jugement. ».

Lettre d’Auguste Sautelet à Jean-Jacques Ampère, sur V. Cousin emprisonné à Berlin.
« […] À propos de jeunes gens qui courent le monde, tu sais que notre professeur de philosophie , Cousin, est maintenant à Berlin, jouissant d’une assez grande liberté en prison ; l’ambassadeur l’a réclamé vivement. M. Royer-Collard a vu M. de Damas, qui trouve l’honneur du roi de France offensé dans la personne de son loyal sujet et s’y intéresse personnellement beucoup. Je parle de sa mésaventure assez lestement, parce qu’il n’y a rééllement aucun danger et qu’elle n’a effrayé personne. Je n’en suis pas moins fort impatient d’entendre sa narration. Je souhaite pour lui que cet accident lui rende un peu du sérieux qui lui va si bien. C’est maintenant un vrai maître , n’ayant plus ceux qu’il appelait ses élèves ; sa raison a tout à fait brisé ses formes, rétabli ses dimensions, et il fait un cours de morale à l’usage des belles dames qu’il fréquente. Toutes les menées démagogiques qu’on peut lui imputer doivent se borner à des lettres écrites aux professeurs prussiens poursuivis. […] » [Paris, 3 novembre 1824].
[Philibert] Auguste Sautelet [1800-1830], avocat, puis libraire-éditeur, ancien «carbonaro» proche des milieux saint-simoniens et de Philippe Buchez, est l’éditeur des Fragments philosophiques [1826] et des Nouveaux fragments philosophiques [1828] de V. Cousin.


Lettre de Sophie Duvaucel à Stendhal [vendredi, 10 octobre 1834]
« Je ne vous parle de ce service rendu par Celui [Cuvier] qui en a rendu tant d’autres que pour vous raconter une petite anecdote caractéristique du temps. Deux ans avant sa mort, M. Cuvier avait obtenu de l’Université un fonds de 3.000 francs pour commencer une collection d’histoire naturelle destinée aux études de cette jeunesse consacrée à l’enseignement. Il faisait préparer une salle pour recevoir le futur muséum de l’Ecole normale et se réjouissait de penser que les professeurs auraient là sous la main ce qui pouvait faciliter l’instruction de leurs élèves. Enfin, tout marchait à souhait lorsque la mort vint arrêter le noble et bon génie au milieu de ses grands travaux et de ses utiles projets. M. Cousin fut chargé des intérêts de l’Ecole normale et savez-vous ce que fit le philosophe ? Il commença tout bonnement par empocher à titre de préciput ces malheureux trois mille francs destinés à la collection et obtenus avec tant de peine ! M. Guizot a trouvé cela tout simple et personne n’a réclamé contre cette infamie, d’où je conclus que la liberté de la presse est prodigieusement utile chez nous. Remarque que j’ai du reste occasion de faire chaque jour depuis le règne des Doctrinaires et qui augmente de plus en plus mon amour pour le juste milieu ! » [Correspondance. Gallimard. Bibliothèque de la Pléïade, tome II 1821-1834. 1967].

Lettre de Santa Rosa à V. Cousin
« Tu n'as pas répondu à la lettre dont je t'ai parlé. Dieu me préserve de penser que tu aies voulu me punir de mon silence en l'imitant ! Écris-moi maintenant, je t'en conjure ; fais moi parvenir tes lettres à Napolie de Romani, siège du gouvernement grec dans le Pénoloponèse. Cherches-en les moyens sans perdre de temps.
J'emporte ton Platon. Je t'écrirai ma première lettre d'Athènes. Donne-moi tes ordres pour la patrie de tes maîtres et des miens.
Tu me parleras de ta santé et avec détail ; tu me diras que tu m'aimes toujours, que tu reconnais ton ami dans le sentiment qui lui a commandé ce voyage. Adieu ! Adieu ! personne sous le ciel ne t'aime plus que moi. » [Londres, 31 octobre. Publié dans Le Globe, n° 189, samedi 26 novembre 1835].

1824. Brouillon de la lettre de Georg Wilhelm Friedrich Hegel au Ministre de l’Intérieur.
« A Son Excellence/ Monsieur le Baron von Schuckmann/ Ministre royal de l’Intérieur/ et de la Police.
Je prends la liberté de présenter à Votre Excellence cette humble requête, dont je ne puis juger moi-même dans quelle mesure elle est recevable, mais dont je me permets d’exposer très respectueusement à votre Excellence les circonstances qui m’ont amené à la formuler.
En 1817 et 1818, M. le professeur Cousin, de Paris, dont j’apprends la récente arrestation et le transfert dans cette ville, a fait au cours de ses deux voyages en Allemagne la connaissance de plusieurs professeurs de philosophie allemands, et m’a en particulier rendu visite à Heidelberg.
Grâce aux rapports que j’ai entretenus avec lui durant son séjour de plusieurs semaines dans l’été 1817, j’ai reconnu en lui (et je n’ai alors vu que cet aspect de sa personne) un homme qui s’intéressait très vivement aux sciences, et en particulier à la discipline à laquelle il s’est consacré, et qui s’efforçait notamment de connaître avec le plus d’exactitude possible la façon dont la philosophie est pratiquée en Allemagne. Un tel désir - particulièrement digne d’estime à mes yeux de la part d’un Français - le zèle et le sérieux avec lesquels il a pénétré notre forme abstruse de pratiquer la philosophie, et que j’ai pu aussi reconnaître en feuilletant les cahiers qu’il m’a alors communiqués et qui étaient à la base de ses cours à l’Université de Paris ; de plus, son caractère qui me paraissait droit et bon – tout cela, je puis bien le dire, avait éveillé en moi un vif intérêt, accompagné d’amitié et d’estime, pour son zèle scientifique. Je me permets d’ajouter que cet intérêt n’a pas diminué par la suite ; il est vrai qu’au cours des six années qui se sont écoulées depuis lors, je n’ai reçu de lui aucune communication ; mais j’ai appris qu’un de ses cours avait été suspendu (l’autre lui étant cependant laissé), et que par la suite, ayant subi une grave maladie, il se trouvait très affaibli ; j’ai su aussi que dans son loisir forcé, et pour assurer sa subsistance, il avait entrepris de grands travaux littéraires dans le domaine qui est le sien et avait publié beaucoup de choses : c’est ainsi que j’ai appris la parution d’articles philosophiques dans le Journal des Savants et les Archives littéraires (pour ces dernières, je ne sais pas jusqu’à quelle année, et j’ignore si elles paraissent encore) ; il a en outre publié une nouvelle édition des Oeuvres de Descartes, puis une traduction française des Oeuvres de Platon, et en particulier une édition des Oeuvres de Proclus reposant sur la comparaison des manuscrits parisiens ; et il m’a fait l’honneur de me dédicacer, en même temps qu’à Schelling, le quatrième volume de cet ouvrage.
Ces multiples travaux n’ont pu, d’une part, qu’accroître encore mon estime pour l’activité scientifique du professeur Cousin ; mais d’autre part, j’ai été obligé de regretter qu’un tel effort (dont, je l’avoue, je ne me tiendrais guère moi-même pour capable) ait déterminé chez lui une maladie et une faiblesse prolongées.
Il y a quelques semaines, je l’ai rencontré lors de mon passage à Dresde, et au cours de cette rencontre j’ai reçu de lui de nouveaux témoignages des sentiments amicaux qu’il continue à me porter – témoignages qui m’ont paru sincères et que je considère comme honorables pour moi ; aussi ai-je été fort surpris lorsque, apprenant son arrestation, j’ai été obligé d’en conclure que Votre Excellence possédait contre lui de très graves présomptions.
Mais en même temps, et étant donné qu’il se trouve pour le moment dans la situation d’un prévenu et qu’une décision n’a pas encore été prise relativement à sa culpabilité, je puis aussi me croire autorisé à conserver l’estime que j’ai conçue pour lui (dans les circonstances que je me suis respectueusement permis d’indiquer) ; et même si la bonne opinion que j’ai de lui a pu devenir plus sujette au doute, je crois pouvoir, étant donné les circonstances mentionnnées plus haut …[ici, quelques mots sans suite] … former le souhait de lui témoigner ma sympathie dans sa situation actuelle ou peut-être … lui faire ainsi un plaisir (étant donné les témoignages d’amitié qu’il m’a donnés auparavant, et qu’il m’a renouvelés encore récemment) ; et je crois aussi pouvoir formuler ce souhait à l’adresse de Votre Excellence et le soumettre entièrement à sa bienveillante appréciation, étant donné que … les circonstances précises de cette affaire me sont inconnues et que je ne souhaite pas tirer de ces circonstances des motifs supplémentaires à l’appui de ma requête. Je me permets seulement d’ajouter que je ne manquerai pas d’observer respectueusement toutes les conditions qu’il plaira à Votre Excellence de fixer, dans l’intérêt de la police, si elle daigne m’accorder l’autorisation d’une telle visite ». [Berlin, 4 novembre 1824].
Professeur à l’Université de Königsberg, disciple de Hegel, Karl Rosenkranz publie en 1844 la biographie : Georg Wilhelm Friedrich Hegel's Leben, beschrieben durch Karl Rosenkranz, [La Vie de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, racontée par Karl Rosenkranz].
Le texte reproduit ici reprend la traduction en français : Karl Rosenkranz. Vie de Hegel, suivi de Apologie de Hegel contre le docteur Haym. Traduit de l’allemand, présenté et annoté par Pierre Osmo. Paris : Gallimard. Bibliothèque de philosophie. In-8, 735 p., 2004.
Une version très légèrement différente est publiée dans la Correspondance de Hegel [Paris : Gallimard, collection Tel.

Barthélemy Saint Hilaire, dans son livre : M. Victor Cousin, sa vie et sa correspondance. [Paris : Hachette, 3 volumes, in-8, 1895] témoigne de lettres adressées à V. Cousin, en 1824, d’Athanase Coquerel, Tanneguy Duchâtel, Sismondi, le duc d’Harcourt.

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin.
Le Journal Le Globe publie des articles de soutien à V. Cousin, à propos de son incarcération en Allemagne. Notamment, le 7 décembre 1824, un texte que Abel François Villemain publie en même temps que le discours d’ouverture de son cours à la Faculté des lettres.

Un article de T. Jouffroy fait le compte-rendu de la publication des Oeuvres de Platon, dans le journal Le Globe, tome 1, n° 35, 27 novembre 1824.

Le 22/05/2018