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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1823
  
En 1823, V. Cousin [1792-1867] a trente ans [il aura trente et un ans le 28 novembre 1823].
Il poursuit l’édition de Proclus, en grec et en latin, commencée en 1820, et celle Platon, commencée en 1822, et qui va se poursuivre [treize volumes] jusqu’en 1840.

Résumé des années précédentes.

1809-1812. L’École normale .
Après de brillantes études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève ; puis en 1813 est chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ce dernier monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1822. Précepteur chez les Lannes.
Il ne reste plus à V. Cousin, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur dans une famille de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France. C’est avec lui qu’il effectuera son troisième voyage en Allemagne en automne 1824.

1820-1825. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827] ; une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].


Éléments biographiques.
Comme en témoigne une lettre de V. Cousin à Claude Fauriel [1772-1844], V. Cousin, en septembre 1823, est à Boulogne sur Mer, chez la duchesse de Montebello. Il se repose de la publication du Proclus [qui doit paraître fin septembre] et de celle de Platon, qui est en cours depuis 1822, et qui doit durer jusqu’en 1840. Il revient à Paris vers le 10 octobre.

Édition en cours.
En 1823, paraît le tome V de Proclus [le tome I et le tome II étant parus en 1820, le tome III et IV en 1821 ; le tome VI paraîtra en 1827].
V. Tomus quintus, continens tertium, quartum et quintum librum commentarii in Parmenidem Platonis [tome cinq, contenant le troisième, le quatrième et le cinquième livre des commentaires du Parménide de Platon].

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
En février 1823 A. de Lamartine [1790-1869] commence à rédiger son poème La Mort de Socrate. Durant l'hiver 1822-1823, il en parle à son ami Fréminville et lit la traduction commentée du Phédon, que vient de publier V. Cousin [dans le tome 1 des Oeuvres, qui vient de paraître en 1822]. Le 15 février Lamartine écrit : « En ce moment je fais une chose que je méditais depuis six ans : un chant sur la mort de notre ami Socrate. Le Phédon m'y fait repenser. Cela va comme de l'eau courante. » Le poème, qui insiste sur la dimension spiritualiste et même pré-chrétienne de Socrate, paraît chez Ladvocat fin septembre, et connaît une semaine après une nouvelle édition. Dans une lettre de V. Cousin à son ami Claude Fauriel, Cousin écrit : « Avez-vous lu le poème de Lamartine sur le Phédon ? On m'écrit qu'il y a des compliments pour moi. Ils me toucheraient vraiment le coeur de sa part. Je ne crois pas seulement Lamartine un poète distingué ; je le crois aussi vraiment honnête, et s'il veut tolérer mes opinions, je suis très disposé à l'aimer. Nous verrons l'hiver prochain. » [cité dans BSH].
Cf. 1825, le texte de l’Avertissement qu’Alphonse de Lamartine rédige en tête de la Mort de Socrate :
« Nous nous servirons de nos notes, toutes tirées de Platon, de l’admirable traduction de Platon par M. Cousin. Ce jeune philosophe, digne d’expliquer un pareil maître, pour faire rougir notre siècle de ses honteux et dégradants sophismes, après l’avoir rappelé lui-même aux plus nobles théories du spiritualisme, a eu l’heureuse pensée de lui révéler la sagesse antique dans toute sa grâce et sa beauté […]. Espérons qu’en achevant son bel ouvrage, il la [la philosophie] dégagera aussi des nuages dont Kant et quelques-uns de ses disciples l’ont enveloppée, et nous la fera paraître enfin toute resplendissante de la pure lumière du christianisme ».

Lettre de Paul-Louis Courier à V. Cousin.
« Mon cher philosophe.
J’ai lu votre Platon, c’est à dire le premier volume. Votre manière de traduire est excellente et la seule raisonnable. Vous interprétez de bonne foi et sans prétention ; c’est ce que le lecteur veut. C’est ce qui peut s’éxécuter. Rendre le style est une rêverie que je me reproche un peu. Je dirai là-dessus mon sentiment dans l’espèce de dissertation que je prépare au sujet du livre de Letronne et de votre Platon.
Ne m’avez-vous pas dit un jour que vos chefs de l’Université se déclaraient contre le grec, ou du moins laissent entrevoir qu’ils n’aiment point ces études ? Vous m’avez dit cela, qui m’a paru curieux et bien raisonné de leur part. Si vous aviez quelques notes sur cette aversion pour le grec, vous me feriez plaisir.
Ne pourriez-vous point aussi engager ces messieurs du Constitutionnel à parler de mon Hérodote, afin que Bobée put le vendre. Faites-leur un petit article au paragraphe, qu’ils puissent insérer, autrement ils n’en diront mot.
Cet in-folio dont nous parlâmes ensemble dans le Luxembourg, quelques jours avant mon départ, et dont nous lûmes un morceau, a-t-il paru que vous sachiez ? » [Véretz, le mardi 7 ou 8 avril 1823].
Le tome 1 des Œuvres complètes de Platon vient de paraître en 1822. V. Cousin en avait adressé un exemplaire à Paul-Louis Courier [1772-1825].

Lettre de Paul-Louis Courier à V. Cousin.
« Il faut répondre un mot à Letronne et défendre notre système de traduction, qui n’est point du tout un système, mais le pur et simple bon sens. Je pardonne à Letronne de m’avoir critiqué ; il l’a pu faire avec raison ; mais il ne fallait pas louer Miot, qui ne sait absolumment ce qu’il fait quand il se mêle de traduire. Tâchez de dire quelque chose là-dessus dans quelque journal, et montrer tout le ridicule de cette idée, qu’il faut faire parler Hérodote en français, comme il parlerait s’il était de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Soutenez le parti de la bonne foi, en cela comme en tout le reste.
Je veux suivre votre conseil, traduire des morceaux détachés, avec encore plus de soin que ce que je viens de publier. Je renonce à donner le tout. Ces morceaux feront à peu près le quart de l’ouvrage, mais comment imprimer cela ? Je ne veux pas dépenser un sou. Il y aura peu d’acheteurs pour ces fragments. J’y joindrai le grec et des notes. Cela pourra faire un volume.
Vous ne me dites rien des chansons. Vous ne me dites pas non plus si Thierry va en Angleterre.
Pour me faire tenir le Journal des savants, vous pourriez l’envoyer, avec votre nouveau volume, à Mme Bonnefoy, rue de la Pépinière, n°18 ; elle doit m’adresser un paquet où cela entrerait fort bien.
Votre pensée est parfaitement juste : traduire tout Platon dans son style demanderait la vie d’un homme et serait une sotte entreprise. Hérodote est moins impossible ; et cependant je crois dev oir y renoncer. Vous faites, quant à vous, tout ce qui peut se faire. Adieu.
[Tournez].
[…] mais ce qu’il faut éviter encore plus que la critique, c’est le ton complimenteur et les fades éloges. Dites simplement la vérité, qui est que M. Letronne, homme d’ailleurs très savant, se trompe sur la manière dont on doit traduire Hérodote et tous les auteurs des vieux âges. Il n’a pas réfléchi là-dessus. Vous êtes l’homme de la vérité, et vous la saurez très bien dire […] » [Véretz, le 2 mai 1823].

Lettre d’Édouard Diodati à Lamartine.
« Quoique arrivé depuis deux jours seulement, j’ai déjà fait connaissance avec les nouvelles productions de votre muse, principalement avec La Mort de Socrate.
[…] J’ai éprouvé beaucoup de charme à retrouver dans vos beaux vers ces pensées que j’avais méditées avec tant de plaisir en lisant la traduction de M. Cousin. L’avertissement qiui précède le poème fait voir que vous estimez la traduction et le traducteur. Monsieur Cousin a fait des enthousiastes et encore plus de détracteurs. C’est le sort de tous les hommes supérieurs qui tentent les routes nouvelles.
Je n’ai point le droit de juger les doctrines, mais lors même qu’on pourrait lui adresser quelques points de reproches fondés, sa philosophie a un caractère qui suffirait seul pour l’absoudre à mes yeux ; c’est une tendance noble et pure. Le positif de la métaphysique intéresse peu la multitude, mais la multitude éprouve, même sans s’en rendre compte, cette influence que donne une philosophie dont la direction est élevée, vivifie la pensée, l’instinct moral, l’attrait pour le beau. Et nous avons grand besoin que ce souffle qui participe de la nature divine vienne verser la vie sur ce champ immense d’ossements épars sue toute la surface de notre vieille Europe : innombrables et hideux trophées de la philosophie du siècle passé. […] » [Genève, mercredi 15 octobre 1823] cité dans la Correspondance d’Alphonse de Lamartine ; Deuxième série (1807-1829) tome 3 : 1820-1823. Paris : Honoré Champion, in-12, 525 p., 2005.


Lettre de Auguste Hilarion de Kératry à V. Cousin.
Le Courrier français, fondé le 1er février 1820, à la suite des Archives philosophiques, politiques et littéraires de Royer-Collard, est l’occasion pour A. H. de Kératry, un des fondateurs du journal, de solliciter V. Cousin. Dans une lettre du 19 avril 1823, il presse V. Cousin de faire pour le Courrier français un article, qui semble avoir été déjà promis, pour rendre compte de l’ouvrage de Kératry sur la philosophie de Kant [il s’agit de l’Examen philosophique des « Considérations sur le sentiment du sublime et du beau, dans le rapport des caractères, des tempéraments, des sexes, des climats et des religions », d'Emmanuel Kant, traduit par M. Kératry]. Mais V. Cousin ne donne pas suite à cette demande.

Le 19/08/2018