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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1821
  VICTOR COUSIN EN 1821.

En 1821, V. Cousin [1792-1867] a vingt-huit ans [il aura vingt-neuf ans le 28 novembre 1821]. Il a perdu, fin 1820, son statut d’enseignant à la Faculté des lettres comme suppléant de Royer-Collard dans la chaire d’histoire de la philosophie moderne.
il garde encore, pour l’année 1821-1822, son poste de maître de conférences de philosophie à l’École normale, tandis qu’il assure ses revenus par un emploi au Journal des savants, et un préceptorat auprès du fils aîné du Maréchal Lannes.
Il poursuit son édition de Proclus [texte grec et traduction latine], commencée, avec deux volumes, en 1820 [édition qui se poursuivra jusqu’en 1827].

Résumé des années précédentes.
1792-1804.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804, l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
1809-1812. L’École normale.
Après ses études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée en 1808. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève . En 1814 est chargé de conférences de littérature à l’École normale, en 1815 chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ainsi V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1818. Premiers voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.


Éléments biographiques.
Le comte Santa Rosa.
V. Cousin fait la connaissance du comte Santorre di Santa Rosa* [1783-1825]. Ce dernier avait été un des chefs de la révolution du Piémont. Mais, après l’échec du mouvement, il s’était réfugié à Paris sous un faux nom.
Cousin était lié par une étroite amitié à Santa Rosa ; pendant un certain temps, ils vécurent ensemble à Auteuil. Arrêté, Santa Rosa fut jugé, et même acquitté, mais il dut quitter la France, pour se réfugier en Angleterre. À la suite de ces événements, V. Cousin fut suspecté de menées révolutionnaires [ce qui aménera son arrestation en Allemagne en 1824].

Victor Cousin carbonariste.
« M. Cousin s'était engagé dans le carbonarisme et y poussait avec prosélytisme ; après quelque hésitation, les deux amis [Jouffroy et Dubois] y entrèrent, mais par M. Augustin Thierry » [Sainte-Beuve, p. 931].

La maladie.
En novembre, V. Cousin, dans une lettre à Christian A. Brandis [12 novembre 1821], témoigne qu’il sort d’une maladie : « Je sors d'une maladie qui a pensé être la dernière [...] Le médecin exige que d'ici à un an, je laisse les manuscrits grecs et les corrections des épreuves grecques qui m'allument le sang, et me fatiguent la poitrine. » Aussi V. Cousin se décide « à un travail plus facile et plus agréable. Je reviens donc à votre conseil de traduire Platon. » Il a aussi le projet de composer un Lexicon platonicien.

Éléments institutionnels de l'histoire de la philosophie
L'ordonnance du 27 février 1821 place tous les établissements scolaires sous la surveillance des évêques.

La Sorbonne est à nouveau affectée à l'enseignement, en 1821. Auparavant les locaux étaient utilisés comme ateliers d'artistes.


Élèves reçus à l’École normale, section lettres, 1821.
Guillaume Louis Gustave Belèze, futur directeur de l’institution Morin ; Clipet ; François Génin [qui sera agrégé des lettres en 1831], Frédéric Hatry [qui sera agrégé des lettres en 1831] ; Jean-Hubert Houël, futur homme politique ; N. Maillot, Hippolyte Marchand [qui sera agrégé de grammaire en 1824], Mottet, Pannetier, Papineau.
Ces élèves seront touchés par la suppression de l’École en septembre 1822.

Édition en cours.
En 1821, paraissent les tomes III et IV de Proclus [les deux premiers étant parus en 1820] :
III. Tomus tertius, continens partem posteriorem commentarii in primum Platonis Alcibiadem
IV. Tomus quartus, continens duos priores libros commentarii in Parmenidem Platonis.

Recension dans le Journal des savants.
[1819- 1821] 1. Publication dans le Journal des savans du troisième article de compte-rendu des Leçons de philosophie de Laromiguière à la Sorbonne, parues à Paris : Brunot-Labbé en 1815 (pour le tome I) et 1818 (pour le tome II) [et connaîtront six éditions]. Ce compte-rendu par V. Cousin a déjà fait l'objet de deux articles parus en avril 1819 [pages 195-202] et en octobre 1819 [pages 599-611]. Le troisième article paraît en février 1821 [pages 85-91].
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 1-51, et dans ses différentes rééditions.
[1856] 3. Repris dans Fragments de philosophie contemporaine, Paris : Didier, nouvelle édition 1856, pages 238-279, et ses différentes rééditions.

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Adolphe Pictet à V. Cousin.
« […] Vous n’avez pas d’idée des absurdités que l’ai entendu tous les jours débiter sur votre compte. Les uns prétendaient que vous êtes spinoziste et panthéiste, sans bien savoir ce qu’ils entendent par là. Les autres disent que vous niez la liberté de l’homme !!! qu’il est impossible d’accorder cette liberté avec le système de l’unité absolue. Je rectifie les opinions autant qu’il est en mon pouvoir. […] » [Genève. 11 juillet 1821].

E. Visconti à V. Cousin.
V. Cousin entretient en 1821 une correspondance avec E. Visconti, dont Barthélémy Saint Hilaire rend compte dans son ouvrage. Il y est beaucoup question de la traduction de Proclus et de la parution des trois premiers tomes. Ainsi que, de la part de E. Visconti, de projets de livres de philosophie sur le Beau. L’écrivain italien exhorte V. Cousin à produire une réflexion sur la philosophie de son temps, plus que sur les penseurs de l’antiquité.
« Mais je vous avoue que j’aurais aimé mieux de vous savoir occupé à nous déchiffrer la philosophie allemande, ou à exposer vos propres idées. Il m’est impossible de partager la haute opinion que vous avez des Anciens et de nos Cinquecentisti e Sciencentisti. Ils ont été des grands hommes ; à la bonne heure. Peut-être ont-ils deviné des vérités sublimes. Mais, à coup sûr, ils ne les ont pas étayées de peuves solides et évidentes. Ce n’est pas des aperçus et des assertions qu’il nous faut, c’est des arguments clairs et inattaquables. Si les Anciens en avaient trouvé, on ne disputerait plus pour ou contre leurs systèmes. Leurs doctrines n’auraient pas été méprisées par des écoles très nombreuses de philosophes. Des arguments tels qu’il nous en faut, si toutefois les hommes en ont trouvé, ne peuvent être préchés, je pense, que dans les ouvrages des Allemands, encore si modernes et si peu connus en France et en Italie. Voilà pourqoi j’aimerais vous voir exposer Fichte, Schelling et Hegel plutôt que Proclus et Platon. Il vaudrait encore mieux si mon cher ami Cousin nous donnait ses propres théories. Elles, en tout cas, seraient le résultat des pensées d’un philosophe ; elles ajouteraient quelque chose à la masse des vérités philosophiques les plus importantes, ou du moins à la masse des efforts qu’on a faits pour atteindre à la vérité. Au reste ce n’est pas à vous qu’on puisse adresser le reproche d’avoir négligé les métaphysiciens allemands. [...] » [Milan. 2 novembre 1821].

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin.
Dans son Journal, en date du 15 janvier 1821, Maine de Biran écrit :
« J’ai eu une bonne conversation avec le jeune professeur Cousin, qui avec une tête trop ardente, n’en est pas moins l’espoir de la vraie philosophie parmi nous. Il entre avec beaucoup de sagacité dans les divers points de vue de la psychologie et de la haute métaphysique.
Nous cherchons ensemble le passage du subjectif à l’objectif, d’accord sur la personnalité du moi, qui est notre point de départ commun.
Nous différons sur l’objectif, qu’il prétend ramener, comme Schelling, à l’unité de substance. Il nie la personnalité de Dieu et la pluralité des forces absolues, quoiqu’il admette le dualisme des forces vitales et pensantes, mais à titre de phénomène seulement.
J’ai combattu de ce point de vue en étendant à l’objet ce que nous concevons ou apercevons primitivement dans le sujet. Ces spéculations conduisent à demander dans la pratique jusqu’à quel point nous avons la propriété de notre être spirituel, jusqu’où peut s’étendre l’empire sur nous-mêmes. Quelle est la dépendance des deux vies ? Quelles sont les modifications de la vie organique, qui absorbent nécessairement l’activité propre de l’âme et font de l’homme un animal?
Le professeur Cousin, qui ne connaît d’autre révélation que celle de la raison, nie l’influence actuelle d’une force intelligente, supérieure, sur notre âme. Grande question où il faut comparer les points de vue des stoïciens, des platoniciens avec celui des chrétiens. Ce qui conduit encore à l’examen des doctrines sur le pur amour, l’abnégation de Fénelon et le libre-arbitre selon Bossuet ! ».

Le 22/05/2018