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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1820
  En 1820, V. Cousin [1792-1867] a vingt-sept ans [il aura vingt-huit ans le 28 novembre 1820]. C’est déjà la cinquième année de son enseignement dans la chaire d’Histoire de la philosophie moderne, comme suppléant de Royer-Collard ; la cinquième année aussi où il est maître de conférences de philosophie à l’École normale.
Il rédige des recensions d’ouvrages philosophiques et écrit des articles savants dans les Archives philosophiques et dans le très fermé Journal des savants. Ses loisirs d’été sont occupés par des voyages d’études en Allemagne, où il rencontre le plus possible de professeurs et de personnalités. Une belle carrière universitaire, à la Faculté des lettres de l’Université de Paris, continue de s’annoncer.
Mais l’assassinat du duc de Berry vient tout bouleverser. Tandis que son protecteur, Pierre Paul Royer-Collard, entre dans l’opposition, V. Cousin va perdre son poste de suppléant non seulement pour l’année universitaire 1820-1821, mais aussi jusqu’en mars 1828.

Résumé des années précédentes.
1792-1804.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804, l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
1809-1812. L’École normale.
Après ses études au collège Charlemagne [où il obtient de nombreux prix, dont celui de discours latin] et alors qu’il est en classe de rhétorique [classe de première] il est distingué, sans être bachelier, pour entrer, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée en 1808. Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève . En 1814 est chargé de conférences de littérature à l’École normale, en 1815 chargé de conférences de philosophie.

1813-1815. Doctorat et enseignement.
Docteur ès-lettres en juillet 1813, avec une thèse latine : Dissertation philosophica de methodo sive de analysi.
Continue d’enseigner à l’École normale. En 1814 est attaché comme agrégé au lycée impérial [Louis-le-Grand] et en été 1815 enseigne comme agrégé au collège Bourbon [lycée Condorcet].

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. Ainsi V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des recensions et des articles.

1817-1818. Premiers voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

1820. Victime de la répression.
V. Cousin continue d’assurer son enseignement à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant de Royer-Collard. Mais celui-ci entre dans l’opposition libérale en 1820. Par réprésailles, son suppléant est invité à ne pas remonter dans sa chaire. Ainsi V. Cousin perd son enseignement à la Faculté, et peu de temps après à l’École normale, celle-ci étant fermée par arrêté, en septembre 1822, comme foyer d’agitation.

1820-1840. Série d’éditions savantes.
Commence alors une série d’éditions savantes, qui se prolonge sur plusieurs années : il édite les oeuvres de Proclus [texte grec et commentaires en latin, six volumes, 1820-1827], dont les deux premiers volumes paraissent en 1820, les volumes 3 et 4 en 1821 ; en attendant une traduction des oeuvres de Platon [treize volumes, 1822-1840] ; ainsi qu’une édition des oeuvres de Descartes [onze volumes, 1824-1826].


Événements historiques
Le cours de philosophie prononcée, par V. Cousin, comme suppléant de Royer-Collard à la Faculté des lettres de Paris en 1819-1820, dans la chaire d’Histoire de la philosophie moderne, est : Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle.
Mais, dans la nuit du 13 au 14 février 1820, Louis Pierre Louvel, ouvrier sellier, qui espère ainsi interrompre définitivement la lignée des Bourbons, poignarde Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry [1778-1820], alors qu'il sort de la salle Louvois [autrement dit l'Opéra, situé à l'époque, rue de Richelieu, face à la Bibliothèque nationale] pour accompagner sa femme Marie Caroline de Bourbon-Sicile qui a quitté la salle avant la fin de la représentation.
Le duc de Berry, fils du Comte d'Artois [futur Charles X, en septembre 1824], meurt quelques heures après.
Cet assassinat provoque la chute du ministère modéré d'Élie Decazes [1780-1860], favorable à une monarchie constitutionnelle, et déjà en butte à l'hostilité des ultras. Certains souhaitent mettre Decazes en accusation pour complicité dans l'assassinat du prince.
« M. Decazes est tombé, dira Chateaubriand, parce que les pieds lui avaient glissé dans le sang. » Il est remplacé par le duc de Richelieu, le 20 février 1820 : « Le règne du roi, dira le duc de Broglie, est fini, celui de son successeur commence. » Y succèdera, pour de longs mois, le ministère Villèle, pleinement acquis au programme des ultras.

La suppléance de Cousin n'est pas reconduite.
Cousin se sait menacé dans son poste de suppléant à la Faculté des lettres, dès le mois de mars.
Son sort lui est notifié tardivement par l'intermédiaire des gazettes. Ainsi le Moniteur [29 décembre 1820] fait paraître ce communiqué : « La nouvelle publiée par quelques journaux d'une suspension que le Conseil royal de l'instruction publique aurait prononcé contre M. Cousin n'a aucune exactitude. M. Cousin, qui n'est pas professeur n'aurait pu, même dans aucun cas, être l'objet d'une semblable mesure. Occupé de travaux importants sur d'anciens ouvrages grecs relatifs à la philosophie [Proclus], il ne remplacera pas cet hiver M. Royer Collard. » Cette information est confirmée dans le Journal des Débats.
De manière ironique, Théodore Jouffroy, dans une lettre, en date du 30 novembre 1820, à son ami Jean Philibert Damiron, alors professeur au collège royal d’Angers, reprend l’information du journal Le Moniteur : « Cousin est suspendu à la Faculté, mais continue à l’École ; il se porte mieux et c’est pour sa santé qu’on l’a suspendu à la Faculté ; - ce cours l’occupait trop et sa poitrine n’y aurait pas résisté ; - je suis charmé qu’il se repose un peu ; - il reprendra par la suite quand il se portera mieux ; - ainsi défendez le conseil royal si on l’accuse pour cette suspension ; - elle n’a eu d’autre motifs que la santé du suspendu et le désir que le Gouvernement éprouve de voir l’édition de Proclus avancer rapidement ; - ce travail est d’une si grande importance philosophique qu’on ne peut trop hâter son achèvement. » [Adolphe Lair. Correspondance de Théodore Jouffroy].


Décembre 1820. Lettre de Théodore Jouffroy à Jean-Philibert Damiron.

« Il est vrai, cher ami, que Cousin ne fait plus son cours à la Faculté, pourquoi ? Les journaux ont dit d’abord qu’il avait été suspendu, ensuite le Moniteur a publié que c’était pour sa santé et la continuation de son Proclus que le conseil lui avait permis de ne pas faire provisoirement, et l’affiche de la Faculté annonce que l’ouverture de ce cours sera annoncée ultérieurement. Ainsi l’article du Journal officiel nous montre le conseil comme une autorité paternelle qui cède aux desirs de Cousin et l’affiche sans rien dire de faux favorise par une expression vague et perfide l’interprétation du Moniteur. Et tout cela est combiné pour donner à la persécution l’allure de la justice et même de la bonté ; on destitue l’homme que l’on craint, et on ne veut pas courir les risques de cet acte. Car, sachez que Cousin a demandé à professer ; qu’on lui a répondu qu’il professerait, qu’il a présenté un programme imprimé ne varietur, qu’on a beaucoup approuvé ce programme ; qu’on l’a ainsi tenu en suspens depuis son retour et qu’enfin on lui a envoyé la défense expresse de paraître à la Faculté ; sachez aussi qu’il est si bien destitué qu’il ne touche plus un sou de cette place ; et cependant l’autorité dit et imprime que c’est lui qui a demandé à ne pas continuer à cause de sa poitrine et de son Proclus ; qu’ainsi on lui a accordé un congé, qu’ainsi il touche toujours son traitement et est au mieux avec le conseil ; d’où il suit que Cousin est un lâche qui s’est arrangé avec le pouvoir, qui consent à ne pas parler et à recevoir le prix de son silence ; qui se retire quand la circonstance devient périlleuse et dément par ses actes tout ce qu’il a professé ; d’où il suit que les philosophes sont des déclamateurs et des histrions, que la philosophie est de la poudre à jeter aux yeux ; que la vertu n’est qu’un masque, qu’il n’y a véritablement point d’hommes à qui on puisse se confier ; que le plus court est de penser à soi, d’abandonner la pensée et une fermeté vertueuse imaginaire, de s’arranger avec le plus fort, de faire son chemin sous tous les régimes ; d’obéir, de servir et de se taire ; voilà la perfidie, l’hypocrisie de l’autorité dans cette affaire. Tels sont ses vues et ses moyens. Cousin essaye d’insérer un démenti à l’article du Moniteur, dans quelque journal ; la censure s’y oppose ; on le calomnie et ceux qui le calomnient ne veulent pas qu’il se justifie afin que leur calomnie subsiste et produise son effet.
Nous avons offert à Cousin de protester ; il nous a répondu que n’étant pas nous-mêmes professeurs de Faculté cela ne nous regardait pas et que nous nous placerions dans une fausse position.
Il continue de faire à l’Ecole. Là, si on le touche, nous paraîtrons. » [Paris. 3 décembre 1820]

Prosper Alfaric, dans son Laromiguière et son école [Paris : Les Belles-Lettres, 1929] donne l'éclairage suivant : « Après la chute du ministère Decazes et la formation d'un gouvernement de droite soumis à la "Congrégation", Royer-Collard qui avait jusque là soutenu le pouvoir, venait de passer à l'opposition et de s'allier aux libéraux. En représailles, son suppléant fut invité à ne pas remonter dans sa chaire, par une note, d'une courtoisie hypocrite, insérée dans le Moniteur du 29 décembre 1820. »
Et V. Cousin a beau communiquer aux autorités, par écrit, le programme détaillé des cours qu'il souhaite donner, se démener, écrire et protester, à moitié accepter, à moitié refuser, rien n'y fait : son nom ne paraît plus à l'affiche des cours, il ne reçoit plus son traitement. Pendant huit ans, jusqu'au < ministère réparateur > de M. de Martignac [et A. F. H. Lefebvre de Vatimesnil devenant alors, à trente-neuf ans, le nouveau ministre de l'Instruction publique], la chaire d'Histoire de la philosophie moderne, sans être expressément supprimée, ne sera pas occupée.

Fermeture de l'École normale : 8 septembre 1822
Il reste à Cousin son enseignement à l'École normale. Mais celle-ci, considérée comme un foyer d'agitation libérale, est fermée le 8 septembre 1822. Il ne lui reste plus, comme à beaucoup de jeunes enseignants de ce temps [Théodore Jouffroy, Paul Dubois, Antoine Charma], qu'à trouver un poste de précepteur auprès d'enfant de familles de l’aristocratie ou de la grande bourgeoisie : il devient précepteur de Napoléon Lannes, duc de Montebello [1801-1874], alors âgé de dix-neuf ans, fils aîné du maréchal Lannes, pair de France.

Échec de la candidature au Collège de France
Une tentative pour obtenir un poste au Collège de France, avec le soutien du Collège de France, pour remplacer Pierre Pastoret dans la chaire de Droit naturel, échoue. C'est la candidature de Xavier de Portets*, présentée par l'Académie française, qui est retenue. Xavier de Portets occupera cette chaire jusqu'en 1854. Il sera remplacé par Adolphe Franck.

Le démarrage des éditions savantes
Les revenus de V. Cousin se bornent à ceux que lui procure son préceptorat. Ils ne sont complétés [tout au moins jusqu'en 1825, date à laquelle il retrouve son traitement à l'École normale, bien qu'elle restera fermée jusqu'en 1826] que par les faibles droits d'auteur concernant les différentes éditions savantes qu'il entreprend : édition, et traduction du grec en latin, des oeuvres complètes de Proclus en six volumes [de 1820 à 1827] ; traduction du grec en français de Platon en treize volumes [de 1822 à 1840] ; édition de Descartes, en onze volumes [de 1824 à 1826.

Comme le dira Étienne Vacherot [1809-1897] : « C'était le temps où, impatient de rentrer dans les voies de la contre-révolution d'où l'avait fait sortir l'administration modérée de M. Descazes, il [le gouvernement] imposait ses mauvais instincts au ministère honnête, mais faible qu'il subissait alors, en attendant qu'il pût s'y abandonner sans mesure sous un ministère de son choix, et commençait à frapper tous ceux qui ne montraient pas moins de dévouement aux libertés publiques qu'au trône. En même temps que M. Royer-Collard et M. Camille Jordan quittèrent le conseil d'État, que M. Guizot cessa de prendre part à l'administration, M. Cousin fut condamné au silence. ».
Beaucoup de tenants de l'orléanisme, gravitant autour du mouvement des Doctrinaires, journalistes du Globe, sont touchés. François Guizot [1787-1874], qui, après la chute du ministère Decazes, avait repris ses cours d'histoire moderne à la Sorbonne, perd son enseignement ; A. F. Villemain [1790-1870] voit aussi, un peu plus tard, son cours à la Faculté des lettres suspendu par le ministère Villèle.

Éléments biographiques
Préceptorat
En 1820, V. Cousin trouve un emploi comme précepteur de Napoléon Lannes [1801-1874], duc de Montebello, fils aîné du Maréchal Lannes, pair de France [décédé en 1809]. Ce jeune homme a alors dix-neuf ans. C’est avec lui, et avec ses frères, que V. Cousin se rendra en Allemagne en 1824, pour son troisième voyage.

Poursuite de la collaboration au Journal des savants
Il a également comme revenu sa collaboration au Journal des savants. « Cousin y travaille. [il est] employé par le Journal des savants, où il peut gagner annuellement, et par un travail assidu, 12 ou 1500 francs. » (Barthélémy Saint-Hilaire]

La préparation du Proclus
Il commence la traduction en latin des oeuvres [en grec] de Proclus, l’édition de Descartes, la traduction et l’édition des oeuvres de Platon.
V. Cousin a recherché et fait copier à la bibliothèque impériale de Vienne une traduction latine de deux grands ouvrages de Proclus, dont l’auteur est Antoine Hermann Gogava «savant médecin et mathématicien du seizième siècle ». Il s’est rendu lui-même en Italie consulter les manuscrits de la bibliothèque ambrosienne de Milan et de la bibbilothèque de Saint-Marc à Venise.
On dispose d’une lettre, en date du 30 mai 1820, de l’helléniste Georg Friedrich Creuzer* [1771-1858], professeur de littérature ancienne à Heidelberg, à Hegel, dans laquelle il se plaint de V. Cousin à propos de son édition de Proclus : « Mais monsieur le professeur Cousin ne s’est pas bien comporté à mon égard. À quoi bon toutes ces flatteries. Vous savez qu’il a dit lui-même qu’il ne comprenait pas le grec. Et maintenant il me demande tout simplement : a) que je lui donne mes collections relatives à Proclus pour 500 florins - sans se donner de peine ; b) que je cherche pour lui un éditeur allemand pour qu’il publie son Proclus. J’ai pensé que le fait de ne pas répondre était aussi une réponse, et j’ai fait imprimer une annonce. Et maintenant il fait paraître ses traductions latines de fragments de Proclus - qui se trouvent en grande partie dans Fabricius - les fait précéder de je ne sais quoi tiré de Tiedemann et Tennemann et assure le public que mon Proclus ne paraîtra qu’aux calendes grecques. J’ai donc été obligé de dire au public que mon édition est vraiment à l’impression et que monsieur Cousin affirme plus qu’il peut savoir, et ce que personne ne lui a demandé. » [Hegel, Correspondance]

Voyage en Italie : été, automne 1820
V. Cousin va à Milan, en été et en automne 1820, pour consulter les manuscrits de Proclus. Il passe d'abord à Turin et y rencontre l'abbé Amédée Peyron* [1785-1870] égyptologue et hélléniste, à qui il demande de collationner pour lui les manuscrits de Proclus.
Puis il se rend à Milan. Charles Fauriel*[1772-1844] lui sert d'intermédiaire pour être présenté au poète et littérateur italien Alessandro Manzoni [1785-1873]. Ce dernier, qui est déjà célèbre, le reçoit à Boussaglio, dans sa propriété près de Milan, en octobre 1820.

Éléments institutionnels de l’histoire de la philosophie.
Élèves reçus à l’École normale, section lettres, 1820.
André-Pontier, Antoine Charma [qui sera agrégé de philosophie en 1830], Damiens [qui sera agrégé de grammaire en 1824], Deneufforges, A. Dijon, Pierre Henry [qui sera agrégé de grammaire en 1825], Leroux, Maurice, Charles Pons [qui sera agrégé des lettres en 1825], Auguste Walras [qui sera agrégé de philosophie en 1840].

Édition en cours :
[1820-1827] 1. Commence à faire paraître l’édition des Oeuvres inédites de Proclus. Texte grec avec commentaire latin. L’édition se poursuit de 1820 à 1827, 6 volumes in-8.
Procli philosophi platonici Opera e codd. mss. biblioth. reg. Parisiensis, tum primum edidit, lectionis varietate, versione latina, commentariis illustravit Victor Cousin, Tomus primus [-sextus] parisiis : excudebat J. M. Eberhart, F. Didot, 6 vol. in-8, LXXX-294 + XXX-344 + X-292 + X-284 + 428 + 376 pp., 1820-1827.
En 1820, paraissent les deux premiers volumes :
I. Tomus primus, continens tria opuscula de libertade, providentia et malo. 1820.
II. Tomus secundus, continens partem dimidiam commentarii in primum Platonis Alcibiadem. 1820.
Les tomes III et IV paraîtront en 1821 ; le tome V en 1823 ; le tome VI et dernier en 1827. Tous les volumes sont édités par J. M. Eberhart, sauf le dernier volume qui paraît chez Firmin-Didot.
« [Cousin a] cet art singulier d'utiliser les amitiés ou les savoirs, enrôlés à son service, avec lequel [il] sut toujours doubler les parties faibles de sa connaissance technique du grec, et faire faire des recherches pour lesquelles son imagination n'avait que des accès. C'était rejoindre aussi la ligne de son édition de Proclus, oeuvre bien chétive, aux yeux des Héllénistes, et dont la préface latine était de la main d'un ami ; mais qui avait été son premier élan d'exploration des sources relativement antiques, et le premier acte de cet éclectisme dont il allait appliquer le nom à ses propres travaux ultérieurs » [Dubois].
[1865] 2. Réédité en 1865, comme 2ème édition, en 1 volume in-4. Pour cette seconde édition, V. Cousin prend comme collaborateur Eugène Levêque* [1818-1883], “jeune savant aussi versé dans la connaissance de la philosophie ancienne que dans la langue et la littérature grecque.” Cette seconde édition est considérée comme très supérieure à la première [Barthélémy Saint Hilaire]. C’est un volume de 1331 pages, imprimé sur deux colonnes, presqu’exclusivement en grec.

Le premier volume [paru en 1820] est dédié à Pierre Claude Bernard Guéroult* [1744-1821], ancien directeur de l’École normale. Le deuxième volume [paru en 1820] est dédié à Charles Loyson*[1791-1819], ancien élève de l’École normale [promotion 1811], qui vient de mourir en juin 1819. Le troisième volume à Christian August Brandis* [1790-1867], de l’Université de Bonn.

Publie.
Das Klare und das Dunkle, oder die Spontaneität und die Reflexion im dem menschlichen Wissen, ein Fragment von V. Cousin [...] uebersetzt aus dem Französischen von Aug. V. [1820] Strassburg : F. G. Levrault, in-8, 14 p., 1820 [Le clair et l’obscur, ou la spontanéité et la réflexion dans le savoir humain, un fragment de V. Cousin, traduit du français par Aug. V.].

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Georg Friedrich Creuzer.
On dispose d’une lettre, en date du 30 mai 1820, de l’helléniste Creuzer [1771-1858], professeur de littérature ancienne à Heidelberg, à Hegel, dans laquelle il se plaint de V. Cousin à propos de son édition de Proclus : « Mais monsieur le professeur Cousin ne s’est pas bien comporté à mon égard. À quoi bon toutes ces flatteries. Vous savez qu’il a dit lui-même qu’il ne comprenait pas le grec. Et maintenant il me demande tout simplement : a) que je lui donne mes collections relatives à Proclus pour 500 florins - sans se donner de peine ; b) que je cherche pour lui un éditeur allemend pour qu’il publie son Proclus. J’ai pensé que le fait de ne pas répondre était aussi une réponse, et j’ai fait imprimer une annonce. Et maintenant il fait paraître ses traductions latines de fragments de Proclus - qui se trouvent en grande partie dans Fabricius - les fait précéder de je ne sais quoi tiré de Tiedemann et Tennemann et assure le public que mon Proclus ne paraîtra qu’aux calendes grecques. J’ai donc été obligé de dire au public que mon édition est vraiment à l’impression et que monsieur Cousin affirme plus qu’il peut savoir, et ce que personne ne lui a demandé. » [Hegel, Correspondance].

Critique, commentaires, articles et ouvrages concernant V. Cousin.
Augustin Thierry [1795-1856], dans un article du Courrier français, organe des Doctrinaires, rend compte du succès des leçons de V. Cousin.
« M. Cousin prononce ses leçons sans cahiers, et même sans le secours d’aucune note ; son improvisation est à la fois abondante et nerveuse. Il pose d’une manière neuve les hautes questions philosophiques, et il présente des solutions qui se rattachent toujours fortement l’une à l’autre. Ce caractère d’unité, dans une vaste étendue de matières, donne à son cours un aspect scientifique imposant. Durant huit mois, son nombreux auditoire a marché à sa suite au milieu des aridités de la science de l’homme, sans paraître un moment fatigué par les efforts du professeur, ni même par ses propres efforts. Avoir inspiré aux jeunes gens le goût de ces travaux austères, y avoir dévoué sa propre vie ; avoir entrepris, comme une dette envers la science et envers ses élèves, deux voyages coûteux et pénibles pour visiter des écoles étrangères ; savoir répandre un intérêt nouveau sur la science difficile de l’homme moral, et y rattacher comme à leur base les hauts sentiments du patriotisme ; voilà les titres à l’estime publique que M. Cousin possède à ving-six ans. Nous nous plaisons à les proclamer, et nous osons rappeler à un jeune homme, comme nous à l’entrée de la carrière, que ces titres acquis sont pour lui des engagements sacrés ; qu’en professant, au nom de la science, des doctrines de raison et de liberté, il a promis lui-même, au nom de cette science qu’il attestait, d’être dans tous les temps l’homme de ses propres doctrines, l’homme de la liberté et de la raison ». [Augustin Thierry. Le Courrier français. 1820].

Le 22/02/2018