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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1819
  En 1819, V. Cousin [1792-1867] est âgé de vingt six ans. [Il aura vingt sept ans le 28 novembre 1819]. Il continue son enseignement à la Faculté des lettres de Paris tandis qu’il écrit dans les journaux spécialisés : les Archives philosophiques, le Journal des savants. Et, pendant les congés d’été, va, à marche forcé, à la découverte de la philosophie allemande contemporaine.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Au collège Charlemagne en classe de rhétorique [classe de première], il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des compte-rendus et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
Funérailles de Charles Loyson.
V. Cousin participe, le 29 juin 1819, aux funérailles de Charles Loyson*[1791-1819], ancien élève de l'École normale [1811], en même temps que Jean Louis Larauza, Henri Patin, Marie Stanislas Rattier. Maître de conférences de littérature à l'École normale, depuis 1815. Il prononce un discours. En voici le texte intégral.
« Ne craignez pas, Messieurs, que je vienne troubler votre douleur par une vaine formalité. Je ne veux dire qu’un dernier adieu à celui que nous avons tant aimé et que nous pleurerons toujours.
Mon cher Loyson, nos coeurs sont devant ton cercueil dans la disposition où toi-même aurais voulu qu’ils fussent. Nous y apportons une douleur que le temps ne pourra ni effacer ni distraire, mais que la raison et la foi éclairent. Oui, l’intervalle qui semble nous séparer n’a point de réalité pour ton âme et pour la nôtre. Le coup qui t’enlève frappe tes amis plus que toi-même. Tout ce qu’il y avait de meilleur en toi, tout ce que nous avons aimé et honoré, est et sera toujours. Les révolutions du temps et de l’espace, les troubles de la nature, ce phénomène d’un jour qu’on appelle la vie, a cessé pour toi ; mais l’immortelle existence t’a recueilli dans son sein ; reposes-y en paix, pauvre jeune homme ; ta journée a été dure, que ton sommeil soit doux !
Il est vrai, tu n’as paru qu’un instant sur la terre, mais pendant cet instant si court et si bien rempli, tu as cru à la sainteté de l’âme, à celle du devoir, à tout ce qui est beau, à tout ce qui est bien, et tu n’as cessé de nourrir dans ton coeur les seules espérances qui ne trompent point. Ta vie a été pure, ta mort chrétienne. J’ai besoin de me souvenir que c’est là l’unique éloge que ta pieuse modestie voulut recevoir. Mon silence est la dernière preuve de mon dévouement. O le meilleur des fils et des frères, le plus sûr des amis, noble esprit, âme tendre, jeune sage, combien ne faut-il pas que ton ombre m’impose, pour arrêter ainsi le cri de mon coeur et de mes plus chers sentiments !
Encore un mot, mon cher Loyson. J’ai la confiance que tu as été jusqu’à la fin fidèle à l’amitié, et qu’à tes derniers instants, où nos consolations te manquèrent, tu n’as pas cessé de croire que tu avais été et sera toujours présent à ceux qui te connaissaient, et particulièrement à celui auquel tu aurais dû survivre, et que tu n’attendras pas longtemps ».

[1843 Le discours sera édité en 1843 dans les Fragments littéraires, pages 62-63
[1857] Repris, en 1857, dans Fragments et souvenirs, pages 393-394
En 1820, V. Cousin lui dédie le deuxième tome de son édition et traduction du grec en latin, des Oeuvres de Proclus.

Charles Loyson.
Charles Loyson [1791-1819]. Né en 1791, à Château-Gonthier [Mayenne] ; mort en juin 1819.
Ancien élève de l’École normale [1811], un an après V. Cousin, en même temps que Jean Louis Larauza, Henri Patin, Marie Stanislas Rattier. A participé à la société de philosophie spiritualiste créée, vers 1815, par Royer Collard et qui se réunissait chez Maine de Biran. Maître de conférences de littérature à l'École normale à partir de 1815. Rédacteur au Journal des Débats, chef de bureau au ministère de la Justice. A collaboré avec François Guizot, aux Archives philosophiques et au Spectateur français. Un des fondateurs du Lycée français.
V. Cousin prononce un discours aux funérailles de C. Loyson [29 juin 1819], reproduit en 1843 dans les Fragments littéraires [pages 62-63], puis repris en 1857, dans Fragments et souvenirs, pages 393-394. Il lui dédie le deuxième volume de sa traduction du grec en latin, des Oeuvres de Proclus [1820].
Sainte-Beuve lui consacre un article dans ses Portraits contemporains [4 avril 1846].

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L(HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Élèves reçus à l’École normale, section lettres, 1819.
Bascou, Borin, Bourquin, Boyer, F. Caresme, J. Charbonnier [agrégation des lettres, 1822, Toulouse], Thomas Théodore Delhomme [agrégation des lettres, 1824, Rouen–, Thomas Dizy [agrégation des lettres, 1826, Toulouse], Louis Dubois [agrégation des lettres, 1829, Paris], Armand Durand , Georges Farcy, Eugène Géruzez [agrégation des lettres, 1828, Paris], Louis Hachette, Idt, Lesieur, Joseph Alexandre Nicard [agrégation de grammaire, 1825, Clermont], Pérennès, Charles Pons [agrégation des lettres, 1825, Aix], Louis Quicherat [agrégation des lettres, 1826, Paris].
Ces élèves seront touchés par la suppression de l’École, en septembre 1822, alors qu’ils devraient commencer leur troisième année. George Farcy gagnera un moment sa vie comme précepteur du fils aîné de madame Narychkine et sera journaliste au Globe.
ARTICLES ET RECENSIONS.
Recension dans le Journal des savants.
[1819] 1. Publication dans le Journal des savans d'un article rendant compte de Vues sur l'enseignement de la philosophie [sans nom d'auteur], Paris : imprimerie de Crapelet, chez Deterville et Delaunay, in-8, 50 p. 1818. Ce compte-rendu s'effectue en : février 1819 [pages 65-71]. Dans son compte-rendu V. Cousin s'oppose à l'idée, suggérée dans les Vues, d'un abrégé de Reid pour base commune de l'enseignement philosophique en France. L'ouvrage avait été annoncé dans le Journal des savans en septembre 1818, et avait fait l'objet d'un compte-rendu en treize lignes en octobre 1818. [L’auteur des Vues sur l’enseignement de la philosophie est George Gabriel Mauger*]
Incipit : « Vues sur l'enseignement de la philosophie ; avec cet épigraphe, Recte sapere. Paris, 1818, in-8.
Quoique ce petit ouvrage ne contienne que des vues sur l'enseignement de la philosophie, le succès mérité qu'il a obtenu, et les changements graves qu'il propose dans l'état actuel de l'enseignement, nous ont engagés à l'examiner avec un soin particulier. Ce sont les résultats de cet examen que nous présentons ici avec la franchise et l'indépendance dont l'auteur use lui-même très largement à l'égard de ses devanciers ».
[1818] L'article était déjà paru dans les Archives philosophiques, 1818, tome 4, pages 177-185.
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 161-167.

Recension dans le Journal des savants.
[1819] 1. Publication dans le Journal des savans [1819], d'un article rendant compte des Leçons de philosophie, ou Essai sur les facultés de l'âme par M. Laromiguière, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de l’académie de Paris, Paris : Brunot-Labbé, in-8, en 1815 (pour le tome I) et 1818 (pour le tome II) [et connaîtront six éditions]. Ce compte-rendu s'effectue en : avril 1819 [pages 195-202] ; octobre 1819 [pages 599-611]. Un troisième article paraît en février 1821 [pages 85-91].
Incipit : « Depuis un siècle à peu près que la métaphysique de Locke, sur les ailes brillantes et légères de l’imagination de Voltaire, traversa le détroit et s’introduisit en France, elle y a régné sans contradiction et avec une autorité dont il n’y a pas d’exemple dans l’histoire entière de la philosophie. C’est un fait presque merveilleux que, depuis Condillac, il n’a paru parmis nous aucun ouvrage contraire à sa doctrine, qui ait produit quelque impression sur le public. Condillac régnait donc en paix ; et sa domination, prolongée jusqu’à nos jours à travers des changemens de toute espèce, paraissait à l’abri de tout danger et poursuivait son paisible cours. Les discussions avaient cessé : les disciples n’avaient plus qu’à développer les paroles du maître ; la philosophie semblait achevée. Cependant les choses en sont venues insensiblement à ce point qu’il paraît tout à coup un ouvrage où l’auteur abandonne et combat même le système établi, sans choquer le public. Que dis-je ? le public, jusqu’alors si prévenu en faveur de Condillac, accueille son adversaire, et ne paraît pas même éloigné d’embrasser la nouvelle direction. Ceci prouverait deux choses ; d’abord, qu’une révolution philosophique se fait sourdement dans quelques esprits ; ensuite, que cette révolution est déjà préparée dans l’opinion publique. or nous ne craignons pas d’avancer qu’une telle révolution, si elle n’est point une chimère, est un des faits les plus importants de l’époque actuelle. »
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 1-51, et dans ses différentes rééditions, 1833, 1838 [édition en deux volumes, tome 1, pages 139-185], 1847 [édition en quatre volumes].
[1829] 3. Repris dans les Leçons de philosophie de M. Laromiguière, jugées par M. Victor Cousin et M. Maine de Biran. Paris : Rouen frères, in-8, II-IV-172 p., 1829.
[1856] 4. Repris dans Fragments de philosophie contemporaine, Paris : Didier, nouvelle édition 1856, pages 238-279, et dans ses différentes rééditions.

Recension dans le Journal des savants.
[1819] Publication dans le Journal des savans d'un article rendant compte du Discours sur cette question : Qu'est-ce que la philosophie, prononcé le 5 décembre 1818, pour l'ouverture du Cours de philosophie de la Faculté des lettres de l'Académie de Paris, par F. Thurot*, professeur au Collège royal de France et à la Faculté des lettres. Paris : Firmin-Didot, 1819. Ce compte-rendu s'effectue en : juin 1819 [pages 371-375].
Incipit : « Attentif à rechercher partout et à signaler dans ce journal tout ce qui décèle d'une manière ou d'une autre le progrès caché, mais réél, de l'esprit philosophique parmi nous, nous croirions manquer à cette tâche, si nous passions sous silence l'excellent discours par lequel M. Thurot a ouvert cette année, son cours public de philosophie, et qu'il vient de publier tout récemment. Ce discours ne contient, il est vrai que des réflexions et des divisions très générales ; mais l'esprit qui y règne a paru le recommander sigulièrement à l'attention et à l'estime des amis de la philosophie ».
Cependant dans son article V. Cousin critique certaines propositions : « La théorie de M. Thurot rappelle celle d'un écrivain célèbre qui a prétendu que l'homme ne pense que parce qu'il parle ; que toute la profondeur et la force d'esprit de son auteur n'ont pu couvrir encore, à nos yeux, d'aucune apparence de solidité. Nous sommes forcés de l'avouer, cette théorie ne nous paraît reposer que sur l'ignorance complète du fait même qui constitue l'humanité, savoir, sa volonté libre. Le respect que nous portons à MM. Bonald et Thurot, ne nous permet pas d'exposer ici trop légérement notre opinion ».
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[Jean] François Thurot.
[Jean] François Thurot [1768-1832]. Hélléniste et philosophe français. Né le 24 mars 1768, à Issoudun [Indre] ; mort le 16 juillet 1832, à Paris.
Études à Issoudun, puis à Paris, au collège de Navarre. Orienté par un de ses parents, entre [en 1785] à l’École des Ponts et chaussées et commence sa carrière dans le corps des pompiers de Paris, dont il devient sous-lieutenant [1789], et où il reste jusqu’en 1790.
Les évènements de la Révolution interrompent sa carrière, et il devient précepteur des fils de Le Couteulx de Canteleu, demeurant à Auteuil. Il a alors l’occasion d’entrer en rapport avec la société philosophique groupée autour de Mme Helvétius, le groupe d’Auteuil, fréquenté par Destutt de Tracy et Cabanis avec qui le lient bientôt des rapports d’amitié. Il est admis [1795] à écouter les cours de l’Ecole normale fondée en 1794, et il y suit les leçons d’Ambroise Sicard [1742-1822], professeur d’art de la parole ; et de Dominique Garat [1749-1833], professeur d’analyse de l’entendement.
La commission exécutive de l’Instruction publique le charge de la traduction de l’Hermès ou Recherches sur la grammaire universelle, du philosophe anglais James Harris [1709-1780], publié initialement en 1751, qu’il traduit en 1796, en le faisant précéder d’un Discours préliminaire et d’une dédicace à Garat. Ambroise Sicard rendra compte de cette traduction dans la seconde classe de l’Institut.
Sur les instances de Le Couteulx de Canteleu, traduit la Vie de Laurent de Médicis par W. Roscoe [Paris : 2 volumes in-8, 1799].
Il enseigne la grammaire générale et comparée au Lycée des étrangers [février 1797], où enseignent aussi La Harpe, Desmoutiers ; puis il s’associe à François de Lacroix [1765-1843] et à Siméon Denis Poisson [1781-1840], et à plusieurs autres professeurs de l’École polytechnique pour créer, en 1802, l’École des Sciences et Belles-lettres, où il enseigne les langues anciennes, la littérature et l’histoire, et dont il devient le directeur jusqu’en 1807. C’est, sans doute, à cette époque qu’il compose son Discours sur utilité des langues anciennes.
Suppléant de Pierre Laromiguière [1811], puis professeur-adjoint [1812-1824] dans la chaire de Philosophie de la Faculté des lettres de Paris. Prononce, le 5 décembre 1818, la leçon d’ouverture du cours de philosophie sur le thème : Qu’est-ce que la philosophie. Le texte en est publié, et V. Cousin en fait le compte-rendu, à la fois élogieux et critique, en juin 1819, dans le Journal des savans.
Professeur au Collège de France [1814-1832], dans la chaire de langue et philosophie grecque, où il succède à Édouard Bosquillon [chaire de Philosophie grecque et latine, occupée de 1775 à 1814] Il sera remplacé, à sa mort, par Théodore Jouffroy, de 1832 à 1837 [Philosophie grecque et latine].
En 1826, F. Thurot, dans la Revue Encyclopédique, tome 31, pages 327 sq., fait un compte-rendu critique des Fragments philosophiques de V. Cousin, qui viennent de paraître en 1826 : « [M. Cousin lui] a paru un peu trop orateur et peut-être pas assez philosophe ; qu’il a l’art de présenter les choses anciennes comme nouvelles et des opinions assez communes comme des découvertes fort importantes. », et encore : « Dans ses écrits [Cousin] n’offre aucune observation importante qui lui soit propre et paraît avoir trop dédaigné celles qui ont été faites avant lui ; il croit, par des expressions mystiques et figurées, résoudre des questions qu’elles ne font qu’obscurcir, et prend des mots pour des choses ».
En 1830 [7 mai 1830] est élu membre de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres. Il meurt en juillet 1832, emporté par l’épidémie de choléra.

François Thurot publie divers ouvrages scolaires : en 1806, Apologie de Socrate, d’après Platon et Xénophon [Paris, in-8] ; Le Gorgias [1815] ; La Morale d’Aristote [1823], La Politique d’Aristote [1824], avec à chaque fois des notes historiques et critiques ; une traduction du Manuel d’Épictète [1826] ; une traduction de la Harangue de Lycurgue contre Léocrate [1826] ; une traduction du Tableau de Cébès [1828].
Il édite Les Phéniciennes d’Euripide [1813] ; les Œuvres philosophiques de Locke [8 volumes, 1822-1827], avec des extraits et des rapprochements des Nouveaux essais de l’entendement de Leibniz.
Rédige, en 1827, une Notice sur la vie et les œuvres de Cabanis [1757-1808]. Publie, en deux volumes, De l’Entendement et de la raison, introduction à l’étude de la philosophie [Paris : Aimé André, in-8, CXX-334+468 pp.,1830 ; réédité en 1833], qui reçoit le prix Montyon [d’un montant de six mille francs] de l’Académie française, pour l’ouvrage le plus utile aux moeurs.
Sont publiées, par les soins de Daunou, des Œuvres posthumes, précédées d’un Avertissement : Leçons de grammaire et de logique, professées en 1797 ; des Leçons de logique, rédigées pour son cours de philosophie à la Faculté des lettres, un Discours sur l’étude des langues anciennes, une Notice sur la Vie et les ouvrages de Reid, traduite de Dugald Stewart [Paris : L. Hachette, in-8, XXXVIII-529 p.,1837].

OUVRAGES PUBLIÉS.
Cours de philosophie.
Le cours de philosophie prononcé à la Faculté des lettres en 1819 est : Cours d’histoire de la philosophie morale au dix-huitième siècle.
1. Il sera édité en 1839 [et 1841] par Etienne Vacherot*, qui écrit l’Avertissement de l’éditeur.
Dans cet Avertissement E. Vacherot, évoquant le contenu des cours de V. Cousin écrit : « De telles doctrines étaient bien faites pour élever et fortifier les âmes ; elles eurent un puissant effet sur la jeunesse qui se pressait autour de la chaire de l'illustre professeur. Le gouvernement de la Restauration, dans ses mauvais jours s'effraya de cette influence qu'il ne sut pas comprendre. C'était le temps où, impatient de rentrer dans les voies de la contre-révolution d'où l'avait fait sortir l'administration modérée de M. Descazes, il imposait ses mauvais instincts au ministère honnête, mais faible qu'il subissait alors, en attendant qu'il pût s'y abandonner sans mesure sous un ministère de son choix, et commençait à frapper tous ceux qui ne montraient pas moins de dévouement aux libertés publiques qu'au trône. En même temps que M. Royer-Collard et M. Camille Jordan quittèrent le conseil d'État, que M. Guizot cessa de prendre part à l'administration, M. Cousin fut condamné au silence » [Vacherot].
V. Cousin y étudie le droit naturel. À cette même époque (1819-1820) s’intéresse à la philosophie écossaise, à laquelle il consacre douze leçons de son cours.

CORRESPONDANCE : LETTRES…DE, À, AU SUJET DE …V. COUSIN.
Paul Dubois à Jean Philibert Damiron.
« Cousin fait rage à Paris. Les publicistes, les députés de l’opposition libérale, les Benjamin Constant, les Say, assistent. La salle a été agrandie. On a ôté la cloison qui était derrière. Villemain est éclipsé. Où tout cela aboutira-t-il ? Je crains pour Cousin. il y a des gens peu honorables qui le cajolent et le recherchent. Ces gens-là veulent faire croire que tous les talents sont des leurs. vous connaissez sa facilité, comme il est prompt à s’abandonner ! il me disait déjà : Mon ami Constant ! Quel ami pour un tel homme ! [...] Certains dénoncent déjà Cousin comme un sectaire du Républicanisme ; et nous, mon ami, notre réputation s’entache. L’École est tout entière dans l’exagération ultra-libérale. Les hommes monarchiques ont raison quand ils nous accusent. Que pourrons-nous répondre ? Citer le passé ? Il est si loin ! La Minerve nous défend. en faut-il plus pour nous perdre ? Mon ami, si nos doctrines s’affaiblissent, et elles s’affaiblirons si certains hommes deviennent nos guides, que deviendrons-nous alors ? il sera donc vrai de dire que nous aimons la liberté comme cette tourbe avilie de tribuns populaires ! » [24 février 1819].

Paul Dubois à Jean Philibert Damiron.
« Je craignais que vous ne vous laissassiez emporter par un trop vif enthousiasme pour Cousin. Quelle que soit sa supériorité, il y a dans cette tête un singulier désordre. Sans doute il ne m’appartient pas de juger sous le rapport des idées philosophiques, puisque je n’ai point étudié les matières. Mais, je l’ai souvent épié dans ses raisonnements ; il y a rarement de la suite, de la rigueur. C’est une inspiration qui exalte, une éloquence de tribune qui terrasse, un langage d’imagination qui éblouit, et surtout de beaux élans qui enlèvent et commandent les bons coeurs. C’est pour ainsi dire le Diderot de nos jours, si ce n’était pas un outrage de donner le nom d’un ennemi de Dieu à celui qui le fait si bien sentir et le prêche si noblement. Vous le verrez, mon ami, nous le verrons ensemble, nous le jugerons, nous l’admirerons, nous l’aimerons : mais nous tâcherons de ne pas le croire sur parole. Je ne sais si je me trompe. Mais voici le jugement que je porte sur lui : c’est une mine intarissable qu’il faut exploiter. Cousin fera plus de bien par ses amis et ses élèves que par lui-même, si ses amis et ses élèves ne jurent pas dans sa parole. Il jette les vérités à pleine mains, mais il les jette pêle-mêle. Souvent aussi il se place au milieu des nuagesz ; de vifs éclairs partent du ténébreux séjour. Mais enfin, ce ne sont que des éclairs. Il ne faut pas les prendre pour le grand jour. Armez-vous du flambeau de la méditation ; faites pâlir le faux et passager éclat. Les brillantes clartés n’en seront que plus pures. Elles traceront le chemin de la vérité. [...] Cousin roule avec le tourbillon des hommes et des idées du jour. Sa belle âme reste la même, mais ses doctrines vont courant avec le libéralisme. Elles prennet aujourd’hui une assiette, demain une autre, après-demain une troisième. Dans ses brusques saillies, il croit à sa pensée du moment ; il oublie celle de la veille ; un nouveau système s’improvise, et déjà couve un orage qui battra demain le nouvel édifice. Je ne sais, mais il me semble que, si quelqu’un le suivait à un point précis, bientôt il deviendrait sceptique. » [18 mars 1819].

Le 22/02/2018