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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1818
  En 1818, V. Cousin [1792-1867] est âgé de vingt cinq ans. [Il aura vingt six ans le 28 novembre 1818].
Pour la troisième année consécutive il enseigne à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant, dans la chaire de Royer-Collard. À l’École normale, après avoir été pendant un an [1814-1815] maître de conférences en littérature, il est depuis 1815, maître de conférences de philosophie. Il rencontre à chaque fois un vif succès comme enseignant.
C’est aussi, pour la seconde fois en voyage d’été en Allemagne, l’approfondissement de la philosophie allemande qui lui fait peu à peu abandonner la philosophie écossaise.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère, née Grivelet, est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Au collège Charlemagne en classe de rhétorique [classe de première], il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des compte-rendus et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar. Puis second voyage en août-septembre 1818, accompagné par Louis Bautain. À Munich, y rencontre longuement Friedrich Schelling.


ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
À nouveau en Allemagne.
Deuxième voyage de V. Cousin en Allemagne. Il est accompagné par Louis Bautain*[1796-1867], qui a été son élève à l’École normale, et depuis octobre 1817 professeur de philosophie au collège de Strasbourg et chargé d’un cours de philosophie à la Faculté des lettres de Strasbourg.
On dispose d’une lettre de Hegel à V. Cousin, écrite en français de Heidelberg, en date du 5 août 1818, qui lui conseille un certain nombre de contacts [F. H. Jacobi, F. Schelling]. Mais cette lettre, envoyée tardivement, arrive alors que V. Cousin est déjà en Allemagne. Il va jusqu’à Munich, rencontre F. Schelling et F. H. Jacobi.

La rencontre avec Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling [1775-1854].
En effet c’est au cours de ce deuxième voyage en Allemagne que V. Cousin, qui reste à Munich, presque un mois entier, rencontre pour la première fois F. Schelling [2 août 1818, à Munich]. Celui-ci est à l’apogée de sa gloire. « Il est alors âgé de quarante-trois ans. Sa réputation retentit dans toute l’Allemagne ; il passe pour l’héritier de Fichte et de Kant ; il est l’auteur d’un système d’identité absolue, qui passionne les esprits les plus sérieux. M. Cousin qui jouit de son commerce à Munich pendant près d’un mois, est bien près de devenir un de ses partisans. » [Barthélémy Saint Hilaire, p. 56]. V. Cousin restera longtemps en relation avec F. Schelling : il lui dédicace, en même temps qu’à Hegel, le quatrième volume de son Proclus [1821].

ÉLÉMENTS INSTITUIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Élèves reçus à l’École normale, section lettres.
Ader ; Agnault ; [Jean Baptiste] Auguste Anot. [Agrégation des lettres, Cahors, en 1824] ; Barreau ; Pierre Boulle [reçu à l’agrégation de grammaire, Paris 1821] ; Pierre Eusèbe Corbin [reçu à l’agrégation des lettres, Paris 1821] ; Amédée Daveluy. [Agrégation des lettres, Paris, 1821] ; Dunoyer ; Jean Baptiste Forneron [Agrégation des lettres, Paris, 1821]; La Bastide ; [Paul] Jean Ladevi-Roche [reçu à l’agrégation des lettres, Paris 1821]; Lemoyne ; François Joseph Maugé [reçu à l’agrégation des lettres, Paris 1821] ; Peytel ; Raison ; François Alexis Rara [reçu à l’agrégation des lettres, Paris 1821] ; Ribout [reçu à l’agrégation de grammaire, Nancy 1825] ; Royer-Collard ; Jean-François Stiévenart [1794-1860]. Hélléniste.
ARTICLES.
Article dans les Archives philosophiques.
[1818] 1. Du beau réél et du beau idéal. Archives philosophiques, 1818, tome 3, pages 5-16 [signé V. Cousin].
Incipit : « Je veux rechercher dans cet article ce que c'est que le beau, le beau réél et le beau idéal, en quoi ils se ressemblent et en quoi ils diffèrent ; comment nous saisissons l'un et l'autre, et comment nous allons de l'un à l'autre.
D'abord que faut-il entendre par le beau réél ?
Il faut entendre par le beau réél ce que chacun [...] ».
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 323-336 ; et dans ses différentes rééditions :
[1833] 3.
[1838] 4. Dans l'édition en 2 volumes des Fragments philosophiques, tome 1, pages 344-355.
N'est pas repris dans les autres éditions, en 5 volumes, des Fragments philosophiques, pour servir à l'histoire de la philosophie.
[1846] 5. Repris dans Premiers essais de philosophie, [1846, Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p.]; et dans ses différentes rééditions, 1855, 1862, 1873 [6ème édition, pages 324-337].

Article dans les Archives philosophiques.
[1818] 1. Sur le vrai sens du cogito, ergo sum. Archives philosophiques, 1818, tome 3, pages 316-325.
Incipit : « Après l'axiome péripatéticien : nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu, je ne connais point de sentence philosophique qui ait fait autant de bruit dans le monde savant que le fameux cogito, ergo sum de Descartes ».
[1826] 2. Republié dans les Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, : Sur le vrai sens du Cogito, ergo sum, pages 321-322. Et dans ses différentes rééditions :
[1833]
[1838] Dans l'édition en 2 volumes des Fragments philosophiques, tome 1, pages 334-343
N'est pas repris dans les autres éditions, en 5 volumes, des Fragments philosophiques, pour servir à l'histoire de la philosophie
[1846] 3. Repris dans Premiers essais de philosophie [1846, Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p.]. Et dans ses différentes rééditions, 1855, 1862, 1873 [6ème édition, pages 49-57, sous le titre : Descartes. Vrai sens de l'enthymème cartésien : Je pense, donc je suis]

Article dans les Archives philosophiques.
Enseignement de la philosophie dans l'École normale. Archives philosophiques, 1818, tome 3, pages 436-445 [article non signé].
Incipit de l'article : « L’étude de la philosophie se ranime en France, et sa renaissance se manifeste, comme il arrive toujours, par une direction nouvelle des esprits qui la cultivent. À une telle époque quoi de plus intéressant pour ceux qui enseignent et pour ceux qui étudient les sciences philosophiques, que de connaître l’état et le système de l’enseignement dans la grande école d’où doivent sortir les maîtres qui iront dans les départements répandre les idées qu’ils auront reçues, se livrer eux-mêmes à de nouvelles méditations, et féconder par leurs leçons et par leurs exemples l’ardeur de tant de jeunes élèves ? C’est dans cette vue que nous publions le programme du cours de Psychologie que suivent à l’École normale les élèves de seconde année.
Deux fois par an, après les fêtes de Pâques et au mois de novembre, les élèves de l’École normale subissent un examen sur l’enseignement qu’ils ont reçu dans les six mois précédents. Cet exament est fait par MM. les membres de la commission d’instruction publique, par les professeurs des facultés, et par les professeurs de rhétorique et de philosophie des collèges royaux. Le programme qu’on va lire a été le texte de l’examen de philosophie qui a eu lieu le mois dernier. C’est le résumé du cours donné aux élèves de seconde année par M. Jouffroy, ancien élève lui-même de l’École normale, et qui professe aussi la philosophie au collège Bourbon ».

Incipit de Programme : « Programme du cours de psychologie élémentaire :
1. De l'esprit considéré comme objet de la psychologie.
2. De l'esprit considéré comme l'instrument de toute recherche, ou de la psychologie en général.
3. De l'esprit considéré comme l'instrument de la psychologie, ou de la philosophie appliquée à l'étude de l'esprit [...] ».

RECENSIONS.
Recension dans le Journal des savants.
[mars-avril 1818] 1. Publication dans le Journal des savants, d'une : Analyse d’un ouvrage de Gott. Wilh. Gerlach*, professeur de philosophie à Halle, Grundiss der fundamental philosophie, [Essai de Philosophie fondamentale] , Halle : chez Gerbaüer, in-8, 1816. Ce compte-rendu s'effectue en : mars 1818 [pages 150-156] ; avril 1818 [pages 224-228].
Incipit : « Le principe fondamental du savoir et de la vie intellectuelle est la conscience. La vie commence avec la conscience et finit avec elle ; c'est dans elle que nous nous saisissons nous-mêmes ; c'est dans elle et par elle que nous saisissons le monde extérieur. S'il était possible de s'élever au-dessus de la conscience, de se placer, pour ainsi dire, derrière elle, de pénétrer dans ses secrets ateliers où l'intelligence ébauche et prépare tous ces phénomènes, et là d'assister à la naissance et à la formation de la conscience, on pourrait connaître et sa nature et les divers degrés par lesquels elle arrive à la forme sous laquelle elle se manifeste aujjourd'hui : mais tout savoir commençant à la conscience ne peut remonter plus haut ».
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 132-151 ; et dans ses différentes rééditions.

Recension dans le Journal des savans.
[1818] 1. Publication dans le Journal des savans d'un article rendant compte de l'ouvrage [de Chevalier de Martillat*], paru sans nom d'auteur, Nouvelle réfutation du livre de l'Esprit [Clermont-Ferrand : impr. de P. Landriot, in-8, XII-136 p., 1817]. Ce compte-rendu s'effectue en septembre 1818 [pages 530-534].
Incipit : « La Nouvelle Réfutation est divisée en six sections, dans lesquelles l'auteur examine et combat successivement les différentes assertions dont se compose la doctrine du livre de l'Esprit. Cette doctrine ayant été souvent attaquée, les arguments du nouvel adversaire ne pouvaient guère avoir le mérite de la nouveauté : les reproduire ici serait donc une tâche à peu près inutile ; et pour les faire connaître, il suffit de renvoyer le lecteur au deuxième extrait que nous avons donné de la philosophie morale de M. Dugald Stewart [Journal des savans, juin 1817] ».
Victor Cousin écrit à la fin de son article : « Mais la crainte du mysticisme ne doit pas nous rendre injustes envers l'estimable auteur de la nouvelle Réfutation. C'est déjà beaucoup d'abandonner les voies d'Helvétius ; mais celles de Smith, pour être plus nobles en apparence, ne sont guères plus sûres [Victor Cousin réfute le recours à une morale du sentiment]. S'il nous appartenait de proposer des guides, nous indiquerions avec plus de confiance dans l'école même de Smith, Reid et M. Dugald-Stewart, Kant en Allemagne, et chez les anciens, Platon et Marc-Aurèle ».
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 152-160, et dans ses différentes rééditions.

Signalé dans le Journal des savants.
[1818] 1. Le Journal des savans annonce, en septembre 1818, page 571, dans la rubrique livres nouveaux les Vues sur l'enseignement de la philosophie [sans nom d'auteur]. Ce livre fait l'objet, en treize lignes, d'une brève analyse non signée, dans la rubrique livres nouveaux, France, dans la livraison d'octobre, page 635. La recension en sera faite par V. Cousin l'année suivante : février 1819, pages 65-71 [Les Vues sur l’enseignement de la philosophie sont de Georges Gabriel Mauger, professeur de philosophie au Collège royal de Bourbon, qui propose de réorganiser l'enseignement de la philosophie exclusivement d'après la philosophie de Reid et de Royer-Collard].

Article dans les Archives philosophiques.
[1818] 1. Programme des leçons données à l'École normale pendant le premier semestre de l'année 1818, aux élèves de la troisième année de philosophie [avec une note introductive signée V. C. ]. Archives philosophiques, 1818, tome 4, pages 86-114.
Réédité plus tard sous le titre : Programme d'un cours sur les vérités absolues [enseigné dans le premier semestre de l'année universitaire de 1818, donc en fin 1817].
Incipit de la note introductive : « Je livre au public philosophique le programme succinct, trop succinct peut-être, des leçons que j’ai données pendant quelques mois de cette année à la Faculté des lettres de l’Académie de Paris et à l’École normale, sur le point le plus élevé de la science, savoir : l’idée même de la science. Selon moi, comme toute vérité est d’abord nécessairement telle ou telle vérité, et de plus a quelque chose en elle qui la constitue vérité, de même toute science se compose et d’un élément individuel qui la fait elle et non pas une autre, et d’un élément supérieur, non individuel, qui lui imprime le caractère de science. [...] ».

Incipit de l’article, c’est à dire du Programme : « Nécéssité d'une science de la science, ou d'une science qui, ne s'occupant que de la science en général, ou de l'élément constitutif de toute science, dominerait toutes les sciences particulières, et leur servirait à toutes d'introduction et de centre, d'unité systématique ».

[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 228-262 ; et dans ses différentes rééditions.
[1833]
[1838] Troisième édition des Fragments philosophiques en 2 volumes : tome 1, pages 290-318.
Mais n’est pas repris en 1856 dans l’édition en cinq volumes des Fragments philosophiques, ni en 1866, dans le tome 5 [Philosophie contemporaine] des Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie].
[1846] 3. Repris dans les Premiers essais de philosophie [1846, Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p.] et dans ses différentes rééditions, 1855, 1862, 1873 [6ème édition, 1873, pages 251-266].

Article dans les Archives philosophiques.
[Recension de ] Vues sur l'enseignement de la philosophie ; brochure in-8 de 50 pages [parue à Paris, chez Déterville, rue Hautefeuille, n° 8, et chez Delaunay, 1818]. Archives philosophiques, 1818, tome 4, pages 177-185 [non signé].
L'auteur des Vues sur l'enseignement de la philosophie est George Gabriel Mauger, il préconise que l'enseignement de Reid, et de Royer-Collard, soit la base unique de l'enseignement philosophique ; V. Cousin combat ce point de vue. Le même sujet est repris, par V. Cousin, dans le Journal des savants, en février 1819.
Incipit de l'article : « La philosophie est une science de faits ; elle ne peut être que cela ; elle n’a jamais été autre chose. En philosophie comme en physique, les systèmes en apparence les plus étrangers à l’observation, les hypothèses les plus bizarres n’ont jamais été et n’ont jamais pu être que des combinaisons de faits mal reconnus ou mal liés entre eux. Les théories philsophiques des anciens ne différent point en cela de leurs théories cosmogoniques. Les classifications introduites dans la science prouvent, comme son histoire, qu’elle est impérieusement enchaînés dans les faits. La psychologie étudie les phénomènes intellectuels en tant qu’ils sont perçus par l’intelligence, sur le témoignage de la conscience. Qu’est-ce que la logique, sinon l’exposé scientifique des procédés du raisonnement, c’est à dire d’un certain ordre de faits intellectuels ? Et l’ontologie, enfin, est-ce autre chose que la recherche du fait même de l’existence ? ».

[1818] Le cours de philosophie prononcée à la Faculté des lettres en 1818 porte sur le Fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien.
[1836] 1. Le texte de ce cours paraîtra en 1836, édité par Adolphe Garnier [dans la série des cinq volumes édités par Arsène Danton, Adolphe Garnier et Étienne Vacherot, parus de 1836 à 1841]. Paris : Hachette, IV-XXVIII+391 p., 1836.
Adolphe Garnier écrit dans la préface, dite Préface de l'éditeur : « Appuyé sur les travaux d'élèves intelligens, et sur mes propres souvenirs, j'espère n'avoir pas dénaturé le fond de la pensée du professeur de 1818 ; mais il n'en est pas de même de la forme, et le public s'attend bien à ne pas la retrouver ici. [Des copies] remises [par V. Cousin qui les avait gardées dans ses archives], il n'en est qu'un petit nombre qui aient été prises à l'aide d'un procédé sténographique, et encore le sténographe laisse-t'il beaucoup de lacunes, et nous prévient-il qu'entraîné comme l'auditoire par le charme de l'improvisation du professeur, il a quelquefois négligé d'écrire pour écouter ».

« Les cours de M. Cousin, de 1818 à 1820, étaient devenus très populaires parmi la jeunesse. L'opposition politique doctrinaire les appuyait de ses suffrages dans les salons royalistes. L'opposition libérale y cherchait un fonds de science qui lui manquait et une occasion de se faire connaître à la jeunesse. Le professeur se montait peu à peu, devenait tribun sans s'en douter » [Dubois].
Quant au thème de l'ouvrage, A. Garnier écrit : « Le cours de 1818 a essayé de résoudre la question la plus importante et en même temps la plus difficile de toute la philosophie, celle qui, même pour quelques uns, est la seule question philosophique, ou la philosophie tout entière : Y a t'il des idées qui ne soient ni la connaissance des corps, ni la connaissance de nous-mêmes ; et quel est le fondement de ces idée ».
[Le cours de 1818 sur les Idées du beau, du vrai et du bien a été repris dans l’édition en trois volumes des Oeuvres de Cousin de 1828-1829].
[1846] 2. Nouvelle édition revue et corrigée, sous le titre : Cours de l'histoire de la philosophie moderne, histoire des derniers systèmes de la philosophie moderne sur les idées du vrai, du beau et du bien. Paris : Ladrange-Didier, 1846, 443 p.
Le texte de cette édition est dictée par V. Cousin à son jeune élève, Paul Janet.
[1853] 3. Du Vrai, du beau et du bien, par M. Victor Cousin, Paris : Didier, 1853, VIII-494 p. Cette édition, considérée comme classique, sera rééditée à de nombreuses reprises.
[2000] 4. Le texte est également édité en 2000 : V. Cousin, Oeuvres de jeunesse, I. Cours de philosophie professé à la Faculté des lettres pendant l’année 1818, sur les fondements des idées absolues du vrai, du beau et du bien.

CORRESPONDANCE : LETTRES …DE, À, AU SUJET DE … V.COUSIN.
Bautain à V. Cousin.
Louis Bautain est en rapport avec un pasteur protestant, il en rend compte à V. Cousin : « […] Je sors toujours de chez lui plus content de moi. Et emportant une impression toute semblable à celle que j’éprouvais quand je vous quittais. Oh ! Monsieur, combien je vous dois ! Si j’ai quelque chose de noble dans le cœur, c’est vous qui me l’y avez mis. C’est votre exemple qui m’a fait ce que je suis ; et vous dominiez tellement mon âme que je prenais jusqu’à vos défauts. Ce que vous avez produit sur moi, vous pourrez le produire sur beaucoup d’autres ; et je vous fait cet aveu pour augmenter mon ascendant par la conviction de votre puissance. » [selon Barthélemy Saint Hilaire , fin 1817, commencement 1818].

Paul Dubois à Jean Philibert Damiron.
« Entre nous la clarté n’est pas le talent de Cousin. Pour peu qu’il continue, il lui faudra un dictionnaire pour sa langue. Il y aura des adeptes, des initiés comme aux mystères d’Éleusis, et la foule restera à la porte du temple, parce qu’il ne lui aura pas été donné de contempler la divinité. C’est une triste philosophie que celle-là. Je ne l’entens pas de cette manière. [...] Je n’aime pas le passage où vous vous appuyez de Cousin. Il est faible Cousin. Modérez votre enthousiasme Je l’admire. Son beau talent, son génie philosophique même, si vous voulez, le méneront loin, mais dans les espaces, dans la nébuleuse philosophique de Koenisberg. Déjà il ne touche plus à la terre. C’est un bel et noble enthousiasme que le sien. Dans son vol audacieux, il vous dira de belles vérités d’en haut. C’est à nous de les reueillir. Mais n’oublions pas autant que lui que nous sommes en bas. Ne perdons jamais pied. Voilà la vraie sagesse. Ne prenons jamais ses ailes qu’à bon escient. Point de dogmes dans les opinions des hommes. Prenez garde, mon ami, vous devenez un peu croyant. Rappelez-vous ce que vous me disiez de l’esprit de secte... C’est ma pensée solitaire que je vous exprime ici. Elle ne tient pas au jugement de tel ou tel. Je lis quelquefois Cousin ; je le juge parfois. Quoique je ne sache pas tout ce qu’il faut, il m’est pourtant abordable par quelque point. Il n’y a dans cette tête ni fixité ni méthode. il rêve la philosophie.
La sagesse n’est plus à l’École [l’École normale]. Cousin est pour beaucoup là-dedans. Il s’est passionné pour l’indépendance. Il trouve mauvais le livre de Darmaing, mais les principes sont bons, dit-il ; et, dans un de ses moments d’illuminé, il s’écriait : - Mes amis, attachez-vous à bien écrire ; nous somes appelés à défendre la cause de l’indépendance ; nous n’avons que notre plume. il y aura de l’honneur à être accusé. Nous irons briguer la faveur de paraître sur le banc. - dans d’autres moments, il répétait qu’il paraîtrait près de Darmaing, qu’il paierait l’amende. tout celà n’est guère propre à mettre de la sagesse dans les têtes. Il en est grand besoin pourtant. » [19 juillet 1818].

Le 16/11/2018