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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1817
  COUSIN EN 1817
En 1817, V. Cousin [1792-1867] est âgé de vingt quatre ans. [Il aura vingt cinq ans le 28 novembre 1817].
Pour la seconde année consécutive il enseigne à la Faculté des lettres de Paris, comme suppléant, dans la chaire de Royer-Collard. À l’École normale, après avoir été pendant un an [1814-1815] maître de conférences en littérature, il est depuis 1815, maître de conférences de philosophie. Il rencontre à chaque fois un vif succès comme enseignant. Un long séjour en Allemagne de plus de trois mois, durant l’été 1817, lui permet de découvrir vraiment la philosophie allemande contemporaine.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère, née Grivelet, est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Au collège Charlemagne en classe de rhétorique [classe de première], il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.

1817. Le Journal des savants ; les Archives philosophiques.
V. Cousin devient collaborateur régulier du Journal des savants [janvier 1817], pour lequel il publie des recensions d’ouvrages philosophiques français ou étrangers. Il y publiera jusqu’en 1862.
Il collabore également, à partir de juillet 1817, aux Archives philosophiques, qui viennent d’être créées par Royer-Collard, y rédige des compte-rendus et des articles.

1817-1818. Voyages en Allemagne.
Premier voyage en Allemagne, fin juillet-mi-novembre 1817, où il rencontre les grands hommes : Hegel à Heidelberg et Goethe à Weimar.


ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
V. Cousin continue d’enseigner à l’École normale [en même temps qu’à la Faculté des lettres]. Ses cours à l’École portent sur le temps, sur des sujets de morale (la faculté morale, le principe du mérite et du démérite, l’intérêt personnel comme principe de morale), sur le beau [qui commençait, dit Cousin, à nous préoccuper]. C’est la source de la deuxième thèse de Jouffroy, soutenue en 1816 : [Le] sentiment du beau est différent du sentiment du sublime ; ces deux sentiments sont immédiats.
T. Jouffroy, dans une lettre à Damiron, alors jeune professeur à Falaise, témoigne : « Ce Cousin qui corrige les rédactions [de philosophie] ne se hâte guère, en sorte qu’elles dorment longtemps chez lui et que nous sommes singulièrement en retard».

Rédige le Programme d'un cours de philosophie, 1817 [qui sera publié ultérieurement dans la première édition des Fragmens philosophiques [Paris : A. Sautelet et Cie, 1826], dans sa réédition de 1833, dans sa réédition en deux volumes de 1838, pages 259-289], mais pas dans les rééditions ultérieures.
Est reçu chez Mme de Staël*, rue Royale (quelques mois avant sa mort), y rencontre vraisemblablement Auguste Schlegel*[1764-1844]. [Janet].

COLLABORATION AVEC LE JOURNAL DES SAVANTS.
[à partir de janvier 1817]. V. Cousin commence une collaboration avec le Journal des savants, qui va se prolonger sur plusieurs dizaines d'années. Et, dès juillet 1817, lorsque pour la première fois, le Journal des savants fait apparaître la liste des membres du Bureau du journal, le nom de V. Cousin apparaît dans la liste des « auteurs ».
Ce bureau est constitué de la manière suivante : Président : Monseigneur le Garde des Sceaux ; Assistants : Joseph Dacier, Silvestre de Sacy, Gosselin, Cuvier ; Auteurs : Pierre Daunou, Tessier, Quatremère de Quincy, Jean Baptiste Biot, Visconti, Vaudebourg, François Raynouard [membre de l’Académie française depuis octobre 1816], Raoul-Rochette, Chézy, V. Cousin [maître de conférences à l'École normale], Antoine Jean Letronne, Pierre Louis Dulong.

VOYAGE EN ALLEMAGNE.
[fin juillet-mi novembre 1817]. En 1817 premier séjour en Allemagne, conçu au départ comme voyage de loisir, mais qui devient vite un voyage d’études. [Cousin fera un deuxième voyage en 1818 ; puis un troisième en 1824, où il sera arrêté ; enfin un quatrième et dernier voyage en 1831].
Il part de Paris le 25 juillet. Il se rend en août à Heidelberg, où il rencontre Hegel qui y est professeur depuis 1816, avec lequel les échanges ont lieu en français ; à Marbourg, où il rencontre Wilhelm Gottlieb Tennemann*, avec lequel les échanges ont lieu en latin ; à Göttingue, où il rencontre Arnold Heeren*, puis Ernst Schulze*, Friedrich Bouterwek*, qui sont des adversaires de F. Schelling.
Dans les premiers jours de septembre il est à Berlin, où il rencontre Jean-Pierre Friedrich Ancillon* ; Friedrich Ernst Daniel Schleiermacher* ; Wilhelm Martin Leberecht de Wette.
À Dresde il rencontre l’américain Edward Everett [qui consacrera, en 1829, une recension des Fragmens philosophiques, dans la North American review]. Rencontre l’archéologue Charles Böttiger, avec qui il reste en correspondance.
À Leipzig, il rencontre Ernst Platner, Whilhelm Traugott Krug, Swabedisen ; à Iéna, Jakob Friedrich Fries.
À Weimar, V. Cousin rencontre Goethe [17 octobre 1817]. À Wurzbourg, il rencontre Johann Jakob Wagner.
Enfin, il retourne à Heidelberg, où il rencontre les frères Melchior et Sulpiz Boisserée, l’helléniste et mythologue Georg Friedrich Creuzer [qui dans une lettre à Hegel, en 1820, se plaindra du comportement de V. Cousin à propos de l’édition de Proclus], mais qui restera en contact avec V. Cousin, se réconciliera avec lui et le visitera à Paris... Puis à nouveau Hegel, auprès de qui il rencontre Friedrich Wilhelm Carové*[1789-1852]. Il rentre en France vers le milieu novembre.
« Et à mon retour en France, je dis à mes amis [en parlant de Hegel] : messieurs j’ai vu un homme de génie. » De ce voyage en Allemagne il revint passionné par la métaphysique et enclin au panthéisme [Boutroux, Corpus, 33].
Il publie, dix ans plus tard, un compte-rendu de ce voyage dans la Revue française (1838. Tome 5. Dix jours à Goettingue). Beaucoup plus tard encore, publie deux articles dans la Revue des Deux-Mondes : Promenade philosophique en Allemagne [1er octobre 1857], puis Voyage en Allemagne [16 août 1866], qui rendent compte de ce voyage [articles repris dans les Fragments de philosophie contemporaine [1866], avec des modifications].

En quittant le sol allemand, le 15 novembre 1817, à Kehl, à 19 heures du soir, V. Cousin rapporte avoir écrit ces lignes :
« Je serais plus jeune encore que mon âge, si j’allais troubler notre naissante école spiritualiste en la jetant brusquement dans l’étude prématurée de doctrines étrangères, dont il n’est pas aisé de bien saisir les mérites et les défauts, et de mesurer la juste portée. Non, laissons la nouvelle philosophie française se développer naturellement par sa vertu propre, par la puissance de sa méthode, cette méthode psychologique, si dédaignée en Allemagne, et qui est, à mes yeux, la source unique de toute vraie lumière, en suivant les instincts hérédita ires du génie français, considéré particulièrement à l’époque la plus illustre de sa grandeur passée, et dans ce qui fait aujourd’hui en quelque sorte l’âme des temps nouveaux : je veux dire les principes de la révolution de 1789 ».

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
Élèves reçus à l’École normale supérieure, section lettres.
Bariseau ; Louis Léonce Bolly ; [Agrégation des lettres en 1821] ; Rémy Delaître ; Gayard ; Gillette ; Émile Lefranc [Agrégation des lettres en 1821] ; Paul Lorain ; [Agrégation des lettres en 1828] ; Marie ; Perdrix ; Henri Jean Louis Pottier ; [Agrégation des lettres 1823, Toulouse] ; Ravaud ; Jean Baptiste Sorin [Agrégation de grammaire en 1821, Caen] ; Thibaud.
LES ARCHIVES PHILOSOPHIQUES.
À l'initiative de Pierre Paul Royer-Collard [1763-1845], parution, en juillet 1817, du 1er numéro des Archives philosophiques, politiques et littéraires. Paris : chez Fournier, libraire, rue Macon, n°10, in-8, 1817.
Avec comme grandes rubriques : 1. Politique spéciale, 2. Sciences politiques, 3. Industrie, 4. Sciences philosophiques, 5. Sciences physiques, 6. Instruction publique, 7. Littérature, 8. Littérature étrangère, 9. Histoire, 10. Voyages, 11. Variété, 12. Gazette littéraire.
La parution, régulière, va s'échelonner de juillet 1817 à décembre 1818. Paraîtront dix-huit numéros, soit un numéro par mois. Le principe des articles est de rendre compte de façon détaillée des ouvrages qui viennent de paraître. La revue, dirigée par Royer-Collard, est l'expression du courant doctrinaire ; François Guizot y contribue par plusieurs articles , V. Cousin y assure la presque totalité des articles de la rubrique sciences philosophiques. Il les réutilisera dans d'autres revues : Journal des savants, ou dans des ouvrages de compilation : Fragments philosophiques.

ACTIVITÉS D’ENSEIGNEMENT.
[1817] 1. Rédige le Programme du cours sur la nature, l'origine et la légitimité de nos connaissances dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre moral, 1817.
[1846] 2. Publié dans les Premiers essais de philosophie [1846, Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p.] et ses différentes rééditions, 1855, 1862, 1873 [6ème édition, pages 235-251].

Activités d'enseignement.
[1817-1818] 1. Rédige le Programme d'un cours sur les vérités absolues.
Sera publié sous le titre : Programme des leçons données à l’École normale et à la Faculté des lettres, pendant le premier semestre de 1818 sur les vérités absolues.
[1818] 2. Publié en 1818 [cf. les références en 1818] dans les Archives philosophiques.
[1826] 3. Puis republié dans l'édition de 1826 des Fragmens de philosophie, dans la réédition de 1833, dans la réédition en deux volumes de 1838 [pages 290-318]. Mais ne sera pas republié, en 1866, dans le tome 5 [Philosophie contemporaine] des Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie.
[1846] 4. Repris dans les Premiers essais de philosophie [1846, Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p.] et ses différentes rééditions, 1855, 1862, 1873 [6ème édition, pages 251-266].

ARTICLES.
Recension dans les Archives philosophiques .
[1817] 1. Analyse d’un ouvrage de J. C. Buhle, Histoire de la philosophie moderne, depuis la renaissance des lettres jusqu'à Kant, précédée d'un abrégé de philosophie ancienne, sept volumes, chez Fournier, traduit de l'allemand par J. C. Jourdan, docteur en médecine. Archives philosophiques, tome 1, 1817, 1er article, p. 39-52 ; 2ème article, pages 200-212 [article non signé].
Incipit : « Si, dans ces derniers temps, en France, quelques historiens de la philosophie ont justement encouru le reproche d’avoir concentré forcément l’histoire entière de l’esprit humain dans une seule question, nous reprocherons à M. Buhle de l’avoir tellement divisée et morcelée, qu’elle manque totalement de liaison et de centre. Partisans déclarés de la méthode chronologique, nous aimons à reconnaître que cette méthode, en apparence superficielle, est la seule profonde en réalité, puisque seule elle représente, à qui sait la comprendre, le mouvement progressif et la marche harmonieuse du genre humain. Tout ordre artificiel, mis à la place de l’ordre chronologique, est un désordre réel, une substitution arbitraire d’idées personnelles, et par conséquent mesquines aux grandes lois du développement nécessaire de l’espèce, un démenti véritable donné à la marche de l’humanité, c’est à dire aux desseins de la Providence ».
[1826] 2. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, pages 62-72, et dans différentes rééditions :
[1833] 3. 2ème édition.
Cette recension ne paraît pas dans la troisième édition en deux volumes [1838] des Fragments philosophiques.
[1856] 4. Republié dans Fragments de philosophie contemporaine, sous le titre Histoire de la philosophie moderne précédée d'un abrégé de la philosophie ancienne, par J. G. Buhle, professeur de philosophie à Gottingue. Traduit de l'allemand par J. L. Jourdan* [1788-1848], D. M., pages 180-188.
Cette recension ne paraît pas dans le tome 5 de Philosophie contemporaine, des Fragments philosophiques pour servir à l'histoire de la philosophie [1865-1866].

Recension dans les Archives philosophiques.
[1817] Examen des leçons de philosophie de M. de La Romiguière. Archives philosophiques, tome 1, 1817, 1er article, pages 432-443 [article non signé].
Incipit de l'article : « C’est grand dommage qu’on ait philosophé avant nous ; je suis souvent tenté de croire que si nous entrions aujourd’hui, seuls et pour la première fois, dans le champ de la philosophie, nous y ferions des découvertes plus sûres et plus rapides. Le fil qu’ont prétendu nous laisser nos devanciers, crée le labyrinthe au lieu de nous aider à en sortir. Les solutions ont obscurci les questions ; et peut-être serions-nous maintenant en état de résoudre les problèmes, si nous n’étions pas contraints de perdre notre temps à les dégager.
L’esprit humain a la faculté de se voir lui-même, d’observer ses modifications et ses actes ; ou plutôt il ne voit que lui, car il ne connaît les objets extérieurs que par les modifications qu’ils lui font subir.
La philosophie est donc d’abord une science des faits ; elle procède par voie d’observation. l’esprit aperçoit les faits qui se passent en lui, les constate, les classe, reconnaît les rapports qui les lient, donne à ces rapports le nom de lois, et compose des faits observés et des lois reconnues, une science qu’il appellle Psychologie.
Il n’y a rien, soit dans les éléments de cette science, soit dans les procédés qu’emploie l’esprit pour les combiner et en découvrier les lois, qui ne soit rigoureusement analogue à ce qui se passe dans l’histoire naturelle, la physique ou la chimie ».

Article dans les Archives philosophiques.
[septembre ou octobre 1817] Du clair et de l’obscur dans les connaissances humaines, ou de la spontanéité et de la réflexion. Archives philosophiques, tome 2, 1817, pages 330-340 [article signé V. Cousin ].
Le texte de l'article est précédé d'une note :
« L’auteur de cet article a eu pour objet de combattre la doctrine de Fichte, qui partant du moi libre ou de la réflexion, et n’employant jamais que l’élément réflexif, a construit un système admirable comme monument de l’art, mais auquel il manque la réalité et une base. pour combattre Fichte, l’auteur s’est placé sur son terrain, il a emprunté sa langue et ses formes scientifiques ; il l’a suivi pied à pied, exposant principe à principe, conséquence à conséquence, résultat à résultat ; mais quoiqu’il n’y ait pas une seule ligne de cet article qui ne regarde quelque idée de Fichte, directement ou indirectement, l’auteur espère qu’il sera compris de tous ceux qui, sans connaître le philosophe allemand, ont porté leur méditation sur le problème de la base et du point de départ de toute philosophie. C’est pour eux, mais pour eux seulement qu’il écrit ».
Incipit de l'article : « Les connaissances humaines peuvent se considérer, soit à leur origine ou dans leurs caractères primitifs ; soit dans leur développement ou dans leurs caractères actuels.
Or, je dis que toute connaissance primitive est spontanée, et toute connaissance développée, réféchie.
Doù il suit que toute connaissance primitive est positive, obscure, et que toute connaissance développée est négative, distincte et claire.
D'où il suit encore qu'autre chose est le point de départ, autre chose est la base de la philosophie ; car si la philosophie ne veut point s'abjurer elle-même, elle doit partir de la réflexion pour partir de la lumière et si la philosophie veut porter sur quelque chose, elle doit se présupposer une base à elle-même dans un fait nécessairement obscur, par ce qu'il est antérieur à toute réflexion.
Qu'est-il donc ce fait primitif, enseveli sous les ténèbres qui environnent le berceau de la pensée ? Mais qu'est-ce d'abord que la réflexion, et que contient-elle ?

Le commentaire de Paul François Dubois.
“ La première éruption écrite de ses doctrines est de 1817 (septembre ou octobre) [...] C'est la discussion du système de Fichte. L'avait-il lu dans l'original ? Il y a plus que des doutes. Il avait consulté Buhle et de Gerando, tout au plus peut-être recueilli quelque conversation. Cet article, il m'en souvient, eut un éclat de surprise par sa forme aphoristique, le ton d'oracle et de solennité novice du jeune professeur. Mais son obscurité même poussait les jeunes et curieux esprits à agiter des questions jusque là insolites. Dans le Cénacle Normal, et même entre ceux qui étaient dispersés en province, il devint le sujet de débats, de correspondance et de commentaires. Le maître s'était déclaré et avait comme lancé son mot d'ordre.” [Dubois].
Publié en 1826, sous un titre légèrement différent [Du premier et du dernier fait de conscience ou de la spontanéïté et de la réflexion] dans la première édition des Fragmens philosophiques. En 1833 dans la seconde édition. En 1838, dans la troisième édition en deux volumes, pages 356-366. Mais n’est pas repris en 1856 dans l’édition en cinq volumes des Fragments philosophiques, ni en 1866, dans le tome 5 [Philosophie contemporaine] des Fragments philosophiques pour servir à l’histoire de la philosophie.
Repris, sous le titre De la spontanéïté et de la réflexion, en 1846 dans les Premiers essais de philosophie [Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p., 1846] , dans ses rééditions de 1855 et de 1862, ainsi que dans ses rééditions ultérieures [6ème édition en 1873, pages 305-313].

Recension dans le Journal des savants.
[janvier-août 1817] 1. Publication dans le Journal des savants, d'un article : Analyse d’un ouvrage de M. Dugald Stewart, Outlines of moral philosophy, Esquisses de philosophie morale, 3ème édition, Edimbourg, 1808. Ce compte-rendu s'effectue sur quatre livraisons : janvier 1817 [pages 3-12] ; juin 1817 [pages 334-342] ; juillet 1817 [pages 413-418] ; août 1817 [pages 485-493].
Incipit : « La morale de M. Dugald Stewart dépend de sa philosophie générale. pour comprendre l'une, il est nécessaire de connaître l'autre ; et pour bien saisir la philosophie de M. Dugald Stewart, il faut avoir étudié la philosophie de l'école écossaise, à laquelle il appartient. On nous permettra donc ici quelques considérations préliminaires sur l'école écossaise, sans lesquelles il serait à craindre que l'esprit de l'ouvrage que je dois vous faire connaître, c'est à dire ce qu'il y a de vraiment important dans cet ouvrage, n'échappât à quelques lecteurs ».
[1817] 2. Publiée comme tiré à part, sous forme d’une brochure : Analyse d’un ouvrage de M. Dugald Stewart, intitulé Esquisses de philosophie morale [Outliness of moral philosophy, etc.], Paris : impr. de Cellot, in-8, 99 p.[1817].
[1826] 3. Republié dans Fragmens philosophiques, 1ère édition, Paris : A. Sautelet et Cie, 1826, dans sa deuxième édition de 1833, dans sa troisième édition de 1838 en deux volumes, tome 1, pages 85-138. Puis en 1856 dans l’édition en cinq volumes des Fragments philosophiques [Fragments de philosophie contemporaine, pages 115-163], et en 1866 dans le tome 5 des Fragments de philosophie pour servir à l’histoire de la philosophie [Philosophie contemporaine, pages 235-276 ].
Dans l’édition de 1856 in-12, des Fragments philosophiques [page 115], l’incipit n’est pas le même : « Il y a deux sortes de philosophie. La première étudie les faits, les examine et les décrit, reconnaît les différences et les analogies qui les rapprochent ou les séparent, sans aucune vue systématique, établit des classifications exactes et ne va pas plus loin. La seconde commence où s’arrête la première : elle sonde la nature des faits, et prétend pénétrer leur raison, leur origine et leur fin ; elle ne se borne point au présent, elle remonte dans le passé, s’étend dans l’avenir, embrasse le possible comme le réel ; et, au lieu de questions expérimentales que l’observation peut résoudre, elle élève des questions spéculatives, qu’elle aborde avec le raisonnement. »
[1856] 4. Repris dans Fragments de philosophie contemporaine [Paris : Didier, nouvelle édition 1856, pages 115-163].
Il s'agit du premier article de V. Cousin donné au Journal des savans. L’oeuvre de D. Stewart [1753-1828] commence à être traduite en français en 1808. Théodore Jouffroy traduira l’Esquisse de philosophie morale en 1826. V. Cousin déclare avoir traduit les Esquisses de philosophie morale de Dugald Stewart, dès l'été 1815 et les avoir dictées à ses élèves du collège Bourbon à cette époque.

Correspondance : lettres... de, à, au sujet de... V. Cousin.
Jouffroy met Damiron dans la confidence des Archives philosophiques.
Dans une lettre, en date du 11 juin 1817, Théodore Jouffroy met son ami Jean Philibert Damiron, alors professeur de seconde à Falaise, dans la confidence du projet des Archives philosophiques. V. Cousin est à la tête de l’entreprise, l‘intention est de propagande, les rôles sont distribués. Mais, à un mois de la parution, le secret est de rigueur.
« Aujourd’hui il [Cousin] est à la tête d’une entreprise qui a pour but encore la propagation des bonnes doctrines politiques et philosophiques ; il s’agit d’un journal dont je vous envoie le prospectus de sa part ; aucun article n’y sera signé, et tous ses collaborateurs garderont le plus sévère incognito, ces précautions sont nécessaires pour garantir et assurer l’indépendance des opinions ; il ne m’a pas caché qu’il était du nombre, mais il m’a déclaré qu’il ne pouvait pas me dire le nom de ses collègues ; un hasard m’a instruit et je vous mets dans la confidence en vous imposant, même à l’égard de Dubois, le silence le plus complet ; vous sentez que je trahirais ainsi un secret qui ne m’appartient pas. – Cousin et M. de Biran feront les articles de philosophie, M. Guizot et M. Ganill, membres de la Chambre des députés, les articles de politique, MM. Loyson et Viguier, les articles de littérature française ; probablement Mme et M. Guizot, les articles de littérature étrangère ; Pouillet, les articles de sciences ; il y a encore d’autres collaborateurs que je ne connais pas. Vous pensez que le journal sera fort et intéressant.- Je vous conjure de ne pas ouvrir la bouche sur tous ces noms. Tâchez de donner des abonnés à ces messieurs ; si vous connaissez à Falaise quelques esprits indépendants, engagez-les à s’y abonner ; tout cela est dans notre but. Bautain est chargé du même emploi à Strasbourg. – Le prospectus que je vous envoie est de M. Guizot : il y a de belles choses ; mais il n’est pas écrit comme le sera le journal lui-même. – Encore une fois, taisez-vous ».

L’orientation idéologique.
Dans une autre lettre à Jean Philibert Damiron, en date du 24 janvier 1818, Théodore Jouffroy indique :« Les Archives peuvent passer pour le journal du nouveau parti semi-ministériel et semi-libéral. -. Ce parti a de nombreux appuis au Conseil d’État et chez beaucoup de gens sages et modérés.».

Le 19/08/2018