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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1815
  En 1815, V. Cousin [1792-1867] est âgé de vingt deux ans. [Il aura vingt trois ans le 28 novembre 1815]. Le jeune homme qu’il est, professeur dans un collège parisien, et déjà répétiteur à l’École normale, sera désigné, en fin d’année, pour suppléer Pierre Paul Royer-Collard [1768-1845], qui vient à quarante sept ans d’être choisi pour présider la nouvelle commission de l’instruction publique.

Résumé des années précédentes.
1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale .
Au collège Charlemagne en classe de rhétorique [classe de première], il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811, et dès octobre 1812 est nommé élève répétiteur de grec et de latin, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève, auprès des étudiants de première année ; maître de conférences de littérature en 1814-1815, puis en 1815 [jusqu’en 1822] chargé de conférences de philosophie.

1815. Enseignement à la Faculté des lettres de Paris.
Royer-Collard, succédant à Emmanuel Pastoret, a été nommé professeur d’Histoire de la philosophie moderne à la Faculté des lettres de Paris, en octobre 1810. Mais, à la seconde Restauration, devenu président de la nouvelle Commission de l’Instruction publique, il est amené à désigner un suppléant. Il choisit V. Cousin, qu’il a pu distinguer au sein de la société spiritualiste constituée autour de Maine de Biran. V. Cousin monte dans la chaire de Royer-Collard en décembre 1815.


Éléments biographiques.
Les Cent-Jours.
« Lorsque Napoléon, débarqua sur les côtes de Provence, [...] et s'avança vers Paris sans rencontrer d'obstacle, quelques jeunes hommes, à l'esprit ardent et à l'âme intrépide, parmi lesquels plusieurs ont été d'invariables défenseurs des libertés publiques, prirent les armes dans le dessin courageux et chimérique d'opposer une digue à ce torrent. M. Cousin s'enrôla des premiers, avec nombre d'élèves de l'École normale, dans ce bataillon de volontaires royalistes et libéraux, dont la campagne, comme on le pense bien, ne pouvait être longue et qui fut dispersé sans avoir combattu. » [Mignet].

L'enseignement.
Durant l'été 1815 V. Cousin enseigne la philosophie, quelques mois, au collège Bourbon [l'actuel lycée Condorcet], où il est attaché comme agrégé.
La tradition veut que V. Cousin y ait enseigné la philosophie écossaise, en dictant à ses élèves sa traduction des Esquisses de philosophie morale de Dugald Stewart. [C'est le souvenir rapporté par V. Cousin lui-même : « J'avais traduit les Esquisses de philosophie morale, je les avais dictées à mes élèves quand j'étais professeur de philosophie au collège Bourbon dans l'été de 1815 ; et de cette traduction, j'avais tiré en 1816 quatre longs articles pour le Journal des savans. » [Fragments et souvenirs].
Quant au lycée Condorcet il a le nom de Lycée impérial Bonaparte de 1805 à 1814. Il prend le nom de collège royal Bourbon de juillet 1815 à fèvrier 1848, pour reprendre le nom de lycée impérial Bonaparte de 1848 à 1870. Ultérieurement, il s’appellera lycée Fontanes, puis enfin lycée Condorcet.

Éléments institutionnels de l’histoire de la philosophie.
Les différentes chaires de la Faculté des lettres de Paris se mettent en place en 1808-1809. Il y a d'emblée deux chaires de philosophie : une première chaire intitulée Philosophie et opinion des philosophes [créée le 6 mai 1809] ; et une deuxième chaire intitulée Philosophie [créée le 19 septembre 1809].
La première chaire a pour titulaire Emmanuel Pierre Pastoret [1756-1840], qui est en même temps doyen de la Faculté [6 mai 1809-décembre 1809]. Mais il n'assurera aucun enseignement, Charles Millon [1754-1839] sera son adjoint en mai 1809. En remplacement d’Emmanuel Pastoret, Charles Millon sera Professeur adjoint de philosophie [de 1809 à 1811], puis à la démission de Pastoret deviendra Professeur titulaire (novembre 1811).
La deuxième chaire est confiée à Pierre Laromiguière [1756-1837] qui en sera titulaire du 19 septembre 1809 au 12 août 1837 (Jean) François Thurot* [1768-1832] sera suppléant puis adjoint de 1811 à 1824.
Une troisième chaire, Histoire de la philosophie ancienne, sera créée en 1814, avec Charles Millon comme titulaire .
La Faculté des lettres est alors située, non pas à la Sorbonne, mais rue Saint-Jacques, dans les anciens bâtiments du collège du Plessis, attenant au lycée Louis-le-Grand. Ces bâtiments seront plus tard affectés à l’École normale avant la construction des locaux de la rue d’Ulm.
Paul Royer Collard* [1763-1845], professeur d’histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne, depuis 1811 [il a succédé à Emmanuel Pastoret, et est devenu, comme lui, en même temps que professeur, doyen de la Faculté].

Éléments institutionnels de l’histoire de la philosophie.
Élèves reçus à l’École normale supérieure, section lettres,
Bouchez ; Bourgon ; Cabaret-Dupaty ; Chanlaire ; Laurent Pierre Étienne Delcasso ; Jean Marc Giffard [agrégation de grammaire, 1821, Caen] ; P. Guyot; Lavigne ; G. Lecomte; P.-L. Le Conte; J. Léger; Leterrier ; Motté ; A. Robert.

Société de philosophie spiritualiste.
Pour s'opposer à la société d'Auteuil où se retrouvaient les Idéologues, Royer-Collard a créé, autour de 1815, une société de philosophie spiritualiste, qui se réunissait chez Maine de Biran, à laquelle participent de Joseph Marie baron de Gérando [1772-1842], André Marie Ampère [1755-1836], Charles Fauriel [1772-1844]. On y remarquait aussi, dit Sainte-Beuve, A. Stapfer*, un des habitués du salon de Délécluze, le docteur Bertrand, rédacteur au Globe, Charles Loyson [1791-1819], ancien élève de l’Ecole normale et poète à ses heures. V. Cousin la fréquente. Et lorsque Royer Collard s'oriente vers la vie politique, il choisit V. Cousin comme suppléant. [Par arrêté du 13 novembre 1815, Royer-Collard est autorisé à se faire remplacer dans ses fonctions de professeur par M. Cousin]. Il semble que V. Cousin ait été préféré à Barthélémy Saint Hilaire, qui avait le soutien de Laromiguière [Schimberg].

« M. Cousin ne commence à compter pour la philosophie et pour les lettres qu'à partir du mois de décembre 1815, lorsqu'il monte dans la chaire de M. Royer-Collard. Faudrait-il s'en étonner. Il n'a que vingt-trois ans [...] et, cependant, il y a déjà trois ans qu'il exerce sur l'École normale une influence considérable. Nommé élève répétiteur au mois d'octobre 1812, à vingt ans, et chargé de la conférence de première année, composition française et vers latins, il y porte toutes les ardeurs de son esprit, en crise de transition, de son premier enthousiasme de M. de la Romiguière et Condillac, au dogmatisme écossais de M. Royer-Collard. Il enflamme et domine les tout jeunes esprits qui lui sont confiés ; tous, sauf un ou deux, venus de province, et qu'on a jugés, sinon trop faibles, au moins trop novices auprès des élèves parisiens presque tous lauréats du concours général, pour suivre immédiatement les deux grandes conférences, comme on disait alors, de MM. Villemain et Burnouf » [Dubois].

L’influence de Maine de Biran et des Écossais.
Dans la période 1815-1816, V. Cousin est influencé par Maine de Biran : « Cet observateur admirable m'exerça à démêler, dans toutes nos connaissances, et même dans les faits les plus simples de conscience, la part de cette activité volontaire, de cette activité dans laquelle éclate notre personnalité » [Cousin ].
Ses premières leçons portent sur la philosophie écossaise. Il commence à déchiffrer Kant, et l’inscrit à l’affiche de son enseignement. « Quand il parla pour la première fois de Kant, épelant à peine l'allemand, et déchiffrant la traduction latine de [Friedrich Gottlob] Born*, avait-il réellement [lu] tous les textes importants ? Non, je ne crains pas de l'affirmer ; mais le sens, l'esprit, la vie et le fond de la doctrine, il le ravissait, si je puis ainsi dire, et, y eût-il quelques inexactitudes, qu'importait ? Il pensait tout haut, et faisait penser comme lui-même, de sa fièvre et de son bonheur de découverte. Plus les perspectives étaient quelquefois indécises, plus les lignes qui s'en dessinaient, fixaient, enchaînaient le regard et la pensée du jeune auditoire » [Dubois].

La découverte de la philosophie allemande.
V. Cousin, lui-même, dans la préface de la deuxième édition des Fragmens philosophiques [juin 1833], témoigne [et reconstruit] son itinéraire : « Je cherchais des maîtres nouveaux : après la France et l’Écosse, mes yeux se portèrent naturellement vers l’Allemagne. J’appris donc l’allemand, et me mis à déchiffrer avec des peines infinies les principaux monuments de la philosophie de Kant sans autre secours que la barbare traduction latine de Born. Je vécus ainsi deux années entières, comme enseveli dans les souterrains de la psychologie kantienne ».
Il découvre aussi Friedrich Schelling (qui, selon l’expression de Jules Simon, vient de fonder la philosophie de la nature, sur les ruines de l’École de Kant).

Les postes d’enseignement : statuts et chaires.
L'enseignement de V. Cousin à la Sorbonne, dure d'abord cinq ans, de 1815 à 1820, comme suppléant de Royer-Collard dans la chaire d'Histoire de la philosophie moderne.
Puis, après sa suspension en 1820, reprend de 1828 à 1830, comme professeur adjoint de Royer-Collard [qui restera le titulaire de la chaire d'Histoire de la philosophie moderne jusqu'à sa mort, le 4 septembre 1845].
Enfin, en juin 1830, V. Cousin est nommé professeur titulaire de la chaire d'Histoire de la philosophie ancienne, succédant ainsi à Charles Millon. Il restera professeur titulaire jusqu'au 7 mai 1852, date où il résilie sa fonction ; mais n'enseignera plus à partir de 1830 [Jean-Philibert Damiron sera son suppléant en 1830-1831, puis Hector Poret* en 1831-1838, puis Étienne Vacherot en 1838-1839, et enfin Jules Simon de 1839 à 1852].

Les auditeurs.
Jean-Jacques Ampère [1800-1864] qui sera professeur au Collège de France, Marcelin Desloges, Tanneguy Duchâtel, Charles Paravey [1801-1877] et bien d’autres sont ses auditeurs et suivent ses cours avec enthousiasme.

Discours prononcé à l’ouverture du Cours de l’histoire de la philosophie moderne, le 7 décembre 1815. Paris : Librairie nouvelle [Delaunay], in-8, VII-33 p., 1815.
Incipit : « Lorsque, appelé à faire paraître dans des fonctions plus élevées la mâle éloquence et cette vigueur de sens et de dialectique qui marquaient son enseignement, l'homme illustre que vous avez tant de fois applaudi dans cette enceinte daigna jeter les yeux sur moi pour le remplacer, l'honneur d'un pareil choix ne m'éblouit point sur ses périls, et, avant de vous surprendre, Messieurs, il me fit trembler. Un tel devancier, un auditoire si éclairé, de si hautes matières accablaient mon esprit, me décourageait jusqu'au désespoir. Je me dois même cette justice de déclarer que jamais je ne me fusse engagé dans une carrière effrayante pour ma faiblesse, si la même bienveillance qui me l'ouvrait ne m'eût promis de m'y guider et de m'y soutenir. Cet appui me rassure un peu, je l'avoue ; j'espère qu'il pourra suppléer aux forces qui me manquent : apportant peu du mien à cette chaire, j'y serai moins indigne de votre attention. Peut-être même ceux qui ne dédaigneront pas de suivre un cours de philosophie fait par un jeune homme, trouveront-ils à ces leçons quelque profit et quelque intérêt, si je parviens à leur transmettre les inspirations auxquelles j'aurai souvent recours, sans trop les affaiblir, ou du moins sans les altérer. C'est là, Messieurs, toute mon ambition ».
V. Cousin occupe la chaire de Royer-Collard, dont il est le suppléant. Les Cours de philosophie à la Sorbonne, à cette époque, débutent en décembre. Le Discours est également publié avec les références suivantes, Paris : impr. de Fain, in-4, 33 p.
[1846] 2. Le texte du Discours [Discours d'ouverture] est repris dans les Premiers essais de philosophie [dans la deuxième édition de1846, Paris : Librairie nouvelle, in-18, XX-350 p.] et dans ses diférentes rééditions, 1855, 1862 [pages 21-44], 1873 [6ème édition revue et augmentée, pages 21-44].

Le 24/05/2018