[ recherche ] [ présentation ] [ liste alphabétique des auteurs ] [ statistiques ] [ courriel ]


Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1812
  En 1812, V. Cousin [1792-1867] a dix-neuf ans. Il aura vingt ans le 28 novembre 1812.
Il a fait partie de la première promotion de l’École normale, dont la cinquantaine d’étudiants pensionnaires, portant uniforme et suivant un règlement militaire, a été recrutée dans toute la France, sans concours, par les inspecteurs généraux de l’Instruction publique.
Assistant obligatoirement aux cours professés à la Faculté des lettres, et bénéficiant des enseignements complémentaires assurés à l’École, il vient d’effectuer deux années de scolarité. Il a en poche son diplôme de licence ès-lettres, en date du 12 novembre 1811. Et se destine à la carrière enseignante.

Résumé des années précédentes.

1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère Marie Henriette, née Grivelet, est blanchisseuse.
Grâce au soutien financier des parents d’Épagomène Viguier, il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [créée par décision de mars 1795 dans l’ancienne maison professe des jésuites].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale.
Au lycée Charlemagne, en classe de rhétorique, il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811.
Dès octobre 1812, il sera nommé élève répétiteur de grec et de latin auprès des étudiants de première année de l’École, comme auxiliaire du professeur François Villemain, maître de conférences de littérature, dont il a été l’élève quelques mois plus tôt.

1812
ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
Après deux ans d'études [c'est alors la durée normale des études], à l'École normale, installée depuis 1810 dans les combles la Faculté des lettres de Paris, dans un local attenant au prestigieux lycée Louis le Grand, V. Cousin est nommé répétiteur de grec et de latin, comme auxilliaire d'Abel François Villemain [1790-1870], dont il a été l'étudiant.

Il a parmi ses élèves Louis Artaud [1794-1861] Charles Cayx [1793-1858] et Georges Ozaneaux [1795-1852] futurs inspecteurs généraux de l’Université ; Paul François Dubois [1793-1874], de la promotion 1812, seulement un an plus jeune que lui, qui fondera le journal libéral Le Globe et deviendra directeur de l'École normale [mars 1840-juillet 1850] ; Auguste Epagomène Viguier [1793-1867], de la promotion 1811, futur inspecteur général des études [1839] lui aussi seulement un an plus jeune, avec lequel il restera très lié,

Paul Dubois rapporte dans ses Souvenirs intimes : « M. Cousin vivait d'ailleurs, dans l’École entière des ardeurs de son intelligence, balançant à lui seul l'autorité et l'influence de tous les autres maîtres, rayonnant jusque dans les esprits les plus antipathiques à cette domination qu'il exerçait dès lors aussi magistralement qu'il a gouverné depuis, son régiment de philosophes [...] Je le vois encore dans sa longue et flottante redingote, verte comme un tapis de cabinet ; je revois ses grands pas, sa mimique ; j'entends sa voix éclatante, ses saillies comiques au milieu des élans les plus soudains et les plus enlevants qui ravissaient tout le groupe. ».

Chargé de conférences de littérature en 1814, puis chargé de conférences de philosophie, en 1815, il y prononcera une série de cours jusqu’à la fermeture de l'École normale en 1822. Il y reprendra son enseignement, à la réouverture de l'École en avril 1828.
Selon Jules Simon, on lui aurait proposé l'enseignement de la philosophie au collège communal de Rome, mais V. Cousin le refuse, ne voulant pas quitter Paris [Simon, 11].

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Direction de l’École normale.
En 1812 [depuis sa création en 1810 et jusqu’en septembre 1815], le chef de l’École est Pierre Guéroult [1744-1821], enseignant de rhétorique au collège d’Harcourt à Paris [actuellement lycée Saint-Louis], professeur de langues anciennes à l’École centrale des Quatre-Nations, ancien proviseur du lycée Charlemagne, dit Guéroult l’aîné, pour le distinguer de son frère cadet, Pierre Rémi Antoine Guillaume Guéroult [1749-1816], professeur d’éloquence latine au collège de France [1809-1816].

Le médecin François Guéneau de Mussy [1774-1857], qui a été un temps médecin ordinaire du comte d’Artois [futur Charles X] lui succèdera en septembre 1815 au moment de la seconde Restauration, et sera directeur jusqu’en septembre 1822, date de l’ordonnance royale supprimant l’École normale, ordonnance contresignée par Jacques, comte de Corbière, ministre secrétaire d’état au département de l’intérieur..

Élèves reçus à l’École normale, section lettres en 1812.
Pierre Albrand ; Louis Artaud ; Auguste Baron ; Casimir Bonjour ; Charles Cayx ; Charles Colmache ; Achille Darmaing ; Pierre Fabius de Calonne ; Eugène Delahaye ; Pierre Delestre ; Louis Demensy ; Chrysanthe Ovide Des Michels ; Jean Destouet ; Paul Dubois ; Charles Dumoulin ; Nicolas Gardien ; Pierre Gheerbrand ; François Eugène Jarry ; Paul Lacourt-Delacour ; Vincent Largé ; Théodore Lerebours ; Pierre Alphonse Martin ; Georges Ozanneaux ; Auguste Poirson ; Charles Renouard ; N. Régis Salanson ; Victor Quintius Thouron.

Les docteurs ès-lettres en 1812.
Paul Dubois, dans une notice nécrologique publiée dans le Mémorial de l’Association des anciens élèves de l’Ecole normale [Versailles : p. 89, 1877], décrit ce que sont les thèses entre 1810 et 1830 :
« C’étaient, conformément à la tradition et aux règlements qui l’avaient rétablie, de simples propositions sommairement développées en quelques pages latines et françaises, et destinées à servir de texte à la discussion. Les candidats, si même ils avaient le choix, ne prenaient que les questions les plus populaires et les mieux établies dans les classes. En philosophie, par exemple : l’existence et les attributs de Dieu, l’immatérialité et l’immortalité de l’âme, la liberté, les devoirs de l’homme envers Dieu, envers ses semblables, envers lui-même ; et sous l’influence de M. Laromiguière, quelques points de vue nouveaux sur la nature des idées et les facultés de l’âme. En littérature, comme la division par genres dominait encore la critique, l’épopée, la poésie lyrique, la poésie pastorale, l’apologue, etc., étaient définis et leurs règles déduites dans une sorte de formulaire, que relèvent çà et là quelques aspirations libres, et quelques indices de jugements personnels ».

Dans la nouvelle Université, créée par Napoléon, le premier doctorat ès-lettres, est attribué en août 1810, par la Faculté de Besançon, à Pierre Fontanier [1765-1844], alors professeur d’humanités au lycée de Besançon.
En 1811, deux diplômes de doctorat sont délivrés par la Faculté des lettres de Paris, à A. Bintot et à André Marie Ruinet.
En 1812 les diplômes de doctorat sont délivrés pour la troisième fois.

Les docteurs de la Faculté des lettres de Paris en 1812.
Pierre François Cimttierre de Saint Amand. Futur chef d’institution à Paris.
Licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres [Paris, 12 mars 1812], avec une thèse Sur l’Épopée.
La thèse latine [10 janvier 1812] porte sur Maximum orbis hujus aspectabilis miraculum Homo.

Jean Baptiste Polyeucte Humbert [1773- ].
Licencié ès-lettres.
*Doctorat ès-lettres en 1812 [Paris, jeudi 9 avril 1812], avec une thèse de littérature ancienne et moderne : De l'Ode [Paris : impr. de Fain. In-4, 19 p., 1812]*.
La thèse latine porte sur De officio hominis in se ipsum [26 mars 1812, in-4, 24 p.]*.
Professeur titulaire de troisième au collège Louis le Grand [1824-1837].

Jules Amable Pierrot-Desseilligny [1792-1845],
Ancien élève de la première promotion de l’École normale [1810].
Licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres [Paris, 18 juillet 1812] avec une thèse de littérature ancienne et moderne, De la Satire [in-4, 18 p. ].
La thèse latine porte sur De exisentia et attributis Dei [Paris. 15 juillet. in-4, 38 p. ]. Les thèses n’ont été éditées qu’à l’usage de la Faculté.
Proviseur à Louis le Grand [1830-1845].

Valentin Testard, ancien élève de l’École normale [1810], licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres en 1812 [Paris, 20 juillet], avec une thèse de belles-lettres, littérature ancienne et moderne, sur De la Poésie pastorale [in-4, 23 p.].
La thèse latine porte sur De Atheismo hominum societati noxio [In-4, 29 p.]. Les thèses n’ont été éditées qu’à l’usage de la Faculté.
Professeur de grammaire au lycée de Metz.

Claude Antoine Félix Frémion [1785-1839].
Ancien élève de l’École normale [1810], Licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres [Paris, 23 juillet 1812], avec une thèse de belles-lettres, littérature ancienne et moderne, sur De l’Hymne chez les grecs [Paris : impr. de Fain. In-4, 23 p.].
La lthèse latine porte sur De Natura idearum [in-4, 14 p.]. La thèse latine ne semble avoir été éditée que pour la Faculté.
Professeur au collège Charlemagne.

Théodore Gaillard [1793-1860],
Ancien élève de l’École normale [1810],
Licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres avec une thèse [Paris, 23 juillet 1812] de belles-lettres, littérature ancienne et moderne, De l’Apologue [Paris : impr. de Fain. In-4, 20 p., 1812].
Sa thèse latine porte sur De animae immaterialitate [Paris : impr. de Fain. In-4, 20 p.].
Proviseur du collège Henri-IV [1834].
Inspecteur général des études [1838-1852].

Jean Ambroise Ducondut [1793-1871].
Ancien élève de l’École normale [1810].
Licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres en 1812 [Paris,27 juillet], avec une thèse de belles-lettres, littérature ancienne et moderne : De la poésie lyrique [Paris : impr. de Fain. In-4, 26 p., 1812].
La thèse latine porte sur De libertate [Paris, 9 juillet In-4, 13 p.]. La thèse latine ne semble pas avoir été éditée.
Professeur à Pau, au lycée de Montpellier].
Inspecteur d’Académie à Pau.

Jean Sallandrouze, ancien élève de l’École normale [1810].
Licencié ès-lettres.
Docteur ès-lettres [Paris 27 juillet 1812], avec une thèse de belles-lettres, littérature ancienne et moderne, sur De la poésie pastorale [in-4, 19 p.].
La thèse latine porte sur De mentis humanae facultatibus {in-4, 33 p.]. Les thèses ne semblent pas avoir été publiées en dehors de l’Université.

M. C. Frédéric Vaultier [1772-1843].
Licencié ès-lettres.
*Docteur ès-lettres en 1812 [Paris, 22 juillet], avec une thèse de littérature ancienne et moderne : De la Traduction [In-4, 16 p. ].
Le texte de la thèse est réédité en 1842, dans le Bulletin de l’Instruction publique et des Sociétés savantes de Caen, à l’occasion de la polémique sur la traduction engagée entre Maillet-Lacoste et Antoine Charma [la thèse ayant été citée à l’appui de leurs arguments].
La thèse latine [20 juillet] porte sur Causarum causa Deus. [In-4, 13 p. ].
Professeur-suppléant, professeur, puis doyen de la Faculté des lettres de Caen.

Faculté des lettres de Poitiers.
Jean Baptiste Martinaud [1789-1832].
Licence en droit.
*Docteur ès-lettres en 1812 [Poitiers, 28 août], avec une thèse de belles-lettres dont l’intitulé est inconnu.
La thèse latine porte sur De Deo.
Recteur d’Académie [Douai : 1828-1830 ; Limoges : 1830 ; Toulouse : 1830-1832]..

CRITIQUE, COMMENTAIRES, ARTICLES ET OUVRAGES CONCERNANT V. COUSIN.
Dans son Introduction au livre, posthume, de souvenirs de Paul Dubois, intitulé Cousin, Jouffroy, Damiron, souvenirs. [Paris : Perrin, in-12, 1902] Adolphe Lair cite le jugement de Paul Dubois [souvenirs intimes] sur les leçons de V. Cousin, alors que ce dernier est répétiteur de littérature à l’École normale.
« L’initiative fièvreuse de M. Cousin se portait en tous sens ; élevait pour le moindre précepte de goût une théorie nouvelle qui, méprisant les vieux préceptes de rhétorique, les reprenait, comme il disait, par la base, et en faisait la philosophie. Chaque lecture d’auteurs français était pour lui l’occasion d’une échappée dans les profondeurs de l’art d’écrire et de l’établissement de préceptes souverains que, le lendemain, il renversait les uns sur les autres… Ce que des têtes de dix-huit à vingt ans, enfiévrées de la lecture des grands écrivains du XVIIème et du XVIIIème siècle, contractaient là de mouvement et de verve, on peut le deviner ».

Le 22/02/2018