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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1811
  En 1811, V. Cousin [1792-1867] a dix-huit ans. Il aura dix-neuf ans le 28 novembre 1811.
Il fait partie de la première promotion de l’École normale, dont la cinquantaine d’étudiants pensionnaires a été recrutée dans toute la France, sans concours, par les Inspecteurs généraux de l’Instruction publique.
Entre l’automne 1810 et l’été 1811, il est en première année de l’École. À la fin de l’année 1811, il entame sa seconde et dernière année de l’École. Selon le législateur, par cette préparation il s’oriente vers un poste de professeur dans les lycées.
Il assiste obligatoirement aux cours professés à la Faculté des lettres, et bénéficie des cours complémentaires assurés à l’École. Alors que Pierre Guéroult est le premier chef de l’École [et le restera jusqu’en 1815], et que César Auguste Basset est le directeur des études, il reçoit les enseignements de Jean Louis Burnouf [1775-1844] et d’Abel François Villemain [1790-1870], pour la littérature ; de l’abbé Giovanni Battista Mabellini [1774-1834], pour le grec ; et, à la rentrée de 1811, l’enseignement philosophique de Pierre Laromiguière [1756-1837], titulaire de la chaire de Philosophie à la Faculté des lettres de Paris.

Résumé des années précédentes.

1792-1810.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un ouvrier joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère Marie Henriette, née Grivelet, est blanchisseuse.
Grâce au soutien financier des parents d’Épagomène Viguier, il entre au lycée Charlemagne en fin 1804 [il a alors douze ans], l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [créée par décision de mars 1795 dans l’ancienne maison professe des jésuites].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.

1809-1812. L’École normale.
Au lycée Charlemagne, en classe de rhétorique, il obtient le prix du discours latin. Il est alors distingué, sans être bachelier, pour entrer à dix-sept ans, par arrêté du 15 septembre 1810, à l’École normale, qui vient d’être créée et qui accueille dans sa section de lettres une cinquantaine d’élèves.
Il est classé premier de la première promotion, et y poursuit ses études pendant deux ans. Obtient sa licence en novembre 1811.
Dès octobre 1812, il sera nommé élève répétiteur de grec et de latin auprès des étudiants de première année de l’École, comme auxiliaire de François Villemain, dont il a été l’élève quelques mois plus tôt.

ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.
V. Cousin, après avoir suivi en 1810 les leçons de philosophie de Pierre Laromiguière à la Faculté des lettres, et peut-être aussi à l’École normale [où Laromiguière est maître de conférences en 1811-1812], découvre l'enseignement de Pierre Paul Royer-Collard professé à la Faculté des lettres de Paris :
« L’année suivante, un enseignement nouveau vint nous disputer au premier. M. Royer-Collard, par la sévérité de sa logique, par la gravité et le poids de sa parole, nous détourna peu à peu, et non pas sans résistance, du chemin battu par Condillac, dans le sentier devenu depuis si facile, mais alors pénible et infréquenté, de la philosophie écossaise. […] M. Royer-Collard m’apprit que, si ces facultés ont en effet besoin d’être sollicitées par la sensation pour se développer et porter la moindre idée, elles sont soumises dans leur action à certaines conditions intérieures, à certaines lois, à certains principes, que la sensation n’explique pas, qui résistent à toute analyse, et qui sont comme le patrimoine naturel de l’esprit humain ». [Fragmens philosophiques, Préface de la deuxième édition, juin 1833].

La Licence.
À la fin de l'année passe sa licence. Le diplôme, en date du 12 novembre 1811, est signé par de Louis Marcelin de Fontanes [1757-1821], grand-maître de l'Université [de 1808 à 1815], et par Pierre Paul Royer-Collard, professeur de l'histoire de la philosophie moderne et faisant fonction de vice-recteur de l'Académie de Paris.

La tentation de l’exégèse.
Dans Souvenirs d’Allemagne. Notes d’un journal de voyage, V. Cousin témoigne de ses essais d’exégèse, entrepris alors qu’il est encore élève à l’École normale, avec la collaboration de Charles Loyson [1791-1819] et de Jean-Louis Larauza [1793-1825], élèves de la promotion 1811.
« Avant tout je dois, je veux adresser un grand et sincère remerciement à l’Allemagne : elle m’a dégoûté à jamais de l’exégèse théologique, dans laquelle, en France, j’avais commencé à m’engager.
De bonne heure, étant encore élève de l’Ecole normale, ma jeune piété, ma passion pour la langue de Platon et d’Homère, et l’exemple de M. de Gueroult, directeur de l’Ecole, m’avait fait entreprendre sur les Pères de l’Eglise grecque ce qu’il avait lui-même si admirablement accompli sur les oeuvres de Pline le Naturaliste : une traduction de morceaux choisis de chacun de ces Pères, qui pût donner une idée vraie de leur doctrine et de leur talent. Un peu plus tard, plusieurs de mes camarades de l’Ecole normale ayant bien voulu s’associer à mes travaux, nous tînmes chez moi, pendant quelque temps, des conférences où nous examinions et discutions ensemble les diverses traductions dont nous nous étions chargés [de cette petite réunion faisaient partie M. Loyson et M. Larauza que la mort nous a si vite enlevés. Il en reste encore avec moi, quelques membres, entre autres M. Patin, de l’Académie française]. Ces études m’avaient conduit à de sérieuses recherches sur les origines et sur les monuments primitifs du christianisme. J’avais composé une nouvelle concordance ou discordance des quatre Evangiles et des Epîtres sur les points essentiels du dogme chrétien, avec des analyses des Pères apostoliques et même de tous les écrivains ecclésiastiques pendant les trois premiers siècles jusqu’au concile de Nicée. Depuis ce concile, la doctrine chrétienne, solidement établie, marche et se développe avec une régularité parfaite, avec une grandeur et une clarté saisissante. Mais auparavant, quel enfantement laborieux et obscur ! que de ténèbres, que de lacunes ! J’avais tenté de voir clair dans ces temps mystérieux ».

Les Morceaux extraits de l’Histoire naturelle de Pline, édités par P.C. B. Guéroult sont parus en deux volumes, avec le texte latin, en 1785. Une deuxième édition paraît en 1809 [Paris : H. Nicolle. 2 volumes in-8. 1809].

ÉLÉMENTS INSTITUTIONNELS DE L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
Direction de l’École normale.
En 1811 [depuis 1810 et jusqu’en 1815], le chef de l’École est Pierre [Claude Bernard] Guéroult [1744-1821], enseignant de rhétorique au collège d’Harcourt à Paris [actuellement lycée Saint-Louis], professeur de langues anciennes à l’École centrale des Quatre-Nations, ancien proviseur du lycée Charlemagne, dit Guéroult l’aîné, pour le distinguer de son frère cadet, Pierre Rémi Antoine Guillaume Guéroult [1749-1816], professeur d’éloquence latine au collège de France [1809-1816].
Le médecin François Guéneau de Mussy [1754-1857] qui a été un temps médecin ordinaire du comte d’Artois [futur Charles X], lui succèdera en septembre 1815 au moment de la seconde Restauration et sera chef de l’École jusqu’en septembre 1822, date de l’ordonnance royale supprimant l’École normale, ordonnance contresignée par Jacques, comte de Corbière, ministre secrétaire d’état au département de l’Intérieur.

Élèves admis à l’École normale, section lettres en 1811 :
Alphonse Beljame ; Bernard Beyne ; Pierre Blaise Carrère ; Amédée Champanhet ; Louis Cherest ; Claude Decaix ; Hyacinthe Devès ; Alphonse Ducazau ; Gabriel Fort Dutrey ; Philippe Foy ; Mathieu Gabriel ; Antoine Garrigues ; Pierre Grattepain ; Joseph Daniel Guigniaut ; Jean Guyot ; Alexandre Hourdou ; Jean Laquerbe ; Jean Louis Larauza ; Charles Loyson ; Pierre Alphonse Martin (1812) ; Jean Baptiste Meuzy ; Louis [Marie Henri] Mézières ; Louis Monal ; Henri Patin ; Pierre Quétil ; Marie Stanislas Rattier ; Pierre Remy ; Joseph Riballier-Desilles ; Pierre Rioust ; Nicolas Rougeron ; Jean Sallandrouze ; Thibault ; Augustin Thierry ; Jacques Veissier-Descombes ; Épagomène Viguier ; Louis [Eugène Sylvain] Villevaleix-Seguy.

Les Thèses de doctorat.
Fondée par la loi du 10 mai 1806, l'Université impériale est organisée en mars et septembre 1808. Trois grades sont définis : baccalauréat ; licence ; doctorat.

Paul Dubois, dans une notice nécrologique publiée dans le Mémorial de l’Association des anciens élèves de l’Ecole normale [Versailles : p. 89, 1877], décrit ce que sont les thèses entre 1810 et 1830 :
« C’étaient, conformément à la tradition et aux règlements qui l’avaient rétablie, de simples propositions sommairement développées en quelques pages latines et françaises, et destinées à servir de texte à la discussion. Les candidats, si même ils avaient le choix, ne prenaient que les questions les plus populaires et les mieux établies dans les classes. En philosophie, par exemple : l’existence et les attributs de Dieu, l’immatérialité et l’immortalité de l’âme, la liberté, les devoirs de l’homme envers Dieu, envers ses semblables, envers lui-même ; et sous l’influence de M. Laromiguière, quelques points de vue nouveaux sur la nature des idées et les facultés de l’âme. En littérature, comme la division par genres dominait encore la critique, l’épopée, la poésie lyrique, la poésie pastorale, l’apologue, etc., étaient définis et leurs règles déduites dans une sorte de formulaire, que relèvent çà et là quelques aspirations libres, et quelques indices de jugements personnels ».

La quatrième édition du Catalogue et analyse des thèses latines et françaises admises pour le doctorat par les Facultés des lettres, depuis 1810, édité en 1880 par Athénaïs Mourier, directeur honoraire au Ministère de l’Instruction publique [Paris : Delalain frères] donne la date de 1810 pour la première thèse de doctorat de l’Université, telle qu’elle est définie par le décret organique du 17 mars 1808.

C’est une thèse déposée auprès de la Faculté de Besançon, par Pierre Fontanier [1765-1844], alors professeur d’humanités au lycée de Besançon, et soutenue en août 1810. La thèse philosophique, en latin, porte sur : De Anima humano ; la dissertation littéraire sur La Comédie.

L’aspirant au grade de Docteur.
Chaque aspirant au grade de Docteur ès-lettres doit être licencié ès-lettres. Il rédige deux thèses, qu’il remet à la Faculté et qu’au cours d’une soutenance, il défend oralement, à une date ultérieure, devant un jury.
1. une première thèse rédigée en latin, d’une quinzaine de pages, dite thèse philosophique, qui se termine généralement par une série numérotée d’affirmations, autrement dit les thèses.
Dans les premières années, c’est la thèse latine qui est la plus importante. Puis, peu à peu la thèse en français prend le pas, augmente en nombre de pages, prend l’épaisseur d’un livre, et finit par supplanter la thèse latine, qui finalement passe au second rang. Puis qui disparaît définitivement en 1910.
2. une deuxième dissertation, dite thèse de belles-lettres, en littérature ancienne ou moderne, parfois un peu plus étendue, d’une vingtaine de pages.
Les soutenances peuvent avoir lieu à des dates légèrement différentes. Elles sont prévues pour une durée de deux heures, très souvent de midi à deux heures de l’après-midi.
Généralement deux candidats sont entendus dans une journée.
Ces textes reçoivent un permis d’imprimer, délivré à Paris, par l’Inspecteur général des études, chargé de l’administration de l’académie de Paris ; délivré en province par le recteur d’académie. Elles portent la mention « vu et lu » portée par le doyen de la Faculté.
Les t(hèses sont imprimés par l’Université, dans l’ordre intangible ; thèse philosophique en latin, dissertation littéraire en français. Dans les premières années, l’imprimeur de l’Université est l’imprimerie de Fain, située rue Racine, près de la place de l’Odéon.
L’habitude se prend peu à peu de faire éditér sa thèse [plus généralement la dissertation en français, plutôt que la thèse latine] non seulement à destination de l’Université, mais comme un livre qui constitue souvent la première œuvre d’une série d’ouvrages destinés à un public lettré un peu plus large.

En 1811, c’est la seconde année de fonctionnement de ce diplôme, il y a seulement deux thèses déposées auprés de la Faculté de Paris.

Les Docteur ès-lettres de la Faculté des lettres de Paris, en 1811.
André Marie Ruinet [1766-1838], chef d’institution à Paris [de 1809 à 1817], puis professeur de quatrième au collège Louis le Grand [1818-1820] et professeur titulaire [septembre 1824-octobre 1830].
Docteur ès-lettres en 1811 [Paris, 14 février], avec une thèse de belles-lettres sur l’Ode [in-4].
Thèse philosophique en latin, [in-folio]. Le titre n’a pas été retrouvé. Ces thèses ne sont éditées que pour la Faculté.

A. Bintot, chef d’institution à Paris.
Docteur ès-lettres en 1811 [Paris, 4 avril], avec une thèse de belles-lettres sur De l’Apologue et de la Pastorale [in-4].
La thèse latine porte sur De duplici hominis substantia [in-4, 15 p.]. Ces thèses ne sont éditées que pour la Faculté.
JJBCITÉ290908.


Le 19/08/2018