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Notice de Victor Cousin Biographie

Année :  1810
  
En 1810 V. Cousin [1792-1867] a dix-sept ans [il aura dix-huit ans le 28 novembre 1810]. Obtenant le premier prix du discours latin à la fin de sa classe de première [rhétorique]. À ce titre, V. Cousin est sélectionné pour rejoindre en octobre 1810 la cinquantaine d’élèves constituant l’effectif, de la section lettres, de la toute première promotion de l’École normale.

Résumé des années précédentes.
V. Cousin, né le 28 novembre 1792, est le second fils d’un joaillier exerçant à Paris dans l’île de la Cité, au Marché neuf. Sa mère est blanchisseuse.
Il entre au lycée Charlemagne en fin 1804, l’année de la création de ce lycée qui succède à l’École centrale de la rue Saint-Antoine [école créée en 1797, l’une des trois écoles centrales établies à Paris pour l’enseignement secondaire].
V. Cousin fait toutes ses études au lycée Charlemagne. Il y redouble sa quatrième, mais passe directement de la classe de troisième à la classe de rhétorique [classe de première]. Il y obtient année après année les prix de grec ou de latin.
Éléments biographiques
Alors qu'il est en classe de rhétorique [classe de première] au collège Charlemagne, V. Cousin obtient, en 1810, de très nombreux prix : le 3ème accessit de version grecque ; un premier prix de version latine ; un premier prix de discours français ; et surtout le grand prix d'honneur : le premier prix de discours latin. Plusieurs avantages sont liés à ces récompenses : l'exemption du service militaire, la possibilité d'entrer au Conseil d'État en qualité d'auditeur, ou encore l'entrée à l'École normale. C'est cette dernière éventualité que choisit V. Cousin, l'année même de la création effective de l'École [1810]

La toute nouvelle École normale.
L’École fondée initialement par le décret du 9 brumaire an III, a été refondée par le décret impérial du 17 mars 1808. Elle ouvrira ses portes pour accueillir la première promotion en 1810.
Par arrêté du 15 septembre 1810, V. Cousin entre sur titre à l'École, à un moment où il n'y a pas encore de concours pour l'accès. En effet, l'article 3 du décret impérial du 17 mars 1808 indique : « Les inspecteurs choisiront, chaque année, dans les lycées, d'après des examens et des concours, un nombre déterminé d'élèves, âgés de dix-sept ans au moins, parmi ceux dont les progrès et la bonne conduite auront été les plus constants, et qui annonceront le plus d'aptitude à l'administration ou à l'enseignement ». Le concours ne sera établi qu’en 1818, avec un écrit et un oral, qui se déroulent dans le ressort académique. Ce système fonctionne jusqu’en 1829, date à laquelle l’oral se déroule à Paris, devant les maîtres de conférences de l’École.
L’établissement est créé sous forme d’un pensionnat normal destiné à recevoir jusqu’à trois cents jeunes gens « qui y seraient formés à l’art d’enseigner les lettres et les sciences ». L’établissement est d’abord installé, en décembre 1810, dans les combles des locaux de la Faculté des lettres, c’est à dire dans l’ancien collège Du Plessis, devenu sous le Directoire École centrale des Quatre-Nations. Il s’agit d’une maison attenante au prestigieux lycée Louis le Grand.
Mais à l’étroit, l’École normale quittera les combles de la Faculté des lettres pour s’installer en janvier 1814,dans les bâtiments de l’ancien Séminaire du Saint-Esprit, rue des Postes [aujourd’hui rue Lhomond]. C’est dans ces bâtiments, qui lui appartiennent en propre que sera accueillie la promotion 1813.

Les premiers élèves de l’École normale.
Les premières nominations à l’École normale ont lieu, pour la plupart, en 1809. Cinq seulement, dont celle de Cousin, en 1810. Sur les cent trente quatre élèves nommés, seulement cinquante forment la première promotion. Certains n’entrent à l’École qu’en 1811, ou qu’en 1812. Certains même n’entrent pas à l’École.
On trouvera ci-après, uniquement, la liste des quarante-sept élèves de lettres ayant effectivement intégré la première promotion de 1810 [bien que la séparation nette entre la section lettres et sciences ne soit effective qu’à partir de 1826] :
Aubert-Hix, Banal, Boucley, R. Bouvier, Brigandat, M. N. Caresme, Cartailles, A. Charbonnier, L. Charpentier, Cordival, Cottard, Victor Cousin, Daulne, De Condren de Suzanne, De Fontmartin, Delahaye, Delignac, De l’Outoulle, Dépinay-Montaux, Duconduit, E. Dumont, Émery, Faucon, Favart, Flavier, Claude A. Félix Frémion, Gaillard, Guyet de Fernex, Josserand, Jousse, Leloup, Liez, Magnier, C. F. Magnien, J. C. Magnien, Meynard, Paquot, Ch. Pelletier, Pérard, Pierrot-Deseiligny, Pilhan-Laforest, Ract-Madoux, Raoul-Rochette, Rogier, Rose, Roze, Testard.
De cette liste se distinguent les noms de Duconduit, docteur ès-lettres [Paris, 1812], futur professeur au lycée de Montpellier ; Gaillard, docteur ès-lettres [Paris, 1812], Inspecteur général de l’Instruction publique ; Claude A. Félix Frémion, docteur ès-lettres [Paris, 1812], professeur au lycée Charlemagne, Raoul-Rochette, archéologue, membre de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres, maître de conférences d’histoire à l’École normale de 1815 à 1822.
Ainsi V. Cousin est-il admis à l’École normale, au sortir de la classe de première, sans passer la baccalauréat, qui ne deviendra obligatoire pour entrer dans l’enseignement supérieur qu’en 1821. Il est classé le premier de la première promotion.

Les maîtres de conf érences de 1810 à l’École normale.
En 1810 [jusqu’en 1815], le chef de l’École est Pierre Guéroult [1744-1821]. En 1810, sont enseignants à l’École normale J. L. Burnouf, pour la littérature [enseignant de 1810 à 1822] ; Abel François Villemain, également pour la littérature [de 1810 à 1822], et qui était professeur de rhétorique au lycée Charlemagne [de 1808 à 1810] ; Mablini, pour la langue grecque [de 1810 à1822] ; Pierre Laromiguière, pour la philosophie [1811-1812].
V. Cousin suit, à l'École, l'enseignement littéraire d'Abel François Villemain [1790-1870], et à la Faculté des lettres, l'enseignement philosophique de Pierre Laromiguière [1756-1837], titulaire de la chaire de Philosophie, depuis le 19 septembre 1809, qui sera également maître de conférences de philosophie à l’École normale en 1811 et 1812.

La dette à l’égard de Pierre Laromiguière.
Écrivant, ou plutôt imaginant selon les besoins du moment, l'histoire de ses pensées, il déclare dans la deuxième édition de la Préface des Fragments de philosophie, vingt-trois ans après, et évoquant Pierre Laromiguière, alors âgé de soixante-dix sept ans :
« Il est resté et restera toujours dans ma mémoire, avec une émotion reconnaissante, le jour où, pour la première fois en 1810, élève de l’école normale, destiné à l’enseignement des lettres, j’entendis M. Laromiguière. Ce jour décida de toute ma vie : il m’enleva à mes premières études qui me promettaient des succès paisibles, pour me jeter dans une carrière où les contrariétés et les orages ne m’ont pas manqué. Je ne suis pas Malebranche ; mais j’éprouvai en entendant M. Laromiguière ce qu’on dit que Malebranche éprouva en ouvrant par hasard un traité de Descartes. M. Laromiguière enseignait la philosophie de Locke et de Condillac, heureusement modifiée sur quelques points, avec une clarté, une grâce, qui ôtaient jusqu’à l’apparence des difficultés, et avec un charme de bonhomie spirituelle qui pénétrait et subjuguait. L’école normale lui appartenait tout entière. M. Laromiguière m’initia à l’art de décomposer la pensée ; il m’exerça à descendre des idées les plus abstraites et les plus générales que nous possédions aujourd’hui, jusqu’aux sensations les plus vulgaires qui en sont la première origine, et à me rendre compte du jeu des facultés élémentaires ou composées, qui interviennent successivement dans la formation de ces idées ». [Fragments philosophiques. Préface de la deuxième édition, juin 1833].
Ce texte de 1833 tente de faire oublier l’article rédigé en avril 1819, dans le Journal des savants et rendant compte de manière critique des Leçons de philosophie de Laromiguière parues en 1818. Et de faire oublier aussi la réédition de cet article, avec un texte de Maine de Biran, en 1829, critiquant encore plus radicalement Laromiguière : Leçons de philosophie de M. Laromiguière, jugées par M. Victor Cousin et M. Maine de Biran. [Paris : Rouen frères, in-8, II-IV-172 p., 1829]. L’Avis des éditeurs placé en tête de l’ouvrage, et sans doute rédigé de la main même de V. Cousin déclare :
« Au moment où les partisans de M. Laromiguière se joignent aux écrivains de la Quotidienne et de la Gazette et à ceux du parti matérialiste, pour attaquer, Dieu sait avec quelles armes, la nouvelle philosophie, la violence des élèves reporte naturellement l’attention sur les principes et le système du maître. […].
Il suivrait de là, que, selon M. Cousin, le système de M. Laromiguière n’est que celui de Condillac, moins le point de départ ; et que, selon M. de Biran, au fond, le point de départ est aussi le même ».


Le 18/11/2018