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Notice de l'auteur

Prénom :  Louis [Eugène Marie]
Nom :  Bautain
Date de naissance :  1796
Date de décès :  1867
Profession :  
Bref :  Philosophe, prêtre et théologien
Notice :  Louis [Eugène Marie] Bautain

1. Né à Paris, le 17 février 1796 ; mort à Viroflay, le 15 octobre 1867

Études
2. Études au collège Charlemagne. Reçu à l'École normale en 1813, en même temps que Théodore Jouffroy. Il y est, avec T. Jouffroy et Jean-Philibert Damiron, l'élève de Victor Cousin [1792-1867] et de Abel-François Villemain [1790-1870]
Docteur ès-lettres [la même année que J. P. Damiron et T. Jouffroy] avec une thèse sur De la Satire en général, satire morale, littéraire, politique [Paris, août 1816]. Sa thèse latine porte sur l'Idéalisme et le phénoménisme.

Enseignement
3. Nommé professeur de philosophie au collège royal de Strasbourg [20 octobre 1816], puis a une charge d'enseignement à la Faculté de Strasbourg [31 octobre 1817]. Il occupe simultanément les deux chaires jusqu'en 1830. À la Faculté, professe un cours de psychologie expérimentale, définie comme science de l'âme humaine en tant qu'elle se manifeste dans l'expérience [son cours sera publié en 1839, sous le titre Philosophie. Psychologie expérimentale, et repris, beaucoup plus tardivement, en 1859, comme nouvelle édition sous le titre : L'Esprit humain et ses facultés ; psychologie expérimentale]. Il y condamne "le rationalisme hideux qui se déssèche dans la contemplation de lui-même, qui conduit l'homme à l'égoïsme par le doute et qui conduit la société à l'anarchie par le principe de la souveraineté du peuple". Il fait siennes les thèses de Kant sur l'impuissance de la raison humaine. Il s'oppose également à l'éclectisme de V. Cousin qui commence à en formuler la définition dans ses premiers cours à la Sorbonne.
Son enseignement rencontre un grand succès. Il est suivi notamment par Théodore Ratisbonne [1802-1887], qui sous son influence se convertit de la religion juive au catholicisme en 1827 ; et Joseph Gratry [1805-1872], jeune polytechnicien, futur religieux, qui séjourne à Strasbourg à partir de 1828 et reste plusieurs années auprès de lui.

Traduction
4. Traduit de l'allemand des Paraboles choisies de Friedrich Adolf Krummacher [1767-1845] à l'usage des écoles primaires et enfantines [1821], et, une dizaine d'années plus tard [1834], des Moralités et allégories traduites et imitées de l'allemand de F. A. Krummacher [rééditées en 1859]

Conversion au catholicisme
5. Se convertit au catholicisme [1822], sous l'influence d'une mystique, Mlle Humann et incline vers le fidéisme : la raison humaine étant incapable d'accéder aux principes premiers, il faut confier uniquement à la foi la possibilité de les connaître.
Il reçoit un blâme de l'inspecteur général Budan de Boislaurent [1761-1840], puis est privé de sa chaire au collège, et contraint de suspendre son cours à la Faculté , où il sera supplée par Laurent Delcasso [1797-1887], puis remplacé ultérieurement, en 1842, par Joseph Ferrari [1811-1876], contre lequel certains estiment que L. Bautain organisera en sous main une campagne de dénigrement.
Prononce un discours : La morale de l'Évangile comparée à la morale des philosophes. Ce thème sera repris par L. Bautain, beaucoup plus tard, dans les leçons faites à la Faculté de théologie de la Sorbonne [1854]

Doctorat en médecine
6. Entreprend des études de médecine, et rédige sa thèse : Propositions générales sur la vie [Strabourg, 1826].

Louis Bautain, prêtre
7. Entre au séminaire de Molsheim et est ordonné prêtre [1828], est nommé chanoine, puis directeur du petit séminaire (séminaire diocésain) de Strasbourg, puis, lorsqu'il se rendra à Paris, supérieur de la maison de Juilly. Passe le Doctorat de théologie.

Polémique anti-philosophique  
8. Fait paraître plusieurs articles dans la Revue européenne : De l'Impuissance de la raison humaine à fonder la science philosophique [juin 1832] et De la vraie et de la fausse philosophie [février 1833].
Publie De l'Enseignement de la philosophie en France au dix-neuvième siècle [Srasbourg : Février ; Paris : Derivaux, in-8-91 p., 1833, réédition électronique BNF. Le texte est également publié dans : Stéphane Douailler, et al. La Philosophie saisie par l'État, Paris : Aubier, 1988, pages 212-257]. Il publie ce discours comme introduction à un Manuel de philosophie qui, dit-il, paraîtra plus tard Il y rejette aussi bien l'enseignement dispensé dans l'université [Condillac, les Écossais, l'éclectisme] que dans les séminaires [rationalisme scolastique, philosophie du sens commun]. "La philosophie de Condillac nous eut précipités inévitablement dans la barbarie, l'état sauvage" ; "la philosophie écossaise débouche sur une observation stérile du moi" ; quant à l'éclectisme, "ne possédant point de critérium si nécessaire à la vérité, il ne se peut que son enseignement ne soit obscur, vague, incohérent". La vraie philosophie n'est autre chose que la religion révélée.
Publie, sous forme d'un tiré à part, Quelques réponses sur la Doctrine du sens commun, en réponse à quelques observations sur le discours "De l'Enseignement de la philosophie en France".

Au sujet de Lamennais
9. Intervient dans l'affaire Lamennais : Réponse d'un chrétien aux Paroles d'un croyant [1834]. À la même époque publie : Quelques réflexions sur l'institution des conférences religieuses à Paris [1834]

Le fidéisme de L. Bautain condamné
10. Paraît en 1835 sa correspondance religieuse, sous le titre Philosophie du christianisme [édité par H. de Bonnechose, Paris : Dérivaux, 2 tomes en un viloume]. Louis Bautain publie La Philosophie du christianisme [1835], comme recueil de lettres échangées avec des prosélytes venant du judaïsme. Il soutient dans cet ouvrage que la raison de l'homme ne peut espérer aucun savoir métaphysique : la certitude métaphysique dépend d'une logique de la grâce. Les vues personnelles de L. Bautain sont condamnées par Lepappe de Trévern, évêque de Strasbourg, qui lui retire le pouvoir de confesser et de prêcher. La condamnation publique de L. Bautain paraît sous le titre : Avertissement sur l'enseignement de M. Bautain [Strasbourg, 1834]. Une commission écclésiastique rédige un Rapport à Mgr. l'évêque de Strasbourg sur les écrits de M. l'abbé Bautain [Strasbourg, 1838]. L. Bautain répond avec une lettre : Lettre à Mgr. de Trévern [in-8, Strasbourg, 1838]. Le livre est déféré à la Congrégation de l'Index.
L. Bautain se soumet au jugement du Saint-Siège [1838], signe d'avance une déclaration de soumission et se rend à Rome, où il se rétracte [1840]. Le Journal romain de l'abbé Louis Bautain de 1838 paraîtra en 1964. Il accepte les six propositions relatives au rapport de la révélation et de la raison :
1. le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu et l'infinité de ses perfections. La foi, don du ciel, suppose la révélation, elle ne peut donc pas convenablement être alléguée vis à vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu
2. la divinité de la révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme
3. la preuve de la révélation chrétienne tirée des miracles de Jésus-Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a popint perdu sa force et son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenticité du nouveau testament, dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens. C'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à l'incrédule qui la rejette ou à ceux qui, sans l'admettre encore, la désirent
4. on n'a pas le droit de demander à un incrédule d'admettre la résurrection de notre divin sauveur avant que des preuves certaines lui en aient été données, et ces preuves soient déduites par le raisonnement
5. que l'usage de la raison précède la foi, et y conduit l'homme, avec le secours de la révélation et de la grâce
6. qu'il reste encore à la raison, malgré l'affaiblissement de la déchéance, assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux juifs par Moïse et aux chrétiens par Jésus-Christ
L. Bautain signe une première rétractation le 18 novembre 1835 ; puis une seconde réteractation le 8 septembre 1840.

L. Bautain doyen de la Faculté de Strasbourg
11. Entre temps L. Bautain est nommé doyen de la Faculté de Strasbourg [1838-1849]. Publie Philosophie morale [1842]. participe au Cercle catholique où il prononce des conférences dont le texte est édité : Résumé des conférences philosophiques faites au Cercle catholique, 1842-1843

Carrière parisienne
12. L. Bautain quitte Strasbourg, se rend à Paris, à la demande de l'archevêque Sibour, et fonde une congrégation : les Dames de Saint-Louis, qu'il établit rue du Pot de fer Saint-Sulpice. Vicaire général du diocèse de Paris [vers 1849, puis plus tard vicaire général de Bordeaux], a une activité de prédicateur : il prêche l'Avent à Notre-Dame de Paris [1847], puis à nouveau en 1848. Ses conférences sont éditées sous le titre : La Religion et la liberté considérées dans leur rapport [1848 ; 2ème édition 1865]. Il y développe le thème que non seulement la religion catholique n'est pas hostile à la liberté des peuples, mais au contraire l'institution de l'Église a été l'institution même de la liberté moderne.

Échec politique
13. Se présente sans succès aux élections pour l'Assemblée constituante

14. Assure une nouvelle édition de l'Imitation de Jésus-Christ, avec des extraits de la traduction de Pierre Corneille [1852, réédité en 1855, puis en 1867, et en 1868]

Professeur de théologie morale à la Sorbonne
15. À partir de 1853, alors qu'il est retraité de l'enseignement universitaire, donne à la Sorbonne un cours de théologie morale. Ses leçons faites en 1854 sont publiées sous le titre : La Morale de l'Évangile comparée aux divers systèmes de morale [1854, réédité en 1855]

16. Consacre une partie de son temps à la direction du collège de Juilly avec ses disciples Gratry et Bonnechose, et à la communauté des Dames de Saint-Louis [dont les Règles de la congrégation paraîtront en 1870]
Publie, comme 2ème édition et comme prolongement de son livre paru en 1839 [Philosophie. Psychologie expérimentale] : L'Esprit humain et ses facultés ; psychologie expérimentale [Paris, Didier, 2 vol. in-8, 1859 ; réédition électronique BNF].
L. Bautain rédige également un ouvrage pratique : Études sur l'art de parler en public, consacré essentiellement à l'improvisation, qu'il dédie à son maître Édouard Abel Villemain, secrétaire perpétuel de l'Académie française, dont il a été l'élève à Charlemagne et à l'École normale. [Paris : Charles Douniol, in-18, 287 pages ; réédition électronique BNF]
Il publie un livre rendant compte d'un de ses enseignements à la Sorbonne : Philosophie des lois au point de vue chrétien [Paris : Didier, VII-425 pages, in-8, 1860 ; réédité en 1863 ; réédition électronique BNF], pour lequel il obtient une lettre du Pape Pie IX
Il compose plusieurs ouvrages d'édification : La Belle saison à la campagne, conseils spirituels [1858, réédités en 1859 et en 1863]. Fait paraître : La Conscience, ou la Règle des actions humaines [1861, réédité posthume en 1869], ainsi qu'une série de lettres spirituelles : La Chrétienne de nos jours, rééditées à plusieurs reprises, juqu'en 1894. Publie des Méditations sur les épîtres et les évangiles des dimanches et des fêtes [1863], puis des méditations sur les épîtres et les évangiles du carême [1865]. Enfin, l'année même de sa mort paraissent : Idées et plans pour la méditation et la prédication [1867]

Gloire posthume 
17. Paraissent posthumes Les Choses de l'autre monde, journal d'un philosophe, recueilli et publié par l'abbé Bautain [publié par l'abbé E. de Régny en 1868, réédité en 1874] ; ainsi que des Méditations chrétiennes [1873]. L'abbé E. de Régny publie également, en 1876, De l'Éducation publique en France, par l'abbé L. E. Bautain.

© Textes Rares, Philo19
Le 16/11/2018