| Poésie | Page d'accueil. Home page | Adhésion

C. Malignon, Nosto-Damo de Lourdo..., 1886
Extrait du Chant I | extrait du Chant II

CANT PRE.MIÉ
I ROCO MASSABIÈLO

Invoucacioun à Mario Immaculado, à santo Estello.Espousicioun. - Lourdo.- Tres pichouno van culi de bos. - Bernadeto Soubiruas.- Premiero Aparicioun.- Li coumpagno de Bernadeto se trufon d'elo.- Aquesto muto d'abord- Pièi dis tout à sa maire. - Defenso de mai retourna i Roco.

Bello Rèino dou Cèu, o Vierge immaculado !
Qu'un moumen davalant dis esfèro estelado
As fa lusi ti resplendour
Au gènt païs di Troubadour ;
Tu, qu'as chausi nosti valengo,
E qu'as bresiha nosto lengo,
T'en pregue, ajudo-me dins moun prefa d'amour!

Car t'ame, e voudriei, iéu, Miejournau de la bono,
Entouna 'n cant d'ounour à ma douço Madono:
Tout ço qu'à Lourde as dich, as fa,
E ti lausour e ti benfa,
En pure lengo prouvençalo,
Qu'es nosto lengo majouralo,
Lou cantarai, Mario; assousto moun prefa!


Anen, ma douço lengo ! antan tu mespresado,
En pleno glori aiuei pèr ti felibre aussado,
Pren toun lahut entrefouli.
S'en murmurant toun parauli,
La Vierge de Diéu t'a cantado,
Es-ti pas juste, benastrado,
Que ié rendes loucant que t'a fa tressaIi ?

Apound-ié toun aflat, courouso santo Estelle,
E cencho menu couplet di set rai de l'estello.
Ansin alisca, diamantin,
Trelusira dins l'azur sin
De la celèsto pouesio
Gramaçi ta lusour qu'esbriho,
Estello, miraren l'Estello dóu Matin.

Esperit de fe, tu qu'aluminant fas vèire
À nòstis iue nebla coume se devon crèire
Li causo que lou mescresènt
Se n'en tèn quite, en se risènt,
Eselairo moun inteligènço ;
Clafis moun amo de cresènço;
Di vers paradisen fai raia lou sourgènt!

Adounc, l'anan canta l'esbrihandant miracle
Que Jeu Cèu à, la terro a douna 'n espetacle
En plen siecle dès-e-nouven:
Pòu que te charron li savènt,
O te chicane l'incredule,
Moun vers, fai-te mai d'escrupule :
Dóu soul flame verai enlusis lis avèn.

 


© Textes Rares

 

 

CHANT PREMIER
AUX ROCHES MASSABIELLE

Invocation à Marie Immaculée, à sainte Estelle. - Exposition. - Lourdes. - Trois fillettes vont ramasser du bois. - Bernadette Soubirous. - Première apparition- Les compagnes de Bernadette se moquent d'elle- Celle-ci se tait d'abord- Puis elle dit tout à sa mère. - Défense de retourner aux Roches.

Belle Reine du Ciel, Ô Vierge Immaculée! qui, des sphères étoilées un moment descendue, as fait briller tes splendeurs au charmant pays des Troubadours ; toi, qui, de préférence, as choisi nos vallées, et qui as soupiré notre langue, je t'en supplie, viens à mon aide dans cette oeuvre toute d'amour !


Car je t'aime, et je voudrais, Méridional à la foi robuste, entonner un chant d'honneur à ma douce Madone : tout ce qu'à Lourdes tu as fait, tu as dit, et tes gloires, et tes bienfaits, en pure langue provençale, qui est notre grande langue, ô Marie, je le chanterai ; protège mon labeur !

Courage, ma douce langue? toi si méprisée jadis, et aujourd'hui si élevée en gloire par tes félibres, prends ton luth d'allégresse. Si, en murmurant tes paroles, la Vierge de Dieu t'a chantée, n'est-il pas juste que, privilégiée, tu lui rendes le chant qui t'a fait tressaillir ?

Joins-y ton souffle, gracieuse sainte Estelle, et environne mon couplet des sept rayons de l'étoile libréenne. Ainsi orné, comme un diamant il resplendira dans l'azur serein de la poésie céleste : grâce à ton éclat étincelant, Estelle, nous contemplerons l'Étoile du Matin.

Esprit de foi, toi qui, par tes clartés, montres à nos yeux obscurcis comment nous devons croire les vérités dont l'impie se tient quitte, avec un sourire, éclaire mon entendement, emplis mon âme de croyance; des vers paradisiaques fais couler la source !


Nous allons donc le chanter, l'étonnant miracle que le Ciel a donné en spectacle à la terre, en plein dixneuvième siècle : de peur que les savants ne te cherchent noise ou que l'incrédule
ne te contredise, ô mon vers, fais-toi scrupuleux, et du vrai seul illumine les Profondeurs.